Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année A
Commentaire de l’Évangile
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre IV, SC 255 (Œuvres spirituelles, trad. J-M Clément, les moniales de Wisques et B. de Vregille, éd. du Cerf, 1978, p. 213, 215, rev.)
Comment aller à votre rencontre, Seigneur ?
Le saint jour des Rameaux (…), Gertrude dit au Seigneur : « (…) Vous Seigneur Dieu, mon bien-aimé, pour mon salut vous marchez vers votre passion ; comment pourrai-je, moi, aller à votre rencontre d’une manière digne de vous honorer ? » Le Seigneur répondit : « Donne-moi une monture pour m’asseoir, une foule venant joyeuse au-devant de moi, une foule pour me suivre en chantant des louanges, et une foule pour m’accompagner et me servir.
Je m’explique : donne-moi une monture dans la contrition de ton cœur, en confessant que souvent tu as négligé de suivre la raison et que, pas plus qu’un animal, tu n’as prêté attention à chacune des choses que ma bonté n’a cessé de faire pour toi en vue de ton salut. (…) Secondement, tu me donneras une foule venant joyeuse au-devant de moi, lorsque tu me recevras avec les sentiments d’affection de tout l’univers, en union avec cet amour qui m’amena aujourd’hui à Jérusalem pour le salut du monde entier, moi le Créateur et le Sauveur de tous. (…) En troisième lieu, donne-moi une foule pour me suivre en chantant des louanges. Pour cela, confesse que tu n’as jamais fait un effort suffisant pour imiter les exemples de ma vie si parfaite, et offre-moi une volonté tellement aimante que si tu pouvais inciter tous les hommes à imiter parfaitement les exemples de ma vie très parfaite et de ma passion, tu y emploierais de grand cœur toutes tes forces pour ma gloire. Et brûlante de désir, demande de recevoir la grâce de m’imiter, autant qu’il est possible à l’homme, en particulier par une authentique humilité, patience et charité, vertus que j’ai pratiquées davantage au temps de ma passion. Quatrièmement, donne-moi une foule pour me suivre et me servir. Pour cela, confesse que jamais tu n’as été à mes côtés avec la fidélité requise lorsqu’il fallait défendre la vérité et la justice.
Et, ajouta le Seigneur, si quelqu’un, au nom de l’univers, se donne à moi de ces quatre manières, sans nul doute, je viendrai à lui avec tant de condescendance qu’il en recevra le fruit de salut éternel. »
ou
Saint Thomas More (1478-1535)
homme d'État anglais, martyr
La tristesse du Christ (trad. sous la responsabilité de Henri Gibaud; Éd. Téqui, 1990, p. 25, 35-37 ; rev.)
Christ Dieu et homme
On se demandera peut-être avec étonnement comment le Christ notre Sauveur, étant vrai Dieu égal au Père tout-puissant, a pu connaître la tristesse, la souffrance et le chagrin. Assurément, il ne l'aurait pu si, étant Dieu, il eut été seulement Dieu, sans être en même temps homme. (...)
Mais en vérité, puisqu'il ne fut pas moins vrai homme qu'il ne fut vrai Dieu, j'estime, quant à moi, qu'il ne faut pas plus s'étonner qu'il ait éprouvé les sentiments ordinaires du genre humain (pourvu que le péché en soit absent) en tant qu'homme, que de s'étonner des miracles immenses qu'il a accomplis en tant que Dieu. (...)
Car si nous nous étonnons que le Christ éprouve peur, dégoût et chagrin, alors que, évidemment, il était Dieu, comment ne pas nous étonner tout autant qu'il ait eu faim, qu'il ait eu soif, qu'il ait dormi ? En se pliant à ces contraintes, il n'en était pas moins Dieu. (...)
Toutefois, pour le moment, le Christ ne manquait pas de raisons de vouloir éprouver crainte, tristesse et chagrin. « Vouloir », dis-je, non « y être contraint ». Car qui aurait pu contraindre Dieu ? Mais cela, comme je le disais, le Christ, dans sa merveilleuse bonté, l'a voulu pour de nombreux motifs. (...)
Il vint en effet pour rendre témoignage à la vérité. Il ne manquait pas de gens qui nièrent qu'il soit vraiment homme. Afin donc de remédier à cette maladie si mortelle, notre excellent et tendre médecin voulut montrer qu'il était vraiment homme.
ou
Pape François
Homélie du 24/03/2013 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient ! » (Mc 11,9s)
Jésus entre à Jérusalem. La foule des disciples l’accompagne en fête… La foule l’acclame comme roi. Et lui ne s’oppose pas, il ne la fait pas taire (Lc 19,39s). Mais quel type de roi est Jésus ? Regardons-le : il monte un petit âne, il n’a pas de cour qui le suit, il n’est pas entouré d’une armée, symbole de force. Ceux qui l’accompagnent ce sont des gens humbles, simples, qui ont la capacité de voir en Jésus quelque chose de plus, qui ont le sens de la foi qui dit : « C’est le Sauveur. »
Jésus n’entre pas dans la ville sainte pour recevoir les honneurs réservés aux rois de ce monde… Il y entre pour être flagellé, insulté et outragé… ; il y entre pour recevoir une couronne d’épines, un bâton, un manteau de pourpre ; sa royauté sera objet de dérision. Il y entre pour monter au Calvaire chargé d’une poutre de bois…, pour mourir sur la croix. Et c’est justement ici que resplendit sa royauté selon Dieu : son trône royal est le bois de la croix… Pourquoi la croix ? Parce Jésus prend sur lui le mal, la saleté, le péché du monde, et aussi notre péché, de nous tous, et il le lave, il le lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu.
Regardons autour de nous : combien de blessures le mal inflige à l’humanité ! Guerres, violences, conflits économiques qui frappent celui qui est plus faible, soif d’argent…et de pouvoir, corruption, divisions, crimes contre la vie humaine et contre la création ! Et aussi — chacun de nous le sait et le reconnaît — nos péchés personnels : les manques d’amour et de respect envers Dieu, envers le prochain et envers la création tout entière. Sur la croix Jésus sent tout le poids du mal, et avec la force de l’amour de Dieu il en est vainqueur, il le défait dans sa résurrection. C’est le bien que Jésus fait à nous tous sur le trône de la croix. La croix du Christ embrassée avec amour ne conduit pas à la tristesse, mais à la joie, à la joie d’être sauvés et de faire un tout petit peu ce qu’il a fait le jour de sa mort.
ou
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Sermon n°23 (trad. Tournay rev.)
« Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29)
Vers l'Agneau de Dieu monte l'hosanna du peuple : tous ceux qui le pressent dans la foule le louent dans une seule et même confession de foi : « Hosanna au fils de David ! » (Mt 21, 9) Dans cette louange résonne déjà le chœur des saints qui chante : « Le salut est donné par notre Dieu qui est assis sur le trône et par l'Agneau ! » (Ap 7, 10) Il monte là où tous les jours il va donner son dernier enseignement (Lc 20, 47). C'est là qu'il va consommer le sacrement de la Pâque juive, observée fidèlement jusque là. Lui-même il va donner la Pâque nouvelle aux siens quand, sorti au Mont des Oliviers, il va être mis à l'épreuve par ses ennemis et mis en croix le lendemain. Tel l'agneau pascal, le voilà aujourd'hui qui aborde le lieu de sa Passion et accomplit la prophétie d'Isaïe : « Comme une brebis, le voilà conduit à l'abattoir, comme un agneau qui se tait devant celui qui le tond » (53, 7).
Cinq jours avant sa Passion, il veut arriver en sa ville ; il prouve par là qu'il est bien l'agneau immaculé qui vient enlever le péché du monde (Jn 1, 29) ; il est bien l'agneau pascal qui, immolé, libère le nouvel Israël de son esclavage d'Égypte (Ex 12) ; c'est bien cinq jours avant sa Passion, que ses ennemis décident sa mort de façon irréductible. Aujourd'hui, il nous signifie par là qu'il va nous racheter tous par son sang (Ap 5, 9) ; dès aujourd'hui, dans la joie jubilante d'un peuple qui l'entoure et qui l'acclame, il entre dans le Temple de Dieu (Mt 21, 12). Le « médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jésus Christ » (1Tm 2, 5) va souffrir pour le salut du genre humain : c'est pour cela qu'il est descendu du ciel sur la terre, et aujourd'hui il veut approcher du lieu de sa Passion. Ainsi sera-t-il évident pour tous qu'il va supporter sa Passion de son plein gré, nullement par force.
ou
Saint Antoine de Padoue (vers 1195-1231), franciscain, docteur de l'Église
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p. 118)
« Voici ton roi »
« Voici ton roi » (Za 9, 9). De ce roi, Jérémie nous parle en ces termes : « Nul n'est semblable à toi, Seigneur ; tu es grand, et grand est ton nom. Tu as la force ; qui ne te craindrait, ô Roi des nations ? » (10, 6) Ce roi, nous dit l'Apocalypse, « porte sur son vêtement et sur son côté cette inscription : Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (19, 16). Son vêtement, ce sont des langes ; son côté, c'est sa chair. À Nazareth, où il a pris chair, il a été couronné comme d'un diadème ; à Bethléem il a été enveloppé de langes comme d'une pourpre royale. Tels ont été les premiers insignes de sa royauté. Et c'est contre ces insignes que ses ennemis se sont acharnés, pour marquer leur volonté de lui enlever sa royauté ; au cours de sa Passion, ils l'ont dépouillé de ses vêtements, et sa chair a été transpercée de clous. Ou plutôt, c'est alors que lui a été donné le complément de ses insignes royaux : il avait la couronne et la pourpre, il a reçu le sceptre quand, « chargé de sa croix, il s'en alla vers le Calvaire » (Jn 19, 17). Alors, selon le mot d'Isaïe, « la dignité royale a reposé sur ses épaules » (9, 5) ; comme le dit la lettre aux Hébreux : « Nous voyons Jésus couronné de gloire et d'honneur dans ses souffrances et dans sa mort » (2, 9).
Voici donc ton roi, qui vient à toi, pour ton bonheur. Il vient dans la douceur, pour se faire aimer, et non dans la puissance, pour se faire craindre. Il vient assis sur une ânesse... Les vertus propres aux rois sont la justice et la bonté. Ainsi ton roi est juste : « Il rend à chacun selon ses œuvres » (Mt 16, 27). Et il est doux ; il est « ton rédempteur » (Is 54, 5). Il est pauvre aussi ; comme le dit l'apôtre Paul : « Il s'est anéanti, prenant la forme de l'esclave » (Ph 2, 7).
Adam, au paradis terrestre, a refusé de servir le Seigneur ; alors le Seigneur a pris la forme de l'esclave, il s'est fait le serviteur de l'esclave, afin que l'esclave ne rougisse plus de servir le Seigneur. Il s'est fait pareil aux hommes ; « il s'est présenté à nous comme un homme » (Ph 2, 7)... Il est pauvre, lui qui « n'a pas d'endroit où reposer sa tête » (Mt 8, 20) jusqu'au moment où « inclinant la tête » sur la croix, « il remit l'esprit » (Jn 19, 30).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
3e Sermon pour le dimanche des Rameaux ; SC 202 (trad. cf SC, p. 188s et Delhougne, p. 195)
« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur »
C'est sous deux aspects bien différents que la fête d'aujourd'hui présente aux enfants des hommes celui que notre âme désire (Is 26,9), « le plus beau des enfants des hommes » (Ps 44,3). Il attire notre regard sous les deux aspects ; sous l'un et l'autre nous le désirons et nous l'aimons, car en l'un et l'autre il est le Sauveur des hommes...
