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Sainte Trinité, solennité – Année A
Commentaire de l’Évangile
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Hymnes 51, SC 196 (Hymnes III ; trad. J. Paramelle et L. Neyrand, éd du Cerf, 2003 ; p. 191-193.197 ; rev.)
À Toi la gloire, ô Christ, avec le Père et ton Esprit divin !
Les trois sont Dieu, car la Trinité est un seul Dieu. C’est elle qui a donné l’être à l’Univers, elle qui a créé toutes choses, elle qui, selon la chair, a créé dans le monde pour notre salut le Verbe et Fils du Père, inséparable à la fois du Père et de l’Esprit.
Il prend chair réellement par la venue de l’Esprit et devient ce qu’il n’était pas, homme semblable à moi, à l’exception toutefois du péché et de toute iniquité : Dieu et homme à la fois, visible à tous les yeux, possédant l’Esprit divin qui lui est uni par nature, avec lequel il a rendu la vie aux morts, ouverts les pupilles des aveugles, purifié les lépreux et expulsé les démons. C’est lui qui a souffert la croix ainsi que la mort, et qui est ressuscité dans l’Esprit, a été élevé dans la gloire et a frayé une voie nouvelle vers les cieux pour tous ceux qui croient en lui d’une foie sans défaillance, lui qui a répandu à profusion l’Esprit très saint sur tous ceux qui montraient leur foi par leurs œuvres, lui qui, maintenant encore, le répand sans compter sur ceux qui font de même, lui qui, par cet Esprit, déifie sur-le-champ ceux à qui il s’est uni et, d’hommes qu’ils étaient, les transforme sans les changer et les fait devenir enfants de Dieu, frère du Sauveur, cohéritiers du Christ et héritiers de Dieu, dieux eux-mêmes dans la compagnie de Dieu, dans l’Esprit Saint, prisonniers sans doute par la chair, mais elle seule, et libres en esprit, s’élevant avec le Christ sans peine dans les cieux et ayant là-haut tous leurs droits de cité dans la contemplation des biens que les yeux n’ont pas vus. (…)
À Toi, ô mon Christ, avec le Père et ton Esprit divin, appartiennent gloire et louange, honneur et adoration, maintenant et toujours, comme au Souverain, pour les siècles des siècles, comme au Créateur de l’Univers, son Dieu et son Maître. Amen.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie « Je demeure parmi vous », 1938 (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 329s)
« Puis l’ange me montra le fleuve de Vie…qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau » (Ap 22,1)
Tu sièges sur ton trône
à la droite du Père (Ps 109,1).
Tu trônes au Royaume
de sa gloire éternelle,
Toi qui, dès l’origine,
es Parole de Dieu (Jn 1,1).
Tu domines et tu règnes
sur le trône suprême,
sous ta forme humaine,
ton corps, transfiguré,
depuis que, sur la terre,
ton œuvre est achevée (Jn 17,4 ; 19,30).
Oui, c’est bien là ma foi,
ta Parole me l’enseigne,
et parce que je crois
j’en connais le bonheur :
de là s’épanouit
l’espérance bienheureuse.
Car là où tu demeures,
là aussi sont les tiens (Jn 17,24)
et le ciel est déjà
ma glorieuse patrie ;
je partage avec toi
le trône de ton Père (Ap 3,21).
Le Seigneur éternel
qui créa tous les êtres,
lui qui est trois fois saint,
enveloppant tout être,
a de plus un royaume
silencieux, bien à lui.
Le centre du palais
de toute âme humaine
est de la Trinité
le séjour préféré,
son trône céleste
en la terre d’ici-bas.
Il est venu, Fils de Dieu
devenu Fils de l’homme,
reprendre à l’ennemi
ce Royaume céleste ;
il a donné son sang
pour prix de délivrance.
Dans le Cœur transpercé (Jn 19,34)
de Jésus sont unis
le Royaume du ciel
et la terre d’ici-bas ;
la source de la vie
pour nous se trouve là (Jn 7,38).
Ce cœur est Cœur divin,
Cœur de la Trinité,
centre de convergence
de tous les cœurs humains ;
il nous donne la vie
de la divinité.
Il nous attire à lui
par sa force secrète (Jn 12,32),
et dans le sein du Père
il nous abrite en lui,
nous saisit dans le flot
du Saint Esprit de Dieu.
ou
Saint Athanase (295-373), évêque d'Alexandrie, docteur de l'Église
Lettres à Sérapion, n°1, 19 ; PG 26, 373 ; SC 15 (trad. SC p. 115 rev.)
