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AVENT I - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
2ème Sermon pour l'Avent, 2-4 ; PL 185, 15 ; SC 166 (Sermons, t. 1; trad. sous la direction de Pl. Deseille, o.c.r.; Éd. Le Cerf 1970, p. 107,109,111, 113-115, rev.)
« C'est à l'heure où vous n'y penserez pas, que le Fils de l'homme viendra »
En vérité, mes frères, c'est dans l'exultation de l'esprit qu'il faut aller à la rencontre du Christ qui vient. (...) Que notre esprit se lève donc dans un transport de joie et s'élance au-devant de son Sauveur (...). Je pense, en effet, que nous sommes invités en tant de passages des Écritures à aller à sa rencontre pas seulement à propos du second avènement, mais même à propos du premier. (...)
Avant même son avènement, donc, que le Seigneur vienne à vous ; avant d'apparaître au monde entier, qu'il vienne vous visiter familièrement, lui qui a dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens vers vous » (Jn 14,18). Car en cette période intermédiaire entre son premier et son dernier avènement il y a un avènement du Seigneur fréquent et familier, selon le mérite et la ferveur de chacun, qui nous forme selon le premier et nous prépare au dernier. (...) Par son avènement actuel il travaille à réformer notre orgueil, à nous rendre semblables à cette humilité qu'il a montrée dans son premier avènement, et à refaçonner « notre corps de misère à l'image de son corps glorieux » (Ph 3,21) qu'il nous montrera quand il reviendra. C'est pourquoi il nous faut désirer de tous nos vœux et demander avec ferveur cet avènement familier, qui nous donne la grâce du premier avènement et nous promet la gloire du dernier. (...)
Le premier avènement a été humble et caché ; le dernier sera manifeste et admirable. Celui dont je parle est caché, mais il est également admirable ; je le dis caché, non qu'il soit ignoré de celui à qui il arrive, mais parce qu'il advient secrètement en lui. (...) Il arrive sans être vu et il s'éloigne sans qu'on s'en aperçoive. Sa seule présence est pour l'âme et l'esprit une lumière qui fait voir l'invisible et connaître l'inconnaissable. (...) Cet avènement du Seigneur jette l'âme de celui qui le contemple dans une douce et heureuse admiration ; de son tréfonds jaillit ce cri : « Seigneur, qui est semblable à toi ? » (Ps 34,10). Ceux qui l'ont éprouvé le savent. Plaise à Dieu que ceux qui ne l'ont pas éprouvé en éprouvent le désir !
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons 4 et 5 pour l’Avent
« C’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra »
Il est juste, frères, de célébrer l’avènement du Seigneur avec toute la dévotion possible, tellement son réconfort nous réjouit…et tellement son amour brûle en nous. Mais ne pensez pas seulement à son premier avènement, quand il est venu « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10) ; pensez aussi à cet autre avènement, quand il viendra pour nous emmener avec lui. Je voudrais vous voir sans cesse occupés à méditer sur ces deux avènements…, « vous reposer entre ces deux bercails » (Ps 67,14), car ce sont là les deux bras de l’Époux entre lesquels reposait l’Épouse du Cantique des Cantiques : « Son bras gauche est sous ma tête, et sa droite  m’entoure » (2,6)…
Mais il y a un troisième avènement entre les deux que j’ai évoqués, et ceux qui le connaissent peuvent s’y reposer pour leur plus grand bonheur. Les deux autres sont visibles : celui-ci ne l’est pas. Dans le premier, le Seigneur « est apparu sur la terre et a conversé avec les hommes » (Ba 3,38)… ; dans le dernier « Tout homme verra le salut de Dieu » (Lc 3,6 ; Is 40,5)… Celui du milieu est secret ; c’est celui où seuls les élus voient le Sauveur au-dedans d’eux-mêmes, et où leurs âmes sont sauvées.
Dans son premier avènement le Christ est venu dans notre chair et dans notre faiblesse ; dans son avènement intermédiaire il vient en Esprit et puissance ; dans son dernier avènement il viendra dans sa gloire et dans sa majesté. Mais c’est par la force des vertus que l’on parvient à la gloire, comme il est écrit : « Le Seigneur des armées, c’est lui le roi de gloire » (Ps 23,10), et dans le même livre : « Pour que je voie ta puissance et ta gloire » (62,3). Le second avènement est donc comme la voie qui conduit du premier au dernier. Dans le premier, le Christ a été notre rédemption ; dans le dernier, il apparaîtra comme notre vie ; dans sa venue intermédiaire, il est notre repos et notre consolation.
ou
Saint Aelred de Rielvaux (1110-1167), moine cistercien
Sermon pour l'Avent du Seigneur ; PL 195, 363 ; PL 184, 818 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 42 rev.)
« Restez éveillés et priez... : ainsi vous serez jugés dignes... de paraître devant le Fils de l'homme » (Lc 21, 36)
Ce temps de l'Avent représente les deux avènements de notre Seigneur : d'abord le très doux avènement du « plus beau des enfants des hommes » (Ps 44, 3), du « Désiré de toutes les nations » (Ag 2, 8 Vulg), du Fils de Dieu qui a manifesté visiblement dans la chair à ce monde sa présence longtemps attendue et ardemment désirée par tous les saints pères : l'avènement où il est venu dans le monde pour sauver les pécheurs. Ce temps rappelle aussi l'avènement que nous attendons avec une ferme espérance et que nous devons très souvent nous remémorer avec des larmes, celui qui aura lieu lorsque le même Seigneur viendra manifestement dans la gloire... : c'est-à-dire au jour du jugement lorsqu'il viendra manifestement pour juger. Le premier avènement a été connu de très peu d'hommes ; dans le second, il se manifestera aux justes et aux pécheurs comme l'annonce le prophète : « Et toute chair verra le salut de Dieu » (Is 40, 5 ; Lc 3, 6)...
Suivons donc, frères très chers, les exemples des saints pères, ravivons leur désir et embrasons nos esprits de l'amour et du désir du Christ. Vous savez bien que la célébration de ce temps a été instituée pour renouveler en nous ce désir que les anciens pères avaient de la première venue du Seigneur et pour que, par leurs exemples, nous apprenions aussi à désirer son retour. Pensons à tout le bien que le Seigneur a accompli pour nous en sa première venue ; combien plus encore n'en accomplira-t-il pas lorsqu'il reviendra ! Cette pensée nous fera aimer davantage sa venue passée et davantage désirer son retour...
Si nous voulons connaître la paix quand il viendra, efforçons-nous d'accueillir avec foi et amour sa venue passée. Demeurons fidèlement dans les œuvres qu'il nous a manifestées et nous a enseignées alors. Nourrissons en nos cœurs l'amour du Seigneur, et par l'amour, le désir, afin que lorsqu'il viendra, le Désiré des nations, nous puissions porter les yeux sur lui en toute confiance.
ou
Pierre de Blois (vers 1130-1211), archidiacre en Angleterre
(trad. in Ephata I, p. 10-11)
Les trois avènements du Christ
Il y a trois avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l'âme, le troisième par le jugement. Le premier a eu lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l'évangile : « Au milieu de la nuit un cri s'est fait entendre : voici l'Époux ! » (Mt 25, 6) Et ce premier avènement est déjà passé, car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes (Ba 4, 38).
Nous sommes maintenant dans le second avènement, pourvu toutefois que nous soyons tels qu'il puisse venir ainsi à nous, car il a dit que si nous l'aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous (Jn 14, 23). Ce second avènement est donc pour nous une chose mêlée d'incertitude, car quel autre que l'Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu (1Co 2, 11) ? Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d'eux-mêmes savent bien quand il vient ; cependant, ils « ne savent pas d'où il vient ni où il va » (Jn 3, 8).
Quant au troisième avènement, il est très certain qu'il aura lieu, très incertain quand il aura lieu, puisque rien n'est plus certain que la mort et rien de plus incertain que le jour de la mort. « Au moment où l'on parlera de paix et de sécurité, c'est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l'enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir » (1Th 5, 3). Le premier avènement a été donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d'amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justice par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité -- Agneau dans le premier avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
2ème Sermon pour l'Avent, 2-4 : PL 185, 15-17 (trad. Orval)
« C'est à l'heure où vous n'y penserez pas, que le Fils de l'homme viendra »
Nous attendons l'anniversaire de la naissance du Christ ; et selon la promesse du Seigneur, nous le verrons bientôt. L'Écriture exige de nous une joie telle que notre esprit, s'élevant au-dessus de lui-même, bondisse en quelque sorte à la rencontre du Seigneur... Qu'avant même son avènement, le Seigneur vienne à vous. Qu'avant d'apparaître au monde entier il vienne vous visiter familièrement, lui qui a dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens vers vous » (Jn 14,18).
