Épiphanie du Seigneur - Solennité
Commentaire de l’Évangile
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre IV, SC 255 (Œuvres spirituelles, trad. J-M Clément, les moniales de Wisques et B. de Vregille, éd. du Cerf, 1978, p. 89, 91, rev.)
« Ils lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (Mt 2,11)
En la fête solennelle de l’Épiphanie, sur le modèle des offrandes des rois, Gertrude offrit à Dieu en guise de myrrhe le corps du Christ avec toutes ses souffrances et toute sa passion, grâce à laquelle elle voulait effacer, pour la gloire de Dieu, les péchés de tous depuis Adam jusqu’au dernier des hommes. De même, en place de l’encens, l’âme du Christ, pleine de dévotion, avec tous les actes de sa vie spirituelle pour suppléer aux négligences de tout l’univers. De même encore, en guise d’or, la très parfaite divinité du Christ, avec les délices dont elle jouit pour suppléer aux déficiences de toutes les créatures. Le Seigneur Jésus lui apparut alors présentant cette offrande comme des étrennes de prix à la toujours adorable Trinité. Et tandis qu’on le voyait traverser pour ainsi dire le ciel, toute la cour céleste paraissait fléchir le genoux par respect pour cette offrande (…).
Elle se souvint alors que certaines personnes, dans un sentiment d’humilité, lui avaient demandé d’offrir à Dieu, à leur place et en mémoire de ces présents des Mages, les petites prières qu’elles avaient adressées au Seigneur avant cette même fête. Et comme elle s’en acquittait avec toute la dévotion possible, le Seigneur Jésus lui apparut de nouveau, portant à travers tout le ciel cette seconde offrande comme pour la présenter à Dieu le Père. Et toute l’armée céleste accourait au-devant de lui et célébrait les louanges de cette offrande comme s’il se fût agi de magnifiques étrennes.
Cela lui fit comprendre que si quelqu’un offre à Dieu ses prières ou d’autres efforts, tout le sénat du ciel applaudit à ce don, comme à des étrennes agréables à Dieu. Mais si quelqu’un, non content d’apporter du sien, ajoute à ses propres œuvres celle plus parfaites du Fils de Dieu, les saints alors témoignent pour cette offrande (…) une telle révérence que rien ne saurait prétendre à une si haute dignité, si ce n’est − ce qui est au-dessus de tout – l’unique et adorable Trinité.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre IV, SC 255 (Œuvres spirituelles, trad. J-M Clément, les moniales de Wisques et B. de Vregille, éd. du Cerf, 1978, p. 93, 95, rev.)
« Ils se prosternèrent et lui offrirent leurs présents » (Mt 2,11)
[En la fête de l’Épiphanie], stimulée (…) par l’exemple des bienheureux Mages, Gertrude se leva dans la ferveur de son esprit et se prosterna avec une très humble dévotion aux pieds très saints du Seigneur Jésus, adorant au nom de tout ce qu’il y a au ciel, sur terre et dans les enfers (cf. Ph 2,10).
Et, faute de trouver un présent qu’elle puisse dignement lui offrir, elle se mit à parcourir l’univers entier, dans son désir anxieux, cherchant parmi toutes les créatures si elle pourrait en découvrir quelqu’une digne d’être offerte à son unique aimé. Courant ainsi, brûlante et haletante, dans la soif de son ardente ferveur, elle découvrit des choses méprisables que toute créature aurait sagement rejetées, comme indignes d’être offertes à la louange et à la gloire du Sauveur. Mais elle, s’en emparant avec avidité, s’efforçait de les restituer à Celui que tout le créé devrait servir uniquement.
Elle attira donc dans son cœur, grâce à son fervent désir, toute la peine, la crainte et la douleur et l’angoisse qu’une créature ait jamais supportées, non pas pour la gloire du Créateur, mais par sa propre faute et infirmité. Et elle les offrit au Seigneur comme une myrrhe de choix. En deuxième lieu, elle attira à elle toute la sainteté feinte et la dévotion affectée des hypocrites, des pharisiens, des hérétiques et de leur semblables. Et elle l’offrit de même à Dieu comme un sacrifice d’encens très suave. En troisième lieu, elle s’efforça d’attirer en son cœur toutes les tendresses humaines et l’amour frelaté et impur de toutes les créatures. Et elle l’offrit au Seigneur en guise d’or précieux.
Toutes ces choses se trouvaient donc rassemblées en son cœur. Or l’amoureux désir avec lequel elle s’efforçait d’en faire totalement hommage à son bien-aimé, tel un feu ardent, les débarrassait de toute scorie, de même que l’or s’épure dans la fournaise, et elles apparaissaient comme un noble et merveilleux présent pour le Seigneur. Le désir de lui plaire en toute manière, témoigné par ces offrandes, procura au Seigneur d’inestimables délices, comme s’il se fût agi d’étrennes extrêmement rares.
ou
Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels, 06/01/1937 (trad. Cerf 2008, p. 287)
« En entrant dans la maison, ils virent l’enfant »
Adoration des rois : les puissants de ce monde baissent leur tête devant l’humble berceau d’un enfant. De l’or, de l’encens, de la myrrhe venus d’Orient ; anxiété dans les cœurs, poussière des chemins parcourus la nuit, guidés par une étoile. « Où est-il, celui qui vient de naître ? »… Vingt siècles sont passés : beaucoup d’âmes parcourent les chemins de la terre comme les mages d’Orient et continuent à demander en passant : « Avez-vous vu celui qu’aime mon âme ? » (Ct 3,3) C’est aussi une étoile de lumière qui, illuminant notre chemin, nous conduit à l’humilité d’une crèche, et nous montre ce qui nous a fait sortir « en dehors des murailles de la ville » (He 13,13 ; cf Lc 16,27). Elle nous montre un Dieu qui, tout en étant Maître de tout, manque de tout. Le Créateur de la lumière et de la chaleur du soleil souffre du froid ; celui qui vient au monde par amour pour les hommes est oublié des hommes.
Maintenant aussi, comme alors, il y a des âmes qui cherchent Dieu... Par malheur, tous n’arrivent pas à le trouver, ils ne regardent pas tous l’étoile qui est la foi ; ils n’osent pas non plus s’aventurer sur ces chemins qui conduisent à lui, qui sont l’humilité, le renoncement, le sacrifice et presque toujours la croix…
Quand cette nuit, dans le chœur, je me souvenais, sans le vouloir, de mes jours d’enfance, de ma maison, des rois, mon habit monastique me disait autre chose : moi aussi, comme les mages, je suis venu à la recherche d’une crèche. Je ne suis plus un enfant auquel il faut donner des jouets : les rêves sont maintenant plus grands et ils ne sont pas de cette vie. Les rêves du monde, comme les jouets des enfants, font le bonheur quand on les attend, mais ensuite tout n’est que du carton. Les rêves de ciel — rêve qui dure toute la vie et ne déçoit pas après. Comme ils ont dû s’en retourner heureux, les mages, après avoir vu Dieu ! Moi aussi je le verrai, il s’agit seulement d’attendre un peu. Le matin arrivera bientôt, et avec lui la lumière. Quel heureux réveil ce sera !
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
3e sermon pour l'Épiphanie ; SC 166 (trad. SC p. 271)
« Aujourd'hui, Seigneur, tu as révélé ton Fils unique aux nations » (Collecte)
« Lève-toi, resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière ! » (Is 60,1) Sois bénie, Lumière « venue au nom du Seigneur » ! « Le Seigneur est Dieu et il a brillé sur nous » (Ps 117,26-27). Par sa bienveillance, ce jour sanctifié par l'illumination de l'Église a brillé sur nous. C'est pourquoi nous te rendons grâce, « Lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1,9), et qui, pour cela précisément, es venue dans le monde en prenant une forme humaine. Elle resplendit Jérusalem, notre mère (Ga 4,26), mère de tous ceux qui ont mérité d'être illuminés ; elle éclaire désormais tous ceux qui sont dans le monde. Nous te rendons grâce, Lumière véritable : tu t'es faite lampe pour éclairer Jérusalem et pour que le Verbe, la Parole de Dieu, devienne « la lampe de mes pas » (Ps 118,105)... Et elle n'a pas seulement été illuminée, elle a été « élevée sur un lampadaire », tout en or massif (Mt 5,15 ; Ex 25,31). La voilà devenue « la ville située au sommet des montagnes » (Mt 5,14)...pour que son Évangile brille aussi loin que s'étendent les empires du monde...
Dieu, toi qui illumines toutes les nations, pour toi nous avons chanté : « Le Seigneur va venir, il illuminera les yeux de ses serviteurs ». Maintenant tu es venue, ô ma Lumière : « Illumine mes yeux, pour que je ne m'endorme jamais dans la mort » (Ps 12,4)... Tu es venue, Lumière des croyants, et aujourd'hui tu nous as donné la joie d'être illuminés par la foi, qui est notre lampe. Donne-nous aussi toujours la joie de voir s'éclairer ce qui reste en nous de ténèbres...
Voilà la route qu'il faut prendre, âme fidèle, pour parvenir à la patrie où « les ténèbres seront comme midi » (Is 58,10) et « la nuit sera claire comme le jour » (Ps 138,12). Alors « tu verras et tu seras radieuse, ton cœur s'émerveillera et se dilatera », lorsque toute la terre sera remplie de la majesté de la lumière infinie et que « sa gloire sera manifestée en toi » (Is 60,5.2)... « Venez, marchons à la lumière du Seigneur ! » (Is 2,5) Alors « en fils de lumière » nous marcherons « de clarté en clarté, comme conduits par le Seigneur qui est Esprit » (2Co 3,18).
ou
Saint Bruno de Segni (v. 1045-1123), évêque
1er sermon sur l'Épiphanie ; PL 165, 863 (in Les Pères commentent l'Évangile; Collection liturgique Mysteria sous la direction de Henri Delougne; trad. trad. A.-M. Roguet, o.p.; Éd. Brepols 1991, p. 334)
L'or, l'encens et la myrrhe
Guidés par l'étoile, les mages venant d'Orient jusqu'à Bethléem sont entrés dans la maison où la bienheureuse Vierge Marie demeurait avec l'enfant ; ouvrant leurs trésors, ils ont offert trois dons au Seigneur : l'or, l'encens et la myrrhe, par lesquels ils l'ont confessé vrai Dieu, vrai homme et vrai roi.