Si on considère en même temps la procession d'aujourd'hui et la Passion, on voit Jésus, d'un côté sublime et glorieux, de l'autre humilié et douloureux. Car dans la procession il reçoit des honneurs royaux, et dans la Passion on le voit châtié comme un malfaiteur. Ici, la gloire et l'honneur l'environnent ; là « il n'a ni apparence ni beauté » (Is 53,2). Ici, il est la joie des hommes et la fierté du peuple ; là, c'est « la honte des hommes et le mépris du peuple » (Ps 21,7). Ici, on l'acclame : « Hosanna au fils de David. Béni soit le roi d'Israël qui vient ! » Là, on hurle qu'il mérite la mort et on se moque de lui parce qu'il s'est fait roi d'Israël. Ici, on accourt vers lui avec des palmes ; là, ils le soufflettent au visage avec leurs paumes, et on frappe sa tête à coups de roseau. Ici, on le comble d'éloges ; là, il est rassasié d'injures. Ici, on se dispute pour joncher sa route avec le vêtement des autres ; là, on le dépouille de ses propres vêtements. Ici, on le reçoit dans Jérusalem comme le roi juste et le Sauveur ; là, il est chassé de Jérusalem comme un criminel et un imposteur. Ici, il est monté sur un âne, entouré d'hommages ; là, il est pendu au bois de la croix, déchiré par les fouets, transpercé de plaies et abandonné par les siens...
Seigneur Jésus, que ton visage apparaisse glorieux ou humilié, toujours on y voit luire la sagesse. De ton visage rayonne l'éclat de la lumière éternelle (Sg 7,26). Que brille toujours sur nous, Seigneur, la lumière de ton visage (Ps 4,7) dans les tristesses comme dans les joies... Tu es la joie et le salut de tous, qu'ils te voient monté sur l'âne ou suspendu au bois de la croix.
Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année B
Commentaire de l’Évangile
Saint Bonaventure (1221-1274)
franciscain, docteur de l'Église
L'Arbre de vie (Œuvres spirituelles, tome III, trad. P. Jean de Dieu, O. F. M. Cap; Sté S. François d'Assise, 1932, pp. 79-81, rev.)
Voilà notre Roi
Le bon Jésus, la source de toute miséricorde, pour nous témoigner la douceur de son extrême bonté, n'a point pleuré amèrement une fois mais plusieurs fois sur notre misère. Une première fois sur Lazare, puis sur la Ville: sur la croix, ses yeux très miséricordieux répandirent enfin des torrents de larmes pour l'expiation de tous les péchés. (...) Ô cœur dur, (...) vois ton médecin en pleurs et « prends le deuil comme sur un fils unique » (Jér 6,26). (...)
Après la résurrection de Lazare, après que le vase de parfum eut été répandu sur la tête de Jésus, et après que le bruit de la renommée de Jésus se fut propagé dans le peuple, prévoyant que la foule se porterait au-devant de Lui, Jésus monta sur un ânon, afin de donner un exemple admirable d'humilité au milieu des applaudissements du peuple accouru. Mais tandis que la multitude coupait des rameaux, étendait ses habits le long du chemin et entonnait un cantique de louange, Il n'oubliait pas leur misère et Lui-même entamait sa lamentation sur la destruction de leur cité.
Lève-toi donc, servante du Sauveur, pour contempler, comme l'une des filles de Jérusalem, « ton roi Salomon » (Ct 3,11) dans les honneurs que lui rend avec vénération sa Mère la Synagogue, en ce mystère de l'Église naissante. Accompagne fidèlement le Maître du ciel et de la terre assis sur le dos de l'ânon. Accompagne-le avec les branches d'olivier et les palmes de tes œuvres de piété et des triomphes de tes vertus.
ou
Homélie attribuée à saint Épiphane de Salamine ( ? - 403), évêque
Homélie pour la fête des palmes ; PG 43, 427 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 108 rev.)
« Voici l'Époux ! Sortez à sa rencontre » (Mt 25,6)
« Sois en grande joie, fille de Sion » (Za 9,9), sois dans l'allégresse et l'exultation, Église de Dieu, car voici ton Roi qui vient à toi, voici ton Époux qui vient, assis sur un ânon comme sur un trône ! Allons en toute hâte au-devant de lui pour contempler sa gloire. Voici le salut du monde : Dieu vient vers la croix. Nous aussi, les peuples, crions aujourd'hui avec le peuple : « Hosanna au Fils de David, sauve-nous dans les hauteurs, ô Dieu ! » (Mt 21,9 ; Ps 117,25 hebr)...
C'est un jour de fête que célèbre l'Église, sous l'ombrage du Christ, olivier qui porte du fruit dans la maison de Dieu (Ps 51,10) ; elle célèbre un jour de fête avec le Christ, lis printanier du Paradis en fleur. Car le Christ se tient au milieu de l'Église, lui vrai lis en fleur, racine de Jessé qui ne juge pas le monde mais le sert (Is 11,1.3). Il se tient au milieu de l'Église, source éternelle d'où jaillissent non plus les fleuves du paradis (Gn 2,10), mais Matthieu, Marc, Luc et Jean, qui arrosent le jardin de l'Église du Christ. Aujourd'hui, nous qui sommes de jeunes plants d'olivier féconds (cf Ps 127,3), tenant en main des rameaux d'olivier, supplions le Christ miséricordieux. « Plantés dans la maison du Seigneur », fleurissant au printemps dans « les parvis de la maison de notre Dieu », célébrons un jour de fête : « l'hiver s'en est allé ! » (Ps 91,14 ; Ct 2,11)...
Je m'écrie avec Paul d'une voix sainte et forte : « Les choses anciennes ont disparu, voici que tout est nouveau » (2Co 5,17)... Un prophète, regardant vers ce roi s'écrie : « Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29)... ; et David, regardant vers le Christ issu de sa race selon la chair, dit : « Le Seigneur est Dieu, et il nous est apparu » (Ps 117,27 LXX). Jour de fête admirable par sa nouveauté, surprenant et étonnant : les enfants acclament le Christ comme Dieu et les prêtres le maudissent, les enfants l'adorent et les docteurs de la Loi le méprisent et le calomnient. Les enfants disent : « Hosanna ! » et ses ennemis hurlent : « Crucifie-le ! » Ceux-là se rassemblent autour du Christ avec des palmes, ceux-ci se jettent sur lui avec des épées ; ceux-là coupent des rameaux, ceux-ci préparent une croix.
ou
Saint André de Crète (660-740), moine et évêque
Sermon pour les Rameaux ; PG 97, 1002 (trad. Orval)
« Hosanna ! béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël » (Jn 12, 13)
Courage, fille de Sion, ne crains pas : « Ton roi s'avance vers toi ; il est humble, et monté sur un âne, le petit d'une ânesse ». Il vient, lui qui est partout présent et remplit l'univers, il s'avance pour accomplir en toi le salut de tous. Il vient, « lui qui n'est pas venu appeler les justes mais les pécheurs à la conversion », pour faire sortir du péché ceux qui s'y sont fourvoyés. Ne crains donc pas : « Dieu est au milieu de toi, tu es inébranlable ». Accueille en élevant les mains celui dont les mains ont dessiné tes murailles. Accueille celui qui a accepté en lui-même tout ce qui est nôtre, sauf le péché, pour nous assumer en lui... Réjouis-toi, fille de Jérusalem, chante et danse de joie... « Resplendis, car voici ta lumière, et la gloire du Seigneur se lève sur toi. »
Quelle est cette lumière ? « Celle qui illumine tout homme qui vient au monde » : la lumière éternelle... apparue dans le temps ; lumière manifestée dans la chair et cachée par cette nature humaine ; lumière qui a enveloppé les bergers et conduit les mages ; lumière qui était dans le monde dès le commencement, par qui le monde a été fait et que le monde n'a pas connue ; lumière qui est venue chez les siens et que les siens n'ont pas reçue.
Et la gloire du Seigneur, quelle est-elle ? C'est sans aucun doute la croix sur laquelle a été glorifié le Christ, lui, la splendeur de la gloire du Père. Lui-même le disait à l'approche de sa Passion : « Maintenant, dit-il, le Fils de l'homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui, et il le glorifiera bientôt ». La gloire dont il parle ici, c'est sa montée sur la croix. Oui, la croix est la gloire du Christ et son exaltation. Il l'a dit : « Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi ».
(Références bibliques : Za 9, 9; Lc 5, 32; Ps 45, 6; Is 60, 1; Jn 1, 9-11; He 1, 3; Jn 13, 31-32; Jn 12, 32)
ou
Homélie attribuée à saint Épiphane de Salamine ( ? - 403), évêque
1ère homélie pour la Fête des palmes ; PG 43, 427s (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 157)
« Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur un ânon, le petit d'une ânesse » (Za 9,9)
« Fille de Sion, réjouis-toi » ; sois dans l'allégresse, Église de Dieu ; « voici que ton roi vient à toi » (Za 9,9). Va au-devant de lui, hâte-toi de contempler sa gloire. Voici le salut du monde : Dieu vient vers la croix, et le Désiré des nations (Ag 2,8Vulg) fait son entrée dans Sion. La lumière vient ; crions avec le peuple : « Hosanna au Fils de David. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Le Seigneur Dieu nous est apparu à nous qui étions assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort (Lc 1,79). Il est apparu, résurrection de ceux qui sont tombés, libération des captifs, lumière des aveugles, consolation des affligés, repos des faibles, source des assoiffés, vengeur des persécutés, rachat de ceux qui sont perdus, union des divisés, médecin des malades, salut des égarés.
Hier, le Christ ressuscitait Lazare des morts ; aujourd'hui, il s'avance vers la mort. Hier, il arrachait Lazare aux bandelettes qui le liaient ; aujourd'hui, il tend les mains à ceux qui veulent le ligoter. Hier, il arrachait cet homme aux ténèbres ; aujourd'hui, pour les hommes, il s'enfonce dans les ténèbres et l'ombre de la mort. Et l'Église est en fête. Elle commence la fête des fêtes, car elle reçoit son roi comme un époux, car son roi se tient au milieu d'elle.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Homélie 13 ; PG 77, 1049 - 1053 (trad. En Calcat)
« Hosanna ! Béni soit le Règne qui vient ! »
Frères, célébrons aujourd'hui la venue de notre Roi, allons au-devant de lui, car il est aussi notre Dieu... Élevons vers Dieu notre cœur, n'éteignons pas l'esprit, allumons allègrement nos lampes, changeons la tunique de notre âme. Comme des vainqueurs, prenons en mains des palmes, et avec le peuple acclamons comme des gens sans prétention. Avec les enfants, chantons avec un cœur d'enfant : « Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » ... Aujourd'hui même il entre à Jérusalem, à nouveau la croix se prépare, la cédule d'accusation d'Adam est déchirée ; à nouveau le paradis s'ouvre, le larron y est introduit ; à nouveau l'Église est en fête...
