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29 décembre - 5e jour dans l'Octave de Noël
Commentaire de l’Évangile
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
L'Arbre de Vie, n°7 (Œuvres Spirituelles, tome III, p.73 ; Sté S. François d'Assise, Paris, 1932)
Reçois l'Enfant dans tes bras
Le Maître de la parfaite humilité ne se contenta pas, Lui, l'égal en tout de son Père, de se soumettre à la plus humble des Vierges ; il se soumit encore à la Loi, afin de racheter et de libérer de l'esclavage de la corruption « ceux qui étaient sous la Loi, et de leur donner part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu » (Gal. 4, 5 et Rom. 8, 21). Il voulut aussi que sa Mère, bien que toute pure, observât la loi de la purification. Rédempteur de tous, il voulut être racheté lui-même comme premier-né, présenté dans le temple de Dieu et il voulut qu'une victime fût offerte pour lui en présence des justes exultant de joie.
Exulte donc toi aussi avec ce saint vieillard et avec Anne si âgée. Cours au-devant de la Mère et de l'Enfant et que l'amour triomphe de la honte, que l'affection chasse la crainte. Reçois l'Enfant dans tes bras, toi aussi, et dis avec l’épouse  ; : « je le tiens et ne le laisserai point aller » (Cant. 3,4). Sois dans les transports avec le très saint vieillard et chante avec lui : « Maintenant, Seigneur, laissez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ».
ou
Liturgie byzantine
Hymne acathiste à la Mère de Dieu (7e siècle), Ikos 9-16
« Syméon les bénit »
Les mages, qui savent lire les signes des astres, ont reconnu dans les bras de la Vierge le Créateur des hommes ; ils ont adoré leur Maître, qui a pris la condition d'esclave (Ph 2,7). En lui offrant leurs présents, ils chantent à la Toute-Bénie :
Réjouis-toi, mère de la Lumière sans déclin
Réjouis-toi, reflet de la clarté de Dieu
Réjouis-toi, en qui s'éteint la brûlure du mensonge
Réjouis-toi, flambeau qui nous montre la Trinité

Réjouis-toi, car tu as chassé le tyran de son royaume
Réjouis-toi, tu nous montres le Christ Seigneur, Ami des hommes (Sg 1,6)
Réjouis-toi, en qui les idoles païennes sont renversées
Réjouis-toi, tu nous donnes d'être libérés de nos œuvres du néant

Réjouis-toi, en qui s'éteint le culte du feu païen
Réjouis-toi, en qui nous sommes affranchis du feu des passions
Réjouis-toi, tu conduis les croyants vers le Christ, Sagesse de Dieu (1Co 1,24)
Réjouis-toi, allégresse de toutes les générations

Réjouis-toi, Épouse inépousée...

Quand Syméon était sur le point de quitter ce monde, toi Seigneur, tu lui as été présenté comme un petit enfant. Mais il a reconnu en toi la perfection de la divinité, et plein d'admiration pour toi, qui n'as pas de fin, il s'est écrié : « Alléluia, alléluia, alléluia ! »...

Sans cesser d'être Dieu, le Verbe que rien ne peut contenir a pris chair dans notre condition humaine. Sans quitter les réalités d'en haut, il est venu habiter le monde d'en bas, descendant tout entier dans le sein d'une Vierge digne d'acclamation :

Réjouis-toi, temple du Dieu de toute immensité
Réjouis-toi, porche du mystère caché depuis les siècles
Réjouis-toi, incroyable nouvelle pour les incroyants
Réjouis-toi, Bonne Nouvelle pour les croyants

Réjouis-toi, char de celui qui siège sur les Chérubins (Ps 79,2)
Réjouis-toi, trône de celui qui surpasse les Séraphins (cf Is 6,2)
Réjouis-toi, en qui les contraires sont conduits à l'unité
Réjouis-toi, en qui se joignent la virginité et la maternité

Réjouis-toi, en qui la transgression reçoit le pardon
Réjouis-toi, en qui le Paradis s'ouvre à nouveau
Réjouis-toi, clef du Royaume du Christ et porte du ciel
Réjouis-toi, espérance des biens éternels

Réjouis-toi, Épouse inépousée

Tous les anges dans le ciel ont été frappés de stupeur devant ton Incarnation, Seigneur, car toi le Dieu que les hommes n'ont jamais vu, tu t'es rendu visible aux mortels et tu as demeuré parmi nous (Jn 1,18.14). Tous nous t'acclamons : « Alléluia, alléluia, alléluia ! »
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
Sur la mort, 2-3 (trad. coll. Pères dans la foi n° 14, DDB 1980, p. 20)
« Maintenant...tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix »
« Le Royaume de Dieu est proche » (Lc 21,31). Le Royaume de Dieu, très chers frères, approche désormais. Avec la fin du monde s'annoncent déjà la récompense de la vie, le bonheur du salut éternel, la sécurité perpétuelle et la joie du paradis que nous avons jadis perdue. Et déjà les réalités du ciel succèdent aux réalités humaines, les grandes aux petites, les éternelles aux temporelles. Y a-t-il lieu de s'inquiéter, d'appréhender l'avenir ?...
En effet, il est écrit que « le juste vit de sa foi » (Rm 1,17). Si vous êtes justes, si vous vivez de la foi, si vous croyez vraiment en Jésus Christ, pourquoi ne vous réjouissez-vous pas d'être appelé vers le Christ..., puisque vous êtes fort de la promesse de Dieu et destiné à être avec le Christ ? Prenez l'exemple de Syméon, le juste : il a été vraiment juste et a observé fidèlement les commandements de Dieu. Une inspiration divine lui avait appris qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu le Christ, si bien que lorsque le Christ enfant est venu au Temple avec sa mère, il a réalisé, éclairé par l'Esprit Saint, que le Sauveur était né, comme il lui avait été prédit ; et à sa vue, il a compris que sa mort était imminente.
Tout joyeux de cette perspective et sûr désormais d'être prochainement rappelé auprès de Dieu, il a pris l'enfant dans ses bras et s'est exclamé en bénissant le Seigneur : « Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix, car mes yeux ont vu ton salut ». Il prouvait ainsi et il témoignait que la paix de Dieu appartient bien à ses serviteurs, qu'ils jouissent des douceurs de la quiétude et de la liberté lorsque, soustraits aux tourments du monde, ils gagnent le refuge et la sécurité éternels... C'est alors seulement que l'âme trouve la paix véritable, le repos total, la sécurité durable et perpétuelle.
ou
Saint Ignace d'Antioche ( ?-v. 110), évêque et martyr
Lettre aux Romains, 5-7 (trad. Quéré, Les Pères apostoloques, Seuil 1980, p. 136)
« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix »
Aujourd'hui je commence à être un disciple. Que nulle créature, visible ou invisible, ne m'empêche de rejoindre Jésus Christ... Même si les plus cruels supplices m'accablent, je ne veux qu'atteindre Jésus Christ. Que me feraient les douceurs de ce monde et les empires de la terre ? Il est plus beau de mourir pour le Christ Jésus que de régner jusqu'aux extrémités de l'univers. C'est lui que je cherche, qui est mort pour nous ; c'est lui que je désire, qui a ressuscité pour nous.