Ce sont bien les dons que la sainte Église ne cesse d'offrir à Dieu son Sauveur. Elle offre l'encens lorsqu'elle le confesse et croit en lui comme étant le véritable Seigneur, créateur de l'univers ; elle offre la myrrhe lorsqu'elle affirme qu'il a pris la substance de notre chair, dans laquelle il a voulu souffrir et mourir pour notre salut ; elle offre l'or quand elle n'hésite pas à proclamer qu'il règne éternellement avec le Père et l'Esprit Saint. (...)
Cette offrande peut recevoir un autre sens mystique. Selon Salomon, l'or signifie la sagesse céleste : « Le trésor le plus désirable se trouve dans la bouche du sage » (cf Pr 21,20) (...) Selon le psalmiste, l'encens symbolise la prière pure : « Que ma prière, Seigneur, s'élève devant toi comme un encens » (Ps 140,2). Car, si notre prière est pure, elle exhale vers Dieu un parfum plus pur que la fumée de l'encens ; et de même que cette fumée monte vers le ciel, ainsi notre prière se dirige vers le Seigneur. La myrrhe symbolise la mortification de notre chair. Donc nous offrons l'or au Seigneur lorsque nous resplendissons devant lui par la lumière de la sagesse céleste. (...) Nous lui offrons de l'encens lorsque nous élevons vers lui une prière pure. Et de la myrrhe lorsque, par l'abstinence, « mortifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises » (Ga 5,24), nous portons la croix à la suite de Jésus.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (vers 1080-1157), abbé cistercien
2ème sermon pour l'Épiphanie (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 44 ; cf SC 166)
La lumière du monde révélée aux nations
« Lève-toi, resplendis, Jérusalem, car elle est venue, ta lumière ! » Certes, elle était venue ta lumière ; elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, mais le monde ne l'a pas connue. L'enfant était né, mais il n'était pas connu, jusqu'à ce que ce jour de lumière commence à le révéler... Levez-vous, vous qui êtes assis dans les ténèbres ! Dirigez-vous vers cette lumière : elle s'est levée dans les ténèbres, mais les ténèbres n'ont pas pu la saisir. Approchez-la, et vous serez illuminés ; dans sa lumière, vous verrez la lumière, et l'on dira de vous : « Jadis, vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. » Regardez : la lumière éternelle s'est accommodée à vos yeux, pour que celui qui habite une lumière inaccessible puisse être saisi par vos yeux faibles et malades. Découvrez la lumière dans une lampe d'argile, le soleil dans la nuée, Dieu dans un homme, dans le petit vase d'argile de votre corps, la splendeur de la gloire et l'éclat de la lumière éternelle !...
Nous te rendons grâces, Père des lumières, de nous avoir appelés des ténèbres à ton admirable lumière... Oui, la vraie lumière, bien plus, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi le seul Dieu, et ton envoyé Jésus Christ... Nous te connaissons, certes, par la foi, et nous la tenons comme un gage assuré que nous te connaîtrons un jour dans la vision. D'ici là, augmente en nous la foi. Conduis-nous de foi en foi, de clarté en clarté, sous la motion de ton Esprit, pour que nous pénétrions plus avant chaque jour dans les profondeurs de la lumière ! ... Que la foi nous conduise au face à face et que, semblable à l'étoile, elle nous guide vers notre chef né à Bethléem...
Quelle joie, quelle exultation pour la foi des mages, lorsqu'ils verront régner dans la Jérusalem d'en haut celui qu'ils ont adoré quand il vagissait à Bethléem! Ici, ils l'ont vu dans un logis de pauvre ; là, nous le verrons dans le palais des anges. Ici, dans les langes ; là, dans les splendeurs des saints. Ici, sur le sein de sa mère ; là, sur le trône de son Père.
(références bibliques : Is 60, 11 ; Jn 1, 10 ; Lc 1, 79 ; Jn 1, 5 ; Ps 33, 6 ; Ps 35, 10 ; Ep 5, 8 ; 1Tm 6, 16 ; Jc 1, 17 ; 1P 2, 9 ; Jn 17, 3 ; Lc 17, 5)
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
Méditations pour l'octave de l'Épiphanie, n°1 (trad. Noël, Eds. Saint-Paul 1993, p. 302 rev.)
« Ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui »
Les mages trouvent une pauvre jeune fille avec un pauvre enfant couvert de pauvres langes... mais, en entrant dans cette grotte, ils ressentent une joie qu'ils n'ont jamais éprouvée... Le divin Enfant prend un air joyeux : signe de la satisfaction affectueuse avec laquelle il les accueille comme les premières conquêtes de son œuvre rédemptrice. Les saints rois regardent ensuite Marie, qui ne parle pas ; elle se tient en silence ; mais son visage qui reflète la joie et respire une douceur céleste, prouve qu'elle leur fait bon accueil et qu'elle les remercie d'être venus les premiers reconnaître son Fils pour ce qu'il est : leur souverain Maître...
Enfant digne d'amour, je te vois dans cette grotte, couché sur la paille, très pauvre et très méprisé ; mais la foi m'enseigne que tu es mon Dieu descendu du ciel pour mon salut. Je te reconnais pour mon souverain Seigneur et mon Sauveur ; je te proclame tel mais je n'ai rien à t'offrir. Je n'ai pas l'or de l'amour, puisque j'ai aimé les choses de ce monde ; je n'ai aimé que mes caprices, au lieu de t'aimer toi, infiniment digne d'amour. Je n'ai pas l'encens de la prière, puisque j'ai malheureusement vécu sans penser à toi. Je n'ai pas la myrrhe de la mortification, puisque, pour ne m'être pas abstenu de plaisirs misérables, j'ai tant de fois contristé ta bonté infinie. Que t'offrirai-je donc ? Mon Jésus, je t'offre mon cœur, tout souillé, tout dénué qu'il est : accepte-le et change-le, puisque tu es venu ici-bas laver dans ton sang nos cœurs coupables et nous transformer ainsi de pécheurs en saints. Donne-moi donc cet or, cet encens, cette myrrhe qui me manquent. Donne-moi l'or de ton saint amour ; donne-moi l'encens, l'esprit de prière ; donne-moi la myrrhe, le désir et la force de me mortifier en tout ce qui te déplaît...
Ô Vierge sainte, tu as accueilli les pieux rois mages avec une vive affection et tu les as comblés ; daigne aussi m'accueillir et me consoler, moi qui viens, à leur exemple, faire visite et m'offrir à ton Fils.
ou
J. B. Bossuet (1627-1704), évêque de Meaux
Élévations sur les mystères, Semaine 17, n°2
« Nous avons vu se lever son étoile »
Qu'avait cette étoile au-dessus des autres, qui annoncent dans le ciel la gloire de Dieu ? (Ps 18,2) Qu'avait-elle plus que les autres, pour mériter d'être appelée l'étoile du Roi des rois, du Christ qui venait de naître, et d'y amener les mages ? Balaam, prophète parmi les païens, dans Moab et en Arabie, avait vu Jésus Christ comme une étoile ; et il avait dit : « Il se lèvera une étoile de Jacob » (Nb 24,17). Cette étoile qui paraît aux mages était la figure de celle que Balaam avait vue : et qui sait si la prophétie de Balaam ne s'était pas répandue en Orient ? ... Quoi qu'il en soit, une étoile qui ne paraissait qu'aux yeux n'était pas capable d'attirer les mages au Roi nouveau-né : il fallait que l'étoile de Jacob et la lumière du Christ soit levée dans leur cœur. À la présence du signe qu'il leur donnait au-dehors, Dieu les toucha au-dedans par cette inspiration dont Jésus a dit : « Nul ne vient à moi, si mon Père ne le tire » (Jn 6,44).
L'étoile des mages est donc l'inspiration dans les cœurs. Je ne sais quoi vous luit en dedans : vous êtes dans les ténèbres et dans les amusements, ou peut-être dans la corruption du monde : tournez vers l'Orient, où se lèvent les astres ; tournez-vous à Jésus Christ qui est à l'Orient, où se lève comme un bel astre l'amour de la vérité et de la vertu.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
1er sermon pour l'Épiphanie (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 44 rev.)
« Tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui »
Le dessein de Dieu n'a pas été seulement de descendre sur terre, mais d'y être connu ; non seulement de naître, mais de se faire connaître. De fait, c'est en vue de cette connaissance que nous avons cette célébration de l'Épiphanie, ce grand jour de sa manifestation. Aujourd'hui, en effet, les mages sont venus d'Orient à la recherche du Soleil de Justice à son lever (Ml 3,20), lui de qui nous lisons : « Voici un homme, Orient est son nom » (Za 6,12). Aujourd'hui ils ont adoré l'enfantement nouveau de la Vierge, suivant la direction tracée par une nouvelle étoile. Ne trouvons-nous pas là, frères, un grand motif de joie, comme aussi dans cette parole de l'apôtre Paul : « La bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes nous sont apparus » (Tt 3,4)...
