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Mémoire du Cœur immaculé de Marie
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d'Ars
Pensées choisies du saint Curé d'Ars (J. Frossard, Éds Tequi 2007, p. 71-74, rev.)
Marie, ce cœur qui bat pour moi
On compare souvent la Sainte Vierge à une mère, mais elle est encore bien meilleure que la meilleure des mères : elle est si bonne qu'elle nous traite toujours avec amour.
Le Cœur de cette bonne mère n'est qu'amour et miséricorde, elle ne désire que nous voir heureux. Il suffit seulement de se tourner vers elle pour être exaucé...
Quoique nous soyons pécheurs, la sainte Vierge est pleine de tendresse et de compassion pour nous. L'enfant qui a coûté le plus de larmes à sa mère n'est-il pas le plus cher à son cœur ? Une mère ne court-elle pas toujours au plus faible, au plus exposé ?
Tous les saints ont eu une grande dévotion à la Sainte Vierge ; aucune grâce ne vient du ciel sans passer par ses mains. On n'entre pas dans une maison sans parler au portier : eh bien ! la Sainte Vierge est la portière du ciel !
Tant que le monde dure, elle est tirée de tous les côtés. Elle est comme une mère qui a beaucoup d'enfants. Elle est continuellement occupée à aller de l'un à l'autre.
ou
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretiens aux Filles de la Charité, 31/07/1634 (Tome IX, Éd. Gabalda, 1923, p.7 et 8. Conférence du 31 juillet 1634)
Et il leur était soumis
Comme l'obéissance perfectionne toutes mes œuvres, il est nécessaire que, parmi vous autres, il y en ait toujours une qui tienne lieu de supérieure. Ce sera tantôt l'une, tantôt l'autre. Nous en usons ainsi dans les missions ; cela ne vous semble-t-il pas nécessaire ? Que Dieu ait pour agréable la soumission que vous lui faites pour honorer la soumission de son Fils à Saint Joseph et à la Sainte Vierge ! Prenez garde, mes filles, de regarder toujours celle qui vous tiendra lieu de supérieure comme la Sainte Vierge ; voire même voyez Dieu en elle, et vous profiterez plus en un mois, que vous ne feriez en un an sans cela. En obéissant, vous apprendrez la sainte humilité ; et en commandant par obéissance, vous enseignerez les autres utilement. Je vous veux dire, pour vous exciter à la pratique de la sainte obéissance, que, quand Dieu me mit auprès de Madame la générale, je me proposai de lui obéir comme à la Sainte Vierge ; et Dieu sait combien cela m'a fait de bien !
ou
Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Discours du 30/05/2009 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur »
Dans le Nouveau Testament, nous voyons que la foi de Marie « attire », pour ainsi dire, le don de l'Esprit Saint — avant tout dans la conception du Fils de Dieu, mystère que l'archange Gabriel lui-même explique ainsi : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » (Lc 1,35)… Le cœur de Marie, en parfaite harmonie avec le Fils divin, est le temple de l'Esprit de vérité (Jn 14,17), où chaque parole et chaque événement sont conservés dans la foi, dans l'espérance et dans la charité.
Nous pouvons ainsi être certains que le très saint cœur de Jésus, pendant toute la période de sa vie cachée à Nazareth, a toujours trouvé dans le cœur immaculé de la Mère un foyer toujours ardent de prière et d'attention constante à la voix de l'Esprit. Ce qui s’est passé aux noces de Cana (Jn 2,1s) témoigne de cette harmonie particulière entre mère et fils pour rechercher la volonté de Dieu. Dans une situation chargée de symboles de l'alliance, tel que le banquet nuptial, la Vierge Marie intercède et provoque, pour ainsi dire, un signe de grâce surabondante : le « bon vin », qui renvoie au mystère du Sang du Christ. Cela nous conduit directement au Calvaire, où Marie se tient sous la croix avec les autres femmes et avec l'apôtre Jean. La mère et le disciple recueillent spirituellement le testament de Jésus : ses dernières paroles et son dernier souffle, dans lequel il commence à diffuser l'Esprit, et ils recueillent le cri silencieux de son Sang, entièrement versé pour nous (Jn 19,25s). Marie savait d'où venait ce sang (cf Jn 2,9) : il s'était formé en elle par l'opération de l'Esprit Saint, et elle savait que cette même puissance créatrice allait ressusciter Jésus, comme il l'avait promis.