Mon enfantement approche... Laissez-moi embrasser la lumière toute pure. Quand j'y aurai réussi, je serai homme. Acceptez que j'imite la passion de mon Dieu... Mon désir terrestre a été crucifié, et il n'y a plus en moi de feu pour aimer la matière mais une « eau vive » (Jn 7, 38) qui murmure et chuchote à mon cœur : « Viens auprès du Père. » Je ne peux plus savourer les nourritures périssables ou les douceurs de cette vie. C'est du pain de Dieu que je suis affamé, de la chair de Jésus Christ, fils de David, et pour boisson, je veux son sang, qui est l'incorruptible amour.
ou
Saint Aelred de Rielvaux (1110-1167), moine cistercien anglais
In Ypapanti Domini. (Sermons inédits p. 51-52, trad. Brésard, 2000 ans B, p. 272)
« Syméon prit l'enfant dans ses bras »
« Syméon vint au temple, poussé par l'Esprit. » Et toi, si tu as bien cherché Jésus partout, c'est-à-dire si — comme l'Épouse du Cantique des Cantiques (Ct 3, 1-3) — tu l'as cherché sur la couche de ton repos, tantôt en lisant, tantôt en priant, tantôt en méditant, si tu l'as cherché aussi dans la cité en interrogeant tes frères, en parlant de lui, en échangeant sur lui, si tu l'as cherché par les rues et les places en profitant des paroles et des exemples des autres, si tu l'as cherché auprès des guetteurs, c'est-à-dire en écoutant ceux qui ont atteint la perfection, tu viendras alors au temple, « poussé par l'Esprit. » Certes, c'est le meilleur endroit pour la rencontre du Verbe et de l'âme : on le cherche partout, on le rencontre dans le temple... « J'ai trouvé celui qu'aime mon âme » (Ct 3, 4). Cherche donc partout, cherche en tout, cherche auprès de tous, passe et dépasse tout pour passer enfin au lieu de la tente, jusqu'à la demeure de Dieu, et alors tu trouveras.
« Syméon vint au temple, poussé par l'Esprit. » Lors donc que ses parents apportèrent l'Enfant Jésus, lui aussi le reçut dans ses mains : voici l'amour qui goûte par le consentement, qui s'attache par l'étreinte, qui savoure par l'affection. Oh, frères, qu'ici la langue se taise... Ici, rien de plus désirable que le silence : ce sont les secrets de l'Époux et de l'Épouse..., l'étranger ne saurait y avoir part. « Mon secret est à moi, mon secret est à moi ! » (Is 24, 16 Vlg) Où est, pour toi, ton secret, Épouse qui seule a expérimenté quelle est la douceur qu'on éprouve quand, dans un baiser spirituel, l'esprit créé et l'Esprit incréé vont au devant l'un de l'autre et s'unissent l'un à l'autre, au point qu'ils sont deux en un, bien mieux, dis-je, un seul : justifiant et justifié, sanctifié et sanctifiant, déifiant et déifié ?...
Puissions-nous mériter de dire aussi ce qui suit : « Je l'ai tenu et je ne le lâcherai pas » (Ct 3, 4). Cela, saint Syméon l'a mérité, lui qui dit : « Maintenant, Seigneur, laisse aller ton serviteur dans la paix. » Il a voulu qu'on le laisse aller, délivré des liens de la chair, pour étreindre plus étroitement de l'embrassement de son cœur Jésus Christ notre Seigneur, à qui est gloire et honneur dans les siècles sans fin.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélie 15 sur St Luc ; PG 13, 1838-1839 (trad. Orval ; cf SC 87)
« S'en aller dans la paix »
Syméon savait que personne ne peut nous faire sortir de la prison du corps, avec l'espoir de la vie future, si ce n'est celui qu'il tenait dans ses bras. C'est pourquoi il lui dit : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller dans la paix, car aussi longtemps que je ne portais pas le Christ et que je ne le serrais pas dans mes bras, j'étais comme prisonnier et ne pouvais me dégager de mes liens. » Et il est à remarquer que ceci ne vaut pas seulement pour Syméon, mais pour tous les hommes. Si quelqu'un quitte ce monde et veut gagner le Royaume, qu'il prenne Jésus en ses mains, qu'il l'entoure de ses bras, qu'il le serre sur sa poitrine, et alors il pourra se rendre tout joyeux là où il désire...
« Tous ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu » (Rm 8,14). C'est donc l'Esprit Saint qui mène Syméon au Temple. Si toi aussi tu veux tenir Jésus, le serrer dans tes bras et devenir digne de sortir de ta prison, efforce-toi de te laisser conduire par l'Esprit pour parvenir au temple de Dieu. Te voici dès maintenant dans le temple du Seigneur Jésus, c'est-à-dire son Église, son temple construit de pierres vivantes (1P 2,5)...
Si donc tu viens poussé par l'Esprit dans le Temple, tu trouveras l'enfant Jésus, tu le prendras dans tes bras et tu diras : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller dans la paix ». Cette délivrance et ce départ se font dans la paix...  Quel est celui qui meurt en paix, sinon celui qui a la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence et garde le cœur de ceux qui la possèdent ? (Ph 4,7) Quel est celui qui se retire en paix de ce monde, sinon celui qui comprend que Dieu est venu dans le Christ se réconcilier le monde ?
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Le Chemin de la perfection, ch. 31/33 (trad. OC, Cerf 1995, p. 814)
« Syméon prit l'enfant dans ses bras »
Dans l'oraison de quiétude, le Seigneur commence à nous montrer qu'il entend notre prière et nous accorde son Royaume, afin que nous puissions véritablement le bénir et sanctifier son nom, et que nous incitions tous les hommes à faire de même. C'est quelque chose de surnaturel et que nous ne pouvons pas procurer par nos efforts, quels qu'ils soient.
Ici, en effet, l'âme se plonge dans la paix, ou, pour mieux dire, le Seigneur l'y plonge par sa présence, ainsi qu'il l'a fait envers le juste Syméon. Alors toutes les puissances de l'âme s'apaisent, et elle comprend, par un mode de compréhension très différent de celui qui nous vient par le moyen des sens extérieurs, qu'elle est tout près de son Dieu, et que, pour un peu, elle en viendrait à être par l'union une même chose avec lui. Ce n'est pas qu'elle le voie des yeux du corps ni de ceux de l'âme ; le juste Syméon, lui aussi, ne voyait au-dehors que l'auguste petit Pauvre, et, aux langes qui l'enveloppaient, au petit nombre de ceux qui lui faisaient cortège, il aurait pu le prendre pour le fils de pauvres gens, plutôt que pour le Fils du Père céleste. Mais l'Enfant lui-même lui a fait savoir qui il était. Ici, c'est de la même manière que l'âme comprend ; avec moins de clarté toutefois, parce qu'elle ne sait pas encore comment elle comprend. Seulement, elle se rend compte qu'elle se trouve dans le Royaume, ou du moins près du Roi qui doit le lui donner, et elle est saisie d'un si grand respect qu'elle n'ose lui faire aucune demande.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Journal de l'âme, § 1958-1963 (trad. Cerf 1964, p. 464)
« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix »
Après ma première messe sur la tombe de saint Pierre, voici les mains du Saint Père Pie X, posées sur ma tête en bénédiction de bon augure pour moi et pour ma vie sacerdotale commençante. Et après plus d'un demi-siècle, voici mes propres mains étendues sur les catholiques -- et pas seulement les catholiques -- du monde entier, en un geste de paternité universelle... Comme saint Pierre et ses successeurs, je suis préposé au gouvernement de l'Église du Christ tout entière, une, sainte, catholique et apostolique. Tous ces mots sont sacrés et surpassent de façon inimaginable toute exaltation personnelle ; ils me laissent dans la profondeur de mon néant, élevé à la sublimité d'un ministère qui l'emporte sur toute grandeur et toute dignité humaines.