Que faites-vous, mages, que faites-vous ? Vous adorez un enfant à la mamelle, dans une chaumière vulgaire, dans des langes misérables ? Celui-ci serait-il donc Dieu ? Mais « Dieu réside dans son temple saint, le Seigneur a son trône dans les cieux » (Ps 10,4), et vous, vous le cherchez dans une vulgaire étable, sur le sein d'une mère ? Que faites-vous ? Pourquoi offrez-vous cet or ? Celui-ci serait-il donc roi ? Mais où est sa cour royale, où est son trône, où est la foule de ses courtisans ? Une étable est-elle un palais, une crèche un trône, Marie et Joseph les membres de sa cour ? Comment des hommes sages sont-ils devenus fous au point d'adorer un petit enfant, méprisable tant par son âge que par la pauvreté des siens ?
Fous, ils le sont devenus, oui, pour devenir sages ; l'Esprit Saint leur a enseigné d'avance ce que plus tard l'apôtre Paul a proclamé : « Celui qui veut être sage, qu'il se fasse fou pour être sage. Car puisque le monde, avec toute sa sagesse, n'a pas pu reconnaître Dieu dans sa Sagesse, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu'est la proclamation de l'Évangile » (1Co 1,21)... Ils se prosternent donc devant ce pauvre enfant, lui rendent hommage comme à un roi, l'adorent comme un Dieu. Celui qui les a guidés au dehors par une étoile a répandu sa lumière au secret de leur cœur.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur St Matthieu, 7-8 (trad. Véricel, l'Évangile commenté, p. 50 rév)
« Tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui »
Frères, suivons les mages, quittons nos mœurs païennes. Partons ! Faisons un long voyage pour voir le Christ. Si les mages n'étaient pas partis loin de leur pays, ils n'auraient pas vu le Christ. Quittons nous aussi les intérêts de la terre. Tant qu'ils restaient dans leur pays, ce n'est que l'étoile que les mages voyaient ; mais quand ils ont quitté leur patrie, ils ont vu le Soleil de justice (Ma 3,20). Disons mieux : s'ils n'avaient pas généreusement entrepris leur voyage, ils n'auraient même pas vu l'étoile. Nous aussi, levons-nous donc, et même si tout le monde à Jérusalem se trouble, courons là où se trouve l'Enfant...
« Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère ; et tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent leurs présents. » Quel motif les a poussés à se prosterner devant cet enfant ? Rien de remarquable dans la Vierge ni dans la maison ; pas un objet capable de frapper le regard et de les attirer. Et pourtant, non contents de se prosterner, ils ouvrent leurs trésors, des cadeaux qu'on n'offre pas à un homme, mais seulement à Dieu — l'encens et la myrrhe symbolisent la divinité. Quelle raison les a poussés à agir de la sorte ? La même qui les avait décidés à quitter leur patrie, à partir pour ce long voyage. C'est l'étoile, c'est à dire la lumière dont Dieu avait rempli leur cœur et qui les conduisait peu à peu à une connaissance plus parfaite. S'il n'y avait pas eu cette lumière, comment auraient-ils pu rendre de tels hommages alors que ce qu'ils voyaient était si pauvre et si humble ? S'il n'y a pas de grandeur matérielle, mais seulement une crèche, une étable, une mère dénuée de tout, c'est pour que tu voies plus nettement la sagesse des mages, pour que tu comprennes qu'ils sont venus non pas à un homme, mais à un Dieu, leur bienfaiteur.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Vie cachée et Épiphanie (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 245)
« Le Christ est notre paix : d'Israël et des païens il a fait un seul peuple ; par sa chair il a fait tomber le mur de la haine qui les séparait » (Ep 2,14)
Les personnes réunies autour de la crèche nous offrent déjà une image de l'Église et de son déploiement. Les représentants de l'ancienne lignée royale à qui était promis le Sauveur du monde et les représentants du peuple croyant font le lien entre l'ancienne et la nouvelle Alliance. Les rois du lointain Orient figurent les peuples païens qui devaient recevoir le salut de Juda (Jn 4,22). Ainsi, « l'Église issue des Juifs et des païens » est déjà présente ici.
À la crèche, les rois mages sont les représentants des chercheurs de Dieu de tous pays et de toutes nations. La grâce les a conduits avant même qu'ils n'appartiennent à l'Église visible. Un pur désir de la vérité les habitait, qui ne s'en tenait pas aux limites des enseignements et des traditions de leurs pays. Parce que Dieu est vérité et qu'il veut se laisser trouver par ceux qui le cherchent de tout leur cœur (Jr 29,13), l'étoile devait tôt ou tard briller aux yeux de ces sages pour leur indiquer le chemin vers la vérité. C'est ainsi qu'ils se sont retrouvés devant la Vérité faite homme, qu'ils se prosternent en l'adorant et déposent à ses pieds leur couronne car, comparées à elle, toutes les richesses du monde ne sont qu'un peu de poussière.
ou
J. B. Bossuet (1627-1704), évêque de Meaux
17ème élévation sur les mystères (2)
« Nous avons vu son étoile »
À l'orient se lève, comme un bel astre, l'amour de la vérité et de la vertu ; vous ne savez encore ce que c'est, non plus que les mages, et vous savez seulement en confusion que cette nouvelle étoile vous mène au roi des Juifs, des vrais enfants de Juda et de Jacob : allez, marchez, imitez les mages.
« Nous avons vu son étoile, et nous sommes venus » ; nous avons vu, et nous sommes partis à l'instant. Pour aller où ? Nous ne le savons pas encore ; nous commençons par quitter notre patrie. Allez à Jérusalem, recevez les lumières de l'Église. Vous y trouverez les docteurs qui vous interpréteront les prophéties, qui vous feront entendre les desseins de Dieu, et vous marcherez sûrement sous cette conduite.
Chrétiens, qui que vous soyez qui lisez ceci, peut-être -- car qui peut prévoir les desseins de Dieu ? -- peut-être qu'à ce moment l'étoile va se lever dans votre cœur. Allez, sortez de votre patrie, apprenez à connaître Jérusalem, et la crèche de votre Sauveur, et le pain qu'il vous prépare à Bethléem.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)
prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n°7, 5
Suivons les mages
Levons-nous, à l'exemple des mages. Laissons tout le monde se troubler ; mais nous, courons avec joie à la demeure de l'enfant. Si les rois ou les peuples s'efforcent de nous barrer le chemin, peu importe, ne ralentissons pas notre ferveur, repoussons tous les maux qui nous menacent. S'ils n'avaient pas vu l'enfant, les mages n'auraient pas échappé au danger qu'ils couraient de la part du roi Hérode. Avant d'avoir eu le bonheur de le contempler, ils étaient assiégés par la crainte, entourés de périls, plongés dans le trouble ; après qu'ils l'ont adoré, le calme et la sécurité se sont établis dans leur cœur...
Laissons donc là, nous aussi, une ville en désordre, un despote assoiffé de sang, toutes les richesses de ce monde, et venons à Bethléem, la « maison du pain » spirituel. Si tu es berger, viens seulement, et tu verras l'enfant dans l'étable. Si tu es roi, tes vêtements fastueux, tout l'éclat de ta dignité, ne te serviront de rien si tu ne viens pas. Si tu es homme de science comme les mages, toutes tes connaissances ne te sauveront pas si tu ne viens pas montrer ton respect. Si tu es un étranger ou même un barbare, tu seras admis à la cour de ce roi... Il suffit de venir avec frayeur et avec joie, ces deux sentiments qui habitent un cœur vraiment chrétien...
Avant d'adorer cet enfant, décharge-toi de tout ce qui t'encombre. Si tu es riche, dépose ton or à ses pieds, c'est-à-dire, donne-le aux pauvres. Ces étrangers sont venus de si loin pour contempler ce nouveau-né ; comment pourrais-tu...refuser de faire quelques pas pour visiter un malade ou un prisonnier ?... Les mages ont offert leurs trésors à Jésus, et toi, tu n'as même pas un morceau de pain à lui donner ? (Mt 25,35s) Quand ils ont vu l'étoile, leur cœur a été rempli de joie ; tu vois le Christ dans les pauvres, manquant de tout, et tu passes outre, tu n'es pas ému ?
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n°7, §5 (trad. Bareille rev.)
Suivons les mages
Levons-nous, à l'exemple des mages. Laissons tout le monde se troubler ; mais nous, courons à la demeure de l'enfant. Que les rois ou les peuples, que de cruels tyrans s'efforcent de nous barrer le chemin, peu importe, ne ralentissons pas notre ardeur. Repoussons tous les maux qui nous menacent. S'ils n'avaient pas vu l'enfant, les mages n'auraient pas échappé au danger qu'ils couraient de la part du roi Hérode. Avant d'avoir eu le bonheur de le contempler, ils étaient assiégés par la crainte, entourés de périls, plongés dans le trouble : après qu'ils l'ont adoré, le calme et la sécurité rentrent dans leur âme...
Laissez donc là, vous aussi, une ville en désordre, un despote assoiffé de sang, toutes les richesses de ce monde, et venez à Bethléem, la « maison du pain » spirituel. Êtes-vous berger, venez seulement, et vous verrez l'enfant dans l'étable. Êtes-vous roi, si vous ne venez pas, votre pourpre ne vous servira de rien. Êtes-vous homme de science comme les mages, ce n'est pas un empêchement, pourvu que vous veniez montrer votre respect...Êtes-vous un étranger ou même un barbare, vous serez admis à la cour de ce roi... pourvu que vous approchiez avec frayeur et joie, deux choses qui ne sont pas incompatibles...
En nous prosternant, laissons tout échapper de nos mains. Si nous avons de l'or, donnons-le sans réserve, et ne l'enfouissons pas... Des étrangers ont entrepris un si long voyage pour contempler cet enfant nouveau-né : quel moyen avez-vous d'excuser votre conduite, vous qui refusez de faire quelques pas pour visiter l'infirme ou le prisonnier ? ! (cf Mt 25,36)... Ils ont offert leurs trésors à Jésus, et vous, ce n'est pas sans peine que vous donnez du pain ? Quand ils ont aperçu l'étoile, leur cœur a été rempli de joie. Vous voyez le Christ sur une terre étrangère, manquant de tout, et vous n'êtes pas ému, vous passez outre ?
