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TEMPS DE PÂQUES VII - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint Jérôme (347-420)
prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Sur Jonas, II 2,9 ; SC 43 (Sur Jonas, trad. fr. P. Antin, éd. Cerf, 1956, p. 90-91; rev.)
« Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. » (Jn 17,19)
« Ceux qui s’attachent à des vanités inutilement perdront la miséricorde qui leur est offerte »(cf. Jon 2,9 LXX). Dieu par nature est miséricordieux, et prêt à sauver par clémence ceux qu’Il ne peut sauver par justice. Mais nous, par notre vice, nous gâchons et nous perdons la miséricorde préparée et s’offrant d’elle-même. (...) Bien que soit offensée la Miséricorde, c’est-à-dire Dieu Lui-même, car « Dieu est miséricordieux et bon, patient et plein de pitié » (cf. Ps 144,8 LXX) cependant elle n’abandonne pas ceux qui s’attachent à des vanités , elle ne les maudit pas  ; mais elle attend qu’ils reviennent, tandis qu’eux abandonnent délibérément la miséricorde qui est là, devant eux. (...)
« Mais moi, avec les accents de la louange et de l’action de grâce, je t’offrirai un sacrifice. Les vœux que j’ai faits, je m’en acquitterai envers Toi, Seigneur, en signe de salut. »(cf. Jon 2,10 LXX) (...) Moi, qui ai été dévoré pour le salut d’une multitude, je t’offrirai un sacrifice aux accents de la louange et de l’action de grâce en m’offrant moi-même. Car « le Christ, notre Pâque, a été immolé »(1 Cor 5,7). Pontife véritable et agneau, il s’est offert pour nous. ― Et je te rendrai grâces, dit-il, comme je t’ai rendu grâces en disant : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre »(cf. Mt 11,25) et je m’acquitte des vœux que j’ai formés pour le salut de tous, afin que « tout ce que tu m’as donné ne périsse pas à jamais »(cf. Jn 6,39).
Nous voyons ce que, dans sa passion, le Seigneur a promis pour notre salut. Ne rendons pas Jésus menteur et soyons purs et détachés de tout péché, pour qu’il nous offre à Dieu à qui il nous a voués.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Jesus, the Word to Be Spoken, ch. 12, 21-22 (trad. Jésus, Celui qu'on invoque, Nouvelle Cité 1988, p. 160)
« Pour qu’ils aient en eux ma joie »
Jésus peut prendre totalement possession de notre âme si seulement elle s’abandonne à lui avec joie. « Un saint triste est un triste saint », avait l’habitude de dire saint François de Sales. Sainte Thérèse d’Avila ne s’inquiétait de ses sœurs que lorsqu’elle voyait l’une d’entre elles perdre sa joie.
Aux enfants, aux pauvres, à tous ceux qui souffrent et sont seuls, donnez un sourire joyeux ; ne leur offrez pas seulement vos soins mais aussi votre cœur. Peut-être que nous ne serons pas en mesure de donner beaucoup, mais nous pouvons toujours donner la joie qui jaillit d’un cœur aimant Dieu. La joie est très communicative. Soyez donc pleins de joie lorsque vous serez parmi les pauvres.
ou
Concile Vatican II Constitution sur l'Église « Lumen gentium », § 32
« Qu'ils soient un »
La distinction posée par le Seigneur entre les ministres sacrés et le reste du Peuple de Dieu comporte l'union que des devoirs communs aux pasteurs et aux autres fidèles créent entre eux : devoir pour les pasteurs de l'Église, à l'exemple du Christ, de se mettre au service les uns des autres et au service des fidèles ; et pour ces derniers de prêter volontiers leur concours aux pasteurs et aux enseignants. Ainsi, dans la diversité, tous rendent témoignage de l'admirable unité qui existe dans le Corps du Christ ; car la diversité même des grâces, des ministères et de l'action rassemble les enfants de Dieu en un seul tout, puisque « c'est un seul et même esprit qui opère toutes ces choses » (1Co 12,11).
Par la bienveillance divine, les laïcs ont donc pour frère le Christ qui, étant le Seigneur de toutes choses, n'est pourtant « pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28). Ainsi ont-ils également pour frères ceux qui, préposés aux fonctions sacrées, enseignent, sanctifient et régissent, paissant la famille de Dieu de par l'autorité du Christ, en sorte que le commandement nouveau de la charité soit accompli par tous. Saint Augustin dit fort bien à ce sujet : « Si ce que je suis pour vous m'effraie, être avec vous me console. Car pour vous je suis évêque et avec vous je suis chrétien. Le premier titre est celui de la dignité dont je suis revêtu, et le second, celui de la grâce. L'un ne me présente que des dangers, l'autre est pour moi un gage de salut ».
ou
Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662), moine et théologien
Mystagogie, 1 (trad. coll. Icthus, t. 7, p. 255 rev. Tournay)
« Pour qu'ils soient un, comme nous-mêmes »
L'Église porte l'empreinte et l'image de Dieu puisqu'elle a la même activité que lui... Dieu a amené toutes choses à l'existence par sa puissance infinie, il les contient, les réunit et les circonscrit. Il rattache fortement tous les êtres les uns aux autres et à lui-même, dans sa Providence...
La sainte Église apparaîtra comme opérant pour nous les mêmes effets que Dieu, dont elle est l'image. Nombreux, presque innombrables sont les hommes, les femmes, les enfants, distincts les uns des autres, infiniment différents par la naissance, les traits, la nationalité et la langue, le genre de vie et l'âge, l'habileté, les mœurs, les habitudes, la connaissance, la fortune, le caractère et les relations. Mais tous naissent en cette Église et, par son œuvre, tous renaissent à une vie nouvelle, recréés par l'Esprit Saint.
À tous, l'Église a donné...une seule forme, un seul nom divin : d'être du Christ et de porter son nom. À  tous, elle donne aussi une manière d'être unique, qui ne permet pas de distinguer les nombreuses différences existant entre eux..., à cause de la réunion de tout en elle. C'est par eux, ses membres, qu'absolument personne n'est séparé de la communauté, puisque tous convergent les uns vers les autres, tous sont réunis par l'action de la puissance indivisible de la grâce et de la foi. « Tous, est-il écrit, n'ont qu'un cœur et une âme » (Ac 4, 32)... ; être un seul Corps formé de membres si divers est réellement digne du Christ lui-même, qui est notre vraie Tête (Col 1, 18). « En lui, dit l'apôtre Paul, il n'y a plus ni homme ni femme, ni Juif ni Grec..., ni esclave ni homme libre, mais lui-même est tout en tous » (Gal 3, 28)... Ainsi donc la sainte Église est à l'image de Dieu, puisqu'elle réalise entre les croyants la même union que Dieu.
ou
La Lettre à Diognète (v. 200)
§ 5-6 ; PG 2, 1174 (trad. Orval, bréviaire 5e merc. Pâques et SC 33 bis, p. 63)
« Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais »
Les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes par leur pays, ni par leur langue, ni par l'habillement. Car ils n'habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n'emploient pas un dialecte spécial, et leur genre de vie n'a rien de singulier. Leur doctrine n'est pas sortie de l'imagination fantaisiste d'esprits excités ; ils ne se font pas, comme tant d'autres, les champions d'une doctrine humaine quelconque.
Ils habitent donc, selon les circonstances, des villes grecques ou barbares ; ils se conforment aux usages locaux pour ce qui est des vêtements, de la nourriture, des coutumes. Et cependant, ils témoignent clairement d'une manière de vivre qui sort de l'ordinaire. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais ils y sont comme des gens de passage. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, mais ils supportent tout comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie une terre étrangère... Ils vivent dans la chair, mais pas selon la chair (cf 2Co 10,3 ; Rm 8,12-13). Ils passent leur vie sur la terre, mais leur cité est dans les cieux (Ph 3,20 ; He 11,16 ; 13,14). Ils obéissent aux lois établies, mais leur façon de vivre va bien au-delà de la loi.
Ils aiment tous les hommes, et pourtant tous les persécutent. Ils sont méconnus, condamnés, tués ; et c'est ainsi qu'ils viennent à la vraie vie. Pauvres, ils enrichissent un grand nombre ; manquant de tout, ils surabondent en toutes choses. On les méprise et dans ce mépris ils trouvent leur gloire ; on les calomnie et ils y trouvent leur justification. Insultés, ils bénissent ; outragés, ils honorent les autres... Pour tout dire : ce que l'âme est dans le corps, voilà ce que les chrétiens sont dans le monde.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de saint Jean, n°115
« Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde »
Écoutez tous, juifs et gentils... ; écoutez, tous les royaumes de la terre ! Je n'empêche pas votre domination sur ce monde, « mon Royaume n'est pas de ce monde » (Jn 18,36). Ne craignez donc pas de cette crainte insensée qui a saisi Hérode quand on lui a annoncé ma naissance... Non, dit le Sauveur, « mon Royaume n'est pas de ce monde ». Venez tous à un Royaume qui n'est pas de ce monde ; venez-y par la foi ; que la crainte ne vous rende pas cruels. Il est vrai que, dans une prophétie, le Fils de Dieu dit en parlant du Père : « Par lui, j'ai été établi roi sur Sion, sur sa montagne sainte » (Ps 2,6). Mais cette Sion et cette montagne ne sont pas de ce monde.
Qu'est-ce en effet que son Royaume ? Ce sont ceux qui croient en lui, ceux à qui il dit : « Vous n'êtes pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde ». Et pourtant, il veut qu'ils soient dans le monde ; il prie son Père : « Je ne te demande pas de les retirer du monde mais de les garder du mal ». Car il n'a pas dit : « Mon Royaume n'est pas dans ce monde » mais bien : « Il n'est pas de ce monde ; s'il était de ce monde, mes serviteurs viendraient combattre pour que je ne sois pas livré » (Jn 18,36).
