Pentecôte, solennité – Année A
Commentaire de l’Évangile
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre IV, SC 255 (Œuvres spirituelles, trad. J-M Clément, les moniales de Wisques et B. de Vregille, éd. du Cerf, 1978, p. 279, 281, rev.)
Rempli de gratitude, recevoir l’Esprit Saint
Tandis qu’on lisait dans l’évangile que le Seigneur a donné à ses disciples l’Esprit Saint en soufflant sur eux (cf. Jn 20,22), Gertrude supplia le Seigneur avec une instante dévotion de daigner, dans sa libéralité, lui donner, à elle aussi, l’Esprit d’où découle toute douceur. Le Seigneur lui répondit : « Si tu désires recevoir l’Esprit Saint, il te faut, comme mes disciples, toucher d’abord mon côté et mes mains. » (cf. Jn 20,27)
Ces mots lui firent comprendre que si quelqu’un désire recevoir l’Esprit Saint, il lui faut toucher le côté du Seigneur, c’est-à-dire considérer avec gratitude l’amour du Cœur divin par lequel il nous a prédestinés de toute éternité à être ses fils et les héritiers de son royaume, et considérer aussi comment, par tant de bienfaits infinis, il nous a toujours prévenus, malgré notre indignité, et poursuivis de sa grâce, malgré notre ingratitude. Il lui faut, de plus, toucher les mains du Seigneur, c’est-à-dire se rappeler avec gratitude chacun des actes par lesquels le Seigneur a, pour notre amour, peiné pendant trente-trois ans à notre rédemption, et spécialement dans sa passion et dans sa mort.
Et lorsqu’il sera enflammé de ce souvenir et de cette gratitude, qu’il offre à Dieu tout son cœur pour le bon plaisir de la volonté divine, en union avec cet amour qui a fait dire au Seigneur : « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21), en sorte que l’homme ne veuille ni ne désire rien sinon le souverain bon plaisir de Dieu, et, en outre, s’offre lui-même (…). Si quelqu’un agit de la sorte, il recevra indubitablement l’Esprit Saint, le Paraclet, dans les sentiments mêmes où les apôtres le reçurent par l’insufflation du Fils de Dieu.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
L'arbre de vie, n° 49 (Œuvres spirituelles de Saint Bonaventure, t.III, Le Christ Jésus ; Sté S. François d'Assise, 1932, pp.119-120, rev.)
Prière pour obtenir les sept dons du Saint-Esprit
Ô Jésus, par Vous, le Fils unique, pour nous fait homme, crucifié et glorifié, nous prions le Père très clément de nous accorder de ses trésors la grâce aux sept formes de l'Esprit qui reposa en toute plénitude sur Vous : esprit de sagesse, dis-je, pour goûter le fruit de l'arbre de vie que vous êtes véritablement et savourer ses vivifiantes douceur ; don d'intelligence qui illumine les regards de notre esprit ; don de conseil, qui nous conduise dans les voies étroites sur les traces de vos pas ; don de force, pour que nous puissions réduire à néant la violence des attaques ennemies ; don de science, afin que nous soyons remplis des lumières de votre sainte doctrine pour distinguer le bien du mal ; don de piété, qui nous donne des entrailles miséricordieuses ; don de crainte qui, en nous éloignant de tout mal, nous tienne dans la paix sous le poids du respect pour votre éternelle Majesté.
C'est là, en effet, ce que vous avez voulu que nous demandions dans cette sainte oraison que vous nous enseignâtes ; aussi, maintenant, nous vous demandons par votre Croix de nous les obtenir pour la gloire de Votre nom très saint, auquel soit avec le Père et le Saint-Esprit, tout honneur, louange, action de grâce, gloire et domination pendant tous les siècles. Ainsi soit-il.
ou
Pape François
Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » § 259-261 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.)
« Tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu » (Ac 2,11)
Des évangélisateurs « qui ont l’Esprit » veut dire évangélisateurs qui s’ouvrent sans crainte à l’action de l’Esprit Saint. À la Pentecôte, l’Esprit fait sortir les apôtres d’eux-mêmes et les transforme en annonciateurs des grandeurs de Dieu, que chacun commence à comprendre dans sa propre langue. L’Esprit Saint, de plus, infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant. Invoquons-le aujourd’hui, en nous appuyant sur la prière sans laquelle toute action court le risque de rester vaine, et l’annonce, au final, de manquer d’âme. Jésus veut des évangélisateurs qui annoncent la Bonne Nouvelle non seulement avec des paroles, mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu…
Quand on dit que quelque chose « a un esprit », cela désigne habituellement les motifs intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire. Une évangélisation faite « avec l’Esprit » n’a rien à voir avec un ensemble de tâches vécues comme une obligation pesante que l’on ne fait que subir ou que l’on doit supporter comme quelque chose qui contredit nos propres inclinations et désirs. Comme je voudrais trouver les paroles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse ! Mais je sais qu’aucune motivation ne sera suffisante si le feu de l’Esprit ne brûle pas dans les cœurs. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec l’Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice… J’invoque une fois de plus l’Esprit Saint, je le prie de venir renouveler, secouer, pousser l’Église dans une audacieuse sortie au dehors de soi, pour évangéliser tous les peuples.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Sur l'effusion du Saint Esprit, dans S. Ephraem Syri, 25, 5, 15, 20, Oxford 1865, p. 95s (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 243)
« De même que le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie »
Les apôtres étaient là, assis au Cénacle, la chambre haute, attendant la venue de l'Esprit. Ils étaient là comme des flambeaux disposés et qui attendent d'être allumés par l'Esprit Saint pour illuminer toute la création par leur enseignement... Ils étaient là comme des cultivateurs portant leur semence dans le pan de leur manteau qui attendent le moment où ils recevront l'ordre de semer. Ils étaient là comme des marins dont la barque est liée au port du commandement du Fils et qui attendent d'avoir le doux vent de l'Esprit. Ils étaient là comme des bergers qui viennent de recevoir leur houlette des mains du Grand Pasteur de tout le bercail et qui attendent que leur soient répartis les troupeaux.
« Et ils commencèrent à parler en des langues diverses selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. » Ô Cénacle, pétrin où a été jeté le levain qui a fait lever l'univers tout entier ! Cénacle, mère de toutes les Églises ; Cénacle qui a vu le miracle du buisson ardent (Ex 3). Cénacle qui a étonné Jérusalem par un prodige bien plus grand que celui de la fournaise qui a émerveillé les habitants de Babylone (Dn 3). Le feu de la fournaise brûlait ceux qui étaient autour, mais protégeait ceux qui étaient au milieu de lui ; le feu du Cénacle rassemble ceux du dehors qui désirent le voir tandis qu'il réconforte ceux qui le reçoivent. Ô feu dont la venue est parole, dont le silence est lumière, feu qui établis les cœurs dans l'action de grâces !...
Certains qui étaient opposés au Saint Esprit disaient : « Ces gens-là ont bu du vin doux, ils sont ivres ». Vraiment vous dites la vérité, mais ce n'est pas comme vous croyez. Ce n'est pas du vin des vignes qu'ils ont bu. C'est un vin nouveau qui coule du ciel. C'est un vin nouvellement pressé sur le Golgotha. Les apôtres l'ont fait boire et ont enivré ainsi toute la création. C'est un vin qui a été pressé à la croix.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI] : Retraite Vatican 1983 (trad. Le Ressuscité, DDB 1986, p.146)
« Tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu » (Ac 2, 11)
Le jour de la Pentecôte révèle la catholicité de l'Église, son universalité. L'Esprit Saint manifeste sa présence par le don des langues. Il renouvelle ainsi, mais en l'inversant, l'événement de Babel (Gn 11), cette expression de l'orgueil des hommes qui veulent devenir comme Dieu et construire par leurs propres forces, c'est-à-dire sans Dieu, un pont vers le ciel, la tour de Babel. Cet orgueil provoque les divisions dans le monde et dresse les murs de la séparation. À cause de l'orgueil, l'homme reconnaît seulement sa propre intelligence, sa propre volonté, son propre cœur ; de ce fait, il n'est plus capable ni de comprendre le langage des autres, ni d'entendre la voix de Dieu.