Temps de Noël : 2 janvier avant l’Épiphanie
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n°7 (trad. Le Barroux rev.)
« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi »
« Moi, je baptise dans l'eau ; mais au milieu de vous se trouve quelqu'un que vous ne connaissez pas. » Ce n'est pas dans l'esprit, mais dans l'eau que Jean baptise. Impuissant à pardonner les péchés, il lave par l'eau le corps des baptisés, mais ne lave pas l'esprit par le pardon. Pourquoi donc baptise-t-il, s'il ne remet pas les péchés par son baptême ? Pourquoi, sinon pour rester dans son rôle de précurseur ? De même qu'en naissant, il avait précédé le Seigneur qui allait naître, il précédait aussi, en baptisant, le Seigneur qui allait baptiser. Précurseur du Christ par sa prédication, il le devenait également en donnant un baptême qui était l'image du sacrement à venir.
Jean a annoncé un mystère lorsqu'il a déclaré que le Christ se tenait au milieu des hommes et qu'il ne leur était pas connu, puisque le Seigneur, quand il s'est montré dans la chair, était à la fois visible en son corps et invisible en sa majesté. Et Jean ajoute : « Celui qui vient après moi a passé devant moi » (Jn 1,15)... ; il explique les causes de la supériorité du Christ lorsqu'il précise : « Car il était avant moi », comme pour dire clairement : « S'il l'emporte sur moi, alors qu'il est né après moi, c'est que le temps de sa naissance ne le resserre pas dans des limites. Né d'une mère dans le temps, il est engendré par le Père hors du temps ».
Jean manifeste quel humble respect il lui doit, en poursuivant : « Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale ». Il était de coutume chez les anciens que si quelqu'un refusait d'épouser une jeune fille qui lui était promise, il dénouait la sandale de celui à qui il revenait d'être son époux. Or le Christ ne s'est-il pas manifesté comme l'Époux de la sainte Église ?... Mais parce que les hommes ont pensé que Jean était le Christ — ce que Jean lui-même nie — il se déclare indigne de dénouer la courroie de sa sandale. C'est comme s'il disait clairement... : « Je ne m'arroge pas à tort le nom d'époux » (cf Jn 3,29).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
5e sermon pour l’Avent ; SC 166 (trad. SC p. 153 rev.)
« Je suis la voix qui crie à travers le désert : ‘ Aplanissez le chemin du Seigneur ’ »
« Préparez le chemin du Seigneur. » Frères, même si vous êtes très avancés sur ce chemin..., il n’y a pas de terme à la bonté vers laquelle on progresse. C'est pourquoi le voyageur sage…se dira chaque jour : « Maintenant, je commence »… Ils sont nombreux, « ceux qui errent dans les solitudes »… ; aucun d’entre eux ne peut dire : « Maintenant, je commence. »
« Le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur » : si elle est le commencement de la sagesse, elle est nécessairement aussi le point de départ de la bonne route… C’est elle qui provoque la confession… ; c’est elle qui pousse l’orgueilleux au repentir et lui permet d’entendre la voix de celui qui crie dans le désert, qui ordonne de préparer le chemin, qui montre par où il faut commencer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche »…
Si tu es déjà sur le chemin, ne perds pas ta route, car tu offenserais le Seigneur qui t’a conduit et il te laisserait « errer dans les chemins de ton propre cœur »… Si ton chemin te paraît resserré, regarde le terme auquel il te conduit. Si tu vois ainsi le bout de toute perfection, tu diras tout de suite : « Qu’ils sont larges tes ordres ! » Si ton regard ne va pas jusque là, crois au moins ce que dit Isaïe... : « Ils marcheront par ce chemin, les captifs rachetés par le Seigneur, et ils arriveront à Jérusalem avec des cris de joie. Un bonheur sans fin illuminera leur visage, allégresse et joie les accompagneront, douleur et plainte auront pris fin. » Celui qui pense à ce terme, non seulement trouve que le chemin est large, mais encore il prendra des ailes, de sorte qu’il ne marche plus : il vole vers le but… Que par là vous conduise et vous accompagne celui qui est le chemin de ceux qui courent et la récompense de ceux qui arrivent au but : le Christ Jésus.
(Références bibliques : Ps 76,11 Vulg ; 106,4 ; Pr 1,72 ; Ps 110,10 ; Mt 3,2 ; 4,17 ; Is 57,17 ; Mt 7,14 ; Ps 118,96 ; Is 35,10 ; Mt 7,14 ; Jn 14,6)
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
Sermon 5 pour l'Avent (trad. Bouchet, Lectionnaire ; cf SC 166, p. 151)
« Aplanissez le chemin du Seigneur »
« Préparez le chemin du Seigneur. » Frères, même si vous vous êtes beaucoup avancés sur ce chemin, il vous reste toujours à le préparer, afin que, du point où vous êtes parvenus, vous alliez toujours de l'avant, toujours tendus vers ce qui est au-delà. Ainsi, à chaque pas que vous faites, la voie étant préparée pour son avènement, le Seigneur viendra au-devant de vous, toujours nouveau, toujours plus grand. C'est donc avec raison que le juste prie ainsi : « Enseigne-moi le chemin de tes volontés et je le chercherai toujours » (Ps 118,33). Et on appelle cette voie « chemin d'éternité » (Ps 138,24)...parce que la bonté de celui vers qui nous nous avançons n'a pas de limite.
C'est pourquoi le voyageur sage et décidé, même arrivé au terme, pensera à commencer ; « oubliant ce qui est derrière lui » (Ph 3,13), il se dira chaque jour : « Maintenant, je commence » (Ps 76,11 Vulg)... Nous qui parlons d'avancer sur ce chemin, plût au ciel que nous nous soyons au moins mis en route ! À mon sens, quiconque s'est mis en route est déjà sur la bonne voie. Il faut toutefois vraiment commencer, trouver « le chemin de la Ville habitée » (Ps 106,4). Car « ils sont peu nombreux ceux qui le trouvent », dit la Vérité (Mt 7,14) ; ils sont nombreux « ceux qui errent dans les solitudes » (Ps 106,4)...
Et toi, Seigneur, tu nous as préparé un chemin, si seulement nous consentons à nous y engager... Par ta Loi, tu nous as enseigné le chemin de tes volontés en disant : « Voici le chemin, suivez-le sans vous égarer à droite ou à gauche » (Is 30,21). C'est le chemin que le prophète avait promis : « Il y aura une route droite et les insensés ne s'y égareront pas » (Is 35,8)... Je n'ai jamais vu un insensé s'égarer en suivant ton chemin, Seigneur... ; mais malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux (Is 5,21), votre sagesse vous a éloignés du chemin du salut et ne vous a pas permis de suivre la folie du Sauveur... Folie désirable, qui sera appelée sagesse au jugement de Dieu, et qui ne nous laisse pas nous égarer hors de son chemin.
ou
Saint Antoine de Padoue (vers 1195-1231), franciscain, docteur de l'Église
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints, 3ème dimanche Avent (trad. Eds Franciscaines 1944, p. 44)
« Il se tient au milieu de vous »
« Le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien » (Ph 4, 5-6). Chez le prophète Isaïe, Dieu le Père parle ainsi : « Je fais approcher ma justice » -- c'est-à-dire son Fils ; « il n'est pas loin, et mon salut ne se fera pas attendre. Je donnerai à Sion le salut, et ma gloire à Israël » (46, 13). C'est ce qui est dit dans l'évangile de ce jour : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ». Médiateur entre Dieu et les hommes, un homme (1Tm 2, 5), le Christ Jésus se lève dans le camp du monde pour combattre le diable ; vainqueur, il délivre l'homme et le réconcilie avec Dieu le Père. Mais vous ne le connaissez pas.
« J'ai nourri et élevé des enfants, mais ils m'ont méprisé. Le bœuf connaît son maître, l'âne connaît la crèche de son maître, mais Israël ne m'a pas connu, et mon peuple ne m'a pas compris » (Is 1, 2-3). Que le Seigneur est près de nous ! Et nous ne le connaissons pas ! J'ai nourri mes fils de mon sang, nous dit-il, comme une mère nourrit ses enfants de son lait. J'ai élevé au-dessus des chœurs des anges la nature humaine que j'ai prise, que je me suis unie. Pouvait-il vous faire plus d'honneur ? Et ils m'ont méprisé. Voyez s'il est une douleur comparable à la mienne (Lm 1, 12)...
Alors, « Ne soyez inquiets de rien », car c'est le souci des choses matérielles qui nous fait oublier le Seigneur.
ou
Jean Scot Érigène ( ?-v. 870), bénédictin irlandais
Homélie sur le Prologue de Jean, ch. 15 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 168 ; cf SC 151, p. 275)
« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi »
Comme il est logique, c'est Jean l'évangéliste qui introduit Jean Baptiste dans son discours sur Dieu, « l'abîme appelant l'abîme » à la voix des mystères divins (Ps 41,8) : l'évangéliste raconte l'histoire du précurseur. Celui qui a reçu la grâce de connaître « le Verbe au commencement » (Jn 1,1) nous renseigne sur celui qui a reçu la grâce de venir en avant du Verbe incarné... Il ne dit pas simplement : il y eut un envoyé de Dieu, mais « il y eut un homme » (Jn 1,6). Il parle ainsi afin de distinguer le précurseur, qui participe seulement de l'humanité, et l'homme qui, unissant étroitement en lui divinité et humanité, est venu ensuite ; afin de séparer la voix qui passe du Verbe qui demeure toujours de façon immuable ; afin de suggérer que l'un est l'étoile du matin qui apparaît à l'aube du Royaume des cieux, et de déclarer que l'autre est le Soleil de justice qui lui succède (Ml 3,20). Il distingue le témoin de celui qui envoie, la lampe vacillante de la lumière splendide qui remplit l'univers (cf Jn 5,35) et qui, pour le genre humain tout entier, dissipe les ténèbres de la mort et des péchés...