Il y a en vérité, selon le mérite et la ferveur de chacun, un avènement du Seigneur fréquent et familier qui, en cette période intermédiaire entre son premier et son dernier avènement, nous modèle sur l'un et nous prépare à l'autre. Si le Seigneur vient à nous maintenant, c'est pour que sa première venue parmi nous ne soit pas inutile et que la dernière ne doive pas être celle de la colère. Par son avènement actuel, en effet, il travaille à réformer notre orgueil à l'image de sa première venue dans l'humilité, pour refaçonner ensuite notre humble corps à l'image du corps glorifié qu'il nous montrera lors de son retour. C'est pourquoi il nous faut appeler de tous nos vœux et demander avec ferveur cet avènement familier qui nous donne la grâce du premier avènement et nous promet la gloire du dernier...
Le premier fut humble et caché, le dernier sera éclatant et magnifique ; celui dont nous parlons est caché, mais il est également magnifique. Je le dis caché, non qu'il soit ignoré de celui pour qui il a lieu, mais parce qu'il advient secrètement en lui... Il arrive sans être vu et il s'éloigne sans qu'on s'en aperçoive. À elle seule, sa présence est lumière de l'âme et de l'esprit : en elle on voit l'invisible et on connaît l'inconnaissable. Cet avènement du Seigneur jette l'âme de celui qui le contemple dans une douce et heureuse admiration. Alors, du tréfonds de l'homme, jaillit ce cri : « Seigneur, qui est semblable à toi ? » (Ps 34,10). Ceux-là le savent qui en ont fait l'expérience, et plaise à Dieu que ceux qui ne l'ont pas faite en éprouvent le désir !


AVENT I - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Sermon pour le 3e dimanche après la Pentecôte (Sermons de Saint Jean Baptiste Marie Vianney, Curé d'Ars, t. 2 ; Éd. Ste Jeanne d'Arc, 1982 ; p. 187-188 ; rev.)
Dieu vous offre aujourd’hui sa grâce : convertissez-vous !
Mes frères, ne différons plus de retourner à Dieu. (…) Puisque Dieu vous offre aujourd’hui sa grâce, pourquoi n’en profitez-vous pas ? Dire que rien ne presse, que vous avez le temps, n’est-ce pas, mes frères, raisonner comme des insensés ?
Voyez, de quoi êtes-vous capables quand vous êtes malades ? Hélas ! de rien du tout ; vous ne pouvez pas seulement faire comme il faut un acte de contrition, parce que vous êtes tellement absorbés par vos souffrances, que vous ne pensez nullement à votre salut. Eh, bien, mes frères, ne sommes-nous pas trop malheureux d’attendre la mort pour nous convertir ? Faites du moins pour votre pauvre âme ce que vous faites pour votre corps qui n’est cependant qu’un monceau de pourriture et qui, dans quelques moments, sera la pâture des plus vils animaux. Lorsque vous êtes dangereusement blessés, attendez-vous six mois ou un an pour y appliquer les remèdes que vous croyez être nécessaires pour vous guérir ? Lorsque vous êtes attaqués par une bête féroce, attendez-vous d’être à moitié dévorés pour crier au secours ? N’implorez-vous pas, de suite, le secours de vos voisins ? Pourquoi, mes frères, n’agissez-vous pas de même lorsque vous voyez votre pauvre âme souillée et défigurée par le péché, réduite sous la tyrannie des démons ? Pourquoi n’employez-vous pas aussitôt l’assistance du ciel et n’avez-vous pas recours à la pénitence ?
Oui, mes frères, quelques grands pécheurs que vous soyez, puisque vous désirez quitter un jour le péché, pourquoi ne le quitteriez-vous pas aujourd’hui, puisque Dieu vous donne le temps et les grâces pour cela ?
ou
Pierre de Blois (v. 1130-1211), archidiacre en Angleterre
Sermon 3 pour l'Avent  (trad. Guéranger, Année liturgique, 1948, t. 1, p. 12)
Les trois avènements du Christ
Il y a trois avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l'âme, le troisième par le jugement. Le premier a eu lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l'Évangile : « Au milieu de la nuit un cri s'est fait entendre : voici l'Époux ! » (Mt 25,6) Et ce premier avènement est déjà passé, car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes (Ba 3,38).
Nous sommes maintenant dans le second avènement, pourvu toutefois que nous soyons tels qu'il puisse venir ainsi à nous, car il a dit que si nous l'aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous (Jn 14,23). Ce second avènement est donc pour nous une chose mêlée d'incertitude, car qui d'autre que l'Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? (1Co 2,11) Ceux que le désir des choses célestes transporte hors d'eux-mêmes savent bien quand il vient ; cependant, ils « ne savent pas d'où il vient ni où il va » (Jn 3,8).
Quant au troisième avènement, il est très certain qu'il aura lieu, très incertain quand il aura lieu, puisque rien n'est plus certain que la mort et rien de plus incertain que le jour de la mort. « Au moment où l'on parlera de paix et de sécurité, c'est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l'enfantement chez la femme enceinte, et personne ne pourra fuir » (cf 1Th 5,3). Le premier avènement a été donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d'amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justice par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité — Agneau dans le premier avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second.
ou
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
Sermon pour l'Avent, coll. de Durham (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 32 rev ; cf Pain de Cîteaux, n°23, p. 10)
L'avènement du Seigneur
Voici arrivé pour nous, frères très chers, le temps où nous devons « chanter amour et jugement pour le Seigneur » (Ps 100,1). C'est l'Avent du Seigneur, l'avènement du Maître de tout qui vient et qui va venir (Ap 1,8). Mais comment et où va-t-il venir ; comment et où vient-il ? N'a-t-il pas dit : « Je remplis le ciel et la terre ? » (Jr 23,24) Comment vient-il donc au ciel et sur terre celui qui emplit ciel et terre ? Écoute l'Évangile : « Il était dans le monde et le monde a été fait par lui et le monde ne l'a pas connu » (Jn 1,10). Il était donc présent et absent à la fois : présent, car il était dans le monde ; absent car le monde ne l'a pas connu... Comment n'aurait-il pas été loin, celui qui n'était pas reconnu, en qui l'on ne croyait pas, qui n'était pas craint, que l'on n'aimait pas ?...
Il vient donc pour qu'on le connaisse, celui qui n'était pas reconnu ; pour qu'on le croie, celui en qui l'on ne croyait pas ; pour qu'on le craigne, celui qui n'était pas craint ; pour qu'on l'aime, celui qui n'était pas aimé. Celui qui était présent par sa nature vient dans sa miséricorde... Pensez un peu à Dieu et voyez ce que cela représente pour lui de déposer une si grande puissance, comment il humilie un si grand pouvoir, comment il affaiblit une si grande force, comment il rend déraisonnable une si grande sagesse. Était-ce un devoir de justice envers l'homme ? Certainement pas !...
Vraiment, Seigneur, ce n'est pas ma justice, mais ta miséricorde, qui t'a conduit ; ce n'est pas ton indigence, mais mon besoin. Tu as dit en effet : « La miséricorde est bâtie dans les cieux » (Ps 88,3). C'est bien cela, parce que la misère abondait sur la terre. Voilà pourquoi « je chanterai pour toi, Seigneur, la miséricorde » que tu as manifestée lors de ta venue... Quand il s'est montré humble dans son humanité, puissant en ses miracles, fort contre la tyrannie des démons, doux dans l'accueil des pécheurs, tout cela provient de sa miséricorde, tout cela vient de ses entrailles de bonté. Voilà pourquoi, « je chanterai, Seigneur, la miséricorde » que tu as manifestée lors de ta première venue. Et à juste titre, car « la terre est remplie de la miséricorde du Seigneur » (Ps 118,64).
ou
Saint Paschase Radbert (?-v. 849), moine bénédictin
Commentaire sur l'évangile de Matthieu, 11, 24 ; PL 120, 799 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 14)
« Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment »
Il faut toujours tenir compte d'un double avènement du Christ : l'un quand il viendra et que nous devrons rendre compte de tout ce que nous aurons fait ; l'autre, quotidien, quand il visite sans cesse notre conscience et qu'il vient à nous afin de nous trouver prêts lors de son avènement. À quoi me sert, en effet, de connaître le jour du jugement, lorsque je suis conscient de tant de péchés ? De savoir que le Seigneur vient, s'il ne vient pas d'abord dans mon cœur et ne revient pas dans mon esprit, si le Christ ne vit pas et ne parle pas en moi ? Alors, oui, il m'est bon que le Christ vienne à moi, si avant tout il vit en moi et moi en lui. Alors pour moi, c'est comme si le second avènement s'était déjà produit, puisque la disparition du monde s'est réalisée en moi, parce que je peux dire d'une certaine manière : « Le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde » (Ga 6, 14).