« Tout homme qui croit en lui...obtiendra la vie éternelle »
Hommes insensés..., que ne cessez-vous vos recherches indiscrètes au sujet de la Trinité et ne vous contentez de croire qu'elle existe, puisque vous avez pour guide l'apôtre qui écrit : « Il faut croire que Dieu existe et qu'il assure la récompense à ceux qui le cherchent »... Que nul ne se pose des questions superflues, mais qu'on se contente d'apprendre ce qui est contenu dans les Écritures...
L'Écriture dit que le Père est source et lumière : « Ils m'ont délaissé, moi la source d'eau vive » ; « Tu as abandonné la source de la sagesse », et selon Jean : « Notre Dieu est lumière ». Or, le Fils, en relation avec la source, est appelée fleuve, car « le fleuve de Dieu, selon le psaume, est rempli d'eau ». En relation avec la lumière, il est appelé resplendissement quand Paul dit qu'il est « le resplendissement de sa gloire et l'effigie de sa substance ». Le Père est donc lumière, le Fils son resplendissement..., et dans le Fils, c'est par l'Esprit que nous sommes illuminés : « Puisse Dieu vous donner, dit Paul, un Esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse vraiment connaître ; puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur ». Mais quand nous sommes illuminés, c'est le Christ qui nous illumine en lui, car l'Écriture dit : « Il était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde ». En plus, le Père étant source et le Fils appelé fleuve, on dit que nous buvons l'Esprit : « Tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit ». Mais, abreuvés de l'Esprit, nous buvons le Christ car « ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait et ce rocher c'était le Christ »...
Le Père étant « le seul sage », le Fils est sa sagesse, car « le Christ est la force et la sagesse de Dieu ». Or, c'est en recevant l'Esprit de sagesse que nous possédons le Fils et acquérons la sagesse en lui... Le Fils est la vie, il a dit : « Je suis la vie » ; mais il est dit que nous sommes vivifiés par l'Esprit, car Paul écrit : « Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts vivifiera aussi nos corps mortels par son Esprit qui habite en nous ». Mais quand nous sommes vivifiés par l'Esprit, c'est le Christ qui est notre vie... : « Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi ».
Quand il existe, dans la sainte Trinité, une telle correspondance et unité, qui pourrait séparer soit le Fils du Père, soit l'Esprit du Fils ou du Père ?... Le mystère de Dieu n'est pas livré à notre esprit par des discours démonstratifs, mais dans la foi et dans la prière pleine de respect.
(Références bibliques : He 11, 6 ; Jn 2, 13 ; Ba 3, 12 ; 1Jn 1, 5 ; Ps 64, 10 ; He 1, 3 ; Ep 1, 17-18 ; Jn 1, 9 ; 1Co 12, 13 ; 1Co 10, 4 ; Rm 16, 27 ; 1Co 1, 24 ; Jn 14, 6 ; Rm 8, 11 ; Ga 2, 20)
ou
Saint Ephrem (vers 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Hymne sur la Trinité (trad. Bellefontaine 1991, coll. SO 50, p.334)
« Un seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l’unité de leur nature » (Préface)
Refrain : Que soit béni celui qui t’envoie !
Prends donc comme symboles le soleil pour le Père
pour le Fils, la lumière,
et pour le Saint Esprit, la chaleur.
Bien qu'il soit un seul être, c'est une trinité
que l'on perçoit en lui.
Saisir l'inexplicable, qui le peut ?
Cet unique est multiple : un est formé de trois,
et trois ne forment qu'un,
grand mystère et merveille manifeste !
Le soleil est distinct de son rayonnement
bien qu'il lui soit uni ;
son rayon est aussi le soleil.
Mais personne ne parle pourtant de deux soleils,
même si le rayon
est aussi le soleil ici-bas.
Pas plus nous ne disons qu'il y aurait deux Dieux.
Dieu, Notre Seigneur l'est ;
au-dessus du créé, lui aussi.
Qui peut montrer comment et où est attaché
le rayon du soleil,
ainsi que sa chaleur, bien que libres ?
Ils sont ni séparés ni confondus,
unis, quoique distincts,
libres, mais attachés, ô merveille !
Qui peut, en les scrutant, avoir prise sur eux ?