L'Esprit Saint, l'amour divin, comprend et fait comprendre les langues ; il crée l'unité dans la diversité. Ainsi, dès son premier jour, l'Église parle en toutes les langues. Elle est d'emblée catholique, universelle. Le pont entre ciel et terre existe bien : c'est la croix qui est ce pont, et l'amour du Seigneur a construit ce pont. La construction de ce pont dépasse les possibilités de la technique. La visée de Babel devait et doit échouer ; seul l'amour incarné de Dieu pouvait répondre à pareille visée…
L'Église est catholique dès le premier instant de son existence ; elle embrasse toutes les langues. Le signe des langues exprime un aspect très important d'une ecclésiologie fidèle à l'Écriture : l'Église universelle précède les Églises particulières, l'unité vient avant les parties. L'Église universelle n'est pas une fusion secondaire des Églises locales ; c'est l'Église universelle, catholique, qui engendre les Églises particulières, et celles-ci ne peuvent pas demeurer des Églises qu'en communion avec la catholicité. Par ailleurs, la catholicité exige la multiplicité des langues, la mise en commun et l'harmonisation des richesses de l'humanité dans l'amour du Crucifié.
ou
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
Sermon sur la septuple voix du Saint-Esprit à la Pentecôte, Sermones inediti, éd. Talbot, Rome 1952, 1, 112-114 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 226)
« Tu envoies ton souffle... tu renouvelles la face de la terre » (Ps 103,30)
Selon le dessein de Dieu, au commencement, l'Esprit de Dieu a rempli l'univers, « déployant sa vigueur d'un bout du monde à l'autre et gouvernant toute chose avec douceur » (Sg 8,1). Mais, en ce qui concerne son œuvre de sanctification, c'est à partir de ce jour de Pentecôte que « l'Esprit du Seigneur a rempli l'univers » (Sg 1,7). Car c'est aujourd'hui que cet Esprit de douceur est envoyé par le Père et le Fils pour sanctifier toute créature selon un plan nouveau, une manière nouvelle, une manifestation nouvelle de sa puissance et de sa force.
Auparavant « l'Esprit n'avait pas été donné, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié » (Jn 7,39)... Aujourd'hui, venant du séjour céleste, l'Esprit est donné aux âmes des mortels avec toute sa richesse, toute sa fécondité. Ainsi cette rosée divine s'étend sur toute la terre, dans la diversité de ses dons spirituels. Et il est juste que la plénitude de ses richesses ait ruisselé pour nous du haut du ciel, puisque peu de jours auparavant, par la générosité de notre terre, le ciel avait reçu un fruit d'une merveilleuse douceur... L'humanité du Christ, c'est toute la grâce de la terre ; l'Esprit du Christ, c'est toute la douceur du ciel. Il s'est donc produit un échange très salutaire : l'humanité du Christ est montée de la terre au ciel ; aujourd'hui, du ciel est descendu vers nous l'Esprit du Christ...
C'est partout que l'Esprit Saint agit ; c'est partout que l'Esprit prend la parole. Sans doute, avant l'Ascension, l'Esprit du Seigneur a été donné aux disciples lorsque le Seigneur leur a dit : « Recevez le Saint Esprit. Tous ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ». Mais, avant la Pentecôte, on n'a pas entendu la voix de l'Esprit Saint, on n'a pas vu briller sa puissance. Et sa connaissance n'est pas parvenue aux disciples du Christ, qui n'avaient pas été confirmés en courage, puisque la peur les obligeait encore à se cacher dans une salle fermée à clé. Mais à partir de ce jour, « la voix du Seigneur domine les eaux..., elle taille des lames de feu... et tous s'écrient : Gloire ! » (Ps 28,3-9)
Pentecôte, solennité – Année B
Commentaire de l’Évangile
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
L'Arbre de Vie, n°39 (Œuvres spirituelles, tome 3, Sté S. François d'Assise, 1932, pp.108-109 ; trad. du P. Jean de Dieu ; rev.)