Réfléchissez encore à cette parole de Jésus : « Beaucoup viendront en mon nom » (Mt 24, 5). Seul l'Antéchrist s'empare de ce nom, bien que ce soit mensonger... Dans aucun passage de l'Écriture, vous ne trouverez que le Seigneur ait déclaré : « Moi, je suis le Christ ». Car il lui suffisait de montrer qu'il l'était par ses enseignements et ses miracles, parce que le Père était à l'œuvre en lui. L'enseignement de sa parole et sa puissance criaient : « Moi, je suis le Christ », plus fort que si des milliers de voix l'avaient crié. Je ne sais donc pas si vous pourrez trouver qu'il l'a dit en paroles, mais il l'a montré en « accomplissant les œuvres du Père » (Jn 5, 36) et en donnant un enseignement imprégné de piété filiale. Les faux messies en étant dépourvus, ils ne peuvent employer que leurs discours pour soutenir leurs prétentions mensongères.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie sur le psaume 49 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 24)
Les deux avènements du Christ
Lors de son premier avènement, Dieu est venu sans aucun éclat, inconnu du plus grand nombre, prolongeant de longues années le mystère de sa vie cachée. Lorsqu'il descendit de la montagne de la Transfiguration, Jésus demanda à ses disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ. Il venait alors, tel un berger, chercher sa brebis égarée, et pour s'emparer de l'animal indocile, il lui fallait demeurer caché. Comme un médecin qui se garde bien d'effrayer son malade dès le premier abord, de même le Sauveur évite de se faire connaître dès le commencement de sa mission : il ne le fait qu'insensiblement et peu à peu.
Le prophète avait prédit cet avènement sans éclat en ces termes : « Il descendra comme la pluie sur une toison, et comme l'eau qui coule goutte à goutte sur la terre » (Ps 71,6 LXX). Il n'a pas déchiré le firmament pour venir sur les nuées, mais il est venu en silence dans le sein d'une Vierge, porté neuf mois par elle. Il est né dans une crèche, comme le fils d'un humble artisan... Il va de-ci, de-là, comme un homme ordinaire ; son vêtement est simple, sa table plus frugale encore. Il marche sans relâche au point d'en être fatigué.
Mais tel ne sera pas son second avènement. Il viendra avec tant d'éclat qu'il n'y aura pas besoin d'annoncer sa venue : « Comme l'éclair qui part de l'Occident apparaît en Orient, ainsi sera la venue du Fils de l'homme » (Mt 24,27). Ce sera le temps du jugement et de la sentence prononcée. Alors le Seigneur ne paraîtra pas comme un médecin, mais comme un juge. Le prophète Daniel a vu son trône, le fleuve qui roule ses eaux au pied du tribunal et cet appareil tout de feu, le char et les roues (7,9-10)... David, le roi-prophète, ne parle que de splendeur, que d'éclat, que de feu rayonnant de tous côtés : « Un feu marchera devant lui, et autour de lui mugira une violente bourrasque » (Ps 49,3). Toutes ces comparaisons ont pour objet de nous faire saisir la souveraineté de Dieu, la lumière éclatante qui l'environne et sa nature inaccessible.
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°11, 1
« Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra »
Voici un des grands préceptes du Seigneur : que ses disciples secouent comme une poussière tout ce qui est terrestre..., pour se laisser emporter dans un grand élan vers le ciel. Il nous exhorte à vaincre le sommeil, à rechercher les réalités d'en haut (Col 3,1), à tenir sans cesse notre esprit en éveil, à chasser de nos yeux l'assoupissement séducteur. Je veux parler de cette torpeur et de cette somnolence qui rivent l'homme à l'erreur et forgent des images de rêves : honneur, richesse, puissance, grandeur, plaisir, succès, profit ou prestige...
Pour oublier de tels songes, le Seigneur nous demande de surmonter ce sommeil pesant : ne laissons pas échapper le réel dans une poursuite effrénée du néant. Il nous appelle donc à veiller : « Tenez vos reins ceints et vos lampes allumées » (Lc 12,35). La lumière qui éblouit nos yeux chasse le sommeil ; la ceinture qui enserre nos reins tient notre corps en alerte ; elle exprime un effort qui ne tolère aucune torpeur.
Que le sens de cette image est clair ! Ceindre ses reins de tempérance, c'est vivre dans la lumière d'une conscience pure. La lampe allumée de la franchise éclaire le visage, fait éclater la vérité, tient l'âme en éveil, la rend imperméable à la fausseté et étrangère à la futilité de nos pauvres songes. Vivons selon l'exigence du Christ et nous partagerons la vie des anges. En effet, c'est à eux qu'il nous unit dans ce précepte : « Soyez semblables à ceux qui attendent leur maître à son retour de noces, afin de lui ouvrir dès qu'il viendra et frappera » (Lc 12,36). Ce sont eux qui sont assis près des portes du ciel, l'œil en éveil, pour que le Roi de gloire (Ps 23,7) y passe à son retour des noces.


AVENT I - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint Théodore le Studite (759-826), moine à Constantinople
Catéchèse 46 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 355-357 ; rev.)
Debout ! Réveillez-vous !
Gardez-vous donc, je vous prie, toujours sains et saufs dans l’atelier secret de l’âme. Ne commettez, mes enfants, aucune action qui mène à la perte et à la ruine de vos âmes. Oui, craignons ce Dieu qui s’apprête à révéler les arcanes des ténèbres, à rendre manifestes les desseins des cœurs (1 Co 4,5) et à rétribuer chacun non seulement pour ses actions (cf. Mt 16,27), mais aussi pour ses paroles et pour ses simples pensées. (…)
Et qui ne restera pas éveillé, rejetant sa paresse et sa somnolente inertie ? Debout ! Réveillez-vous ! La nuit est passée. Déjà commence à poindre (cf. Rm 13,12) le jour de la restauration future ! Prenons garde que la mort ne nous saisisse sans que nous soyons prêts et qu’elle ne nous apporte un malheur éternel et sans remède. (…) Relevons-nous encore et encore et élançons-nous vers tout ce qui peut plaire à Dieu, supportons vaillamment les choses présentes en nous réjouissant de celles que nous espérons (cf. Rm 12,12 ; He 11,1). (…) Je le sais bien, nous serons sauvés et nous danserons sans fin dans les cieux, dans la joie de ceux qui depuis le commencement du monde auront plu au Christ. (…)
Brisez la gangue de l’inertie, soyez joyeux, d’humeur égale ; que votre âme soit paisible et votre cœur léger ; soyez secourables les uns pour les autres ; bannissez inquiétudes et soucis. (…) Et quel besoin de vous soucier et de vous agiter à tout propos ? Choisissez, je vous le conseille, la meilleure part (cf. Lc 10,41-42) : écouter nos humbles paroles (cf. Lc 10,39). Puissiez-vous, mes enfants être sauvés dans le Seigneur et exulter dans la crainte (cf. Ps 2,11) (…) du Christ Jésus notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
2ème Sermon pour l'Avent, 2-4 ; PL 185, 15 ; SC 166
« C'est à l'heure où vous n'y penserez pas, que le Fils de l'homme viendra »
En vérité, mes frères, c'est dans l'exultation de l'esprit qu'il faut aller à la rencontre du Christ qui vient... ; que notre esprit se lève donc dans un transport de joie et s'élance au-devant de son Sauveur... Je pense, en effet, que nous sommes invités en tant de passages des Écritures à aller à sa rencontre pas seulement à propos du second avènement, mais même à propos du premier...
Avant même son avènement, donc, que le Seigneur vienne à vous ; avant d'apparaître au monde entier, qu'il vienne vous visiter familièrement, lui qui a dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens vers vous » (Jn 14,18). Car en cette période intermédiaire entre son premier et son dernier avènement il y a un avènement du Seigneur fréquent et familier, selon le mérite et la ferveur de chacun, qui nous forme selon le premier et nous prépare au dernier... Par son avènement actuel il travaille à réformer notre orgueil, à nous rendre semblables à cette humilité qu'il a montrée dans son premier avènement, et à refaçonner « notre corps de misère à l'image de son corps glorieux » (Ph 3,21) qu'il nous montrera quand il reviendra. C'est pourquoi il nous faut désirer de tous nos vœux et demander avec ferveur cet avènement familier, qui nous donne la grâce du premier avènement et nous promet la gloire du dernier...
Le premier avènement a été humble et caché ; le dernier sera éclatant et magnifique. Celui dont je parle est caché, mais il est également magnifique ; je le dis caché, non qu'il soit ignoré de celui à qui il arrive, mais parce qu'il advient secrètement en lui... Il arrive sans être vu et il s'éloigne sans qu'on s'en aperçoive. Sa seule présence est pour l'âme et l'esprit une lumière qui fait voir l'invisible et connaître l'inconnaissable... Cet avènement du Seigneur jette l'âme de celui qui le contemple dans une douce et heureuse admiration ; de son tréfonds jaillit ce cri : « Seigneur, qui est semblable à toi ? » (Ps 34,10). Ceux qui l'ont éprouvé le savent. Plaise à Dieu que ceux qui ne l'ont pas éprouvé en éprouvent le désir !
ou
Saint Antoine de Padoue (vers 1195-1231), franciscain, docteur de l’Église
Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints, 3e dimanche Avent (trad. Bayart, Eds. Franciscaines 1944, p. 42)
Les deux avènements du Seigneur
« Réjouissez-vous dans le Seigneur je vous le redis : réjouissez-vous » (Ph 4, 4). Double joie motivée par un double bienfait : le premier et le second avènement. Nous devons nous réjouir parce que le Seigneur, à son premier avènement, nous a apporté richesses et gloire. Noue devons nous réjouir encore parce que, à son second avènement, il nous donnera « la longueur des jours sans fin » (Ps 20, 5). Comme le disent les Proverbes : « La longueur des jours est dans sa droite, et sa gauche tient les richesses et la gloire » (3, 16). La gauche, c'est le premier avènement, avec ses richesses glorieuses, l'humilité et la pauvreté, la patience et l'obéissance. La droite, c'est le second avènement, avec la vie éternelle.
