Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité – Année A
Commentaire de l’Évangile
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301) moniale bénédictine
Exercices I, SC 127 (Œuvres spirituelles, trad. J. Hourlier et A. Schmitt, Éd. du Cerf, 1967, p. 73-75, rev.)
Que ton corps et ton sang me gardent pour la vie éternelle
Pour la réception de la communion au corps et au sang vivifiant de l’agneau immaculé Jésus Christ, [dis] :
Que ton corps vénérable et ton sang précieux, mon Seigneur Jésus Christ, gardent mon corps et mon âme pour la vie éternelle. Que ta paix soit avec moi. En toi, ô Jésus, paix véritable, à jamais que je reçoive paix sur paix, afin que par toi je parvienne à cette paix qui surpasse tout sentiment ; où joyeuse, je te verrai en toi, pour l’éternité.
Dans cette communion, désire que toute ta vie soit cachée avec le Christ en Dieu, et que l’heure de ta mort te trouve pleinement consommée en lui :
Ô très doux hôte de mon âme, mon Jésus très cordialement aimé, que ta suave réception soit pour moi aujourd’hui de tous mes péchés la rémission, de toutes mes négligences la réparation. Et de toute ma vie perdue le recouvrement. Qu’elle soit pour moi éternel salut, guérison de l’âme et du corps, embrasement de l’amour, renouvellement de vertu et inclusion de ma vie en toi pour l’éternité. Qu’elle opère en moi la liberté de l’esprit, la santé de la vie, la dignité des mœurs ; qu’elle soit pour moi le bouclier de la patience, l’enseigne de l’humilité, l’appui de la confiance, la consolation dans la tristesse, le secours pour la persévérance. Qu’elle soit pour moi l’armure de la foi, la fermeté de l’espérance, la perfection de la charité, l’accomplissement de tes commandements, le renouvellement de l’esprit, la sanctification dans la vérité (Jn 17,17) et la consommation de toute la religion. Qu’elle soit pour moi la source des vertus, la fin des vices, l’accroissement de tout bien, et le témoignage éternel de ton amour.
Ainsi, au terme de ma vie, affranchie des misères de cette vie, toute joyeuse je prendrai place pour l’éternité à ton festin, et je tressaillirai au sein des richesses de ton amour, comme l’épouse se réjouit dans les délices de son roi. Amen
ou
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
De quoi est capable l’amour d’un Dieu (Aimez Dieu ! ; coll. du Laurier, éd. Le Laurier, 1982 ; p. 16-17 ; rev.)
Voyez de quoi est capable l’amour d’un Dieu pour ses créatures !
Qui de nous aurait jamais pu comprendre que Jésus Christ eût porté son amour vers ses créatures jusqu’à leur donner son Corps adorable et son Sang précieux pour servir de nourriture à nos âmes, si ce n’était lui-même qui nous le dise ? Eh quoi ! une âme se nourrit de son Sauveur ! et cela autant de fois qu’elle le désire ! Ô abîme de bonté et d’amour d’un Dieu pour ses créatures !...
Saint Paul nous dit que le Sauveur, en se revêtant de notre chair, a caché sa divinité et a porté l’humiliation jusqu’à l’anéantissement. Mais, en instituant le sacrement de l’Eucharistie, il a voilé jusqu’à son humanité, il n’a laissé paraître que les entrailles de sa miséricorde. Oh ! voyez de quoi est capable l’amour d’un Dieu pour ses créatures ! (…) Saint Jean nous dit que Jésus Crist « ayant aimé les hommes jusqu’à la fin » (Jn 13,1), trouva le moyen de monter au ciel sans quitter la terre : il prit du pain entre ses mains saintes et vénérables, le bénit et le changea en son Corps ; il prit le vin et le changea en son Sang précieux et donna à tous les prêtres, dans la personne de ses apôtres, le pouvoir de faire le même miracle, toutes les fois qu’ils prononceraient les mêmes paroles ; afin que, par ce miracle d’amour, il pût rester avec nous, nous servir de nourriture, nous consoler et nous tenir compagnie.
