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HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, 4 avril 2004
XIX Journée Mondiale de la Jeunesse
"Nous voulons voir Jésus" (Jn 12, 21)
1. "Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur" (Lc 19, 38).
C'est avec ces paroles que la population de Jérusalem accueillit Jésus lors de son entrée dans la ville sainte, l'acclamant comme le roi d'Israël. Cependant, quelques jours plus tard, la même foule le repoussera avec des cris hostiles :  "Crucifie-le ! Crucifie-le !" (Lc 23, 21). La liturgie du Dimanche des Rameaux nous fait revivre ces deux moments de la dernière semaine de la vie terrestre de Jésus. Elle nous plonge dans cette foule si inconstante, qui en quelques jours passa de l'enthousiasme joyeux au mépris homicide.
2. Dans l'atmosphère de joie, voilée de tristesse, qui caractérise le Dimanche des Rameaux, nous célébrons la dix-neuvième Journée mondiale de la Jeunesse. Cette année, elle a pour thème : "Nous voulons voir Jésus" (Jn 12, 21), qui fut la requête que "quelques Grecs" (Jn 12, 20), venus à Jérusalem pour la fête de Pâques, adressèrent aux Apôtres.
Face à la foule venue pour l'écouter, le Christ proclama :  "Et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi" (Jn 12, 32). Voilà donc sa réponse : tous ceux qui cherchent le Fils de l'homme le verront lors de la fête de Pâques, comme le véritable Agneau immolé pour le salut du monde.
Jésus meurt sur la Croix pour chacun et chacune d'entre nous. La Croix est, par conséquent, le signe le plus grand et le plus éloquent de son amour miséricordieux, l'unique signe de salut pour chaque génération et pour l'humanité tout entière.
3. Il y a vingt ans, au terme de l'Année Sainte de la Rédemption, j'ai remis aux jeunes la grande Croix de ce Jubilé. En cette occasion, je les ai exhortés à être de fidèles disciples du Christ, Roi crucifié, qui "nous apparaît comme Celui qui libère l'homme de ce qui limite, diminue et pour ainsi dire détruit cette liberté jusqu'aux racines mêmes, dans l'esprit de l'homme, dans son cœur, dans sa conscience" (Redemptor hominis, n. 12).
Depuis ce moment, la Croix continue à traverser de nombreux pays, en préparation aux Journées mondiales de la Jeunesse. Au cours de ses pèlerinages, elle a parcouru les continents : comme un flambeau passé de main en main, elle a été transportée de pays en pays ; elle est devenue le signe lumineux de la confiance qui anime les jeunes générations du troisième millénaire. Aujourd'hui, elle se trouve à Berlin !
4. Chers jeunes ! En célébrant le vingtième anniversaire du début de cette extraordinaire aventure spirituelle, laissez-moi vous renouveler la consigne que je vous avais alors laissée :  "Je vous confie la Croix du Christ ! Portez-la dans le monde comme signe de l'amour du Seigneur Jésus pour l'humanité, et annoncez à tous que ce n'est que dans le Christ mort et ressuscité que se trouve le salut et la rédemption" (Insegnamenti, VII, 1 [1984], 1105).
Le message que nous transmet la Croix n'est certainement pas facile à comprendre à notre époque, où le bien-être matériel et le confort sont proposés et recherchés comme des valeurs prioritaires. Mais vous, chers jeunes, n'ayez pas peur de proclamer en toute circonstance l'Évangile de la Croix. N'ayez pas peur d'aller à contre-courant !
5. "Le Christ Jésus... s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort... et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l'a-t-il exalté" (Ph 2, 6.8-9). L'hymne admirable de la Lettre de saint Paul aux Philippiens vient de nous rappeler que la Croix possède deux aspects indissociables :  elle est, à la fois, douloureuse et glorieuse. La souffrance et l'humiliation de la mort de Jésus sont intimement liées à l'exaltation et à la gloire de sa résurrection.
Chers frères et sœurs ! Très chers jeunes ! Que ne vienne jamais à manquer en vous la conscience de cette vérité réconfortante. La passion et la résurrection du Christ constituent le centre de notre foi et notre soutien dans les épreuves quotidiennes inévitables.
