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Sacré-Cœur de Jésus, solennité – Année A
Commentaire de l’Évangile
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit journal, § 1321 (trad. Parole et Dialogue 2002, p. 444)
« Je suis doux et humble de cœur »
Je te salue, Cœur très miséricordieux de Jésus,
Source vivante de toutes les grâces,
Unique abri et notre refuge,
En toi je trouve l’éclat de l’espérance.
Je te salue, Cœur très compatissant de mon Dieu,
Insondable, vivante source d’amour,
D’où jaillit la vie pour l’homme pécheur,
Ainsi que la source de toute douceur.
Je te salue, plaie ouverte du très saint Cœur (Jn 19,34),
D’où sont sortis les rayons de miséricorde,
Et d’où il nous est donné de puiser la vie,
Uniquement avec le vase de la confiance.
Je te salue, bonté de Dieu, inconcevable,
Jamais mesurée, ni approfondie,
Pleine d’amour et de miséricorde, mais toujours sainte,
Et cependant tu es comme une bonne mère qui se penche sur nous.
Je te salue, trône de la miséricorde, Agneau de Dieu,
Toi qui offris ta vie en sacrifice pour moi,
Toi devant qui chaque jour mon âme s’abaisse,
Vivant en une foi profonde.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
La Vigne mystique, §8-9
« Voyant que Jésus était déjà mort..., un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; il en sortit du sang et de l'eau » (Jn 19, 33-34)
Ils ont creusé non seulement ses mains et ses pieds (Ps 21, 17), mais ont percé son côté et ont ouvert l'intérieur de son cœur très saint qui avait été déjà blessé par la lance de l'amour... Approchons-nous, et nous tressaillirons, nous nous réjouirons en toi, au souvenir de ton cœur. Oh qu'il est bon, qu'il est agréable d'habiter en ce cœur ! (cf Ps 132, 2) Ton cœur, ô bon Jésus, est un vrai trésor, une perle précieuse, que nous avons trouvée en fouillant dans le champ de ton corps (Mt 13, 44-45). Qui la rejetterait ? Bien plutôt, je donnerai tout ; en échange, je livrerai toutes mes pensées et tous mes désirs pour me la procurer, jetant toutes mes préoccupations dans le cœur du Seigneur Jésus, et sans nul doute ce cœur me nourrira.
En ce temple, en ce Saint des Saints, devant cette arche de l'alliance (1R 6, 19), j'adorerai et je louerai le nom du Seigneur, disant avec David : « J'ai trouvé mon cœur pour prier le Seigneur » (2S 7, 27). Et moi, j'ai trouvé le cœur de Jésus mon roi, mon frère et mon tendre ami. Et ne prierai-je pas ? Je prierai assurément. Car son cœur est avec moi –- je le dirai avec hardiesse –- et même plus : parce que le Christ est vraiment auprès de moi, comment ce qui est à mon chef, ma tête (Col 1, 18), ne serait-il pas à moi ?... Ce cœur spirituel est bien mon cœur ; il est bien à moi. Vraiment, avec Jésus je possède mon cœur. Qu'y a-t-il d'étonnant à cela ? La « multitude des croyants » formait bien jadis « un seul cœur » (Ac 4, 32).
Ayant donc trouvé, très doux Jésus, ce cœur qui est le tien et le mien, je te prierai, toi qui es mon Dieu. Reçois mes prières dans ce sanctuaire où tu nous exauces, ou plutôt attire-moi tout entier en ton cœur... Tu peux me faire passer par ce trou d'aiguille après m'avoir fait déposer le poids de ce fardeau que je porte sur les épaules (Mt 19, 24 ; 11, 28). Jésus, le plus beau de toute la beauté humaine, lave-moi encore davantage de mon iniquité et purifie-moi de mon péché (Ps 44, 3 ; 50, 4) afin que, rendu pur par toi, je puisse m'approcher de toi qui es si pur, que je mérite « d'habiter tous les jours de ma vie » en ton cœur et puisse toujours voir et accomplir ta volonté (Ps 26, 4 Vulg).
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Exercices IV, SC 127 (Œuvres spirituelles, trad. J. Hourlier et A. Schmitt, Éd. du Cerf, Paris 1967, p. 153-155 ; rev.)