Le Feu de la Pentecôte
Sept semaines après la résurrection, le cinquantième jour, « les disciples étant réunis avec les femmes et Marie la Mère de Jésus, tout à coup un bruit vint du ciel semblable au bruit d'un vent qui souffle avec force » (Cf. Ac 1,14 ; 2,1-2).
L’Esprit descendit alors sur cette troupe de cent vingt personnes et apparut sous la forme de langues de feu, parce qu'il allait donner la parole à leur bouche, la lumière à leur intelligence et l’ardeur à leur amour. Tous furent remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en diverses langues selon l'inspiration de ce même Saint-Esprit. Il leur enseigna toute vérité, les enflamma du parfait amour et les confirma en toute vertu. Aussi, aidés de sa grâce, illuminés par sa doctrine et fortifiés par sa puissance, bien que peu nombreux et simples, « ils plantèrent l'Église au prix de leur sang », [Brev. Rom.] dans le monde entier, tantôt par des discours enflammés, tantôt par de parfaits exemples, tantôt par de prodigieux miracles.
Cette Église purifiée, illuminée et amenée à perfection par la vertu de ce même Esprit-Saint, se rendit aimable à son Époux, si bien qu'elle apparut toute belle, admirable par ses ornements variés, et au contraire terrible, comme une armée rangée en bataille, à Satan et à ses anges.
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, III, 17, 2 ; SC 211 (trad. SC ; cf bréviaire Pentecôte)
« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous »
Quand le Seigneur donnait à ses disciples le pouvoir de faire renaître les hommes en Dieu, il leur disait : « Allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit » (Mt 28,19). En effet, il avait promis par les prophètes de répandre cet Esprit dans les derniers temps sur ses serviteurs et ses servantes, afin qu'ils prophétisent (Jl 3,1)... Ainsi notre Seigneur a promis à la Samaritaine « une eau vive », « afin qu'elle n'ait plus jamais soif », et qu'elle ne soit plus astreinte à boire une eau puisée péniblement mais qu'elle ait en elle-même une eau « jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4,10-14). Il s'agit de pouvoir boire ce que le Seigneur a reçu lui-même du Père, et qu'il donne à son tour à ceux qui demeurent en lui, en envoyant l'Esprit Saint sur la terre entière...
Gédéon avait prophétisé que sur toute la terre se répandrait la rosée, qui est l'Esprit de Dieu (Jg 6,36-40). C'est précisément cet Esprit qui était descendu sur le Seigneur : « Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de science et de piété, Esprit de crainte de Dieu » (Is 11,2-3). À son tour, le Seigneur a donné cet Esprit à l'Église, en envoyant des cieux le Défenseur sur toute la terre –- là où « Satan avait été précipité comme l'éclair », selon la parole du Seigneur (Lc 10,18). C'est pourquoi cette rosée de Dieu nous est nécessaire pour que nous ne soyons pas consumés et rendus stériles et pour que là où nous avons un Accusateur (Ap 12,10), nous ayons aussi un Défenseur.
Car le Seigneur a confié à l'Esprit Saint l'homme, son propre bien, qui était tombé entre les mains des bandits (Lc 10,30). Le Seigneur a « été saisi de pitié, il a pansé ses plaies » ; il a donné « deux pièces d'argent » (v. 35) à l'effigie du roi pour que, après avoir reçu par l'Esprit « l'effigie et l'inscription » (Lc 20,23) du Père et du Fils, nous fassions fructifier cette pièce d'argent qui nous a été confiée et la rendions au Seigneur multipliée (cf Mt 25,14s).
ou
Saint Bruno de Segni (vers 1045-1123), évêque : Commentaire de l'Exode, ch. 15 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, vol. 2, p. 78)
De la Pentecôte juive à la Pentecôte chrétienne
Le mont Sinaï est le symbole du mont Sion... Remarquez à quel point les deux alliances se font écho l'une à l'autre, avec quelle harmonie la fête de la Pentecôte est célébrée par chacune d'elles... Sur la montagne de Sion, comme sur la montagne du Sinaï, le Seigneur est descendu, le même jour et de manière très semblable...