Du premier avènement, Isaïe parle en ces termes : « Lève-toi, lève-toi ; revêts-toi de force, ô bras du Seigneur ; lève-toi comme aux jours antiques des siècles lointains. N'as-tu pas frappé l'orgueilleux, blessé le serpent ? N'as-tu pas desséché la mer et l'eau de l'abîme agité ? N'as-tu pas fait du fond de la mer une route, où devaient passer les délivrés ? » (51, 9-10). Le bras du Seigneur, c'est Jésus Christ, Fils de Dieu, par qui et en qui Dieu a fait toutes choses… Ô bras du Seigneur, ô Fils de Dieu, lève-toi ; viens à nous de la gloire de ton Père, en prenant notre chair. Revêts-toi de la force de la divinité, pour lutter contre « le prince de ce monde » (Jn 12, 31) et pour « chasser le fort », toi qui es « plus fort que lui » (Lc 11, 21-22). Lève-toi, pour racheter le genre humain, comme tu as délivré, aux jours antiques, le peuple d'Israël de la servitude d’Egypte… Tu as séché la mer Rouge ; ce que tu as fait, tu le feras encore…, comme tu as tracé au fond de l'enfer la route où passent les rachetés.
Du second avènement, le Seigneur parle en ces termes dans Isaïe : « Voici que je crée Jérusalem » -- la Jérusalem céleste, formée des anges et des hommes -- « dans l'allégresse, et son peuple dans la joie. Et je tressaillirai dans Jérusalem, je me réjouirai dans mon peuple, et il n’y aura plus ni pleurs ni cris » (65, 18-19), parce que, comme il est dit ailleurs : « Le Seigneur essuiera les larmes de tous les visages » (35, 8).
ou
Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier
Les Noces spirituelles, 1 (trad. Louf, Bellefontaine 1993, p. 39 rev.)
« Alors on verra le Fils de l'homme venir »
« Voici l'époux qui vient. » (Mt 25,6) Le Christ, notre époux, prononce ce mot. En latin le mot « venit » contient en lui deux temps du verbe : le passé et le présent ; ce qui ne l'empêche pas de viser aussi le futur. C'est pourquoi nous allons considérer trois avènements chez notre époux, Jésus Christ.
Lors du premier avènement, il se fit homme à cause de l'homme, par amour. Le second avènement a lieu tous les jours, souvent et en mainte occasion, dans chaque cœur qui aime, accompagné de nouvelles grâces et de nouveaux dons, selon la capacité de chacun. Dans le troisième avènement, l'on considère celui qui aura lieu le jour du Jugement ou à l'heure de la mort...
Le motif pour lequel Dieu a créé les anges et les hommes est sa bonté infinie et sa noblesse, puisqu'il a voulu le faire afin que la béatitude et la richesse qu'il est lui-même soient révélées aux créatures douées de raison, et que celles-ci puissent le savourer dans le temps, et jouir de lui au delà du temps, dans l'éternité.
Le motif pour lequel Dieu s'est fait homme est son amour insaisissable et la détresse des hommes, car ils étaient altérés par la chute du péché originel et incapables de s'en guérir. Mais le motif pour lequel le Christ a accompli toutes ses œuvres sur terre non seulement selon sa divinité mais aussi selon son humanité est quadruple : à savoir son divin amour, qui est sans mesure ; l'amour créé, ou charité, qu'il possédait dans son âme, grâce à l'union avec le Verbe éternel et grâce au don parfait que lui en a fait son Père ; la grande détresse en laquelle se trouvait la nature humaine ; enfin, l'honneur de son Père. Voilà les motifs de l'avènement du Christ, notre époux, et de toutes ses œuvres.
ou
Pierre de Blois (v. 1130-1211), archidiacre en Angleterre
De Adventu, sermon 3 (trad. Dom Guéranger, Année liturgique, 1948, t.1, p.12
Les trois avènements du Christ
Il y a trois avènements du Seigneur, le premier dans la chair, le second dans l'âme, le troisième par le jugement. Le premier a eu lieu au milieu de la nuit, suivant ces paroles de l'Évangile : « Au milieu de la nuit un cri s'est fait entendre : voici l'Époux ! » (Mt 25,6) Et ce premier avènement est déjà passé, car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes (Ba 3,38).
Nous sommes maintenant dans le second avènement, pourvu toutefois que nous soyons tels qu'il puisse venir ainsi à nous, car il a dit que si nous l'aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous (Jn 14,23). Ce second avènement est donc pour nous une chose mêlée d'incertitude, car quel autre que l'Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? (1Co 2,11) Ceux que le désir des choses célestes ravit hors d'eux-mêmes savent bien quand il vient ; cependant, ils « ne savent pas d'où il vient ni où il va » (Jn 3,8).
Quant au troisième avènement, il est très certain qu'il aura lieu, très incertain quand il aura lieu, puisque rien n'est plus certain que la mort et rien de plus incertain que le jour de la mort. « Au moment où l'on parlera de paix et de sécurité, c'est alors que la mort apparaîtra soudain, comme les douleurs de l'enfantement au sein de la femme, et nul ne pourra fuir » (1Th 5,3). Le premier avènement a été donc humble et caché, le second est mystérieux et plein d'amour, le troisième sera éclatant et terrible. Dans son premier avènement, le Christ a été jugé par les hommes avec injustice ; dans le second, il nous rend justice par sa grâce ; dans le dernier, il jugera toutes choses avec équité -- Agneau dans le premier avènement, Lion dans le dernier, Ami plein de tendresse dans le second.


AVENT I - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Concile Vatican II
Décret sur l'activité missionnaire de l'Église « Ad Gentes », § 2-3
« Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place … au festin du Royaume des cieux »
Par nature, l'Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu'elle tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père. Ce dessein découle de « l'amour dans sa source », autrement dit de la charité de Dieu le Père qui, étant le principe sans principe, de qui le Fils est engendré, de qui le Saint-Esprit procède par le Fils, nous a créés librement dans sa surabondante bonté et miséricorde, et nous as de plus appelés gracieusement à partager sa vie et sa gloire ; qui a répandu sur nous sans compter sa miséricorde et ne cesse de la répandre, en sorte que lui, qui est le créateur de toutes choses, devienne enfin « tout en tous » en procurant à la fois sa gloire et notre bonheur. Il a plu à Dieu d'appeler les hommes à participer à sa vie, non pas seulement de façon individuelle sans aucun lien les uns avec les autres, mais de les constituer en un peuple dans lequel ses enfants, qui étaient dispersés, seraient rassemblés dans l'unité. (…)
Ce dessein universel de Dieu pour le salut du genre humain ne se réalise pas seulement d'une manière pour ainsi dire secrète dans l'âme des hommes (…). Pour affermir la paix, autrement dit la communion avec lui, et pour établir l'union fraternelle entre les hommes, – les hommes qui sont pécheurs – il décida de s'engager dans l'histoire humaine d'une façon nouvelle et définitive, en envoyant son Fils dans notre chair (…), « afin de tout restaurer en lui ». Car le Christ Jésus a été envoyé dans le monde comme le véritable « médiateur entre Dieu et les hommes ». Puisqu'il est Dieu, « toute la plénitude de la divinité habite en lui corporellement » ; dans sa nature humaine, il est le nouvel Adam, il est constitué Tête de l'humanité renouvelée, il est rempli de grâce et de vérité. (…) Il s'est fait pauvre alors qu'il était riche, afin de nous enrichir par sa pauvreté. (...) Il a assumé la nature humaine dans toute sa réalité, telle qu'on la trouve chez nous, malheureux et pauvres, mais elle est chez lui sans péché. (…) « Le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Ce qui a été une fois pour toutes prêché par le Seigneur ou accompli en lui pour le salut du genre humain doit être proclamé et répandu jusqu'aux extrémités de la terre (…), de sorte que ce qui a été accompli une fois pour toutes, en vue du salut de tous, produise ses effets chez tous au cours des âges.