Pourtant ne sont-ils pas
apparemment si simples, si faciles ?…
Tandis que le soleil demeure tout là-haut,
sa clarté, son ardeur
sont, pour ceux d'ici-bas, un clair symbole.
Oui, son rayonnement est descendu sur terre
et demeure en nos yeux
comme s'il revêtait notre chair.
Quand se ferment les yeux à l'instant du sommeil,
tel des morts, il les quitte,
eux qui seront ensuite réveillés.
Et comment la lumière entre-t-elle dans l’œil,
nul ne peut le comprendre.
Ainsi, Notre Seigneur dans le sein...
Ainsi, notre Sauveur a revêtu un corps
dans toute sa faiblesse,
pour venir sanctifier l'univers.
Mais, lorsque le rayon remonte vers sa source,
il n'a jamais été
séparé de celui qui l'engendre.
Il laisse sa chaleur pour ceux qui sont en-bas,
comme Notre Seigneur
a laissé l'Esprit Saint aux disciples.
Regarde ces images dans le monde créé,
et ne vas pas douter
quant aux Trois, car sinon tu te perds !
Ce qui était obscur, je te l'ai rendu clair :
comment les trois font un,
trinité qui ne forme qu'une essence !
Refrain : Que soit béni celui qui t'envoie !
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Poème « Chant de l'âme qui connaît Dieu par la foi » (trad. OC, Cerf 1990, p. 151)
« Un seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l'unité de leur nature » (Préface)
Je sais une source qui jaillit et s'écoule,
Mais c'est au profond de la nuit.
Cette source éternelle, elle reste cachée ;
Mais je n'ignore pas d'où elle prend naissance,
Et c'est au profond de la nuit...
Je sais, à vrai dire, qu'elle est sans origine,
Tout en elle pourtant plonge sa racine,
Mais c'est au profond de la nuit.
Jamais il ne sera de beauté qui l'égale,
Le ciel, l'univers vont s'y désaltérer,
Mais c'est au profond de la nuit.
Elle est, je le sais bien, tout à fait insondable,
Et, je le sais aussi, elle n'est pas guéable,
Pas même au profond de la nuit.
Jamais son bel éclat ne pourra s'obscurcir ;
Toute lumière aussi d'elle seule jaillit,
Mais c'est au profond de la nuit.
Je sais bien que ses flots sans cesse débordants
Arrosent l'abîme, la terre et tous les peuples,
Mais c'est au profond de la nuit.
Or il est un courant qui naît de cette source,
Aussi large et puissant que la source elle-même,
Mais c'est au profond de la nuit.
Des deux premiers courants, un troisième procède ;
Il n'est pas moins ancien que ceux qui l'ont produit,
Mais c'est au profond de la nuit.
Je sais que tous les trois sont une seule eau vive,
Et que l'un de l'autre vont dérivant sans cesse,
Mais c'est au profond de la nuit.
Cette source éternelle est toute rassemblée
En notre pain vivant pour nous donner la vie,
Mais c'est au profond de la nuit...
Cette source d'eau vive, objet de mes désirs,
En ce vrai pain de vie je la vois, la contemple,
Mais c'est au profond de la nuit.


Sainte Trinité, solennité – Année B
Commentaire de l’Évangile
Vénérable Pie XII, pape de 1939 à 1958
Allocution aux curés de Rome et aux prédicateurs de Carême, 17 février 1942
Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde
Le Christ, notre avocat (1Jn 2,1), siège à la droite du Père. Il n'est plus visible dans sa nature humaine parmi nous. Mais il daigne rester avec nous jusqu'à la consommation des siècles, invisible sous les apparences du pain et du vin dans le sacrement de son amour. C'est le grand mystère d'un Dieu présent et caché, de ce Dieu qui viendra un jour juger les vivants et les morts.
C'est vers ce grand jour de Dieu que s'avance l'humanité tout entière des siècles écoulés, du présent et de l'avenir. C'est vers ce jour que s'avance l'Église, maîtresse de foi et de morale pour toutes les nations, baptisant au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Et nous, de même que nous croyons au Père, créateur du ciel et de la terre, au Fils, rédempteur du genre humain, ainsi également nous croyons au Saint-Esprit.