« Celui, nous dit-il, qui mange ma chair et qui boit mon sang vivra éternellement ; mais celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang n’aura pas la vie en lui. » (cf. Jn 6, 53-54). Oh ! quel bonheur pour un chrétien d’aspirer à un si grand honneur que de se nourrir du pain des anges !...
ou
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d'Ars
Pensées choisies du saint Curé d'Ars (J. Frossard, Éds Tequi 2007, p. 83-86, rev.)
L'Eucharistie ouvre la porte du Paradis
Si l'on pouvait bien comprendre tous les biens renfermés dans la sainte Communion, il n'en faudrait pas davantage pour contenter le cœur de l'homme.
Notre Seigneur a dit : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon Nom, Il vous l'accordera. » (Jn 16,23b) Jamais nous n'aurions pensé à demander à Dieu son propre Fils. Mais ce que l'homme n'aurait pu imaginer, Dieu l'a fait. Ce que l'homme ne peut pas dire ni concevoir, et qu'il n'eût jamais osé désirer, Dieu, dans son Amour, l'a dit, l'a conçu et l'a exécuté.
Sans la divine Eucharistie, il n'y aurait point de bonheur en ce monde, la vie ne serait pas supportable. Quand nous recevons la sainte Communion, nous recevons notre joie et notre bonheur. Le Bon Dieu, voulant se donner à nous dans le Sacrement de son Amour, nous a donné un désir vaste et grand que Lui seul peut satisfaire... À côté de ce beau Sacrement, nous sommes comme une personne qui meurt de soif à côté d'une rivière ; elle n'aurait cependant qu'à courber la tête !... Comme une personne qui reste pauvre à côté d'un trésor ; elle n'aurait qu'à tendre la main !
Si l'on pouvait bien comprendre tous les biens renfermés dans la sainte Communion, il n'en faudrait pas davantage pour contenter le cœur de l'homme.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie « Je demeure parmi vous », 1938 (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 329s)
« Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement »
Ce cœur de la Trinité, il bat pour nous
dans la petite tente, le tabernacle,
où il demeure caché
si mystérieusement
dans ce rond de blancheur
pétri de fin silence.
C’est ton trône royal
sur la terre, Seigneur,
un trône bien visible
que tu bâtis pour nous.
Avec joie tu me vois
m’en approcher tout près.
Tu plonges plein d’amour
ton regard dans le mien
et tu prêtes l’oreille
à mon faible murmure.
Tu remplis de ta paix
le tréfonds de mon cœur.
Et pourtant ton amour
ne peut se contenter
de cet échange-là
qui nous tient séparés,
le désir de ton Cœur
réclame plus encore.
Tu viens en nourriture
chaque matin pour moi,
et ton Corps et ton Sang
me sont vin et repas.
Prodigieuse merveille
que tu accomplis là !
Ton Corps dans ce mystère
vient pénétrer le mien
et ton âme elle aussi
vient s’unir à la mienne.
Je ne suis plus alors
ce que j’étais avant.
Tu viens et tu t’en vas ;
mais reste la semence
que tu jetas en terre
pour la gloire à venir (Mc 4,26 ; Jn 12,24),
semence ensevelie
dans ce corps de poussière.
En l’âme, seul demeure
comme un éclat des cieux ;
et tout au fond des yeux
subsiste une lueur,
et un frémissement
dans le son de la voix.
Mais le lien demeure
qui relie cœur à cœur,
flot jaillissant de vie
qui jaillit de ton Cœur
et qui donne la vie
à chacun de tes membres (1Co 12,27).
Qu’elles sont merveilleuses
tes merveilles d’amour !
Et notre admiration
nous conduit au silence
car viennent à défaillir
nos esprits et nos mots.
ou
Pape Benoît XVI
« Sacramentum Caritatis » §70 (trad. DC 2377, p. 331 © Libreria Editrice Vaticana)
« De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi »
Parlant du don de sa vie, le Seigneur Jésus, qui s'est fait pour nous nourriture de vérité et d'amour, nous assure que « si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Mais cette « vie éternelle » commence déjà en nous en ce temps, à travers le changement que le don eucharistique engendre en nous : « Celui qui me mangera vivra par moi ». Ces paroles de Jésus nous font comprendre que le mystère « auquel on croit » et « qui est célébré » possède en lui-même un dynamisme qui en fait le principe de la vie nouvelle en nous et la forme de l'existence chrétienne. En communiant au Corps et au Sang de Jésus Christ, nous sommes en effet rendus participants de la vie divine de façon toujours plus adulte et plus consciente.