Reçois-moi en ton divin cœur
Maintenant, ô amour, mon Roi et mon Dieu, maintenant, ô Jésus mon bien-aimé. Reçois-moi sous la garde très miséricordieuse de ton divin cœur. Là, là, afin que je vive à toi toute entière, attache-moi à ton amour. Maintenant donc, plonge-moi dans la vaste mer de ta profonde miséricorde. Là, là, confie-moi aux entrailles de ta surabondante bonté. Oh, maintenant, jette-moi dans la flamme dévorante de ton divin amour. Là, là, fais-moi passer en toi jusqu'à brûler et à réduire en cendres mon âme et mon esprit. Et à l’heure de mon trépas, ah, remets-moi à la providence de ta paternelle charité.
Là, là, ô mon doux Sauveur, console-moi par la vue de ta présence si douce. Là, réconforte-moi par le goût de cette précieuse rançon dont tu m’as rachetée. Là, là, appelle-moi à toi par la voix vivante de ton bel amour. Là, là, reçois-moi dans l’embrasement de ton pardon infiniment miséricordieux. Là, par le souffle de la douceur de ton Esprit, effluve de suavité, attire-moi à toi-même, tire-moi en toi, et attire-moi. Là, dans le baiser de l’union parfaite, plonge-moi dans la jouissance éternelle de toi, et donne-moi alors de te voir, de te posséder, de jouir à jamais de toi dans le plus grand bonheur, car mon âme est éprise de toi, ô Jésus, le plus cher de tous ceux qui sont chers. Amen.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Les Exercices, 7 (trad. SC 127, p. 285 rev.)
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau »
Toi qui as fait pour moi de si grandes et si belles choses que tu m'as obligée à ton service pour toujours, que te rendrai-je pour tant de bienfaits ? Quelles louanges et quelles actions de grâces pourrais-je t'offrir, même si je m'y dépensais mille fois ? Que suis-je moi, pauvre créature, en comparaison de toi, toi ma rédemption abondante ? Donc, mon âme que tu as rachetée, je te l'offrirai tout entière, je te ferai hommage de l'amour de mon cœur. Oui, transporte ma vie en toi, emporte-moi tout entière en toi et, m'enfermant en toi, fais que je ne sois qu'une même chose avec toi.
Ô Amour, ton ardeur divine m'a ouvert le cœur très doux de mon Jésus. Cœur source de douceur, cœur débordant de bonté, cœur surabondant de charité, cœur d'où coule goutte à goutte la bienveillance, cœur plein de miséricorde..., cœur très cher, je te prie d'absorber mon cœur tout entier en toi. Perle très chère de mon cœur, invite-moi à tes festins qui donnent la vie ; verse pour moi les vins de ta consolation... afin que la ruine de mon esprit soit remplie de ta charité divine, et que l'abondance de ton amour supplée à la pauvreté et à la misère de mon âme.
Ô Cœur aimé par-dessus tout..., aie pitié de moi. Je t'en supplie, que la douceur de ta charité rende le courage à mon cœur. De grâce, que les entrailles de ta miséricorde s'émeuvent en ma faveur, car hélas, mes démérites sont nombreux, mes mérites sont nuls. Mon Jésus, que le mérite de ta mort précieuse, qui seul a eu le pouvoir d'acquitter la dette universelle, me remette tout ce que j'ai fait de mal... ; qu'il m'attire à toi si puissamment que, transformée totalement par la force de ton amour divin, je trouve grâce à tes yeux... Et donne-moi, cher Jésus, de t'aimer, toi seul en toutes choses et par-dessus toutes choses, de m'attacher à toi avec ferveur, d'espérer en toi, et de ne mettre à mon espérance aucune limite.
