Fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph – Année A
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », §52-53 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
La foi et le cheminement de la famille
La foi et la famille : Dans le cheminement d’Abraham vers la cité future (He 11,10), la lettre aux Hébreux fait allusion à la bénédiction qui se transmet de père en fils (11,20s). Le premier environnement dans lequel la foi éclaire la cité des hommes est donc la famille. Je pense surtout à l’union stable de l’homme et de la femme dans le mariage. Celle-ci naît de leur amour, signe et présence de l’amour de Dieu… Fondés sur cet amour, l’homme et la femme peuvent se promettre l’amour mutuel dans un geste qui engage toute leur vie et rappelle tant d’aspects de la foi. Promettre un amour qui soit pour toujours est possible quand on découvre un dessein plus grand que ses propres projets, qui nous soutient et nous permet de donner l’avenir tout entier à la personne aimée. La foi peut aider à comprendre toute la profondeur et toute la richesse de la génération d’enfants, car elle fait reconnaître en cet acte l’amour créateur qui nous donne et nous confie le mystère d’une nouvelle personne. C’est ainsi que Sara, par sa foi, est devenue mère, en comptant sur la fidélité de Dieu à sa promesse (He 11,11).
En famille, la foi accompagne tous les âges de la vie, à commencer par l’enfance : les enfants apprennent à se confier à l’amour de leurs parents. C’est pourquoi, il est important que les parents cultivent en famille des pratiques communes de foi, qu’ils accompagnent la maturation de la foi de leurs enfants. Les jeunes surtout, traversant une période de la vie si complexe, riche et importante pour la foi, doivent ressentir la proximité et l’attention de leur famille et de la communauté ecclésiale dans leur processus de croissance dans la foi.
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
Méditations pour l'Octave de l'Épiphanie, n° 3 (trad. Noël, Éds. Saint-Paul 1993, p. 309)
« Ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant »
Un ange apparut en songe à saint Joseph et l'avertit qu'Hérode recherchait l'Enfant Jésus, pour lui ôter la vie : « Lève-toi, lui dit-il, prends l'enfant et sa mère et fuis en Égypte ». Jésus, à peine né, est donc persécuté à mort... Joseph obéit à la voix de l'ange sans délai ; il avertit sa sainte épouse. Il prend les quelques outils qu'il pouvait porter, afin de pouvoir exercer son métier en Égypte et d'avoir de quoi soutenir sa pauvre famille. Marie, de son côté, réunit en un petit paquet les langes nécessaires à son divin enfant ; puis, s'approchant du berceau où il reposait, elle se jette à genoux, baise les pieds de son fils chéri, et, au milieu de ses larmes de tendresse, lui dit : « Ô mon fils et mon Dieu, tu es venu au monde pour sauver les hommes ; à peine es-tu né que les hommes te cherchent pour te faire mourir ! » Elle le prend alors dans ses bras, et, tandis qu'ils continuent de pleurer, les deux saints époux ferment la porte et se mettent en route durant la nuit...
Mon bien-aimé Jésus, tu es le roi du ciel, et je te vois maintenant errer en fugitif sous les traits d'un enfant. Qui cherches-tu ? Dis-le-moi. Je suis ému de compassion à la vue de ta pauvreté et ton abaissement ; mais ce qui m'afflige plus profondément, c'est la noire ingratitude avec laquelle je te vois traité par ceux-là même que tu es venu sauver. Tu pleures, et moi aussi je pleure d'avoir été l'un de ceux qui t'ont méprisé et persécuté ; mais sache que maintenant je préfère ta grâce à tous les royaumes du monde.