Quand, le 28 octobre 1958, les cardinaux de la sainte Église romaine m'ont désigné à la responsabilité du troupeau universel du Christ Jésus, à soixante-dix-sept ans, la conviction s'est répandue que je serais un pape de transition. Au lieu de cela, me voici à la veille de ma quatrième année de pontificat et dans la perspective d'un solide programme à déployer à la face du monde entier qui regarde et attend. Quant à moi, je me trouve comme saint Martin, qui « n'a pas craint de mourir ni refusé de vivre ».
Je dois toujours me tenir prêt à mourir même subitement et à vivre autant qu'il plaira au Seigneur de me laisser ici-bas. Oui, toujours. Au seuil de ma quatre-vingtième année, je dois me tenir prêt : à mourir ou à vivre. Et dans un cas comme dans l'autre, je dois veiller à ma sanctification. Puisque partout on m'appelle « Saint Père », comme si c'était mon premier titre, eh bien, je dois et veux l'être pour de vrai.
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Vie de sainte Macrine, 23-25 ; SC 178 (trad. SC p. 217s) ;  Phos hilaron
Au soir de la vie, entrer dans la lumière
Le soleil s'inclinait vers le couchant. Mais la ferveur de ma sœur Macrine de fléchissait pas ; plus elle s'approchait du départ, plus elle se hâtait d'aller vers son bien-aimé... Elle ne s'adressait plus à nous qui étions présents, mais à celui-là seul vers qui elle tenait les yeux incessamment fixés... : « C'est toi, Seigneur, qui as abrogé pour nous la crainte de la mort. C'est toi qui pour nous as fait du terme de la vie d'ici-bas le commencement de la vie véritable. C'est toi qui pour un temps laisses nos corps se reposer pour une dormition, et qui les réveilles à nouveau ' au son de la trompette '. C'est toi qui donnes à la terre notre glaise en dépôt, celle que tu as façonnée de tes mains, et c'est toi qui fais revivre à nouveau ce que tu lui as donné, en transformant par l'immortalité et la beauté ce qui en nous est mortel et difforme...
« Dieu éternel, ' vers toi je me suis élancée dès le sein de ma mère '. Toi que mon âme a aimé de toute sa force, à qui j'ai consacré ma chair et mon âme depuis ma jeunesse, mets auprès de moi un ange lumineux qui me conduise par la main au lieu du rafraîchissement, là où se trouve ' l'eau du repos ', dans le sein des saints patriarches. Toi qui as...rendu au paradis l'homme crucifié avec toi et qui s'était confié à ta miséricorde, de moi aussi ' souviens-toi dans ton royaume ', car moi aussi j'ai été crucifiée avec toi... Que je sois trouvée devant ta face ' sans tache ni ride ' ; que mon âme entre tes mains soit accueillie...'comme un encens devant ta face '«...
Là-dessus, comme le soir était venu, quelqu'un apporta une lampe. Macrine alors ouvrit les yeux et dirigea son regard vers sa lueur, manifestant son désir de dire la prière d'action de grâces de la lampe. Mais la voix lui manqua... ; elle eut un profond soupir et cessa tout à la fois sa prière et sa vie.
***
« Joyeuse lumière de la sainte gloire du Père céleste, immortel, saint et bienheureux Jésus Christ. Parvenus au déclin du soleil, contemplant la clarté du soir, nous chantons le Père, le Fils et le Saint Esprit de Dieu. Tu es digne d'être toujours chanté pas des voix sanctifiées, Fils de Dieu qui donnes la vie. Tout l'univers te rend gloire ! » (l'hymne d'action de grâces pour la lampe dans les vêpres byzantines)
(Références bibliques : 1Co 15,52 ; Gn 2,7 ; Ps 21,11 ; 22,2  Lc 16,22 ; 23,42 ; Ep 5,27 ; Ps 140,2)


30 décembre - 6e jour dans l'Octave de Noël
Commentaire de l’Évangile
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Hymnes 42, SC 196 (Hymnes III ; trad. J. Paramelle et L. Neyrand, éd du Cerf, 2003 ; p. 51-55 ; rev.)
Hâtons-nous de nous attacher à Dieu, qui est descendu sur terre pour notre salut !
Hâtons-nous donc, frères, hâtons-nous avant le terme de nous attacher à Dieu, le Créateur de tout, qui est descendu sur terre pour nous malheureux, qui a incliné les cieux et s’est caché des anges, qui a habité dans le sein de la Vierge sainte, qui d’elle a pris chair, sans mutation, d’une façon ineffable, et qui en est sorti pour notre salut à tous.
Or notre salut n’est rien d’autre que ceci, – non que nous parlions de nous-mêmes mais c’est la bouche de Dieu qui a manifesté la grande lumière du siècle à venir – : le Royaume des Cieux est descendu sur terre, ou plutôt le Roi souverain des êtres d’en haut et des êtres d’en bas est venu, il a voulu nous devenir semblable afin que nous entrions en partage du Royaume des cieux, qu’en même temps nous ayons part à sa gloire et soyons héritiers des biens éternels que nul n’a jamais vus. Ces biens qui ne sont autres – c’est ma conviction, c’est ma foi que j’affirme ‒ que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité sainte : voilà la source des biens, voilà la vie de tout ce qui existe, voilà la joie inexprimable et le salut de tous ceux qui reçoivent quelque chose de son ineffable illumination et ont conscience d’être en communion avec lui.
Écoutez : la raison pour laquelle il est appelé Sauveur, c’est qu’à tous ceux à qui il s’unit, il procure le salut ; or le salut c’est d’être délivré de tous les maux et de trouver du même coup tous les biens pour toujours : la vie au lieu de la mort, la lumière au lieu des ténèbres et, au lieu de l’esclavage des passions et des actions infâmes, la liberté totale accordée à tous ceux qui se sont unis au Christ, Sauveur de tous les êtres : alors ils posséderont, sans plus pouvoir la perdre, toute joie, toute allégresse, toute béatitude (…) que nul jamais ne connaîtra, ne concevra ou ne verra s’il n’est sincèrement et ardemment attaché au Christ.
ou
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », §50-51 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem »
« Dieu prépare pour eux une cité » (He 11,16) : la foi et le bien commun. Dans la présentation de l’histoire des patriarches et des justes de l’Ancien Testament, la lettre aux Hébreux met en relief un aspect essentiel de leur foi. Elle ne se présente pas seulement comme un chemin, mais aussi comme l’édification, la préparation d’un lieu dans lequel les hommes peuvent habiter ensemble…. Si l’homme de foi s’appuie sur le Dieu de l’Amen, sur le Dieu fidèle (Is 65,16), et devient ainsi lui-même assuré, nous pouvons ajouter que cette fermeté de la foi fait référence aussi à la cité que Dieu prépare pour l’homme. La foi révèle combien les liens entre les hommes peuvent être forts quand Dieu se rend présent au milieu d’eux. Il ne s’agit pas seulement d’une fermeté intérieure, d’une conviction stable du croyant : la foi éclaire aussi les relations entre les hommes, parce qu’elle naît de l’amour et suit la dynamique de l’amour de Dieu. Le Dieu digne de confiance donne aux hommes une cité fiable.
