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TEMPS ORDINAIRE IX - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n° 18,1.28 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 297-313)
L’espérance de la résurrection
L’espérance de la résurrection est la racine de toute activité vertueuse. L’attente de la récompense incite l’âme à bien agir. Tout ouvrier est prêt à supporter les fatigues s’il voit d’avance la récompense de ses fatigues ; au contraire chez ceux qui peinent sans en être dédommagés, corps et âmes s’écroulent de concert avant la fin de la tâche. Un soldat qui s’attend à recevoir une récompense pour ses combats, est prêt à guerroyer, mais nul homme enrôlé par un chef sans discernement n’est prêt à affronter la mort pour celui qui ne lui propose de sa peine aucune récompense.
Ainsi toute âme qui croit à la résurrection se traite elle-même – et elle a raison – avec respect, tandis que l’âme qui ne croit pas à la résurrection est vouée à la ruine. Celui qui croit que son corps attend la résurrection respecte son vêtement ; il évite de le salir (…) La sainte Église nous enseigne donc comme un grave avertissement la foi en la résurrection des morts. Article important et très nécessaire, combattu par beaucoup, mais établi par la vérité.(…)
Bien instruits et bien formés dans cette sainte Église catholique, nous posséderont le royaume des cieux et nous obtiendrons pour notre partage, la vie éternelle. Pour elle nous supportons tout, afin que le Seigneur nous en donne la jouissance. Car nous ne poursuivons pas un but médiocre, mais l’objectif de notre effort, c’est la vie éternelle. Aussi nous apprend-on, dans la proclamation de la foi, après l’article : « Et en la résurrection de la chair », c’est-à-dire la résurrection des morts, à croire aussi « en la vie éternelle », objet de notre combat, à nous autres chrétiens.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]: Mitarbeiter der Wahrheit (trad. Vivre sa foi, Mame 1981, p. 428)
« J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir » (Credo)
Le christianisme ne promet pas le simple salut de l’âme, dans un quelconque au-delà où toutes les valeurs et les choses précieuses de ce monde disparaîtraient comme s'il s'agissait d'une scène qu'on aurait bâtie autrefois et qui disparaîtrait désormais. Le christianisme promet l’éternité de ce qui s'est réalisé sur cette terre.
Dieu connaît et aime cet homme total que nous sommes actuellement. Est donc immortel ce qui grandit et se développe dans notre vie de maintenant. C'est dans notre corps que nous souffrons et aimons, que nous espérons, que nous éprouvons de la joie et de la tristesse, que nous progressons à travers le temps. Tout ce qui grandit ainsi dans notre vie de maintenant, c'est cela qui est impérissable. Est donc impérissable ce que nous sommes devenus dans notre corps, ce qui a grandi et mûri au cœur de notre vie, en lien avec les choses de ce monde. C'est « l’homme total » tel qu’il s'est situé en ce monde, tel qu'il y a vécu et souffert, qui sera un jour emporté dans l’éternité de Dieu et qui aura part, en Dieu lui-même, à l’éternité. C’est cela qui doit nous envahir d'une joie profonde.
ou
Saint Justin (v. 100-160), philosophe, martyr
Traité sur la résurrection, 2.4.7-9 (trad. OC, Migne, 1994, p. 345s)
« Je crois à la résurrection de la chair » (Credo)
Ceux qui sont dans l'erreur disent qu'il n'y a pas de résurrection de la chair, qu'il est impossible en effet que celle-ci, après avoir été détruite et réduite en poussière, retrouve son intégrité. Toujours d'après eux, le salut de la chair serait non seulement impossible, mais même nuisible : ils blâment la chair, dénoncent ses défauts, la rendent responsable des péchés ; ils disent donc que si cette chair doit ressusciter, ses défauts aussi ressusciteront... En plus, le Sauveur a dit : « Lorsqu'on ressuscite d'entre les morts, on ne se marie pas, mais on est comme les anges dans les cieux ». Or les anges, disent-ils, n'ont pas de chair, ils ne mangent ni ne s'unissent. Donc, disent-ils, il n'y aura pas de résurrection de la chair...
Qu'ils sont aveugles, les yeux du seul intellect ! Car ils n'ont pas vu sur terre « les aveugles voir, les boiteux marcher » (Mt 11,5) grâce à la parole du Sauveur..., pour nous faire croire qu'à la résurrection la chair ressuscitera complète. Si sur cette terre il a guéri les infirmités de la chair et il a rendu au corps son intégrité, combien plus le fera-t-il au moment de la résurrection, afin que la chair ressuscite sans défaut, intégralement... Ces gens-là me paraissent ignorer l'action divine dans son ensemble, à l'origine de la création, dans la fabrication de l'homme ; ils ignorent pourquoi les choses terrestres ont été faites.
Le Verbe a dit : « Faisons l'homme à notre image et ressemblance » (Gn 1,26)... Il est évident que l'homme, modelé à l'image de Dieu, était de chair. Alors quelle absurdité de prétendre méprisable, sans aucun mérite, la chair modelée par Dieu selon sa propre image ! Que la chair soit précieuse aux yeux de Dieu, c'est évident parce que c'est son œuvre. Et parce que là se trouve le principe de son projet pour le reste de la création, c'est ce qu'il y a de plus précieux aux yeux du créateur.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 988-994
« Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants »
« Je crois à la résurrection de la chair » : le Credo chrétien –- profession de notre foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, et dans son action créatrice, salvatrice et sanctificatrice –- culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie éternelle. Nous croyons fermement, et ainsi nous espérons, que de même que le Christ est vraiment ressuscité des morts, et qu'il vit pour toujours, de même après leur mort les justes vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu'il les ressuscitera au dernier jour. Comme la sienne, notre  résurrection sera l'œuvre de la très sainte Trinité... Le terme « chair » désigne l'homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité. La « résurrection de la chair » signifie qu'il n'y aura pas seulement, après la mort, la vie de l'âme immortelle, mais que même nos « corps mortels » (Rm 8,11) reprendront vie.
Croire en la résurrection des morts a été dès ses débuts un élément essentiel de la foi chrétienne. « Une conviction des chrétiens : la résurrection des morts ; cette croyance nous fait vivre » (Tertullien)... La résurrection des morts a été révélée progressivement par Dieu à son peuple. L'espérance en la résurrection corporelle des morts s'est imposée comme une conséquence intrinsèque de la foi en un Dieu créateur de l'homme tout entier, âme et corps. Le créateur du ciel et de la terre est aussi Celui qui maintient fidèlement son alliance avec Abraham et sa descendance. C'est dans cette double perspective que commencera à s'exprimer la foi en la résurrection...