Cela vaut aussi de ce que saint Augustin, dans ses Confessions, disait du Verbe éternel, nourriture de l'âme ; mettant en relief le caractère paradoxal de cette nourriture, le saint Docteur imagine s'entendre dire : « Je suis la nourriture des grands. Grandis, et tu me mangeras, tu ne me transformeras pas en toi, telle la nourriture de ta chair ; mais c'est en moi que tu te transformeras ». De fait, ce n'est pas l'aliment eucharistique qui se transforme en nous, mais c'est nous qui sommes mystérieusement changés par lui. Le Christ nous nourrit en nous unissant à lui ; « il nous attire en lui ».
La célébration eucharistique apparaît ici, dans toute sa force, en tant que source et sommet de l'existence chrétienne, étant en même temps le commencement et l'accomplissement du culte nouveau et définitif, « le culte spirituel ». Les paroles de saint Paul aux Romains à ce sujet sont la formulation la plus synthétique de la façon dont l'eucharistie transforme toute notre vie en culte spirituel agréable à Dieu : « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir vos corps en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Rm 12, 1).
ou
Pape Benoît XVI
Sacramentum caritatis, 92 (trad. DC 2377 1/4/07, p. 341 © Libreria Editrice Vaticana)
L’Eucharistie, lien entre la première création et la nouvelle création.
Pour développer une spiritualité eucharistique profonde, capable aussi de peser significativement sur le tissu social, il est nécessaire que le peuple chrétien, qui rend grâce par l'eucharistie, ait conscience de le faire au nom de la création tout entière, aspirant ainsi à la sanctification du monde et travaillant intensément à cette fin… La liturgie elle-même nous éduque à tout cela quand, durant la présentation des dons, le prêtre adresse à Dieu une prière de bénédiction et de demande en relation avec le pain et le vin, « fruit de la terre », « de la vigne » et du « travail des hommes ». Par ces paroles, en plus d’impliquer dans l'offrande à Dieu toute l'activité et l'effort humains, le rite nous pousse à considérer la terre comme création de Dieu, qui produit pour nous ce dont nous avons besoin pour notre subsistance.
La terre n'est pas une réalité neutre, une simple matière à utiliser indifféremment selon l'instinct humain. Elle se place au cœur même du bon dessein de Dieu, par lequel nous sommes tous appelés à être fils et filles dans l'unique Fils de Dieu, Jésus Christ (Ep 1, 4-12). Les légitimes préoccupations concernant les conditions écologiques de la création en de nombreuses parties du monde trouvent des points d’appui dans la perspective de l'espérance chrétienne, qui nous engage à œuvrer de manière responsable pour la sauvegarde de la création.
Dans la relation entre l'eucharistie et le cosmos, en effet, nous découvrons l'unité du dessein de Dieu et nous sommes portés à saisir la profonde relation entre la création et la « nouvelle création », inaugurée dans la résurrection du Christ, nouvel Adam. Nous y participons déjà maintenant en vertu du baptême (Col 2, 12s) ; ainsi, pour notre vie chrétienne nourrie de l'eucharistie, s'ouvre la perspective du monde nouveau, du ciel nouveau et de la terre nouvelle, où la Jérusalem nouvelle descend du ciel, de chez Dieu, « toute prête, comme une fiancée parée pour son époux » (Ap 21, 2).
ou
Liturgie latine
Hymne des vêpres de la fête (trad. Liturgie Chorale du Peuple de Dieu)
« Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie »
Que mon cœur chante le mystère
Du Corps glorieux de Jésus Christ,
Du Sang précieux du Fils de Dieu
Versé pour racheter le monde.
Né de Marie, la Vierge Mère,
Il a reçu de nous sa chair
Pour y semer son verbe saint
Et donner l'immortalité.
La nuit de la dernière Cène
Il mange la Pâque avec les siens ;
Rompant le pain, offrant le vin,
Il s'offre aux siens en nourriture.