(Références bibliques : 1Co 15,28; Jn 11,52; Ep 1,10; 1Th 2,5; Col 2,9; cf 1Co 15,45; Jn 1,14; 2Co 8,9; He 4,15; Lc 19,10; Ac 1,8)
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Du Royaume évangélique
« Beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et prendront place au festin du Royaume »
Le Royaume des cieux est grand de la largeur d'une charité sans limites ; s'il renferme des individus « de toute langue, de tout peuple, de toute tribu et de toute nation » (Ap 5,9), nul ne s'y trouve à l'étroit, parce qu'au contraire il se dilate et la gloire de chacun s'accroît d'autant. Ce qui fait dire à saint Augustin : « Quand beaucoup prennent part à la même joie, la joie de chacun est plus abondante, parce que tous s'enflamment les uns les autres ». Cette ampleur du Royaume est exprimée par ces mots de l'Écriture : « Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage « (Ps 2,8) ; « Beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident, et s'assoiront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux ». Ni la multitude de ceux qui le désirent, ni la multitude de ceux qui existent, ni la multitude de ceux qui le possèdent, ni la multitude de ceux qui arrivent ne rendra plus étroit l'espace en ce Royaume et ne fera de tort à quiconque.
Mais pourquoi dois-je avoir confiance ou espérer que je posséderai le Royaume de Dieu ? Certainement à cause de la largesse de Dieu qui m'invite : « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu » (Mt 6,33). À cause de la vérité qui me réconforte : « Sois sans crainte, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume » (Lc 12,32). À cause de la bonté et de la charité qui m'ont racheté : « Tu es digne, Seigneur, de prendre le livre et d'en ouvrir les sceaux, car tu été immolé et tu as racheté pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation. Tu as fait d'eux pour notre Dieu une royaume de prêtres régnant sur la terre » (Ap 5,9-10).
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Démonstration de la prédication apostolique (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 296 rev. ; cf SC 62, p. 157)
« Beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et prendront place avec Abraham... au festin du Royaume des cieux »
« Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle... Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l'écrirai sur leur cœur » (Jr 31, 31s). Isaïe annonce que ces promesses doivent être un héritage pour l'appel des païens ; pour eux aussi le livre de la Nouvelle Alliance a été ouvert : « Voici ce que dit le Dieu d'Israël : ' En ce jour-là, l'homme regardera vers son créateur et tournera les yeux vers le Saint d'Israël. Ils ne mettront plus leur espérance dans des autels d'idoles ni dans des œuvres de leurs mains...' » (17, 7s). Il est bien évident que cela s'adresse à ceux qui abandonnent les idoles et croient en Dieu notre créateur grâce au Saint d'Israël, et le Saint d'Israël, c'est le Christ...
Dans le livre d'Isaïe, le Verbe lui-même dit qu'il devait se manifester parmi nous –- le Fils de Dieu, en effet, s'est fait fils d'homme -– et se laisser trouver par nous qui auparavant ne le connaissions pas : « Je me suis manifesté à ceux qui ne me cherchaient pas ; j'ai été trouvé par ceux qui ne me questionnaient pas ; j'ai dit : ' Me voici ' à un peuple qui n'avait pas invoqué mon nom » (65, 1). Que ce peuple, dont parle Isaïe, doive être un peuple saint, cela a été annoncé dans les douze prophètes par Osée : « J'aimerai Non-Aimée et à Pas-mon-peuple je dirai : ' Tu es mon peuple '... et ils seront appelés ' fils du Dieu vivant ' » (Rm 9, 25-26 ; Os 2, 25 ; cf 1, 9). C'est aussi le sens de ce qu'a dit Jean Baptiste : « Dieu peut, de ces pierres, faire surgir des fils à Abraham » (Mt 3, 9). En effet, après avoir été arrachés par la foi au culte des pierres, nos cœurs voient Dieu et nous devenons fils d'Abraham, qui a été justifié par la foi.
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps « Gaudium et Spes » §22 - Copyright © Libreria Editrice Vaticana
« Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place… au festin du Royaume des cieux »
« Image du Dieu invisible » (Col 1, 15), le Christ est l'Homme parfait qui a restauré dans la descendance d'Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu'en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni à tout homme. Il a travaillé avec des mains d'homme, il a pensé avec une intelligence d'homme, il a agi avec une volonté d'homme, il a aimé avec un cœur d'homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l'un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché (Hé 4, 15)…
Devenu conforme à l'image du Fils, ce « Premier-né d'une multitude de frères » (Rm 8, 29), le chrétien reçoit « les prémices de l'Esprit » (Rm 8, 23), qui le rendent capable d'accomplir la loi nouvelle de l'amour. Par cet Esprit, « gage de l'héritage » (Ep 1, 14), c'est tout l'homme qui est intérieurement renouvelé, dans l'attente de « la rédemption du corps » (Rm 8, 23)… Certes, pour un chrétien, c'est une nécessité et un devoir de combattre le mal au prix de nombreuses tribulations et de subir la mort. Mais, associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l'espérance, il va au-devant de la résurrection.
Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous (Rm 8, 32) et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal.
ou
Eusèbe de Césarée (v. 265-340), évêque, théologien, historien
Démonstration évangélique, II, 3, 35 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 197 ; cf SC 228)
« Beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et prendront place...au festin du Royaume des cieux »
Nombreux sont les témoignages de l'Écriture montrant que les nations païennes n'ont pas reçu moins de grâces que le peuple juif. Si les juifs...participent à la bénédiction d'Abraham, l'ami de Dieu, parce qu'ils sont ses descendants, rappelons que Dieu s'était engagé à donner aux païens une bénédiction semblable non seulement à celle d'Abraham, mais encore à celles d'Isaac et de Jacob. Il a prédit explicitement, en effet, que toutes les nations seront bénies pareillement et il invite tous les peuples à une seule et même joie avec ces bienheureux amis de Dieu : « Nations, réjouissez-vous avec son peuple » (Dt 32,43) et encore : « Les princes des peuples se sont rassemblés avec le Dieu d'Abraham » (Ps 46,10).
Si Israël se glorifie du Royaume de Dieu, en disant qu'il est son héritage, les oracles divins lui montrent que Dieu régnera aussi sur les autres peuples : « Allez dire aux nations : Le Seigneur est roi » (Ps 95,10) et encore : « Dieu règne sur les païens » (Ps 46,9). Si les juifs ont été choisis pour être les prêtres de Dieu et pour lui rendre un culte..., la parole de Dieu a promis de communiquer aux nations le même ministère : « Rendez au Seigneur, famille des peuples, rendez au Seigneur la gloire et l'honneur. Présentez des offrandes, entrez dans ses parvis » (Ps 95,7-8)...
Et si jadis, dans un premier temps, « le lot du Seigneur fut Jacob, son peuple, et sa part d'héritage Israël » (Dt 32,9 LXX), dans un deuxième temps, l'Écriture affirme que tous les peuples seront donnés en héritage au Seigneur, selon la parole du Père : « Demande-moi, et je te donnerai en héritage les nations » (Ps 2,8). La prophétie annonce encore qu'il « dominera » non seulement en Judée, mais « de la mer à la mer et jusqu'aux extrémités de la terre ; tous les pays le serviront et en lui seront bénies toutes les tribus de la terre » (Ps 71,8-11). C'est ainsi que le Dieu de l'univers « a fait connaître son salut devant toutes les nations » (Ps 97,2).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
3ème sermon pour l'Avent, 2, (trad. SC 166, p.123)
« Un centurion de l'armée romaine vint à lui »
Ô véritable Israël, sois prêt à aller à la rencontre du Seigneur ! Non seulement sois prêt à lui ouvrir lorsqu'il sera là et frappera à la porte, mais encore va-t'en allégrement et joyeusement à sa rencontre tandis qu'il est encore loin, et, ayant pour ainsi dire pleine confiance pour le jour du jugement, prie de tout cœur que son règne vienne... Que ta bouche puisse chanter : « Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt ! »...
Et toi, Seigneur, viens à ma rencontre, moi qui vais au-devant de toi ! Car malgré tous mes efforts, je ne pourrai pas m'élever jusqu'à ta hauteur à moins que, en te penchant, tu tends ta droite à l'œuvre de tes mains. Viens donc à ma rencontre et vois s'il n'y a pas en moi un chemin d'iniquité ; et si tu trouves en moi un chemin d'iniquité que j'ignore, écarte-le de moi et prends-moi en pitié, conduis-moi par la voie éternelle, c'est-à-dire le Christ, car il est la voie où l'on marche et l'éternité à laquelle on parvient, voie immaculée et demeure bienheureuse.
[Références bibliques : Am 3,12 ; Lc 12,36 ; Lc 14,32 ; 1Jn 4,17 ; Ps 56,8 ; Jb 14,15 ; Ps 138,24]
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
De la virginité, §74,78
Il vient chez toi
Telle que le Christ t'a désirée, c'est ainsi que le Christ t'a choisie. Aussi entre-t-il chez toi sans obstacle, et il ne peut y manquer, lui qui a promis qu'il entrerait. Embrasse donc celui que tu as cherché (Ct 3,4) ; approche-toi de lui et tu recevras sa lumière (Ps 33,6) ; retiens-le, demande-lui de ne pas s'en aller si vite, supplie-le de ne pas s'éloigner. En effet, la parole de Dieu court rapidement (Si 43,5) ; elle ne se laisse pas saisir par la nonchalance, ni retenir par la paresse. Que ton âme, à son appel, aille à sa rencontre, et qu'elle persévère sur le chemin tracé par la parole céleste, car celle-ci passe rapidement...
