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TEMPS ORDINAIRE IX - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Saint Aphraate (?-vers 345), moine et évêque à Ninive, près de Mossoul dans l'actuel Irak : Les Exposés, n° 1 (trad. SC 349, p. 210 rev.)
« Les fondations, personne ne peut en poser d'autres que celles qui existent déjà : ces fondations, c'est Jésus Christ » (1Co 3, 11)
Un roi ne demeure pas dans une maison qui est vide de tous biens ; il n'y habite pas. Mais toute une ornementation de maison est demandée par le roi, en sorte qu'il ne manque rien... Ainsi en est-il de l'homme qui est devenu une maison d'habitation pour le Christ-Messie : il pourvoit à ce qui convient au service du Messie qui habite en lui, aux choses qui lui plaisent.
En effet, il construit d'abord son édifice sur la pierre, c'est-à-dire le Messie lui-même. Sur cette pierre est posée la foi, et sur la foi s'élève tout l'édifice. Pour que la maison devienne sa demeure, on lui demande le jeûne pur, établi sur la foi. On lui demande la prière pure, reçue dans la foi. Il lui faut l'amour, monté sur la foi. Il lui faut aussi les aumônes, données avec foi. Qu'il demande l'humilité, aimée avec foi. Qu'il choisisse pour lui la virginité, chérie dans la foi. Qu'il amène chez lui la sainteté, plantée sur la foi. Qu'il médite aussi la sagesse, trouvée dans la foi. Qu'il demande aussi pour lui la condition d'étranger, profitable dans la foi. Il lui faudra la simplicité, mêlée à la foi. Qu'il demande encore la patience, qui est accomplie par la foi. Qu'il se rende perspicace par la douceur, qui est acquise par la foi. Qu'il aime la pénitence, qui apparaît à la foi. Qu'il demande aussi la pureté, gardée par la foi... Voilà les œuvres demandées par le roi Messie, qui habite dans les hommes qui se construisent par de telles œuvres. La foi en effet est composée de maintes choses et se pare de maintes couleurs, car elle est semblable à un édifice construit de matériaux multiples et son édifice s'élève jusqu'en haut...
Ainsi en est-il de notre foi : sa fondation est la vraie pierre, notre Seigneur Jésus le Messie... Cette fondation, c'est la base de tout l'édifice. Si quelqu'un accède à la foi, il est posé sur le roc, c'est-à-dire notre Seigneur Jésus le Messie. Et son édifice ne sera pas ébranlé par les flots, ni endommagé par les vents, il ne tombera pas dans les tempêtes, car cet édifice s'élève sur le roc, le vrai fondement.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°61 (trad. cf Seuil 1953, p. 628)
Établi sur le roc
« Ma colombe cachée au creux des roches, dans les cavités de la muraille, montre-moi ton visage, que ta voix résonne à mes oreilles » (Ct 2,14). Quelqu'un a... reconnu dans ces creux les plaies du Christ. Il a eu raison, car le Christ est un roc. Bienheureux trous, qui permettent d'élever l'édifice de la foi en la résurrection et attestent la divinité du Christ ! « Mon Seigneur et mon Dieu », disait un apôtre (Jn 20,28). D'où est sortie cette exclamation répétée par tous les échos, sinon des creux de la pierre ? Le passereau y a trouvé un abri, et la tourterelle un nid pour ses petits (Ps 83,4). La colombe, tapie dans ce refuge, regarde sans trembler l'épervier qui trace ses cercles au-dessus d'elle. C'est pourquoi l'Époux dit : « Ma colombe dans les creux de la roche », et la colombe reprend : « Il m'a établie sur le roc » et : « Il a consolidé mes pieds sur le roc » (Ps 26,5 ; 39,3).
L'homme sage bâtit sa maison sur le roc, pour n'avoir à redouter ni la violence du vent ni les inondations. Quel bien n'est pas fourni par le roc ? Sur le roc, je m'élève, j'y suis en sûreté, j'y demeure ferme. J'y suis à l'abri de l'ennemi et protégé des accidents, parce que je suis élevé au-dessus de la terre –- et tout ce qui est terre est douteux et caduc. Que notre vie soit au ciel, et nous ne craindrons ni de tomber, ni d'être jetés à bas. Le roc s'élève jusqu'au ciel et nous offre la sécurité ; c'est le refuge des marmottes (Ps 103,18). Et de fait, où notre fragile assurance peut-elle trouver paix et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur ? Je demeure là avec d'autant plus de confiance que sa force pour me sauver est plus grande. Le monde chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges : je ne tombe pas, car je suis fondé sur un roc solide. J'ai commis quelque péché grave, ma conscience se trouble, mais elle ne perd pas courage, puisque je me souviens des plaies du Seigneur, qui a été blessé pour nos fautes (Is 53,5). Rien n'est si entièrement voué à la mort que par sa mort le Christ ne puisse y remédier.


TEMPS ORDINAIRE IX - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Sermon d'Eusèbe d'Alexandrie (+ 6e siècle ?) sur le dimanche, 16, 1-2; PG 86, 1, 416-421.
Écoute, mon enfant, je vais t'exposer les raisons pour lesquelles la tradition de garder le dimanche et de nous abstenir de travailler nous a été transmise.