Il est l’Esprit procédant du Père et du Fils, comme leur amour consubstantiel, promis et envoyé par le Christ aux Apôtres au jour de la Pentecôte, vertu d’en-haut qui les remplit. Il est le Paraclet et le Consolateur qui demeure avec eux pour toujours, Esprit invisible, inconnu au monde, qui leur enseigne et rappelle tout ce que Jésus leur a dit.
Montrez au peuple chrétien la puissance divine infinie de cet Esprit créateur, don du Très-Haut, distributeur de tout charisme spirituel, consolateur très bon, lumière des cœurs, qui, dans nos âmes, lave tout ce qui est souillé, arrose ce qui est aride, guérit ce qui est blessé.
De lui, amour éternel, descend le feu de cette charité que le Christ veut voir allumé ici-bas ; cette charité qui rend l’Église une, sainte, catholique, qui l’anime et la rend invincible au milieu des assauts de la synagogue de Satan ; cette charité qui unit dans la communion des saints ; cette charité qui renouvelle l’amitié avec Dieu et remet le péché.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Homélie sur la foi, 1-3 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 160 rev.)
« Donne-nous de professer la vraie foi en reconnaissant la gloire de l'éternelle Trinité » (collecte)
L'âme qui aime Dieu n'en est jamais rassasiée, mais parler de Dieu est audacieux : notre esprit est bien loin d'une si grande affaire... Plus on est avancé dans la connaissance de Dieu, plus on ressent profondément son impuissance. Tel était Abraham, tel aussi était Moïse : alors qu'ils pouvaient voir Dieu, autant du moins qu'il est possible à l'homme, l'un comme l'autre se faisait le plus petit de tous ; Abraham se nommait « terre et cendre », et Moïse se disait de parole malhabile et lente (Gn 18,27 ; Ex 4,11). Il constatait en effet, la faiblesse de sa langue à traduire la grandeur de Celui que son esprit saisissait. Nous parlons de Dieu non pas tel qu'il est, mais tel que nous pouvons le saisir.
Quant à toi, si tu veux dire ou entendre quelque chose de Dieu, laisse ta nature corporelle, laisse tes sens corporels... Élève ton esprit au-dessus de tout ce qui a été créé, contemple la nature divine : elle est là, immuable, indivise, lumière inaccessible, gloire éclatante, bonté désirable, beauté inégalable dont l'âme est blessée, mais qu'elle ne peut pas traduire en paroles adéquates.
Là est le Père, le Fils et le Saint Esprit... Le Père est le principe de tout, la cause de l'être de ce qui est, la racine des vivants. Il est celui dont coulent la Source de la vie, la Sagesse, la Puissance, l'Image parfaitement semblable du Dieu invisible : le Fils engendré du Père, Verbe vivant, qui est Dieu, et tourné vers le Père (1Co 1,24 ; He 1,3 ; Jn 1,1). Par ce nom de Fils, nous apprenons qu'il partage la même nature : il n'est pas créé par un ordre, mais il brille sans cesse à partir de sa substance, uni au Père de toute éternité, égal à lui en bonté, égal en puissance, partageant sa gloire... Et quand notre intelligence aura été purifiée des passions terrestres et qu'elle laisse de côté toute créature sensible, tel un poisson qui émerge des profondeurs à la surface, rendue à la pureté de sa création, elle verra alors l'Esprit Saint là où est le Fils et où est le Père. Cet Esprit, étant de même essence selon sa nature, possède lui aussi tous les biens : bonté, droiture, sainteté, vie... De même que brûler est lié au feu et resplendir à la lumière, ainsi on ne peut ôter à l'Esprit Saint le fait de sanctifier ou de faire vivre, pas plus que la bonté et la droiture.
ou
Saint Irénée de Lyon (vers 130-vers 208), évêque, théologien et martyr
Démonstration de la prédication apostolique, 6-8 (trad. Verbraken / Orval)
« Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit »
Voici quelle est la règle de notre foi, voici ce qui fonde notre édifice, voici ce qui donne fermeté à notre comportement. D'abord : Dieu Père, incréé, illimité, invisible ; Dieu un, créateur de l'univers ; c'est le premier article de notre foi. Deuxième article : le Verbe de Dieu, Fils de Dieu, Jésus Christ, notre Seigneur ; il a été révélé aux prophètes selon le genre de leurs prophéties et selon le dessein du Père ; par son entremise, tout a été fait ; à la fin des temps, pour récapituler toutes choses, il a daigné se faire homme parmi les humains, visible, palpable, pour ainsi détruire la mort, faire apparaître la vie et opérer la réconciliation entre Dieu et l'homme. Et troisième article : l'Esprit Saint ; par lui, les prophètes ont prophétisé, nos pères ont appris les choses de Dieu et les justes ont été guidés dans la voie de la justice ; à la fin des temps, il a été répandu d'une manière nouvelle sur les hommes, afin de les rénover sur toute la terre, pour Dieu.