Pardonne-moi tous les outrages que je t'ai faits ; dans le voyage de cette vie à l'éternité, permets-moi de te porter dans mon cœur, à l'exemple de Marie qui t'a porté dans ses bras pendant la fuite en Égypte. Mon bien-aimé Rédempteur, je t'ai souvent banni de mon âme, mais j'ai confiance maintenant que tu en as repris possession. Je t'en supplie : attache-la étroitement à toi par les douces chaînes de ton amour.
ou
Jean Tauler (vers 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon n° 2, pour la veille de l’Epiphanie (trad. Cerf 1991, p. 225)
« Lève-toi… car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant »
Quand Joseph était en exil avec l'enfant et la mère, il a appris de l'ange, pendant son sommeil, qu'Hérode était mort ; mais, ayant entendu dire qu'Archelaüs son fils régnait dans le pays, il n'en a pas moins continué d'avoir grande crainte que l'enfant ne soit tué. Hérode, qui poursuivait l'enfant et voulait le tuer, c'est le monde qui, sans aucun doute, tue l'enfant, le monde qu'il faut nécessairement fuir si on veut sauver l'enfant. Mais une fois qu'on a fui le monde extérieurement…, Archelaüs se lève et règne : il y a encore tout un monde en toi, un monde dont tu ne triompheras pas sans beaucoup d'application et le secours de Dieu.
Car il y a trois ennemis forts et acharnés que tu as à vaincre en toi, et c'est à peine si jamais on en triomphe. Tu seras attaqué par l'orgueil de l'esprit : tu veux être vu, considéré, écouté… Le second ennemi, c'est ta propre chair qui t'assaille par l'impureté corporelle et spirituelle... Le troisième ennemi est celui qui t'attaque en t'inspirant la méchanceté, des pensées amères, des soupçons, des jugements malveillants, de la haine et des désirs de vengeance… Veux-tu devenir de plus en plus cher à Dieu ? Tu dois renoncer complètement à de tels procédés, car tout cela c'est bien Archelaüs, le méchant. Crains et prends garde ; en vérité il veut tuer l'enfant…
Joseph a été averti par l'ange et rappelé au pays d'Israël. Israël signifie « terre de vision » ; Egypte veut dire « ténèbres »… C’est dans le sommeil, c’est seulement dans le véritable abandon et la vraie passivité que tu recevras l’invitation à en sortir, ainsi qu’il en est advenu pour Joseph… Tu peux alors te rendre en Galilée, qui veut dire « passage ». Ici l'on est au-dessus de toutes choses, on a tout traversé, et on arrive à Nazareth, « la vraie floraison », le pays où s'épanouissent des fleurs de la vie éternelle. Là on est certain de trouver un véritable avant-goût de la vie éternelle ; là il y a pleine sécurité, paix inexprimable, joie et repos ; là ne parviennent que les abandonnés, ceux qui se soumettent à Dieu jusqu'à ce qu’il les dégage et qui ne cherchent pas à se libérer eux-mêmes par la violence. Voilà ceux qui arrivent à cette paix, à cette floraison, à Nazareth, et y trouvent ce qui fera leur joie éternelle. Que ce soit notre partage à tous, et qu'en cela nous aide notre Dieu tout digne d'amour !
ou
Saint Jean-Paul II
Audience générale 29/12/1993 (trad. OR)
« Il a vécu notre condition d'homme en toute chose » (PE IV)
Presque immédiatement après la naissance de Jésus, la violence gratuite qui menace sa vie s'abat aussi sur tant d'autres familles, en provoquant la mort des Saints Innocents. En rappelant cette terrible épreuve vécue par le Fils de Dieu et par les enfants du même âge, l'Église se sent invitée à prier pour toutes les familles menacées de l'intérieur ou de l'extérieur... La Sainte Famille de Nazareth est pour nous un défi permanent qui nous oblige à approfondir le mystère de l' « église domestique » et de chaque famille humaine. Elle est pour nous un stimulant afin de nous inciter à prier pour les familles et avec les familles, et à partager tout ce qui pour elles constitue la joie et l'espérance, mais aussi la préoccupation et l'inquiétude.
En effet, l'expérience familiale est appelée à devenir un offertoire quotidien, comme une sainte offrande, un sacrifice agréable à Dieu. L'évangile de la présentation de Jésus au Temple nous le suggère également. Jésus, « la lumière du monde » mais aussi « signe de contradiction » (Lc 2,32.34) désire accueillir cet offertoire de chaque famille comme il accueille le pain et le vin dans l'Eucharistie. Il veut unir au pain et au vin destinés à la transsubstantiation ces espérances et ces joies humaines, mais aussi les inévitables souffrances et préoccupations propres à la vie de chaque famille, en les assumant dans le mystère de son Corps et de son Sang. Ce Corps et ce Sang, il les donne ensuite dans la communion comme source d'énergie spirituelle, non seulement pour chaque personne singulière mais aussi pour chaque famille.