« Un homme fut envoyé. » Par qui ? Par le Dieu Verbe qu'il a précédé. Sa mission était d'être précurseur. C'est dans un cri qu'il envoie sa parole devant lui : « À travers le désert, une voix crie » (Mt 3,3). Le messager prépare l'avènement du Seigneur. « Son nom était Jean » (Jn 1,6) : la grâce lui a été donnée d'être le précurseur du Roi des rois, le révélateur du Verbe inconnu, le baptiseur en vue de la naissance spirituelle, le témoin, par sa parole et son martyre, de la lumière éternelle.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 293, 7e pour la Nativité de Jean Baptiste
« Je suis la voix qui crie à travers le désert »
Jean était la voix, mais « au commencement était la Parole » (Jn 1,1). Jean, une voix pour un temps ; le Christ, la Parole dès le commencement, la Parole éternelle. Enlève la parole, qu'est-ce que la voix ? Là où il n'y a rien à comprendre, c'est un bruit vide. La voix sans la parole frappe l'oreille, elle n'édifie pas le cœur. Cependant, découvrons comment les choses s'enchaînent dans notre cœur qu'il s'agit d'édifier. Si je pense à ce que je dois dire, la parole est déjà dans mon cœur ; mais lorsque je veux te parler, je cherche comment faire passer dans ton cœur ce qui est déjà dans le mien. Si je cherche donc comment la parole qui est déjà dans mon cœur pourra te rejoindre et s'établir dans ton cœur, je me sers de la voix, et c'est avec cette voix que je te parle : le son de la voix conduit jusqu'à toi l'idée contenue dans la parole. Alors, il est vrai, le son s'évanouit ; mais la parole que le son a conduite jusqu'à toi est désormais dans ton cœur sans avoir quitté le mien.
Lorsque la parole est passée jusqu'à toi, n'est-ce pas le son qui semble dire, comme Jean Baptiste : « Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue » ? (Jn 3,30) Le son de la voix a retenti pour accomplir son service, et il a disparu comme en disant : « Moi, j'ai la joie en plénitude » (v. 29). Retenons donc la Parole ; ne laissons pas partir la Parole conçue au plus profond de notre cœur.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
4e sermon pour l'Avent (trad. SC 166, p. 134 rev.)
« Une voix qui crie dans le désert »
« Dans le désert une voix crie : Préparez la voie du Seigneur ! » Frères, il nous faut avant tout réfléchir sur la grâce de la solitude, sur la béatitude du désert qui, dès le début de l'ère de la grâce, a mérité d'être consacré au repos des saints. Certes, le séjour au désert a été sanctifié pour nous par la voix de Jean, celui qui criait dans le désert, qui y prêchait et y donnait le baptême de pénitence. Avant lui déjà les plus saints des prophètes avaient toujours eu la solitude pour amie, en tant qu'auxiliaire de l'Esprit. Toutefois, une grâce de sanctification incomparablement plus excellente...s'est attachée à ce lieu quand Jésus y a succédé à Jean. À son tour, avant de prêcher aux pénitents, Jésus a estimé devoir préparer un lieu pour les y recevoir ; il a demeuré dans le désert pendant quarante jours...pour consacrer une vie nouvelle en ce lieu renouvelé... Il a vaincu le tyran qui le hantait...et cela, moins pour lui-même que pour ceux qui habiteraient après lui au désert.
Si donc..., tu t'es fixé au désert, restes-y et attends là celui qui te sauvera de la faiblesse de ton esprit et de la tempête... Plus merveilleusement que la multitude qui l'y a suivi (Lc 4,42) le Seigneur t'y rassasiera, toi qui l'y as suivi... Au moment où tu croiras qu'il t'a depuis longtemps abandonné, c'est alors que lui, n'oubliant pas sa bonté, viendra te consoler et te dira : « Je me suis souvenu de toi, ému de pitié pour ta jeunesse et l'amour de tes fiançailles, quand tu m'as suivi au désert » (Jr 2,2). Le Seigneur fera de ton désert un paradis de délices ; et toi, tu proclameras que « la gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron » (Is 35,2)... Alors de ton âme rassasiée jaillira l'hymne de ta louange : « Que le Seigneur soit glorifié de ses miséricordes et de ses merveilles envers les fils des hommes ! Car il a rassasié l'âme avide et comblé l'âme affamée » (Ps 106,8-9).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157)
abbé cistercien
4e sermon pour l'Avent ; SC 166(trad. SC p. 135 rev.)
« Une voix qui crie dans le désert »
« Au désert, une voix crie : Préparez la route au Seigneur ! » Frères, il nous faut avant tout réfléchir sur la grâce de la solitude, sur la béatitude du désert, qui dès le début de l'ère du salut a mérité d'être consacré au repos des saints. Certes, le désert a été sanctifié pour nous par « la voix de celui qui crie dans le désert », Jean Baptiste, qui y prêchait et y donnait un baptême de pénitence. Déjà avant lui, les plus saints parmi les prophètes avaient toujours aimé la solitude, en tant que lieu favorable pour l'Esprit (cf 1R 17,2s ; 19,3s). Mais ce lieu a reçu une grâce de sanctification incomparablement plus grande quand Jésus y a pris la place de Jean (Mt 4,1)...
Il a demeuré dans le désert pendant quarante jours comme pour purifier et consacrer ce lieu à une vie nouvelle ; il a vaincu le despote qui le hantait..., moins pour lui-même que pour ceux qui y séjournerait... Attends donc au désert celui qui te sauvera de la peur et de la tempête. Quels que soient les combats qui y fondent sur toi, quelles que soient les privations dont tu souffriras, ne retourne pas en Égypte. Le désert te nourrira mieux avec la manne...
Jésus a jeûné au désert, mais plusieurs fois il a nourri la foule qui l'y a suivi, et d'une façon merveilleuse... Au moment où tu croiras qu'il t'a abandonné depuis longtemps, c'est alors que, n'oubliant pas sa bonté, il viendra te consoler et dira : « Je me suis souvenu de toi, ému de pitié pour ta jeunesse et ton premier amour, quand tu m'as suivi au désert » (Jr 2,2). Alors vraiment, il fera de ton désert un paradis de délices, et toi, tu proclameras comme le prophète que « la gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron » (Is 35,2)... Alors ton âme rassasiée fera jaillir une hymne de louange : « Que le Seigneur soit glorifié pour sa miséricorde et ses merveilles envers les hommes ! Car il a rassasié l'âme assoiffée et comblé l'âme affamée » (Ps 106,8-9).
ou
Homélie attribuée à saint Hippolyte de Rome ( ?-v. 235), prêtre et martyr
Homélie du 4e siècle pour l'Épiphanie, la Sainte Théophanie ; PG 10, 852 (trad. coll. Icthus, v. 8, p. 253 rev.)
« Je ne suis pas le Messie »
Honorons avec révérence la compassion d'un Dieu venu sauver et non juger le monde. Jean, le précurseur du Maître, qui jusque-là avait ignoré ce mystère, lorsqu'il a appris que Jésus était vraiment le Seigneur, a crié à ceux qui venaient se faire baptiser : « ' Engeance de vipères ' (Mt 3,6), pourquoi me regardez-vous avec tant d'insistance ? Ce n'est pas moi le Christ. Je suis un serviteur et non le Maître. Je suis un simple sujet, non le roi. Je suis une brebis, non le pasteur. Je suis un homme, non un Dieu. J'ai guéri la stérilité de ma mère en venant au monde, je n'ai pas rendu féconde sa virginité ; j'ai été tiré d'en bas, je ne suis pas descendu des hauteurs. J'ai lié la langue de mon père (Lc 1,20), je n'ai pas déployé la grâce divine... Je suis vil et tout petit, mais après moi vient celui qui est avant moi (Jn 1,30).
« Il vient après, dans le temps ; mais avant, il était en la lumière inaccessible et inexprimable de la divinité. ' Il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui, vous baptisera dans l'Esprit et le feu ' (Mt 3,11). Moi, je suis subordonné ; il est libre. Je suis assujetti au péché, lui détruit le péché. J'enseigne la Loi, lui porte la lumière de la grâce. Je prêche en esclave, il légifère en maître. J'ai pour couche le sol, lui les cieux. Je baptise du baptême de repentir, lui donne la grâce de l'adoption. ' Il vous baptisera dans l'Esprit et le feu. ' Pourquoi m'honorer ? Je ne suis pas le Christ. »
Temps de Noël : 3 janvier avant l’Épiphanie
Commentaire de l’Évangile
Saint Romanos le Mélode (?-v. 560)
compositeur d'hymnes
2e hymne pour l'Épiphanie, 1,3,8 ; SC 110, (Hymnes IX-XX, tome II.; trad. J. Grosdidier de Matons; Éds du Cerf 1965, p. 271s; rev.)
« Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée »
Sur Adam aveuglé dans l'Éden un soleil est apparu, surgissant de Bethléem, et lui a ouvert les yeux en les lavant dans les eaux du Jourdain. Sur celui que couvraient l'ombre et les ténèbres, s'est levée la lumière qui ne s'éteindra jamais. Plus de nuit pour lui, tout est jour ; le moment de l'aube est né pour lui, car c'est au crépuscule qu'il s'était caché, comme dit l'Écriture (Gn 3,8). Celui qui était tombé le soir a trouvé l'aurore qui l'illumine, il a échappé à l'obscurité, il s'est avancé vers le matin qui s'est manifesté et a tout illuminé. (...)