C'est pourquoi le baptême de notre nouvelle naissance est placé sous le signe de ces trois articles. Dieu le Père nous l'accorde en vue de notre nouvelle naissance dans son Fils par l'Esprit Saint. Car ceux qui portent en eux l'Esprit Saint sont conduits au Verbe qui est le Fils, et le Fils les conduit au Père, et le Père nous accorde l'immortalité. Sans l'Esprit il est impossible de voir le Verbe de Dieu, et sans le Fils on ne peut pas approcher du Père. Car la connaissance du Père, c'est le Fils, et la connaissance du Fils se fait par l'Esprit Saint, et le Fils donne l'Esprit selon le bon plaisir du Père.
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231), franciscain, docteur de l'Église
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p. 160)
« Un seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l'unité de leur nature » (Préface)
Le Père, le Fils et le Saint Esprit sont d'une seule substance et d'une inséparable égalité. L'unité est dans l'essence, la pluralité dans les personnes. Le Seigneur indique ouvertement l'unité de la divine essence et la trinité des personnes quand il dit : « Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Il ne dit pas « dans les noms » mais « dans le nom », par où il montre l'unité de l'essence. Mais il emploie ensuite trois noms, pour montrer qu'il y a trois personnes.
Dans cette Trinité se trouvent la suprême origine de toutes choses, la beauté très parfaite, la joie très bienheureuse. La suprême origine, comme le dit saint Augustin dans son livre sur la vraie religion, c'est Dieu le Père, de qui viennent toutes choses, de qui procèdent le Fils et le Saint Esprit. La beauté très parfaite, c'est le Fils, la vérité du Père, qui ne lui est dissemblable en aucun point, que nous vénérons avec le Père et dans le Père, qui est le modèle de toutes choses, parce que tout a été fait par lui et que tout se rapporte à lui. La joie très bienheureuse, la souveraine bonté, c'est le Saint Esprit, qui est le don du Père et du Fils ; et ce don, nous devons croire et tenir qu'il est exactement pareil au Père et au Fils.
En regardant la création, nous aboutissons à la Trinité d'une seule substance. Nous saisissons un seul Dieu : Père, de qui nous sommes, Fils, par qui nous sommes, Esprit Saint, en qui nous sommes. Principe, à qui nous recourons ; modèle, que nous suivons ; grâce, qui nous réconcilie.
ou
Nicolas Cabasilas (v. 1320-1363), théologien laïc grec, saint des Églises orthodoxes
La Vie en Christ, 2 ; PG 150, 532-533 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 229-230)
« Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit »
Bien que la sainte Trinité ait donné le salut au genre humain par un seul et même amour des hommes, la foi nous dit que chacune des personnes divines y apporte sa contribution particulière. Le Père se réconcilia avec nous, le Fils opéra la réconciliation, et le Saint Esprit fut le don accordé à ceux qui étaient devenus les amis de Dieu. Le Père nous a libérés, le Fils fut la rançon de notre délivrance ; quant à l'Esprit, il est la liberté en personne... (cf 2Co 3,17). Si le Père nous a créés, le Fils nous a re-créés, et « c'est l'Esprit qui fait vivre » (Jn 6,63). Car, dans la création initiale, la Trinité s'inscrivait en filigrane. Le Père était le modeleur, le Fils était sa main, l'Esprit Défenseur insufflait la vie. Mais... c'est seulement dans la création nouvelle que nous ont été révélées les distinctions qui existent en Dieu...
Dans le plan du salut par lequel elle a restauré notre genre humain, c'est bien la Trinité tout entière qui a voulu mon salut et qui a prévu comment il se réaliserait. Mais ce n'est pas la Trinité tout entière qui l'a réalisé. Son artisan, c'est le Verbe seul, le Fils unique seul... C'est par lui que la nature a reçu une vie nouvelle et que le baptême fut institué comme une naissance nouvelle et une création nouvelle. C'est pourquoi, lorsque l'on baptise, il faut invoquer Dieu en distinguant les personnes : le Père, le Fils, le Saint Esprit, que cette création nouvelle est seule à nous révéler.