Que Marie, Vierge des Douleurs et témoin silencieux de la joie de la résurrection, vous aide à suivre le Christ crucifié et à découvrir dans le mystère de la Croix le sens plénier de la vie.
Loué soit Jésus Christ !
MESSE CHRISMALE EN LA BASILIQUE VATICANE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Jeudi Saint, 8 avril 2004
1. "Pontife de la nouvelle et éternelle alliance". C'est ainsi que Jésus nous apparaît aujourd'hui, de façon singulière, au cours de la Messe chrismale, qui révèle le lien profond existant entre l'Eucharistie et le Sacerdoce ministériel. Le Christ est le Prêtre suprême de cette Nouvelle Alliance, déjà préannoncée par le Prophète de l'exil babylonien (cf. Is 61, 1-3). L'antique prophétie s'accomplit en Lui, comme Il l'a lui-même proclamé dans la Synagogue de Nazareth, précisément au début de sa vie publique (cf. Lc 4, 21). Le Messie promis, l'"Oint du Seigneur", accomplira sur la Croix la libération définitive des hommes de l'antique esclavage du Malin. Et, ressuscitant le troisième jour, il inaugurera la vie qui ne connaît plus la mort.
2. "Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture" (Lc 4, 21). L'"aujourd'hui" évangélique se renouvelle de manière singulière en cette Messe chrismale, qui représente un véritable prélude au Triduum pascal. Si la Messe in Cena Domini souligne le mystère de l'Eucharistie et la consigne du commandement nouveau de l'amour, celle que nous célébrons à présent, appelée Messe chrismale, souligne le don du sacerdoce ministériel.
J'ai voulu répéter le lien étroit existant entre Eucharistie et Sacerdoce dans la Lettre aux Prêtres que, précisément à l'occasion du Jeudi saint, je leur ai adressée. L'Eucharistie et le Sacerdoce sont "deux sacrements nés ensemble, dont le sort est indissolublement lié jusqu'à la fin du monde" (n. 3).
3. Chers frères dans l'Episcopat et dans le Sacerdoce, je vous salue tous avec affection, et je vous remercie de votre présence nombreuse et de votre pieuse participation. Dans quelques instants, nous renouvellerons les promesses sacerdotales, en rendant grâce à Dieu pour le don de notre Sacerdoce. Nous répéterons, dans le même temps, la ferme intention d'être des images toujours plus fidèles du Christ, le Prêtre suprême. Lui, le Bon Pasteur, nous appelle à suivre son exemple, et à offrir jour après jour notre vie pour le salut du troupeau qu'il a confié à nos soins.
Comme ne pas revenir, avec des pensées pleines d'émotion, à l'enthousiasme du premier "oui", prononcé le jour de l'Ordination sacerdotale ? "Me voici !". Nous avons répondu à Celui qui nous appelait  à  travailler pour son Royaume. "Me voici !". Nous devons le répéter chaque jour, conscients d'avoir été envoyés pour servir, à titre spécial, la communauté des rachetés in persona Christi.
Le "don et mystère" que nous avons reçu est véritablement extraordinaire. L'expérience quotidienne nous enseigne qu'il  doit être conservé, grâce à une adhésion indéfectible au Christ, alimentée par une prière constante. Le peuple chrétien désire tout d'abord nous voir comme des "hommes de prière". Ceux qui nous rencontrent doivent pouvoir ressentir à travers nos paroles et nos comportements l'amour fidèle et miséricordieux de Dieu.
4. Chers frères et sœurs ! La Messe chrismale d'aujourd'hui voit, dans chaque diocèse, le peuple chrétien réuni autour de son Évêque et du presbyterium tout entier. Il s'agit d'une célébration solennelle et significative, au cours de laquelle sont bénis le saint Chrême et les huiles des malades et des catéchumènes. Ce rite invite à contempler le Christ, qui a assumé notre fragilité humaine et en a fait un instrument de salut universel. À son image, chaque croyant, rempli par l'onction de l'Esprit Saint, est "consacré" pour devenir une offrande agréable à Dieu.