Celle qui cherche ainsi le Christ, celle qui trouve le Christ peut dire : « Je l'ai saisi et ne le lâcherai plus ; je le ferai entrer dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m'a conçue » (Ct 3,4). Qu'est-ce que la maison de ta mère et sa chambre, sinon l'intimité la plus profonde de ton être ? Garde-la, cette maison, purifie-la dans ce qu'elle a de plus secret. Ainsi, lorsque ta maison sera sans aucune tache, elle s'élèvera comme une demeure spirituelle pour être un sacerdoce saint, cimentée sur la pierre angulaire, et le Saint Esprit y habitera (1P 2,5). Celle qui cherche ainsi le Christ, celle qui l'implore ainsi, n'est pas délaissée par lui ; bien plus, il vient souvent la visiter, car il est avec nous jusqu'à la fin du monde (Mt 28,20).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
6ème sermon pour l'Avent
La terre entière sera remplie de la majesté de Dieu
Un jour le Sauveur doit venir pour refaire la force de notre corps, comme le dit l'apôtre Paul : « Nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux » (Ph 3,20-21)...
Le Dieu Sabaoth, le Seigneur des puissances, le Roi de gloire, viendra du ciel transformer lui-même nos corps, pour les rendre semblables à son corps glorieux. Quelle gloire, quelle joie quand le Créateur de l'univers, qui s'était caché sous une apparence tout humble quand il est venu nous racheter, apparaîtra dans toute sa gloire et sa majesté..., à tous les regards, pour glorifier nos corps de misère ! Qui se rappellera alors l'humilité de son premier avènement, quand on le verra descendre dans la lumière, précédé des anges qui tireront notre corps de la poussière, au son de la trompette, pour l'enlever ensuite au-devant du Christ ? (1Th 4,16s)...
Que notre âme se réjouisse donc et que notre corps repose dans l'espérance en attendant notre Sauveur et Seigneur Jésus Christ qui le transformera pour le rendre semblable à son corps de gloire. Un prophète écrit : « Si mon âme a soif de toi, combien plus mon corps ne te désire aussi ! » (Ps 62,2 Vulg) L'âme de ce prophète appelait de tous ses vœux le premier avènement du Sauveur qui devait le racheter ; mais sa chair appelait encore plus vivement le dernier avènement où elle doit être glorifiée. C'est alors que tous nos vœux seront comblés : la terre entière sera remplie de la majesté de Dieu. Puisse la miséricorde de Dieu nous conduire à cette gloire, à ce bonheur, à cette paix qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer (Ph 4,7) et que notre Seigneur Jésus Christ ne permette pas que notre attente ardente de notre Sauveur soit déçue.
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps, « Gaudium et Spes », § 45
Pour que tous les hommes entrent dans le Royaume des cieux
Qu'elle aide le monde ou qu'elle reçoive de lui, l'Église tend vers un but unique : que vienne le règne de Dieu et que s'établisse le salut du genre humain. D'ailleurs, tout le bien que le Peuple de Dieu, au temps de son pèlerinage terrestre, peut procurer à la famille humaine découle de cette réalité que l'Église est « le sacrement universel du salut » (Lumen gentium), manifestant et actualisant tout à la fois le mystère de l'amour de Dieu pour l'homme.
Car le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s'est lui-même fait chair, afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et récapitule toutes choses en lui. Le Seigneur est le terme de l'histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l'histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations. C'est lui que le Père a ressuscité d'entre les morts, a exalté et a fait siéger à sa droite, le constituant juge des vivants et des morts. Vivifiés et rassemblés en son Esprit, nous marchons vers la consommation de l'histoire humaine qui correspond pleinement à son dessein d'amour : « ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre » (Ep 1,10).
C'est le Seigneur lui-même qui le dit : « Voici que je viens bientôt et ma récompense est avec moi, pour rendre à chacun selon ses œuvres. Je suis l'alpha et l'omega, le premier et le dernier, le commencement et la fin » (Ap 22,12-13).


AVENT I - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Saint Hilaire (v. 315-367)
évêque de Poitiers et docteur de l'Église
De Trinitate, I,7 ; 2, 6-7 ; PL 10, 30 (Lectures pour chaque jour de l’année II, Prière du Temps présent, Cerf, 1971, p. 16)
Glorifier le Père dans le Fils
Les cieux, l’air, la terre, les mers, sont revêtus de splendeur, et le cosmos tout entier doit son nom à sa magnifique harmonie. Nous apprécions cette beauté des choses d’instinct, naturellement, mais la parole qui l’exprime est toujours inférieure à ce que notre intelligence a saisi. À plus forte raison le Seigneur de la beauté est-il au-dessus de toute beauté ; et si notre intelligence ne peut concevoir sa splendeur éternelle, elle garde pourtant l’idée de splendeur. Nous devons donc confesser un Dieu d’une beauté inconcevable pour notre esprit, mais que nous ne pouvons atteindre en dehors de lui.
Telle est la vérité du mystère de Dieu, de la nature impénétrable du Père. Dieu est invisible, ineffable, infini. La parole la plus éloquente ne peut que se taire ; l’intelligence qui veut pénétrer ce mystère se sent tout engourdie, elle éprouve son étroitesse. C’est dans le nom de Père, cependant, comme nous l’avons dit, que nous avons sa vraie nature : car il est Père ; mais non pas comme les hommes le sont, car lui est incréé, éternel, et il demeure lui-même, toujours, et pour toujours. Seul le Fils est connu, car « personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11,27 ; Lc 10,22). Ils se connaissent mutuellement et la science qu’ils ont l’un de l’autre est parfaite. Et parce que personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, c’est avec le Fils, seul témoin fidèle, qu’il nous faut apprendre à connaître le Père.
Mais il m’est plus facile de penser cela du Père que de le dire et je sens bien comme toute parole est impuissante à exprimer ce qu’il est. (…) La parfaite connaissance de Dieu à notre échelle humaine consiste donc à savoir que Dieu existe, qu’il ne peut être ignoré, mais qu’il reste malgré tout inexprimable et indicible. Croyons en lui, essayons de le comprendre, efforçons-nous de l’adorer ; une telle louange, voilà de notre part le témoignage que nous pouvons lui rendre.
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
§ 91, psaume 46 (Méditations sur les psaumes ; éd. Nouvelle Cité, 2002 ; p. 227-228 ; rev.)
Appelés à louer Dieu !
Mon Dieu que vous êtes bon de nous appeler à vous louer ! Quoi de plus doux que de louer le bien-aimé ! (…) Louons Dieu !
Dieu lui-même nous en donne le précepte et l’exemple. Que de psaumes sont des psaumes de louanges ! « Que tout esprit loue le Seigneur » (Ps 150,6), « Louez le Seigneur, toutes les nations » (Ps 116,1)… Que de fois notre Seigneur s’écrie : « Je vous loue, mon Père, de ce que… ! » (Lc 10,1), combien de fois il lui donne ces noms de louange : « Père saint… Père juste… » (Jn 17,11.25) Et quand il nous apprend à prier, que nous fait-il dire ? « Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié » (Mt 6,9) c’est à-dire : soit glorifié aussi bien par les paroles que par les pensées et les actions de tous les hommes. (…)
La louange d’ailleurs est un besoin de l’amour, et même si Dieu ne nous donnait ni le précepte ni l’exemple de le louer, il serait pour nous obligatoire de le faire, par cela seul qu’il nous dit : « Votre premier commandement est de m’aimer ». L’admiration fait partie fondamentale de tout véritable amour : elle en est le fondement, la cause ; le motif du véritable amour, c’est le bien, la perfection qui est dans l’être aimé ; ce bien, cette perfection excitent l’admiration ; à la suite de l’admiration, et à peine distinct d’elle vient l’amour. Or la louange n’est autre chose que l’expression de l’admiration ; donc elle se trouve nécessairement (…) partout où est le véritable amour.
Louons donc Dieu, et intérieurement par les louanges muettes d’une amoureuse contemplation, et extérieurement par les paroles d’admiration que l’admiration de ses perfections mettra sur nos lèvres.
ou
Saint Antoine le Grand (251-356)
père du monachisme chrétien
Exhortations, n° 2-3, 132-133, 137, 170 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès, rev.)