En raison de son lien avec l’amour (Ga 5,6), la lumière de la foi se met au service concret de la justice, du droit et de la paix. La foi naît de la rencontre avec l’amour originaire de Dieu en qui apparaissent le sens et la bonté de notre vie…  La lumière de la foi est capable de valoriser la richesse des relations humaines, leur capacité à perdurer, à être fiables et à enrichir la vie commune. La foi n’éloigne pas du monde et ne reste pas étrangère à l’engagement concret de nos contemporains.
Sans un amour digne de confiance, rien ne pourrait tenir les hommes vraiment unis entre eux. Leur unité ne serait concevable que fondée uniquement sur l’utilité, sur la composition des intérêts, sur la peur, mais non pas sur le bien de vivre ensemble, ni sur la joie que la simple présence de l’autre peut susciter… Oui, la foi est un bien pour tous, elle est un bien commun. Sa lumière n’éclaire pas seulement l’intérieur de l’Église et ne sert pas seulement à construire une cité éternelle dans l’au-delà ; elle nous aide à édifier nos sociétés, afin que nous marchions vers un avenir plein d’espérance.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
2ème homélie sur le Cantique des Cantiques, §8 (trad. Seuil 1953, p. 98)
« Elle parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem »
Ô Rameau de Jessé, toi qui es un signe pour tous les peuples, « combien de rois et de prophètes ont désiré te voir et ne t'ont pas vu ». Heureux celui qui dans sa vieillesse a été comblé du don divin de ta vue ! Il a tremblé du désir de voir le signe ; « il l'a vu et il a été dans la joie ». Ayant reçu le baiser de paix, il a quitté ce monde la paix au cœur, mais non sans avoir proclamé que Jésus était né pour être un signe de contradiction. Et cela s'est accompli : à peine apparu, le signe de paix a été contredit -- mais par ceux qui ont la paix en haine. Car il est « la paix pour les hommes de bonne volonté », mais pour les mal intentionnés « une pierre d'achoppement ». Hérode, lui, « se troubla et tout Jérusalem avec lui ». Le Seigneur est venu chez lui, « mais les siens ne l'ont pas reçu ». Heureux les pauvres bergers qui, veillant dans la nuit, ont été jugés dignes de voir ce signe !
En ce temps-là déjà, il se cachait aux prétendus sages et prudents, mais il se révélait aux humbles. Aux bergers l'ange a dit : « Voici pour vous un signe ». Il est pour vous, les humbles et les obéissants, pour vous qui ne vous targuez pas de science orgueilleuse mais qui veillez « jour et nuit, méditant la loi de Dieu ». Voici votre signe ! Celui que promettaient les anges, celui que réclamaient les peuples, celui qu'avaient prédit les prophètes ; maintenant Dieu l'a fait et il vous le montre...
Voici donc votre signe, mais signe de quoi ? De pardon, de grâce, de paix, d'une « paix qui n'aura plus de fin ». « Voici votre signe : un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Mais Dieu est en lui, se réconciliant le monde... C'est le baiser de Dieu, le médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus homme et Christ, vivant et régnant pour les siècles.
(Références bibliques : Is 11, 10 ; Lc 10, 24 ; Lc 2, 30 ; Jn 8, 56 ; Lc 2, 14 ; Lc 2, 34 ; Jn 1, 11 ; Mt 11, 25 ; Lc 2, 12 ; Ps 1, 2 ; Is 9, 6 ; 1Tm 2, 5)
ou
Saint Cyprien (vers 200-258), évêque de Carthage et martyr
Sur le Notre Père ; PL 4, 544 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 280)
« Servant Dieu jour et nuit »
Dans les Saintes Écritures, le vrai soleil et le jour véritable, c'est le Christ ; c'est pourquoi pour les chrétiens, aucune heure n'est exclue, et sans cesse et toujours il faut adorer Dieu. Puisque nous sommes dans le Christ, c'est-à-dire dans la lumière véritable, tout au long du jour, soyons en supplications et en prière. Et quand selon le cours du temps, la nuit revient après le jour, rien dans les ténèbres nocturnes ne nous empêche de prier : pour les fils de lumière (1Th 5, 5), il fait jour même dans la nuit. Quand donc est-il sans la lumière, celui dont la lumière est dans le cœur ? Quand donc fait défaut le soleil, quand donc n'est-ce plus jour pour celui dont le Christ est Soleil et Jour ?
Pendant la nuit donc ne laissons pas la prière. C'est ainsi qu'Anne, la veuve, obtenait la faveur de Dieu en persévérant dans la prière et dans les veilles comme il est écrit dans l'Évangile : « Elle ne s'éloignait pas du Temple, servant jour et nuit dans les jeûnes et la prière »... Que la paresse et le laisser-aller ne nous empêchent pas de prier. Par la miséricorde de Dieu, nous avons été recréés dans l'Esprit et nous sommes renés. Imitons donc ce que nous serons. Nous devons habiter un royaume où il n'y aura plus de nuit, où brillera un jour sans déclin, veillons déjà pendant la nuit comme s'il faisait plein jour. Appelés à prier et à rendre grâces sans fin à Dieu au ciel, commençons déjà à prier sans cesse et à rendre grâces ici-bas.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 147, sur le mystère de l'Incarnation (trad. coll. Icthus, vol. 8, p. 114)
Anne voit enfin Dieu dans son Temple
Ce Dieu que le monde ne peut étreindre, comment l'homme au regard si limité peut-il le cerner ? L'amour ne se soucie pas de savoir si une chose est sûre, convenable ou possible. L'amour... ignore la mesure. Il ne se console pas sous prétexte que c'est impossible ; la difficulté ne l'arrête pas... L'amour ne peut pas ne pas voir ce qu'il aime... Comment se croire aimé de Dieu sans le contempler ? Ainsi, l'amour qui désire voir Dieu, même s'il n'est pas raisonné, est inspiré par l'intuition du cœur. C'est pourquoi Moïse a osé dire : « Si j'ai trouvé grâce devant toi, montre-moi ta face » (Ex 33,13s), et le psalmiste : « Montre-moi ton visage » (cf 79,4)...