Il ne vient pas accompagné par les invisibles puissances du ciel et les légions d'anges, il n'est pas assis sur un trône sublime et élevé, protégé par les ailes des séraphins, un char de feu et des êtres aux yeux multiples, faisant tout trembler par des prodiges et le son des trompettes (cf. Ez 1, 4s ; Ex 19, 16s). Il vient, caché dans une nature humaine. C'est un avènement de bonté, non de justice ; de pardon, non de vengeance. Il apparaît non dans la gloire de son Père, mais dans l'humilité de sa mère. Cet avènement, le prophète Zacharie nous l'avait autrefois annoncé. Il appelait à la joie toute la création... « Réjouis-toi de toutes tes forces, fille de Sion ! » (Za 9, 9). C'est la même parole qu'adressa Gabriel à la Vierge : « Réjouis-toi ... » (Lc 1, 28), le même message aussi que le Sauveur annonça aux saintes femmes après sa résurrection : « Réjouissez-vous » (Mt 8, 9)...
« Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi, assis sur un âne, un âne tout petit »... Qu'est-ce que cela ? Il ne vient pas avec éclat comme tous les autres rois. Il vient dans la condition du serviteur, époux plein de tendresse, agneau très doux, fraîche rosée sur la toison, brebis conduite à l'abattoir, agneau innocent entraîné au sacrifice (Jg 6, 36 ; Jr 11, 9 ; Is 53, 7)... Aujourd'hui, les enfants des Hébreux courent au-devant de lui, offrant leurs rameaux d'olivier au miséricordieux et, dans leur joie, reçoivent avec des palmes le vainqueur de la mort. « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
Dimanche des Rameaux et de la Passion – Année C
Commentaire de l’Évangile
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)
franciscain, docteur de l'Église
Sermon pour la Cène du Seigneur (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 77-78 ; rev.)
Voici que notre Bien-aimé sort vers la mort
Voici que notre Bien-aimé, la grappe de cypre, le bouquet de myrrhe (Ct 1,12-13), après avoir célébré le festin riche et raffiné, et chanté l’hymne sort avec ses disciples vers le Mont des Oliviers. Là, il passe sans dormir toute la nuit, préoccupé d’accomplir l’œuvre de notre salut ; s’éloigne des apôtres, commence à être triste jusqu’à en mourir, plie ses genoux devant son Père et demande, s’il est possible, que cette heure passe loin de lui, mais soumet sa volonté à celle du Père (cf. Mt 26,38-39). Entré en agonie, il émane de son front une sueur de sang (cf. Lc 22,44).
Après cela, il est trahi avec un baiser par un de ses disciples, est saisi et emmené comme un malfaiteur. Son visage est voilé, puis couvert de crachats et sa barbe arrachée. Il est frappé à la tête avec un roseau et giflé, flagellé à la colonne, couronné d’épines, condamné à mort. On charge sur ses épaules le bois de la croix, puis il s’achemine vers le Calvaire, est dépouillé de ses vêtements, crucifié nu entre deux larrons, abreuvé de fiel et de vinaigre, insulté, blasphémé par les passants.
Que peut-on encore lui ajouter ? La Vie meurt pour les morts que nous sommes. Ô yeux de notre Bien-aimé, fermés dans la mort ! Visage dans lequel les anges aiment fixer leur regard, penché et exsangue. Lèvre, rayon de miel qui distille des paroles de vie éternelle, devenues livides ! Chef qui fait trembler les anges, qui pend incliné ! Mains dont le toucher fit disparaître la lèpre, rendit la vue, chassa le démon, multiplia les pains ! Ces mains sont percées par les clous, baignées de sang !
Frère bien-aimés, recueillons toutes ces choses, composons un bouquet de myrrhe, posons-le sur notre poitrine, portons-le dans notre cœur, (…) pour pouvoir ressusciter avec lui le troisième jour. Que nous obtienne tout cela celui qui est béni dans les siècles. Amen !
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Homélie 13 ; PG 77, 1049 (trad. En Calcat rev.)
« Hosanna ! Béni soit le Règne qui vient ! » (Mc 11,9-10)
Frères, célébrons aujourd'hui la venue de notre Roi, allons au-devant de lui, car il est aussi notre Dieu... Élevons vers Dieu notre cœur, n'éteignons pas l'esprit, allumons allègrement nos lampes, changeons l'habillement de notre âme. Comme des vainqueurs, prenons en mains des palmes, et comme des gens simples, acclamons-le avec le peuple. Avec les enfants, chantons avec un cœur d'enfant : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »... Aujourd'hui même il entre à Jérusalem, à nouveau la croix se prépare, le billet d'accusation d'Adam est déchiré ; à nouveau le paradis s'ouvre, le larron y est introduit ; à nouveau l'Église est en fête...
Il ne vient pas accompagné par les puissances invisibles du ciel et les légions d'anges ; il n'est pas assis sur un trône sublime et élevé, protégé par les ailes des séraphins, un char de feu et des êtres aux yeux multiples, faisant tout trembler par des prodiges et le son des trompettes. Il vient caché dans la nature humaine. C'est un avènement de bonté, non de justice ; de pardon, non de vengeance. Il apparaît non dans la gloire de son Père, mais dans l'humilité de sa mère. Le prophète Zacharie nous avait annoncé cet avènement autrefois ; il appelait toute la création à la joie... : « Réjouis-toi de toutes tes forces, fille de Sion ! » C'est la même parole que l'ange Gabriel avait annoncé à la Vierge : « Réjouis-toi... », le même message aussi que le Sauveur a annoncé aux saintes femmes après sa résurrection : « Réjouissez-vous »...
« Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi, assis sur un âne, un tout petit âne »... Qu'est-ce que cela ? Il ne vient pas avec éclat comme tous les autres rois. Il vient dans la condition du serviteur, époux plein de tendresse, agneau très doux, fraîche rosée sur la toison, brebis conduite à l'abattoir, agneau innocent entraîné au sacrifice... Aujourd'hui, les enfants des Hébreux courent au-devant de lui, offrant leurs rameaux d'olivier à celui qui est miséricordieux et, dans la joie, reçoivent avec des palmes le vainqueur de la mort. « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
(Références bibliques : 1Th 5,19 ; Mt 25,7 ; Mt 21,15 ; Col 2,14 ; Lc 23,43 ; Ez 1,4s ; Ex 19, 16s ; Za 9,9 ; Lc 1,28 ; Mt 28,9 grec ; Ph 2,7 ; Jn 1,29 ; Jg 6,36 ; Jr 11,19 ; Is 53,7)
ou
Saint Romanos le Mélode (?-vers 560), compositeur d’hymnes
Hymne 32 (trad. SC 128, p.31s rev)
« Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi » (Lc 19, 38)
Porté sur ton trône dans le ciel, ici-bas sur l'ânon, Christ qui es Dieu, tu accueillais la louange des anges et l'hymne des enfants qui te criaient : « Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam »…
Voici notre roi, doux et pacifique, monté sur le petit de l'ânesse, qui vient en hâte pour subir sa Passion et pour enlever les péchés. Le Verbe, monté sur une bête, veut sauver tous les êtres doués de raison. Et l'on pouvait contempler sur le dos d'un ânon celui que portent les Chérubins et qui jadis enleva Élie sur un char de feu, celui qui « de riche qu’il était, s’est fait pauvre » volontairement (2Co 8, 9), celui qui en choisissant la faiblesse donne la force à tous ceux qui lui crient : « Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam »...
Tu manifestes ta force en choisissant l'indigence… Les vêtements des disciples étaient une marque d'indigence, mais à la mesure de ta puissance étaient l'hymne des enfants et l'affluence de la foule qui criait : « Hosanna -- c'est-à-dire : Sauve donc -- toi qui es au plus haut des cieux. Sauve, Très-Haut, les humiliés. Aie pitié de nous, par égard pour nos palmes ; les rameaux qui s'agitent remueront ton cœur, ô toi qui viens rappeler Adam »...
--Ô créature de ma main, répondit le Créateur..., je suis venu moi-même. Ce n’était pas à la Loi de te sauver, puisqu’elle ne t’avait pas créé, ni aux prophètes, qui étaient comme toi mes créatures. C’est à moi seul qu’il appartient de t’affranchir de ta dette. Je suis vendu pour toi, et je te libère ; je suis crucifié à cause de toi, et tu échappes à la mort. Je meurs, et je t’apprends à crier : « Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam ».
Ai-je autant aimé les anges ? Non, c'est toi, le misérable, que j'ai chéri. J'ai caché ma gloire et moi, le Riche, je me suis fait pauvre délibérément, car je t'aime beaucoup. Pour toi, j'ai souffert la faim, la soif, la fatigue. J'ai parcouru montagnes, ravins et vallons en te cherchant, brebis égarée ; j'ai pris le nom de l'agneau pour te ramener en t'attirant par ma voix de pasteur, et je veux donner ma vie pour toi, afin de t'arracher à la griffe du loup. Je supporte tout pour que tu cries : « Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam ».
ou
Proclus de Constantinople (v. 390-446), évêque
Sermon 9, pour le jour des Rameaux ; PG 65, 772 (trad. Brésard, 2000 ans, année C, p. 108)
« Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi »
Le jour présent, mes bien-aimés, est de la plus grande importance. Il demande de nous un très grand désir, un immense empressement, un vif allant pour nous porter à la rencontre du Roi des Cieux. Paul, le messager de la bonne nouvelle, nous disait : « Le Seigneur est proche, n'ayez aucun souci » (Ph 4,5-6)...
Allumons donc les lampes de la foi : comme les cinq vierges sages (Mt 25,1s), remplissons-les de l'huile de la miséricorde envers les pauvres ; accueillons le Christ bien éveillés, et chantons-le, les palmes de justice à la main. Embrassons-le en répandant sur lui le parfum de Marie (Jn 12,3). Écoutons le chant de la résurrection ; que nos voix s'élèvent, dignes de la majesté divine, et clamons avec le peuple ce cri qui s'échappe de la foule : « Hosanna dans les hauteurs. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d'Israël ». Il est bien de dire : « Celui qui vient », car il vient sans cesse, jamais il ne nous manque : « Le Seigneur est proche de tous ceux qui l'invoquent en vérité » (Ps 144,18). « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
Le Roi doux et pacifique se tient à notre porte. Celui qui trône dans les cieux sur les chérubins est assis ici-bas sur le petit d'une ânesse. Préparons les maisons de nos âmes, débarrassons-les de ces toiles d'araignée que sont les mésententes fraternelles ; qu'on ne trouve pas chez nous la poussière des médisances. Répandons à flots l'eau de l'amour, et apaisons tous les heurts que soulève l'animosité ; puis parsemons le vestibule de nos lèvres des fleurs de la piété. Avec le peuple poussons alors ce cri qui jaillit de la foule : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d'Israël ».
ou
Saint André de Crète (660-740), moine et évêque
Homélie pour le Dimanche des Rameaux PG 97, 989-993 (trad. bréviaire)
« Voici ton roi qui vient vers toi » (Za 9,9 ; Mt 21,5)
Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd'hui de Béthanie et il s'avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut. Il vient donc, faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous gisions au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme le dit l'Écriture, « au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom » (Ep 1,21). Mais il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, « il ne protestera pas, il ne criera pas, on n'entendra pas sa voix » (Is 42,2). Il sera doux et humble, il fera son entrée modestement...
Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion ; imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour étendre sur son chemin, comme eux ils l'ont fait, des rameaux d'olivier, des vêtements ou des palmes. C'est nous-mêmes qu'il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, par l'humilité du cœur et la droiture de l'esprit, afin d'accueillir le Verbe qui vient (Jn 1,9), afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.
Car il se réjouit de se montrer à nous ainsi dans toute sa douceur, lui qui est doux, « lui qui monte au-dessus du couchant » (Ps 56,12), c'est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu.
Le lundi saint
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)
moine et évêque
L’odeur du nard (La Colombe et la Ténèbre, trad. Canévet, éd. du Cerf, 1992 ; p. 29-32)
Le parfum de l’Époux
Un mélange savant et harmonieux d’aromates nombreux et divers qui ont chacun leur odeur particulière constitue une essence parfumée dont la composition prend le nom de nard, nom que l’on tire d’une des herbes odorantes qui entrent dans sa préparation ; l’odeur répandue par l’union de tous ces aromates particuliers est perçue par la sensibilité purifiée comme la bonne odeur même de l’Époux. (…)
Et si le nard de l’Évangile a quelque parenté avec le parfum de l’Épouse [du Cantique des Cantiques], on peut, si on le désire, déduire de ce que nous avons écrit quel était ce « vrai nard, très coûteux » (Jn 12,3), qui fut versé sur la tête du Seigneur et emplit toute la maison de sa bonne odeur. Peut-être en effet ce parfum n’est-il pas étranger à celui qui donne à l’Épouse l’odeur de l’Époux. Dans l’Évangile, il est versé sur le Seigneur et emplit de la bonne odeur la maison dans laquelle avait lieu le repas. Ici aussi, me semble-t-il, la femme avait par ce parfum signifié à l’avance, par quelque inspiration prophétique, le mystère de la mort du Seigneur, comme en témoigne celui-ci, quand il dit : « Elle a pourvu à l’avance à mon ensevelissement. » Et il nous enseigne que la maison remplie de la bonne odeur signifie le monde entier et toute la terre, quand il dit que « partout où sera proclamée cette bonne nouvelle dans le monde entier, l’odeur du parfum sera répandue avec l’annonce de l’Évangile » et que « l’Évangile gardera sa mémoire » (cf. Mt 26, 12 ; Mc 14,8).
De même que dans le Cantique des Cantiques le nard donne à l’Épouse l’odeur de l’Époux, de même dans l’Évangile la bonne odeur du Christ se communique à tout le corps de l’Église, sur toute la terre et dans le monde entier, elle qui alors avait rempli la maison.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre IV, SC 255 (Œuvres spirituelles, trad. J-M Clément, les moniales de Wisques et B. de Vregille, éd. du Cerf, 1978, p. 227, 229, rev.)
Donner l’hospitalité au Seigneur
Au souvenir de la condescendance du Seigneur qui à la fin de ce jour alla, est-il dit, à Béthanie (cf. Mc 11,11) chez Marie et Marthe, Gertrude fut enflammée d’un vif désir de donner l’hospitalité au Seigneur.
Elle s’approcha donc d’une image du crucifié et, baisant avec un sentiment profond la plaie de son côté très saint, elle fit totalement pénétrer en elle le désir du Cœur plein d’amour du Fils de Dieu, et le supplia, grâce à la puissance de toutes les prières qui purent jamais jaillir de ce Cœur infiniment doux, de daigner descendre dans la toute petite et très indigne hôtellerie de son cœur. Dans sa bénignité, le Seigneur, toujours proche de ceux qui l’invoquent (cf. Ps 144,18), lui fit sentir sa présence si désirée et lui dit avec une douce tendresse : « Me voici ! Que vas-tu donc m’offrir ? » Et elle : « Qu’il soit le bienvenu, celui qui est mon unique salut et tout mon bien, que dis-je ? mon seul bien. » Et elle ajouta : « Hélas ! mon Seigneur, dans mon indignité je n’ai rien préparé qui puisse convenir à votre divine magnificence ; mais j’offre tout mon être à votre bonté. Pleine de désirs, je vous prie de daigner préparer vous-même en moi ce qui peut agréer davantage à votre divine bénignité. » Le Seigneur lui dit : « Si tu m’accordes d’avoir en toi cette liberté, donne-moi la clef qui me permette de prendre et de remettre sans difficulté tout ce qu’il me plaira tant pour mon bien-être que pour ma réfection. » À quoi elle ajouta : « Et quelle est donc cette clef ? » Réponse du Seigneur : « Ta volonté propre. »
Ces mots lui firent comprendre que si quelqu’un désire recevoir le Seigneur comme hôte, il doit lui consigner la clef de sa propre volonté, s’en remettant complètement à son parfait bon plaisir et faisant une confiance absolue à sa douce bénignité pour opérer son salut en toutes choses. Le Seigneur entre alors en ce cœur et en cette âme pour y accomplir tout ce que peut exiger son divin plaisir.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « The Tears of Christ at the Grave of Lazarus », PPS, t. 3, n° 10
« Il fallait qu’elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement »
« Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà… Alors Jésus pleura » (Jn 11,17.35). Pourquoi est-ce que notre Seigneur a pleuré devant la tombe de Lazare ?... Il a pleuré par compassion pour le deuil des autres… ; il a vu la détresse du monde…
Hélas, d’autres pensées aussi ont provoqué ses larmes. Comment ce bienfait prodigieux en faveur des sœurs endeuillées allait-il être gagné ? À ses propres dépens… Le Christ allait apporter la vie aux morts par sa propre mort. Ses disciples avaient essayé de le dissuader de revenir en Judée, de peur qu’il n’y soit tué (Jn 11,8) ; leur crainte s’est réalisée. Il y est allé pour ressusciter Lazare, et la renommée de ce miracle a été la cause immédiate de son arrestation et de sa crucifixion (Jn 11,53). Il savait tout cela à l’avance… : il a vu la résurrection de Lazare, le repas chez Marthe, Lazare à table, la joie de tous côtés, Marie qui l’honorait pendant ce repas de fête en versant un parfum de grand prix sur ses pieds, les juifs qui venaient nombreux non seulement pour le voir mais pour voir Lazare aussi, son entrée triomphale à Jérusalem, la foule qui criait « Hosanna », les gens qui témoignaient de la résurrection de Lazare, les Grecs venus adorer Dieu pendant la Pâque qui voulaient absolument le voir, les enfants qui participaient à la joie générale — et puis les pharisiens qui complotaient contre lui, Judas qui le trahissait, ses amis qui l’abandonnaient, et la croix qui le recevait…
Il pressentait que Lazare revenait à la vie à cause de son propre sacrifice, qu’il descendait dans la tombe que Lazare quittait, que Lazare allait vivre et lui-même mourir. Les apparences allaient être renversées : on célébrerait la fête chez Marthe mais la dernière pâque de l’amertume serait uniquement la sienne. Et il savait qu’il acceptait ce renversement de son plein gré ; il était descendu du sein de son Père pour expier dans son sang les péchés de tous les hommes et ressusciter ainsi du tombeau tous les croyants.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Exhortation apostolique « Vita Consecrata », § 104 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur »
Aujourd'hui, beaucoup se montrent perplexes et s'interrogent : pourquoi la vie religieuse consacrée ? Pourquoi embrasser ce genre de vie, alors qu'il y a tant d'urgences...auxquelles on peut répondre sans se charger des engagements de la vie consacrée ? La vie religieuse n'est-elle pas une sorte de gaspillage d'énergie humaine utilisable suivant les critères de l'efficacité pour un bien plus grand au profit de l'humanité et de l'Église ?... De telles interrogations ont toujours existé, comme le montre bien l'épisode évangélique de l'onction de Béthanie : « Marie, prenant une livre d'un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux ; et la maison fut rempli par l'odeur du parfum ». À Judas qui se plaignait d'un tel gaspillage, prenant prétexte des besoins des pauvres, Jésus répondit : « Laisse-la faire ».
C'est la réponse toujours valable à la question que se posent tant de personnes, même de bonne foi, sur l'actualité de la vie religieuse... : « Laisse-la faire ». Pour ceux qui reçoivent le don inestimable de suivre de plus près le Seigneur Jésus, il paraît évident qu'il peut et doit être aimé d'un cœur sans partage, que l'on peut lui consacrer toute sa vie et pas seulement certains gestes, certains moments ou certaines activités. Le parfum précieux versé comme pur acte d'amour, et donc en dehors de toute considération utilitaire, est signe d'une surabondance de gratuité, qui s'exprime dans une vie dépensée pour aimer et pour servir le Seigneur, pour se consacrer à sa personne et à son Corps mystique. Cette vie répandue sans compter diffuse un parfum qui remplit toute la maison. Aujourd'hui non moins qu'hier, la maison de Dieu, l'Église, est ornée et enrichie par la présence de la vie consacrée... La vie consacrée est importante précisément parce qu'elle est surabondance de gratuité et d'amour, et elle l'est d'autant plus que ce monde risque d'être étouffé par le tourbillon de l'éphémère.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Commentaire du Cantique des Cantiques, II, 9 ; SC 375 (trad. SC p. 437 rev.)
« La maison fut remplie par l'odeur du parfum »
L'épouse du Cantique des Cantiques dit : « Mon nard a donné son parfum » (1,12)... ; mais on peut lire aussi « Son parfum »... L'épouse s'est approchée de l'Époux, l'a oint de ses onguents, et d'une façon étonnante, c'est comme si le nard n'avait pas donné d'odeur auparavant tant qu'il était aux mains de l'épouse, mais a donné son odeur lorsqu'il entre en contact avec le corps de l'Époux -- en sorte que, semble-t-il, c'est moins lui qui a pris l'odeur du nard, que le nard qui l'a prise comme venant de lui...
Présentons ici l'épouse Église en la personne de Marie : il est dit qu'elle apporte une livre d'un nard de grand prix, qu'elle oint les pieds de Jésus, les essuie de ses cheveux, et reçoit en quelque sorte pour elle-même, par la chevelure de sa tête, un parfum imprégné de la qualité et de la puissance du corps de Jésus... Elle s'imprègne la tête d'un parfum exquis qui vient moins du nard que du Christ, et elle dit [avec l'épouse] : « Mon nard, versé sur le corps du Christ, m'a renvoyé Son odeur »...