« Je te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre » (Mt 11,25)
L’homme doué de raison en vérité n’a qu’une chose à cœur : obéir et plaire au Dieu de l’Univers, et former son âme à l’unique souci de lui être agréable, en lui rendant grâce pour la réalité et la force de sa providence par laquelle il dirige toutes choses, quoi qu’il arrive, durant la vie. Il serait en effet déplacé de remercier pour la santé du corps les médecins qui nous prescrivent des remèdes amers et désagréables, alors que nous refuserions à Dieu la gratitude pour des choses qui nous paraissent pénibles, et que nous ne saurions pas que tout arrive comme il se doit, et pour notre avantage, par les soins de la providence. Car la connaissance de Dieu et la foi en lui sont le salut et la perfection de l’âme. (…)
Ceux qui n’ont pas l’intelligence de l’âme ne pensent pas à cela. Car ils ne comprennent pas que tout arrive en bien et comme il se doit, pour notre avantage, afin que brillent les vertus, et que nous soyons couronnés par Dieu. (…) C’est l’homme seul que Dieu écoute. C’est à l’homme seul que Dieu se révèle. Dieu aime l’homme, jusqu'à faire de lui un dieu. Seul l’homme est le digne adorateur de Dieu. C’est pour l’homme que Dieu se transfigure. C’est pour l’homme que Dieu a fait le ciel entier paré d’étoiles. C’est pour l’homme qu’il a fait la terre. Et c’est pour eux-mêmes que les hommes la cultivent. Ceux qui ne sentent pas une telle providence de Dieu ont l’âme dénuée d’intelligence. (…)
Dieu a fondé sur la terre la naissance et la mort. Et il a fondé dans le ciel la providence et la destinée. Il a tout fait pour l’homme et son salut. Disposant de tous les biens, Dieu a créé pour les hommes le ciel, la terre et leurs éléments, pour lesquels il leur a donné toute jouissance de ces biens. (…) L’action de grâce, et elle seule, plaît à Dieu plus que tout sacrifice précieux. À lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », §15 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »
La plénitude de la foi chrétienne : « Abraham…a tressailli d’allégresse à la pensée qu’il verrait mon jour. Il l’a vu et a été dans la joie » (Jn 8,56). Selon ces paroles de Jésus, la foi d’Abraham était dirigée vers lui ; elle était, en un sens, une vision anticipée de son mystère. Ainsi le comprend saint Augustin quand il affirme que les patriarches seront sauvés par la foi : non la foi dans le Christ déjà venu, mais la foi dans le Christ qui allait venir, la foi tendue vers l’événement futur de Jésus.
La foi chrétienne est centrée sur le Christ, elle est confession que Jésus est le Seigneur et que Dieu l’a ressuscité des morts (Rm 10,9). Toutes les lignes de l’Ancien Testament se rassemblent dans le Christ. Il devient le « oui » définitif à toutes les promesses, le fondement de notre « Amen » final à Dieu (cf 2Co 1,20). L’histoire de Jésus est la pleine manifestation de la fiabilité de Dieu. Si Israël rappelait les grands actes d’amour de Dieu, qui formaient le centre de sa confession et ouvraient le regard de sa foi, désormais la vie de Jésus apparaît comme le lieu de l’intervention définitive de Dieu, la manifestation suprême de son amour pour nous.
La parole que Dieu nous adresse en Jésus n’est pas une parole supplémentaire parmi tant d’autres, mais sa Parole éternelle (He 1,1-2). Il n’y a pas de garantie plus grande que Dieu puisse donner pour nous assurer de son amour, comme nous le rappelle saint Paul (Rm 8,31s). La foi chrétienne est donc foi dans le plein Amour, dans son pouvoir efficace, dans sa capacité de transformer le monde et d’illuminer le temps. «  Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru » (1Jn 4,16). La foi saisit, dans l’amour de Dieu manifesté en Jésus, le fondement sur lequel s’appuient la réalité et sa destination ultime.
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Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
Troisième méditation pour la neuvaine de Noël (trad. Éds. Saint Paul 1993, p. 229 rev.)
« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »
Considérons qu'après tant de siècles, tant de soupirs et de prières, le Messie que ni les patriarches ni les prophètes n'ont vu, « le Désiré des nations » (Ag 2,7 Vulg), le Désir des collines éternelles, notre Sauveur, est enfin venu : « Il est né, il s'est donné tout à nous » (Is 9,5). Le Fils de Dieu s'est fait petit pour nous donner sa grandeur ; il s'est donné à nous, afin que nous nous donnions à lui ; il est venu nous témoigner son amour, afin que nous y répondions par le nôtre. Accueillons-le donc avec affection, aimons-le, recourons à lui dans tous nos besoins...
Jésus est venu sous la forme d'un enfant, pour nous montrer son grand désir de nous combler de ses biens. Or « en lui sont tous les trésors » (Col 2,3) ; son Père céleste « a tout remis entre ses mains » (Jn 3,35 ; 13,3). Désirons-nous la lumière ? Il est venu nous éclairer. Désirons-nous plus de force, pour résister à nos ennemis ? Il est venu nous fortifier. Désirons-nous le pardon et le salut ? Il est venu nous pardonner et nous sauver. Désirons-nous enfin le don suprême, le don de l'amour divin ? Il est venu en embraser nos cœurs. C'est surtout pour cela qu'il s'est fait enfant : il a voulu se montrer à nous dans un état si pauvre et si humble, pour...bannir toute crainte et mieux gagner notre affection... Les enfants provoquent l'affection de tous ceux qui les voient : qui donc n'aimera pas avec une grande tendresse un Dieu qu'il contemple petit enfant, nourri d'un peu de lait, tremblant de froid, pauvre, méprisé, délaissé, pleurant et gémissant dans une crèche, sur la paille ? Ce spectacle poussait saint François à s'écrier : « Aimons l'enfant de Bethléem ! » Venez, âmes chrétiennes, venez aimer un Dieu fait enfant, devenu pauvre pour vous, un Dieu tout amour, descendu du ciel pour se donner tout à nous.
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Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
3ème Discours pour la neuvaine de Noël (trad. Éds Saint-Paul 1993, p. 59)
« Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits »
Dieu nous a fait naître après la venue du Messie : quelles actions de grâces ne lui devons-nous pas ! La rédemption une fois opérée par Jésus Christ, quels bienfaits plus grands n'avons-nous pas reçus ! Abraham, les patriarches, les prophètes ont ardemment désiré voir le Rédempteur ; ils n'ont pas eu ce bonheur. Ils ont fatigué pour ainsi dire le ciel par leurs soupirs et leurs supplications : « Cieux, s'écriaient-ils, répandez d'en-haut votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste !... Envoyez l'Agneau Dominateur de la terre (Is 45,8 ; 16,1 Vulg)... C'est ainsi qu'il règnera dans nos cœurs et nous affranchira de l'esclavage dans lequel nous vivons misérablement. Seigneur, fais-nous voir ta bonté, et accorde-nous le salut (Ps 84,8) ». C'est-à-dire : « Hâte-toi, Dieu très miséricordieux, de faire éclater sur nous ta tendresse en nous envoyant l'objet principal de tes promesses, celui qui doit nous sauver ». Tels ont été les soupirs, telles ont été les supplications ardentes des saints, avant la venue du Messie ; pourtant ils ont été privés pendant quatre mille ans du bonheur de le voir naître.
Ce bonheur nous était réservé : mais que faisons-nous ? Quel profit en tirons-nous ? Sachons aimer cet aimable Rédempteur, maintenant qu'il est venu, qu'il nous a délivrés des mains de nos ennemis, qu'il nous a rachetés de la mort éternelle au prix de sa vie..., qu'il nous a ouvert le paradis, qu'il nous a munis de tant de sacrements et de tant de puissants secours pour que nous l'aimions et le servions en paix durant cette vie, que nous en jouissions à jamais dans l'autre... Mon âme, tu serais vraiment remplie d'ingratitude, si tu n'aimais pas ton Dieu, ce Dieu qui a voulu être emmailloté pour te délivrer des chaînes de l'enfer, pauvre pour te communiquer ses richesses, faible pour te rendre fort contre tes ennemis, accablé de souffrances et de tristesse pour laver tes péchés par ses pleurs.
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Bienheureux Guerric d'Igny (vers 1080-1157), abbé cistercien
2ème Sermon pour l’Avent (trad. SC 166, p. 109)
« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »
Viens, ô Seigneur, « sauve-moi et je serai sauvé » ! (Jr 17, 14) Viens, « montre-nous ta face, et nous serons sauvés » (Ps 79, 4). C'est toi que nous avons attendu ; « sois notre salut au temps de la tribulation » (Is 33, 2). Ainsi les prophètes et les justes allaient à la rencontre du Christ avec un tel désir, un tel élan d'amour, qu'ils auraient voulu, si cela avait été possible, voir de leurs yeux ce que déjà ils voyaient en esprit. C'est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous le dis, bien des prophètes et des justes ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu ». Abraham aussi, notre père, « a exulté à la pensée de voir le jour » du Christ ; « il l’a vu », mais dans le séjour des morts, « et il s'en est réjoui » (Jn 8, 56).
Il y a bien là de quoi nous faire rougir de la tiédeur et de la dureté de notre cœur, si nous n'attendons pas dans la joie spirituelle le jour anniversaire de la naissance du Christ que l'on nous promet de voir bientôt, s'il plaît au Seigneur. De fait, l'Écriture semble exiger que notre joie soit si grande que notre esprit, s'élevant au-dessus de lui-même, brûle de s'élancer à la rencontre du Christ qui vient, et que, se portant en avant par le désir, sans supporter aucun retard, il s'efforce de voir déjà ce qui est à venir.
ou
Saint Charles Borromée (1538-1584), évêque
Lettre pastorale (trad. Ed. Lyon 1683)
« Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez »
Voici, mes bien-aimés, ce temps célébré avec tant de ferveur, et, comme dit l'Esprit Saint, temps de la faveur divine (Is 61,2 ; Lc 4,19), période de salut, de paix et de réconciliation ; temps jadis désiré très ardemment par les vœux et les aspirations instantes des anciens prophètes et patriarches, et qui a été vu enfin par le juste Syméon avec une joie débordante (Lc 2,26s). Puisqu'il a toujours été célébré par l'Église avec tant de ferveur, nous-mêmes devons aussi le passer religieusement dans les louanges et les actions de grâce adressées au Père éternel pour la miséricorde qu'il a manifestée dans ce mystère.