Chante, chante, Adam, adore celui qui vient à toi ; alors que tu t'éloignais, il s'est manifesté à toi pour que tu puisses le voir, le toucher et l'accueillir. Celui que tu avais craint quand tu as été trompé, pour toi s'est fait semblable à toi. Il est descendu sur la terre pour te prendre aux cieux, il est devenu mortel pour que toi tu deviennes Dieu et que tu revêtes ta beauté première. Voulant te rouvrir les portes de l'Éden, il a habité Nazareth. Pour tout cela, chante-le, homme, et glorifie par un psaume celui qui s'est manifesté et a tout illuminé. (...)
Les yeux des enfants de la terre ont reçu la force de contempler le visage céleste ; les regards des êtres de glaise (Gn 2,7) ont perçu le rayonnement sans ombre de la lumière immatérielle, que les prophètes et les rois n'ont pas vu, mais qu'ils avaient désiré voir (Mt 13,17). Le grand Daniel a été appelé un homme de désirs, parce qu'il désirait contempler celui que nous contemplons. David aussi a espéré ce décret ; ce qui était caché, maintenant on peut le comprendre : c'est celui qui s'est manifesté et a tout illuminé.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur Isaïe, n°3, 1-2 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 57 rev.)
« J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui »
Jésus est celui qui est « sorti de la souche de Jessé » selon la chair, « né de la lignée de David selon la chair », et aussi « établi dans sa puissance de Fils de Dieu selon l'Esprit qui sanctifie » (Is 11,1 ; Rm 1,3-4). Oui, il est « le rejeton sorti de la souche de Jessé », et pourtant il n'est pas un rejeton, lui « le Premier-né de toute la création » (Col 1,15) ; il n'est pas qu'un rejeton, lui le Dieu « Verbe qui au commencement était auprès de Dieu » (Jn 1,1), et pourtant celui qui est né selon la chair est bien « un rejeton sorti de la souche de Jessé : une fleur a jailli de ses racines » ...
« Sur lui reposera l'esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d'intelligence » (Is 11,2). L'esprit de sagesse n'a pas reposé sur Moïse, l'esprit de sagesse n'a pas reposé sur Josué, l'esprit de sagesse n'a reposé sur aucun des prophètes, ni sur Isaïe, ni sur Jérémie... Il est venu sur Moïse, mais après cette visite de l'esprit de sagesse, Moïse a manqué de foi : « Écoutez donc, rebelles, dit-il, est-ce que nous pouvons faire jaillir de l'eau pour vous de ce rocher ? » (Nb 20,10) Il est venu sur tous les justes. Il est venu sur Isaïe, mais que dit ce dernier ? « Je suis un homme aux lèvres impures et j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures » (Is 6,5)... L'Esprit peut bien venir sur n'importe quel homme, mais il ne peut pas y trouver de repos, car tout homme pèche et il n'y a pas de juste sur la terre qui fasse le bien sans jamais tomber. « Personne n'est pur de souillures » (Jb 14,4)... Si l'Esprit est venu sur beaucoup, il n'est demeuré sur aucun. Auparavant dans l'Écriture, il y a cette parole : « Mon esprit, dit le Seigneur, ne demeurera pas indéfiniment dans l'homme » (Gn 6,3)...
Jean le Baptiste a vu un homme, un seul, sur lequel l'Esprit a demeuré, et c'était le signe que Dieu lui avait donné : « Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui, le Fils de Dieu ».
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Sur Isaïe, ch. 11 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 53)
« C'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint »
« Un rameau sortira de la souche de Jessé (père de David), un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur » (Is 11,1-2). Toute cette prophétie concerne le Christ... Le rameau et la fleur qui sortent de la souche de Jessé, les juifs les interprètent du Seigneur lui-même : pour eux le rameau est le symbole du sceptre royal ; la fleur, celui de sa beauté. Nous les chrétiens, nous voyons dans le rameau issu de la souche de Jessé la sainte Vierge Marie, à qui nul ne s'est uni pour la rendre féconde. C'est elle que désignait plus haut le même prophète : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils » (7,14). Et dans la fleur nous reconnaissons le Seigneur notre Sauveur qui dit dans le Cantique des cantiques : « Je suis la fleur des champs et le lys des vallées » (Ct 2,1)...
Sur cette fleur qui jaillit soudain de la souche et de la racine de Jessé par la Vierge Marie, va reposer l'Esprit du Seigneur, car « Dieu s'est plu à faire habiter en lui corporellement toute la plénitude de la divinité » (Col 2,9). Non d'une manière fragmentaire, comme sur les autres saints, mais...selon ce qu'on lit dans l'évangile de Matthieu : « Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé en qui je me complais. Je ferai reposer sur lui mon esprit. Aux nations, il fera connaître le jugement » (Mt 12,18 ; Is 42,1). Nous appliquons cette prophétie au Sauveur sur qui l'Esprit du Seigneur a reposé, ce qui veut dire qu'il établit en lui sa demeure éternelle... Comme en témoigne Jean Baptiste, il descend pour demeurer sans cesse sur lui : « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : ' Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint ' »... Cet Esprit est appelée « Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de science, de piété et de crainte du Seigneur » (Is 11,2)... Il est l'unique et même source de tous les dons.
ou
J. B. Bossuet (1627-1704), évêque de Meaux
Élévations sur les mystères, 24e semaine, 2e élévation
« Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »
Jean, voyant Jésus venir à lui, le montra à tout le peuple en disant : « Voilà l'Agneau de Dieu, voilà celui qui ôte le péché du monde ». Tous les jours, soir et matin, on immolait dans le Temple un agneau, et c'était là ce qu'on appelait le « sacrifice continu » ou perpétuel (Ex 29, 38). Ce fut ce qui donna l'occasion à Jean de prononcer les paroles qu'on vient d'entendre ; peut-être même que Jésus s'approcha de lui à l'heure où tout le peuple savait qu'on offrait ce sacrifice. Quoi qu'il en soit, dans ce témoignage qu'il rend au Sauveur, lui qui l'avait fait connaître comme le « Fils unique dans le sein du Père » (Jn 1, 18), dont il venait déclarer les profondeurs, le fait connaître aujourd'hui comme la victime du monde. Ne croyez pas que cet agneau qu'on offre soir et matin en sacrifice perpétuel soit le vrai agneau, la vraie victime de Dieu ; voilà celui qui s'est mis « en entrant au monde à la place de toutes victimes » (cf He 10, 5-7). C'est aussi celui qui est la victime publique du genre humain, et qui seul peut expier et ôter ce grand péché qui est la source de tous les autres, et qui pour cela peut être appelé « le péché du mondé », c'est-à-dire le péché d'Adam, qui est celui de tout l'univers...
Venez à lui, petits et grands, comme à celui qui vous purifie de tous vos péchés. « Car nous n'avons point été rachetés de nos erreurs par or ni par argent, mais par le sang innocent de Jésus Christ, comme d'un agneau sans tache, prévu et prédestiné devant tous les temps et déclaré dans nos jours. » (1P 1, 18-20)
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Jean, n°18
« Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »
« Voici l'Agneau de Dieu », dit Jean Baptiste. Jésus ne parle pas, c'est Jean le Précurseur qui dit tout. Parmi nous aussi le marié a coutume d'agir ainsi : il ne dit rien encore à la mariée, mais il se présente et se tient en silence. D'autres l'annoncent et lui présentent son épouse ; quand elle paraît, l'époux ne la prend pas lui-même, mais il la reçoit des mains d'un autre. Mais après qu'il l'a reçue ainsi d'autrui, il se l'attache si fortement qu'elle ne se souvient plus de ceux qu'elle a quittés pour le suivre. C'est ce qui s'est passé à l'égard de Jésus Christ. Il est venu pour épouser la nature humaine ; il n'a rien dit lui-même, il n'a fait que se présenter. C'est Jean, l'ami de l'Époux (Jn 3,29), qui a mis dans sa main celle de l'Épouse — en d'autres termes, le cœur des hommes qu'il a persuadés par sa prédication. Alors Jésus Christ les a reçus et les a comblés de tant de biens qu'ils ne sont plus revenus à celui qui les lui avait amenés...
Jean est le seul à le montrer présent au peuple ; parce que lui seul a été présent à ces noces avec l'Église, il reçoit le titre d'« ami de l'Époux ». C'est lui qui a tout fait, tout conclu ; jetant la vue sur le Messie qui venait, il a dit : « Voici l'Agneau de Dieu ». Il montrait ainsi que ce n'est pas seulement par la voix, mais encore des yeux qu'il rendait témoignage. Il admirait le Fils de Dieu et, en le contemplant, son cœur tressaillait de joie. Il n'ouvre pas la bouche pour le prêcher d'abord : il l'admire dans l'étonnement. C'est ainsi qu'il fait connaître le don que Jésus est venu apporter au monde, selon le sens du mot « agneau ». Jean ne dit pas : « Il doit enlever » ou « Il a enlevé », mais « C'est lui qui enlève le péché du monde » : pas seulement au moment de sa Passion, mais sans cesse. Il n'offre qu'une seule fois son sacrifice pour les péchés du monde, mais par cette oblation, il purifie à jamais la conscience des hommes pécheurs.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Les Noces de l'Agneau, 14/9/1940 (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 259)
« Voici l'Agneau de Dieu »
Dans l'Apocalypse, l'apôtre Jean voit « un Agneau ; il se tenait debout et il était comme immolé » (Ap 5,6)... Au bord du Jourdain, Jean le Baptiste avait désigné Jésus comme « l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». L'apôtre Jean avait alors compris cette parole, et il comprenait maintenant cette image. Celui qui marchait autrefois sur les bords du Jourdain et qui s'était maintenant montré à lui « en vêtement blanc, avec des yeux de flamme » et avec l'épée du juge, lui « le Premier et le Dernier » (Ap 1,13-17), il avait accompli en vérité tout ce qu'esquissaient en symbole les rites de l'ancienne Alliance.