En effet, son Royaume est vraiment ici sur terre jusqu'à la fin du monde ; jusqu'à la moisson l'ivraie est mêlée au bon grain (Mt 13,24s)... Son Royaume n'est pas d'ici car il est comme un voyageur dans ce monde. À ceux sur qui il règne, il dit : « Vous n'êtes pas du monde, car je vous ai choisis du milieu du monde » (Jn 15,19). Ils étaient donc de ce monde, quand ils n'étaient pas encore son Royaume et qu'ils appartenaient au prince de ce monde (Jn 12,31)...Tous ceux qui sont engendrés de la race d'Adam pécheur appartiennent à ce monde ; tous ceux qui ont été régénérés en Jésus Christ appartiennent à son Royaume et ne sont plus de ce monde. « Dieu nous a en effet arrachés à la puissance des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé. » (Col 1,13)
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire de l'évangile de Jean, 11, 11 ; PG 74, 558 (trad. Jean expliqué, DDB 1985, p. 134)
« Pour qu'ils soient un, comme nous-mêmes »
Lorsque le Christ est devenu semblable à nous, c'est-à-dire s'est fait homme, l'Esprit l'a oint et consacré, bien qu'il soit Dieu par nature... Il sanctifie lui-même son propre corps, et tout ce qui dans la création est digne d'être sanctifié. Le mystère qui s'est passé dans le Christ est le principe et l'itinéraire de notre participation à l'Esprit.
Pour nous unir nous aussi, pour nous fondre dans l'unité avec Dieu et entre nous, bien que séparés par la différence de nos individualités, de nos âmes et de nos corps, le Fils Unique a inventé et préparé un moyen de nous rassembler, grâce à la sagesse qui est la sienne et selon le conseil de son Père. Par un seul corps, son propre corps, il bénit ceux qui croient en lui, dans une communion mystique il en fait un seul corps avec lui et entre eux.
Qui pourrait donc séparer, qui donc pourrait priver de leur union physique ceux qui, par ce corps sacré et par lui seul, sont unis dans l'unité du Christ ? Si nous partageons un même pain, nous formons tous un seul corps (1Co 10,17). Car le Christ ne peut pas être partagé. C'est pourquoi l'Église elle aussi est appelée corps du Christ, et nous ses membres, selon la doctrine de saint Paul (Ep 5,30). Tous unis au seul Christ par son saint corps, nous le recevons, unique et indivisible, dans nos propres corps. Nous devons considérer nos propres corps comme ne nous appartenant plus.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur saint Jean, n° 107
« Je parle ainsi, en ce monde, pour qu'ils aient en eux ma joie, et qu'ils en soient comblés »
Ayant dit à son Père : « Désormais, je ne suis plus dans le monde... ; moi, je viens vers toi » (Jn 17,11), notre Seigneur recommande à son Père ceux qui allaient être privés de sa présence physique : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés ». En tant qu'homme Jésus prie Dieu pour les disciples qu'il a reçus de Dieu. Mais attention à la suite : « Pour qu'ils soient un comme nous ». Il ne dit pas : Pour qu'ils soient un avec nous, ou : Pour que nous ne soyons, eux et nous, qu'une seule chose, comme nous sommes un, mais il dit : « Pour qu'ils soient un comme nous ». Qu'ils soient un dans leur nature, comme nous sommes un dans la nôtre. Ces paroles, pour être vraies, exigent que Jésus ait parlé comme ayant la même nature divine que son Père, comme il le dit ailleurs : « Mon Père et moi, nous sommes un » (Jn 10,30). Selon sa nature humaine, il avait dit : « Mon Père est plus grand que moi » (Jn 14,28), mais comme en lui Dieu et l'homme ne font qu'une seule et même personne, nous comprenons qu'il est homme parce qu'il prie, et nous comprenons qu'il est Dieu parce qu'il ne fait qu'un avec celui qu'il prie...
« Et maintenant que je viens à toi, je dis ces choses dans ce monde, pour qu'ils aient en eux ma joie en sa plénitude ». Il n'avait pas encore quitté le monde, il y était toujours, mais puisqu'il allait bientôt le quitter, il n'y était pour ainsi dire déjà plus. Mais quelle est cette joie dont il veut que ses disciples soient comblés ? Il l'a déjà expliqué plus haut, quand il a dit : « Pour qu'ils soient un comme nous ». Cette joie qui est la sienne et qu'il leur a donnée, il leur en prédit l'accomplissement parfait, et c'est pour cela qu'il en parle « dans le monde ». Cette joie, c'est la paix et le bonheur du monde à venir ; pour l'obtenir, il nous faut vivre dans ce monde-ci dans la modération, la justice et la piété.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258)
évêque de Carthage et martyr
De l’unité de l’ Église, 5, 7, 23 (trad. P. de Labriolle, éd. du Cerf, 1942 ; p. 11 s.)
« Qu’ils soient un ! »
Il y a une seule Église qui, par sa fécondité toujours croissante, embrasse une multitude toujours plus ample. Le soleil envoie beaucoup de rayons, mais sa source lumineuse est unique ; l’arbre se divise en beaucoup de branches, mais il n’a qu’un tronc vigoureusement appuyé sur des racines tenaces ; d’une source découlent bien des ruisseaux ; cette multiplicité ne s’épanche, semble-t-il, que grâce à la surabondance de ses eaux, et pourtant tout se ramène à une origine unique. Séparez un rayon solaire de la masse du soleil, l’unité de la lumière ne comporte pas un tel fractionnement. Arrachez une branche à un arbre : le rameau brisé ne pourra plus germer. Coupez un ruisseau de la source, l’élément tronqué tarit.
Il en va de même de l’Église du Seigneur : elle diffuse dans l’univers entier les rayons de sa lumière, mais une est la lumière qui se répand ainsi partout, l’unité du corps ne se morcelle pas. Elle étend sur toute la terre ses rameaux d’une puissante vitalité, elle épanche au loin ses eaux surabondantes. Il n’y a cependant qu’une seule source, qu’une seule origine, qu’une seule mère.
Le sacrement de l’unité, ce lien d’une concorde indissolublement cohérente, nous est représenté dans l’Évangile par cette tunique de notre Seigneur Jésus Christ, laquelle n’est point divisée ni déchirée, mais qui, tirée au sort pour savoir qui revêtirait le Christ, arrive intacte à celui qui en devient le maître, sans qu’elle ait été abîmée ni découpée. Le peuple du Christ, lui non plus, ne peut être divisé. Et sa tunique, une, d’une seule pièce, d’un seul tissu, figure la concorde si cohérente de notre peuple, à nous autres qui avons revêtu le Christ.
Indivisible est l’unité ; un corps ne peut perdre sa cohésion ni être mis en pièces, ses entrailles déchirées et dispersées et dispersées en morceaux. Tout ce qui s’éloigne du centre de la vie ne saurait vivre et respirer à part, il perd la substance de son salut.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
L'Unité de l'Église, § 8 (trad. cf coll. Pères dans la foi, n°9, p. 32)
« Qu'ils soient un »
Frères, qui donc serait assez criminel et assez forcené dans sa passion de discorde, pour s'imaginer qu'on puisse mettre en cause et pour oser lui-même déchirer l'unité de Dieu, le vêtement du Seigneur, l'Église du Christ ? (cf Jn 19,24) Dans son Évangile, Dieu ne fait-il pas entendre cet avertissement : « Il y aura un seul troupeau et un seul berger » ? (Jn 10,16) Quelqu'un pense-t-il après cela que dans un même lieu il puisse y avoir normalement plusieurs bergers et plusieurs troupeaux ? Voyez comment l'apôtre Paul nous recommande pareillement cette unité : « Mes frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d'accord ; qu'il n'y ait pas de division entre vous ; soyez bien unis dans le même esprit et dans les mêmes sentiments » (1Co 1,10). « Supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l'unité dans l'Esprit par le lien de la paix » (Ep 4,2-3).
Toi donc, crois-tu pouvoir rester debout et en vie si tu abandonnes l'Église pour établir ta demeure ailleurs et éloigner d'elle ton foyer ?... À propos de la Pâque n'est-il pas dit dans l'Exode que l'agneau, immolé en préfiguration du Christ, doit être mangé dans une seule et même maison ? (Ex 12,46) La chair du Christ, la chose sainte du Seigneur, on ne peut la jeter dehors ; pour les croyants, il n'y a pas d'autre demeure que l'Église une. Cette maison, cette demeure d'une famille unie, est désignée par l'Esprit Saint quand il dit dans un psaume : « Dieu fait habiter dans une même maison des cœurs unanimes » (cf 86,7). C'est dans la maison de Dieu, dans l'Église du Christ, qu'habitent ces cœurs unanimes ; c'est là qu'ils peuvent demeurer dans la paix et dans la simplicité.