Luc a écrit : « Soudain il vint du ciel un bruit pareil à un violent coup de vent. Les apôtres virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et se posa sur chacun d'eux » (Ac 2, 2-3)... Oui, ici et là, un bruit violent se fait entendre, un feu se fait voir. Mais au Sinaï c'était une épaisse nuée, sur le mont Sion la splendeur d'une lumière très brillante. Dans le premier cas il s'agissait « de l'ombre et de la figure » (Hb 8, 5), dans le deuxième de la réalité véritable. Autrefois on entendait le tonnerre, maintenant on discerne les voix des apôtres. D'un côté, l'éclat des éclairs ; de l'autre des prodiges éclatent en tous lieux...
« Tous sortirent du camp à la rencontre de Dieu, au pied de la montagne » (Ex 19, 17). On lit dans les Actes des Apôtres : « Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule »... De tout Jérusalem, le peuple se rassembla au pied de la montagne de Sion, c'est-à-dire au lieu où Sion, figure de la sainte Église, commençait à s'édifier, à poser ses fondations...
« La montagne était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu », dit l'Exode (v.18)... Pouvaient-ils ne pas brûler, ceux qu'avait embrasés le grand feu du Saint Esprit ? Comme la fumée signale la présence du feu, ainsi par l'assurance de leurs discours et par la diversité des langues, le feu du Saint Esprit manifestait sa présence dans le cœur des apôtres. Heureux les cœurs remplis de ce feu ! Heureux les hommes brûlant de cette ardeur ! « La montagne tremblait violemment. Le son de la trompette était de plus en plus strident » (v.19)... De même la voix des apôtres et leur prédication devinrent de plus en plus fortes ; elles se firent entendre de plus en plus loin jusqu'à ce que « leur message s'étende à toute la terre et leurs voix jusqu'aux extrémités du monde » (Ps 18, 5).
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231), franciscain, docteur de l'Église
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p. 170)
« Vous aussi vous rendrez témoignage »
Pentecôte est le mot grec qui veut dire « cinquantième ». Ce cinquantième jour, que fêtait le peuple juif, se comptait à partir du jour où on avait immolé l'agneau pascal ; et cela parce que, cinquante jours après la sortie d'Égypte, la Loi fut donnée sur le sommet embrasé du mont Sinaï. De même, dans le Nouveau Testament, cinquante jours après la pâque du Christ, le Saint Esprit descendit sur les apôtres et leur apparut sous la forme de feu. La Loi est donnée sur le mont Sinaï, l'Esprit sur le mont Sion ; la Loi sur le sommet de la montagne, l'Esprit au Cénacle.
« Tous les disciples étaient réunis au même endroit. Soudain il se fit un grand bruit »... Comme le dit un psaume, « l'élan du fleuve réjouit la cité de Dieu » (45,5). Un grand bruit accompagne l'arrivée de celui qui venait enseigner les fidèles. Remarquez comme cela s'accorde avec ce que nous lisons dans l'Exode : « Le troisième jour, on entendit le tonnerre, on vit briller des éclairs, une épaisse nuée couvrit la montagne, des trompettes sonnaient avec force, et tout le peuple fut saisi de crainte » (19,16). Le premier jour fut l'Incarnation du Christ ; le deuxième jour fut sa Passion ; le troisième jour, c'est la mission du Saint Esprit. Ce jour arrive : on entend le tonnerre, il se fait un grand bruit ; des éclairs brillent -- les miracles des apôtres -- ; une épaisse nuée -- la componction du cœur et la pénitence -- couvre la montagne, le peuple de Jérusalem (Ac 2,37-38)...
« Il leur apparut alors comme des langues de feu. » Des langues, celles du serpent, d'Eve et d'Adam, avaient ouvert à la mort l'accès de ce monde... C'est pourquoi l'Esprit apparaît sous la forme de langues, opposant langues à langues, guérissant par le feu le venin mortel... « Ils se mirent à parler. » Voilà le signe de la plénitude ; le vase plein déborde ; le feu ne peut pas se contenir... Ces langues diverses sont les différentes leçons que nous a laissées le Christ, telles que l'humilité, la pauvreté, la patience, l'obéissance. Nous parlons ces langues diverses quand nous donnons au prochain l'exemple de ces vertus. Vive est la parole, quand parlent les œuvres. Faisons parler nos œuvres !