Ainsi, la foi de Marie a soutenu celle des disciples jusqu'à la rencontre avec le Seigneur ressuscité, et a continué à les accompagner également après son ascension au ciel, dans l'attente du « baptême dans l'Esprit Saint » (Ac 1,5)…. Voilà pourquoi Marie est, pour toutes les générations, l'image et le modèle de l'Église qui, avec l'Esprit, avance dans le temps en invoquant le retour glorieux du Christ : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22,17.20).
ou
Saint Jean Eudes (1601-1680), prêtre, prédicateur, fondateur d'instituts religieux
Le Cœur admirable, livre 11, ch. 2 passim
« Voici ta mère » (Jn 19,27)
Marie nous regarde et nous aime en quelque sorte comme son fils et comme ses propres enfants, qui portent cette glorieuse qualité pour deux raisons. En premier lieu, parce qu'étant mère du Chef, de la tête, elle est par conséquent mère des membres (cf Col 2,19). En second lieu, parce que notre Sauveur, en la croix, nous a donnés à sa mère en qualité d'enfants. Il nous l'a donnée, non seulement en qualité de reine et de souveraine, mais en la qualité la plus avantageuse pour nous qui puisse s'imaginer, c'est à dire en qualité de mère, en disant à chacun de nous ce qu'il dit à son disciple bien-aimé : « Voilà votre mère ». Et il nous donne à elle, non pas seulement en qualité de serviteurs ou d'esclaves, ce qui serait un grand honneur pour nous, mais en qualité d'enfants.
« Voilà votre fils », lui dit-il, parlant de chacun de nous en la personne de saint Jean, comme s'il lui disait : « Voilà tous mes membres que je vous donne pour être vos enfants ; je les mets en ma place, afin que vous les regardiez comme moi-même, et que vous les aimiez du même amour dont vous m'aimez ; aimez les aussi comme je les aime ». Mère de Jésus, vous nous regardez et nous aimez comme vos enfants, et comme les frères de votre fils Jésus, et du même cœur ; et vous nous aimez et aimerez éternellement du même amour maternel dont vous l'aimez.
C'est pourquoi, mes frères, dans toutes vos affaires, nécessités, perplexités et afflictions, ayez recours à ce cœur de notre très charitable mère. C'est un cœur qui veille toujours sur nous et sur les plus petites choses qui nous touchent. C'est un cœur si plein de bonté, de douceur, de miséricorde et de libéralité, que jamais aucun de ceux qui l'ont invoqué avec humilité et confiance, ne s'en est retourné sans consolation.
ou
Prière de Mère Teresa de Calcutta
"Ma prière pour que chacun de vous
Soit uniquement tout pour Jésus à travers Marie.
Marie, donnez-moi votre Cœur si beau,
Si pur, si immaculé,
Votre Cœur si plein d’amour et d’humilité
Que je puisse être capable de recevoir Jésus
Dans le Pain de vie et de l’aimer comme vous l’aimez
Et de le servir sous l’apparence affligeante du pauvre.
Marie, Mère de Jésus, soyez maintenant une Mère pour moi.
Marie, Mère de Jésus,
Aidez-moi à être pure et humble comme vous,
Parce que je veux être sainte et agréable
À la Trinité Bienheureuse comme vous l’avez été et comme vous l’êtes.
Demandons à Notre Dame de nous donner son cœur,
Si beau, si pur, si immaculé pour aimer Jésus,
Que nous puissions être capables de recevoir Jésus dans le Pain de vie
Et de l’aimer sous l’apparence affligeante du pauvre."
ou
Saint Jean Eudes (1601-1680), prêtre, prédicateur, fondateur d'instituts religieux
Le Cœur admirable, livre 9, ch. 4
« Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements »
Entre les fêtes de la Vierge Marie, celle de son cœur est comme le cœur et la reine des autres, parce que le cœur est le siège de l'amour et de la charité. Quel est le sujet de cette solennité ? C'est le cœur de la Fille unique et bien-aimée du Père éternel ; c'est le cœur de la Mère de Dieu ; c'est le cœur de l'Épouse du Saint Esprit ; c'est le cœur de la Mère très bonne de tous les fidèles. C'est un cœur tout embrasé d'amour envers Dieu, tout enflammé de charité pour nous.
Il est tout amour pour Dieu, car il n'a jamais rien aimé que Dieu seul, et ce que Dieu voulait qu'il aime en lui et pour lui. Il est tout amour, parce que la bienheureuse Vierge a toujours aimé Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces (Mc 12,30). Il est tout amour parce que non seulement elle a toujours voulu tout ce que Dieu voulait et n'a jamais rien voulu de ce qu'il ne voulait pas, mais encore parce qu'elle a toujours mis toute sa joie en la très aimable volonté de Dieu.