Que la Sainte Famille de Nazareth veuille nous ouvrir à une compréhension toujours plus profonde de la vocation de chaque famille, qui trouve dans le Christ la source de sa dignité et de sa sainteté.
Fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph – Année B
Commentaire de l’Évangile
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Homélie à Nazareth du 05/01/64 (bréviaire Sainte Famille)
« Ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth »
Nazareth est l'école où l'on commence à comprendre la vie de Jésus, l'école de l'Évangile. Ici on apprend à regarder, à écouter, à méditer et à pénétrer la signification, si profonde et si mystérieuse, de cette très simple, très humble et très belle manifestation du Fils de Dieu. Peut-être apprend-on même insensiblement à l'imiter... Comme nous voudrions redevenir enfant et nous remettre à cette école humble et sublime de Nazareth ; comme nous voudrions près de Marie recommencer à acquérir la vraie science de la vie et la sagesse supérieure des vérités divines !...
Une leçon de silence d'abord. Que renaisse en nous l'estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l'esprit, en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de fracas et de cris dans notre vie moderne, bruyante et hypersensibilisée. Ô silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l'intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres ; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l'étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret (Mt 6,6).
Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous enseigne ce qu'est la famille, sa communion d'amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable ; apprenons de Nazareth comment la formation qu'on y reçoit est douce et irremplaçable ; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social.
Une leçon de travail. Nazareth, maison du « fils du charpentier » (Mt 13,55) : c'est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain ; ici, rétablir la conscience de la noblesse du travail ; ici, rappeler que le travail ne peut pas avoir une fin en lui-même, mais que sa liberté et sa noblesse lui viennent, en plus de sa valeur économique, des valeurs qui le finalisent. Comme nous voudrions saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin, le prophète de toutes leurs justes causes, le Christ notre Seigneur.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Hymne 7 sur la Vierge (trad. Brésard, 2000 an A, p. 40)
« Ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu »
Venez, sages, admirons la Vierge Mère, la fille de David, cette fleur de beauté qui a enfanté la merveille. Admirons la source d'où jaillit la fontaine, le navire tout chargé de joies qui nous apporte le message venu du Père. Dans son sein très pur, elle a reçu et porté ce grand Dieu qui gouverne la création, ce Dieu par qui la paix règne sur terre et dans les cieux. Venez, admirons la Vierge toute pure, merveilleuse en elle-même. Seule parmi les créatures, elle a enfanté sans avoir connu d'homme. Son âme était pleine d'admiration, et chaque jour elle glorifiait Dieu dans la joie pour ces dons qui semblaient ne pouvoir s'unir : son intégrité virginale et son enfant bien-aimé. Oui, béni soit celui qui est né d'elle !...
Elle le porte et elle chante ses louanges avec de doux cantiques... : « Ta place, mon fils, est au-dessus de tout ; mais, parce que tu l'as voulu, tu t'es fait une place en moi. Les cieux sont trop étroits pour ta majesté, et moi, la toute petite, je te porte ! Que vienne Ézéchiel, qu'il te voie sur mes genoux ; qu'il se prosterne et adore ; qu'il reconnaisse en toi celui qu'il a vu siéger sur le char des chérubins (Ez 1) et qu'il me proclame bienheureuse, grâce à celui que je porte !... Isaïe, qui as proclamé : ' Voici, la Vierge conçoit et enfante un fils ' (7,14), viens, contemple-moi, réjouis-toi avec moi... Voici que j'ai enfanté en gardant intact le sceau de ma virginité. Regarde l'Emmanuel qui, jadis, restait caché pour toi...