Les pharisiens et bien des contemporains du Seigneur espéraient la résurrection. Jésus l'enseigne fermement. Aux sadducéens qui la nient il répond : « Vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu, vous êtes dans l'erreur ». La foi en la résurrection repose sur la foi en Dieu qui « n'est pas un Dieu des morts, mais des vivants ». Mais il y a plus : Jésus lie la foi en la résurrection à sa propre personne : « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11,25). C'est Jésus lui-même qui ressuscitera au dernier jour ceux qui auront cru en lui et qui auront mangé son corps et bu son sang (Jn 6,40.54).
ou
Saint Anastase d'Antioche, moine puis patriarche d'Antioche de 549-570 et de 593-599
Homélie 5, sur la Résurrection ; PG 89, 1358 (trad. bréviaire rev.)
« Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants »
« Le Christ a connu la mort, puis la vie, pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants » (Rm 14,9) ; « Dieu n'est pas le Dieu des morts, il est le Dieu des vivants ». Puisque le Seigneur des morts est vivant, les morts ne sont plus des morts mais des vivants ; la vie règne en eux, pour qu'ils vivent et ne craignent plus la mort, de même que « le Christ, ressuscité des morts, ne meurt plus » (Rm 6,9). Ressuscités et libérés de la corruption, ils ne verront plus la mort ; ils participeront à la résurrection du Christ, comme lui-même a eu part à leur mort. En effet, s'il est venu sur terre, jusqu'alors prison éternelle, c'est pour « briser les portes de bronze et fracasser les verrous de fer » (Is 45,2), pour tirer notre vie de la corruption en l'attirant à lui, et nous donner la liberté à la place de l'esclavage.
Si ce plan de salut n'est pas encore pleinement réalisé, car les hommes meurent toujours et leurs corps sont désagrégés par la mort, cela ne doit pas être un motif d'incroyance. Déjà nous avons reçu les premiers fruits de ce qui nous est promis, en la personne de celui qui est notre premier-né... : « Avec lui, il nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus » (Ep 2,6). Nous atteindrons à la pleine réalisation de cette promesse lorsque viendra le temps fixé par le Père, lorsque nous dépouillerons l'enfance et serons parvenus « à l'état d'homme parfait » (Ep 4,13). Car le Père éternel a voulu que le don qu'il nous a fait demeure ferme... L'apôtre Paul l'a déclaré, car il le savait bien, cela arrivera à tout le genre humain, par le Christ, qui « transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux » (Ph 3,21)... Le corps glorieux du Christ n'est pas différent du corps « semé dans la faiblesse, sans valeur » (1Co 15,43) ; c'est le même corps changé en gloire. Et ce que le Christ a réalisé en amenant au Père sa propre humanité, premier exemplaire de notre nature, il le fera pour toute l'humanité selon sa promesse : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32).
ou
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Proslogion, 25-26 (trad. Orval)
La résurrection : plénitude de vie
Pourquoi t'égarer si loin à la recherche des biens de ton âme et de ton corps ? Aime l'unique Bien dans lequel sont tous les biens ; cela suffit... C'est là-haut que se trouve tout ce que l'on peut aimer et désirer.
Est-ce la beauté que tu aimes ? « Les justes resplendiront comme le soleil » (Mt 13,43). Est-ce l'agilité ou la force d'un corps libre et dégagé de tout obstacle ? « Ils seront comme les anges de Dieu »... Est-ce une vie longue et saine ? Là-haut t'attend la santé éternelle, car « les justes vivront éternellement » (Sg 5,16)... Désires-tu être rassasié ? Tu le seras quand Dieu te montrera son visage dans sa gloire (Ps 16,15). Être enivré ? « Ils s'enivreront de l'abondance de la maison de Dieu » (Ps 35,9). Est-ce un chant mélodieux que tu aimes ? Là-haut, les chœurs angéliques chantent sans fin la louange de Dieu. Cherches-tu de très pures délices ? Dieu t'abreuvera au torrent de ses délices (Ps 35,9). Aimes-tu la sagesse ? La sagesse de Dieu se manifestera en personne. L'amitié ? Ils aimeront Dieu plus qu'eux-mêmes, ils s'aimeront les uns les autres autant qu'eux-mêmes, et Dieu les aimera plus qu'ils pourront jamais aimer... Aimes-tu la concorde ? Ils auront tous une seule volonté, car ils n'auront d'autre volonté que celle de Dieu... Les honneurs et les richesses ? Dieu établira sur beaucoup de biens ses serviteurs bons et fidèles (Mt 25,21) ; bien plus, « ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9) et ils le seront réellement, car là où est le Fils, là aussi seront « les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ » (Rm 8,17).
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 293-294
Le Dieu des vivants
C'est une vérité fondamentale que l'Écriture et la Tradition ne cessent d'enseigner et de célébrer : « Le monde a été créé pour la gloire de Dieu. » Dieu a créé toutes choses, explique S. Bonaventure, « non pour accroître sa gloire, mais pour manifester et communiquer cette gloire ». Car Dieu n'a pas d'autre raison pour créer que son amour et sa bonté : « C'est la clé de l'amour qui a ouvert sa main pour produire les créatures » (S. Thomas d'Aquin)...
La gloire de Dieu c'est que se réalise cette manifestation et cette communication de sa bonté en vue desquelles le monde a été créé. Faire de nous « des fils adoptifs par Jésus Christ : tel fut le dessein bienveillant de sa volonté à la louange de gloire de sa grâce » (Ep 1,5-6). « Car la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu : si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu » (S. Irénée). La fin ultime de la création, c'est que Dieu, « qui est le Créateur de tous les êtres, devienne enfin ' tout en tous ' (1 Co 15,28), en procurant à la fois sa gloire et notre béatitude » (Vatican II).


TEMPS ORDINAIRE IX - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Lettre 36, à la reine Jeanne de Naples (trad. Cartier, Téqui, 1976, tome 1, p. 316-317)
« Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force »
Glorieuse et très chère Mère, madame la Reine, votre indigne Catherine, la servante et l'esclave des serviteurs de Jésus Christ, vous écrit dans son précieux sang, avec le désir de vous voir la vraie fille et l'épouse choisie de Dieu. (…)
Je vous supplie instamment au nom du Christ Jésus de consacrer tout votre cœur, toute votre âme, toutes vos forces à aimer et servir ce doux et cher Père, cet Époux qui est Dieu, la Vérité suprême, éternelle, qui nous a tant aimés sans être aimé. Oui, qu'aucune créature ne résiste, quel que soit son rang, sa grandeur, sa puissance : toutes les gloires du monde ne sont-elles pas vaines ; ne passent-elles pas comme le vent ? Qu'aucune créature ne s'éloigne de ce véritable amour, qui est la gloire, la vie, le bonheur de l'âme ; et alors nous montrerons que nous sommes des épouses fidèles. Et aussi, quand l'âme n'aime que son Créateur, elle ne désire rien hors de lui. Ce qu'elle aime, ce qu'elle fait, c'est pour lui, et tout ce qu'elle voit on dehors de sa volonté, comme les vices, les péchés, les injustices, elle le déteste ; et la sainte haine qu'elle a conçue contre le péché est si forte, qu'elle aimerait mieux mourir que de violer la foi qu'elle doit à son éternel Époux.