TEMPS DE PÂQUES VII - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (1894-1967)
carme, fondateur de Notre Dame de Vie
« Le bon Jésus » (Je veux voir Dieu, éd. du Carmel, 1949 ; p. 77-78)
« Qu’ils soient un en nous » (Jn 17,21)
En sa prière sacerdotale avant la Passion, le Christ Jésus ne fait qu'une demande pour ses apôtres et pour ceux qui croiront en leur parole : qu'ils soient un avec Lui, comme Lui et son Père sont un (Jn 17,21), afin qu'ils puissent voir sa gloire (Jn 17,24). Cela, le Christ Jésus l'exige comme le prix de son sacrifice. Cette unité est le but de l'Incarnation et de la Rédemption. Elle est vitale pour nos âmes et pour l'Église. (…) L'Église c'est le Christ diffusé ou le Christ répandu en ses membres. Elle le prolonge en lui fournissant des humanités de surcroît dans lesquelles il étale les richesses de sa grâce et par lesquelles il continue sa mission sacerdotale ici-bas. La grâce divine, qui ne peut nous venir que du Christ, nous enchaîne au Christ et nous fait du Christ. Ainsi nous sommes au Christ et le Christ est à Dieu. (…)
Tel est le plan de Dieu qui nous enveloppe et les desseins qu'il veut réaliser en nous et par nous. Nous serons du Christ ou nous n'aurons pas de vie surnaturelle ; nous serons Fils avec le Verbe incarné au sein de la Trinité sainte ou nous serons exclus du royaume des cieux. Ces vérités ne doivent pas seulement fournir un aliment à notre contemplation. Puisqu'elles commandent toute l'œuvre divine de la Rédemption et de l'organisation de l'Église, elles doivent présider à la coopération qui nous est demandée à cette œuvre divine. Ces vérités si hautes sont parmi les plus pratiques pour la vie spirituelle et pour l'apostolat.
ou
Saint Théodore le Studite (759-826)
moine à Constantinople
Catéchèse 6 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 172-173)
La porte est ouverte !
Après avoir tout accompli et revêtu pour nous une nature humaine, Christ notre Dieu, Jésus, l’absolument parfait, est remonté au ciel et comme prix du combat il nous a décerné sa paix (cf. Col 3,15) en disant : « Je vous donne ma paix » (Jn 14,27). Cela ne concerne pas seulement les apôtres ; en effet, notre Dieu lui-même, qui donne la vie a dit : « Ce n’est pas seulement pour ceux-ci, Père, que je te prie, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un comme nous sommes un » (Jn 17,20-22).
Là-dessus, mes très honorés frères, il est juste de s’écrier comme l’apôtre : « Qui nous séparera de l’amour de Dieu ? Les tribulations, l’angoisse, la persécution, la faim, le glaive ou le danger ? » (Rm 8,35) (…). Exultez et soyez remplis de joie en voyant l’amour de Dieu pour l’homme ! Sous nos yeux, il y a la vie, en face de nous, la joie, à nos pieds, la félicité ! La porte est ouverte ! Courez, prenez ! (cf. Ph 3,13) Pour cela, qui manquera d’énergie ? Qui ne se hâtera, l’un essayant encore et toujours plus de devancer l’autre, stimulé par la pensée que ce ne sont pas des trésors corruptibles et terrestres qui s’offrent à lui, mais des trésors éternels et immortels ? (…)
Que le Seigneur Dieu vous donne (…) de vous établir tous dans le bien, de l’emporter dans la course, d’être admis dans le stade et de ceindre les couronnes de la victoire. Puissions-nous obtenir tous les biens qui s’y attachent, par la grâce et la bonté de notre Seigneur Jésus Christ. À lui appartiennent, ainsi qu’au Père et au Saint-Esprit, gloire, puissance, honneur et adoration, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.
ou
Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)
moine et théologien
Centurie sur la théologie VII, n° 87, 89 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès, rev.)
Le mouvement de l’amour
Dieu lui-même a suscité et engendré l’“agapé” et l’“éros”. C’est lui-même qui a mené vers l’extérieur, c'est-à-dire vers les créatures, cet amour qui est en lui. C’est en cela qu’il a été dit : « Dieu est amour (agapè) » (1 Jn 4,16), et encore : « Il est douceur et désir » (Ct 5,16 LXX), c'est-à-dire “éros”. Ce qui est aimé et vraiment aimable, c’est lui-même. Donc, d’une part il est dit que l’“éros” amoureux s’épanche de lui et que lui-même, qui a engendré l’“éros”, est vraiment aimable et aimé, désirable et digne d’être élu : il met en mouvement les êtres qui veillent à cela. Ceux vers qui se porte la puissance de son désir le désirent dans la même mesure. (...)
Le mouvement amoureux du bien, qui préexiste dans le bien, qui est simple, qui se meut de lui-même et qui provient du bien, retourne aussitôt dans son lieu, car il n’a ni fin ni commencement. Un tel mouvement signifie notre élan perpétuel vers le divin et notre union à lui. Car l’union amoureuse avec Dieu s’élève et se situe au-dessus de toute union.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique C, 34-35
« Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi »
Je voudrais pouvoir vous dire, ô mon Dieu : « Je vous ai glorifié sur la terre ; j'ai accompli l'œuvre que vous m'avez donnée à faire ; j'ai fait connaître votre nom à ceux que vous m'avez donnés… Mon Père, je souhaite qu'où je serai, ceux que vous m'avez donnés y soient avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m'avez aimée moi-même » (Jn 17,4s). Oui, Seigneur, voilà ce que je voudrais répéter après vous, avant de m'envoler en vos bras. C'est peut-être de la témérité ? Mais non, depuis longtemps vous m'avez permis d'être audacieuse avec vous. Comme le père de l'enfant prodigue parlant à son fils aîné, vous m'avez dit : « Tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15,31). Vos paroles, ô Jésus, sont donc à moi et je puis m'en servir pour attirer sur les âmes qui me sont unies les faveurs du Père Céleste…
Votre amour m'a prévenue dès mon enfance, il a grandi avec moi, et maintenant c'est un abîme dont je ne puis sonder la profondeur. L'amour attire l'amour ; aussi, mon Jésus, le mien s'élance vers vous, il voudrait combler l'abîme qui l'attire, mais hélas, ce n'est pas même une goutte de rosée perdue dans l'océan ! Pour vous aimer comme vous m'aimez, il me faut emprunter votre propre amour, alors seulement je trouve le repos. Ô mon Jésus, c'est peut-être une illusion, mais il me semble que vous ne pouvez combler une âme de plus d'amour que vous n'en avez comblé la mienne ; c'est pour cela que j'ose vous demander d'aimer ceux que vous m'avez donnés comme vous m'avez aimée moi-même. Un jour, au ciel, si je découvre que vous les aimez plus que moi, je m'en réjouirai, reconnaissant dès maintenant que ces âmes méritent votre amour bien plus que la mienne ; mais ici-bas, je ne puis concevoir une plus grande immensité d'amour que celle qu'il vous a plu de me prodiguer gratuitement sans aucun mérite de ma part.
ou
Pape Benoît XVI
Discours du 30/06/2005 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Qu'ils soient un en nous, pour que le monde croie »
[Dans les relations entre catholiques et orthodoxes] la recherche théologique, qui doit affronter des questions complexes et trouver des solutions qui ne soient pas réductrices, représente un engagement sérieux, auquel nous ne pouvons pas nous soustraire. S'il est vrai que le Seigneur appelle avec force ses disciples à construire l'unité dans la charité et dans la vérité, s'il est vrai que l'appel œcuménique constitue une invitation pressante à réédifier, dans la réconciliation et dans la paix, l'unité gravement endommagée entre tous les chrétiens, si nous ne pouvons ignorer que la division rend moins efficace la très sainte cause de la prédication de l'Évangile à chaque créature (Mc 16,15), comment pouvons-nous nous soustraire au devoir d'examiner avec clarté et bonne volonté nos différences, en les affrontant avec l'intime conviction qu'elles doivent être résolues ?
L'unité que nous recherchons n'est ni absorption, ni fusion, mais respect de la plénitude multiforme de l'Église qui, conformément à la volonté de son fondateur Jésus Christ, doit être toujours « une, sainte, catholique et apostolique ». Cette consigne a trouvé son plein écho dans la profession de foi intangible de tous les chrétiens, le Credo élaboré par les Pères des conciles œcuméniques de Nicée et de Constantinople.
Le Concile du Vatican a reconnu avec lucidité le trésor que possède l'Orient et dont l'Occident « a pris de nombreuses choses »... ; il a exhorté à ne pas oublier combien de souffrances l'Orient a endurées pour conserver sa foi... Il a encouragé à considérer l'Orient et l'Occident comme des tesselles d'une mosaïque qui composent le visage resplendissant du Pantocrátor, le Christ Maître de tout (Ap 15,3), dont la main bénit le monde entier, tout l'Oikoumené. Le Concile est allé plus loin en affirmant : « Il n'est donc pas étonnant que certains aspects du mystère révélé aient été parfois mieux saisis et mieux exposés par l'un que par l'autre, si bien que ces diverses formules théologiques doivent souvent être considérées comme plus complémentaires qu'opposées » (Unitatis redintegratio, 17).
ou
Saint Jean Cassien (v. 360-435), fondateur de monastère à Marseille
Conférences, n° 10, 6-7 ; PL 49, 827 (trad. Orval)
« Pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé et que moi, aussi, je sois en eux »
Notre Sauveur a fait à son Père cette prière pour ses disciples : « Que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et eux en nous » ; et encore : « Que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous ». Cette prière se réalisera pleinement en nous lorsque l'amour parfait dont « Dieu nous aima le premier » (1Jn 4, 10) sera passé dans le mouvement même de notre cœur selon l'accomplissement de cette prière du Seigneur...
Cela se fera lorsque tout notre amour, tout notre désir, tout notre effort, toute notre recherche, toute notre pensée, tout ce que nous vivons et dont nous parlons, tout ce que nous respirons ne sera que Dieu ; lorsque l'unité présente du Père avec le Fils et du Fils avec le Père sera passée dans notre âme et dans notre cœur -– c'est-à-dire quand, imitant la charité vraie, pure et indestructible dont il nous aime, nous lui serons unis nous aussi par une charité continuelle et inaltérable, tellement attachés à lui que toute notre respiration, toute notre pensée, tout notre langage, ne seront que lui. Ainsi parviendrons-nous, à la fin...que le Seigneur dans sa prière souhaitait voir s'accomplir en nous : « Que tous soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin que leur unité soit parfaite », et « Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi ».