« Venez à moi, sages, chantres de l'Esprit, prophètes qui dans vos visions avez eu la révélation des réalités cachées, cultivateurs qui, après avoir semé, vous êtes endormis dans l'espérance. Levez-vous, bondissez de joie en voyant la récolte des fruits. Voici en mes bras l'épi de vie qui donne le pain aux affamés, qui rassasie les miséreux. Réjouissez-vous avec moi : j'ai reçu la gerbe des joies ! »
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
A Simple Path (trad. Un Chemin tout simple, p. 52)
« Ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth »
Vous pouvez prier la Sainte Famille pour la vôtre :
Notre Père qui es aux cieux, tu nous as donné un modèle de vie
dans la Sainte Famille de Nazareth.
Aide-nous, Père très-aimant, à faire de notre famille
un nouveau Nazareth où règnent la joie et la paix.
Qu'elle soit profondément contemplative,
intensément eucharistique et vibrante de joie.
Aide-nous à rester ensemble à travers bonheur et peine
grâce à la prière familiale.
Apprends-nous à reconnaître Jésus
dans chaque membre de notre propre famille,
particulièrement quand il souffre et reste blessé.
Que le Cœur eucharistique de Jésus
rende nos cœurs doux et humbles comme le sien (Mt 11, 29).
Aide-nous à accomplir saintement notre vocation familiale.
Puissions-nous nous aimer les uns les autres
comme Dieu aime chacun de nous,
chaque jour davantage,
et nous pardonner nos fautes les uns aux autres
comme tu nous pardonnes nos péchés.
Aide-nous, Père très aimant,
à prendre tout ce tu nous donnes
et à donner tout ce que tu nous prends
avec un large sourire.
Cœur immaculé de Marie, cause de notre joie,
prie pour nous.
Saints anges gardiens,
soyez toujours avec nous,
guidez-nous, protégez-nous.
Amen.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie pour Noël ; PG 56, 392 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 24)
« Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qu'on disait de lui »
Que puis-je dire de ce mystère ? Je vois un ouvrier, une mangeoire, un enfant, des langes, l'enfantement d'une vierge privée de tout le nécessaire, toutes les marques de l'indigence, tout le fardeau de la pauvreté. Avez-vous jamais vu la richesse dans une telle pénurie ? Comment celui qui était riche s'est-il fait pauvre pour nous (2Co 8,9) au point que, privé de berceau et de couvertures, il est couché dans une dure mangeoire ? ... Ô richesse immense, sous les apparences de la pauvreté ! Il dort dans une mangeoire et il ébranle l'univers. Lui qui est serré dans ses langes, il brise les chaînes du péché. Alors qu'il ne peut pas prononcer un mot, il a instruit les mages pour qu'ils rentrent par un autre chemin. Le mystère dépasse la parole !
Voici le bébé enveloppé de langes, couché dans une mangeoire ; il y a là aussi Marie, à la fois vierge et mère ; il y a encore Joseph qu'on appelle son père. Celui-ci a épousé Marie, mais le Saint Esprit a couvert Marie de son ombre. C'est pourquoi Joseph était angoissé, ne sachant comment appeler l'enfant... Dans cette anxiété, un message lui a été apporté par un ange : « Ne crains pas, Joseph, l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint » (Mt 1,20)... Pourquoi le Sauveur est-il né d'une vierge ? Jadis Eve, qui était vierge, s'est laissé séduire et a enfanté la cause de notre mort ; Marie, ayant reçu de l'ange la Bonne Nouvelle, a enfanté le Verbe fait chair qui nous apporte la vie éternelle.
ou
Saint Jean-Paul II
Homélie du 28/12/1980 (trad. rev. Tournay)
Le mystère de la Sainte Famille
Frères, quand nous nous sommes rendus en esprit à Bethléem le jour de Noël, là où le Verbe divin s'est fait chair, nous avions sous les yeux de notre foi le mystère insondable du Dieu incarné pour nous les hommes et pour notre salut. Mais ce mystère revêt en même temps la forme, à nous bien connue, de la famille, de la famille humaine. En effet dès cette nuit où la Vierge Marie, épouse de Joseph, a mis au monde Jésus, s'est révélée cette famille que l'Église vénère aujourd'hui avec dévotion.