Soyons, soyons fidèles, en suivant les traces de Jésus crucifié, en détestant le vice, en embrassant la vertu, en faisant de grandes choses pour lui.
ou
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)
missionnaire des gens des rues
Enracinements évangéliques (Communautés selon l’Évangile, éd. du Seuil, 1973, p. 121-122)
Aimer de tout son cœur dans le cœur de Jésus
« Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même pour l’amour de Dieu » (cf. Mc 12,31 ; Mt 22,37 ; Lc 10,27). Pour tout homme, tout amour est une affaire de cœur, sans le cœur de l’homme, il n’y a pas d’amour humain. Sans Jésus nous n’aurions pas été capables d’aimer Dieu avec un amour qui soit l’amour de sa créature humaine, parce que notre cœur était perverti, parce que nous ignorions ce qu’est un cœur converti, retourné vers Dieu, tourné vers Dieu, offert à Dieu. Jésus a révélé, en nous l’expliquant et en nous le montrant, comment doit vivre, comment doit agir, l’homme dont le cœur est converti.
Parce que nous avons vu et touché Jésus Dieu fait homme, nous pouvons rencontrer Dieu au niveau de notre cœur. L’amour personnel de Jésus pour nous et de nous pour lui, le cœur à cœur avec lui est notre accès à l’amour de Dieu, aussi sommes-nous incapables et ignorants de pouvoir et de savoir « aimer le Seigneur de tout notre cœur » sans la contemplation et sans l’imitation du cœur même de Jésus-Christ. (…)
Pour savoir ce qu’est un cœur pur et ce qu’est un cœur bon, il faut regarder Jésus. Lui seul le sait, lui seul l’apprend, lui seul le donne. C’est grâce à lui que nous apprenons de quel amour nous pouvons aimer Dieu, que nous connaissons de quel amour Dieu aime les hommes. C’est par un cœur à cœur avec ses compagnons de vie que Jésus leur a révélé l’accès à l’amour de Dieu, et c’est toujours, à travers ce même cœur à cœur que Jésus nous a révélé et nous fait vivre le mystère de l’amour de Dieu. Dans ce cœur, Jésus nous montre son cœur pur et son bon cœur, le cœur qui deviendrait notre cœur converti.
ou
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964) missionnaire des gens des rues
Réaliser dès cette terre l’amour pour lequel Dieu nous a créés (La joie de croire, éd. du Seuil, 1968, p. 71-72 ; rev.)
Les deux commandements de l’amour
C’est Dieu que nous aimons, c’est l’amour de Dieu le premier commandement ; mais le second lui est semblable, c'est-à-dire que c’est seulement à travers les autres que nous pouvons rendre amour pour amour à Dieu.
Le danger, c’est que le deuxième commandement devienne le premier. Mais nous avons une preuve de contrôle, c’est d’aimer chaque homme, c’est d’aimer le Christ, c’est d’aimer Dieu dans chaque homme, sans préférence, sans catégories, sans exception.
Le deuxième danger c’est que nous ne le puissions pas, et nous ne le pourrons pas si nous séparons la charité de la foi et de l’espérance.
La foi et l’espérance, c’est la prière qui les donne. Sans prier, nous ne pourrons pas aimer. (…)
C’est la foi et c’est l’espérance, dilatées par la prière, qui débarrasseront le chemin de notre amour de son obstacle le plus encombrant : le souci de nous-mêmes.
Le troisième danger sera d’aimer non « comme Jésus nous a aimés », mais à la mode humaine. Et c’est peut-être le plus grand des dangers. (…)
Ce n’est pas notre amour que nous avons à donner : c’est l’amour de Dieu. L’amour de Dieu qui est une personne divine, qui est le don de Dieu à nous, mais qui reste un don, qui doit pour ainsi dire nous traverser, nous transpercer pour aller ailleurs, pour aller dans les autres.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n°30 ; PL 76, 1220 (trad. Le Barroux)
« Il n'y a pas de commandement plus grand que ces deux-là »
On ne peut aimer vraiment Dieu sans aimer le prochain, ni aimer vraiment son prochain sans aimer Dieu. Et c'est pour cela... que l'Esprit a été donné aux disciples à deux reprises : d'abord par le Seigneur quand il vivait sur la terre, puis par le Seigneur quand il régnait au ciel (Jn 20,22 ; Ac 2). Il nous est donné sur la terre pour aimer le prochain, du ciel pour aimer Dieu. Mais pourquoi d'abord sur la terre et ensuite du ciel, sinon pour nous donner clairement à comprendre cette parole de Jean : « Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? » (1Jn 4,20)
Ainsi, mes frères, chérissons bien notre prochain ; aimons celui qui est proche de nous, pour qu'il nous devienne possible d'aimer celui qui est au-dessus de nous. Que notre esprit s'exerce à rendre au prochain ce qu'il doit à son Dieu, afin de mériter de jouir en Dieu d'une joie parfaite avec ce même prochain. C'est alors que nous parviendrons à cette joie des habitants du ciel, dont nous avons déjà reçu le gage par le don du Saint-Esprit. Tendons de tout notre amour vers cette fin où nous nous réjouirons sans fin. Là se trouve la sainte assemblée des citoyens du ciel ; là, une fête certaine ; là, un repos assuré ; là, une paix véritable, qui désormais ne nous sera plus seulement laissée, mais donnée par notre Seigneur Jésus Christ (Jn 14,27).
ou
Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs
Première règle, § 23 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 80)
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur »
Aimons tous le Seigneur de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit, de tout notre pouvoir et courage, de toute notre intelligence, de toutes nos forces, de tout notre effort, de toute notre affection, de toutes nos entrailles, de tous nos désirs, de toutes nos volontés. Il nous a donné et nous donne à tous le corps, l'âme et la vie ; il nous a créés et rachetés ; il nous sauvera par sa seule miséricorde. Malgré nos faiblesses et nos misères, notre corruption et notre honte, notre ingratitude et notre méchanceté, il ne nous a fait et ne nous fait que du bien.
N'ayons donc d'autre désir, d'autre volonté, d'autre plaisir et d'autre joie que notre Créateur, Rédempteur et Sauveur : le seul vrai Dieu, qui est le bien plénier, entier, total, vrai et souverain. Lui seul est bon, miséricordieux et aimable, suave et doux ; lui seul est saint, juste, vrai et droit ; lui seul est bienveillant, innocent et pur...