Lorsque le Seigneur confia le sacrement aux disciples, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : "Prenez, mangez : ceci est mon corps, rompu pour vous en rémission des péchés." De même, il leur donna la coupe en disant : "Buvez-en tous : ceci est mon sang, le sang de l'Alliance Nouvelle, répandu pour vous, et pour la multitude en rémission des péchés. Faites cela en mémoire de moi " (cf. Mt 26, 26-15 Co Mt 11, 24).
Le jour saint du dimanche est donc celui où l'on fait mémoire du Seigneur. C'est pourquoi on l'a appelé "le jour du Seigneur". Et il est comme le seigneur des jours. En effet, avant la Passion du Seigneur, il n'était pas appelé "jour du Seigneur", mais "premier jour".
En ce jour, le Seigneur a établi le fondement de la résurrection, c'est-à-dire qu'il a entrepris la création ; en ce jour, il a donné au monde les prémices de la résurrection ; en ce jour, comme nous l'avons dit, il a ordonné de célébrer les saints mystères. Ce jour a donc été pour nous le commencement de toute grâce : commencement de la création du monde, commencement de la résurrection, commencement de la semaine. Ce jour, qui renferme en lui-même trois commencements, préfigure la primauté de la sainte Trinité.
La semaine comporte évidemment sept jours : Dieu nous en a donné six pour travailler, et il nous en a donné un pour prier, nous reposer et nous libérer de nos péchés. Si donc nous avons commis des fautes durant ces six jours, nous pouvons les réparer le dimanche et nous réconcilier avec Dieu.
Rends-toi donc de grand matin à l'église de Dieu, approche-toi du Seigneur pour lui confesser tes péchés, apporte-lui ta prière et le repentir d'un cœur contrit. Sois présent pendant toute la sainte et divine liturgie, achève ta prière, ne sors pas avant le renvoi de l'assemblée.
Contemple ton Seigneur, tandis qu'il est partagé et distribué sans être détruit. Et si ta conscience est pure, avance-toi et communie au corps et au sang du Seigneur. Si, au contraire, elle te condamne pour de coupables et mauvaises actions, interdis-toi de communier jusqu'à ce que tu l'aies purifiée par le repentir. Reste jusqu'à la fin de la prière et ne sors pas de l'église avant qu'on ne t'ait renvoyé. Rappelle-toi le traître Judas : il n'a pas achevé sa prière avec les autres, ce qui a été le début de sa perte.
Ce jour-même, comme nous l'avons souvent répété, t'a été offert pour la prière et pour le repos. Voici donc le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie (Ps 117, 24)! Rendons gloire à celui qui est ressuscité en ce jour, ainsi qu'au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.


TEMPS ORDINAIRE IX - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Homélie de saint Augustin (+ 430) : Sermon 62, 1.3-4, PL 38, 414-416.
Dans l'Évangile qui vient d'être lu, nous avons entendu Jésus faire l'éloge de notre foi vécue dans l'humilité. Quand le Seigneur lui eut promis de se rendre chez lui pour y guérir son serviteur, le centurion répondit : Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri (Mt 8, 8). En faisant l'aveu de son indignité, il s'est rendu digne de la visite du Christ dans son cœur plutôt que dans sa demeure.
Ces paroles, si pleines de foi et d'humilité, le centurion ne les aurait pas prononcées s'il n'avait pas déjà accueilli dans son cœur celui qu'il craignait de laisser entrer dans sa maison. D'ailleurs, aurait-il été tellement heureux d'accueillir le Seigneur dans son habitation, sans l'avoir en même temps dans son cœur ? Celui qui nous a enseigné l'humilité par sa parole et son exemple est allé manger, il est vrai, chez un pharisien orgueilleux appelé Simon. Le Fils de l'homme s'est bien attablé chez lui, mais il n'a trouvé dans son cœur aucune place où reposer la tête (cf. Lc 7, 36).
Pourtant, sans entrer dans la maison du centurion, il a pris possession de son cœur. À celui qui a dit : Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, le Seigneur a répondu : Amen, je vous le déclare, je n'ai trouvé une telle foi chez personne en Israël (Mt 8, 10), c'est-à-dire dans l'Israël terrestre ; cet homme, en effet, appartenait déjà à l'Israël spirituel. Le Seigneur était venu chez les Juifs, l'Israël selon la chair, pour chercher d'abord les brebis perdues de ce peuple, dans lequel et duquel il avait pris corps. Or, il dit lui-même : Je n'y ai pas trouvé une telle foi.
Nous pouvons évaluer la foi des hommes dans la mesure du possible. Mais celui qui voit le fond des cœurs et que personne ne peut tromper, a rendu témoignage aux dispositions intérieures d'un homme qui lui avait manifesté son humilité, et il a prononcé une sentence de guérison.
Comment donc cette confiance est-elle venue au centurion ? "Ainsi, dit-il, moi qui suis soumis à une autorité, j'ai des soldats sous mes ordres. Je dis à l'un : 'Va', et il va. À un autre 'Viens', et il vient, et à mon esclave : 'Fais ceci', et il le fait (Mt 8, 9). J'exerce un pouvoir sur mes subordonnés et je suis moi-même soumis à une autorité supérieure. Si donc moi, un subordonné, j'ai le pouvoir de donner des ordres, que ne pourras-tu pas faire, toi, de qui dépendent toutes les puissances ?"