Dieu donc, connaissant le désir des hommes de le voir, a choisi un moyen pour se rendre visible qui soit un grand bienfait pour les habitants de la terre, sans être pour autant une déchéance vis-à-vis du ciel. La créature que Dieu avait faite sur terre semblable à lui pouvait-elle passer au ciel pour peu honorable ? « Faisons l'homme à notre image et ressemblance » avait-il dit (Gn 1,26)... Si Dieu avait emprunté au ciel la forme d'un ange, il serait demeuré tout autant invisible ; par contre, si sur terre il s'était incarné dans une nature inférieure à celle de l'homme, il aurait fait injure à la divinité et rabaissé l'homme au lieu de l'élever. Que personne donc, frères très chers, ne considère comme une injure portée à Dieu le fait qu'il soit venu aux hommes par un homme, et qu'il ait trouvé chez nous ce moyen d'être vu de nous.
ou
Adam de Perseigne ( ? -1221), abbé cistercien
Sermon 4 pour la Purification (trad. Pain de Citeaux 26, p. 15s rev.)
« Les parents de Jésus vinrent le présenter dans le Temple »
Que la chair s'approche du Verbe fait chair aujourd'hui, pour y désapprendre ce qui est de la chair et y apprendre à passer de la chair à l'esprit. Que l'on s'approche aujourd'hui, car un nouveau soleil brille plus que d'ordinaire. Jusque-là renfermé à Bethléem dans l'étroitesse d'une crèche et connu d'un tout petit nombre de personnes, aujourd'hui il vient à Jérusalem dans le Temple du Seigneur, et il est présenté devant un grand nombre de personnes. Jusqu'à maintenant, Bethléem, tu te réjouissais toute seule d'une lumière qui a été donnée pour tous ; fière d'un privilège d'une nouveauté inouïe, tu pouvais rivaliser avec l'Orient, là où se lève le soleil, car tu l'égalais par l'éclat de ta splendeur. Bien mieux, chose incroyable à dire, il y avait chez toi, dans une crèche, plus de lumière que n'en peut répandre le soleil levant de ce monde. Pourquoi gardais-tu jalousement ces rayons destinés au monde entier ? C'est tout juste si tu as montré cette lumière à quelques bergers ; c'est à peine si tu as accueilli trois hommes venus de l'Orient à la crèche de la lumière nouvelle. Mais aujourd'hui, le soleil s'élance pour irradier le monde ; aujourd'hui on offre au Temple de Jérusalem le Seigneur du Temple.
Qu'ils sont heureux, ceux qui s'offrent à Dieu comme le Christ, comme une colombe, dans la solitude d'un cœur tranquille ! Ceux-là sont mûrs pour célébrer avec Marie le mystère de la purification... Ce n'est pas la Mère de Dieu qui a été purifiée en ce jour, elle qui n'a jamais consenti au péché. C'est l'homme souillé par le péché qui est purifié aujourd'hui par son enfantement et son offrande... ; c'est notre purification qui a été obtenue par Marie... Si nous étreignons avec foi le fruit de ses entrailles, si nous nous offrons avec lui au Temple, le mystère que nous célébrons nous purifiera.
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Protreptique 1,6-8 ;  SC 2 (trad. SC p. 50-51 rev.)
Le chant nouveau : « Anne proclamait les louanges de Dieu »
Comme le Verbe, la Parole de Dieu, était d'en haut, il était et il est le divin commencement de toutes choses. Mais maintenant qu'il a reçu comme nom Celui-qui-a-été-consacré, le nom de Christ, je l'appelle « un chant nouveau » (Ps 33, 144, 149, etc). Le Verbe nous faisait exister depuis longtemps, car il était en Dieu ; par lui notre existence est bonne. Ce Verbe vient d'apparaître aux hommes, lui Dieu et homme ; il est la cause pour nous de tous les biens. Ayant appris de lui à bien vivre, nous sommes introduits par lui dans la vie éternelle. Car selon l'apôtre du Seigneur « la grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à rejeter le péché et les passions d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux, en attendant la bienheureuse espérance, la manifestation de la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur » (Tt 2,11-13).
Voilà le chant nouveau : la manifestation du Verbe qui était au commencement et qui vient de briller parmi nous... Car celui qui existait comme Sauveur depuis toujours vient d'apparaître, celui qui est Dieu est apparu comme maître, le Verbe par qui tout a été fait est apparu (Jn 1,10). Comme créateur, il donnait la vie au commencement ; maintenant, étant apparu comme maître, il enseigne à bien vivre, de façon à nous procurer un jour, en tant que Dieu, la vie éternelle. Ce n'est pas aujourd'hui la première fois qu'il nous a pris en pitié à cause de notre égarement : c'est dès le commencement.


31 décembre - 7e jour dans l'Octave de Noël
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
L’humilité (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 277-278 ; rev.)
Dieu désire immensément se donner à nous
Une des plus grandes révélations que Notre-Seigneur nous a faites par son Incarnation est celle du désir immense que Dieu éprouve de se communiquer lui-même à nos âmes pour être leur béatitude. Dieu aurait pu demeurer toute l’éternité dans la solitude féconde de sa divinité une et trine ; il n’a nul besoin de la créature, car rien ne manque à celui qui, seul, est la plénitude de l’Être et la cause première de toutes choses : « Je n'ai pas d'autre bonheur que toi » (Ps 15,2). Mais ayant décrété, dans la liberté absolue et immuable de sa volonté souveraine, de se donner à nous, le désir qu’il a de réaliser cette volonté est infini. Nous serions parfois tentés de croire que Dieu peut être « indifférent » ; que son désir de se communiquer est vague, sans efficacité ; mais ce sont là des conceptions humaines, images de la faiblesse de notre nature, trop souvent instable et impuissante. (…)
En ceci, comme en tout ce qui touche notre vie surnaturelle, nous devons nous laisser guider non par notre imagination, mais par la lumière de la Révélation. C’est Dieu lui-même que nous devons écouter quand nous voulons connaître la vie divine ; c’est vers le Christ que nous devons nous tourner, vers le Fils bien-aimé qui est toujours « dans le sein du Père » (Jn 1,18), et qui nous a révélé lui-même les secrets divins. Que nous dit-il ? Que « Dieu a tellement aimé les hommes qu’il leur a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Et pourquoi l’a-t-il donné ? Pour qu’il fût notre justice, notre rédemption, notre sainteté. (…) Parce que Dieu nous aime, il désire d’un amour sans limites et d’une volonté efficace se donner à nous.
ou
Thalassius l’Africain, higoumène en Lybie
Centuries sur l’amour I,95-100; II,94-95; IV,73 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès, rev.)
Dieu est sur la terre et l’homme est dans les cieux
Dieu, qui a donné l’être aux créatures, a lié toute chose à sa providence.
Lui qui est le maître et qui s’est fait esclave (cf. Ph 2,6-7), a révélé à la création la cime de sa providence.
Dieu le Verbe, qui sans changer s’est incarné, s’est uni dans la chair à toute la création.
Un miracle étrange a lieu dans le ciel et sur la terre : Dieu est sur la terre, et l’homme est dans les cieux.
Après avoir uni aux anges les hommes, il accorde ainsi à tout le monde créé la déification.
La sanctification et la déification des anges et des hommes, c’est la connaissance de la Trinité sainte et consubstantielle. (...)
Quand le Verbe s’est fait chair (cf. Jn 1,14) dans son amour de l’homme, il n’a pas changé ce qu’il était, ni a modifié ce qu’il est devenu.