Désormais donc, plus d'obstacle, plus de barrière, plus d'écran ! Partout, en tout lieu, à toute heure et en tout temps, chaque jour et sans discontinuer, tous, croyons d'une foi humble et vraie, gardons dans notre cœur, sachons aimer, honorer, adorer, servir, louer et bénir, glorifier et célébrer, magnifier et remercier le très haut souverain Dieu éternel : Trinité et unité ; Père, Fils et Saint Esprit ; Créateur de toutes choses, Sauveur de tous ceux qui mettent en lui leur foi, leur espérance et leur amour ; lui qui est sans commencement ni fin ; immuable, invisible, inexprimable..., béni, louable, glorieux et célébré..., doux, aimable, délectable, et désirable plus que tout autre bien dans ce monde et dans le monde à venir. Amen.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église : De Trinitate, 8, 12 ; PL 42, 958 (trad. Orval)
Aimer Dieu, son prochain et soi-même
Celui qui n’aime pas son frère n’est pas dans l'amour, et celui qui n'est pas dans l'amour n’est pas en Dieu, car « Dieu est amour » (1Jn 4, 8).
En outre, celui qui n'est pas en Dieu n'est pas dans la lumière, car « Dieu est lumière, il n'y a pas de ténèbres en lui » (1Jn 1, 5). Celui donc qui n'est pas dans la lumière, quoi d'étonnant qu'il ne voie pas la lumière, autrement dit, qu'il ne voie pas Dieu, puisqu'il est dans les ténèbres ? Il voit son frère d'une vue humaine, qui ne permet pas de voir Dieu. Mais si ce frère qu'il voit d'une vue humaine, il l'aimait d'un amour spirituel, il verrait Dieu qui est l’amour même, de cette vue intérieure qui permet de le voir…
Qu'il ne soit plus question de savoir combien de charité nous devons à notre frère, combien à Dieu : incomparablement plus à Dieu qu'à nous, autant à nos frères qu'à nous-mêmes ; or nous nous aimons d'autant plus nous-mêmes que nous aimons Dieu davantage. C'est donc d'une seule et même charité que nous aimons Dieu et le prochain, mais nous aimons Dieu pour lui-même, nous et le prochain pour Dieu.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
De Trinitate, VIII, 12 ; PL 42, 958B-959A (trad. Orval)
« Voilà le plus grand et le premier commandement ; le second lui est semblable » (Mt 22,38-39)
« Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour vient de Dieu, et tout homme qui aime est né de Dieu et connaît Dieu ; celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour » (1Jn 4,7-8). Dans ce texte l'apôtre Jean, avec sa grande autorité, montre clairement que l'amour fraternel non seulement vient de Dieu, mais que cet amour fraternel, qui fait que nous nous aimons les uns les autres, c'est Dieu lui-même.
Par conséquent, en aimant notre frère d'un amour véritable, nous aimons notre frère selon Dieu, par Dieu. Et il n'est pas possible de ne pas aimer par dessus tout cet amour lui-même grâce auquel nous aimons notre frère. D'où nous concluons que ces deux préceptes ne peuvent pas exister l'un sans l'autre. Puisqu'en effet « Dieu est amour », celui-là aime certainement Dieu qui aime l'amour ; or celui qui aime son frère aime nécessairement l'amour. Voilà pourquoi, un peu après, l'apôtre Jean dit : « Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? » (1Jn 4,20) ; la raison qui l'empêche de voir Dieu, c'est qu'il n'aime pas son frère. Celui qui n'aime pas son frère n'est pas dans l'amour ; et celui qui n'est pas dans l'amour n'est pas en Dieu, car « Dieu est amour ».
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Avis et maximes (121-143 in trad. Seuil 1945, p. 1199)
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur..., de toute ta force »
La force de l'âme est dans ses puissances, ses passions et ses facultés. Si la volonté les tourne vers Dieu et les tient à l'écart de tout ce qui n'est pas Dieu, l'âme garde pour Dieu toute sa force ; elle l'aime vraiment de tout son pouvoir, comme le Seigneur lui-même le commande.
Se rechercher soi-même en Dieu, c'est rechercher les douceurs et les consolations de Dieu, et cela est contraire au pur amour de Dieu.
C'est un grand mal d'avoir en vue les biens de Dieu plutôt que Dieu lui-même, l'oraison et le détachement.
Il y en a beaucoup qui cherchent en Dieu leurs consolations et leurs goûts, et désirent que sa Majesté les comble de ses faveurs et de ses dons ; mais le nombre de ceux qui prétendent lui plaire et lui donner quelque chose à leurs dépens, en méprisant leur propre intérêt, est très petit.
Il y a peu d'hommes spirituels, même parmi ceux que l'on regarde comme très avancés dans la vertu, qui acquièrent une parfaite détermination pour le bien. Ils n'arrivent jamais à se renoncer entièrement sur quelque point de l'esprit du monde ou de la nature, ni à mépriser ce qu'on dira ou ce qu'on pensera d'eux, quand il s'agit d'accomplir par amour pour Jésus Christ des œuvres de perfection et de détachement...
Celui qui ne veut que Dieu seul ne marche pas dans les ténèbres, quelque pauvre et privé de lumière qu'il puisse être à ses propres yeux...
L'âme qui, au milieu des sécheresses et des délaissements, conserve toujours son attention et sa sollicitude pour servir Dieu, pourra avoir de la peine et craindre de ne pas réussir ; mais, en réalité, elle offrira à Dieu un sacrifice de très agréable odeur (Gn 8,21).
ou
Youssef Bousnaya (v. 869-979), moine syrien
Vie et doctrine de Rabban Youssef Bousnaya par Jean Bar Kaldoum (trad. Chabot in Deseille, Évangile au désert, Cerf 1999, p. 326)
Amour des hommes, amour de Dieu
Mon fils, applique-toi de toute ton âme à acquérir l'amour des hommes, dans lequel et par lequel tu t'élèveras à l'amour de Dieu qui est la fin de toutes les fins. Vains sont tous tes labeurs qui ne sont pas accomplis dans la charité. Toutes les bonnes œuvres et tous les labeurs conduisent l'homme jusqu'à la porte du palais royal ; mais c'est l'amour qui nous y fait demeurer et nous fait reposer sur le sein du Christ (Jn 13,25).