Cet homme, venu de chez les païens, était centurion. Ce soldat de métier réglait sa conduite dans les limites de son pouvoir de centurion. Soumis à une autorité, il exerçait également l'autorité. Il obéissait en tant que subordonné et il commandait à ses subordonnés. Le Seigneur, lui, appartenait au peuple juif. Mais il proclamait déjà qu'il enverrait ses Apôtres dans le monde entier pour y établir l'Église. Sans le voir, les païens ont cru en lui, tandis que les Juifs, qui l'avaient vu, l'ont mis à mort.
Le Seigneur n'est donc pas allé chez le centurion, mais il a fortifié sa foi. Sans y entrer, il a fait sentir sa divine présence dans cette maison et lui a apporté la guérison. De la même manière, le Seigneur n'est apparu visiblement que dans le peuple juif. Aucun autre peuple ne l'a vu naître d'une vierge, souffrir, marcher, supporter toutes les vicissitudes de l'existence humaine, ni accomplir des merveilles divines. Il n'a fait aucune de ces choses parmi les autres peuples, et pourtant ce qui avait été prophétisé de lui s'est accompli : Un peuple d'inconnus m'est asservi. Comment était-ce possible, puisque ces hommes ne l'ont pas connu ? Au premier mot ils m'obéissent (Ps 17, 44-45). C'est le monde entier qui a entendu et qui a cru.


TEMPS ORDINAIRE IX - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)
pape et docteur de l'Église
Livre XIII, SC 212 (Morales sur Job, trad. A. Bocognano, éd. du Cerf, 1974 ; p. 253-255 ; rev.)
« Ils avaient bien compris que Jésus avait dit la parabole à leur intention » (Mc 12, 12)
La sainte Église sait garder la vigueur de sa discipline en la tempérant de mansuétude, tantôt n’épargnant pas les méchants en paraissant les épargner, tantôt au contraire les épargnant en paraissant ne pas les épargner. Mais nous le montrerons mieux en exposant ce qui arrive d’ordinaire. Proposons donc aux regards de notre âme deux esprits déviés vivant au sein de l’Église, d’un côté un puissant, un effronté, de l’autre un homme doux, un subalterne. Qu’en cet homme doux, en ce subalterne, un péché sourdement chemine, le prédicateur est là, il semonce, il attaque, il blâme ce péché et, en blâmant le pécheur, il le libère du péché, il le rétablit dans le chemin de la droiture. (…)
Au contraire, apprend-on que ce puissant, cet effronté a commis un forfait, on cherche l’heure de la semonce pour le mal qu’il a commis. Car si le prédicateur ne sait pas attendre l’heure opportune du blâme, il accroît en l’autre le mal qu’il attaque. Il arrive souvent, en effet, qu’un tel homme ne sache pas entendre la moindre parole de semonce. Devant sa faute, le devoir du prédicateur n’est-il donc pas de présenter à ses auditeurs, parmi ses admonestations pour le salut de tous, des fautes semblables aux méfaits de l’homme qui est à sa portée et qui ne peut pas encore accueillir une critique strictement personnelle, si l’on ne veut pas le rendre pire ? Mais que l’invective lancée contre la faute reste générale, la parole de blâme s’avance sans heurt jusqu’en son âme, parce que ce puissant, cet esprit dévié, ne voit pas qu’elle s’adresse particulièrement à lui. Que lui a donc fait son prédicateur ? En l’épargnant il ne l’a pas épargné, il n’a pas lancé des paroles de blâme contre sa personne et pourtant par-delà son admonestation générale, il a touché la plaie.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Grandes Règles monastiques, § 2 (trad.  Lèbe, Maredsous 1969, p. 53-54 rev.)
« Il lui restait encore quelqu'un : son fils bien-aimé. Il le leur envoya en dernier »
Dieu avait créé l'homme à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26), il l'avait jugé digne de le connaître lui-même, mis par le don d'intelligence au-dessus de tous les animaux, établi dans la jouissance des délices incomparables du Paradis, et enfin constitué maître de tout ce qui se trouvait sur la terre. Cependant, lorsqu'il l'a vu, dévoyé par le serpent, tomber dans le péché et, par le péché, dans la mort et les souffrances qui y conduisent, il ne l'a pas rejeté. Au contraire, il lui a donné d'abord le secours de sa Loi ; il a désigné des anges pour le garder et prendre soin de lui ; il a envoyé des prophètes pour lui reprocher sa méchanceté et lui enseigner la vertu...
Lorsque, malgré ces grâces et bien d'autres encore, les hommes ont persisté dans la désobéissance, il ne s'est pas détourné d'eux. Après avoir offensé notre bienfaiteur par notre indifférence devant les marques de sa bienveillance, nous n'avons pas été abandonnés par la bonté du Seigneur ni retranchés de son amour, mais nous avons été tirés de la mort et rendus à la vie par notre Seigneur Jésus Christ, et la manière dont nous avons été sauvés est digne d'une admiration plus grande encore. « Bien qu'il ait été Dieu, il n'a pas jugé bon de garder jalousement son égalité avec Dieu, mais il s'est abaissé jusqu'à prendre la condition d'esclave » (Ph 2,6-7). « Il a pris nos faiblesses, il a porté nos souffrances, il a été meurtri pour nous », afin de nous sauver par ses blessures (Is 53,4-5). Il « nous a rachetés de la malédiction en se faisant malédiction pour nous » (Ga 3,13) ; il a souffert la mort la plus infamante pour nous conduire à la vie de la gloire.