De même que nous disons que l’unique et même Christ est né de la divinité et de l’humanité, et existe dans sa divinité et son humanité, de même nous disons qu’il est né de deux natures, et qu’il existe en deux natures. (...)
Jésus est le Christ l’un de la Trinité, dont toi aussi tu dois être l’héritier (cf. Rm 8,17).
ou
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)
moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale III, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, Éd. du Cerf, Paris 1960, p. 87, rev.)
Il s’est fait notre Sauveur
Seigneur, nous avons appris tes œuvres et nous avons été épouvantés ; nous avons contemplé tes merveilles et nous avons défailli.
Ton Verbe une fois descendu, notre cœur a fondu et toutes nos entrailles frémissantes se sont ouvertes à lui. En effet, alors que le silence enveloppait toutes choses et que la nuit avait parcouru la moitié de sa course, ta Parole toute-puissante est venue des palais royaux (cf. Sg 18,14-15). Car tu as répandu sur nous, Père, les entrailles de ta charité et tu n’as pu retenir plus longtemps la multitude de tes miséricordes. Tu as répandu la lumière dans les ténèbres, la rosée sur la sécheresse, et dans le froid perçant tu as allumé le feu le plus violent. C’est pourquoi ton Fils nous est apparu comme une abondance de vivres quand menace une disette extrême, et comme une source d’eau vive pour l’âme qui souffre et qui défaille en pleine chaleur. Ou bien encore, comme se manifeste d’habitude l’auxiliaire puissant et le libérateur aux assiégés qui vont s’élancer au combat avec la mort en perspective, sous la menace du glaive ennemi : ainsi nous est-il apparu et s’est-il fait notre Sauveur.
Il nous est très bon et très salutaire de nous reporter aux origines de celui qui est notre salut et de redire son incarnation, de rappeler d’où il est venu, de quelle manière il est descendu.
ou
Julien de Vézelay (v. 1080-v. 1160), moine bénédictin
1er Sermon pour Noël ; SC 192 (trad. cf SC p. 45-55)
« Le Verbe était la vraie Lumière »
« Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit était au milieu de son cours rapide. Alors ta Parole toute-puissante, Seigneur, est venue de ton trône royal » (Sg 18,14-15). Ce texte de l’Écriture désigne le temps très saint où la Parole toute-puissante de Dieu est venue jusqu’à nous pour nous parler de notre salut. Partant du secret le plus intime du Père, elle est descendue dans le sein d’une mère...
« Au milieu de la nuit » : tout était plongé dans le silence « médian » — entre les prophètes qui ne lançaient plus leur appel et les apôtres qui allaient le faire… Quel merveilleux avènement, dans ce silence médian, pour un « médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5)…,  qui se rend mortel pour sauver les mortels, et qui sauvera les morts par sa mort ! Dans son rôle de médiateur, « il a accompli le salut au milieu de la terre » (Ps 73,12) : il est mort sur une croix, « élevé de terre » (Jn 12,32), entre ciel et terre, symbole de la réconciliation entre le ciel et la terre…
« Alors que la nuit était au milieu de sa course. » Quelle est cette nuit ? Peut-être désigne-t-elle cette période où, depuis l’origine du monde jusqu’à la fin des temps, les enfants d’Adam vivent dans cette Égypte enténébrée, dans les ténèbres épaisses de leur ignorance et totalement incapables de se voir les uns les autres (Ex 10,21s). En effet, peut-on voir les autres quand on ne voit pas leur cœur ? Profitant de ces ténèbres qui recouvrent tous les cœurs, le mensonge et la tromperie s’installent… C’est au milieu de cette nuit, parmi « ceux qui étaient assis dans les ténèbres » (Lc 1,79 ; Is 42,7), qu’est venue « la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde ». C’est elle qui chassera vraiment toutes les ténèbres lorsqu’elle « mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et fera paraître les pensées cachées des cœurs » (1Co 4,5).
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Homélie « Quel riche peut être sauvé ? », 37 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 130 rev.)
« Tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu »
Contemple les mystères de l'amour, alors tu verras « le sein du Père » que, seul, « le Fils unique nous a fait connaître », lui qui est Dieu (Jn 1,18). Dieu lui-même est amour (1Jn 4,8), et, à cause de cet amour, il s'est laissé voir par nous. Dans son être inexprimable, il est Père ; dans sa compassion pour nous, il est devenu Mère. En aimant, le Père se montre aussi féminin.
La preuve éclatante en est celui qu'il engendre de lui-même. Et ce Fils, fruit de l'amour, est amour. À cause de cet amour, il est descendu lui-même. À cause de cet amour, il a revêtu notre humanité. À cause de cet amour, librement, il a souffert tout ce qui relève de la condition humaine. Ainsi, en se mettant à la mesure de notre faiblesse, à nous qu'il aimait, il nous a mis en retour à la mesure de sa force à lui. Sur le point de s'offrir en sacrifice et de se donner lui-même comme prix de la rédemption, il nous a laissé un testament nouveau : « Je vous donne mon amour » (cf Jn 13,34 ; 14,27). Quel est cet amour ? Quelle valeur a-t-il ? Pour chacun de nous, « il a livré sa vie » (1Jn 3,16), une vie plus précieuse que l'univers entier.
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon 10, sur la Nativité du Seigneur, PL 57, 24 (trad. Année en fêtes, Migne 2000, p. 78 rev.)
« Né du Père avant tous les siècles..., il a pris chair de la Vierge Marie » (Credo)
Nous lisons, très chers frères, qu'il y a deux naissances dans le Christ ; l'une comme l'autre son l'expression d'une puissance divine qui nous dépasse absolument. D'un côté, Dieu engendre son Fils à partir de lui-même ; de l'autre, une vierge l'a conçu par l'intervention de Dieu... D'un côté, il naît pour créer la vie ; de l'autre, pour enlever la mort. Là, il naît de son Père ; ici, il est mis au monde par les hommes. Par son engendrement du Père, il est à l'origine de l'homme ; par sa naissance humaine, il libère l'homme. L'une et l'autre formes de naissance son proprement inexprimables et en même temps inséparables...
Lorsque nous enseignons qu'il y a deux naissances dans le Christ, nous ne voulons pas dire que le Fils de Dieu naît deux fois, mais nous affirmons la dualité de nature en un seul et même Fils de Dieu. D'une part, est né ce qui existait déjà ; d'autre part, a été produit ce qui n'existait pas encore. Le bienheureux évangéliste Jean l'affirme par ces paroles : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu » et encore : « Et le Verbe s'est fait chair. »
Ainsi donc, Dieu qui était auprès de Dieu est sorti de lui et la chair de Dieu qui n'était pas en lui est issue d'une femme. Ainsi le Verbe est devenu chair, non de telle sorte que Dieu soit dilué dans l'homme, mais pour que l'homme soit glorieusement élevé en Dieu. C'est pourquoi Dieu n'est pas né deux fois, mais, par ces deux genres de naissances -– à savoir celle de Dieu et celle de l'homme -– le Fils unique du Père a voulu être lui-même à la fois Dieu et homme en une seule personne : « Qui donc pourrait raconter sa naissance ? » (Is 53, 8 Vulg)
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « The Incarnation », PPS, t. 2, n°3
« Et le Verbe s'est fait chair »
Le Verbe était dès l'origine, le Fils Unique de Dieu. Avant que les mondes soient créés, avant même que soit le temps, il était, dans le sein du Père éternel, Dieu de Dieu et Lumière de Lumière, suprêmement béni dans la connaissance qu'il avait du Père et dans la connaissance que le Père avait de lui, recevant de lui toute perfection divine mais toujours un avec celui qui l'avait engendré. Comme il est dit au début de l'Évangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu »...