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 271
« Tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu »
Avec joie, frères, nous avons vu se lever ce jour de la Pentecôte, où la sainte Église resplendit aux yeux des fidèles et où leurs cœurs sont embrasés. Car nous célébrons ce jour où notre Seigneur Jésus Christ, après sa résurrection et la gloire de son ascension, a envoyé l'Esprit Saint…
Ce souffle purifiait les cœurs de la paille de la vie purement matérielle ; ce feu consumait le foin de leurs vieux désirs ; ces langues que parlaient les apôtres remplis de l'Esprit Saint préfiguraient l'expansion de l'Église par les langues de toutes les nations. Après le déluge le sacrilège des hommes avait édifié une haute tour contre le Seigneur, et le genre humain a mérité d'être divisé par des langues diverses… (Gn 11) ; maintenant l'humilité et la dévotion des croyants soumettent la diversité de ces langues à l'unité de l'Église. La charité rassemble ce que la discorde avait dispersé, et les diverses parties du genre humain, semblables aux membres dispersés d'un même corps, sont reliés entre eux et avec le Christ, leur chef, leur Tête unique (Col 2,19). Elles sont fondues dans l'unité par le feu de l'amour…
Mes frères, membres du corps du Christ, germes d'unité, enfants de paix, célébrez ce jour dans la joie, célébrez-le en toute sécurité. Car vous voyez s'accomplir en vous ce qui était annoncé autrefois par la venue de l'Esprit Saint. Chacun de ceux qui recevaient alors l'Esprit Saint parlait, à lui seul, toutes les langues. Aujourd'hui l'unité de l'Église répandue parmi tous les peuples parle toutes les langues, et c'est au sein de cette unité que vous possédez l'Esprit Saint, vous qui n'êtes séparés par aucun schisme de l'Église du Christ, qui parle toutes les langues.
Pentecôte, solennité – Année C
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Esprit du Curé d'Ars dans ses Catéchismes, ses Sermons, ses Conversations. (Abbé Monnin, Eds. Tequi 2007, p. 61-63 ; rev.)
L'Esprit Saint Paraclet
L'homme n'est rien pour lui-même, mais il est beaucoup avec l'Esprit Saint. L'homme est tout terrestre et tout animal ; il n'y a que l'Esprit Saint qui puisse élever son âme et le porter en haut.
Comme ces lunettes qui grossissent les objets, le Saint-Esprit nous fait voir le bien et le mal en grand. Avec le Saint-Esprit, on voit tout en grand : on voit la grandeur des moindres actions faites pour Dieu, et la grandeur des moindres fautes. Comme un horloger avec ses lunettes distinguent les plus petits rouages d'une montre, avec les lumières du Saint-Esprit nous distinguons tous les détails de notre pauvre vie.
Sans le Saint-Esprit, tout est froid : aussi lorsqu'on sent que la ferveur se perd, il faut vite faire une neuvaine au Saint-Esprit pour demander la foi et l'amour !
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 26, 2e pour la Pentecôte (trad. Cerf 1991, p. 192 rev.)
« Ils furent tous remplis du Saint Esprit et ils commencèrent à parler des merveilles de Dieu » (Ac 2,4.11)
Voici le bel anniversaire du jour où le Saint Esprit a été envoyé aux saints disciples et à tous ceux qui étaient réunis avec eux, du jour où nous a été rendu le beau trésor que la ruse de l'Ennemi et l'infirmité humaine nous avaient fait perdre au Paradis terrestre...
La façon dont cela est arrivé est déjà merveilleuse extérieurement ; quant au mystère caché et enfermé intérieurement sous ces merveilles, aucune raison, aucune pensée, aucune créature ne sauraient le connaître, le concevoir et le dire. Le Saint Esprit est une immensité d'une grandeur si incompréhensible et si douce que toutes les grandeurs et les immensités que la raison laissée à elle-même peut concevoir...ne sont rien à côté de celle-ci. Vis-à-vis de cela, le ciel et la terre et tout ce qu'on peut y saisir ne sont rien... Voilà pourquoi l'Esprit Saint doit lui-même préparer la place où il doit être reçu, travailler par lui-même à rendre l'homme capable de le recevoir... ; c'est l'abîme inexprimable de Dieu qui doit être à lui-même...son lieu et sa capacité de réception.