Et il ne lui a pas suffi de rendre la vie à ceux qui étaient dans la mort, il les a revêtus de la dignité divine et leur a préparé dans le repos éternel un bonheur qui dépasse toute imagination humaine. « Que rendrons-nous donc au Seigneur » pour tout ce qu'il nous a donné ? (Ps 115,12) Il est si bon qu'il ne demande rien en compensation de ses bienfaits : il se contente d'être aimé.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
11ème homélie sur la 2ème lettre aux Corinthiens (trad. cf Bouchet, Lectionnaire, p. 349)
« Il lui restait encore quelqu'un : son fils bien-aimé »
« Le Christ nous a confié le ministère de la réconciliation » (2Co 5,18). Paul fait ressortir la grandeur des apôtres en nous montrant quel ministère leur a été confié, en même temps qu'il manifeste de quel amour Dieu nous a aimés. Après que les hommes eurent refusé d'entendre celui qu'il leur avait envoyé, Dieu n'a pas fait éclater sa colère, il ne les a pas rejetés. Il persiste à les appeler par lui-même et par les apôtres...
« Dieu a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation » (v. 19). Nous venons donc, non pour une œuvre pénible, mais pour faire de tous les hommes des amis de Dieu. Puisqu'ils n'ont pas écouté, nous dit le Seigneur, continuez à les exhorter jusqu'à ce qu'ils en viennent à la foi. C'est pourquoi Paul ajoute : « Nous sommes les ambassadeurs du Christ ; c'est Dieu lui-même qui vous adresse un appel par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : réconciliez-vous avec Dieu »...
Que pourrait-on comparer à un si grand amour ? Après que nous avons payé ses bienfaits par des outrages, loin de nous châtier, il nous a donné son Fils pour nous réconcilier avec lui. Or, loin de vouloir se réconcilier, les hommes l'ont fait mourir. Dieu a envoyé d'autres ambassadeurs pour les exhorter et, après cela, il se fait lui-même suppliant par eux. C'était toujours lui qui demandait : « Réconciliez-vous avec Dieu ». Il ne dit pas : « Réconciliez Dieu avec vous ». Ce n'est pas lui qui nous repousse ; c'est vous qui refusez d'être ses amis. Est-ce que Dieu peut éprouver un sentiment de haine ?
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
La Vigne mystique, ch. 5, 4-5 (attribué à tort à saint Bernard)
« Je suis la vraie vigne » (Jn 15, 1)
Doux Jésus, en quel état je te vois ! Très doux et très aimant, qui t'a condamné à une mort si amère ? Seul Sauveur de nos blessures anciennes, qui donc t'amène à souffrir ces blessures, non seulement si cruelles mais encore si ignominieuses ? Douce vigne, bon Jésus, voilà le fruit que te donne ta vigne...
Jusqu'à ce jour de tes noces, tu as patiemment attendu qu'elle produise des raisins, et elle ne donne que des épines (Is 5, 6). Elle t'a couronné d'épines et elle t'a entouré des épines de ses péchés. Cette vigne, qui n'est déjà plus la tienne mais qui est devenue une vigne étrangère, qu'elle est devenue amère ! Elle t'a renié en criant : « Nous n'avons pas d'autre roi que César » (Jn 19, 15). Après t'avoir chassé du vignoble de ta cité et de ton héritage, ces vignerons t'ont mis à mort : non pas d'un coup, mais après t'avoir accablé par le long tourment de la croix, et t'avoir torturé par les blessures des fouets et des clous... Seigneur Jésus..., toi-même tu livres ton âme à la mort –- personne ne peut te l'enlever, c'est toi qui la donnes (Jn 10, 18)... Quel échange admirable ! Le Roi se donne pour l'esclave, Dieu pour l'homme, le Créateur pour celui qu'il a créé, l'Innocent pour les coupables.
ou
Jean Tauler (vers 1300-1361), dominicain à Strasbourg : Sermon 7 (trad. Cerf 1979, p.31)
Devenir une vigne qui porte du fruit
Les pieds de vigne, on les lie, on les échalasse, on courbe les sarments de haut en bas, on les attache à des pieux solides pour les soutenir. Par là on peut entendre la douce et sainte vie et la passion de Notre Seigneur Jésus Christ qui doit être en tout le soutien de l'homme de bien. L'homme doit être courbé, ce qu'il y a en lui de plus haut doit être abaissé, et il doit s'abîmer dans une véritable et humble soumission, du fond de son âme. Toutes nos facultés, intérieures et extérieures, celles de la sensibilité et de l’avidité aussi bien que nos facultés rationnelles, doivent être liées, chacune à leur place, dans une véritable soumission à la volonté de Dieu.
Ensuite on retourne la terre autour des pieds de vigne et on sarcle les mauvaises herbes. L'homme doit ainsi se sarcler, profondément attentif à ce qu'il pourrait y avoir encore à arracher du fond de son être, pour que le divin Soleil puisse s'en approcher plus immédiatement et y briller. Si tu laisses alors la force d'en haut faire là son œuvre, le soleil aspire l'humidité du sol dans la force vitale cachée dans le bois, et les grappes poussent magnifiques. Puis le soleil, par sa chaleur, agit sur les grappes et les fait s'épanouir en fleurs. Et ces fleurs ont un parfum noble et bienfaisant… Alors, le fruit devient indiciblement doux. Que cela nous soit donné à tous.