Il aurait pu en vérité, lorsque l'homme est tombé, demeurer dans la gloire qu'il avait avec le Père avant la création du monde. Mais cet amour insondable qui s'était montré à l'origine de notre création, insatisfait de voir son œuvre gâtée, l'a fait descendre du sein de son Père pour accomplir sa volonté et réparer le mal dont le péché était cause. Avec une indulgence admirable, il est venu, non plus revêtu de puissance, mais de faiblesse, sous la forme d'un serviteur, sous l'apparence de l'homme déchu qu'il avait dessein de relever. Ainsi il s'est humilié, souffrant toutes les infirmités de notre nature, semblable à notre chair pécheresse, pareil au pécheur à l'exception du péché, pur de toute faute mais soumis à toute tentation, et à la fin « obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur la croix » (Ph 2,8)...
Ainsi le Fils de Dieu est devenu le Fils de l'homme — mortel, mais non pécheur ; héritier de nos infirmités, non de notre faute ; rejeton de l'ancienne race, mais « commencement de la nouvelle création de Dieu » (cf Ap 3,14). Marie, sa mère..., a été choisie pour donner une nature créée à celui qui était son Créateur. Ainsi il est venu en ce monde, non pas sur les nuées du ciel, mais né ici-bas, né d'une femme ; lui, fils de Marie, et elle, mère de Dieu... Il était vraiment Dieu et homme, mais une seule personne..., un seul Christ.
ou
Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148), moine bénédictin puis cistercien
La Contemplation de Dieu, 10 (trad. AELF ; cf SC 61, p. 91s)
« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans ce monde »
Oui, tu nous as aimés le premier, pour que nous t'aimions. Tu n'as pas besoin de notre amour, mais nous ne pouvions parvenir à la fin que tu nous avais donnée qu'en t'aimant. C'est pourquoi, « ayant jadis parlé à nos pères par les prophètes, bien des fois et de bien des manières, en ces derniers jours tu nous as parlé par le Fils », ton Verbe (He 1,1). C'est par lui « que les cieux ont été faits, et par le souffle de sa bouche toute leur puissance » (Ps 32,6). Pour toi, parler par ton Fils ce n'est pas autre chose que de mettre en plein soleil, de faire voir avec éclat combien et comment tu nous as aimés, puisque tu n'as pas épargné ton propre Fils, mais l'as livré pour nous tous (Rm 8,32). Et lui aussi, il nous a aimés, et il s'est livré lui-même pour nous (Ga 2,20).
Telle est la Parole, le Verbe tout-puissant que tu nous adresses, Seigneur. Tandis que tout baignait dans le silence, c'est-à-dire au profond de l'erreur, il est descendu des demeures royales (Sg 18,14), pour abattre durement l'erreur et doucement mettre en valeur l'amour. Et tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dit sur terre, jusqu'aux opprobres, jusqu'aux crachats et aux gifles, jusqu'à la croix et au sépulcre, ce n'était rien d'autre que ta parole par ton Fils, parole qui nous provoquait à l'amour, parole qui éveillait en nous l'amour pour toi.
Tu savais en effet, Dieu, Créateur des âmes, que les âmes des fils des hommes ne peuvent être forcées à cette affection, mais qu'il faut les provoquer. Parce que là où il y a contrainte, il n'y a plus de liberté ; là où il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de justice... Tu as voulu que nous t'aimions, car en justice nous ne pouvions être sauvés sinon en t'aimant. Et nous ne pouvions t'aimer à moins que cela ne vienne de toi. Donc, Seigneur, comme l'apôtre de ton amour le dit, tu nous as aimés le premier (1Jn 4,10), et le premier tu aimes tous ceux qui t'aiment. Mais nous, nous t'aimons par l'affection de l'amour que tu as mis en nous.
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Commentaire de l'évangile de Jean, 1, 178s (trad. Cerf 2002, t. 1, p. 122)
« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde »
« Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe, la Parole de la vie, nous vous l'annonçons » (1Jn 1,1-3)... Le Verbe incarné s'est fait connaître aux apôtres de deux manières : ils l'ont reconnu en premier lieu par la vue, comme recevant du Verbe lui-même la connaissance du Verbe, et en second lieu par l'ouïe, en recevant cette fois du témoignage de Jean Baptiste la connaissance du Verbe.
Au sujet du Verbe, Jean l'évangéliste affirme d'abord : « Nous avons vu sa gloire »... Pour saint Jean Chrysostome, ces paroles se rattachent à ce qui précède dans l'évangile de Jean : « Le Verbe s'est fait chair ». L'évangéliste veut dire : l'incarnation nous a conféré non seulement le bienfait de devenir enfants de Dieu, mais encore celui de voir sa gloire. En effet, des yeux faibles et malades ne peuvent pas par eux-mêmes regarder la lumière du soleil ; mais quand il brille dans un nuage ou dans un corps opaque, alors ils le peuvent. Avant l'incarnation du Verbe, les esprits humains étaient incapables de regarder en elle-même la lumière « qui illumine tout homme ». Afin donc qu'ils ne soient pas privés de la joie de la voir, la lumière elle-même, le Verbe de Dieu, a voulu revêtir la chair pour que nous puissions la voir.
Alors, les hommes « se tournèrent vers le désert et ils virent la gloire du Seigneur dans une nuée » (Ex 16,10), c'est-à-dire le Verbe de Dieu dans la chair... Et saint Augustin remarque que, pour que nous puissions voir Dieu, le Verbe a guéri les yeux des hommes en faisant de sa chair un collyre salutaire... Voilà pourquoi aussitôt après avoir dit : « Le Verbe s'est fait chair » l'évangéliste ajoute : « Et nous avons vu sa gloire », comme pour dire qu'aussitôt appliqué le collyre, nos yeux ont été guéris... C'est cette gloire que Moïse désirait voir et dont il n'a vu que l'ombre et le symbole. Les apôtres, au contraire, ont vu sa splendeur même.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon pour Noël, Œuvres complètes, t. 1,p.109s (tr. rev. Tournai)
« Le Verbe était la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde »
« Quand tout était enveloppé dans un profond silence, ton Verbe tout-puissant est descendu. » (Sg 18, 14-15) C'est de ce Verbe qu'il est question aujourd'hui... Quel est donc le lieu où Dieu vient prononcer sa Parole et engendrer son Fils ? Le cœur où doit s'accomplir une telle naissance doit se tenir dans une grande pureté, vivre d'une vie intérieure intense, dans une union profonde avec Dieu. S'il ne se disperse pas à l'extérieur mais reste recueilli, uni à Dieu au plus profond de son être, là Dieu choisit d'habiter.