Du fait qu'il est revécu chaque année par l'Église, nous sommes exhortés à rappeler sans cesse le souvenir de tant d'amour envers nous. Cela nous enseigne aussi que l'avènement du Christ n'a pas profité seulement à ceux qui vivaient à l'époque du Sauveur, mais que sa force devait être communiquée aussi à nous tous ; du moins si nous voulons, par le moyen de la foi et des sacrements, accueillir la grâce qu'il nous a méritée et diriger notre vie selon cette grâce en lui obéissant.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
« Waiting for Christ », Sermons Preached on Various Occasions, n°3
« Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez »
Pendant des siècles, avant que Jésus ne vienne sur terre, tous les prophètes, l'un après l'autre, étaient à leur poste, au sommet de la tour ; tous l'attendaient et guettaient sa venue à travers l'obscurité de la nuit. Ils veillaient sans cesse pour surprendre la première lueur de l'aurore... : « Dieu, toi mon Dieu, je te cherche dès l'aurore. Mon âme a soif de toi, dans une terre desséchée, épuisée, sans eau » (Ps 62,2)... « Ah, si tu déchirais les cieux et descendais ! Les montagnes fondraient en ta présence, comme sous l'action du feu... Depuis l'origine du monde l'œil n'a rien pu voir, mon Dieu, des merveilles que tu as préparées pour ceux qui sont attachés à toi dans l'attente » (Is 64,1 ;1Co 2,9).
Cependant si jamais des hommes ont eu le droit de s'attacher à ce monde et de ne pas s'en désintéresser, c'étaient bien ces serviteurs de Dieu ; la terre leur avait été donnée en partage, et d'après les promesses mêmes du Très-Haut, elle devait être leur récompense. Mais notre récompense à nous concerne le monde à venir... Et eux aussi, ces grands serviteurs de Dieu, ont dépassé le don terrestre de Dieu, malgré sa valeur, pour s'attacher à des promesses plus belles encore ; ils ont sacrifié ce dont ils avaient la possession pour cette espérance. Ils ne se contentaient de rien de moins que la plénitude de leur Créateur ; ils cherchaient à voir la face de leur Libérateur. Et s'il faut que pour cela la terre se brise, que les cieux se déchirent, que les éléments du monde viennent à se dissoudre pour qu'il apparaisse enfin, que tout croule, plutôt que de continuer à vivre sans lui ! Telle était l'intensité du désir des adorateurs de Dieu en Israël, qui attendaient ce qui devait venir... Leur persévérance prouve qu'il y avait quelque chose à attendre.
Les apôtres aussi, une fois leur Maître venu et reparti, ne sont pas restés en deçà des prophètes dans l'acuité de leur perception et dans l'ardeur de leurs aspirations. Le miracle de l'attente dans la persévérance a continué.
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Adversus Haereses IV, 14,2 (trad. composite)
« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »
Dès le commencement, Dieu a formé l'homme en vue de ses dons. Il a choisi les patriarches en vue de leur salut. Il s'est préparé un peuple, apprenant aux ignorants à suivre la trace de Dieu. Ensuite, il a instruit les prophètes pour habituer l'homme à porter son Esprit dès cette terre et à entrer en communion avec Dieu. Lui-même, certes, n'avait besoin de personne, mais à ceux qui avaient besoin de lui il offrait sa communion. Par ceux « en qui il mettait sa complaisance » (Lc 2,14), il a dessiné d'avance, tel un architecte, l'édifice du salut. Dans les ténèbres d'Égypte, il s'est fait lui-même leur guide ; au désert où ils erraient, il leur a donné une Loi très appropriée ; et à ceux qui sont entrés dans le bon pays, il a offert un héritage choisi. Enfin, pour tous ceux qui reviennent vers le Père, il a tué le veau gras, et il leur fait don de la robe précieuse (Lc 15,22).
Ainsi, de beaucoup de manières, Dieu disposait le genre humain en vue de « la musique et des danses » du salut (Lc 12,25). Voilà pourquoi Jean écrit dans l'Apocalypse : « Et sa voix était la voix des grandes eaux » (Ap 1,15). Car elles sont vraiment multiples les eaux de l'Esprit de Dieu, parce que riche et grand est le Père. Et, passant à travers tout cela, le Verbe accordait généreusement son assistance à ceux qui lui étaient soumis, donnant à toute créature des prescriptions appropriées.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les psaumes, Ps 118, n°20
« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »
« Seigneur, mon âme languit après ton salut » (Ps 118,81), c'est-à-dire dans son attente. Heureuse faiblesse, qui montre le désir d'un bien non encore obtenu, mais passionnément convoité. À qui donc reviennent ces paroles, sinon, depuis les origines de l'humanité, jusqu'à la fin des siècles, « à la race élue, au sacerdoce royal, au peuple acquis » (1P 2,9), à tout homme qui, chacun à son époque, vécu, vit ou vivra dans le désir du Christ ?
Le témoin de cette attente, c'est le saint vieillard Syméon qui s'écrie, en recevant l'enfant dans ses bras : « Maintenant, ô Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix, car mes yeux ont vu ton salut » (Lc 2,29-30). Car il avait reçu de Dieu la promesse qu'il ne goûterait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. Le désir de ce vieillard –- nous devons le croire -– est celui de tous les saints dans les temps qui ont précédé. C'est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : « Bien des prophètes et des rois ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu ».
Tous ces hommes doivent donc eux aussi être comptés parmi ceux qui chantent : « Mon âme a défailli en vue de ton salut ». Jamais en ce temps-là ne s'est apaisé ce désir des saints, et jamais désormais il ne s'apaise dans le Corps du Christ, dans son Église, jusqu'à la fin du monde, jusqu'à ce que vienne « le Désiré de tous les peuples » promis par le prophète (Ag 2,8 Vulg)... Le désir dont nous parlons vient de ce qu'on aime comme l'apôtre Paul « la manifestation du Christ ». C'est d'elle qu'il dit : « Quand le Christ apparaîtra, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous apparaîtrez avec lui dans la gloire » (Col 3,4). L'Église dans les premiers temps, avant l'enfantement de la Vierge, a compté des saints qui désiraient la venue du Christ dans la chair. Aujourd'hui elle compte d'autres saints qui désirent la manifestation du Christ dans sa gloire. Depuis le début du monde jusqu'à la fin des temps, ce désir de l'Église ne connaît pas de répit.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 2 sur le Cantique des Cantiques (trad. Béguin, Seuil 1953, p. 92 rev.)
« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »
Le désir ardent des patriarches appelant la présence corporelle de Jésus Christ est pour moi le sujet de méditations fréquentes. Je ne peux pas y penser sans que des larmes de honte me viennent aux yeux. Car je mesure alors la tiédeur et la somnolence de notre époque misérable. Nous avons reçu cette grâce, le corps du Christ nous est montré à l'autel, mais personne d'entre nous n'en éprouve une joie aussi intense qu'était le désir inspiré à nos ancêtres par la simple promesse de l'Incarnation.
Noël est proche et bien des gens s'apprêtent à le célébrer ; puissent-ils se réjouir vraiment de la Nativité, et non pas des vanités ! L'attente des anciens, leur impatience fébrile me paraissent exprimées à merveille par les premiers mots du Cantique des Cantiques : « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ! » (1,2). En ces temps-là, quiconque était doué du sens spirituel devinait la grâce immense répandue sur ces lèvres (Ps 44,3), et par ces paroles lourdes de tous les désirs, souhaitait passionnément ne pas être privée d'une si grande douceur.
Toute âme parfaite disait en effet : « À quoi me servent désormais les textes obscures des prophètes ? J'attends que vienne ' le plus beau des enfants des hommes ' (Ps 44,3), qu'il vienne me baiser du baiser de sa bouche. La langue de Moïse est confuse (Ex 4,10), les lèvres d'Isaïe sont impures (6,5), Jérémie est un enfant qui ne sait pas parler (1,6) ; tous les prophètes sont privés du don des langues. C'est lui-même, c'est celui dont ils parlent, qui doit parler maintenant et me baiser du baiser de sa bouche ; je ne souhaite plus qu'il s'exprime en eux et par eux, car l'eau reste opaque tant qu'elle est retenue par les nuages. J'attends la présence divine, les eaux ruisselantes de la doctrine admirable, qui deviendront en moi une source jaillissant jusqu'en la vie éternelle » (Jn 4,14).

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