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Le Dialogue, 23 (trad. cf Hurtaud, et Guigues, Seuil 1953)
Le maître de la vigne
[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire] : « Toute créature douée de raison possède en elle-même une vigne, qui est la vigne de son âme. C'est la volonté, par le libre arbitre, qui est l'ouvrier de cette vigne durant le temps de la vie ; passé ce temps, elle n'y peut plus faire aucun travail ni bon ni mauvais, mais pendant la vie, elle peut cultiver sa vigne dans laquelle je l'ai envoyée. Cet ouvrier de l'âme a reçu de moi une telle force qu'il n'est ni démon ni autre créature qui puisse la lui enlever, s'il s'y oppose. C'est dans le baptême qu'il a reçu cette force et en même temps le glaive de l'amour de la vertu et de la haine du péché. C'est pour cet amour et cette haine, pour l'amour de vous et en haine du péché, qu'est mort mon Fils unique, en répandant pour vous tout son sang. Et c'est cet amour de la vertu et cette haine du péché que vous trouvez dans le saint baptême qui vous rend la vie par la force de son sang...
« Arrachez donc les ronces des péchés mortels et plantez des vertus..., ayez la contrition, le dégoût du péché et l'amour de la vertu ; alors vous recevrez les fruits du sang de mon Fils. Vous ne pourrez pas les recevoir si vous ne vous disposez pas à devenir de bons sarments unis au cep de la vigne, mon Fils, qui a dit : « Moi, je suis la vraie vigne, mon Père est le vigneron, et vous, les sarments » (Jn 15,1.5).
« Telle est la vérité. C'est bien moi qui suis le vigneron, puisque toute chose qui possède l'être est venue et vient de moi. Ma puissance est insondable et par ma puissance et ma force je gouverne tout l'univers, si bien que rien n'est fait ni ordonné en dehors de moi. Oui, je suis le vigneron ; c'est moi qui ai planté la vraie vigne, mon Fils unique, dans la terre de votre humanité pour que vous, les sarments unis à cette vigne, vous portiez des fruits. »
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Le Dialogue, 24 (trad. Guigues, Seuil 1953, p. 95 rev.)
« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron » (Jn 15,1)
[Dieu a dit à sainte Catherine : ] Sais-tu ce que je fais lorsque mes serviteurs veulent suivre la doctrine du doux Verbe d'amour ? Je les taille pour qu'ils produisent beaucoup de fruit et pour que leurs fruits soient doux et ne redeviennent pas sauvages. Le vigneron taille les sarments de la vigne pour qu'ils produisent un meilleur vin ; n'est-ce pas ce que je fais, moi, le vrai vigneron ? (Jn 15,1) Mes serviteurs qui sont en moi, je les taille par beaucoup de tribulations pour qu'ils produisent des fruits plus abondants et meilleurs et pour que leur vertu soit éprouvée ; mais ceux qui demeurent stériles je les coupe et je les mets au feu (Jn 15,6).
Les vrais ouvriers travaillent bien leur âme ; ils en arrachent tout amour-propre et retournent la terre de leur amour pour moi. Ils fertilisent et accroissent ainsi la semence de la grâce qu'ils ont reçue dans le saint baptême. En cultivant leur vigne, ils cultivent aussi celle de leur prochain ; ils ne peuvent pas cultiver l'une sans l'autre. Souviens-toi que tout mal et tout bien se font par le moyen du prochain. C'est ainsi que vous êtes mes vignerons, issus de moi, l'éternel vigneron. C'est moi qui vous ai unis et greffés sur cette vigne grâce à l'union que j'ai établie avec vous... Tous ensemble vous ne formez qu'une seule vigne universelle... ; vous êtes unis dans la vigne du corps mystique de la sainte Église dont vous tirez votre vie. Dans cette vigne est planté le cep de mon Fils unique sur lequel vous devez tous être greffés pour rester en vie.
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
Ep 3 ; 586,588,62 (trad. Une pensée, Médiaspaul 1991, p. 67)
« Va aujourd'hui travailler à ma vigne » (Mt 21,28)
De tout mon cœur, je bénis Dieu de m'avoir fait connaître des âmes vraiment bonnes. J'ai pu leur annoncer qu'elles sont elles aussi la vigne du Seigneur : la citerne, c'est leur foi ; la tour, c'est leur espérance ; le pressoir, leur charité ; la haie, c'est la loi de Dieu, qui les démarque des enfants des ténèbres.
Je m'arrête là, parce que la cloche m'appelle ; je vais au pressoir de l'église, à l'autel. C'est là que ruisselle continuellement le vin sacré du sang de ce raisin délicieux et unique dont bien peu ont la chance de pouvoir s'enivrer. Là, vous le savez, car je ne puis agir autrement, je vous présenterai au Père des Cieux, uni à son Fils ; c'est en lui et avec lui que je suis tout entier vôtre dans le Seigneur.