« Et la maison tout entière fut remplie de l'odeur du parfum. » Cela indique à coup sûr que l'odeur de la doctrine qui procède du Christ et le parfum agréable du Saint Esprit ont rempli toute la maison de ce monde, ou la maison de toute l'Église. Ou du moins, ils ont rempli toute la maison de cette âme qui a reçu en partage l'odeur du Christ, lui offrant d'abord le don de sa foi comme un nard pur, et recevant en retour la grâce de l'Esprit Saint et le parfum agréable de la doctrine spirituelle..., afin de dire elle aussi : « Nous sommes une bonne odeur pour Dieu » (2Co 2,15). Or, parce que ce nard a été rempli de foi et d'un amour de grand prix, pour cette raison Jésus lui rend ce témoignage : « Elle a accompli une bonne œuvre à mon égard » (Mc 14,6).
ou
Pape Benoît XVI
Homélie du 02/04/2007 à l'occasion du 2ème anniversaire de la disparition de Jean Paul II (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« La maison fut remplie par l'odeur du parfum »
Ce récit évangélique confère un intense climat pascal à notre méditation : le repas de Béthanie est un prélude à la mort de Jésus, sous le signe de l'onction que Marie a accompli en hommage au Maître et qu'il a accepté en prévision de sa sépulture. Mais c'est également l'annonce de la résurrection, à travers la présence même de Lazare ressuscité (cf Jn 11, 44), témoignage éloquent du pouvoir du Christ sur la mort. Outre l'importance de la signification pascale, le récit du repas de Béthanie porte en lui un écho déchirant, empli d'affection et de dévotion, un mélange de joie et de douleur...
Pour nous, réunis en prière dans le souvenir de mon vénéré prédécesseur, le geste de l'onction de Marie de Béthanie est riche d'échos et de suggestions spirituelles. Il évoque le témoignage lumineux que Jean-Paul II a offert d'un amour pour le Christ sans réserve et sans s'épargner. Le « parfum » de son amour « a empli la maison », c'est-à-dire toute l'Église. Certes, nous en avons profité, nous qui avons été proches de lui, et nous en rendons grâces à Dieu, mais tous ceux qui l'ont connu de loin ont également pu en profiter, parce que l'amour du Pape Wojtyla pour le Christ s'est déversé, pourrait-on dire, dans toutes les régions du monde, tant il était fort et intense. L'estime, le respect et l'affection que les croyants lui ont exprimés à sa mort n'en sont-ils pas le témoignage éloquent ?... L'intense et fructueux ministère pastoral, et plus encore le calvaire de l'agonie et la mort sereine de notre bien-aimé pape, ont fait connaître aux hommes de notre temps que Jésus Christ était véritablement son « tout »...
« La maison fut remplie par l'odeur du parfum. » Le parfum de la foi, de l'espérance et de la charité du pape a rempli sa maison, a rempli la place Saint-Pierre, a rempli l'Église et s'est répandu dans le monde entier. Ce qui est arrivé après sa mort a été, pour ceux qui croient, l'effet de ce « parfum » qui est parvenu à chacun, qu'il soit près ou loin, et qui l'a attiré vers un homme que Dieu avait progressivement configuré à son Christ... Que le Totus tuus du bien-aimé pontife nous incite à le suivre sur la route du don de nous-mêmes au Christ par l'intercession de Marie.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 12 sur le Cantique des Cantiques (trad. Béguin, Seuil 1953, p. 165 rev.)
Répandre le parfum de la compassion sur les pieds du Christ
Je vous ai déjà parlé de deux parfums spirituels : celui de la contrition, qui s'étend à tous les péchés –- il est symbolisé par le parfum que la pécheresse a répandu sur les pieds du Seigneur : « toute la maison fut remplie de cette odeur » ; il y a aussi celui de la dévotion qui renferme tous les bienfaits de Dieu... Mais il y a un parfum qui l'emporte de loin sur ces deux-là ; je l'appellerai le parfum de la compassion. Il se compose, en effet, des tourments de la pauvreté, des angoisses où vivent les opprimés, des inquiétudes de la tristesse, des fautes des pécheurs, bref de toute la peine des hommes, même nos ennemis. Ces ingrédients semblent indignes, et pourtant le parfum où ils entrent est supérieur à tous les autres. C'est un baume qui guérit : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).
Ainsi, un grand nombre de misères réunies sous un regard compatissant sont les essences précieuses... Heureuse l'âme qui a pris soin de faire provision de ces aromates, d'y répandre l'huile de la compassion et de les faire cuire au feu de la charité ! Qui est, à votre avis, « cet homme heureux qui a pitié d'autrui et qui prête son bien » (Ps 111, 5), enclin à la compassion, prompt à secourir son prochain, plus content de donner que de recevoir ? Cet homme qui pardonne aisément, résiste à la colère, ne consent pas à la vengeance, et en toutes choses regarde comme siennes les misères des autres ? Quelle que soit cette âme imprégnée de la rosée de la compassion, au cœur débordant de pitié, qui se fait toute à tous, qui n'est pour elle-même qu'un vase fêlé où rien n'est jalousement gardé, cette âme si bien morte à elle-même qu'elle vit uniquement pour autrui, elle a le bonheur de posséder ce troisième parfum qui est le meilleur. Ses mains distillent un baume infiniment précieux (cf Ct 5, 5), qui ne tarira pas dans l'adversité et que les feux de la persécution n’arriveront pas à dessécher. Car Dieu se souviendra toujours de ses sacrifices.
ou
Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148), moine bénédictin puis cistercien
Oraisons méditatives, n°5 (trad. O.E.I.L. 1985, p. 84 in Bourguet, L'Évangile médité, p. 198 rev.)
« La maison fut remplie par l'odeur du parfum »
Depuis mon enfance, je n'ai pas arrêté de pécher, et toi tu n'as pas cessé de me faire du bien... Cependant, Seigneur, que ton jugement se mue en miséricorde. Prends occasion du péché pour condamner le péché... Veuille trouver mon cœur digne du feu de ton parfait amour, que sa chaleur intense fasse sortir de moi et consume tout le venin du péché ! Qu'il mette à nu et noie dans les larmes de mes yeux toute l'infection de ma conscience. Que ta croix crucifie tout ce que la concupiscence de la chair, celle des yeux et l'orgueil de la vie ont gâté par l'effet de ma longue négligence.
Seigneur, celui qui le voudra peut bien m'entendre et se moquer de ma confession : qu'il me regarde gisant avec la pécheresse aux pieds de ta miséricorde, les arrosant des larmes de mon cœur, versant sur eux le parfum d'une tendre dévotion (Lc 7,38). Que toutes mes ressources, si pauvres soient-elles, corps ou âme, soient versées pour acheter ce parfum qui te plaît. Je le répandrai sur ta tête, toi dont la tête est Dieu ; et sur tes pieds, toi dont la frange est notre nature infirme. Si le pharisien murmure, toi, mon Dieu, aie pitié de moi ! Si le voleur qui tient les cordons de la bourse en grince des dents, pourvu que je te fasse plaisir, je ne compte pas pour grand-chose de déplaire à qui que ce soit.
Ô amour de mon cœur, que chaque jour, et même sans arrêt, je te verse ce parfum, car en le répandant sur toi, je le répands aussi sur moi... Donne-moi de te faire loyalement le don de tout ce que j'ai, de tout ce que je sais, de tout ce que je suis, de tout ce que je peux ! Que je ne me réserve rien ! Je suis là, aux pieds de ta miséricorde ; c'est là que je me tiendrai, que je pleurerai, jusqu'à ce que tu me fasses entendre ta douce voix, le jugement de ta bouche, la sentence de ta justice et de la mienne : « Ses nombreux péchés lui ont été pardonnés, parce qu'il a beaucoup aimé » (Lc 7,47).
ou
Saint Jérôme (347-420)
prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Marc ; PLS 2, 125s (Marc commenté par Jérôme et Jean Chrysostome, coll. Les Pères dans la Foi n° 32; trad. M.-H. Stébé; Éd. DDB 1986, p. 96-98 rev.)
« La maison fut remplie par l'odeur du parfum »
Dans l'évangile de Marc nous lisons : « Tandis qu'il était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, alors qu'il était à table, une femme vint avec un flacon d'albâtre contenant un parfum de grand prix » (14,3). Cette femme vous concerne directement, vous qui allez recevoir le baptême. Elle brisa le flacon d'albâtre pour que le Christ, l'Oint du Seigneur, fasse de vous des chrétiens par l'onction. C'est ce qui est dit dans le Cantique des Cantiques : « Ton nom est un parfum qui s'épand : voilà pourquoi les jeunes filles t'aiment. Entraîne-moi à ta suite, courons ! » (1,3-4) Tant que le parfum était enfermé, tant que Dieu n'était connu qu'en Judée, tant que son nom n'était grand qu'en Israël (Ps 75,2) les jeunes filles ne suivaient pas Jésus. Mais dès que le parfum se fut répandu dans le monde entier, les âmes des croyants suivirent le Sauveur. (...) Elle brisa son flacon d'albâtre, afin que tous profitent du parfum. (...) Cet acte rappelle « le grain de blé qui, s'il ne meurt pas en terre, ne porte pas de fruit » (Jn 12,24) : ce flacon d'albâtre ne nous permettra de nous parfumer que si on le brise.
Cette femme n'est pas celle qu'un autre évangile cite pour avoir lavé les pieds du Seigneur (Lc 7,38). Car cette femme-là, qui jusque là était une pécheresse de mauvaise vie, (...) inonde de ses larmes les pieds du Sauveur et les essuie avec ses cheveux ; mais ce n'est qu'en apparence qu'elle lave les pieds du Sauveur, car en vérité elle se lave de ses péchés. (...)
Qu'il en soit de même pour vous qui allez recevoir le baptême : puisque nous sommes tous pécheurs et que « nul n'est pur, même si sa vie n'a duré qu'un seul jour » (Jb 14,4 LXX). (...) Commencez par saisir les pieds du Sauveur, lavez-les de vos larmes, essuyez-les avec vos cheveux ; lorsque vous aurez fait cela, vous lui toucherez alors la tête [comme la femme chez Marc]. Au moment de descendre vers la source de vie avec le Sauveur, vous devez apprendre comment le parfum arrive à la tête du Sauveur. Si « la tête de tout homme, c'est le Christ » (1Co 11,3), si donc votre tête doit être ointe, c'est par le baptême que vous y parviendrez.
ou
Saint Chromace d'Aquilée ( ?-407), évêque
Sermon 11 (trad. SC 154, p 213s)
« C'est vraiment une bonne œuvre qu'elle vient d'accomplir envers moi » (Mt 26,10)
L'Évangile nous rapporte aujourd'hui que, le Seigneur étant à table avec Lazare qu'il avait ressuscité des morts, « Marie, la sœur de Lazare et de Marthe, prit une livre d'un parfum de nard et en oignit les pieds de Jésus »... Sainte Marie, on le lit souvent dans l'évangile, plut beaucoup au Christ par la grandeur extraordinaire de sa foi. Dans le passage qui précède, en pleurant la mort de son frère, elle fit pleurer aussi le Seigneur ; car elle provoqua à la tendresse l'auteur de la tendresse. Et, bien qu'il ait été sur le point de ressusciter Lazare de la mort, le Seigneur pleura, alors que Marie pleurait, pour bien montrer à la fois sa propre tendresse et le mérite de Marie... Les larmes du Seigneur nous montrent le mystère de la chair assumée ; la résurrection de Lazare met en lumière la puissance de sa divinité...