Mon fils, que ton amour ne soit pas partagé, divisé, intéressé, mais répandu partout en vue de Dieu, désintéressé. Le Christ te donnera la connaissance pour comprendre le mystère de cette parole. Aime tous les hommes comme toi-même ; bien mieux, aime ton frère plus que toi-même ; ne recherche pas seulement ce qui te convient, toi, mais ce qui est utile à ton frère. Méprise-toi toi-même pour l'amour de ton prochain, afin que le Christ soit miséricordieux et fasse de toi un cohéritier de son amour. Prends bien garde de mépriser cela. Car Dieu nous a aimés le premier, et il a livré son Fils à la mort pour nous. « Dieu a tellement aimé le monde qu'il a livré pour lui son Fils unique », dit l'apôtre Jean, témoin de la vérité (Jn 3,16). Celui qui marche dans ce sentier de l'amour, grâce à son labeur, arrivera promptement à la demeure qui est le but de ses efforts. Ne pense donc pas, mon fils, que l'homme puisse acquérir l'amour de Dieu, qui nous est donné par sa grâce, avant d'aimer ses frères en humanité.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Traité de l'amour de Dieu, ch. 8-10
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur »
Le premier et le plus grand commandement est celui-ci : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Mais notre nature est faible ; en nous le premier degré de l'amour c'est de nous aimer nous-mêmes avant tout autre chose, pour nous-mêmes... Pour nous empêcher de glisser trop sur cette pente, Dieu nous a donné le précepte d'aimer notre prochain comme nous-mêmes... Or nous constatons que cela n'est pas possible sans Dieu, sans reconnaître que tout vient de lui et que sans lui nous ne pouvons absolument rien. À ce deuxième degré donc l'homme se tourne vers Dieu, mais ne l'aime encore que pour soi et non pour lui...
Il faudrait cependant avoir un cœur de marbre ou de bronze pour ne pas être touché par le secours que Dieu nous donne quand nous nous tournons vers lui dans les épreuves. Dans les épreuves il nous est impossible de ne pas goûter combien il est doux (Ps 33,9). Et bientôt nous commençons à l'aimer plus à cause de la douceur que nous trouvons en lui qu'à cause de notre propre intérêt... Quand nous en sommes là, il n'est pas difficile d'aimer notre prochain comme nous-mêmes... Nous aimons les autres comme nous sommes aimés, comme Jésus Christ nous a aimés. Voilà l'amour de celui qui dit avec le psalmiste : « Chantez les louanges du Seigneur, car il est bon » (Ps 117,1). Louer le Seigneur non pas parce qu'il est bon pour nous, mais simplement parce qu'il est bon, aimer Dieu pour Dieu et non pour nous-mêmes, c'est le troisième degré de l'amour.
Heureux ceux qui ont pu monter jusqu'au quatrième degré de l'amour : ne plus s'aimer soi-même que pour l'amour de Dieu... Quand est-ce que mon âme, enivrée de l'amour de Dieu, s'oubliant elle-même, ne s'estimant pas plus qu'un vase brisé, quand est-ce qu'elle s'élancera vers Dieu pour se perdre en lui et ne plus être qu'un seul esprit avec lui ? (1Co 6,17) Quand pourra-t-elle s'écrier : « Ma chair et mon cœur sont consumés, Dieu de mon cœur, Dieu ma part pour l'éternité » (Ps 72,26) ? Saints et heureux, ceux qui ont pu éprouver quelque chose de semblable pendant cette vie mortelle, même rarement, même une seule fois. Ce n'est pas un bonheur humain, c'est déjà demeurer au ciel.
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
Buona giornata 24,29/5 ; Ep 3, 1246,1010 (trad. Une pensée, Mediaspaul, p.54)
L'amour de Dieu et des hommes
Je suis consumé par une double flamme : l'amour de Dieu et des hommes. C'est comme un volcan au-dedans de moi, toujours en éruption, que Jésus a mis dans mon cœur, pourtant si petit...
Mon Dieu, sois toujours plus présent à mon pauvre cœur et achève en moi l'œuvre que tu as commencée. J'entends au plus intime de moi-même cette voix qui me répète : « Sanctifie-toi et sanctifie les autres ! »
C'est bien ce que je veux, chère enfant, à qui j'écris tout cela, mais je ne sais par où commencer. Aide-moi. Je sais que Jésus t'aime bien et tu le mérites. Parle-lui donc pour moi : je lui demande la grâce d'être un fils de saint François moins indigne, qui puisse servir d'exemple à mes confrères de sorte qu'ils gardent leur ferveur et qu'elle augmente en moi, jusqu'à faire de moi un parfait capucin.


TEMPS ORDINAIRE IX - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Les Exercices, n°3 ; SC 129 (trad. SC p. 99 rev.)
« David lui-même le nomme Seigneur »
Qui est semblable à toi, mon Seigneur Jésus Christ, mon doux amour, très haut et immense, et qui « regarde les choses les plus humbles » ? « Qui est semblable à toi parmi les puissants, Seigneur », toi qui « choisis les choses les plus faibles dans le monde » ? Qui est tel que toi, qui as formé le ciel et la terre..., et qui veux « trouver tes délices avec les enfants des hommes » ? Quelle est ta grandeur, ô « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » ? Toi qui commandes aux astres et qui approches ton cœur de l'homme ? Qui es-tu, toi qui tiens dans ta droite « les richesses et la gloire » ?... Ô amour, jusqu'où inclines-tu ta majesté ? Amour, où conduis-tu « la source de la sagesse » ? Assurément jusqu'à l'abîme de la misère...
« Venez, venez, venez » : je viens, je viens, je viens à toi, Jésus très aimant, toi que j'ai aimé, que j'ai recherché, que j'ai désiré. À cause de ta douceur, de ta compassion et de ta charité, t'aimant de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma force, je me rends à ton appel.
(Références bibliques : Ps 112,6 ; Ex 15,11 ; 1Co 1,27 ;Pr 8,31 ; 1Tm 6,15 ; Jb 7,17 ; Pr 3,16 ; 18,4 ; Lc 10,27)
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°14,27-30 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 229-230 ; rev.)
Je crois au Fils unique, assis à la droite du Père
Souviens-toi de ce que j’ai dit sur la présence du Fils assis à la droite du Père, parce qu’ainsi [affirme] le symbole : « monté dans les cieux, et assis à la droite du Père » ! (…)
Le prophète Isaïe qui avait vu ce trône avant la présence du Sauveur dans la chair, dit : « Je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé » (Is 6,1). Mais comme « personne n’a jamais vu le Père » (Jn 1,18 ; 1Tm 6,16), le personnage qui apparut alors au prophète était le Fils. Le psalmiste dit aussi : « Ton trône est prêt depuis lors, depuis l’éternité tu existes » (Ps 92,2). Nombreux sont les témoignages à ce sujet. (…) Le psaume cent neuvième dit clairement : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis un escabeau sous tes pieds.” » Et le Seigneur, dans l’Évangile, renforçant cette parole, dit que David ne l’a pas prononcée de lui-même, mais sous l’inspiration du Saint-Esprit : « Comment donc, dit Jésus, David grâce à l’Esprit l’appelle-t-il Seigneur lorsqu’il dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Assieds-toi à ma droite ?” » (Mt 22,43-44). Et dans les Actes des Apôtres, le jour de la Pentecôte, Pierre avec les onze s’étant mis debout et discutant avec les Israélites, leur remet en mémoire, en citant les paroles mêmes, ce témoignage contenu dans le Psaume cent neuvième (Ac 2, 34). (…)
Il existe assurément d’autres témoignages sur la session du Fils unique à la droite de Dieu ; contentons-nous cependant pour l’instant de ceux-ci. Nous rappellerons encore une fois qu’il n’est pas entré en possession de cette dignité du trône à la suite de son avènement dans la chair ; mais il y est entré bien avant tous les siècles, lui, le fils unique engendré de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, qui depuis toujours possède le trône à la droite du Père.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église : Catéchèse baptismale 10, 2-5 ; PG 33, 662s (trad. Bouvet/Orval)
« Son nom est Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Ap 19, 16)
Si quelqu'un veut honorer Dieu, qu'il se prosterne devant son Fils. Sans cela, le Père n'accepte pas d'être adoré. Du haut du ciel, le Père a fait entendre ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis ma complaisance » (Mt 3, 17). Le Père s'est complu dans le Fils... qui est appelé « Seigneur » (Lc 2, 11), non pas abusivement comme les seigneurs humains, mais bien parce que la seigneurie lui appartient naturellement de toute éternité...
