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AVENT I - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Homélie du 30/05/2013 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Où trouverons-nous dans un désert assez de pain pour qu'une telle foule mange à sa faim ? »
D’où vient la multiplication des pains ? La réponse se trouve dans l’invitation de Jésus aux disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Lc 9,13) — « donner », partager. Qu’est-ce que les disciples partagent ? Le peu qu’ils ont : cinq pains et deux poissons (ibid.). Mais ce sont précisément ces pains et ces poissons qui, dans les mains du Seigneur, rassasient toute la foule. Et ce sont précisément les disciples, égarés devant l’incapacité de leurs moyens, de la pauvreté de ce qu’ils peuvent mettre à disposition, qui font asseoir les gens et qui — confiants dans la parole de Jésus — distribuent les pains et les poissons qui nourrissent la foule. Ceci nous dit que dans l’Église, mais aussi dans la société, un mot-clé dont nous ne devons pas avoir peur est « solidarité », c’est-à-dire savoir mettre à la disposition de Dieu ce que nous avons, nos humbles capacités ; car c’est seulement dans le partage, dans le don, que notre vie sera féconde, qu’elle portera du fruit. Solidarité : un mot mal vu par l’esprit du monde !
[Dans l’eucharistie de] ce soir, encore une fois, le Seigneur distribue pour nous le pain qui est son Corps : il se fait don. Et nous aussi, nous faisons l’expérience de la solidarité de Dieu avec l’homme, une solidarité qui ne s’épuise jamais, une solidarité qui ne finit pas de nous surprendre : Dieu se fait proche de nous. Dans le sacrifice de la croix, il s’abaisse en entrant dans l’obscurité de la mort pour nous donner sa vie, qui vainc le mal, l’égoïsme, la mort. Ce soir aussi, Jésus se donne à nous dans l’eucharistie, partage notre chemin, se fait même nourriture, la vraie nourriture qui soutient notre vie, y compris dans les moments où la route devient difficile, et où les obstacles ralentissent nos pas. Et dans l’eucharistie, le Seigneur nous fait parcourir sa voie, celle du service, du partage, du don. Ce peu que nous avons, ce peu que nous sommes, s’il est partagé, devient richesse, car la puissance de Dieu, qui est celle de l’amour, descend dans notre pauvreté pour la transformer.
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Pape Benoît XVI
Homélie du 29/05/2005, pour le Congrès eucharistique italien (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.)
L'eucharistie, le sacrement du monde renouvelé
Chers amis..., nous devons redécouvrir la joie du dimanche chrétien. Nous devons redécouvrir avec fierté le privilège de participer à l'eucharistie, qui est le sacrement du monde renouvelé. La résurrection du Christ a eu lieu le premier jour de la semaine qui, dans l'Écriture, était le jour de la création du monde. C'est précisément pour cette raison que le dimanche était considéré par la communauté chrétienne primitive comme le jour où un monde nouveau a commencé, celui où, grâce à la victoire du Christ sur la mort, la nouvelle création a commencé. En se rassemblant autour de la table eucharistique, la communauté se formait progressivement comme le nouveau peuple de Dieu.
Saint Ignace d'Antioche ( ?-v. 110) définissait les chrétiens comme « ceux qui sont parvenus à la nouvelle espérance », et il les présentait comme des personnes « vivantes selon le dimanche ». Dans cette perspective, l'évêque d'Antioche se demandait : « Comment pourrions-nous vivre sans Jésus Christ, que les prophètes eux-mêmes ont attendu ? » « Comment pourrions-nous vivre sans lui ? » Nous entendons retentir dans ces paroles de saint Ignace l'affirmation des martyrs d'Abitène : « Nous ne pouvons pas vivre sans le dimanche ». Et de là jaillit notre prière : que nous aussi, chrétiens d'aujourd'hui, retrouvions la conscience de l'importance décisive de la célébration dominicale et sachions tirer de la participation à l'eucharistie l'élan nécessaire pour un nouvel engagement dans l'annonce au monde du Christ « notre paix » (Ep 2,14).