Lorsque au jour le plus saint et le plus solennel de l'année le grand prêtre pénétrait dans le Saint des Saints, le lieu terriblement saint de la Présence divine, il avait pris auparavant deux boucs : l'un pour le charger des péchés du peuple afin qu'il les emporte au désert, l'autre pour asperger de son sang la tente et l'arche d'alliance (Lv 16). C'était le sacrifice pour le péché offert pour le peuple... Ensuite il sacrifiait un holocauste pour lui et pour tout le peuple et faisait brûler entièrement les restes de la victime d'expiation... C'était un jour solennel et saint que ce jour de la Réconciliation...
Mais qu'est-ce qui avait donc réalisé la réconciliation ? Ce n'était pas le sang des animaux immolés ni le grand prêtre de la descendance d'Aaron, comme saint Paul l'a dit dans sa lettre aux Hébreux (ch. 8-9). C'était l'ultime sacrifice de réconciliation, celui qui était préfiguré dans tous les sacrifices prescrits par la Loi, et c'était « le grand prêtre selon l'ordre de Melchisédech » (Ps 110,4)... Il était aussi le véritable Agneau pascal à cause duquel l'ange exterminateur passait son chemin devant les maisons des Hébreux alors qu'il frappait les Égyptiens (Ex 12,23). Le Seigneur lui-même l'avait donné à entendre à ses disciples quand il a mangé l'agneau pascal avec eux pour la dernière fois et s'est donné ensuite lui-même à eux en nourriture.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Les Noces de l'Agneau, 14/9/1940 (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 260)
« L'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »
Dans l'Apocalypse, l'apôtre Jean écrit : « Voici ce que j'ai vu : en face du trône...il y avait un Agneau, il se tenait debout et il était comme immolé » (Ap 5,6). Tandis qu'il contemplait cette vision, un souvenir demeurait encore bien vivant en lui : celui du jour inoubliable où, au bord du Jourdain, Jean le Baptiste avait désigné Jésus comme « l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »...
Mais pourquoi le Seigneur lui-même avait-il choisi l'agneau pour être son symbole par excellence ? Pourquoi se montrait-il encore sous cette apparence sur le trône éternel de la gloire ? Parce qu'il était innocent comme un agneau et humble comme un agneau, et parce qu'il était venu pour « se laisser mener à l'abattoir comme un agneau » (Is 53,7). Cela aussi l'apôtre Jean l'avait contemplé, quand le Seigneur s'était laissé lier les mains au jardin des Oliviers et s'était laissé clouer sur la croix au Golgotha. Là, au Golgotha, le vrai sacrifice de la réconciliation avait été accompli. Les anciens sacrifices en avaient perdu leur force et, comme l'ancien sacerdoce, ils ont cessé bientôt lorsque le Temple a été détruit. Tout cela Jean l'avait vécu. C'est pourquoi il ne s'est pas étonné de voir l'Agneau sur le trône...
Comme l'Agneau devait être tué pour être élevé sur le trône de la gloire, ainsi pour tous ceux qui sont choisis pour « le repas de noce de l'Agneau » (Ap 19,9) le chemin vers la gloire passe par la souffrance et par la croix. Ceux qui veulent s'unir à l'Agneau doivent se laisser fixer avec lui à la croix. Tous ceux qui sont marqués du sang de l'Agneau (cf Ex 12,7) y sont appelés, et ce sont tous les baptisés. Mais tous ne comprennent pas l'appel et tous ne le suivent pas.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Jean (trad. Ephata I, p. 886)
« Voici l'Agneau de Dieu »
Il est unique, l'Agneau qui est mort pour tous, lui qui veille sur tout le troupeau des hommes pour son Dieu et son Père, un seul pour tous, afin de les soumettre tous à Dieu, un seul pour tous, afin de les gagner tous (cf Rm 5,18), pour que tous enfin « ne vivent plus désormais pour eux-mêmes, mais pour lui qui est mort et est ressuscité pour eux » (2Co 5,15). En effet, alors que nous étions plongés dans de nombreux péchés et par conséquent soumis à la mort et à une nature périssable, le Père a donné son Fils comme notre rédemption, lui seul pour tous, car tout est en lui et il est meilleur que tous. « Un seul est mort pour tous » (ibid.), pour que nous vivions tous en lui.
En effet, de même que la mort a saisi l'Agneau immolé pour tous, de même encore elle nous a relâchés tous en lui et avec lui. Car tous nous étions dans le Christ qui est mort et est ressuscité à cause de nous et pour nous ; en vérité, le péché aboli, comment pouvait-il se faire que la mort même, qui vient du péché, ne soit pas abolie avec lui ? La racine morte, comment le fruit serait-il conservé ? Le péché mort, quelle raison y aurait-il pour nous de mourir ? C'est pourquoi nous pouvons dire avec allégresse à propos de la mise à mort de l'Agneau de Dieu : « Mort, où est-elle ta victoire ? » (1Co 15,55)
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)
prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Jean, n°18
« Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde »
« Voilà l'Agneau de Dieu » dit Jean Baptiste. Jésus lui-même ne parle pas ; c'est Jean qui dit tout. L'époux a coutume d'agir ainsi ; il ne dit rien encore à l'épouse, mais il se présente et se tient en silence. D'autres l'annoncent et lui présentent l'épouse. Quand elle paraît, l'époux ne la prend pas lui-même, mais il la reçoit des mains d'un autre. Mais après qu'il l'a ainsi reçue d'autrui, il se l'attache si fortement qu'elle ne se souvient plus de ceux qu'elle a quittés pour le suivre.
C'est ce qui s'est passé à l'égard de Jésus Christ. Il est venu pour épouser l'humanité ; il n'a rien dit lui-même, il n'a fait que se présenter. C'est Jean, l'ami de l'Époux, qui a mis dans sa main celle de l'Épouse, en d'autres termes, le cœur des hommes, qu'il a persuadés par sa prédication. Alors Jésus Christ les a reçus et les a comblés de tant de biens qu'ils ne sont plus revenus à celui qui les lui avait amenés... Il a tiré son Épouse de sa condition très humble pour la conduire de la maison de son Père...
C'est Jean, l'ami de l'Époux, qui seul a été présent à ces noces ; c'est lui qui a tout fait alors ; apercevant Jésus qui venait, il a dit : « Voilà l'Agneau de Dieu ». Et il montrait ainsi que ce n'est pas seulement par la voix, mais encore des yeux, qu'il rendait témoignage à l'Époux. Il admirait le Fils de Dieu et, en le contemplant, son cœur tressaillait d'allégresse et de joie. Avant de l'annoncer, il l'admire présent, et il fait connaître le don que Jésus est venu apporter : « Voilà l'Agneau de Dieu ». C'est lui, dit-il, qui enlève le péché du monde, et il le fait sans cesse, pas seulement au moment de sa Passion quand il a souffert pour nous. S'il n'offre qu'une seule fois son sacrifice pour les péchés du monde, cet unique sacrifice purifie à jamais les péchés de tous les hommes jusqu'à la fin du monde.
Temps de Noël : 4 janvier avant l’Épiphanie
Commentaire de l’Évangile
Saint Augustin (354-430)
évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de saint Jean, n° 7
« Ils restèrent auprès de lui ce jour-là »
« Jean était là et deux de ses disciples avec lui. » Jean était un tel « ami de l'Époux » qu'il ne cherchait pas sa propre gloire ; il rendait simplement témoignage à la vérité (Jn 3,29.26). Songe-t-il à retenir ses disciples et à les empêcher de suivre le Seigneur ? Pas du tout, il leur montre lui-même celui qu'ils doivent suivre... Il leur déclare : « Pourquoi vous attacher à moi ? Je ne suis pas l'Agneau de Dieu. Voici l'Agneau de Dieu... Voici celui qui enlève le péché du monde. »
À ces paroles, les deux disciples qui étaient avec Jean ont suivi Jésus. « Et Jésus, se retournant, a vu qu'ils le suivaient, et il leur dit : ' Que cherchez-vous ' ? Ils lui ont répondu : ' Maître, où demeures-tu ? ' » Ils ne le suivaient pas encore de manière définitive ; nous savons qu'ils se sont attachés à lui quand il les a appelés à quitter leur barque..., quand il leur a dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes » (Mt 4,19). C'est à partir de ce moment-là qu'ils se sont attachés à lui pour ne plus le quitter. Pour l'instant, ils voulaient voir où Jésus demeurait, et mettre en pratique cette parole de l'Écriture : « Si tu vois un homme de sens, va vers lui dès le matin ; que tes pas usent le seuil de sa porte. Apprends de lui les préceptes du Seigneur » (Si 6,36s). Jésus leur a montré donc où il demeurait ; ils sont venus et sont restés avec lui. Quel heureux jour ils ont passé ! Quelle nuit bienheureuse ! Qui nous dira ce qu'ils ont entendu de la bouche du Seigneur ? Mais nous aussi, construisons une demeure dans notre cœur, élevons une maison où le Christ puisse venir nous instruire et s'entretenir avec nous.
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
1ère méditation pour l’Octave de Noël (trad. Éds Saint-Paul 1993, p. 258 rev.)
« Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »
« Je suis errant comme une brebis égarée : viens chercher ton serviteur » (Ps 118,176). Seigneur, je suis la pauvre brebis qui s’est perdue en courant après la satisfaction de ses goûts et de ses caprices. Mais toi, qui es à la fois Pasteur et Agneau, tu es venu du ciel pour me sauver, en t’immolant sur la croix comme une victime pour l’expiation de mes péchés : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Si donc je veux me corriger, qu’est-ce que je peux craindre ?... « Voici le Dieu de ma délivrance ; j’ai confiance et je ne crains pas » (Is 12,2). Tu t’es donné toi-même à moi : pour m’inspirer confiance, pouvais-tu me donner une plus grande preuve de ta miséricorde ?