Que la Vierge Marie, Mère du Christ Prêtre suprême, qui a intimement collaboré à l'œuvre de la rédemption, nous aide, nous qui sommes prêtres, à reproduire toujours plus fidèlement, dans notre existence et notre service ecclésial, l'image de son fils Jésus. Puisse-t-elle rendre tous les chrétiens toujours plus conscients de la vocation à laquelle chacun est appelé, afin que l'Église, nourrie par la Parole et sanctifiée par les sacrements, continue à accomplir pleinement sa mission dans le monde.
MESSE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Jeudi Saint 8 avril 2004
1. "Il les aima jusqu'à la fin" (Jn 3, 1).
Avant de célébrer la dernière Pâque avec les disciples, Jésus leur lava les pieds. À travers un geste qui revenait habituellement au serviteur, il voulut imprimer dans l'esprit des Apôtres le sens de ce qui devait se produire peu après.
En effet, la passion et la mort constituent le service d'amour fondamental grâce auquel le Fils de Dieu a libéré l'humanité du péché. Dans le même temps, la passion et la mort du Christ révèlent le sens profond du nouveau commandement qu'Il a confié aux Apôtres : "Vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés" (Jn 13, 34).
2. "Faites ceci en mémoire de moi" (1 Co 11, 24.25) - dit-il à deux reprises, en distribuant le pain devenu son Corps et le vin devenu son Sang. "Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous" (Jn 13, 15) - avait-il recommandé peu auparavant, après avoir lavé les pieds aux Apôtres. Les chrétiens savent donc qu'ils doivent "faire mémoire" de leur Maître en se rendant réciproquement le service de la charité :  "se laver les pieds mutuellement". Il savent, en particulier, qu'ils doivent rappeler Jésus en répétant le "mémorial" de la Cène avec le pain et le vin consacrés par le ministre qui répète sur eux les paroles alors prononcées par le Christ.
C'est ce que la communauté chrétienne a commencé à faire dès les débuts, comme nous avons entendu Paul l'attester :  "Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11, 26).
3. L'Eucharistie est donc un mémorial au sens plénier :  le Pain et le Vin, par l'action de l'Esprit Saint, deviennent réellement le Corps et le Sang du Christ, qui se donne pour être nourriture de l'homme au cours de son chemin sur terre. La même logique d'amour préside à l'incarnation du Verbe dans le sein de Marie et à sa présence dans l'Eucharistie. C'est l'agape, la caritas, l'amour dans son sens le plus beau et le plus pur. Jésus a demandé avec insistance à ses disciples de demeurer dans son amour (cf. Jn 15, 9).
Afin de rester fidèle à cette consigne, afin de rester en Lui comme des sarments unis à la vigne, afin d'aimer comme Il a aimé, il est nécessaire de se nourrir de son Corps et de son Sang. En disant aux Apôtres :  "Faites ceci en mémoire de moi", le Seigneur a lié l'Église au mémorial vivant de sa Pâque. Bien qu'étant l'unique prêtre de la Nouvelle Alliance,  il  a voulu avoir besoin d'hommes qui, consacrés par l'Esprit Saint, agissent en union intime avec sa Personne en distribuant la nourriture de la vie.
4. C'est pourquoi, alors  que nous fixons notre regard sur le Christ qui institue l'Eucharistie, nous prenons à nouveau conscience de l'importance des prêtres dans l'Église et de leur lien avec le Sacrement eucharistique. Dans la Lettre que j'ai écrite aux Prêtres pour ce jour saint, j'ai voulu répéter que le Sacrement de l'autel est don et mystère, que le Sacerdoce est don et mystère, tous deux étant né du Cœur du Christ au cours de la dernière Cène.
Seule une Église aimant l'Eucharistie engendre, à son tour, de nombreuses et saintes vocations sacerdotales. Et elle le fait à travers la prière et le témoignage de la sainteté, offert en particulier aux nouvelles générations.
5. À l'école de Marie, "femme eucharistique", nous adorons Jésus véritablement présent dans les humbles signes du pain et du vin. Nous le supplions afin qu'il ne cesse d'appeler au service de l'autel des prêtres selon son cœur.