Partant de cette sainte famille de Bethléem et de Nazareth dont le Christ, le Fils même du Dieu vivant, est devenu le fils, l'Église pense aujourd'hui à chaque famille du monde ; elle s'adresse à chacune et prie pour chacune. Cette fête est la Journée de la Famille. Comme la famille de Nazareth a été le lieu privilégié de l'amour, le milieu particulier où a régné le respect mutuel des personnes les unes pour les autres et pour leur vocation, comme elle a été également la première école où le message chrétien a été vécu intensément, ainsi la famille chrétienne est et doit être une communauté d'amour et de vie, ses deux valeurs fondamentales.
En ce jour, je vous invite tous à méditer et à vivre consciemment ce que Dieu, l'Église, l'humanité entière attendent aujourd'hui de la famille. Je vous invite à vous unir à ma prière pour toutes les familles : « Dieu, ' de qui vient toute paternité au ciel et sur la terre ' (Ep 3,15), toi Père, qui es Amour et Vie, fais que sur cette terre, par ton Fils Jésus Christ, né d'une femme, et par l'Esprit Saint, source de charité divine, chaque famille devienne un vrai sanctuaire de la vie et de l'amour, pour les générations qui se renouvellent sans cesse. Que ta grâce oriente les pensées et les actions des époux vers le plus grand bien de leurs familles ; que l'amour, affermi par la grâce du sacrement, soit plus fort que toutes les faiblesses et les crises. Et que l'Église puisse accomplir sa mission avec fruit dans et par la famille ».
Fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph – Année C
Commentaire de l’Évangile
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur l'évangile de Luc, n°18 ; SC 87 (trad. SC p. 267 rev.)
&« C'est au bout de trois jours qu'ils le trouvèrent dans le Temple »;
À l'âge de douze ans, Jésus reste à Jérusalem. Ne le sachant pas, ses parents le cherchent avec inquiétude et ne le trouvent pas. Ils cherchent « parmi leurs proches parents », ils cherchent « parmi leurs compagnons de route », ils cherchent « parmi leurs connaissances », mais, parmi tous ces gens-là, ils ne le trouvent pas... Mon Jésus ne veut pas être trouvé dans la foule.
Apprenez donc où ils l'ont trouvé...pour que vous aussi vous puissiez le trouver : « À force de recherches, ils le trouvèrent dans le Temple ». Non pas n'importe où, mais « dans le Temple », et pas simplement dans le Temple, mais « au milieu des docteurs qu'il écoutait et qu'il interrogeait ». Vous aussi, cherchez donc Jésus dans le temple de Dieu, cherchez-le dans l'Église, cherchez-le auprès des maîtres qui sont dans ce temple et qui n'en sortent pas. Si vous cherchez de cette façon, vous le trouverez...
Ils le trouvent « assis au milieu des docteurs..., les interrogeant et les écoutant ». Maintenant encore, Jésus est ici ; il nous interroge et nous écoute parler. « Tous étaient dans l'admiration », dit Luc. Qu'est-ce qu'ils admiraient ? Non pas ses questions qui pourtant étaient admirables, mais ses réponses... « Moïse parlait, dit l'Écriture, et Dieu lui répondait par une voix » (Ex 19,19). C'est ainsi que le Seigneur apprenait à Moïse ce qu'il ignorait. Tantôt Jésus interroge, tantôt il répond..., et si admirables que soient ses questions, ses réponses sont plus admirables encore.
Pour que nous puissions l'entendre nous aussi et qu'il nous pose des questions qu'il résoudra lui-même, supplions-le, mettons un effort intense et douloureux à le chercher, et nous pourrons alors trouver celui que nous cherchons. Ce n'est pas sans raison qu'il est dit dans l'Écriture : « Ton père et moi nous te cherchions dans la douleur ». Il faut en effet que celui qui cherche Jésus ne le fasse pas avec négligence et mollesse, d'une manière intermittente, comme le font certains...et qui, pour cette raison, ne le trouvent pas. Pour nous, disons : « Nous te cherchons avec peine ».