Tout en demeurant lui-même et en gardant vraiment la gloire immuable de son état de Fils, il s'ajuste néanmoins à nos faiblesses, comme un très habile médecin et un maître compatissant. Il a fait cela alors qu'il était réellement Seigneur, alors que son pouvoir n'était pas dû à un avancement, mais que la gloire de la seigneurie était à lui par nature. Il n'était pas seigneur à notre manière, mais qu'il était Seigneur en toute vérité, exerçant la seigneurie avec le consentement du Père sur ses propres créatures. Nous autres, en effet, nous avons maîtrise sur des hommes qui sont nos égaux en dignité comme en souffrance, souvent même sur des aînés. En notre Seigneur Jésus Christ, au contraire, la seigneurie n'est pas de cette sorte : il est d'abord Créateur, ensuite Seigneur. Il a tout créé selon la volonté du Père, ensuite il exerce sa seigneurie sur ce qui n'existe que par lui.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Sermon sur le psaume 35,4-5 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 124)
« David lui-même le nomme Seigneur »
Sois attentif au mystère du Christ ! Du sein de la Vierge il est né, à la fois Serviteur et Seigneur ; Serviteur pour œuvrer, Seigneur pour commander, afin d'enraciner dans le cœur des hommes un Royaume pour Dieu. Il a une double origine mais il est un seul être. Il n'est pas autre quand il vient du Père et autre quand il vient de la Vierge. C'est lui, le même, né du Père avant les siècles, qui a pris chair de la Vierge dans le cours du temps. Voilà pourquoi il est appelé et Serviteur et Seigneur : à cause de nous, Serviteur ; mais en raison de l'unité de la substance divine, Dieu de Dieu, Principe du Principe, Fils égal en tout au Père, son égal. Le Père, en effet, n'a pas engendré un Fils étranger à lui-même, ce Fils dont il a déclaré : « En lui j'ai mis tout mon amour » (Mt 3,17)...
Le Serviteur conserve partout les titres de sa dignité. Dieu est grand, et grand est le Serviteur : en venant dans la chair, il ne perd pas cette « grandeur qui n'a pas de limite » (Ps 144,3)... « Lui qui était dans la condition de Dieu n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu, mais au contraire il s'est dépouillé lui-même en prenant la condition de Serviteur » (Ph 2,6-7)... Il est donc égal à Dieu, comme Fils de Dieu ; il a pris la condition de Serviteur en s'incarnant ; « il a goûté la mort » (He 2,9), lui dont « la grandeur n'a pas de limites »...
Elle est bonne, cette condition de Serviteur, qui nous a fait tous libres ! Oui, elle est bonne ! Elle lui a valu « le nom qui est au-dessus de tout nom » ! Elle est bonne, cette humilité ! Elle a obtenu qu' « au nom de Jésus, tout être vivant tombe à genoux aux cieux, sur terre et dans l'abîme et que toute langue confesse : Jésus est le Seigneur dans la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,10-11).
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
1er sermon pour la Nativité du Seigneur (trad. bréviaire)
Fils de David et Seigneur des seigneurs
Une vierge est choisie de la maison royale de David pour porter en elle un enfant saint, fils à la fois divin et humain... Le Verbe, la Parole de Dieu, qui est Dieu lui-même, le Fils de Dieu qui « au commencement était auprès de Dieu, par qui tout a été fait et sans qui rien ne s'est fait » (Jn 1,1-3), s'est fait homme pour délivrer l'homme de la mort éternelle. Il s'est abaissé jusqu'à prendre l'humilité de notre condition sans que sa majesté en soit diminuée. Demeurant ce qu'il était et assumant ce qu'il n'était pas, il a uni une vraie nature de serviteur à la nature selon laquelle il est égal au Père. Il a joint si étroitement ces deux natures que sa gloire ne peut pas anéantir la nature inférieure, ni l'union avec celle-ci avilir la nature supérieure.
Ce qui est propre à chaque nature demeure intégralement, et se rejoint en une seule personne : l'humilité est accueillie par la majesté, la faiblesse par la force, la mortalité par l'éternité. Pour payer la dette de notre condition, la nature au-dessus de toute atteinte est unie à la nature capable de souffrir ; vrai Dieu et vrai homme s'associent dans l'unité d'un seul Seigneur Jésus. Ainsi, comme il le fallait pour nous guérir, le seul et « unique médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5) pouvait mourir par l'action des hommes et ressusciter par l'action de Dieu...
Telle est, mes bien-aimés, la naissance qui convenait au Christ, « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1Co 1,24). Par elle, il s'accordait à notre humanité tout en gardant la prééminence de sa divinité. S'il n'était pas vrai Dieu, il ne nous apportait pas le remède. S'il n'était pas vrai homme, il ne nous montrait pas l'exemple.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 446-451
« David lui-même le nomme Seigneur »
Dans la traduction grecque des livres de l'Ancien Testament, le nom ineffable sous lequel Dieu s'est révélé à Moïse, YHWH, est rendu par Kyrios (« Seigneur »). Seigneur devient dès lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d'Israël. Le Nouveau Testament utilise ce sens fort du titre de « Seigneur » à la fois pour le Père, mais aussi — et c'est là la nouveauté — pour Jésus reconnu ainsi comme Dieu. Jésus lui-même s'attribue de façon voilée ce titre lorsqu'il discute avec les Pharisiens sur le sens du psaume 110 (Mc 12,36), mais aussi de manière explicite en s'adressant à ses apôtres (Jn 13,13). Tout au long de sa vie publique ses gestes de domination sur la nature, sur les maladies, sur les démons, sur la mort et le péché, démontraient se souveraineté divine.