ou
Saint Jean Eudes (1601-1680), prêtre, prédicateur, fondateur d'instituts religieux
Cœur admirable, livre 12 ; OC 8, p. 350-352
« Voici à quoi se reconnaît l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils » (1Jn 4,10)
Le Cœur de notre Sauveur est un foyer ardent d'amour au regard de nous : d'amour purifiant, d'amour illuminant, d'amour sanctifiant, d'amour transformant, et d'amour déifiant. D'amour purifiant, dans lequel les cœurs sont purifiés plus parfaitement que l'or dans le feu. D'amour illuminant, qui dissipe les ténèbres de l'enfer dont la terre est couverte, et qui nous fait entrer dans les lumières admirables du ciel : « Il nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1P 2,9). D'amour sanctifiant, qui détruit le péché dans nos âmes, pour y établir le règne de la grâce. D'amour transformant, qui transforme les serpents en colombes, les loups en agneaux, les bêtes en anges, les enfants du diable en enfants de Dieu, les enfants de colère et de malédiction en enfants de grâce et de bénédiction. D'amour déifiant, qui fait les hommes dieux, les rendant participants de la sainteté de Dieu, de sa miséricorde, de sa patience, de sa bonté, de son amour, de sa charité et de ses autres divines perfections : « participants de la nature divine » (2P 1,4).
Le Cœur de Jésus est un feu qui répand ses flammes de tous côtés, dans le ciel, sur la terre, et par tout l'univers ; feux et flammes qui embrasent les cœurs des séraphins, et qui embraseraient tous les cœurs de la terre, si les glaces du péché ne s'y opposaient.
Il a un amour extraordinaire pour les hommes, tant pour les bons et pour ses amis que pour les méchants et pour ses ennemis, pour lesquels il a une charité si ardente, que tous les torrents des eaux de leurs péchés ne sont pas capables de l'éteindre.


Sacré-Cœur de Jésus, solennité – Année B
Commentaire de l’Évangile
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
La Vigne mystique n° 2 (Œuvres Spirituelles, tome III, pp. 131-132 ; Sté S. François d'Assise, Paris, 1932, rev.)
La blessure du cœur
Les soldats percèrent et transpercèrent non seulement les mains de Jésus mais les pieds ; la lance de leur fureur perça même le côté et, jusqu'au fond, le Cœur sacré déjà percé par la lance de l'amour.
« Vous avez blessé mon cœur, ô ma sœur, mon épouse ; vous avez blessé mon cœur ! « dit-il (Cant. 4, 9). Ô très aimant Jésus, votre épouse, votre sœur, votre amie ayant blessé votre cœur, était-il donc nécessaire que vos ennemis le blessent à leur tour ? Et vous, ses ennemis, que faites-vous ? S'il est déjà blessé, ou plutôt parce qu'il est blessé, le cœur du très doux Jésus, pourquoi lui infliger une seconde blessure ? Ignorez-vous donc qu'à la première blessure le cœur s'éteint et devient en quelque sorte insensible ?
Le cœur de mon très doux Seigneur Jésus est mort parce qu'il a été blessé ; une blessure d'amour a envahi le cœur de Jésus notre Époux, une mort d'amour l'a envahi. Comment une seconde mort entrerait-elle ? « Mais l'amour est fort comme la mort »(Cant. 8,6)  ; bien plus, il est en vérité plus fort que la mort même.
Impossible de chasser la première mort, c'est-à-dire l'amour de tant d'âmes mortes, du cœur qu'elle habite, parce que sa blessure souveraine l'a conquis. De deux adversaires également forts, dont l'un est dans la maison, l'autre dehors, qui doutera en effet que celui qui est dedans remporte la victoire ? Vois donc comme l'amour, qui habite le cœur et le tue d'une blessure d'amour, est fort, et cela est vrai non seulement de Jésus le Seigneur mais encore de ses disciples.
C'est ainsi que fut d'abord blessé et mourut le cœur du Seigneur Jésus, « égorgé pour nous, tout le jour, traité comme une brebis de tuerie »( Ps 43, 21). La mort corporelle survint cependant et triompha pour un temps mais afin d'être vaincue pour l'éternité.
ou
Saint Colomban (563-615), moine, fondateur de monastères
Instructions spirituelles, n°13, 2-3 (trad. bréviaire 21ème jeu. rev.)