Dans ce passage-ci, voyez le dévouement et la foi de cette sainte femme. Les autres étaient à table avec le Seigneur ; elle, elle oignait ses pieds. Les autres échangeaient avec le Seigneur paroles et propos ; elle, dans le silence de sa foi, elle essuyait ses pieds avec ses cheveux. Les autres paraissaient à l'honneur, elle au service ; mais le service rendu par Marie avait plus de prix aux yeux du Christ que la place honorable des convives. D'ailleurs,... le Seigneur dit à son sujet : « En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé cet Évangile, dans le monde entier, on redira aussi à sa mémoire ce qu'elle vient de faire » (Mt 26,13).
Quel a été donc le service rendu par cette sainte femme, pour qu'il ait été proclamé dans le monde entier, et qu'on le proclame chaque jour ? Voyez son humilité. Elle n'a pas commencé par oindre la tête du Seigneur, mais ses pieds... Elle a commencé par les pieds pour mériter d'en arriver à la tête, parce que « qui s'abaisse », comme il est écrit, « sera élevé, et qui s'élève sera abaissé » (Mt 23,12). Elle s'est abaissée pour être élevée.
ou
Saint Chromace d'Aquilée ( ?-407), évêque
Sermon 11 (trad. cf SC 154, p. 215s)
« La maison fut remplie par l'odeur du parfum »
Après avoir oint les pieds du Seigneur, cette femme ne les a pas essuyés avec un linge, mais avec ses propres cheveux, pour mieux honorer le Seigneur... Comme quelqu'un d'assoiffé qui boit l'eau d'une source qui tombe en cascade, cette sainte femme a bu à la source de sainteté une grâce pleine de délices, pour étancher la soif de sa foi.
Mais au sens allégorique ou mystique cette femme préfigurait l'Église, qui a offert au Christ la dévotion pleine et totale de sa foi... Dans une livre, il y a douze onces. C'est donc la mesure du parfum que possède l'Église qui a reçu, comme un parfum précieux, l'enseignement des douze apôtres. En effet, quoi de plus précieux que l'enseignement des apôtres, qui contient la foi au Christ et la gloire du Royaume des cieux ? De plus, on rapporte que toute la maison fut remplie de l'odeur de ce parfum, parce que le monde entier a été rempli de l'enseignement des apôtres. « Par toute la terre », comme il est écrit, « se répandit leur voix, et jusqu'aux confins du monde leurs paroles » (Ps 18,5).
Nous lisons dans le Cantique des Cantiques cette parole que Salomon fait dire à l'Église : « Ton nom est un parfum répandu » (1,2). Ce n'est pas sans raison que le nom du Seigneur est appelé « parfum répandu ». Un parfum, vous le savez, tant qu'il est conservé à l'intérieur de son flacon, garde en lui la force de son odeur ; mais dès qu'on le verse ou le vide, alors il répand son parfum odorant. De la même façon, notre Seigneur et Sauveur, alors qu'il régnait au ciel avec le Père, était ignoré du monde, inconnu ici-bas. Mais lorsque, pour notre salut, il a daigné s'abaisser en descendant du ciel pour prendre un corps humain, alors il a répandu dans le monde la douceur et le parfum de son nom.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
10ème sermon sur le Cantique des Cantiques, 4-6 (trad. Beguin, Seuil 1953, p. 152 rev)
« La maison fut remplie par l'odeur du parfum »
« L'arôme des tes parfums est exquis » lit-on dans le Cantique des Cantiques (1,3). J'en distingue plusieurs espèces... Il y a le parfum de la contrition, et celui de la piété ; il y a aussi celui de la compassion... Il y a donc un premier parfum que l'âme compose à son propre usage lorsque, prise au filet de nombreuses fautes, elle commence à réfléchir sur son passé. Elle rassemble alors dans le mortier de sa conscience, pour les agglomérer et les broyer, les multiples péchés qu'elle a commis ; et dans la marmite de son cœur brûlant, elle les fait cuire au feu de la pénitence et de la douleur... Tel est le parfum dont l'âme pécheresse doit couvrir les débuts de sa conversion et oindre ses plaies récentes ; car le premier sacrifice qu'il faut offrir à Dieu, c'est celui d'un cœur repentant. Tant que l'âme, pauvre et misérable, ne possède pas de quoi composer un onguent plus précieux, elle ne doit pas négliger de préparer celui-là, même s'il se fait avec des matières bien viles. Dieu ne méprisera pas un cœur qui s'humilie dans la contrition (Ps 50,19)...
Ce parfum invisible et spirituel ne pourra pas d'ailleurs nous sembler vulgaire, si nous comprenons qu'il est symbolisé par le parfum que, selon l'Évangile, la pécheresse a répandu sur les pieds du Seigneur. Nous lisons, en effet, que « toute la maison fut remplie de cette odeur »... Souvenons-nous du parfum qui envahit toute l'Église par la conversion d'un seul pécheur ; tout pénitent qui se repent devient pour une foule d'autres une odeur de vie qui les éveille à la vie. L'arôme de la pénitence monte jusqu'aux demeures célestes puisque, selon l'Écriture, « le repentir d'un seul pécheur est une grande joie pour les anges de Dieu » (Lc 15,10).
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie 15 sur la Lettre aux Romains ; PG 60, 543-548 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p.126)
« Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous »
Le Père n'a pas épargné son propre Fils (Rm 8,32) ; toi, tu ne donnes même pas un morceau de pain à celui qui a été livré et immolé pour toi. Le Père, pour toi, ne l'a pas épargné ; toi tu passes, méprisant, à côté du Christ qui a faim, alors que tu ne vis que de ses bienfaits... Il a été livré pour toi, immolé pour toi, il vit dans le besoin pour toi, il veut que la générosité te soit avantageuse et, même ainsi, tu ne donnes pas. Y a t-il des pierres aussi dures que vos cœurs alors que tant de raisons les interpellent ? Il n'a pas suffi au Christ d'endurer la mort et la croix ; il a voulu devenir pauvre, mendiant et nu, être jeté en prison (Mt 25,36) afin que cela au moins te touche. « Si tu ne me rends rien pour mes douleurs, dit-il, aie pitié de moi à cause de ma pauvreté. Si tu ne veux pas me prendre en pitié pour ma pauvreté, que mes maladies te fléchissent, que mes chaînes t'attendrissent. Si tout cela ne te touche pas, consens du moins à cause de la petitesse de la demande. Je ne te demande rien de coûteux, mais du pain, un toit et des paroles d'amitié... J'ai été enchaîné pour toi et je le suis encore pour toi, afin qu'ému par mes liens passés ou par ceux d'aujourd'hui, tu veuilles bien m'être miséricordieux. J'ai souffert la faim pour toi, et je la souffre encore pour toi. J'ai eu soif lorsque j'étais pendu à la croix et j'ai encore soif par les pauvres afin de t'attirer par cela vers moi et de te rendre bon pour ton salut »...
Il dit en effet : « Quiconque reçoit ces petits, me reçoit (Mc 9,37)... Je pourrais te couronner sans cela, mais je veux devenir ton débiteur afin que tu portes la couronne avec assurance. C'est pourquoi, alors que je pourrais me nourrir moi-même, je vais mendiant çà et là, je me tiens debout à ta porte et je tends la main. C'est par toi que je veux être nourri, car je t'aime ardemment. Mon bonheur c'est d'être à ta table. »
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Jean, n°50, 6-7
« Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours »
« Marie, prenant une livre de parfum de nard pur, d'un grand prix, le répandit sur les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux. Et la maison fut remplie de l'odeur du parfum. » Voilà le fait historique, cherchons le symbole. Qui que tu sois, si tu veux être une âme fidèle, répands avec Marie un parfum précieux sur les pieds du Seigneur. Ce parfum, c'est la droiture... Répands du parfum sur les pieds de Jésus ; suis les traces du Seigneur par une vie sainte. Essuie ses pieds avec tes cheveux : si tu as du superflu, donne-le aux pauvres et tu auras ainsi essuyé les pieds du Seigneur... Peut-être que les pieds du Seigneur sur la terre sont dans le besoin. N'est-ce pas de ses membres, en effet (Ep 5,30), qu'il dira à la fin du monde : « Ce que tu as fait pour le plus petit des miens, c'est à moi que tu l'as fait » (Mt 25,40).
« Et la maison fit remplie de l'odeur du parfum. » C'est-à-dire, le monde a été rempli de la bonne renommée de cette femme, car la bonne odeur, c'est la bonne renommée. Ceux qui associent le nom de chrétiens à une vie malhonnête font injure au Christ... ; si le nom de Dieu est blasphémé par ces mauvais chrétiens, il est, au contraire, loué et honoré par les bons, « car nous sommes en tous lieux la bonne odeur du Christ » (2Co 2,14-15). Il est dit aussi dans le Cantique des Cantiques : « Ton nom est un parfum répandu » (1,3).
Le mardi saint
Commentaire de l’Évangile
Jean Carpathios (VIIe s.)
moine et évêque
Chapitres d’exhortation n° 29, 62, 85 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès)
Dieu relève ceux qui sont renversés
Si l’on est vaincu après avoir vaillamment lutté, qu’on ne se décourage absolument pas, qu’on ne renonce pas, mais qu’on se redresse, qu’on reprenne confiance en écoutant les paroles d’Isaïe, et qu’on les chante : « Vous qui étiez forts, vous avez été vaincus, ô malins démons. Et si de nouveaux vous revenez en force, de nouveau vous serez vaincus. Si vous avez des projets, le Seigneur les dispersera. Car Dieu est avec nous » (cf. Is 8,10), Dieu qui relève ceux qui sont renversés (cf. Ps 144(145),14 LXX) et qui est toujours prêt à briser nos ennemis dès que nous nous repentons. (…)
Pierre reçoit d’abord les clefs (cf. Mt 16,19). Puis Dieu permet qu’il tombe dans le reniement (cf. Mt 26,70), pour que cette chute lui soit une leçon de prudence. Donc si toi aussi, après avoir reçu les clefs de la connaissance, tu tombes en toutes sortes de pensées, ne soit pas surpris. Mais glorifie le seul sage, notre Seigneur, lequel par ces accidents met un frein à la présomption qui veut s’ajouter à la connaissance divine. Car les tentations sont un frein. Elles peuvent réfréner l’orgueil humain, par la providence de Dieu. (…)
Désespérer est plus funeste que pécher. Ainsi Judas le traître était faible et n’avait pas l’expérience du combat. L’ennemi se jeta sur lui qui désespérait, et lui passa la corde au cou (cf. Mt 27,5). Mais Pierre, cette pierre solide, renversé après une terrible chute, ne se laissa pas aller ni ne s’abandonna au désespoir, car il avait l’expérience du combat. Il se reprit. D’un cœur affligé et humilié, il versa des larmes fort amères (cf. Mt 26,75). Voyant cela, notre ennemi, les yeux brûlés comme des flammes très vives, recula aussitôt et s’enfuit au loin en poussant de grands cris.
ou
Liturgie latine des heures
« Verbum supernum prodiens », hymne pour la fête du Très Saint Sacrement
Jésus se livre le premier
Le Verbe du ciel, descendu
Sans abdiquer sa gloire immense,
Accomplit son labeur ardu,
Puis vient au soir de l'existence.