Il s'est fait chair, lui le vrai pain,
Son sang pour nous s'est fait boisson,
Ce que nos sens ne touchent pas,
La foi en embrase nos cœurs.
Ce sacrement est admirable,
Courbons nos fronts, adorons-le,
Dieu ne vent plus de sacrifices,
Voici l'offrande de son Fils.
Au Père, au Fils, notre louange
Et l'allégresse de nos chants ;
À l'Esprit du Père et du Fils,
Égale acclamation de gloire.
Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité – Année B
Commentaire de l’Évangile
Saint Bonaventure (1221-1274)
franciscain, docteur de l'Église
Traité de la préparation à la Messe (Œuvres spirituelles, Tome III, Sté S. François d'Assise, 1932, pp. 250-252, rev.)
Ce prodigieux mystère de l'Eucharistie
Lorsque tu dois t'approcher de la table du céleste banquet, « examine-toi toi-même », selon le conseil de l'Apôtre (1 Co 11, 28). Examine soigneusement avec quelle foi tu t'approches. (...) Vois d'abord quelle foi tu dois avoir à la vérité et à la nature de ce Sacrement de l'Eucharistie. Tu dois croire avec fermeté et sans aucun doute ce qu'enseigne et proclame la foi catholique : au moment où sont prononcées les paroles du Christ, le pain matériel et visible rend en quelque sorte hommage au Créateur et fait place, sous l'apparence visible des accidents, au Pain vivant qui descend du ciel pour le ministère et le service sacramentel. Le pain matériel cesse d'exister et, au même instant, sous ses accidents, existent vraiment plusieurs choses d'une manière prodigieuse et ineffable.
D'abord la chair très pure et le corps sacré du Christ, qui furent engendrés par l'opération du Saint-Esprit dans le sein de la glorieuse Vierge Marie, suspendus à la croix, déposés dans le sépulcre et glorifiés au ciel. Puisque la chair ne vit pas privée du sang, ce sang précieux, qui a coulé sur la croix heureusement pour le salut du monde, est là aussi nécessairement présent. Et comme il n'y a point d'homme véritable sans une âme raisonnable, l'âme glorieuse de Jésus-Christ, qui dépasse en grâce et en gloire toute vertu, toute gloire et toute puissance, en qui « reposent tous les trésors de la sagesse divine » (Col 2, 3), est elle-même présente. Enfin puisque le Christ est vrai homme et vrai Dieu, Dieu est là dans la gloire de sa majesté.
Ensemble et distinguées l'une de l'autre, ces quatre réalités se trouvent entières et parfaitement contenues sous les espèces du pain et du vin ; aussi bien dans le calice que dans l'hostie et non moins dans l'un que dans l'autre, si bien que rien ne manque en l'un qui doive être suppléé dans l'autre, et que tout se trouve en chacun des deux par un mystère « dont nous aurions beaucoup de choses à dire » (cf. He 5, 11). Mais il suffit de croire que chacune des espèces contient le vrai Dieu et Homme, entouré du concours des Anges et de la présence des Saints.
ou
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d'Ars
Esprit du Curé d'Ars dans ses Catéchismes, ses Sermons, ses Conversations (Abbé Monnin, Éds Tequi 2007, p. 57-58, rev.)
Dieu se donne Lui-même en nourriture
Pour avoir une idée de notre dignité, il faut nous rappeler souvent le ciel, le calvaire et l'enfer. Si nous comprenions ce que c'est qu'être enfant de Dieu, nous ne pourrions pas faire le mal, nous serions comme des anges sur la terre. Être enfant de Dieu, quelle dignité !
Lorsque les anges se furent révoltés contre Dieu, ce Dieu si bon, voyant qu'ils ne pouvaient jouir du bonheur pour lequel Il les avait créés, fit l'homme et ce petit monde que nous voyons pour nourrir son corps. Mais il fallait bien aussi nourrir son âme ; et comme rien de créé ne peut nourrir l'âme qui est un esprit, Dieu voulut se donner Lui-même pour nourriture.
Mais le grand malheur est qu'on néglige de recourir à cette divine Nourriture, pour traverser le désert de cette vie. Comme une personne qui meurt de faim à côté d'une table bien servie, il y en a qui restent cinquante, soixante ans sans nourrir leur âme.