Très souvent, dans les évangiles, des personnes s'adressent à Jésus en l'appelant « Seigneur ». Ce titre témoigne du respect et de la confiance de ceux qui s'approchent de Jésus et attendent de lui secours et guérison. Sous la motion de l'Esprit Saint, il exprime la reconnaissance du mystère divin de Jésus. Dans la rencontre avec Jésus ressuscité, il devient adoration : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28). Il prend alors une connotation d'amour et d'affection qui va rester le propre de la tradition chrétienne : « C'est le Seigneur ! » (Jn 21,7)
En attribuant à Jésus le titre divin de Seigneur, les premières confessions de foi de l'Église affirment, dès l'origine, que le pouvoir, l'honneur et la gloire dus à Dieu le Père le sont aussi à Jésus parce qu'il est de « condition divine » (Ph 2,6) et que le Père a manifesté cette souveraineté de Jésus en le ressuscitant des morts et en l'exaltant dans sa gloire. Dès le commencement de l'histoire chrétienne, l'affirmation de la seigneurie de Jésus sur le monde et sur l'histoire signifie aussi la reconnaissance que l'homme ne doit soumettre sa liberté personnelle, de façon absolue, à aucun pouvoir terrestre, mais seulement à Dieu le Père et au Seigneur Jésus Christ : César n'est pas « le Seigneur »... Et la prière chrétienne est marquée par le titre « Seigneur », que ce soit l'invitation à la prière « le Seigneur soit avec vous », ou la conclusion de la prière « par Jésus Christ notre Seigneur » ou encore le cri plein de confiance et d'espérance : « Amen, viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20)


TEMPS ORDINAIRE IX - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Lettre 136 à Fr. R. de Capoue, n° 90 (trad. Cartier, Téqui, 1976, tome 1, p. 856 ; rev.)
La Providence ne manque jamais à ceux qui espèrent
L’éternelle Vérité a daigné répondre à la demande de mon ardent désir. Elle me disait : Ma fille, la Providence ne manquera jamais à qui voudra la recevoir, c'est-à-dire à ceux qui espèrent parfaitement en moi. Ceux-là m'appellent en vérité, non seulement par la parole, mais par l'amour et avec la lumière de la très sainte Foi.
Ils ne me goûtent pas dans ma providence, ceux qui me crient seulement : Seigneur, Seigneur ; et s'ils ne me demandent pas d'une manière plus sainte, je ne les reconnaîtrai pas et je ne les regarderai pas dans ma miséricorde, mais dans ma justice. Ainsi, je t'assure que ma providence ne leur manquera pas s'ils espèrent en moi ; mais je veux que tu voies avec quelle patience il faut que je supporte ces créatures, que j'ai créées à mon image et ressemblance avec un si tendre amour.
Et alors, ouvrant l'œil et l'intelligence pour obéir au commandement divin, cette âme vit comment l'éternelle et souveraine Bonté avait créé uniquement par amour, et avait racheté avec le sang de son Fils toutes les créatures raisonnables, et comment aussi c'était le même amour qui leur donnait les épreuves et les consolations.
ou
Pape Benoît XVI
Message pour le Carême 2008 (trad.  Libreria Editrice Vaticana)
« Elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre »
Combien significatif est l'épisode évangélique de la veuve qui, dans sa misère, jette dans le trésor du Temple « tout ce qu'elle avait pour vivre ». Sa petite monnaie, insignifiante, est devenue un symbole éloquent : cette veuve a donné à Dieu non de son superflu, et non pas ce qu'elle avait, mais ce qu'elle est -- elle-même, tout entière.
Cet épisode émouvant s'insère dans la description des jours qui précèdent immédiatement la Passion et la mort de Jésus, « lui qui, comme le note saint Paul, s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté » (2Co 8,9). Il s'est donné tout entier pour nous... À son école, nous pouvons apprendre à faire de notre vie un don total. En l'imitant, nous réussissons à devenir disposés, non pas tant à donner quelque chose de ce que nous possédons, qu'à nous donner nous-mêmes. L'Évangile tout entier ne se résume-t-il pas dans l'unique commandement de la charité ? La pratique...de l'aumône devient donc un moyen pour approfondir notre vocation chrétienne. Quand il s'offre gratuitement lui-même, le chrétien témoigne que c'est l'amour et non la richesse matérielle qui dicte les lois de l'existence. C'est donc l'amour qui donne sa valeur à l'aumône, lui qui inspire les diverses formes de don, selon les possibilités et les conditions de chacun.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité : A Simple Path (trad. Un Chemin tout simple, Plon Mame 1995, p.95)
« Ils ont donné de leur superflu, mais elle, de son indigence »
Il faut donner ce qui vous coûte quelque chose. Il ne suffit pas de donner seulement ce dont vous pouvez vous passer mais aussi ce dont vous ne pouvez ni ne voulez vous passer, des choses auxquelles vous êtes attaché. Votre don devient alors un sacrifice qui aura du prix aux yeux de Dieu... C'est ce que j'appelle l'amour en action. Tous les jours, je vois grandir cet amour, chez des enfants, des hommes et des femmes.
Un jour je descendais la rue ; un mendiant vint vers moi et me dit : « Mère Teresa, tout le monde te fait des cadeaux ; moi aussi, je veux te donner quelque chose. Aujourd'hui, je n'ai reçu que vingt-neuf centimes pour toute la journée et je veux te les donner. » Je réfléchis un moment ; si je prends ces vingt-neuf centimes (qui ne valent pratiquement rien), il risque de n'avoir rien à manger ce soir, et si je ne les prends pas, je lui ferai de la peine. Alors j'ai tendu les mains et j'ai pris l'argent. Jamais sur aucun visage, je n'ai vu autant de joie que sur celui de cet homme, tellement heureux d'avoir pu faire un don à Mère Teresa ! C'était un énorme sacrifice pour lui, qui avait mendié toute la journée au soleil cette somme dérisoire dont on ne pouvait rien faire. Mais c'était merveilleux aussi, car ces piécettes auxquelles il renonçait devenaient une fortune, puisqu'elles étaient données avec tant d'amour.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Poésie « Vivo sin vivir en mí » (trad. OC, Cerf, 1995, p. 1221)
« Elle a tout donné »
Je vis mais sans vivre en moi ;
Et mon espérance est telle
Que je meurs de ne pas mourir.
Je vis déjà hors de moi
Depuis que je meurs d'amour ;
Car je vis dans le Seigneur
Qui m'a voulue pour lui.
Quand je lui donnai mon cœur,
Il y inscrivit ces mots :
Je meurs de ne pas mourir...
Ah ! qu'elle est triste la vie,
Où l'on ne jouit pas du Seigneur !
Et si l'amour lui-même est doux
La longue attente ne l'est pas ;
Ôte-moi, mon Dieu, cette charge
Plus lourde que l'acier,
Car je meurs de ne pas mourir.
Je vis dans la seule confiance
Que je dois un jour mourir,
Parce que, par la mort, c'est la vie
Que me promet mon espérance.