Nous demandons au Seigneur que ne manque jamais au Peuple de Dieu le Pain pour le soutenir au cours de son pèlerinage terrestre. Que la Vierge Sainte nous aide à redécouvrir avec émerveillement que toute la vie chrétienne est liée au mysterium fidei, que nous célébrons solennellement ce soir.
VEILLÉE PASCALE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Samedi Saint, 10 avril 2004
1. "Ce sera pour eux, de génération en génération, une nuit de veille en l'honneur du Seigneur" (Ex 12,42).
Au cours de cette nuit très sainte, nous célébrons la Veillée pascale, la première veillée, plus encore la "mère" de toutes les veillées de l'année liturgique. Comme l'évoque à plusieurs reprises le chant de l'Exsultet, la veillée pascale nous fait parcourir à nouveau le cheminement de l'humanité, depuis la création jusqu'à l'événement culminant du salut, qui est la mort et la résurrection du Christ.
La lumière de Celui qui est "ressuscité d'entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité" (1 Co 15,20), rend "lumineuse comme le jour" (cf. Ps 138 [139],12) cette nuit mémorable, considérée à juste titre comme le "cœur" de l'année liturgique. Au cours de cette nuit, l'Église tout entière veille et revit en les méditant les étapes importantes de l'intervention salvifique de Dieu dans l'univers.
2. "Une nuit de veille en l'honneur du Seigneur". La signification de cette Veillée pascale solennelle est double, comportant de riches symboles et une abondance extraordinaire de textes bibliques. D'une part, cette veillée est la mémoire priante des mirabilia Dei (merveilles de Dieu) par l'évocation de pages capitales des Saintes Écritures, depuis la création jusqu'à la promesse de la nouvelle Alliance, en passant par le sacrifice d'Isaac et la traversée de la Mer Rouge.
D'autre part, cette veillée exprime de manière suggestive l'attente confiante du plein accomplissement des anciennes promesses. La mémoire de l'action de Dieu culmine dans la résurrection du Christ et s'oriente vers l'événement eschatologique de la parousie. En cette nuit pascale, nous entrevoyons donc l'aube du jour qui n'a pas de fin, le jour du Christ ressuscité, qui inaugure la vie nouvelle, "un ciel nouveau et une terre nouvelle" (2 P 3,13 ; cf. Is 65,17 ; 66,22 ; Ap 21,1).
3. Depuis les origines, la communauté chrétienne a placé la célébration du Baptême dans le cadre de la Veillée de Pâques. En cette nuit, ici aussi, des catéchumènes, immergés avec Jésus dans sa mort, ressusciteront avec Lui à la vie immortelle. De cette façon, se renouvelle le prodige de la nouvelle et mystérieuse naissance spirituelle, réalisée par l'Esprit Saint, qui incorpore les nouveaux baptisés au peuple de l'Alliance nouvelle et définitive, scellée par la mort et la résurrection du Christ.
À chacun d'entre vous, chers Frères et Sœurs qui vous apprêtez à recevoir les sacrements de l'initiation chrétienne, j'adresse un salut affectueux. Vous venez de l'Italie, du Togo et du Japon : vos origines rendent manifestes l'universalité de l'appel au salut et la gratuité du don de la foi. Je salue aussi vos proches, vos amis et toutes les personnes qui ont accompagné votre préparation.
Par le Baptême, vous ferez partie de l'Église, qui est un grand peuple en marche, sans frontières de races, de langues, de cultures ; un peuple appelé à la foi depuis Abraham et destiné à devenir une bénédiction au milieu de toutes les nations de la terre (cf. Gn 12,1-3). Soyez fidèles à Celui qui vous a choisis et confiez-Lui, dans une démarche généreuse, votre existence tout entière.
4. En union avec ceux qui seront baptisés dans quelques instants, nous sommes tous invités par la liturgie à renouveler les promesses de notre Baptême. Le Seigneur nous demande de lui exprimer à nouveau notre pleine docilité et de notre dévouement total au service de son Évangile.