Un disciple va le livrer
À ceux que mord la jalousie ;
Mais lui se livre le premier
À ses disciples, Pain de vie (Jn 6,35).
Pour nourriture et pour boisson,
Son Corps, son Sang il leur présente ;
Il veut apaiser par ce don
La faim, la soif qui les tourmentent.
En naissant, notre compagnon,
Notre nourriture à sa table,
En croix, il est notre rançon,
Dans le ciel, vision délectable.
Ô notre Sauveur immolé,
Qui du ciel nous ouvres les portes,
L'ennemi nous tient accablés :
Que ton aide nous réconforte.
À l'unique et trine Seigneur
Appartient la gloire éternelle ;
Qu'un jour il ouvre dans nos cœurs
Les sources de joie immortelle.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur la conversion prononcées à son retour de la campagne, n°1 (trad. DDB 1978, p. 32)
« Judas sortit aussitôt, il faisait nuit »
Judas avait exprimé son repentir : « J'ai péché en livrant un sang innocent » (Mt 27, 4). Mais le démon, qui avait entendu ces paroles, a compris que Judas était sur la bonne voie et cette transformation l'a effrayé. Puis il a médité : « Son maître est bienveillant, pensait-il ; au moment où il allait être trahi par lui, il a pleuré sur son sort et l'a adjuré de mille façons ; il serait étonnant qu'il ne le reçoive pas au moment où il se repent de toute son âme, qu'il renonce à l'attirer à lui s'il se relève et reconnaît ainsi sa faute. N'est-ce pas pour cela qu'il a été crucifié ? » Après ces réflexions, il a jeté un trouble profond dans l'esprit de Judas ; il a fait monter en lui un immense désespoir, propre à le déconcerter, l'a harcelé jusqu'à ce qu'il parvienne à le pousser au suicide, à lui ravir la vie après l'avoir dépouillé de ses sentiments de repentir.
Il ne fait aucun doute que s'il avait encore vécu, il aurait été sauvé : il n'y a qu'à prendre l'exemple des bourreaux. En effet, si le Christ a sauvé ceux qui l'ont crucifié, si, même sur la croix, il priait encore le Père et intercédait auprès de lui pour le pardon de leur faute (Lc 23, 34), comment n'aurait-il pas accueilli le traître avec une bienveillance totale, pourvu qu'il ait prouvé la sincérité de sa conversion ?... Pierre s'est rétracté trois fois après avoir participé à la communion des mystères saints ; ses larmes l'ont absous (Mt 26, 75 ; Jn 21, 15s). Paul, le persécuteur, le blasphémateur, le présomptueux, Paul qui a persécuté non seulement le Crucifié mais aussi tous ses disciples, est devenu apôtre après s'être converti. Dieu ne nous demande qu'une pénitence légère pour nous consentir la remise de nos péchés.
ou
Saint Léon le Grand (? - vers 461), pape et docteur de l'Église
Sermon 3 sur la Passion, 4-5 ; PL 54, 320-321 (trad. cf Orval et SC 74 bis p. 59)
« C’étaient nos souffrances qu’il portait » (Is 53, 4)
Le Seigneur s’est revêtu de notre faiblesse pour recouvrir notre inconstance de la fermeté de sa force. Il était venu du ciel en ce monde comme un marchand riche et bienfaisant, et, par un admirable échange avait conclu un marché : prenant ce qui était à nous, il nous accordait ce qui était à lui ; pour ce qui faisait notre honte il donnait l'honneur, pour les douleurs la guérison, pour la mort la vie…
Le saint apôtre Pierre a fait le premier l'expérience de combien cette humilité a été profitable à tous les croyants. Ébranlé par la tempête violente de son trouble, il est revenu à lui par ce brusque changement, et a retrouvé sa force. Il avait trouvé le remède dans l'exemple du Seigneur... Le serviteur en effet « ne pouvait pas être plus grand que son seigneur ni le disciple que son maître » (Mt 10, 24), et il n'aurait pas pu vaincre le tremblement de la fragilité humaine si le vainqueur de la mort n'avait d'abord tremblé. Le Seigneur donc a regardé Pierre (Lc 22, 61) ; au milieu des calomnies des prêtres, des mensonges des témoins, des injures de ceux qui le frappaient et le bafouaient, il a rencontré son disciple ébranlé avec ces yeux qui avaient vu son trouble d'avance. La Vérité l’a pénétré de son regard là où son cœur avait besoin de guérison. C'était comme si la voix du Seigneur s'y était fait entendre pour lui dire : « Où vas-tu, Pierre ? Pourquoi te retirer en toi-même ? Reviens à moi, fais-moi confiance et suis-moi. Ce temps-ci est celui de ma Passion, l'heure de ton supplice n'est pas encore venue. Pourquoi craindre maintenant ? Toi aussi tu surmonteras. Ne te laisse pas déconcerté par la faiblesse que j'ai prise. C'est à cause de ce que j'ai pris de toi que j’ai tremblé, mais toi, sois sans crainte à cause de ce que tu tiens de moi. »
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de saint Jean, 62, 63 (trad. En Calcat rev.)
« Il trempe la bouchée, et la donne à Judas »
Lorsque le Seigneur, Pain de Vie (Jn 6,35), eut donné du pain à cet homme mort, et désigné, en livrant le pain, celui qui trahissait le pain vivant, il lui dit : « Ce que tu as à faire, fais-le vite ». Il ne commandait pas le crime : il découvrait son mal à Judas, et nous annonçait notre bien. Que le Christ soit livré, n'était-ce pas le pire pour Judas, et pour nous le meilleur ? Judas, donc, qui se nuit à lui-même, agit pour nous sans le savoir.
« Ce que tu as à faire, fais-le vite. » Parole d'un homme qui est prêt, non d'un homme irrité. Parole où s'annonce moins le châtiment de celui qui trahit que la récompense du rédempteur, de celui qui rachète. Car en disant : « Ce que tu as à faire, fais-le vite », le Christ, plus qu'il ne s'en prend au crime de l'infidèle, cherche à hâter le salut des croyants. « Il a été livré à cause de nos péchés ; il a aimé l'Église et s'est livré pour elle » (Rm 4,25 ; Ep 5,25). C'est ce qui fait dire à l'apôtre Paul : « Il m'a aimé, et il s'est livré pour moi » (Ga 2,20). De fait, personne n'aurait livré le Christ s'il ne s'était livré lui-même... Quand Judas le trahit, c'est le Christ qui se livre ; l'un négocie sa vente, et l'autre, notre rachat. « Ce que tu as à faire, fais le vite » : non que ce soit en ton pouvoir, mais c'est la volonté de celui qui peut tout...
« Aussitôt la bouchée prise, Judas sortit. Il faisait nuit. » Et celui qui sortait était lui-même nuit. Alors, quand la nuit fut sortie, Jésus dit : « Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié ! » Alors, le jour transmet au jour la parole (Ps 18,3), c'est-à-dire, le Christ la confie à ses disciples pour qu'ils l'écoutent et le suivent dans l'amour... Quelque chose de semblable arrivera quand ce monde vaincu par le Christ passera. Alors l'ivraie ayant cessé de se mêler au grain, les justes, dans le Royaume de leur Père, resplendiront comme le soleil (Mt 13,43).
ou
Saint Romanos le Mélode ( ?-v. 560), compositeur d'hymnes
Hymne 34 (trad. SC 128, p. 111s)
Le reniement de Pierre
Bon pasteur qui as donné ta vie pour tes brebis (Jn 10,11), hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau...
Après le repas, le Christ a dit : « Mes enfants, mes chers disciples, cette nuit vous me renierez tous et vous me fuirez » (cf Jn 16,32). Et comme tous étaient saisis d'une même stupeur, Pierre s'est exclamé : « Quand bien même tous renieraient, moi je ne renie pas. Je serai avec toi ; avec toi je mourrai en te criant : Hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau.
« Que dis-tu, Maître ? Moi, te renier ? Moi, t'abandonner et m'enfuir ? Et ton appel, et l'honneur que tu m'as fait, je ne m'en souviendrais plus ? Je me rappelle encore comment tu m'as lavé les pieds, et tu dis : ' Tu me renieras ' ? Je te revois t'approcher en portant un bassin, toi qui soutiens la terre et portes le ciel. De ces mains dont j'ai été façonné, mes pieds viennent d'être lavés, et tu déclares que je tomberai et que je ne te crierai plus : Hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau » ? ...
Sur ces mots, le créateur de l'homme a répondu à Pierre : « Que me dis-tu, Pierre, mon ami ? Tu ne me renieras pas ? Tu ne me fuiras pas ? Tu ne me rejetteras pas ? Je le veux bien, moi aussi, mais ta foi est chancelante, et tu ne résistes pas aux tentations. Te rappelles-tu comment tu as failli te noyer si je ne t'avais pas tendu la main ? Car tu as bien marché sur la mer, comme moi-même, mais aussitôt tu as hésité et bien vite tu as succombé (Mt 14,28s). Alors j'ai accouru vers toi qui criais : Hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau.
« Voici, dès maintenant je te le dis : avant que chante le coq, trois fois tu me trahiras, et, laissant battre de toutes parts et submerger ton esprit comme par les vagues de la mer, trois fois tu me renieras. Toi qui alors avais crié et qui maintenant pleureras, tu ne me trouveras plus pour te donner la main comme la première fois : c'est que je m'en servirai pour écrire une lettre de rémission en faveur de tous les descendants d'Adam. De ma chair que tu vois je ferai un papier, et de mon sang de l'encre pour y inscrire le don que je distribue sans relâche à ceux qui crient : Hâte-toi, toi le saint, sauve ton troupeau ! »
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de St Luc, 10, 89s (trad. cf SC 52, p. 186)
« Le coq ne chantera pas avant que tu m'aies renié trois fois »
Pierre a renié une première fois et n'a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l'avait pas regardé. Il a renié une seconde fois, et il n'a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l'avait pas encore regardé. Il a renié une troisième fois, Jésus l'a regardé, et il a pleuré, très amèrement (Lc 22,62). Regarde-nous, Seigneur Jésus, pour que nous sachions pleurer notre péché. Cela montre que même la chute des saints peut être utile. Le reniement de Pierre ne m'a pas fait tort ; au contraire, à son repentir, j'ai gagné : j'ai appris à me garder d'un entourage infidèle...
Pierre a donc pleuré, et très amèrement ; il a pleuré pour arriver à laver sa faute par des larmes. Vous aussi, si vous voulez obtenir le pardon, effacez votre faute par les larmes ; au moment même, sur l'heure, le Christ vous regarde. S'il vous survient quelque chute, lui, témoin présent à votre vie secrète, vous regarde pour vous rappeler et vous faire avouer votre erreur. Faites alors comme Pierre, qui dit ailleurs par trois fois : « Seigneur, tu sais que je t'aime » (Jn 21,15). Il a renié trois fois, trois fois aussi il confesse ; mais il a renié dans la nuit, et il confesse au grand jour.