Comment coopérer à cette naissance, cette inspiration mystérieuse du Verbe ? Comment mériter qu'elle s'accomplisse en nous ? Faut-il s'y appliquer à travers des images ou des pensées sur Dieu ? Peut-on hâter cette nouvelle naissance de Dieu en nous ? Vaut-il mieux, au contraire, se vider de toute pensée, de toute parole, de toute action et de toute image et se tenir devant Dieu dans le silence total, pour le laisser agir en nous ? ... La Parole elle-même a répondu : « C'est au milieu du silence qu'une parole secrète me fut adressée. » (Jb 4, 16)
Recueille-toi donc, si tu le peux ; oublie tout en ta prière ; libère-toi des images dont tu es rempli. Plus tu oublies le reste, plus tu es capable de recevoir cette Parole qui te reste si mystérieuse... Fuis donc l'activité et les pensées qui t'agitent, car elles empêchent la paix intérieure. Pour que Dieu parle son Verbe en nous, il faut que nous soyons nous-mêmes dans la paix et le silence. Alors, il peut nous faire entendre sa Parole ; il se parle lui-même en nous.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
5e sermon pour Noël (trad. cf SC 166, p. 223-235)
« Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire »
Aujourd'hui, mes frères, c'est pour entendre la Parole de Dieu faite homme que vous vous êtes réunis. Voici que Dieu nous prépare mieux : aujourd'hui, il nous est donné non seulement d'entendre mais de voir la Parole de Dieu. Nous la verrons, si nous allons à Bethléem voir cette parole, cette nouvelle que le Seigneur a accomplie et qu'il nous montre... Il est plus difficile de croire ce qu'on entend sans le voir... Ainsi Dieu, qui s'accommode à notre faiblesse, après avoir rendu la Parole audible, la rend visible et même palpable aujourd'hui. Ainsi les premiers témoins du mystère ont pu affirmer : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, nous vous l'annonçons » (1Jn 1,1)...
S'il y a parmi nous quelque frère qui soit encore lent à croire, je ne veux pas lui fatiguer les oreilles plus longtemps de ma parole sans valeur. Qu'il aille lui aussi à Bethléem ! Qu'il contemple de ses yeux celui que les anges désirent voir (1P 1,12) : le Verbe de Dieu que le Seigneur nous montre. La Parole de Dieu « vivante et efficace » (He 4,12) repose dans une mangeoire. Si la foi éclaire l'œil qui contemple, y a-t-il un spectacle plus admirable ?... C'est une parole « fidèle et digne de toute confiance » (1Tm 1,15) que ta Parole toute-puissante, Seigneur. Descendue en une telle profondeur de silence, du haut de ta demeure royale (Sg 18,14-15), jusque dans une mangeoire, ta Parole nous parle mieux pour l'instant par son silence même...
Frères, vous aussi, vous trouverez aujourd'hui l'enfant, la Parole silencieuse, enveloppée de langes, posée sur la crèche de l'autel. Que la banalité de l'enveloppe ne trouble pas le regard de votre foi lorsque vous contemplerez le corps adorable sous les espèces du sacrement. Tout comme Marie l'a langé autrefois, la grâce et la sagesse de Dieu enveloppent encore aujourd'hui la majesté cachée de la Parole de Dieu.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
1er sermon pour la Nativité du Seigneur ; PL 59,190 (trad. cf SC 22 bis, p. 67s, bréviaire et Orval)
« Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous »
Notre Sauveur, frères bien-aimés, est né aujourd'hui : réjouissons-nous ! Il n'est pas permis d'être triste en ce jour où naît la vie. Ce jour détruit la crainte de la mort et nous comble de la joie que donne la promesse de l'éternité. Personne n'est tenu à l'écart de cette allégresse ; un seul et même motif de joie est commun à tous. Car notre Seigneur, en venant détruire le péché et la mort..., est venu libérer tous les hommes. Que le saint exulte, car il approche de la victoire. Que le pécheur se réjouisse, car il est invité au pardon. Que le païen prenne courage, car il est appelé à la vie. En effet, quand est venue la plénitude des temps fixée par la profondeur insondable du plan divin, le Fils de Dieu a épousé notre nature humaine pour la réconcilier avec son Créateur...
Le Verbe, la Parole de Dieu, qui est Dieu, Fils de Dieu, « qui était auprès de Dieu au commencement, par qui tout a été fait et sans qui rien n'a été fait », est devenu homme pour délivrer l'homme d'une mort éternelle. Il s'est abaissé pour prendre notre humble condition sans que sa majesté en soit diminuée. Demeurant ce qu'il était et assumant ce qu'il n'était pas, il a uni notre condition d'esclave à sa condition d'égal de Dieu le Père... La majesté se revêt d'humilité, la force de faiblesse, l'éternité de mortalité : vrai Dieu et vrai homme, dans l'unité d'un seul Seigneur, « seul médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5)...
Rendons grâce donc, frères bien-aimés, à Dieu le Père, par son Fils, dans l'Esprit Saint. Car dans sa grande miséricorde et son amour pour nous, il nous a pris en pitié. « Alors que nous étions morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre par le Christ », voulant que nous soyons en lui une nouvelle création, une nouvelle œuvre de ses mains (Ep 2,4-5 ; 2Co 5,17)... Chrétien, prends conscience de ta dignité.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 293,5
« Nous avons vu sa gloire »
Le Christ devait venir dans notre chair ; ce n'était pas un autre, soit un ange, soit un ambassadeur, c'était le Christ lui-même qui devait venir pour nous sauver (Is 35,4) ... Il devait naître dans une chair mortelle : un petit enfant, déposé dans une crèche, enveloppé de langes, allaité, qui grandirait avec les années et enfin mourrait cruellement. Autant de témoignages d'humilité profonde. Qui nous donne ces exemples d'humilité ? Le Très-Haut.
Quelle est donc sa grandeur ? Ne cherche pas sur la terre, monte au-dessus des astres. Lorsque tu seras parvenu jusqu'aux légions des anges, tu les entendras dire : Monte encore au-dessus de nous. Quand tu seras monté jusqu'aux Trônes, aux Dominations, aux Principautés, aux Puissances (Col 1,16), tu les entendras encore dire : Monte plus haut, nous sommes nous-mêmes des créatures ; « car toutes choses ont été faites par lui » (Jn 1,3). Élève-toi donc au-dessus de toute créature, de tout ce qui a été formé, de tout ce qui a reçu l'existence, de tous les êtres qui changent, corporels ou incorporels, en un mot, au-dessus de tout. Ta vue ne peut encore parvenir jusque-là ; c'est par la foi qu'il faut t'y élever, c'est à elle de te conduire jusqu'au Créateur ... C'est là que tu contempleras « le Verbe, qui était au commencement »...
Or ce Verbe qui était en Dieu, ce Verbe qui était Dieu, par qui toutes choses ont été faites, sans qui rien n'a été fait, et en qui était la vie, est descendu jusqu'à nous. Qu'étions-nous ? Méritions-nous qu'il descende jusqu'à nous ? Non, nous étions indignes qu'il eût compassion de nous, mais lui était digne d'avoir pitié de nous.

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