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Mariage et concupiscence, 1, 11 ; Sermon 51 (trad. En Calcat)
Un vrai mariage, une vraie famille
En disant à Joseph : « Prends sans crainte avec toi Marie, ta femme » (Mt 1, 20), l'ange ne se trompait pas... Le titre de « femme » n'était ni vain, ni mensonger, car cette Vierge faisait le bonheur de son mari, d'une manière d'autant plus parfaite et admirable qu'elle devenait mère sans la participation de ce mari, féconde sans lui, mais fidèle avec lui. C'est à cause de ce mariage authentique qu'ils ont mérité d'être appelés l'un et l'autre « parents du Christ » -- non seulement elle, « sa mère », mais lui aussi « son père », en tant qu'époux de sa mère, père et époux selon l'esprit, non selon la chair. Tous les deux -- lui seulement par l'esprit, elle jusque dans sa chair -- sont parents de son humilité, non de sa noblesse, parents de sa faiblesse, non de sa divinité. Voyez l'Évangile, qui ne saurait mentir : « Sa mère lui a dit : ‘ Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi nous te cherchions, angoissés ' ».
Lui, voulant montrer qu'il avait aussi en dehors d'eux un Père qui l'avait engendré sans mère, leur a répondu : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » Et, pour qu'on ne pense pas qu'en parlant ainsi, il reniait ses parents, l'évangéliste ajoute : « Il redescendit avec eux et revint à Nazareth, et il leur demeurait soumis »... Pourquoi se soumettait-il à ceux qui étaient si inférieurs à sa nature divine ? Parce que « s'anéantissant lui-même, il s'était fait une nature de serviteur » (Ph 2 7), selon laquelle ils étaient ses parents. S'ils n'avaient pas été unis par un mariage véritable, bien que sans commerce charnel, ils n'auraient pas pu être appelés tous deux les parents de cette nature de serviteur.
Prenons donc à partir de Joseph la généalogie du Christ : époux dans la chasteté, il est père de la même manière... Il n'a pas, direz-vous, engendré Jésus par l'opération de la nature ? Mais Marie elle-même, l'a-t-elle conçu par l'opération de la nature ? Eh bien : ce que le Saint Esprit a opéré, il l'a fait pour les deux ensemble. Car Joseph était, nous dit Matthieu (1, 19), « un homme juste ». Ils étaient justes, mari et femme. L'Esprit Saint a reposé dans leur commune justice, et leur à donné un fils à tous deux.
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231), franciscain, docteur de l'Église
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Eds. Franciscaines 1944, p. 66)
« Il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis »
« Il leur était soumis. » À ces mots, que tout orgueil se fonde, que toute raideur s'écroule, que toute désobéissance se soumette. « Il était soumis. » Qui ? Celui qui, d'un seul mot, a tout créé de rien. Celui qui, comme dit Isaïe, « de sa main mesura la mer ; qui sur sa paume pesa les cieux ; qui de trois doigts souleva la terre ; celui qui place dans sa balance collines et montagnes » (40,12). Celui qui, comme dit Job, « ébranle la terre et secoue les colonnes du ciel ; celui qui commande au soleil et fait rentrer les étoiles ; celui qui étend les cieux et marche sur les flots de la mer ; celui qui fit les constellations ; celui qui opère des merveilles prodigieuses et sans nombre » (9,6-10)... C'est lui, si grand, si puissant, qui est soumis. Et soumis à qui ? À un ouvrier et à une toute pauvre vierge.
Ô « premier et dernier » ! (Ap 1,17) Ô chef des anges, soumis à des hommes ! Le Créateur du ciel, soumis à un ouvrier ; le Dieu d'éternelle gloire soumis à une petite pauvre vierge ! A-t-on jamais rien vu de pareil ? A-t-on jamais entendu chose semblable ?