« Un des soldats...lui perça le côté, et aussitôt, il en sortit du sang et de l'eau »
Frères, suivons notre appel : nous sommes appelés par la Vie à la source de la vie ; cette source est non seulement source « de l'eau vive » (Jn 4,10), mais de la vie éternelle, source de lumière et de clarté. D'elle en effet viennent toutes choses : sagesse, vie et lumière éternelle... Seigneur, tu es toi-même cette source qui est toujours et toujours à désirer, et à laquelle il nous est toujours permis et toujours nécessaire de puiser. « Donne-nous toujours, Seigneur Jésus, cette eau », pour qu'en nous aussi elle devienne source d'eau qui « jaillit pour la vie éternelle » (Jn 4,15.14). C'est vrai : je te demande beaucoup, qui le nierait ? Mais toi, Roi de gloire, tu sais donner de grandes choses, et tu les as promises. Rien de plus grand que toi, et c'est toi-même que tu nous donnes, c'est toi qui t'es donné pour nous.
C'est pourquoi c'est toi que nous demandons..., car nous ne désirons rien recevoir d'autre que toi. Tu es notre tout : notre vie, notre lumière et notre salut, notre nourriture et notre boisson, notre Dieu. Inspire nos cœurs, je t'en prie, ô notre Jésus ; par le souffle de ton Esprit, blesse nos âmes de ton amour, afin que chacun de nous puisse dire en vérité : « Montre-moi celui que mon cœur aime » (Ct 3,3), car j'ai été blessé de ton amour.
Je souhaite que ces blessures soient en moi, Seigneur. Heureuse l'âme que l'amour blesse de la sorte -- celle qui recherche la source, celle qui boit et qui pourtant ne cesse d'avoir toujours soif tout en buvant, ni de toujours puiser par son désir, ni de toujours boire dans sa soif. C'est ainsi que toujours elle cherche en aimant, car elle trouve la guérison dans sa blessure.
ou
Attribué à Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église : Méditations sur la Passion du Seigneur, 3
« Aussitôt, il en sortit du sang et de l'eau »
Approchons-nous du cœur du très doux Seigneur Jésus, et nous exulterons, nous nous réjouirons en lui. Qu'il est bon et doux d'habiter en ce cœur ! C'est le trésor caché, la perle précieuse que nous trouvons, ô Jésus, en creusant le champ de ton corps (cf Mt 13, 44s). Qui donc rejetterait cette perle ? Bien au contraire, pour elle je donnerai tous mes biens ; je laisserai en échange toutes mes préoccupations, toutes mes affections. Tous mes soucis, je les abandonnerai dans le cœur de Jésus : lui me suffira et pourvoira sans faute à ma subsistance.
C'est dans ce temple, ce Saint des saints, cette arche d'alliance, que je viendrai adorer et louer le nom du Seigneur. « J'ai trouvé mon cœur, disait David, pour prier mon Dieu. » (1Ch 17, 25 Vulg) Et moi aussi j'ai trouvé le cœur de mon Seigneur et Roi, de mon frère et ami. Ne prierai-je donc pas ? Oui, je prierai, car je le dis hardiment, son cœur est à moi...
Ô Jésus, daigne accepter et exaucer ma prière. Entraîne-moi tout entier en ton cœur. Bien que la déformation de mes péchés m'empêche d'y entrer, cependant, puisque par un amour incompréhensible ce cœur s'est dilaté et élargi, tu peux me recevoir et me purifier de mon impureté. Ô Jésus très pur, lave-moi de mes iniquités afin que, purifié par toi, je puisse habiter en ton cœur tous les jours de ma vie, pour voir et faire ta volonté. Si ton côté a été percé, c'est pour que l'entrée nous soit grande ouverte. Si ton cœur a été blessé, c'est pour que, à l'abri des agitations extérieures, nous puissions habiter en lui. Et c'est aussi pour que, dans la blessure visible, nous voyions l'invisible blessure de l'amour.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Homélies sur le Cantique des cantiques, n° 61, 3-5
« Venez puiser avec joie aux sources vives du salut » (Is 12,3)
Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur ? ... Ils ont percé ses mains, ses pieds, et d'un coup de lance son côté. Par ces trous béants, je peux goûter le miel de ce roc (Ps 80,17) et l'huile qui coule de la pierre très dure, c'est-à-dire « goûter et voir combien le Seigneur est doux » (Ps 33,9). Il formait des pensées de paix (Jr 29,11) et je ne le savais pas. « Qui, en effet, a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? » (Rm 11,34) Mais le clou qui pénètre en lui est devenu pour moi une clef qui m'ouvre le mystère de ses desseins.