Il est tout amour pour nous. Elle nous aime du même amour dont elle aime Dieu, car c'est Dieu qu'elle regarde et aime en nous. Et elle nous aime du même amour dont elle aime l'Homme Dieu, qui est son fils Jésus. Car elle sait qu'il est notre chef, notre tête, et que nous sommes ses membres (Col 2,19) et par conséquent que nous ne sommes qu'un avec lui.
ou
Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), théologien, fondateur de l'Oratoire de Jésus
Opuscules de piété, 39
« Tout le monde s'étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie cependant retenait tous ces évènements dans son cœur » (Lc 2, 18-19)
C'est une merveille de voir qu'en cet état de silence et d'enfance de Jésus, tout le monde parle, et Marie ne parle point ; le silence de Jésus ayant plus de puissance de la tenir en un silence sacré que les paroles. Ni les anges, ni les saints n'ont de force à la mettre en propos et la faire parler de choses si dignes de louanges, et que le ciel et la terre unanimement célèbrent et adorent. Les anges en parlent, et entre eux-mêmes et aux pasteurs : et Marie est en silence.
Les pasteurs courent et parlent, et Marie est en silence. Les rois arrivent, parlent, et font parler toute la ville, tout l'État et tout le sacré synode de Judée (Mt 2, 1s), et Marie est en retraite et en silence. Tout l'État est ému et chacun s'étonne et parle du nouveau roi recherché par les rois, et Marie est en son repos et en son sacré silence. Syméon parle au Temple et Anne la prophétesse et tous ceux qui attendent le salut d'Israël (Lc 2, 29s), et Marie offre, donne, reçoit et rapporte son Fils en silence.
Car aussi durant tout le temps de son enfance, nous n'avons que ces paroles qui nous soient rapportées de la conduite de la Vierge et de sa piété au regard de son Fils et des choses qui sont dites de lui et accomplies en lui : « Marie conservait tout cela et elle le méditait dans son cœur » (Lc 2, 19). Voilà l'état et l'occupation de la Vierge ; voilà son exercice et sa vie au regard de Jésus durant sa sainte enfance.
ou
Saint Maximilien Kolbe (1894-1941), franciscain, martyr : Conférences du 5/7/1936, 3 et 4/9/1937, 14/5/1936 (trad. Entretiens spirituels inédits, Lethieulleux 1974, p. 88)
« Voici ta mère » (Jn 19, 27)
Efforçons-nous d'aimer le Seigneur Jésus avec le cœur de l'Immaculée, de le recevoir avec son cœur, de le louer avec ses attitudes à elle, de réparer, remercier, même si nous ne le comprenons pas, cependant c'est la réalité. C'est par son cœur, par ses attitudes que nous louons le Seigneur Jésus. Si vraiment c'est elle qui aime et glorifie Jésus par nous, alors nous sommes ses instruments.
Elle seule va nous apprendre comment aimer le Seigneur Jésus, bien mieux, sans comparaison, que tous les livres et tous les maîtres. Elle nous apprend à l'aimer comme elle l'aime. Et tout notre effort doit tendre à ce qu'elle seule aime le Seigneur Jésus avec notre cœur.
Seule l'âme possédée par l'amour de Dieu retire d'elle tout ce qui l'encombre. Tout se concentre sur l'amour de Dieu. Et maintenant qui donc aime plus Jésus pauvre et crucifié, dans la crèche, que la Mère très sainte ! Personne au monde, même parmi les anges, n'a aimé et n'aime aussi ardemment le Seigneur Jésus que la Mère de Dieu... L'Immaculée est l'épanouissement de l'amour divin dans nos âmes et le moyen de nous approcher du cœur de Jésus.
ou
Saint Maximilien Kolbe (1894-1941)
franciscain, martyr
Entretiens de 6/1925, du 13/4/1933 et 11/10/1937 (Entretiens spirituels inédits, trad. J-F Villepelée, éd. Lethielleux, 1974, p. 91-94 ; rev.)
Une Mère au cœur tendre
Le cœur divin de Jésus brûlant d’amour pour nous, qui sommes pécheurs (…) nous donne comme Mère et protectrice sa propre Mère, la plus gracieuse, la plus aimante, l’être saint au-dessus des saints et des anges, celle à qui il ne sait rien refuser puisqu’elle est sa Mère incomparablement digne et chère. Il lui a donné un cœur tel qu’il lui est impossible de ne pas voir la moindre larme sur la terre, de ne pas se soucier du salut et de la sanctification de chaque être humain.