Si les chrétiens pouvaient comprendre ce langage de notre Seigneur qui leur dit : « Malgré ta misère, Je veux voir de près cette belle âme que J'ai créée pour Moi. Je l'ai faite si grande qu'il n'y a que Moi qui puisse la remplir. Je l'ai faite si pure qu'il n'y a que mon Corps qui puisse la nourrir. »
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
24ème homélie sur la 1ère lettre aux Corinthiens, 2 ; PG 61, 199 (trad. coll. Icthus, t. 9, p. 170 rev.)
« Ceci est mon sang..., répandu pour la multitude »
Les amants de ce monde prouvent leur générosité en donnant de l'argent, des vêtements, des cadeaux divers ; personne ne donne son sang. Le Christ, lui, le donne ; il prouve ainsi la tendresse qu'il nous porte et l'ardeur de son amour. Sous l'ancienne Loi...Dieu acceptait de recevoir le sang des sacrifices, mais c'était pour empêcher son peuple de l'offrir aux idoles, et c'était déjà la preuve d'un très grand amour. Mais le Christ a changé ce rite... ; la victime n'est plus la même : c'est lui-même qu'il offre en sacrifice.
« Le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion au corps du Christ ? » (1Co 10,16)... Qu'est-ce que ce pain ? Le corps du Christ. Que deviennent ceux qui y communient ? Le corps du Christ : non pas une multitude de corps mais un corps unique. De même que le pain, composé de tant de grains de blé, n'est qu'un pain unique où les grains disparaissent, de même que les grains y subsistent mais qu'il est impossible de les distinguer dans la masse si bien unie, ainsi nous tous, ensemble et avec le Christ, nous ne faisons qu'un tout... Maintenant, si nous participons tous au même pain, et si tous nous sommes unis à ce même Christ, pourquoi ne montrons-nous pas un même amour ? Pourquoi ne devenons-nous pas un en cela aussi ?
C'est ce que l'on voyait au temps des débuts : « Toute la multitude de ceux qui croyaient n'avaient qu'un cœur et qu'une âme » (Ac 4,32)... Le Christ est venu te chercher, toi qui étais si loin de lui, pour s'unir à toi ; et toi, tu ne veux pas être un avec ton frère ?... Tu te sépares violemment de lui, après avoir obtenu du Seigneur une si grande preuve d'amour –- et la vie ! En effet, il n'a pas seulement donné son corps, mais, comme notre chair, tirée de la terre, avait perdu la vie et était morte par le péché, il y a introduit pour ainsi dire, une autre substance, comme un ferment : c'est sa chair à lui, sa chair de même nature que la nôtre mais exempte de péché et pleine de vie. Et il nous l'a donnée à tous, afin que, nourris par ce banquet de cette chair nouvelle...nous puissions entrer dans la vie immortelle.
ou
Une hymne ancienne pour le Samedi saint : Borgia, Frammenti eucaristici antichissimi, p. 46-50 (trad. Hamman, Prières des premiers chrétiens, DDB 1981, p. 162)
« Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, répandu pour la multitude »
Aujourd'hui, nous avons contemplé sur l'autel notre Seigneur Jésus Christ.
Aujourd'hui, nous nous sommes nourris du charbon de feu, à l'ombre duquel chantent les Chérubins (Is 6, 2s).
Aujourd'hui, nous avons entendu la voix puissante et douce nous dire :
Ce corps brûle les épines des péchés, il illumine les âmes des hommes.
Ce corps, la femme avec des pertes de sang l'a touché et elle a été délivrée de son infirmité.
Ce corps, à sa vue, la fille de la Cananéenne a été guérie.
Ce corps, la pécheresse s'en est approchée de toute son âme et elle a été délivrée de la fange de ses péchés.
Ce corps, Thomas l'a touché, il l'a reconnu en poussant ce cri : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Ce corps, grand et très haut, est le fondement de notre salut.
Autrefois celui qui est le Verbe et la Vie nous a déclaré :
« Ce sang a été versé pour vous et livré pour la rémission des péchés ».