Comment ne pas voir à travers ces ouvertures ? Les clous et les plaies crient que vraiment, en la personne du Christ, Dieu se réconcilie le monde. Le fer a transpercé son être et touché son cœur afin qu'il n'ignore plus comment compatir à mes faiblesses. Le secret de son cœur paraît à nu dans les plaies de son corps ; on voit à découvert le grand mystère de sa bonté, cette miséricordieuse tendresse de notre Dieu, « Soleil levant qui nous a visités d'en haut » (Lc 1,78). Et comment cette tendresse ne serait-elle pas manifeste dans ses plaies ? Comment montrer plus clairement que par tes plaies que toi, Seigneur, tu es doux et compatissant et d'une grande miséricorde, puisqu'il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie (Jn 15,13) pour des condamnés à mort ?
Tout mon mérite, c'est donc la pitié du Seigneur, et je ne manquerai pas de mérite tant que la pitié ne lui fera pas défaut. Si les miséricordes de Dieu se multiplient, mes mérites seront nombreux. Mais qu'arrivera-t-il si j'ai à me reprocher quantité de fautes ? « Là où le péché s'était multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). Et si « la bonté du Seigneur s'étend de toujours à toujours », de mon côté « je chanterai sans fin les miséricordes du Seigneur » (Ps 102,17 ;88,2). Est-ce là ma justice ? Seigneur, je ferai mémoire de ta seule justice, car c'est elle ma justice puisque pour moi tu es devenu justice de Dieu (Rm 1,17).
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
L'Arbre de vie, 29-30, 47 (trad. cf bréviaire Sacré Cœur et Orval)
Voici le cœur qui a tant aimé les hommes
Toi qui as été racheté, contemple celui qui pour toi est suspendu à la croix… La sagesse de Dieu a bien voulu que la lance d'un soldat perce et ouvre son côté ; il en est sorti du sang et de l'eau (Jn 19,34). De cette source, du plus profond de son cœur, le Christ donne aux sacrements de l'Église le pouvoir de donner la vie de la grâce… ; il donne à boire de cette « eau vive qui jaillit jusque dans la vie éternelle » (Jn 4,14).
Lève-toi donc, toi qui aimes le Christ, « sois comme la colombe qui pose son nid au fond de la caverne » (Jr 48,28), et là, « comme l'oiseau qui a trouvé sa demeure » (Ps 83,4), ne cesse pas de veiller ; comme la tourterelle, viens y abriter tes petits et avance ta bouche pour « puiser de l'eau aux sources du salut » (Is 12,3). Voilà en effet « la source qui, jaillie au milieu de l'Éden, se divise en quatre bras » (Gn 2,10) et, répandue dans les cœurs des croyants, arrose et féconde la terre tout entière... Qui que tu sois, cours à cette source de vie et de lumière avec un désir ardent et, dans ton amour de Dieu, crie-lui de toute ta force et de ton cœur : « Beauté inexprimable du Dieu très-haut, resplendissement très pur de la lumière éternelle, Vie qui donnes la vie à tous les vivants, lumière qui donnes son éclat à toute lumière et qui gardes en leur splendeur immuable et en leur diversité les astres qui brillent devant le trône de ta divinité depuis l'origine des temps !
« Fleuve éternel et inaccessible, limpide et doux, dont la source est cachée aux yeux de tous les mortels, profondeur sans fond, hauteur sans limites, largeur sans bornes, pureté sans aucun trouble ! C'est de toi que découle ‘le fleuve qui réjouit la cité de Dieu' (Ps 45,5)..., pour que nous te chantions des hymnes de louange, ‘dans les acclamations de joie et d'action de grâce' (Ps 41,5), car nous savons d'expérience ‘qu'auprès de toi est la source de la vie et que dans ta lumière nous verrons la lumière' (Ps 35,10) ».