C'est à cela qu'est destiné celui qui prie dans la solitude, vers cela qu'il doit porter tout son effort : avoir la grâce de posséder, dès cette vie, l'image de la béatitude future et comme un avant-goût, dans son corps mortel, de la vie et de la gloire du ciel.
ou
Saint Ignace d'Antioche ( ?-v. 110), évêque et martyr
Lettre aux Éphésiens (trad. coll. Icthus, vol. 2, p. 77)
« Que tous, ils soient un, comme toi, tu es en moi et moi en toi »
Vous devez glorifier en toute manière Jésus Christ, qui vous a glorifiés vous-mêmes, afin que, unis dans une même obéissance, soumis à l'évêque et à ses prêtres, vous soyez pleinement sanctifiés. Je ne vous donne pas d'ordres, comme si j'étais un personnage. Je suis bien, il est vrai, chargé de fers pour le nom de chrétien, mais je n'ai pas encore atteint la perfection en Jésus Christ. Je ne fais que débuter à son école, et si je m'adresse à vous, c'est comme à des condisciples. C'est moi plutôt qui aurais eu besoin d'être préparé au combat par votre foi, vos exhortations, votre patience, votre longanimité. Mais puisque la charité ne me permet pas de garder le silence, je prends les devants, et je vous exhorte à marcher d'accord avec l'esprit de Dieu. Car Jésus Christ, l'inséparable Principe de notre vie, est lui-même la pensée du Père, comme les évêques, établis jusqu'aux extrémités du monde, ne sont qu'un avec l'esprit de Jésus Christ.
Vous ne devez donc avoir avec votre évêque qu'une seule et même pensée ; c'est d'ailleurs ce que vous faites. Vos prêtres, vraiment dignes de Dieu, sont unis à l'évêque comme les cordes à la lyre ; c'est ainsi que, du parfait accord de vos sentiments et de votre charité, s'élève vers Jésus Christ un concert de louanges. Que chacun de vous entre dans ce chœur ; alors dans l'harmonie de la concorde, vous prendrez par votre unité même, le ton de Dieu et vous chanterez tous d'une seule voix, par la bouche de Jésus Christ, les louanges du Père... C'est donc votre avantage de vous tenir dans une unité irréprochable ; c'est par là que vous jouirez d'une constante union avec Dieu lui-même.
ou
Guigues le Chartreux ( ?-1188), prieur de la Grande Chartreuse
Méditation 10 (trad. SC 163, p. 187)
« Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi »
Il faut suivre le Christ, il faut adhérer à lui, on ne doit pas l'abandonner jusqu'à la mort. Comme Élisée disait à son maître : « Aussi vrai que le Seigneur est vivant et que tu vis toi-même, je ne te quitterai pas » (2R 2,2)... Suivons donc le Christ et attachons-nous à lui ! « Il m'est bon d'adhérer à Dieu » dit le psalmiste (72,28). « Mon âme s'attache à toi, Seigneur ; ta droite me soutient » (Ps 62,9). Et saint Paul ajoute : « Celui qui s'unit au Seigneur est un seul esprit avec lui » (1Co 6,17). Non seulement un seul corps, mais un seul esprit. De l'esprit du Christ, tout son corps vit ; par le corps du Christ, on parvient à l'esprit du Christ. Demeure donc par la foi dans le corps du Christ et tu seras un jour un seul esprit avec lui. Déjà par la foi tu es uni à son corps ; par la vision, tu seras aussi uni à son esprit. Non que là-haut nous verrons sans corps, mais nos corps seront spirituels (1Co 15,44).
« Père, dit le Christ, je veux que ceux-ci soient un en nous, comme toi, Père, et moi, nous sommes un, afin que le monde croie » : voici l'union par la foi. Et plus loin il demande : « Que leur unité soit parfaite, pour que le monde sache » : voici l'union par la vision.
Telle est la manière de se nourrir spirituellement du corps du Christ : avoir en lui une foi pure, chercher toujours par la méditation assidue le contenu de cette foi, trouver ce que nous cherchons ainsi par l'intelligence, aimer ardemment l'objet de notre découverte, imiter dans la mesure du possible celui que nous aimons ; et en l'imitant, adhérer à lui constamment pour parvenir à l'union éternelle.
ou
Saint Pierre Damien (1007-1072), ermite puis évêque, docteur de l'Église
Opuscule 11 « Dominus vobiscum », 6 (trad. Migne 1992, p.22 rev. ; cf Orval)
« Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi »
La sainte Église, bien que diverse dans la multiplicité des personnes, est unifiée par le feu de l'Esprit Saint. Si, matériellement, elle semble répartie en plusieurs familles, le mystère de son unité profonde ne peut rien perdre de son intégrité : « Car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné », dit saint Paul (Rm 5,5). Cet Esprit, sans nul doute, est un et multiple à la fois, un dans l'essence de sa majesté, multiple dans les dons et charismes accordés à la sainte Église qu'il remplit de sa présence. Et cet Esprit donne à l'Église d'être à la fois une dans son extension universelle et tout entière en chacun de ses membres...
Si donc ceux qui croient dans le Christ sont un, partout où l'un d'entre eux se trouve physiquement, le corps de l'Église tout entier est là par le mystère sacramentel. Et tout ce qui convient au corps entier semble convenir à chacun des membres... Voilà pourquoi, quand plusieurs fidèles se trouvent ensemble, ils peuvent dire : « Incline, Seigneur, ton oreille et exauce-moi car je suis pauvre et malheureux ; garde mon âme puisque je suis fidèle » (Ps 85,1). Et lorsque nous sommes seuls, nous pouvons bien chanter : « Chantez tous pour Dieu, notre salut, criez de joie en l'honneur du Dieu de Jacob » (Ps 80,2). Il n'est pas déplacé de dire tous ensemble : « Je bénirai le Seigneur en tout temps ; sa louange sera sans cesse sur mes lèvres » (Ps 33,2) ni, quand je me trouve seul, de proclamer : « Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom » (Ps 33,4) et bien d'autres expressions semblables. La solitude n'empêche personne de parler au pluriel, et la multitude des fidèles peut très bien s'exprimer au singulier. La puissance de l'Esprit Saint qui habite chacun des fidèles et les enveloppe tous ensemble fait qu'il y a ici une solitude toute peuplée, et là, une multitude qui ne fait qu'un.
ou
Isaac de l'Étoile ( ?-v. 1171), moine cistercien
Sermon 42, pour l'Ascension (trad. cf bréviaire et SC 339, p. 45s)
« Pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux »
Comme la tête et le corps d'un homme ne font qu'un seul et même homme, le fils de la Vierge et ses membres, les élus, ne font qu'un seul et même homme et un seul Fils de l'homme. C'est le Christ total et complet, Tête et corps, dont parle l'Écriture. Oui, tous les membres ensemble forment un seul corps qui, avec sa Tête, constitue l'unique Fils de l'homme qui, avec le Fils de Dieu, constitue l'unique Fils de Dieu, de même qu'avec Dieu il constitue un seul Dieu. Ainsi le corps tout entier, avec sa Tête, est Fils de l'homme et Fils de Dieu, et Dieu par conséquent. D'où cette parole : « Père, je veux que, de même que moi et toi nous sommes un, eux aussi soient un avec nous ». C'est pourquoi, conformément à cette affirmation fréquente de l'Écriture, le corps n'est pas sans la Tête, ni la Tête sans le corps, pas plus que la Tête et le corps ne sont sans Dieu. Tel est le Christ total...
Ainsi les croyants, membres spirituels du Christ, peuvent tous dire en vérité qu'ils sont ce qu'il est lui-même, à savoir Fils de Dieu, et Dieu. Mais ce qu'il est par nature, eux le sont comme membres associés ; ce qu'il est en plénitude, eux le sont par participation. Bref, s'il est Fils de Dieu par son origine, ses membres le sont...par adoption, selon cette parole de l'apôtre Paul : « Vous avez reçu un Esprit de fils adoptifs, qui nous fait nous écrier : Abba, Père » (Rm 8,15). Avec cet Esprit, « il leur a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12), afin que, selon l'enseignement « du premier-né d'une multitude de frères » (Rm 8,29), ils apprennent à dire : « Notre Père qui es aux cieux » (Mt 6,9).
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique Ut unum sint, § 22-23 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Que tous ils soient un »
Lorsqu'on prie ensemble entre chrétiens, le but de l'unité paraît plus proche. La longue histoire des chrétiens marquée par de multiples fragmentations semble se rebâtir, tendant vers la source de son unité qu'est Jésus Christ. Il est « le même hier, aujourd'hui et à jamais » ! (He 13,8) Le Christ est réellement présent dans la communion de la prière ; il prie « en nous », « avec nous » et « pour nous ». C'est lui qui guide notre prière dans l'Esprit Consolateur qu'il a promis et qu'il a donné dès le Cénacle de Jérusalem à son Église, quand il l'a constituée dans son unité originelle.
Sur la route œcuménique de l'unité, la priorité revient certainement à la prière commune, à l'union orante de ceux qui se rassemblent autour du Christ lui-même. Si, malgré leurs divisions, les chrétiens savent toujours plus s'unir dans une prière commune autour du Christ, alors se développera leur conscience des limites de ce qui les divise en comparaison de ce qui les unit. S'ils se rencontrent toujours plus souvent et plus assidûment devant le Christ dans la prière, ils pourront prendre courage pour faire face à toute la douloureuse et humaine réalité des divisions, et ils se retrouveront ensemble dans la communauté de l'Église que le Christ forme sans cesse dans l'Esprit Saint, malgré toutes les faiblesses et malgré les limites humaines.
La communion de prière amène à porter un nouveau regard sur l'Église et sur le christianisme. On ne doit pas oublier que le Seigneur a demandé au Père l'unité de ses disciples afin qu'elle rende témoignage à sa mission et que le monde puisse croire que le Père l'avait envoyé. On peut dire que le mouvement œcuménique s'est mis en marche, en un sens, à partir de l'expérience négative de ceux qui, annonçant l'unique Évangile, se réclamaient chacun de sa propre Église ou de sa communauté ecclésiale. Une telle contradiction ne pouvait pas échapper à ceux qui écoutaient le message de salut et qui trouvaient là un obstacle à l'accueil de l'annonce de l'Évangile.