Mort où l'on gagne la vie,
Ne tarde pas, puisque je t'attends,
Car je meurs de ne pas mourir.
Vois comme l'amour est fort (Ct 8,6) ;
Ô vie, ne me sois pas à charge !
Regarde ce qui seul demeure :
Pour te gagner, te perdre ! (Lc 9,24)
Qu'elle vienne la douce mort !
Ma mort, qu'elle vienne bien vite,
Car je meurs de ne pas mourir.
Cette vie de là-haut,
Vie qui est la véritable,
 - ; Jusqu'à ce que meure cette vie d'ici-bas –
Tant que l'on vit on n'en jouit pas.
Ô mort ! ne te dérobe pas.
Que je vive puisque déjà je meurs,
Car je meurs de ne pas mourir.
Ô vie, que puis-je donner
À mon Dieu qui vit en moi
Si ce n'est de te perdre, toi,
Pour mériter de le goûter !
Je désire en mourant l'obtenir,
Puisque j'ai si grand désir de mon Aimé
Que je meurs de ne pas mourir.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique B,1 (OC, Cerf DDB 1996, p. 219)
« Elle a tout donné »
« Je veux te faire lire dans le livre de vie, où est contenue la science d'Amour ». La science d'Amour, oh oui ! cette parole résonne doucement à l'oreille de mon âme, je ne désire que cette science-là ; pour elle, ayant donné toutes mes richesses, j'estime, comme l'épouse [du Cantique des] cantiques, n'avoir rien donné (Ct 8,7). Je comprends si bien qu'il n'y a que l'amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j'ambitionne.
Jésus se plaît à me montrer l'unique chemin qui conduit à cette fournaise divine ; ce chemin c'est l'abandon du petit enfant qui s'endort sans crainte dans les bras de son Père. « Si quelqu'un est tout petit qu'il vienne à moi » a dit l'Esprit Saint par la bouche de Salomon (Pr 9,4) et ce même Esprit d'amour a dit encore que « La miséricorde est accordée aux petits » (Sg 6,6). En son nom, le prophète Isaïe nous révèle qu'au dernier jour « Le Seigneur conduira son troupeau dans les pâturages, qu'il rassemblera les petits agneaux et les pressera sur son sein » (Is 40,11)...
Ah ! si toutes les âmes faibles et imparfaites sentaient ce que sent la plus petite de toutes les âmes, l'âme de votre petite Thérèse, pas une seule ne désespérerait d'arriver au sommet de la montagne de l'amour, puisque Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l'abandon et la reconnaissance. Il a dit dans le psaume 49 : « Je n'ai nul besoin des boucs de vos troupeaux, parce que toutes les bêtes des forêts m'appartiennent et les milliers d'animaux qui paissent sur les collines... Immolez à Dieu des sacrifices de louanges et d'actions de grâces ». Voilà donc tout ce que Jésus réclame de nous, il n'a point besoin de nos œuvres, mais seulement de notre amour. Car ce même Dieu qui déclare n'avoir point besoin de nous dire s'il a faim (Ps 49) n'a pas craint de mendier un peu d'eau à Samaritaine (Jn 4,7). Il avait soif... Il avait soif d'amour. Ah ! je le sens plus que jamais, Jésus est altéré, il ne rencontre que des ingrats et des indifférents parmi les disciples du monde. Et parmi ses disciples à lui, il trouve, hélas ! peu de cœurs qui se livrent à lui sans réserve, qui comprennent toute la tendresse de son amour infini.
ou
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Lettre 112, à Hugues le reclus (trad. Orval)
« Elle a tout donné »
Au Royaume des cieux, tous ensemble, et comme un seul homme, seront un seul roi avec Dieu, car tous voudront une seule chose et leur volonté s'accomplira. Voilà le bien que, du haut du ciel, Dieu déclare mettre en vente.
Si quelqu'un se demande à quel prix, voici la réponse : il n'a pas besoin d'une monnaie terrestre, celui qui offre un Royaume dans le ciel. Personne ne peut donner à Dieu que ce qui lui appartient déjà, puisque tout ce qui existe est à lui. Et cependant, Dieu ne donne pas une si grande chose sans qu'on n'y mette aucun prix : il ne la donne pas à celui qui ne l'apprécie pas. En effet, personne ne donne ce qui lui est cher à celui qui n'y attache pas de prix. Dès lors, si Dieu n'a pas besoin de tes biens, il ne doit pas non plus te donner une si grande chose si tu dédaignes de l'aimer : il ne réclame que l'amour, sans quoi rien ne l'oblige à donner. Aime donc, et tu recevras le Royaume. Aime, et tu le posséderas... Aime donc Dieu plus que toi-même, et déjà tu commences à tenir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel.
ou
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159), moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale 4 (trad. Thomas, Pain de Cîteaux alt ; cf SC 72, p.131)
« Sa mère gardait dans son cœur tous ces évènements »
Souvent, à notre sentiment, oubliant de manger et de boire, Marie veillait pour penser au Christ, pour voir le Christ dans sa chair, elle qui brûlait d'amour pour lui, qui aimait passionnément le servir. Souvent, elle faisait ce que chante le Cantique des Cantiques : « Je dors, mais mon cœur veille » (Ct 5,2). Elle continuait, au cours même de son repos, de rêver à celui qui remplissait ses pensées durant tout le jour. Qu'elle veille ou qu'elle repose dans la paix, elle vivait toujours en lui, occupée de lui.
Où était son trésor, là aussi était son cœur (Mt 6,21) ; où était sa gloire, là aussi était son esprit. Son Seigneur et son Fils, elle l'aimait de tout son cœur, de tout son esprit, de toutes ses forces (Mt 22,37). Elle voyait de ses yeux, touchait de ses mains le Verbe de Vie (1Jn 1,1). Heureuse Marie à qui il a été donné d'embrasser celui qui embrasse et nourrit toutes choses ! Heureuse celle qui a porté celui qui porte l'univers (He 1,3), celle qui a allaité un Fils qui la fait vivre, un Fils qui la nourrit, elle et tous les êtres du monde (Ps 144,15).
À son cou s'est suspendu celui qui est la Sagesse du Père, sur ses bras s'est assis celui qui est la Force qui met tout en mouvement. Il s'est reposé sur son sein maternel, celui qui est le repos des âmes (Mt 11,29). Avec quelle douceur il la tenait de ses mains, la regardait tranquillement, lui que les anges désirent contempler (1P 1,12), et l'appelait doucement, lui que tout être invoque dans le besoin. Remplie de l'Esprit Saint, elle le serrait sur son cœur... ; elle ne se rassasiait pas de le voir ni de l'entendre, « lui que tant de rois et de prophètes ont désiré voir et n'ont pas vu » (Lc 10,24). Marie grandissait ainsi de plus en plus dans l'amour, et son esprit s'attachait sans trêve à la contemplation divine.

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