Chers Frères et Sœurs ! Si parfois cette mission peut vous paraître bien difficile, rappelez-vous les paroles du Ressuscité : "Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28,20). Assurés de sa présence, vous ne craindrez alors aucune difficulté et aucun obstacle. Sa Parole vous éclairera ; son Corps et son Sang seront nourriture et soutien sur votre route quotidienne vers l'éternité.
Marie sera toujours à vos côtés, comme elle fut présente aux côtés des Apôtres effrayés et dispersés à l'heure de l'épreuve. Et, avec sa foi, elle vous indiquera, au-delà de la nuit du monde, l'aurore glorieuse de la résurrection. Amen.
CÉLÉBRATION ET PROCESSION EUCHARISTIQUE
LORS DE LA SOLENNITÉ DE LA FÊTE-DIEU


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Basilique de Saint-Jean-de-Latran, Jeudi 10 juin 2004
1. "Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11, 26).
Avec ces paroles, saint Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe que la "cène du Seigneur" n'est pas seulement une rencontre conviviale, mais également - et surtout - le mémorial du sacrifice rédempteur du Christ. Celui qui y prend part - explique l'Apôtre - s'unit au mystère de la mort du Seigneur, il s'en fait même l'"annonciateur".
Il existe donc un rapport très étroit entre "célébrer l'Eucharistie" et "annoncer le Christ". Entrer en communion avec Lui dans le mémorial de la Pâque signifie, dans le même temps, devenir missionnaires de l'événement que ce rite actualise ; d'une certaine façon, cela signifie le rendre contemporain de chaque époque, jusqu'au retour du Seigneur.
2. Très chers frères et sœurs, nous revivons aujourd'hui cette merveilleuse réalité dans la solennité du Corpus Domini, dans laquelle l'Église célèbre non seulement l'Eucharistie, mais la porte solennellement en procession, en annonçant publiquement que le Sacrifice du Christ est pour le salut du monde entier.
Reconnaissante pour ce don immense, elle se rassemble autour du Très Saint Sacrement, car c'est là que se trouve la source et le sommet de son être et de son action. Ecclesia de Eucharistia vivit ! L'Église vit de l'Eucharistie et sait que cette vérité n'exprime pas seulement une expérience quotidienne de foi, mais contient de manière synthétique le noyau du mystère qu'elle-même représente (cf. Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, n. 1).
3. Depuis que, à la Pentecôte, le Peuple de la Nouvelle Alliance "a commencé son pèlerinage vers la patrie céleste, le divin Sacrement a continué à marquer ses journées, les remplissant d'espérance confiante" (ibid.). C'est précisément en pensant à cela que j'ai voulu consacrer la première Encyclique du nouveau millénaire à l'Eucharistie et je suis heureux d'annoncer à présent une Année de l'Eucharistie spéciale. Celle-ci débutera lors du Congrès eucharistique mondial, prévu du 10 au 17 octobre 2004 à Guadalajara (Mexique), et se terminera avec la prochaine Assemblée ordinaire du Synode des Évêques, qui se tiendra au Vatican du 2 au 29 octobre 2005 et dont le thème sera : "L'Eucharistie source et sommet de la vie et de la mission de l'Église".
À travers l'Eucharistie, la Communauté ecclésiale est édifiée comme la Jérusalem nouvelle, principe d'unité dans le Christ entre personnes et peuples différents.
4. "Donnez-leur vous-mêmes à manger" (Lc 9, 13).
La page évangélique que nous venons à peine d'entendre offre une image suggestive du lien intime existant entre l'Eucharistie et cette mission universelle de l'Église. Le Christ, "pain vivant descendu du ciel" (Jn 6, 51 ; cf. Acclamation à l'Évangile), est l'unique qui puisse rassasier la faim de l'homme à chaque époque et en chaque lieu de la terre.
Cependant, Il ne veut pas le faire tout seul, et ainsi, comme lors de la multiplication des pains, il interpelle les disciples :  "Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit, et il les donnait aux disciples pour les servir à la foule" (Lc 9, 16). Ce signe prodigieux est la représentation du plus grand mystère d'amour qui se renouvelle chaque jour lors de la Messe :  à travers les ministres ordonnés, le Christ donne son Corps et son Sang pour la vie de l'humanité. Et ceux qui se nourrissent avec dignité à sa Table, deviennent les instruments vivants de sa présence d'amour, de miséricorde et de paix.