Sainte Trinité, solennité – Année C
Commentaire de l’Évangile
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Hymne 21 ; SC 174 (trad. SC p. 147 rev.)
« Tout ce qui appartient au Père est à moi »
Tu as brillé, tu as manifesté comme lumière de gloire
la lumière inaccessible de ton essence, Sauveur,
et tu as illuminé une âme plongée dans les ténèbres...
Éclairés par la lumière de l'Esprit,
les hommes regardent le Fils, ils voient le Père
et adorent la Trinité des Personnes, le Dieu unique...
Car le Seigneur [Christ] est l'Esprit (2Co 3,17),
Esprit aussi Dieu, le Père du Seigneur,
bien sûr un seul Esprit, car il n'est pas divisé.
Celui qui le possède, possède vraiment les trois
mais sans confusion...
Car le Père existe et comment sera-t-il le Fils ?
Car il est inengendré par essence.
Il y a le Fils et comment deviendra-t-il Esprit ?
L'Esprit est Esprit — et comment apparaîtra-t-il Père ?
Le Père est Père, parce qu'il engendre sans cesse...
Le Fils est Fils parce qu'il est sans cesse engendré
et il a été engendré avant tous les temps.
Il sort sans être coupé de sa racine.
Mais il est à la fois à part sans être séparé
et tout entier un avec le Père qui est Vivant,
et lui-même est Vie et donne la vie à tous (Jn 14,6 ; 10,28).
Tout ce qu'a le Père, le Fils aussi.
Tout ce qu'a le Fils, le Père l'a de même.
Je vois le Fils, je vois aussi le Père.
On voit le Père en tout semblable au Fils,
sauf que l'un engendre et que l'autre est sans cesse engendré...
Comment le Fils sort-il du Père ? Comme la parole sort de l'esprit.
Comment en est-il séparé ? Comme la voix l'est de la parole.
Comment prend-il corps ? Comme la parole que l'on écrit...
Comment donner un nom au Créateur de tout ?
Noms, actions, expressions,
tout est venu au monde sur l'ordre de Dieu
car il a donné leurs noms à ses œuvres
et à chaque réalité son appellation propre...
Mais son nom à lui, on ne l'a jamais connu
si ce n'est « Dieu inexprimable », comme dit l'Écriture (cf Gn 32,30).
S'il est donc inexprimable, s'il n'a pas de nom,
s'il est invisible, s'il est mystérieux,
s'il est inaccessible, seul au-delà de toute parole,
au-delà de la pensée non seulement humaine
mais aussi celle des anges,
« il s'est donné l'obscurité comme un refuge » (Ps 17,12).
Tout le reste ici-bas appartient aux ténèbres
mais lui seul, comme la lumière, est en dehors des ténèbres.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église : Relations, n° 33 (trad. OC, Cerf 1995, p. 407)
« Reconnaissant la gloire de l’éternelle Trinité, en adorant son unité toute puissante » (Collecte)
La vérité sur la très sainte Trinité m’avait été exposée par des théologiens mais je ne l’avais pas comprise comme je le fais à présent, après ce que Dieu m’a montré… Ce qui me fut représenté, ce sont trois Personnes distinctes, que l'on peut considérer et entretenir séparément. Je me suis dit ensuite que le Fils seul s'est incarné, ce qui montre clairement la réalité de cette distinction. Ces Personnes se connaissent, s'aiment et communiquent entre elles. Mais si chaque Personne est distincte, comment disons-nous qu'elles n'ont toutes trois qu'une seule essence ? De fait, c'est là ce que nous croyons ; c'est une vérité absolue, pour laquelle je souffrirais mille fois la mort. Ces trois Personnes n'ont qu'un seul vouloir, un seul pouvoir, une seule souveraineté, de sorte qu'aucune d'elles ne peut rien sans les autres et qu'il n'y a qu'un seul Créateur de tout ce qui est créé. Le Fils pourrait-il créer une fourmi sans le Père ? Non, parce qu'ils n'ont qu'un même pouvoir. Il en est de même du Saint Esprit.