« La maison fut tout à fait remplie » (Ac 2,2)... Cette maison symbolise d'abord la sainte Église, qui est la demeure de Dieu, mais elle symbolise en second lieu chaque homme en qui le Saint Esprit habite. De même que dans une maison il y a beaucoup d'appartements, de chambres, ainsi y a-t-il dans l'homme beaucoup de facultés, de sens et d'énergies différentes : le Saint Esprit les visite toutes, de façon spéciale. Dès qu'il arrive, il presse, excite l'homme, éveille en lui certaines inclinations, le travaille et l'éclaire. Cette visite et cette action intérieures, tous les hommes ne le ressentent pas également. Bien que le Saint Esprit soit en tous les braves gens, celui qui veut pouvoir prendre conscience de son opération, sentir et goûter sa présence doit se recueillir en lui-même...dans le calme et le silence... Plus l'homme s'adonne à son mouvement de recueillement, plus il prend conscience de cette manifestation intérieure et toujours croissante du Saint Esprit, qui lui a cependant été donnée complètement dès le début.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église : 1er sermon pour la Pentecôte
« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur »
Rien de plus doux en Dieu que son Esprit Saint ; il est la bonté même de Dieu ; il est Dieu… Au début -- c’était nécessaire -- l’Esprit invisible manifestait sa venue par des signes visibles. Mais aujourd’hui, plus les signes sont spirituels, plus ils conviennent et semblent dignes de l’Esprit Saint. Ainsi il est venu sur les apôtres sous la forme de langues de feu afin qu’ils annoncent à tous les peuples des paroles de feu et prêchent dans une langue de feu une loi de feu. Que personne ne se plaigne de ce que l’Esprit ne se manifeste pas à nous de la même façon. « À chacun, en effet, l’Esprit se révèle pour le bien de tous » (1Co 12, 7). Ainsi -- est-il besoin de le dire ? -- c’est pour nous plus que pour les apôtres qu’a eu lieu cette manifestation. En effet, à quoi leur auraient servi les langues étrangères sinon à convertir les peuples ?
Mais il y avait une autre révélation qui les a touchés plus intimement, et c’est ainsi qu’aujourd’hui encore l’Esprit se manifeste en nous. C’était clair pour tous qu’ils avaient été revêtus de « la force d’en haut » (Lc 24, 49) quand, d’un esprit si peureux, ils sont passés à une telle assurance. Ils ne fuient plus, ils ne se cachent plus par crainte ; à présent ils déploient plus d’énergie à prêcher qu’ils n’en déployaient naguère à s’enfuir. Cette transformation, qui est l’œuvre du Très-Haut, apparaît clairement dans Pierre, le prince des apôtres ; hier effrayé à la voix d’une servante (Mt 26, 69), il est maintenant inébranlable sous les menaces des grands prêtres. « Ils s’en allèrent du Grand Conseil, dit l’Écriture, tout joyeux d’avoir été dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus » (Ac 5, 41). Et pourtant, voici peu, alors qu’on amenait celui-ci au Conseil, ils avaient pris la fuite et l’avaient abandonné.
Qui pourrait douter de la venue de l’Esprit de force dont la puissance invisible a illuminé leurs cœurs ? C’est de la même manière que ce que l’Esprit opère en nous rend témoignage de sa présence en nous.
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231), franciscain, docteur de l'Église
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p. 170)
« Vous aussi vous rendrez témoignage »
Pentecôte est le mot grec qui veut dire « cinquantième ». Ce cinquantième jour, que fêtait le peuple juif, se comptait à partir du jour où on avait immolé l'agneau pascal ; et cela parce que, cinquante jours après la sortie d'Égypte, la Loi fut donnée sur le sommet embrasé du mont Sinaï. De même, dans le Nouveau Testament, cinquante jours après la pâque du Christ, le Saint Esprit descendit sur les apôtres et leur apparut sous la forme de feu. La Loi est donnée sur le mont Sinaï, l'Esprit sur le mont Sion ; la Loi sur le sommet de la montagne, l'Esprit au Cénacle.