Tout cela est écrit pour nous faire comprendre que personne ne doit se vanter. Si Pierre est tombé pour avoir dit : « Même si d'autres viennent à trébucher, moi je ne tomberai pas » (Mt 26,33), quel autre serait en droit de compter sur soi-même ? ... D'où est-ce que je te rappellerai, Pierre, pour m'apprendre tes pensées quand tu pleurais ? Du ciel où tu as déjà pris place parmi les chœurs des anges, ou encore du tombeau ? Car la mort, d'où le Seigneur est ressuscité, ne te répugne pas à ton tour. Enseigne-nous à quoi t'ont servi tes larmes. Mais tu l'as enseigné bien vite : car étant tombé avant de pleurer, tes larmes t'ont fait choisir pour conduire les autres, toi qui, d'abord, n'avais pas su te conduire toi-même.
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon 36 ; PL 57, 605 (trad. coll. Ichtus, t. 10, p. 263 rev.)
« Judas, s’approchant de Jésus…, l’embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent » (Mc 14,45s)
La paix est un don de la résurrection du Christ. Au seuil de la mort, il n’a pas hésité à donner cette paix au disciple qui le livrait ; il a embrassé le traître comme il embrasse l'ami fidèle. Ne croyez pas que le baiser que le Seigneur a donné à Judas Iscariote ait été inspiré par un autre sentiment que la tendresse. Le Christ savait déjà que Judas le trahirait. Il savait ce qu’était ce signe d’amour, et il ne s’y est pas dérobé. Voilà l’amitié : à celui qui doit mourir, elle ne refuse pas un dernier embrassement ; aux êtres chers, elle ne retire pas cette marque ultime de douceur. Mais Jésus espérait aussi que cet élan bouleverserait Judas et que, étonné par sa bonté, il ne trahirait pas celui qui l’aimait, ne livrerait pas celui qui l’embrassait. Ainsi ce baiser était accordé comme une épreuve : s’il le relevait, il était un lien de paix entre Jésus et son disciple ; si Judas trahissait, ce baiser criminel devenait sa propre accusation.
Le Seigneur lui dit : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? » (Lc 22,48) Où est le complot de l’ennemi ? Où se cache sa ruse ? Tout secret est découvert. Le traître se trahit avant de trahir son maître. Tu livres le Fils de l’homme par un baiser ? Avec le sceau de l’amour, tu blesses ? Avec le geste de la tendresse, tu répands le sang ? Avec le signe de la paix, tu apportes la mort ? Dis-moi quel est cet amour ? Tu donnes un baiser et tu menaces ? Mais ces baisers, par où le serviteur trahit son Seigneur, le disciple son maître, l’élu son créateur, ces baisers ne sont pas des baisers, mais du poison.
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
CC Sermon 76, 317 ; PL 57, 353 (trad. coll. Pères dans la foi, Migne 1996, p. 117)
« Le coq ne chantera pas avant que tu m'aies renié trois fois »
Se retournant, le Seigneur fixe son regard sur Pierre. Et Pierre, prenant conscience de ce qu'il vient de dire, se repent et pleure... ; il fond en larmes et reste muet... (Lc 22,61-62) Oui, les larmes sont des prières muettes ; elles méritent le pardon sans le réclamer ; sans plaider leur cause elles obtiennent miséricorde... Les mots peuvent ne pas réussir à exprimer une prière, jamais les larmes ; les larmes expriment toujours ce que nous ressentons, alors que les paroles peuvent être impuissantes. Voilà pourquoi Pierre ne recourt plus à des paroles : les paroles l'avaient poussé à trahir, à pécher, à renier sa foi. Il préfère avouer son péché par des larmes, ayant renié en parlant...
Imitons-le dans ce qu'il dit par ailleurs, quand le Seigneur lui demande trois fois : « Simon, m'aimes-tu ? » (Jn 21,17) Trois fois, il répond : « Seigneur, tu sais que je t'aime. » Le Seigneur lui dit alors : « Pais mes brebis », et cela par trois fois. Cette parole compense son égarement précédent ; celui qui avait renié le Seigneur trois fois le confesse trois fois ; trois fois il s'était rendu coupable, trois fois il obtient la grâce par son amour. Voyez donc quel bénéfice Pierre a tiré de ses larmes ! ... Avant de verser des larmes, c'était un traître ; ayant versé des larmes, il a été choisi comme pasteur, et celui qui s'était mal conduit a reçu la charge de conduire les autres.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Traité sur S. Luc 10, 49-52, 87-89 (trad. SC 52 p.173, 185 rev.)
« Amen, je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m'aies renié trois fois »
Frères, convertissons-nous : prenons garde qu'il ne survienne entre nous des disputes de préséance pour notre perte. Si les apôtres ont contesté (Lc 22,24), ce n'est pas qu'une excuse nous soit offerte ; c'est une invitation à prendre garde. Pierre s'est converti, certes, un jour où il a répondu au premier appel du Maître, mais qui peut dire que sa propre conversion a été réalisée d'un coup ? ...
Le Seigneur nous donne l'exemple. Nous avions besoin de tout ; lui n'a besoin de personne, et pourtant il se montre maître d'humilité en servant ses disciples... Quant à Pierre, prompt en son esprit sans doute mais encore faible dans les dispositions de son corps (Mt 26,41), on le prévient qu'il reniera le Seigneur. La Passion du Seigneur trouve des imitateurs, mais non pas des égaux. Ainsi je ne reproche pas à Pierre d'avoir renié le Christ ; je le félicite d'avoir pleuré. L'un est le fait de notre condition commune ; l'autre est une marque de vertu, de force intérieure... Mais si nous l'excusons, lui ne s'est pas excusé... Il a mieux aimé accuser lui-même son péché, et se justifier par un aveu, qu'aggraver son cas en niant. Et il a pleuré...
Je lis qu'il a pleuré, je ne lis pas qu'il ait fait des excuses. Ce qui ne peut pas se défendre peut se laver ; aux larmes de laver les manquements qu'on rougit d'avouer de vive voix... Les larmes disent la faute sans trembler... ; les larmes ne demandent pas le pardon et pourtant l'obtiennent... Bonnes larmes, qui lavent la faute ! Aussi bien ceux-là pleurent que Jésus regarde. Pierre a renié une première fois et n'a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l'avait pas regardé. Il a renié une seconde fois, il n'a pas pleuré, parce que le Seigneur ne l'avait pas encore regardé. Il a renié une troisième fois ; Jésus l'a regardé, et il a pleuré bien amèrement. Regarde-nous, Seigneur Jésus, pour que nous sachions pleurer notre péché.
ou
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
OC, t. 10, p. 374 (in Le Livre des quatre amours, Desclée 1964, p. 234 ; français modernisé)
« Le coq ne chantera pas avant que tu ne m'aies renié trois fois »
Saint Pierre, l'un des apôtres, fit un grand tort à son Maître, car il renia et jura qu'il ne le connaissait pas, et, non content de cela, il le maudit et blasphéma, protestant ne pas savoir qui il était (Mt 26,69s). Grand accident que celui-ci, lequel perça le cœur de notre Seigneur ! Hé, pauvre saint Pierre, que faites-vous et que dites-vous ? Vous ne savez pas qui il est, vous ne le connaissez pas, vous qui avez été appelé de sa propre bouche à l'apostolat, vous qui avez confessé qu'il était le Fils du Dieu vivant ? (Mt 16,16) Ah, misérable homme que vous êtes, comment osez-vous dire que vous ne le connaissez pas ? N'est-ce pas celui qui naguère était à vos pieds pour les laver (Jn 13,6), qui vous a nourri de son Corps et de son Sang ?...
Que personne ne présume de ses bonnes œuvres et pense n'avoir plus rien à redouter, puisque saint Pierre, qui avait reçu tant de grâces, qui avait promis d'accompagner notre Seigneur à la prison et jusques à la mort même, le renia néanmoins au moindre sifflement d'une chambrière.
Saint Pierre entendant le coq chanter se ressouvint de ce qu'il avait fait et de ce que lui avait dit son bon Maître ; et alors, reconnaissant sa faute, il sortit et pleura si amèrement que pour cela il reçut indulgence plénière et rémission de tous ses péchés. Ô bienheureux saint Pierre, qui par une telle contrition de vos fautes, avez reçu le pardon général d'une si grande déloyauté... Je sais bien que ce furent les regards sacrés de notre Seigneur qui lui pénétrèrent le cœur et lui ouvrirent les yeux pour lui faire reconnaître son péché (Lc 22,61)... Depuis ce temps-là, il ne cessa jamais de pleurer, principalement quand il entendait le coq la nuit et le matin... Par ce moyen, de grand pécheur qu'il était il devint un grand saint.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Sermon 58, 7ème sur la Passion, § 3-4 ; SC 74 bis
« Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui »
Quand le Seigneur a déclaré : « En vérité, je vous le dis, l'un de vous va me livrer », il a démontré qu'il pénétrait la conscience de celui qui devait le trahir. Il n'a pas déjoué le malfaiteur par des reproches sévères et publics, mais il cherchait à l'atteindre par un avertissement tendre et voilé : ainsi le repentir pourrait mieux redresser celui qu'aucun interdit n'avait destitué.
Pourquoi, malheureux Judas, ne profites-tu pas de tant de bonté ? Vois, le Seigneur est tout prêt à pardonner ta démarche, le Christ ne te dénonce à personne, sauf à toi-même. Ni ton nom, ni ta personne ne sont indiqués mais par cette parole de vérité et de miséricorde, seul le secret de ton cœur est touché. Ni l'honneur de ton titre d'apôtre, ni la participation au sacrement ne te sont refusés. Retourne en arrière, abandonne ta folie et repens-toi. La douceur t'invite, le salut t'incite, la Vie te rappelle. Vois, tes compagnons qui sont purs et sans péché s'épouvantent à l'annonce du crime, et comme l'auteur d'un tel mal n'a pas été dévoilé, chacun craint pour soi. Ils sont plongés dans la tristesse, non parce que leur conscience les accuse, mais parce que l'inconstance humaine les inquiète : ils redoutent que ce que chacun sait de soi-même soit moins vrai que ce que la Vérité en personne voit à l'avance. Et toi, au milieu de cette angoisse des saints, tu abuses de la patience du Seigneur, tu crois que ton audace te cache...
Voyant alors que toute la pensée de Judas restait fixée sur son projet misérable, le Seigneur lui dit : « Ce que tu fais, fais le vite ». En parlant ainsi, il ne donne pas un ordre, il laisse faire c'est la parole non d'un homme qui tremble, mais qui est prêt. Lui qui tient tous les temps en son pouvoir montre qu'il ne cherche pas à retarder le traître et qu'il entre dans la volonté de son Père pour la rédemption du monde, sans provoquer ni redouter le crime que préparent ses persécuteurs.