5. "Lauda, Sion, Salvatorem... ! - Sion, loue le Seigneur / ton guide, ton pasteur / à travers des hymnes et des cantiques".
C'est avec une profonde émotion que nous entendons retentir dans notre cœur cette invitation à la louange et à la joie. Au terme de la Messe nous porterons en procession le Divin Sacrement jusqu'à la basilique Sainte-Marie-Majeure. En tournant notre regard vers Marie, nous comprendrons mieux la force transformatrice que possède l'Eucharistie. En nous mettant à son écoute, nous trouverons dans le mystère eucharistique le courage et la force pour suivre le Christ Bon Pasteur et pour le servir chez nos frères.
PÈLERINAGE APOSTOLIQUE DU PAPE JEAN-PAUL II
À LOURDES À L'OCCASION DU 150ème ANNIVERSAIRE
DE LA PROMULGATION DU DOGME DE L’IMMACULÉE CONCEPTION


HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, Prairie de la Ribère, Dimanche 15 août 2004
1. « Que soy era Immaculada Councepciou ». Les paroles que Marie adressa à Bernadette le 25 mars 1858 résonnent avec une intensité toute particulière en cette année au cours de laquelle l’Église célèbre le cent cinquantième anniversaire de la définition solennelle du dogme proclamé par le Bienheureux Pie IX dans la Constitution apostolique Ineffabilis Deus.
J’ai vivement désiré accomplir ce pèlerinage à Lourdes pour rappeler un événement qui continue à rendre gloire à la Trinité une et indivise. La conception immaculée de Marie est le signe de l’amour gratuit du Père, l’expression parfaite de la rédemption accomplie par le Fils, le point de départ d’une vie totalement disponible à l’action de l’Esprit.
2. Sous le regard maternel de la Vierge, je vous salue tous cordialement, chers frères et sœurs venus à la grotte de Massabielle pour chanter les louanges de Celle que toutes les générations proclament bienheureuse (cf. Lc 1,48).
Je salue en particulier les pèlerins français et leurs évêques, notamment Monseigneur Jacques Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes, que je remercie pour les aimables paroles qu’il m’a adressées au début de cette célébration.
Je salue Monsieur le Ministre de l’Intérieur, qui représente ici le Gouvernement français, ainsi que les autres personnes qui font partie des Autorités civiles et militaires présentes.
Ma pensée affectueuse rejoint aussi tous les pèlerins venus ici de diverses parties de l’Europe et du monde, et tous ceux qui sont unis spirituellement à nous par la radio et la télévision. Je vous salue avec une particulière affection, chers malades, qui êtes venus dans ce lieu béni pour chercher soulagement et espérance. Que la Vierge sainte vous fasse percevoir sa présence et qu’elle réconforte vos cœurs !
3. « En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne... » (Lc 1, 39). Les paroles du récit évangélique nous font percevoir avec les yeux du cœur la jeune fille de Nazareth en chemin vers la « ville de Judée » où demeurait sa cousine, pour lui offrir ses services. Ce qui nous touche avant tout en Marie, c’est son attention pleine de tendresse envers sa parente âgée. C’est un amour concret qui ne se limite pas à des paroles de compréhension mais qui s’engage personnellement dans une véritable assistance. À sa cousine, la Vierge ne donne pas simplement quelque chose qui lui appartient ; elle se donne elle-même, sans rien demander en retour. Elle a parfaitement compris que, plus qu’un privilège, le don reçu de Dieu est un devoir, qui l’engage envers les autres dans la gratuité qui est le propre de l’amour.
4. « Mon âme exalte le Seigneur... » (Lc 1, 46). Lors de sa rencontre avec Élisabeth, les sentiments de Marie jaillissent avec force dans le cantique du Magnificat. Par ses lèvres s’expriment l’attente pleine d’espérance des « pauvres du Seigneur » ainsi que la conscience de l’accomplissement des promesses, parce que Dieu « s’est souvenu de son amour » (cf. Lc 1, 54).