Cette grave difficulté n'est malheureusement pas surmontée : il est vrai que nous ne sommes pas en pleine communion. Et pourtant, malgré nos divisions, nous sommes en train de parcourir la route de la pleine unité, de l'unité qui caractérisait l'Église apostolique à ses débuts, et que nous recherchons sincèrement : guidée par la foi, notre prière commune en est la preuve. Dans la prière, nous nous réunissons au nom du Christ qui est Un. Il est notre unité.
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique Ut unum sint, § 23 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Qu'ils soient un pour que le monde croie que tu m'as envoyé »
On ne doit pas oublier que le Seigneur a demandé au Père l'unité de ses disciples afin qu'elle rende témoignage à sa mission et que le monde puisse croire que le Père l'avait envoyé. On peut dire que le mouvement œcuménique s'est mis en marche, en un sens, à partir de l'expérience négative de ceux qui, annonçant l'unique Évangile, se réclamaient chacun de sa propre Église ou de sa Communauté ecclésiale. Une telle contradiction ne pouvait pas échapper à ceux qui écoutaient le message de salut et qui trouvaient là un obstacle à l'accueil de l'annonce évangélique.
Cette grave difficulté n'est malheureusement pas surmontée ; il est vrai que nous ne sommes pas en pleine communion. Et pourtant, malgré nos divisions, nous sommes en train de parcourir la route de la pleine unité, de l'unité qui caractérisait l'Église apostolique à ses débuts, et que nous recherchons sincèrement : guidée par la foi, notre prière commune en est la preuve. Dans la prière, nous nous réunissons au nom du Christ qui est Un. Il est notre unité.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Éthique 1, 6-8 (trad. Prière mystique, Cerf 1979, p. 75 rev.)
« Pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi »
Le corps de l'Église du Christ, résultat harmonieux de la réunion de ses saints depuis l'origine des temps, atteint sa constitution équilibrée et intégrale dans l'union des fils de Dieu, des premiers-nés inscrits dans les cieux (cf Lc 10,20)… Notre Sauveur-Dieu lui-même révèle le caractère indissoluble et indivisible de l'union avec lui en disant à ses apôtres : « Moi dans le Père et le Père en moi ; et vous en moi et moi en vous » (Jn 10,38 ; 14,20). Et il rend cela encore plus clair en ajoutant : « Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu'ils soient parfaitement un ». Et de nouveau : « Afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et que je sois moi aussi en eux »…
Quelle merveille, cette condescendance inexprimable de l'amour que Dieu nous porte, lui l'ami des hommes ! (Sg 1,6) Ce qu'il est par nature à l'égard de son Père, il nous accorde de l'être à son égard par l'adoption et par la grâce… La gloire donnée au Fils par le Père, le Fils nous la donne à son tour par grâce divine. Encore mieux : de même qu'il est dans le Père et le Père en lui, de même le Fils de Dieu sera en nous et nous dans le Fils, si nous le voulons, par la grâce. Une fois devenu semblable à nous par la chair, il nous a rendus participants de sa divinité et il nous incorpore tous à lui. D'ailleurs la divinité à laquelle nous participons par cette communion n'est pas divisible en parties séparées ; il s'ensuit nécessairement que nous aussi, une fois que nous avons participé à elle en vérité, nous sommes inséparables de l'Esprit unique, formant un seul corps avec le Christ.


TEMPS DE PÂQUES VII - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650), moine au Mont Sinaï
L'Échelle sainte (trad. Bellefontaine 1993, coll. Spiritualité orientale n°24, p. 314-319, rev.)
Pasteur à la suite du seul Pasteur
Le vrai pasteur est celui qui, par sa bonté, son zèle et sa prière, est capable de chercher et de remettre dans le bon chemin les brebis raisonnables qui se sont perdues. Le pilote est celui qui a obtenu, par la grâce de Dieu et par ses propres labeurs, une force spirituelle qui le rend capable d'arracher le vaisseau non seulement aux flots déchaînés, mais à l'abîme lui-même. Le médecin est celui qui a acquis la santé du corps et de l'âme et qui n'a besoin pour eux d'aucun remède.
Un bon pilote sauve son vaisseau ; et un bon pasteur vivifie et guérit ses brebis malades. Quand les brebis sont au pâturage, que le pasteur ne cesse pas de se servir de la flûte de la parole, surtout quand le troupeau s'apprête à dormir. Car le loup ne craint rien tant que la flûte pastorale. Autant les brebis auront suivi fidèlement le pasteur et auront fait des progrès, autant celui-ci répondra pour elles devant le Maître de maison.
C'est la charité qui fait connaître le vrai pasteur, puisque par charité le grand pasteur a voulu être crucifié.
ou
Pape Benoît XVI : Catéchèse du 24 mai 2006
« Simon, m’aimes-tu ? »
Un matin de printemps, cette mission lui sera confiée par Jésus ressuscité. La rencontre aura lieu sur les rives du lac de Tibériade. C'est l'évangéliste Jean qui nous rapporte le dialogue qui a lieu en cette circonstance entre Jésus et Pierre. On y remarque un jeu de verbes très significatif. En grec, le verbe "filéo" exprime l'amour d'amitié, tendre mais pas totalisant, alors que le verbe "agapáo" signifie l'amour sans réserves, total et inconditionné. La première fois, Jésus demande à Pierre : "Simon... m'aimes-tu (agapls-me)" de cet amour total et inconditionné (Jn 21, 15)? Avant l'expérience de la trahison, l'Apôtre aurait certainement dit : "Je t'aime (agapô-se) de manière inconditionnelle". Maintenant qu'il a connu la tristesse amère de l'infidélité, le drame de sa propre faiblesse, il dit avec humilité : "Seigneur, j'ai beaucoup d'amitié pour toi (filô-se)", c'est-à-dire "je t'aime de mon pauvre amour humain". Le Christ insiste : "Simon, m'aimes-tu de cet amour total que je désire ?". Et Pierre répète la réponse de son humble amour humain : "Kyrie, filô-se", "Seigneur, j'ai beaucoup d'amitié pour toi, comme je sais aimer". La troisième fois, Jésus dit seulement à Simon : "Fileîs-me ?, "As-tu de l'amitié pour moi ?". Simon comprend que son pauvre amour suffit à Jésus, l'unique dont il est capable, mais il est pourtant attristé que le Seigneur ait dû lui parler ainsi. Il répond donc : "Seigneur, tu sais tout : tu sais combien j'ai d'amitié pour toi" (filô-se)". On pourrait dire que Jésus s'est adapté à Pierre, plutôt que Pierre à Jésus ! C'est précisément cette adaptation divine qui donne de l'espérance au disciple, qui a connu la souffrance de l'infidélité. C'est de là que naît la confiance qui le rendra capable de la sequela Christi jusqu'à la fin : "Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : "Suis-moi"" (Jn 21, 19).
À partir de ce jour, Pierre a "suivi" le Maître avec la conscience précise de sa propre fragilité ; mais cette conscience ne l'a pas découragé. Il savait en effet pouvoir compter sur la présence du Ressuscité à ses côtés. De l'enthousiasme naïf de l'adhésion initiale, en passant à travers l'expérience douloureuse du reniement et des pleurs de la conversion, Pierre est arrivé à mettre sa confiance en ce Jésus qui s'est adapté à sa pauvre capacité d'amour. Et il nous montre ainsi le chemin à nous aussi, malgré toute notre faiblesse. Nous savons que Jésus s'adapte à notre faiblesse. Nous le suivons, avec notre pauvre capacité d'amour et nous savons que Jésus est bon et nous accepte. Cela a été pour Pierre un long chemin qui a fait de lui un témoin fiable, "pierre" de l'Église, car constamment ouvert à l'action de l'Esprit de Jésus. Pierre lui-même se qualifiera de : "témoin de la passion du Christ, et je communierai à la gloire qui va se révéler" (1 P 5, 1).
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Ut unum sint » § 90-93 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Sois le pasteur de mes brebis »
L'évêque de Rome est l'évêque de l'église qui demeure marquée par le martyre de Pierre et par celui de Paul... L'évangile de Matthieu décrit et précise la mission pastorale de Pierre dans l'Église... : « Je te dis : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église... » (16,18). Luc fait ressortir que le Christ recommande à Pierre d'affermir ses frères, mais qu'il lui montre en même temps sa faiblesse humaine et son besoin de conversion (22,32). C'est comme si, à partir de la faiblesse humaine de Pierre, il devenait pleinement manifeste que son ministère spécifique dans l'Église est entièrement l'effet de la grâce...
Pierre, aussitôt après son investiture, est réprimandé avec une rare sévérité par le Christ qui lui dit : « Tu me fais obstacle » (Mt 16,23). Comment ne pas voir dans la miséricorde dont Pierre a besoin un lien avec le ministère de cette même miséricorde dont il fait l'expérience le premier ?... L'évangile de Jean souligne aussi que Pierre reçoit la charge de paître le troupeau en réponse à une triple profession d'amour qui correspond à son triple reniement... Quant à Paul, il peut conclure la description de son ministère par l'affirmation bouleversante qu'il lui a été donné de recueillir des lèvres du Seigneur : « Ma grâce te suffit ; car la puissance se déploie dans la faiblesse », et il peut s'écrier ensuite : « Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2Co 12,9-10)...