Et voici le pont tout prêt vers le cœur très sacré de Jésus. Si quelqu’un est tombé dans le péché, s’est enlisé profondément dans le vice, a méprisé les grâces de Dieu, ne suit plus les bons exemples des autres, ne fait plus attention aux inspirations salutaires et devient ainsi digne de grâces nouvelles, doit-il désespérer ? Non, jamais ! Car une Mère lui a été donnée par Dieu, Mère qui, avec un cœur tendre, veille sur chacun de ses actes, sur chacune de ses paroles, sur chacune de ses pensées. Elle ne regarde pas s’il est digne de la grâce de la pitié. Comme elle est essentiellement Mère de Miséricorde, même si on ne l’appelle pas, elle se hâte d’aller là où il y a davantage de misère dans les âmes.
Dans les difficultés, dans les ténèbres, dans les infirmités, dans les découragements, souvenons-nous que le Ciel s’approche, de jour en jour plus proche. Alors, courage ! Elle nous attend là-bas pour nous serrer sur son cœur. Elle est notre Mère la plus tendre, maintenant et toujours : dans la vie, dans la mort et dans l’Éternité. Cette vérité, rappelons-nous la !
ou
Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906), carmélite
Dernière retraite, 15ème jour (OC, Cerf 1991, p. 184)
« Marie retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19)
« La Vierge conservait ces choses en son cœur. » Toute son histoire peut se résumer en ces quelques mots ! C'est en son cœur qu'elle vécut, et en une telle profondeur que le regard humain ne peut la suivre. Quand je lis en l'Évangile « que Marie parcourut en toute diligence les montagnes de Judée » (Lc 1,39) pour aller remplir son office de charité près de sa cousine Élisabeth, je la vois passer si belle, si calme, si majestueuse, si recueillie au-dedans avec le Verbe de Dieu. Comme lui sa prière fut toujours celle-ci : « ... Me voici. » Qui ? « La servante du Seigneur » (Lc 1,38), la dernière de ses créatures : elle, sa Mère ! Elle fut si vraie en son humilité, parce qu'elle fut toujours oublieuse, ignorante, délivrée d'elle-même. Aussi elle pouvait chanter : « Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses ; désormais toutes les nations m'appelleront bienheureuse. » (Lc 1,49.48)
Cette Reine des vierges est aussi Reine des martyrs. Mais c'est encore en son cœur que le glaive la transperça (Lc 2,35), car chez elle tout se passe au-dedans... Oh ! qu'elle est belle à contempler durant son long martyre, si sereine, enveloppée dans une sorte de majesté qui respire à la fois la force et la douceur ! C'est qu'elle avait appris du Verbe lui-même comment doivent souffrir ceux que le Père a choisis comme victimes, ceux qu'il a résolu d'associer au grand œuvre de rédemption, ceux qu'il « a connus et prédestinés pour être conformes à son Christ » (Rm 8,29), crucifié par amour. Elle est là au pied de la croix, debout, dans la force et la vaillance.
ou
Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), théologien, fondateur de l'Oratoire de Jésus
Opuscules de Piété, 1002 ; Vie de Jésus 497, 502
« Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur »
Lors Jésus est vivant en Marie et fait comme partie d'elle-même, et le cœur de Jésus est tout proche du cœur de Marie. Lors Marie est vivante en Jésus et Jésus est son tout ; et le cœur de Marie est tout proche du cœur de Jésus et lui influe la vie ; lors Jésus et Marie ne font ce semble qu'un vivant sur la terre. Le cœur de l'un ne vit et ne respire que par l'autre.
Ces deux cœurs, si proches et si divins, et vivant ensemble d'une vie si haute, que ne sont-ils point l'un à l'autre, et que ne font-ils point l'un dans l'autre ? Le seul amour le peut penser, et le seul amour divin et céleste ; mais le seul amour de Jésus même le peut comprendre... Ô cœur de Jésus vivant en Marie et par Marie ! ô cœur de Marie vivant en Jésus et pour Jésus ! ô liaison délicieuse de ces deux cœurs !
Le cœur de la Vierge est le premier autel sur lequel Jésus a offert son cœur, son corps, son esprit en hostie de louange perpétuelle, et où Jésus offre son premier sacrifice et fait la première et perpétuelle oblation de soi-même.

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