Seigneur Jésus, sauve-les tous. Je m'offre en victime pour eux tous. Rends-moi plus fort ; prends ce cœur, emplis-le de ton amour, puis demande-moi tout ce que tu veux.


TEMPS ORDINAIRE IX - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148), moine bénédictin puis cistercien
Oraisons méditatives, 1, 1-5 ; SC 324 (trad. SC p. 41s rev.)
« Dieu dit : ' Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance '« (Gn 1,26)
« Ô abîme de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses décrets sont insondables et incompréhensibles ses voies. Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en a jamais été le conseiller ? »Tu as compassion, Seigneur, de qui tu veux ; tu as pitié de qui tu veux. Il ne s'agit pas donc de l'homme qui veut ou qui court, mais de toi, notre Dieu, qui fais miséricorde (Rm 11,33s ; 9,15s).
Voici que le vase de poterie s'échappe de la main de celui qui l'a pétri... ; il s'échappe de la main qui le tient et qui le porte... S'il lui arrivait de tomber de ta main, malheur à lui, parce qu'il se briserait...en mille morceaux, se réduirait à rien. Il le sait, et par ta grâce il ne tombe pas. Aie compassion, Seigneur, aie compassion : tu nous as façonnés, et nous sommes glaise (Jr 18,6 ; Gn 2,7). Jusqu'ici...nous restons fermes, jusqu'ici la main de ta force nous porte ; nous sommes suspendus à tes trois doigts, la foi, l'espérance et la charité, par lesquelles tu soutiens la masse de la terre, la solidité de la sainte Église. Aie compassion, tiens-nous ; que ta main ne nous laisse pas tomber. Plonge nos reins et notre cœur dans le feu de ton Esprit Saint (Ps 25,2) ; consolide ce que tu as façonné en nous, afin que nous ne nous désagrégions pas et ne soyons pas réduits à notre glaise, ou à rien du tout.
Pour toi, par toi, nous avons été créés, et vers toi nous sommes tournés. Tu nous as façonnés et formés, nous le reconnaissons ; nous adorons et invoquons ta sagesse à disposer, ta bonté et ta miséricorde à conserver. Parfais-nous, toi qui nous as faits ; parfais-nous jusqu'à la plénitude de ton image et ressemblance, selon laquelle tu nous as formés.
ou
Tertullien (v. 155-v. 220), théologien
La Résurrection des morts, 5-6 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 1, p. 21)
« De qui est cette image ? »
Dans la constitution du monde, « tout a été fait par la Parole de Dieu, et sans elle rien n'a été fait » (Jn 1, 3). Quand il s'agit de créer l'homme, c'est également la Parole de Dieu qui opère, puisque « sans le Verbe de Dieu, rien n'a été fait ». Dieu, en effet, dit d'abord cette parole : « Faisons l'homme ». Mais pour exprimer la prééminence de cette créature-là sur toutes les autres, Dieu l'a façonné de sa propre main : « Dieu, est-il dit, modela l'homme » (Gn 2, 7)...
« Et Dieu, dit l'Écriture, modela l'homme avec la glaise du sol. » Ce n'était encore que de la glaise, et déjà le nom d'« homme » est prononcé. Quel honneur prodigieux pour le limon, ce rien, d'être touché par les mains de Dieu ! Ce simple contact n'aurait-il pas suffi à Dieu pour former l'homme, sans rien de plus ? Mais à voir Dieu travailler cette boue, on comprend qu'il s'agissait d'une œuvre extraordinaire. Les mains de Dieu étaient à l'ouvrage, elles touchaient, pétrissaient, étiraient, façonnaient cette glaise qui ne cessait de s'ennoblir à chaque impression des mains divines. Imagine-toi Dieu occupé, appliqué tout entier à cette création : mains, esprit, activité, conseil, sagesse, providence, amour surtout orientaient son travail ! C'est qu'à travers ce limon qu'il pétrissait, Dieu entrevoyait déjà le Christ, qui un jour serait homme, comme ce limon : Verbe fait chair, comme cette terre qu'il avait entre les mains.
Tel est le sens de cette première parole du Père à son Fils : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1, 26). Dieu a modelé l'homme selon l'image de Dieu, c'est-à-dire selon le Christ... Dès lors ce limon qui revêtait l'image du Christ, tel qu'il se manifesterait dans son incarnation future, n'était pas seulement l'œuvre de Dieu, il était aussi le gage de Dieu.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église : Poésies, n° 8 « Alma, buscarte has en mí » (trad. OC Seuil 1995, p. 1241)
« De qui est cette image ? »
Âme, cherche-toi en moi,
Et moi, cherche-moi en toi.
L’amour a si bien réussi,
Ame, à te reproduire en moi,
Que même le plus grand peintre
Ne saurait, avec autant d'art,
Dessiner une telle image.
Par l’amour, tu fus créée,
Belle, très belle, et c'est pourquoi
Peinte dans mes entrailles,
Si tu te perdais, mon aimée,
Tu devrais te chercher en moi.
Car je sais que tu trouveras
Au fond de mon cœur ton portrait,
Peint de façon si ressemblante
Que, te voyant, tu te réjouiras
De te voir, si bellement peinte.
Si par hasard, tu ne savais
En quel endroit me trouver, moi,
Ne t’en va pas de-ci de-là,
Mais, si tu veux me trouver,
Cherche-moi en toi.