Alors, n'hésitez plus à obéir, à vous soumettre... Descendre, venir à Nazareth, être soumis, obéir parfaitement : c'est là toute la sagesse... C'est là être sage avec sobriété. La pure simplicité est « comme l'eau de Siloé, qui coule en silence » (Is 8,6). Il y a des sages dans les ordres religieux ; mais c'est par des hommes simples que Dieu les y a rassemblés. Dieu « a choisi ceux qui étaient fous et infirmes, faibles et ignorants », pour rassembler par eux « ceux qui étaient sages, puissants et de haute naissance », « afin que toute chair ne se glorifie pas en elle-même » (1Co 1,26-29) mais en celui qui est descendu, qui est venu à Nazareth, et qui a été soumis.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005)
pape
Audience générale 29/12/1993 (trad. Osservatore Romano)
« Il a vécu notre condition d'homme en toute chose » (PE IV)
Presque immédiatement après la naissance de Jésus, la violence gratuite qui menace sa vie s'abat aussi sur tant d'autres familles, en provoquant la mort des Saints Innocents. En rappelant cette terrible épreuve vécue par le Fils de Dieu et par les enfants du même âge, l'Église se sent invitée à prier pour toutes les familles menacées de l'intérieur ou de l'extérieur... La Sainte Famille de Nazareth est pour nous un défi permanent qui nous oblige à approfondir le mystère de l'« église domestique » et de chaque famille humaine. Elle est pour nous un stimulant afin de nous inciter à prier pour les familles et avec les familles, et à partager tout ce qui pour elles constitue la joie et l'espérance, mais aussi la préoccupation et l'inquiétude.
En effet, l'expérience familiale est appelée à devenir un offertoire quotidien, comme une sainte offrande, un sacrifice agréable à Dieu. L'évangile de la présentation de Jésus au Temple nous le suggère également. Jésus, « la lumière du monde » mais aussi « signe de contradiction » (Lc 2,32.34) désire accueillir cet offertoire de chaque famille comme il accueille le pain et le vin dans l'eucharistie. Il veut unir au pain et au vin destinés à la transsubstantiation ces espérances et ces joies humaines, mais aussi les inévitables souffrances et préoccupations propres à la vie de chaque famille, en les assumant dans le mystère de son Corps et de son Sang. Ce Corps et ce Sang, il les donne ensuite dans la communion comme source d'énergie spirituelle, non seulement pour chaque personne singulière mais aussi pour chaque famille.
Que la Sainte Famille de Nazareth veuille nous ouvrir à une compréhension toujours plus profonde de la vocation de chaque famille, qui trouve dans le Christ la source de sa dignité et de sa sainteté.
ou
Saint Jean-Paul II
Message de Noël, 25 décembre 1994 (trad. OR 52)
La Sainte Famille et nos familles
Cette année, mon message de Noël s'adresse surtout aux familles. Au terme de l'année qui leur est particulièrement consacrée, notre pensée revient au mystère de la Sainte Famille... Jésus prie le Père des cieux pour que tous soient un : cette prière est venue sur ses lèvres la veille de sa Passion ; mais il la porte déjà en lui depuis sa naissance : Père, fais « qu'ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17,11). À ce moment-là, ne priait-il pas aussi pour l'unité des familles humaines ?
Il est vrai qu'il priait d'abord pour l'unité de l'Église ; mais la famille, soutenue par un sacrement spécifique, est une cellule vitale de l'Église et elle est même, selon l'enseignement des Pères, une petite Église domestique. Jésus a donc prié depuis sa venue dans le monde pour que ceux qui croient en lui expriment leur communion à partir de l'unité profonde de leurs familles ; une unité qui faisait d'ailleurs partie « depuis le commencement » (Mt 19,4) du dessein de Dieu pour l'amour conjugal qui est à l'origine de la famille ... Lui qui a fait le « don désintéressé de lui-même » en venant dans ce monde, il a prié pour que tous les hommes, en fondant une famille, fassent pour son bien le don réciproque et désintéressé d'eux-mêmes : maris et femmes, parents et enfants, et toutes les générations qui composent la famille, chacun apportant son propre don particulier.
Famille, Sainte Famille -- Famille si étroitement unie au mystère que nous contemplons au jour de la Naissance du Seigneur, guide par ton exemple les familles de toute la terre ! ... Fils de Dieu, venu parmi nous dans la chaleur d'une famille, accorde à toutes les familles de grandir dans l'amour et de contribuer au bien de toute l'humanité ... Apprends-leur à renoncer pour cela à l'égoïsme, au mensonge, à la recherche effrénée du profit personnel. Aide-les à développer les ressources immenses du cœur et de l'intelligence, qui croissent quand c'est toi qui les inspires.