Héritier de la mission de Pierre..., l'évêque de Rome exerce un ministère qui a son origine dans les multiples formes de la miséricorde de Dieu, miséricorde qui convertit les cœurs et communique la force de la grâce, là même où le disciple connaît le goût amer de sa faiblesse et de sa misère. L'autorité propre de ce ministère est toute au service du dessein miséricordieux de Dieu et il faut toujours la considérer dans cette perspective. Son pouvoir s'explique dans ce sens. Se fondant sur la triple profession d'amour de Pierre qui correspond à son triple reniement, son successeur sait qu'il doit être signe de miséricorde. Son ministère est un ministère de miséricorde, procédant d'un acte de miséricorde du Christ. Il faut sans cesse relire toute cette leçon de l'Évangile, afin que l'exercice du ministère pétrinien ne perde rien de son authenticité et de sa transparence.
ou
Saint Jean-Paul II
Homélie à Paris 30/05/80 (trad. DC 1788, p. 557 © Libreria Editrice Vaticana)
« Pierre, m'aimes-tu ? »
À l'heure de l'épreuve, Pierre a renié son Maître par trois fois. Et sa voix tremblait lorsqu'il a répondu : « Seigneur, tu sais bien que je t'aime ». Cependant, il n'a pas répondu : « Et pourtant, Seigneur, je t'ai déçu », mais : « Seigneur, tu sais bien que je t'aime ». En disant cela, il savait déjà que le Christ est la pierre angulaire (Ac 4, 11), sur laquelle, en dépit de toute faiblesse humaine, peut croître en lui, Pierre, cette construction qui aura la forme de l'amour. À travers toutes les situations et toutes les épreuves, jusqu'à la fin. C'est pour cela qu'il écrira un jour... : « Vous aussi vous êtes appelés à devenir comme des pierres vivantes pour la construction d'un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus Christ » (1P 2, 5).
Tout cela ne signifie rien d'autre que répondre toujours et constamment avec ténacité et de manière conséquente, à cette unique question : « Aimes-tu ? M'aimes-tu ? M'aimes-tu davantage ? » C'est en effet cette réponse, c'est-à-dire cet amour, qui fait que nous sommes « la race élue, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple que Dieu s'est acquis ». C'est elle qui fait que nous proclamons les œuvres merveilleuses de celui qui nous « a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1P 2, 9). Tout cela, Pierre l'a su dans l'absolue certitude de sa foi. Et tout cela, il le sait, et il continue à le confesser aussi dans ses successeurs.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Jean, n°123
« Sois le pasteur de mes brebis »
Le Seigneur demande à Pierre s'il l'aime, ce qu'il savait très bien ; et il le lui demande non pas une fois, mais deux et même trois fois. Et chaque fois Pierre répond qu'il l'aime, et chaque fois Jésus lui confie le soin de faire paître ses brebis. À son triple reniement répond une triple affirmation d'amour. Il faut que sa langue serve son amour, comme elle a servi sa peur ; il faut que le témoignage de sa parole soit aussi explicite en présence de la vie qu'elle l'a été devant le menace de la mort. Il faut qu'il donne une preuve de son amour en s'occupant du troupeau du Seigneur, comme il a donné une preuve de sa timidité en reniant le Pasteur.
Ceux qui s'occupent des brebis du Christ avec l'intention d'en faire leurs brebis plutôt que celles du Christ se montrent coupables de s'aimer eux-mêmes au lieu d'aimer le Christ. Ils sont conduits par le désir de la gloire, de la domination ou du profit, et non le désir aimant d'obéir, de secourir et de plaire à Dieu. Cette parole trois fois répétée par le Christ condamne ceux que l'apôtre Paul gémit de voir chercher leurs intérêts plutôt que ceux de Jésus Christ (Ph 2,21). Que signifient, en effet, ces paroles : « M'aimes-tu ? Pais mes brebis » ? C'est comme s'il disait : « Si tu m'aimes, ne t'occupe pas de ta propre pâture, mais de celle de mes brebis ; regarde-les non comme les tiennes, mais comme les miennes. En elles, cherche ma gloire, et non la tienne ; mon pouvoir, et non le tien ; mes intérêts, et non les tiens »... Ne nous préoccupons donc pas de nous-mêmes : aimons le Seigneur et, en conduisant ses brebis vers leur pâturage, recherchons l'intérêt du Seigneur sans nous inquiéter du nôtre.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 46, Sur les pasteurs, §30 (trad. cf bréviaire 25e vendr.)
« M’aimes-tu ? »
J’aperçois tous les bons pasteurs dans l'unique Pasteur (Jn 10,14). Les bons pasteurs, à vrai dire, ne sont pas plusieurs ; ils sont un dans un seul. S'ils étaient plusieurs, ils seraient divisés… ; si le Seigneur a confié son troupeau à Pierre, c'était pour mettre l'unité en valeur en lui. Les apôtres étaient plusieurs, mais il est dit à seulement l'un d'entre eux : « Pais mes brebis »... Effectivement lorsque le Christ lui confiait ses brebis comme à un autre lui-même, il voulait qu’il ne fasse qu’un avec lui. Le Sauveur serait la Tête, Pierre représenterait le corps de l'Église (Col 1,18)... Que lui dit-il avant de lui confier ses brebis pour qu'il ne les reçoive pas comme un étranger ? « Pierre, m'aimes-tu ? » Et Pierre répond : « Je t’aime. » Une seconde fois : « M'aimes-tu ? », et une seconde fois : « Je t’aime. » Une troisième fois : « M'aimes-tu ? », et Pierre répond une troisième fois : « Je t’aime. » C'était fortifier l’amour, pour consolider l'unité.
C’est donc Jésus seul qui est le berger en ses pasteurs, et eux le sont en lui seul…  Ce n'était pas pour annoncer un temps malheureux que Dieu a dit par son prophète : « Je ferai paître mes brebis moi-même », comme s'il n'avait personne à qui les confier. Lorsque Pierre était encore vivant, lorsque les apôtres étaient encore dans cette chair et dans ce monde, cet unique Pasteur en qui sont réunis tous les pasteurs, ne disait-il pas : « J'ai d'autres brebis qui ne sont pas encore de cette bergerie ; il faut que je les y amène aussi, afin qu'il n'y ait qu'un troupeau et qu'un pasteur » ? (Jn 10,16) Tous les pasteurs doivent donc être dans l'unique Pasteur ; tous ils doivent faire entendre seulement sa voix aux brebis… Tous doivent tenir en lui le même langage, sans voix discordantes. « Je vous exhorte, frères, d'avoir tous le même langage et de ne pas tolérer de divisions parmi vous » (1Co 1,10). Cette voix, débarrassée de toute division, pure de toute hérésie, doit être entendue par les brebis, afin qu'elles suivent le Pasteur qui leur dit : « Mes brebis entendent ma voix et me suivent » (Jn 10,27).
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Journal de l'âme, 1961 (trad. Le Cerf 1964, p. 487)
« Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?... m'aimes-tu ?... m'aimes-tu ? »
Le successeur de Pierre sait que dans sa personne et dans son activité c'est la grâce et la loi de l'amour qui soutient, vivifie et orne tout ; et, face au monde entier, c'est dans l'échange de l'amour entre Jésus et lui, Simon Pierre, fils de Jean, que la sainte Église trouve son appui, comme sur un support invisible et visible : Jésus invisible aux yeux de la chair, et le pape, Vicaire du Christ, visible aux yeux du monde entier. À bien peser ce mystère d'amour entre Jésus et son Vicaire, quel honneur et quelle douceur pour moi, mais en même temps quel motif de confusion pour la petitesse, pour le néant que je suis.
Ma vie doit être toute d'amour pour Jésus et en même temps totale effusion de bonté et de sacrifice pour chaque âme et pour le monde entier. Dans cet épisode...le passage est direct à la loi du sacrifice. C'est Jésus lui-même qui l'annonce à Pierre : « En vérité, en vérité, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; quand tu seras devenu vieux, tu étendras les mains, un autre te nouera ta ceinture et te mènera où tu ne voudrais pas ».
Par la grâce du Seigneur, je ne suis pas encore entré dans cette « vieillesse », mais avec mes quatre-vingts ans désormais accomplis je me trouve sur le seuil. Je dois donc me tenir prêt pour cette dernière période de ma vie où m'attendent les limitations et les sacrifices, jusqu'au sacrifice de la vie corporelle et à l'ouverture de la vie éternelle. Ô Jésus, me voici prêt à étendre les mains, mes mains déjà tremblantes et débiles, et à permettre qu'un autre m'aide à me vêtir et me soutienne sur la route. Seigneur, à Pierre tu as ajouté : « et te mènera où tu ne voudrais pas ». Oh ! après tant de grâces dont j'ai bénéficié durant ma longue vie, il n'y a plus rien que je ne veuille pas. C'est toi qui m'as ouvert la route, ô Jésus ; « Je te suivrai partout où tu iras » (Mt 8,19).
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie 88 sur l'évangile de Jean ; PG 59, 477 (trad. Orval)
« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11)
Ce qui par-dessus tout nous attire la bienveillance d'en-haut, c'est la sollicitude envers le prochain. C'est pourquoi le Christ exige cette disposition de Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Et Jésus de lui dire : Pais mes brebis ». Pourquoi, laissant de côté les autres apôtres, Jésus s'adresse-t-il à Pierre à leur sujet ? C'est que Pierre était le premier parmi les apôtres, leur porte-parole, le chef de leur collège, si bien que Paul lui-même est venu un jour le consulter de préférence aux autres (Ga 1,18). Pour bien montrer à Pierre qu'il devait avoir confiance et que son reniement était effacé, Jésus lui donne maintenant la primauté parmi ses frères. Il ne mentionne pas son reniement et ne lui fait pas honte du passé. « Si tu m'aimes, lui dit-il, sois à la tête de tes frères ; et le fervent amour que tu m'as toujours manifesté avec tant de joie, prouve-le maintenant. La vie que tu te disais sur le point de donner pour moi, donne-la pour mes brebis »...