Ainsi, il n'y a qu'un seul Dieu tout-puissant, et les trois Personnes ne forment qu'une seule Majesté. Quelqu'un pourrait-il aimer le Père, sans aimer le Fils et l'Esprit Saint ? Non, mais celui qui se rend agréable à l'une de ces trois Personnes, se rend agréable à toutes les trois, et celui qui offense l'une d'elles offense les deux autres. Le Père peut-il exister sans le Fils et sans l'Esprit Saint ? Non, parce qu'ils n'ont qu'une même essence, et là où se trouve une des Personnes se trouvent les deux autres, parce qu'elles ne peuvent pas se séparer.
Comment donc voyons-nous trois Personnes distinctes ? Comment le Fils s'est-il incarné, et non le Père ou l'Esprit Saint ? Je ne l'ai pas saisi ; les théologiens le savent. Ce que je sais, c'est que les trois Personnes ont concouru à cette œuvre merveilleuse. Au reste, je ne m'arrête pas longtemps à des questions de ce genre ; mon esprit s'attache aussitôt à cette vérité que Dieu est tout-puissant, que l'ayant ainsi voulu, il l'a pu, et qu'il pourra de même tout ce qu'il voudra. Moins je comprends ces choses, plus je les crois, et plus elles me donnent de dévotion. Dieu soit à jamais béni ! Amen.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Poème « Chant de l'âme qui connaît Dieu par la foi » (trad. OC, Cerf 1990, p. 151)
« Un seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l'unité de leur nature » (Préface)
Je sais une source qui jaillit et s'écoule,
Mais c'est au profond de la nuit.
Cette source éternelle, elle reste cachée ;
Mais je n'ignore pas d'où elle prend naissance,
Et c'est au profond de la nuit...
Je sais, à vrai dire, qu'elle est sans origine,
Tout en elle pourtant plonge sa racine,
Mais c'est au profond de la nuit.
Jamais il ne sera de beauté qui l'égale,
Le ciel, l'univers vont s'y désaltérer,
Mais c'est au profond de la nuit.
Elle est, je le sais bien, tout à fait insondable,
Et, je le sais aussi, elle n'est pas guéable,
Pas même au profond de la nuit.
Jamais son bel éclat ne pourra s'obscurcir ;
Toute lumière aussi d'elle seule jaillit,
Mais c'est au profond de la nuit.
Je sais bien que ses flots sans cesse débordants
Arrosent l'abîme, la terre et tous les peuples,
Mais c'est au profond de la nuit.
Or il est un courant qui naît de cette source,
Aussi large et puissant que la source elle-même,
Mais c'est au profond de la nuit.
Des deux premiers courants, un troisième procède ;
Il n'est pas moins ancien que ceux qui l'ont produit,
Mais c'est au profond de la nuit.
Je sais que tous les trois sont une seule eau vive,
Et que l'un de l'autre vont dérivant sans cesse,
Mais c'est au profond de la nuit.
Cette source éternelle est toute rassemblée
En notre pain vivant pour nous donner la vie,
Mais c'est au profond de la nuit...
Cette source d'eau vive, objet de mes désirs,
En ce vrai pain de vie je la vois, la contemple,
Mais c'est au profond de la nuit.
ou
Catéchisme de l'Église catholique §261-267
« Un seul Dieu, ... un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l'unité de leur nature » (Préface)
Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Dieu seul peut nous en donner la connaissance en se révélant comme Père, Fils et Saint-Esprit. L'incarnation du Fils de Dieu révèle que Dieu est le Père éternel et que le Fils est de même nature que le Père, c'est-à-dire qu'il est en lui et avec lui le même Dieu unique. La mission du Saint Esprit, envoyé par le Père au nom du Fils et par le Fils « d'auprès du Père » (Jn 15,26) révèle qu'il est avec eux le même Dieu unique. « Avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire » (Credo)...
Par la grâce du baptême « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » nous sommes appelés à partager la vie de la bienheureuse Trinité, ici-bas dans l'obscurité de la foi, et au-delà de la mort dans la lumière éternelle.
« La foi catholique consiste en ceci : vénérer un seul Dieu dans la trinité et la trinité dans l'unité, sans confondre les personnes, sans diviser la substance : car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de l'Esprit Saint ; mais du Père, du Fils et de l'Esprit Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté » (Credo Quicumque).
Inséparables dans ce qu'elles sont, les personnes divines sont aussi inséparables dans ce qu'elles font. Mais dans l'unique opération divine chacune manifeste ce qui lui est propre dans la Trinité, surtout dans les missions divines de l'incarnation du Fils et du don du Saint Esprit.

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