Sacré-Cœur de Jésus, solennité – Année C
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Eudes (1601-1680), prêtre, prédicateur, fondateur d'instituts religieux
Cœur admirable, livre 12 ; OC 8, p. 350-352
« Voici à quoi se reconnaît l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils » (1Jn 4,10)
Le Cœur de notre Sauveur est un foyer ardent d'amour au regard de nous : d'amour purifiant, d'amour illuminant, d'amour sanctifiant, d'amour transformant, et d'amour déifiant. D'amour purifiant, dans lequel les cœurs sont purifiés plus parfaitement que l'or dans le feu. D'amour illuminant, qui dissipe les ténèbres de l'enfer dont la terre est couverte, et qui nous fait entrer dans les lumières admirables du ciel : « Il nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1P 2,9). D'amour sanctifiant, qui détruit le péché dans nos âmes, pour y établir le règne de la grâce. D'amour transformant, qui transforme les serpents en colombes, les loups en agneaux, les bêtes en anges, les enfants du diable en enfants de Dieu, les enfants de colère et de malédiction en enfants de grâce et de bénédiction. D'amour déifiant, qui fait les hommes dieux, les rendant participants de la sainteté de Dieu, de sa miséricorde, de sa patience, de sa bonté, de son amour, de sa charité et de ses autres divines perfections : « participants de la nature divine » (2P 1,4).
Le Cœur de Jésus est un feu qui répand ses flammes de tous côtés, dans le ciel, sur la terre, et par tout l'univers ; feux et flammes qui embrasent les cœurs des séraphins, et qui embraseraient tous les cœurs de la terre, si les glaces du péché ne s'y opposaient.
Il a un amour extraordinaire pour les hommes, tant pour les bons et pour ses amis que pour les méchants et pour ses ennemis, pour lesquels il a une charité si ardente, que tous les torrents des eaux de leurs péchés ne sont pas capables de l'éteindre.
ou
Homélie de saint Augustin (+ 430)
De catechizandis rudibus, 1, 7-8, PL 40, 314-315.
Quel est le motif le plus puissant de la venue du Seigneur? N'est-ce pas afin que Dieu montre son amour pour nous de la façon la plus convaincante? Car le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore ses ennemis (Rm 5, 6-9). Et il en est ainsi, parce que la chanté est le but du précepte (1Tm 1, 5) et l'accomplissement parfait de la Loi (Rm 13, 10). Parce que nous devons nous aimer les uns les autres (1Jn 4, 7) et que, comme lui-même a donné sa vie pour nous, nous devons, nous aussi, donner notre vie pour nos frères (1Jn 3, 16). Quant à Dieu lui-même, parce qu'il nous a aimés le premier (1Jn 4, 10) et qu'il n'a pas refusé son Fils unique, mais qu'il l'a livré pour nous tous (Rm 8, 32), si autrefois il nous en coûtait de l'aimer, maintenant du moins devons-nous chercher à lui rendre son amour.
Car rien n'invite davantage à l'amour que d'aimer le premier. Et c'est avoir un cœur trop dur que refuser non seulement de donner l'amour, mais de le rendre. Donc, si le cœur qui sommeillait se réveille lorsqu'il se sent aimé, et si le cœur qui brûlait déjà s'enflamme davantage en découvrant qu'il est aimé de retour, il est évident qu'il n'y a rien de plus puissant pour susciter ou pour accroître l'amour que de se découvrir aimé quand on n'aimait pas encore, ou d'espérer qu'on pourra être aimé en retour, ou de l'éprouver enfin, quand on aimait le premier.
Bien que les supérieurs désirent être aimés par leurs inférieurs et prennent plaisir à leurs services empressés, et bien qu'ils les aiment d'autant plus qu'ils constatent ce dévouement, il vaut la peine de remarquer de quel amour s'enflamme un inférieur quand il se sent aimé par son supérieur. En effet, l'amour nous touche bien davantage quand il n'exprime pas le dessèchement de l'indigence, mais le ruissellement d'une bienfaisance généreuse. Dans le premier cas, il naît de la misère; dans le second, de la miséricorde.
En outre, si l'inférieur désespérait jusque-là de pouvoir seulement être aimé par son supérieur, il sera porté à l'aimer au-delà de toute expression si le supérieur, spontanément, a daigné montrer combien il l'aime, alors que cet inférieur n'aurait jamais osé se promettre un tel bonheur.
Qu'y a-t-il de plus élevé que Dieu dans son jugement, et de plus désespéré que l'homme dans son péché? Car cet homme s'était livré aux puissances d'orgueil, qui ne peuvent faire son bonheur, pour qu'elles le protègent et l'asservissent; et cela d'autant plus qu'il avait désespéré davantage de pouvoir intéresser la puissance qui veut s'élever non par le mal, mais par le bien.