Mais Pierre est troublé à la pensée qu'il pourrait avoir l'impression d'aimer tout en n'aimant pas réellement. Autant, se dit-il, j'étais sûr de moi et affirmatif dans le passé, autant je suis confondu maintenant. Jésus l'interroge trois fois, et trois fois il lui donne le même ordre. Il lui montre ainsi quel prix il attache au soin de ses brebis, puisqu'il en fait la plus grande preuve d'amour envers lui.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon Guelferbytanus 16, 1 ; PLS 2, 579 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 363)
« Seigneur, tu sais tout ; tu sais bien que je t'aime »
Voici que le Seigneur, après sa résurrection, apparaît de nouveau à ses disciples. Il interroge l'apôtre Pierre, il oblige celui-ci à confesser son amour, alors qu'il l'avait renié trois fois par peur. Le Christ est ressuscité selon la chair, et Pierre selon l'esprit. Comme le Christ était mort en souffrant, Pierre est mort en reniant. Le Seigneur Christ était ressuscité d'entre les morts, et il a ressuscité Pierre grâce à l'amour que celui-ci lui portait. Il a interrogé l'amour de celui qui se déclarait ouvertement maintenant, et il lui a confié son troupeau.
Qu'est-ce donc que Pierre apportait au Christ du fait qu'il aimait le Christ ? Si le Christ t'aime, c'est profit pour toi, non pour le Christ. Si tu aimes le Christ, c'est encore profit pour toi, non pour lui. Cependant le Seigneur Christ, voulant nous montrer comment les hommes doivent prouver qu'ils l'aiment, nous le révèle clairement : en aimant ses brebis.
« Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? — Je t'aime. --Sois le pasteur de mes brebis. » Et cela une fois, deux fois, trois fois. Pierre ne dit rien que son amour. Le Seigneur ne lui demande rien d'autre que de l'aimer ; il ne lui confie rien d'autre que ses brebis. Aimons-nous donc les uns les autres, et nous aimerons le Christ.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
2e Homélie sur l'inscription du livre des Actes des apôtres
« M'aimes-tu ?... Sois le pasteur de mes brebis »
Imitons la conduite des apôtres, et nous ne leur serons inférieurs en rien. En effet ce ne sont pas leurs miracles qui les ont fait apôtres, c'est la sainteté de leur vie. C'est à cela qu'on reconnaît un disciple du Christ. Cette marque, le Seigneur lui-même nous l'a clairement donnée : lorsqu'il a voulu tracer le portrait de ses disciples et révéler le signe qui distinguerait ses apôtres, il dit : « Voici à quoi les hommes reconnaîtront que vous êtes mes disciples ». Quel signe ? Faire des miracles ? Ressusciter les morts ? Pas du tout. Mais à quoi donc ? « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35).
L'amour n'est pas un miracle, mais une œuvre : « L'amour est l'accomplissement parfait de la Loi » (Rm 13,10)... Ayez donc l'amour en vous et vous serez parmi les apôtres, même au premier rang parmi eux. Voulez-vous une autre preuve de cet enseignement ? Voyez comment le Christ s'adresse à Pierre : « Pierre, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il n'y a rien qui nous fasse obtenir le Royaume des cieux comme d'aimer le Christ comme il le mérite... Que ferons-nous pour l'aimer plus que les apôtres ?... Écoutons le Christ, celui-là même que nous devons aimer : « Si tu m'aimes plus que ceux-ci, sois le berger de mes brebis »... Le zèle, la compassion, le soin, ce sont des actes, non des miracles.


TEMPS DE PÂQUES VII - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
De colombe en colombe (La Colombe et la Ténèbre, trad. Canévet, éd. du Cerf, 1992 ; p. 64-65 ; rev.)
Jésus lui dit : Toi, suis-moi.
[« Lève-toi, viens, ma bien-aimée, ma belle, ma colombe » (Ct 2, 10 ».] La nature divine entraîne l’âme humaine à participer à elle, elle transcende toujours celle-ci d’une façon égale par son éminence dans le bien. L’âme grandit toujours dans sa participation au transcendant et ne cesse jamais de croître ; mais le bien auquel elle participe demeure le même, se manifestant toujours aussi transcendant à l’âme qui y participe toujours davantage.
Nous voyons ainsi le Verbe guider l’Épouse vers les sommets, par les ascensions de la vertu, comme dans la montée d’une échelle. Il lui envoie d’abord un rayon de lumière par les fenêtres des prophètes et les treillis des commandements de la Loi et lui ordonne de s’approcher de la lumière et de devenir belle en prenant dans la lumière la forme de la colombe. Ensuite, quand elle a eu part à ces biens dans toute la mesure où elle peut les contenir, il l’attire à nouveau, comme si elle n’avait encore aucune part aux biens, à la participation de la beauté transcendante. Ainsi au fur et à mesure qu’elle progresse vers ce qui surgit toujours en avant d’elle, son désir augmente, lui aussi, et l’excès des biens qui se manifestent toujours dans leur transcendance lui fait croire qu’elle en est toujours au début de son ascension.
C’est pourquoi le Verbe dit à nouveau : « Lève-toi » (Ct 2, 13) à celle qui est déjà levée, et : « Viens » à celle qui est déjà venue. Celui qui se lève ainsi en effet ne finira jamais de se lever, et celui qui court vers le Seigneur n’épuisera jamais le large espace pour la course divine. Il faut donc toujours se lever et ne jamais cesser de s’approcher dans sa course ; car chaque fois que le Verbe dit : « Lève-toi » et : « Viens », il nous donne la force de monter plus haut.
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)
franciscain, docteur de l'Église
Sermon pour la fête de saint Jean évangéliste (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 146-147 ; rev.)
Jésus aime celui qui le suit
L’amour de Jésus pour son fidèle disciple est indiqué dans les paroles : « Se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait, celui-là même qui, durant le repas, s’était penché sur sa poitrine » (Jn 21,20).
Celui qui suit vraiment le Seigneur désire que tous le suivent ; c’est pourquoi, il se retourne vers son prochain par des attentions, la prière et l’annonce de la parole. Le retournement de Pierre signifie tout cela. Nous trouvons la même pensée dans l’Apocalypse : « L’époux et l’épouse – le Christ et l’Église – disent : “Viens !” Que celui qui entend dise : “Viens !” » (Ap 22,17). Le Christ par l’inspiration intérieure, et l’Eglise par la prédication disent à l’homme : “Viens !” Et celui qui entend ces paroles dit à son prochain : “Viens !”, c'est-à-dire “Suis Jésus !”. Pierre se retournant vit donc marchant à sa suite le disciple que Jésus aimait. Jésus aime celui qui le suit.
Bien que son nom ne soit pas dit, Jean se distingue des autres, non parce que Jésus n’aimait que lui, mais parce qu’il l’aimait plus que les autres. Il aimait tous les autres, mais celui-ci lui était plus familier. (…) C’est lui qui « s’était penché sur sa poitrine durant le repas » (Jn 21,20). Ce fut un grand signe d’amour, le fait que lui seul ait pu se pencher sur la poitrine de Jésus, en qui « sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science » (Col 2,3). (…)
Ainsi, durant la Cène du ciel, nous serons rassasiés pour l’éternité, nous reposerons avec Jean sur la poitrine de Jésus. Le cœur est dans la poitrine, l’amour dans le cœur. Nous reposerons dans son amour parce que nous l’aimerons de tout notre cœur et de toute notre âme, et que nous trouverons en lui tous les trésors de la sagesse et de la science. (…) À lui soit donc la louange et la gloire pour les siècles éternels. Amen.
ou
Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), jésuite
L’Abandon à la Providence divine, ch. 11, § 191s
« Le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres qu’on écrirait »
Dès l’origine du monde, Jésus Christ vit en nous ; il opère en nous tout le temps de notre vie… ; il a commencé en soi-même et il continue dans ses saints une vie qui ne finira jamais… Si « le monde entier n’est pas capable de contenir tout ce que l’on pourrait écrire de Jésus », de ce qu’il a fait, ou dit, et de sa vie en lui-même, si l’Évangile ne nous en crayonne que quelques petits traits, si la première heure est si inconnue et si féconde, combien faudrait-il écrire d’évangiles pour faire l’histoire de tous les moments de cette vie mystique de Jésus Christ, qui multiplie les merveilles à l’infini et les multipliera éternellement, puisque tous les temps, à proprement parler, ne sont que l’histoire de l’action divine ? Le Saint Esprit a fait marquer en caractères infaillibles et incontestables quelques moments de cette vaste durée ; il a ramassé dans les Écritures quelques gouttes de cette mer ; il a fait voir par quelles manières secrètes et inconnues il a fait paraître Jésus Christ au monde…
Le reste de l’histoire de cette divine action qui consiste dans toute la vie mystique que Jésus mène dans les âmes saintes, jusqu’à la fin des siècles, n’est que l’objet de notre foi… Le Saint Esprit n’écrit plus d’évangile que dans les cœurs ; toutes les actions, tous les moments des saints sont l’évangile du Saint Esprit ; les âmes saintes sont le papier, leurs souffrances et leurs actions sont l’encre. Le Saint Esprit, par la plume de son action, écrit un évangile vivant. Et on ne pourra le lire qu’au jour de la gloire où, après être sorti de la presse de cette vie, on le publiera.