C’est précisément de cette conscience que jaillit la joie de la Vierge Marie, qui transparaît dans l’ensemble du cantique : joie de se savoir « regardée » par Dieu malgré sa « faiblesse » (cf. Lc 1, 48) ; joie en raison du « service » qu’il lui est possible de rendre, grâce aux « merveilles » auxquelles l’a appelée le Tout-Puissant (cf. Lc 1, 49) ; joie pour l’avant-goût des béatitudes eschatologiques, réservées aux « humbles » et aux « affamés » (cf. Lc 1, 52-53).
Après le Magnificat vient le silence ; rien n’est dit des trois mois de la présence de Marie aux côtés de sa cousine Élisabeth. Ou peut-être il nous est dit la chose la plus importante : le bien ne fait pas de bruit, la force de l’amour s’exprime dans la tranquille discrétion du service quotidien.
5. Par ses paroles et par son silence, la Vierge Marie nous apparaît comme un modèle sur notre chemin. C’est un chemin qui n’est pas aisé : par la faute de ses premiers parents, l’humanité porte en elle la blessure du péché, dont les conséquences continuent encore à se faire sentir chez les rachetés. Mais le mal et la mort n’auront pas le dernier mot ! Marie le confirme par toute son existence, en tant que témoin vivant de la victoire du Christ, notre Pâque.
Les fidèles l’ont compris. C’est pourquoi ils accourent en foule près de la grotte, pour écouter les avertissements maternels de la Vierge, reconnaissant en elle « la femme revêtue de soleil » (Ap 12, 1), la Reine qui resplendit près du trône de Dieu (cf. Psaume responsorial) et intercède en leur faveur.
6. Aujourd’hui, l’Église célèbre la glorieuse Assomption au Ciel de Marie avec son corps et son âme. Les deux dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption sont intimement liés. Ils proclament tous deux la gloire du Christ Rédempteur et la sainteté de Marie, dont la destinée humaine est dès à présent parfaitement et définitivement réalisée en Dieu.
« Quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi », nous a dit Jésus (Jn 14, 3). Marie est le gage de l’accomplissement de la promesse du Christ. Son Assomption devient pour nous « un signe d’espérance assurée et de consolation » (Lumen gentium, n. 68).
7. Chers frères et sœurs ! De la grotte de Massabielle, la Vierge Immaculée nous parle à nous aussi, chrétiens du troisième millénaire. Mettons-nous à son écoute !
Écoutez d’abord, vous les jeunes, vous qui cherchez une réponse capable de donner sens à votre vie. Vous pouvez la trouver ici. C’est une réponse exigeante, mais c’est la seule réponse qui vaut. En elle, réside le secret de la vraie joie et de la paix.
De cette grotte, je vous lance un appel spécial à vous, les femmes. En apparaissant dans la grotte, Marie a confié son message à une fille, comme pour souligner la mission particulière qui revient à la femme, à notre époque tentée par le matérialisme et par la sécularisation : être dans la société actuelle témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu’avec les yeux du cœur. À vous, les femmes, il revient d’être sentinelles de l’Invisible ! À vous tous, frères et sœurs, je lance un appel pressant pour que vous fassiez tout ce qui est en votre pouvoir pour que la vie, toute vie, soit respectée depuis la conception jusqu’à son terme naturel. La vie est un don sacré, dont nul ne peut se faire le maître.
La Vierge de Lourdes a enfin un message pour tous : le voici : soyez des femmes et des hommes libres ! Mais rappelez-vous : la liberté humaine est une liberté marquée par le péché. Elle a besoin elle aussi d’être libérée. Christ en est le libérateur, Lui qui « nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres » (Ga 5, 1). Défendez votre liberté !
Chers amis, pour cela nous savons que nous pouvons compter sur Celle qui, n’ayant jamais cédé au péché, est la seule créature parfaitement libre. C’est à elle que je vous confie. Marchez avec Marie sur les chemins de la pleine réalisation de votre humanité !
MESSE À L'OCCASION DU 150 ANNIVERSAIRE
DE LA PROCLAMATION DU DOGME
DE L'IMMACULÉE CONCEPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
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