Puisque tu es mon logis,
Tu es ma maison, ma demeure,
Aussi j'appelle à tout instant,
Si je trouve fermée,
La porte de ta pensée.
Hors de toi, ne me cherche pas,
Parce que, pour me trouver, moi,
Il suffit que tu m'appelles ;
Et à toi j'irai sans tarder,
Et moi, cherche-moi en toi.
ou
Saint Colomban (563-615), moine, fondateur de monastères
Instruction 11, 1-4 : PL 80, 250-252 (trad. Orval)
« De qui est cette effigie ? »
Moïse a écrit dans la Loi : « Dieu fit l'homme à son image et à sa ressemblance » (Gn 1,26). Considérez, je vous prie, l'importance de cette parole. Dieu, le tout-puissant, l'invisible, l'incompréhensible, l'inestimable, en façonnant l'homme avec de la glaise, l'a ennobli de l'image de sa propre grandeur. Quoi de commun entre l'homme et Dieu, entre la glaise et l'esprit ? Car « Dieu est esprit » (Jn 4,24). C'est donc une grande marque d'estime pour l'homme, que Dieu l'ait gratifié de l'image de son éternité et de la ressemblance de sa propre vie. La grandeur de l'homme, c'est sa ressemblance avec Dieu, pourvu qu'il la garde...
Tant que l'âme fait bon usage des vertus semées en elle, elle sera semblable à Dieu. Toutes les vertus que Dieu a mises en nous lors de notre création, il nous a enseigné que nous devions les lui rendre. Il nous demande d'abord d'aimer Dieu de tout notre cœur (Dt 6,5) car « lui nous a aimés le premier » (1 Jn 4,10), dès le commencement, avant même que nous ayons existé. Aimer Dieu, c'est donc renouveler en nous son image. Or, aime Dieu celui qui garde ses commandements...
À nous donc de refléter pour notre Dieu, pour notre Père, l'image inviolée de sa sainteté, car il est saint et il a dit : « Soyez saints comme je suis saint » (Lv 11,45) ; avec amour, car il est amour, et Jean a dit : « Dieu est amour » (1 Jn 4,8) ; avec tendresse et en vérité, car Dieu est bon et vrai. Ne soyons pas les peintres d'une image étrangère... Et pour que nous n'introduisions pas en nous l'image de l'orgueil, laissons le Christ peindre en nous son image.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)
évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 148; PL 52, 596 (in L'année en fêtes; coll. Bibliothèque n°3; trad. Les Bénédictines de la Rochette; Éd. Migne 2000, p. 51 rev.)
« De qui est cette effigie ? »
Homme, pourquoi es-tu si vil à tes propres yeux, alors que tu es si précieux aux yeux de Dieu ? Pourquoi te déshonores-tu quand Dieu t'a tellement honoré ? Pourquoi te demandes-tu avec quoi tu es créé, et négliges-tu de rechercher pour quel but ? Cette demeure du monde que tu vois, n'est-elle pas tout entière bâtie pour toi ? Pour toi la lumière a jailli, afin de chasser les ténèbres ; pour toi la nuit est disposée et le jour mesuré ; pour toi le ciel brille de l'éclat du soleil, de la lune et des étoiles ; pour toi la terre se couvre de fleurs, de forêts, de fruits ; pour toi vivent dans l'air, dans les champs, dans l'eau la multitude merveilleuse de tous les animaux, de peur que la tristesse et la solitude n'assombrissent la joie de la création naissante.
Dieu t'a façonné à partir de la terre (Gn 2,7), afin que tu sois le maître des choses de cette terre, tout en partageant avec elles une nature commune. Cependant, tout terrestre que tu sois, Dieu ne t'a pas nivelé au point que tu ne sois plus au niveau des cieux, en ce qui concerne ton âme. Pour que tu aies l'intelligence en commun avec Dieu, et le corps en commun avec les animaux, Dieu t'a fait don d'une âme céleste et d'un corps terrestre ; ainsi en toi se noue une union permanente entre ciel et terre.
Ton Créateur cherche encore ce qu'il pourrait ajouter à ton élévation : voilà qu'il va jusqu'à déposer en toi son image (Gn 1,26), afin que cette image visible rende le Créateur invisible présent sur terre. (...) S'il en est ainsi, comment considérer comme un déshonneur que Dieu, dans sa bonté, accueille en lui-même ce qu'il a créé en toi et qu'il veuille apparaître en réalité sous l'aspect de l'homme ? (...) La Vierge a conçu et elle a enfanté un fils (Mt 1,23-25).
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 148, Sur le mystère de l'Incarnation (Livre des jours – Office romain des lectures ; Le Cerf – Desclée de Brouwer – Desclée – Mame
En Christ Dieu nous fait passer de son image à sa ressemblance (Gn 1,27)
Pourquoi, homme, te méprises-tu tellement, alors que tu es si précieux pour Dieu ? Pourquoi, lorsque Dieu t'honore par la naissance du Christ en notre chair, te déshonores-tu à ce point ? Pourquoi cherches-tu comment tu as été fait et ne recherches-tu pas en vue de quoi tu es fait ? Est-ce que toute cette demeure du monde que tu vois n'a pas été faite pour toi ? C'est pour toi que la lumière se répand et dissipe les ténèbres, c'est pour toi que la nuit est réglée, pour toi que le jour est mesuré ; pour toi que le ciel rayonne des splendeurs diverses du soleil, de la lune et des étoiles ; pour toi que la terre est émaillée de fleurs, d'arbres et de fruits ; pour toi que cette foule étonnante d'animaux a été créée, dans l'air, dans les champs, dans l'eau si belle, pour qu'une lugubre solitude ne gâte pas la joie du monde nouveau. (...)