Donc le Christ est venu surtout pour que l'homme sache que Dieu l'aime, et pour lui apprendre qu'il doit s'enflammer d'amour pour celui qui l'a aimé le premier. Et aussi pour qu'il aime son prochain comme le lui a ordonné et montré celui qui, en nous aimant, s'est fait notre prochain, alors que nous nous étions égarés au loin.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Journal de l'âme, 1901-1903 (trad. Cerf, 1964, p. 242 )
« Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue »
Je sens que mon Jésus se fait toujours plus proche de moi. Il a permis ces jours-ci que je tombe à la mer et que je me noie dans la considération de ma misère et de mon orgueil, pour me faire comprendre à quel point j'ai besoin de lui. Au moment où je risque d'être submergé, Jésus, marchant sur les eaux, vient à ma rencontre en souriant pour me sauver. Je voudrais lui dire avec Pierre : « Éloignez-vous de moi, Seigneur, car je suis un pécheur » (Lc 5,8), mais je suis devancé par la tendresse de son cœur et par la douceur de ses paroles : « N'aie pas peur » (Lc 5,10).
Oh ! je ne crains plus rien à côté de vous ! Je repose tout contre vous ; pareil à la brebis perdue, j'entends les battements de votre cœur ; Jésus, je suis à vous une fois de plus, à vous pour toujours. Avec vous je suis vraiment grand ; sans vous je ne suis qu'un faible roseau, mais appuyé à vous je suis une colonne. Je ne dois jamais oublier ma misère, non pour trembler sans cesse, mais pour que, malgré mon humilité et ma confusion, je m'approche de votre cœur avec toujours plus de confiance, car ma misère est le trône de votre miséricorde et de votre amour.
ou
Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148), moine bénédictin puis cistercien
Oraisons méditatives, n°8, 6 ; SC 324 (trad. cf SC p.139)
« Tout joyeux, il la prend sur ses épaules »
Pour mes mains, Seigneur, qui ont fait ce qu'elles ne devaient pas, tes mains ont été transpercées de clous, et tes pieds pour mes pieds. Pour les dérèglements de ma vue, tes yeux se sont endormis dans la mort, et tes oreilles pour ceux de mon ouïe. La lance du soldat a ouvert ton côté, pour que, par ta plaie, s'écoulent toutes les impuretés de mon cœur si longtemps enflammé et rongé de maladie. Pour finir, tu es mort pour que je vive ; tu as été enseveli afin que je ressuscite. Tel est le baiser de ta douceur, donné à ton Épouse ; c'est là l'étreinte de ton amour... Ce baiser, le larron l'a reçu sur la croix après sa confession ; Pierre l'a reçu quand son Seigneur l'a regardé alors qu'il le niait, et il est sorti pour pleurer. Beaucoup de ceux qui t'ont crucifié, convertis à toi après ta Passion, ont fait alliance avec toi en ce baiser... ; quand tu as embrassé les publicains et les pécheurs, tu es devenu leur ami et leur convive...
Seigneur, où emportes-tu ceux que tu embrasses et étreins, sinon jusqu'à ton cœur ? Ton cœur, Jésus, est cette douce manne de ta divinité, que tu gardes à l'intérieur, dans le vase d'or de ton âme qui dépasse toute connaissance. Bienheureux ceux que ton étreinte attire vers elle ! Bienheureux ceux qui, enfouis dans ces profondeurs, ont été cachés par toi dans le secret de ton cœur, ceux que tu portes sur tes épaules, à l'abri des troubles de cette vie. Bienheureux ceux qui n'ont d'autre espoir que dans la chaleur et la protection de tes ailes.
La force de tes épaules protège ceux que tu caches dans le fond de ton cœur. Là ils peuvent dormir tranquillement. Une douce attente les réjouit entre les murs de l'enclos d'une sainte conscience et de l'attente de la récompense que tu as promise. Leur faiblesse ne les fait pas défaillir, ni aucune inquiétude murmurer.
(Références bibliques : Jn 19,34 ; Lc 23,42 ; 22,61 ; Ac 2,41 ; Mt 9,10 ; He 9,4 ; Ps 30,21 ; 90,4 ; Lc 13,34 ; Ps 67,14)

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