Ô la belle histoire ! le beau livre que l’Esprit Saint écrit présentement ! Il est sous la presse, âmes saintes, il n’y a point de jour qu’on n’en arrange les lettres, que l’on n’y applique l’encre, que l’on n’en imprime les feuilles. Mais nous sommes dans la nuit de la foi : le papier est plus noir que l’encre… ; c’est une langue de l’autre monde, on n’y comprend rien ; vous ne pouvez lire cet évangile que dans le ciel.
ou
Aelred de Rielvaux (1110-1167), moine cistercien anglais : L’Amitié spirituelle, III, 115s (trad. Bellefontaine 1994, p. 90)
Pierre et Jean : la diversité dans l’unité
Certaines personnes à qui l'on ne peut pas accorder une promotion en déduisent qu'on ne les aime pas ; si on ne les implique pas dans les affaires et les fonctions, elles se plaignent d'être laissées pour compte. C'est la source de graves discordes entre des gens qui passaient pour être des amis, nous le savons bien ; au comble de l'indignation, ces gens se séparent et en arrivent à se maudire…
Que personne n'aille se dire laissé pour compte parce qu'on ne lui a pas accordé de promotion. À ce sujet, le Seigneur Jésus a préféré Pierre à Jean. Toutefois, en conférant la primauté à Pierre, il n'en a pas pour autant retiré son affection à Jean. Il a confié son Église à Pierre ; il a remis à Jean sa mère tendrement aimée (Jn 19, 27). Il a donné à Pierre les clés de son royaume (Mt 16, 19) ; il a découvert à Jean les secrets de son cœur (Jn 13, 25). Pierre occupe donc un poste élevé, mais la place de Jean est plus sûre. Pierre a beau avoir reçu le pouvoir, quand Jésus dit : « L'un de vous me livrera » (Jn 13, 21), il tremble et s'affole avec les autres ; Jean, enhardi par sa proximité du Seigneur, l'interroge, à l'instigation de Pierre, pour savoir de qui il parle. Pierre doit se livrer à l'action ; Jean est mis à part pour témoigner son affection, selon la parole : « Je veux qu'il demeure ainsi jusqu’à ce que je vienne ». Il nous a donné l'exemple afin que nous aussi fassions de même.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Poésie « Vuestra soy, para vos nací » (trad. OC, Seuil 1995, p. 1225)
« Si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je vienne, est-ce ton affaire ? Toi, suis-moi »
Je suis tienne, pour toi je suis née,
Que veux-tu faire de moi ?
Majesté souveraine,
Éternelle Sagesse,
Bonté si bonne pour mon âme,
Toi, Dieu, Altesse, Être unique, Bonté,
Vois mon extrême bassesse,
Moi qui te chante aujourd'hui mon amour.
Que veux-tu faire de moi ?
Je suis tienne, puisque tu m'as créée,
Tienne, puisque tu m'as rachetée,
Tienne, puisque tu me supportes,
Tienne, puisque tu m'as appelée,
Tienne, puisque tu m'as attendue,
Tienne puisque je ne suis pas perdue,
Que veux-tu faire de moi ?
Que veux-tu donc, Seigneur très bon,
Que fasse un si vil serviteur ?
Quelle mission as-tu donnée
À cet esclave pécheur ?
Me voici, mon doux amour,
Doux amour, me voici.
Que veux-tu faire de moi ?
Voici mon cœur,
Je le dépose dans ta main,
Avec mon corps, ma vie, mon âme,
Mes entrailles et tout mon amour.
Doux Époux, mon Rédempteur,
Pour être tienne, je me suis offerte,
Que veux-tu faire de moi ?
Donne-moi la mort, donne-moi la vie,
La santé ou la maladie
Donne l'honneur ou le déshonneur,
La guerre ou la plus grande paix,
La faiblesse ou la pleine force,
À tout cela, je dis oui :
Que veux-tu faire de moi ? ...
Je suis tienne, pour toi je suis née,
Que veux-tu faire de moi ?
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Jean, n° 124, 5-7 ; CCL 36, 685 (trad. Orval)
Deux apôtres, deux vies, une Église
L'Église connaît deux vies louées et recommandées par Dieu. L'une est dans la foi, l'autre dans la vision ; l'une dans le pèlerinage du temps, l'autre dans la demeure de l'éternité ; l'une dans le labeur, l'autre dans le repos ; l'une sur le chemin, l'autre dans la patrie ; l'une dans l'effort de l'action, l'autre dans la récompense de la contemplation... La première est symbolisée par l'apôtre Pierre, la seconde par Jean... Et ce n'est pas eux seuls, mais toute l'Église, l'Épouse du Christ, qui réalise cela, elle qui doit être délivrée des épreuves d'ici-bas et demeurer dans la béatitude éternelle.
C'est pourquoi Jésus dit à Pierre : « Suis-moi », et à propos de Jean : « Je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à mon retour. Que t'importe ? Toi, suis-moi »... Que ton action me suive, parfaite et modelée sur l'exemple de ma Passion ; que la contemplation commencée demeure jusqu'à mon retour : je la rendrai parfaite quand je reviendrai. Car elle suit le Christ, cette ferveur endurante qui tient bon jusqu'à la mort ; et elle demeure jusqu'au retour du Christ, cette connaissance qui sera manifestée alors en plénitude. Ici, au pays des mortels, il faut endurer les maux de ce monde ; là, nous contemplerons les biens du Seigneur au pays des vivants (Ps 26,13)...
Que personne donc ne sépare l'un de l'autre ces deux apôtres glorieux ; car ils étaient tous deux dans ce que Pierre symbolise et ils seront tous deux dans ce que Jean représente.
Pierre et Jean ont symbolisé chacun l'une de ces deux vies. Mais tous deux ont passé ensemble la première, dans le temps, par la foi ; et ensemble ils jouiront de la seconde, dans l'éternité, par la vision. C'est donc pour tous les saints unis inséparablement au corps du Christ, et afin de les piloter au milieu des tempêtes de cette vie, que Pierre, le premier des apôtres, a reçu les clefs du Royaume des cieux avec le pouvoir de retenir et d'absoudre les péchés (Mt 16,19). C'est aussi pour tous les saints, et afin de leur donner accès à la profondeur paisible de sa vie la plus intime, que le Christ a laissé Jean reposer sur sa poitrine (Jn 13,23.25). Car le pouvoir de retenir et d'absoudre les péchés n'appartient pas à Pierre seul, mais à toute l'Église ; et Jean n'est pas seul à boire à la source de la poitrine du Seigneur, le Verbe qui depuis le commencement est Dieu auprès de Dieu (Jn 7,38 ;1,1),...mais le Seigneur lui-même verse son Évangile à tous les hommes du monde entier pour que chacun le boive selon sa capacité.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Chemin de perfection, 17 (trad. OC, Cerf 1995, p. 760)
« --Et lui, Seigneur ? ... --Est-ce ton affaire ? Toi, suis-moi »
Dieu ne conduit pas toutes les âmes par un même chemin. Celui qui croit marcher par la voie la plus humble est peut-être le plus élevé aux yeux du Seigneur. Ainsi, parce que dans ce monastère toutes s'adonnent à l'oraison, il ne s'ensuit pas que toutes doivent être contemplatives. C'est impossible, et l'ignorance de cette vérité pourrait jeter dans la désolation celles qui ne le sont pas...
J'ai passé plus de quatorze ans sans même pouvoir méditer, si ce n'est en lisant, et il doit y avoir bien des personnes dans ce cas. D'autres sont impuissantes à méditer, même à l'aide d'un livre. Elles ne sont capables que de prier vocalement : cela les fixe davantage... Il y a bien des personnes semblables. Mais si elles sont humbles, je crois qu'en fin de compte elles ne seront pas les moins bien loties : elles iront de pair avec les âmes inondées de consolations. D'une certaine manière, leur voie est même plus sûre, car nous ignorons si ces consolations viennent de Dieu ou si le démon en est l'auteur...
Ces personnes qui n'ont pas de consolations marchent dans l'humilité, craignant toujours qu'il y ait de leur faute, et elles ont un soin continuel de s'avancer. En voient-elles d'autres verser une larme, aussitôt il leur semble que, si elles n'en répandent pas, c'est le signe qu'elles sont bien en retard dans le service de Dieu, alors que peut-être devancent-elles les autres de beaucoup. En effet, les larmes, quoique bonnes, ne sont pas toutes parfaites, et il y a toujours plus de sécurité dans l'humilité, la mortification, le détachement et les autres vertus. Ainsi ne craignez rien, et dites-vous que vous ne manquerez pas d'arriver à la perfection, aussi bien que les grands contemplatifs.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Traité 124 sur Saint Jean, 5,7 ; CCL 36, 685-686, 687 (trad. Orval)
Pierre et Jean, de l'action à la contemplation.
L'Église connaît deux vies prônées et recommandées par Dieu. L'une est dans la foi, l'autre dans la vision ; l'une dans le pèlerinage du temps, l'autre dans la demeure de l'éternité ; l'une dans le labeur, l'autre dans le repos ; l'une sur le chemin, l'autre dans la patrie ; l'une dans l'effort de l'action, l'autre dans la récompense de la contemplation... La première est figurée par l'apôtre Pierre, la seconde par Jean. La première se déroule entièrement ici-bas jusqu'à la fin des siècles, et alors elle prendra fin. La seconde ne trouvera sa plénitude qu'après la fin des siècles ; dans le monde à venir elle n'aura pas de fin.
C'est pourquoi Jésus dit à Pierre : « Suis-moi », et à propos de Jean : « Je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à mon retour. Que t'importe ? Toi, suis-moi »... Que ton action me suive, parfaite et modelée sur l'exemple de ma passion ; que la contemplation commencée demeure jusqu'à mon retour : je la rendrai parfaite quand je reviendrai. Car elle suit le Christ, cette ferveur endurante qui tient bon jusqu'à la mort ; et elle demeure jusqu'au retour du Christ, cette connaissance qui sera manifestée alors en plénitude. Ici, au pays des mortels, il faut endurer les maux de ce monde ; là, nous contemplerons les biens du Seigneur au pays des vivants (Ps 27,13)...
Que personne donc ne sépare l'un de l'autre ces deux illustres apôtres ; car ils étaient tous deux dans ce que Pierre symbolise et ils seront tous deux dans ce que Jean représente.

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