En outre, le Créateur cherche ce qu'il peut bien ajouter à ta dignité : il dépose en toi son image (Gn 1,27), afin que cette image visible rende présent sur terre le Créateur invisible, et il te confie la gérance des biens terrestres, afin qu'un aussi vaste domaine n'échappe pas au représentant du Seigneur. (...) Et ce que Dieu a fait en toi par sa puissance, il a eu la bonté de l'assumer en lui-même ; il a voulu se manifester vraiment dans l'homme en qui, jusqu'alors, il n'était apparu qu'en image. Il a donné à l'homme d'être en réalité ce qu'il n'était auparavant que par une simple ressemblance. (...) Le Christ naît donc pour rendre toute son intégrité à la nature déchue.
ou
Saint Athanase (295-373), évêque d'Alexandrie, docteur de l'Église
Sur l'incarnation du Verbe, 13 (trad. cf SC 199, p.311s)
Le Christ est l'image du Dieu invisible ; par lui nous sommes rachetés et nos péchés pardonnés (Col 1,15.14)
Puisque les hommes s'étaient rendus déraisonnables et que la tromperie des démons jetait son ombre de tous côtés et cachait la connaissance du vrai Dieu, que devait faire Dieu ? Se taire devant une pareille situation ? Accepter que les hommes soient égarés ainsi et ne connaissent pas Dieu ? ... Dieu ne va-t-il pas épargner à ses créatures d'être égarées loin de lui et assujetties au néant, surtout si cet égarement devient pour elles cause de ruine et de perte, alors que les êtres qui ont participé à l'image de Dieu (Gn 1,26) ne doivent pas périr ? Que fallait-il donc que Dieu fasse ? Que faire, sinon renouveler en eux son image, afin que les hommes puissent de nouveau le connaître ?
Mais comment cela se fera-t-il, sinon par la présence de l'image de Dieu elle-même (Col 1,15), notre Sauveur Jésus Christ ? Cela n'était pas réalisable par des hommes, puisqu'ils ne sont pas l'image mais ont été créés selon l'image ; ce n'était pas réalisable par des anges non plus, car même eux ne sont pas images. C'est pourquoi le Verbe de Dieu est venu lui-même, lui qui est l'image du Père, afin d'être en mesure de restaurer l'image au fond de l'être des hommes. Par ailleurs, cela ne pouvait pas se produire si la mort et la dégradation qui la suit n'étaient pas anéanties. C'est pourquoi il a pris un corps mortel, afin de pouvoir anéantir la mort et restaurer les hommes faits selon l'image de Dieu. L'image du Père, donc, son Fils très saint, est venue chez nous pour renouveler l'homme fait à sa ressemblance et pour le retrouver, alors qu'il était perdu, par la remise de ses péchés, comme il le dit lui-même : « Je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10).
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Dialogues, ch. 13 (trad. Guignes, Seuil 1953, p. 70 rev.)
« De qui est cette image ? » : en se faisant homme, Dieu restaure en nous l'image de la Trinité
Éternel Amour..., je te le demande en grâce, fais miséricorde à ton peuple, au nom de la charité éternelle qui t'a poussé à créer l'homme à ton image et à ta ressemblance (Gn 1,26)... Tu n'as fait cela, Trinité éternelle, que parce que tu voulais faire participer l'homme à tout toi-même. C'est pourquoi tu lui as donné la mémoire, afin qu'il se souvienne de tes bienfaits et qu'il participe ainsi à ta puissance, Père éternel. C'est pourquoi tu lui as donné l'intelligence pour qu'il puisse comprendre ta bonté et qu'il participe ainsi à la sagesse de ton Fils unique. C'est pourquoi tu lui as donné la volonté, afin qu'il puisse aimer ce qu'il voit et connaît de ta vérité, et qu'il participe ainsi à l'amour de ton Esprit Saint. Qui t'a poussé à donner une si grande dignité à l'homme ? L'amour inépuisable avec lequel tu as regardé en toi-même ta créature...
[Mais] à cause du péché, elle a perdu cette dignité... Toi alors, poussé par ce même feu avec lequel tu nous avais créés..., tu nous as donné le Verbe, ton Fils unique... Il a accompli ta volonté, Père éternel, quand tu l'as revêtu de notre humanité, à l'image et ressemblance de notre nature. Ô abîme de charité ! Quel est le cœur qui peut se défendre de ne pas céder à ton amour en voyant le Très-Haut rejoindre la bassesse de notre humanité ? Nous sommes ton image et toi, tu es la nôtre, par cette union que tu as consommée dans l'homme en voilant ta divinité de l'argile d'Adam (Gn 2,7)... Qu'est-ce qui t'a poussé à faire cela ? L'amour ! Toi, Dieu, tu t'es fait homme, et l'homme est devenu Dieu. Par cet amour indicible, je t'en prie, fais miséricorde à tes créatures.

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