Cher Enfant ! comme je regrette de t’avoir offensé ! Je t’ai fait pleurer dans l’étable de Bethléem ; mais je sais que tu es venu me chercher. C’est pourquoi je me jette à tes pieds, et malgré la détresse et l’humiliation où je te vois dans cette crèche et sur cette paille, je te reconnais pour mon Roi et mon souverain Maître. Je comprends le sens de tes pleurs si tendres : ils m’invitent à t’aimer, ils réclament mon cœur. Le voici, mon Jésus, je suis aujourd’hui à tes pieds pour te l’offrir. Change-le, enflamme-le puisque tu es venu du ciel pour enflammer les cœurs de ton saint amour. Je t’entends me dire de cette crèche : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » (Mt 22,37 ; Dt 6,5). Et moi je réponds : « Mon Jésus, si je ne t’aime pas, toi, mon Seigneur et mon Dieu, qui donc aimerai-je ? »
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Jean, n°19 (trad. Solesmes, Lectionnaire t. 1, p. 963 rev.)
« Nous avons trouvé le Messie »
André, après avoir demeuré auprès de Jésus et avoir beaucoup appris, n'a pas gardé ce trésor pour lui : il se hâte de courir auprès de son frère, pour le faire participer aux biens qu'il a reçus... Remarque combien, dès le début, Pierre a un esprit docile et obéissant..., car il accourut sans tarder : « André le conduisit à Jésus », dit l'évangéliste. Mais que personne ne l'accuse de légèreté, comme s'il avait accueilli aveuglément l'invitation de son frère. Il est probable que celui-ci lui avait parlé en détail et longuement. Mais les évangélistes suppriment beaucoup de choses par souci de concision. D'ailleurs, on ne dit pas que Pierre a cru aussitôt, mais que son frère « le conduisit à Jésus » pour le lui confier, afin que Pierre soit entièrement instruit par lui.
Lorsque Jean Baptiste a dit : « Voici l'Agneau » et « C'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint », il a confié au Christ le soin d'enseigner lui-même plus clairement cette doctrine. À plus forte raison André a-t-il fait de même, car il ne se jugeait pas capable de tout expliquer. Il a conduit son frère à la source même de la lumière, et avec tant de hâte et de joie qu'il n'a pas hésité un instant de s'y rendre.
ou
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque, docteur de l'Église
Discours théologique 4 (trad. coll. Les Pères dans la foi, Migne 1995, p. 125 rev.)
Suivre l'Agneau de Dieu
Jésus est Fils de l'homme, à cause d'Adam et à cause de la Vierge, dont il descend... Il est Christ, l'Oint, le Messie, à cause de sa divinité ; cette divinité est l'onction de son humanité..., présence totale de Celui qui le consacre ainsi... Il est la Voie, parce qu'il nous conduit lui-même. Il est la Porte, parce qu'il nous introduit au Royaume. Il est le Berger, parce qu'il guide son troupeau vers le pâturage et lui fait boire une eau rafraîchissante ; il lui montre la route à suivre et le défend contre les bêtes sauvages ; il ramène la brebis errante, retrouve la brebis perdue, panse la brebis blessée, garde les brebis qui sont en bonne santé et, grâce aux paroles que lui inspire son savoir de pasteur, il les rassemble dans le bercail d'en haut.
Il est aussi la Brebis, parce qu'il est victime. Il est l'Agneau, parce qu'il est sans défaut. Il est Grand prêtre, parce qu'il offre le sacrifice. Il est Prêtre selon Melchisédech, parce qu'il est sans mère dans le ciel, sans père ici-bas, sans généalogie là-haut car, dit l'Écriture, « qui racontera sa génération ? » Il est aussi Melchisédech, parce qu'il est Roi de Salem, Roi de la paix, Roi de la justice... Voilà les noms du Fils, Jésus Christ, « hier, aujourd'hui, toujours le même », corporellement et spirituellement, « et il le sera à jamais ». Amen.
(références bibliques : Mt 24, 27 ; Mt 1, 16 ; Jn 14, 6 ; Jn 10, 9 ; Jn 11 ; Ps 22 ; Is 53, 7 ; Jn 1, 29 ; He 6, 20 ; He 6, 20 ; He 7, 3; Is 53, 8 ; He 7, 2 ; He 13, 8)
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur St Jean, n° 19
« Jésus posa son regard sur lui et dit : ' Tu t'appelleras Képha ' (ce qui veut dire : Pierre) »
« Tu es Simon, fils de Jean ; tu t'appelleras désormais Céphas, c'est-à-dire Pierre »... Voilà le nom que le Christ donne à Simon. Quant à Jacques et son frère, il les appellera « Fils du tonnerre » (Mc 3,17). Pourquoi ces changements de nom ? Pour montrer que lui, Jésus, est le même que celui qui avait établi l'ancienne alliance, qui avait déjà changé le nom d'Abram en Abraham, celui de Saraï en Sara, et celui de Jacob en Israël (Gn 17,5s ;32,29). Il avait aussi donné leur nom à plusieurs personnes au moment de leur naissance : Isaac, Samson, les enfants d'Isaïe et d'Osée...
Aujourd'hui, nous avons un nom bien supérieur à tous les autres ; c'est le nom de « chrétien » -- le nom qui fait de nous enfants de Dieu, amis de Dieu, un même corps avec lui. Y a-t-il un autre nom qui pourrait plus nous rendre ardents dans les vertus, nous remplir de zèle, nous pousser à faire le bien ? Gardons-nous bien de faire quoi que ce soit d'indigne de ce nom si grand et si beau, lié au nom de Jésus Christ lui-même. Ceux qui portent le nom d'un grand chef militaire ou d'un personnage illustre se considèrent honorés et font tout pour en rester dignes. Combien plus, nous qui tirons notre nom non d'un général ou d'un prince de cette terre, ni même d'un ange, mais du roi des anges, combien plus devons-nous être prêts à tout perdre, même notre vie, pour l'honneur de ce saint nom ?
ou
Saint Romanos le Mélode ( ?-v. 560), compositeur d'hymnes
Hymne XVII, § 12-13 (trad. cf SC 110, p. 285)
« Venez, et vous verrez »
Le péché est effacé ; l'incorruptibilité nous a été donnée (1Co 15,53) ; le Précurseur nous a manifesté notre rentrée en grâce, en disant : « Voici l'Agneau de Dieu qui prend sur lui les péchés du monde. » Il a montré l'acte d'annulation à ceux qui avaient contracté une lourde dette. Celui qui avait tressailli dès le sein maternel l'a proclamé aujourd'hui et a fait connaître celui qui nous est apparu et qui a tout illuminé.
Le Baptiste proclame le mystère ; il appelle agneau le pasteur, et non pas simplement agneau, mais agneau qui efface toutes nos fautes. « Voici l'agneau », dit-il, plus besoin désormais de bouc émissaire (Lv 16,21). Levez vos mains vers lui, vous tous, en reconnaissant vos péchés, car il est venu pour ôter, avec ceux du peuple, les péchés du monde entier. Du haut du ciel, le Père nous a envoyé à tous ce don : celui qui est apparu et qui a tout illuminé...
Il a dissipé la nuit funeste ; grâce à lui tout est midi. Sur le monde a resplendi la lumière sans déclin, Jésus notre sauveur. Dans l'abondance, le pays de Zabulon imite le paradis, car le torrent des délices l'abreuve et un courant d'eau toujours vive jaillit en lui... Dans la Galilée, nous contemplons aujourd'hui la source d'eau vive, celui qui est apparu et qui a tout illuminé (cf Mt 4,15-16 ; Ps 35,9-10).
ou
Rupert de Deutz (v. 1075-1130), moine bénédictin
Homélie sur saint Jean (trad. rev. Tournay)
« Posant son regard sur Jésus qui passait »
« Jean se tenait debout avec deux de ses disciples quand Jésus passait. » Il s'agit bien sûr d'une attitude corporelle mais qui traduit quelque chose de la mission de Jean, de sa véhémence de parole et d'action. Mais, selon l'évangéliste, il s'agit aussi plus profondément de cette vive tension, toujours en suspens chez le prophète. Jean ne se contentait pas de remplir extérieurement son rôle de précurseur ; il gardait toujours vivant dans son cœur le désir du Seigneur qu'il avait reconnu au baptême... Sans aucun doute, Jean était totalement tendu vers notre Seigneur. Il désirait le revoir, car voir Jésus, c'était le salut pour celui qui le confessait, la gloire pour celui qui l'annonçait, la joie pour celui qui le montrait. Jean se tenait donc là, debout, dressé de toute l'ardeur de son cœur ; il se tenait tout droit ; il attendait le Christ encore dissimulé par l'ombre de son humilité...
Avec Jean étaient deux de ses disciples, debout comme leur maître, prémices de ce peuple préparé par le précurseur, non certes pour lui-même, mais pour le Seigneur. Voyant Jésus qui passait, Jean dit : « Voici l'Agneau de Dieu ». Remarquez les termes mêmes de ce récit : à première vue, tout est clair, mais pour qui pénètre le sens profond, tout est lourd de mystère. « Jésus passait. » Qu'est-ce à dire, sinon que le Fils de Dieu est venu partager notre nature d'homme qui passe, qui change. Lui que les hommes ne connaissaient pas, il se fait connaître et aimer en passant parmi nous. Il est venu dans le sein de la Vierge ; alors il est passé du sein de sa mère à la crèche et de la crèche à la croix, de la croix au tombeau, du tombeau il est remonté au ciel... Notre cœur aussi, s'il apprend à désirer le Christ comme Jean, reconnaîtra Jésus qui passe ; s'il se met à sa suite, il parviendra comme les disciples là où Jésus demeure -- dans le Mystère de sa Divinité.