Nous avons bu, bien-aimés, le sang saint et immortel.
Nous avons bu, bien-aimés, le sang qui a coulé du côté du Seigneur,
qui guérit toute maladie, qui libère toutes les âmes.
Nous avons bu le sang par lequel nous avons été rachetés.
Nous avons été achetés et instruits, nous avons été illuminés.
Regardez, frères, quel corps nous avons mangé !
Regardez, enfants, quel sang nous a enivrés !
Regardez l'alliance conclue avec notre Dieu, de peur de rougir, au jour terrible, au jour du jugement (cf 1Co 11, 29).
Qui est à même de glorifier le mystère de la grâce ?
Nous avons été jugés dignes de participer au don.
Gardons-nous jusqu'à la fin, pour entendre sa voix bienheureuse, douce et sainte :
« Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous » (Mt 25, 34)...
Bien-aimés, nous célébrons les merveilles du baptême de Jésus (cf Mc 10, 38),
sa sainte et vivifiante résurrection,
par laquelle le salut a été donné au monde.
Nous en attendons tous l'heureux accomplissement,
dans la grâce et la bienveillance de notre Seigneur Jésus Christ :
à lui sont la gloire, l'honneur et l'adoration.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur la 1ère lettre aux Corinthiens, n°24, 4 ; PG 61, 204-205 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 383)
Adorer le Corps du Christ
Le Christ, pour nous attirer à l'aimer davantage, nous a donné sa chair en nourriture. Allons donc à lui avec beaucoup d'amour et de ferveur... Ce corps, les mages l'ont adoré quand il était couché dans une mangeoire. Ces païens, ces étrangers, quittèrent leur patrie et leur maison, entreprirent un long voyage pour l'adorer avec crainte et tremblement. Imitons au moins ces étrangers, nous qui sommes citoyens des cieux...
Vous-mêmes, vous ne le voyez plus dans une mangeoire, mais sur l'autel. Vous ne voyez plus une femme qui le tient dans ses bras, mais le prêtre qui l'offre, et l'Esprit de Dieu, avec toute sa générosité, plane au-dessus des offrandes. Non seulement vous voyez le même corps que voyaient les mages, mais en outre vous connaissez sa puissance et sa sagesse, et vous n'ignorez rien de ce qu'il a accompli, après toute l'initiation aux mystères qui vous a été donnée avec exactitude. Réveillons-nous donc, et réveillons en nous la crainte de Dieu. Montrons beaucoup plus de piété envers le Corps du Christ que ces étrangers...
Cette table fortifie notre âme, rassemble notre pensée, soutient notre assurance ; elle est notre espérance, notre salut, notre lumière, notre vie. Si nous quittons la terre munis de ce sacrement, nous entrerons avec confiance dans les parvis sacrés... Mais pourquoi parler du futur ? Dès ce monde, le sacrement transforme la terre en ciel. Ouvrez donc les portes du ciel..., alors vous verrez ce que je viens de dire. Ce qu'il y a de plus précieux au ciel, je vous le montrerai sur la terre. Ce que je vous montre, ce n'est ni les anges, ni les archanges, ni les cieux des cieux, mais celui qui est leur maître.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 272 ; éd. des Mauristes 5, 1103-1104 (Delhougne, Les Pères commentent p. 81-82)
Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes
Ce que vous voyez sur l'autel de Dieu, c'est le pain et la coupe : c'est cela que vos yeux vous signalent. Mais ce dont votre foi veut être instruite, c'est que ce pain est le corps du Christ, que cette coupe est son sang. Cela tient à une brève formule, qui peut suffire à la foi. Mais la foi cherche à s'instruire... Comment ce pain est-il son corps, et cette coupe, ou plutôt son contenu, peut-il être son sang ?
Mes frères, c'est cela que l'on appelle des sacrements : ils montrent une réalité, et en font comprendre une autre. Ce que nous voyons est une apparence corporelle, tandis que ce que nous comprenons est un fruit spirituel. Si vous voulez comprendre ce qu'est le corps du Christ, écoutez l'Apôtre, qui dit aux fidèles : « Vous êtes le corps du Christ, et chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps » (1Co 12,27). Donc, si c'est vous qui êtes le corps du Christ et ses membres, c'est votre mystère qui se trouve sur la table du Seigneur, et c'est votre mystère que vous recevez. À cela, que vous êtes, vous répondez : « Amen », et par cette réponse, vous y souscrivez. On vous dit : « Le corps du Christ », et vous répondez « Amen ». Soyez donc membres du corps du Christ, pour que cet Amen soit véridique.