« Tous les disciples étaient réunis au même endroit. Soudain il se fit un grand bruit »... Comme le dit un psaume, « l'élan du fleuve réjouit la cité de Dieu » (45,5). Un grand bruit accompagne l'arrivée de celui qui venait enseigner les fidèles. Remarquez comme cela s'accorde avec ce que nous lisons dans l'Exode : « Le troisième jour, on entendit le tonnerre, on vit briller des éclairs, une épaisse nuée couvrit la montagne, des trompettes sonnaient avec force, et tout le peuple fut saisi de crainte » (19,16). Le premier jour fut l'Incarnation du Christ ; le deuxième jour fut sa Passion ; le troisième jour, c'est la mission du Saint Esprit. Ce jour arrive : on entend le tonnerre, il se fait un grand bruit ; des éclairs brillent -- les miracles des apôtres -- ; une épaisse nuée -- la componction du cœur et la pénitence -- couvre la montagne, le peuple de Jérusalem (Ac 2,37-38)...
« Il leur apparut alors comme des langues de feu. » Des langues, celles du serpent, d'Eve et d'Adam, avaient ouvert à la mort l'accès de ce monde... C'est pourquoi l'Esprit apparaît sous la forme de langues, opposant langues à langues, guérissant par le feu le venin mortel... « Ils se mirent à parler. » Voilà le signe de la plénitude ; le vase plein déborde ; le feu ne peut pas se contenir... Ces langues diverses sont les différentes leçons que nous a laissées le Christ, telles que l'humilité, la pauvreté, la patience, l'obéissance. Nous parlons ces langues diverses quand nous donnons au prochain l'exemple de ces vertus. Vive est la parole, quand parlent les œuvres. Faisons parler nos œuvres !
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 155, 5-6 ; PL 38, 843
Pentecôte, l'achèvement de Pâques
Le peuple juif célébrait la Pâque, vous le savez, par l'immolation d'un agneau qu'il mangeait avec des pains azymes. Cette immolation de l'agneau symbolisait l'immolation de Jésus Christ et les pains azymes la vie nouvelle purifiée de l'ancien levain... Et, cinquante jours après la Pâque, ce peuple fêtait le moment où Dieu a donné sur le mont Sinaï la Loi écrite de son doigt. À la préfiguration de la Pâque succède la Pâque en plénitude (1Co 5,7) ; Jésus Christ est immolé et nous fait passer de la mort à la vie. Le mot Pâque, en effet, signifie « passage », ce qu'exprime l'évangéliste quand il dit : « L'heure était venue où Jésus devait passer de ce monde à son Père » (Jn 13,1)...
La nouvelle Pâque est donc célébrée, le Seigneur est ressuscité, il nous fait passer de la mort à la vie..., et cinquante jours après, l'Esprit Saint, « le doigt de Dieu » (Lc 11,20), descend sur les disciples. Mais voyez quelle différence dans les circonstances. Là le peuple se tenait au loin : c'était la crainte et non l'amour qui le dominait... ; Dieu est descendu sur le mont Sinaï au milieu du feu, frappant le peuple d'épouvante... Au contraire, lorsque l'Esprit Saint est descendu, les disciples « étaient tous ensemble en un même lieu », et l'Esprit, loin de les effrayer du haut de la montagne, est entré dans la maison où ils étaient réunis (Ac 2,1s)...
« Ils virent, dit l'Écriture, comme un sorte de feu qui se partageait en langues. » Était-ce un feu qui provoquait la peur ? Pas du tout. « Ces langues se posèrent sur chacun d'eux et ils commencèrent à parler diverses langues selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. » Écoutez la langue qui parle et comprenez que c'est l'Esprit qui écrit, non sur la pierre mais dans les cœurs (Ex 31,18 ; 2Co 3,3). Ainsi donc, « la Loi de l'Esprit de vie » (Rm 8,2), écrite dans le cœur et non sur la pierre, est en Jésus Christ en qui la Pâque a été célébrée en toute vérité.