Pourquoi donc le corps est-il dans le pain ? Ici encore, ne disons rien de nous-mêmes, écoutons encore l'Apôtre qui, en parlant de ce sacrement, nous dit : « Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1Co 10,17). Comprenez cela et soyez dans la joie : unité, vérité, piété, charité ! « Un seul pain » : qui est ce pain unique ? « Un seul corps, nous qui sommes multitude ». Rappelez-vous qu'on ne fait pas du pain avec un seul grain, mais avec beaucoup. Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes.
Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité – Année C
Commentaire de l’Évangile
Théodore de Mopsueste (?-428)
évêque et théologien
Deuxième Homélie sur l'Eucharistie (L'initiation chrétienne, textes recueillis et présentés par A. Hamman, Ictus/Les Pères dans la foi, DDB, rev.)
« Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? » (1 Co 10,16)
Quand la prière eucharistique est terminée, nous nous hâtons tous de prendre l'oblation. Ce que nous prenons de l'autel redoutable et sublime, est une nourriture sainte et immortelle. Il est vrai que les ministres qui se tiennent près de l'autel et président la liturgie, reçoivent la nourriture sur l'autel, tandis que les fidèles la reçoivent loin de lui. Mais cela n'implique pas qu'il y ait quelque différence en cette nourriture, en effet, le pain est unique, unique aussi est le corps du Christ notre Seigneur, en qui ce pain a été transformé. Cette transformation s'est accomplie par la venue du Saint-Esprit.
Nous prenons tous de ce pain, parce que nous sommes l'unique corps du Christ notre Seigneur et que du même corps et du même sang nous sommes nourris. Si par la nouvelle naissance et par l'Esprit Saint nous sommes tous devenus l'unique corps du Christ, par l'unique nourriture des mystères sacrés, dont la grâce de l'Esprit Saint nous nourris, nous entrons tous dans l'unique communion du Christ. (...) Ainsi par ce moyen nous entrons en union et en communion avec notre Tête. (...) Nous devenons solidaires du corps et du sang de notre Seigneur. (...)
Nous pouvons donc tous en prendre (de cette oblation). Mais celui-là reçoit davantage qui, autant qu'il est possible à l'homme, s'en rend digne par l'amour, la foi et la conduite. Il est, par ailleurs, évident que nul d'entre les hommes n'en est jamais digne. Comment un homme mortel, corruptible, pécheur, pourrait-il mériter de prendre et de recevoir le corps désormais immortel, incorruptible, présent au ciel à la droite de Dieu, et qui, en qualité de Seigneur et de roi, est honoré de tous les hommes ?
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 272, Aux nouveaux baptisés, sur le sacrement
Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes
Ce que vous voyez sur l'autel de Dieu..., c'est le pain et la coupe : c'est cela que vos yeux vous apprennent. Mais ce dont votre foi doit être instruite, c'est que ce pain est le corps du Christ, que cette coupe est le sang du Christ. Ce peu de paroles suffisent peut-être pour votre foi ; mais la foi cherche à s'instruire... Comment ce pain est-il son corps, et cette coupe, ou plutôt son contenu, peut-il être son sang ?
Mes frères, c'est cela que l'on appelle des sacrements : ils expriment autre chose que ce qu'ils présentent à nos regards. Ce que nous voyons est une apparence matérielle, tandis que ce que nous comprenons est un fruit spirituel. Si vous voulez comprendre ce qu'est le corps du Christ, écoutez l'apôtre Paul, qui dit aux fidèles : « Vous êtes le corps du Christ ; et chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps » (1Co 12,27). Donc, si c'est vous qui êtes le corps du Christ et ses membres, c'est le symbole de ce que vous êtes qui se trouve sur la table du Seigneur, et c'est votre mystère que vous recevez. Vous répondez : « Amen » à ce que vous êtes, et par cette réponse, vous y souscrivez. On vous dit : « Le corps du Christ », et vous répondez : « Amen ». Soyez donc membres du corps du Christ, pour que cet amen soit véridique.
Pourquoi donc le corps est-il dans le pain ? Ici encore, ne disons rien de nous-mêmes, écoutons encore l'apôtre qui, en parlant de ce sacrement, nous dit : « Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » (1Co 10,17). Comprenez cela et soyez dans la joie : unité, vérité, dévotion, charité ! « Un seul pain » : qui est ce pain unique ? « Un seul corps, nous qui sommes multitude. » Rappelez-vous qu'on ne fait pas du pain avec un seul grain, mais avec beaucoup... Soyez donc ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes.
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église, Prières
Prière avant la communion eucharistique
« Le pain des anges, le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu » (Séquence de la fête)
Dieu tout-puissant et éternel, voici que je m'approche du sacrement de votre fils unique notre Seigneur Jésus Christ. Malade, je viens au médecin dont dépend ma vie ; souillé, à la source de la miséricorde ; aveugle, au foyer de la lumière éternelle ; pauvre et dépourvu de tout, au maître du ciel et de la terre.
J'implore donc ton immense, ton inépuisable générosité, afin que tu daignes guérir mes infirmités, laver mes souillures, illuminer mon aveuglement, combler mon indigence, couvrir ma nudité ; et qu'ainsi je puisse recevoir le pain des anges (Ps 77, 25), le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs (1Tm 6, 15), avec toute la révérence et l'humilité, toute la contrition et la dévotion, toute la pureté et la foi, toute la fermeté de propos et la droiture d'intention que requiert le salut de mon âme.
Donne-moi, je t’en prie, de ne pas recevoir simplement le sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, mais bien toute la force et l'efficacité du sacrement. Dieu plein de douceur, donne-moi de si bien recevoir le Corps de ton Fils unique, notre Seigneur Jésus Christ, ce corps matériel qu'il a reçu de la Vierge Marie, que je mérite d'être incorporé à son Corps mystique et compté parmi ses membres.
Père plein d'amour, accorde-moi que ce Fils bien-aimé que je m'apprête à recevoir maintenant sous le voile qui convient à mon état de voyageur, je puisse un jour le contempler à visage découvert et pour l'éternité, lui qui, étant Dieu, vit et règne avec toi dans l'unité du Saint Esprit dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Opuscule pour la fête du Corps du Christ 57, 1-4 (trad. bréviaire, fête du Saint Sacrement, rev.)
Le mystère de l'eucharistie
Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature afin de diviniser les hommes, lui qui s'est fait homme. En outre, ce qu'il a pris de nous, il nous l'a entièrement donné pour notre salut. En effet, sur l'autel de la croix il a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous réconcilier avec lui ; et il a répandu son sang pour qu'il soit en même temps notre rançon et notre baptême : rachetés d'un esclavage lamentable, nous serions purifiés de tous nos péchés. Et pour que nous gardions toujours la mémoire d'un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les apparences du pain et du vin.
Quel banquet précieux et stupéfiant, qui apporte le salut et qui est rempli de douceur ! Peut-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l'on ne nous propose plus, comme dans l'ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement ?… Aucun sacrement ne produit des effets plus salutaires que celui-ci : il efface les péchés, accroît les vertus et comble l'âme surabondamment de tous les dons spirituels. Il est offert dans l'Église pour les vivants et pour les morts afin de profiter à tous, étant institué pour le salut de tous.
Personne n'est capable d'exprimer les délices de ce sacrement, puisqu'on y goûte la douceur spirituelle à sa source ; et on y célèbre la mémoire de cet amour insurpassable que le Christ a montré dans sa Passion. Il voulait que l'immensité de cet amour soit gravée plus profondément dans le cœur des fidèles. C'est pourquoi à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu'il allait passer de ce monde à son Père (Jn 13,1), il a institué ce sacrement comme le mémorial perpétuel de sa Passion, l'accomplissement des anciennes préfigurations, le plus grand de tous ses miracles. Et à ceux que son absence allait remplir de tristesse, il a laissé ce réconfort incomparable.