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La Didachè (entre 60-120), catéchèse judéo-chrétienne, §9-10
« Qu'ainsi ton Église se rassemble des extrémités de la terre dans ton royaume »
Au sujet de l'eucharistie, rendez grâce en ces termes. D'abord sur la coupe : « Nous te rendons grâce, notre Père, pour la sainte vigne de David, ton serviteur. Tu nous l'as révélée par Jésus, ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles. Amen ! » Puis, sur le pain rompu : « Nous te rendons grâce, notre Père, pour la vie et la connaissance, que tu nous as accordées par Jésus ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles ! Comme ce pain rompu, d'abord dispersé sur les collines, a été recueilli pour ne faire qu'un, qu'ainsi ton Église se rassemble des extrémités de la terre dans ton royaume. À toi gloire et puissance dans les siècles. Amen ! » (...)
Après vous être rassasiés, rendez grâce ainsi : « Nous te rendons grâce, Père saint, pour ton saint nom que tu as fait habiter en nos cœurs, pour la connaissance, la foi et l'immortalité que tu nous as accordées par Jésus ton serviteur. Gloire à toi dans les siècles. Amen ! C'est toi, Maître tout-puissant, qui as créé l'univers, à la gloire de ton nom. Tu as donné les bienfaits de la nourriture et de la boisson à tous les hommes, pour qu'ils te rendent grâce. Mais à nous, tu nous as fait le don d'une nourriture et d'un breuvage spirituels, et de la vie éternelle, par Jésus ton serviteur. Surtout nous te rendons grâce parce que tu es puissant : Gloire à toi dans les siècles ! »
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Catéchisme de l’Église catholique § 1402-1405
Notre pain dans le désert : l’eucharistie, gage de la gloire à venir
Si l'eucharistie est le mémorial de la Pâque du Seigneur, si par notre communion à l'autel nous sommes « comblés de toute bénédiction céleste et grâce » (Canon romain), l'eucharistie est aussi l'anticipation de la gloire céleste. Lors de la dernière Cène, le Seigneur a lui-même tourné le regard de ses disciples vers l'accomplissement de la Pâque dans le Royaume de Dieu : « Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai avec vous le vin nouveau dans le Royaume de mon Père » (Mt 26, 29). Chaque fois que l'Église célèbre l'eucharistie, elle se souvient de cette promesse et son regard se tourne vers « Celui qui vient » (Ap 1, 4). Dans sa prière, elle appelle sa venue : « Marana tha » (1Co 16, 22), « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22, 20). « Que ta grâce vienne et que ce monde passe ! » (Didaché)
L'Église sait que, dès maintenant, le Seigneur vient dans son eucharistie et qu'il est là au milieu de nous ; cependant, cette présence est voilée. C'est pour cela que nous célébrons l'eucharistie en « attendant la bienheureuse espérance et l'avènement de notre Sauveur Jésus Christ » (Tt 2, 13), en demandant « d'être comblés de ta gloire, dans ton Royaume, tous ensemble et pour l'éternité, quand tu essuieras toute larme de nos yeux ; en te voyant, toi notre Dieu, tel que tu es, nous te serons semblables éternellement, et sans fin nous chanterons ta louange, par le Christ, notre Seigneur » (Prière eucharistique 3).
De cette grande espérance, celle des cieux nouveaux et de la terre nouvelle en lesquels habitera la justice (2P 3, 13), nous n'avons pas de gage plus sûr, de signe plus manifeste que l'eucharistie. En effet, chaque fois qu'est célébré ce mystère, « l’œuvre de notre rédemption s'opère » (LG 3) et nous « rompons un même pain qui est remède d'immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus Christ pour toujours » (St Ignace d’Antioche).
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Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier
Les Noces spirituelles, 1 (trad. Louf, Bellefontaine 1993, p. 46)
Le Christ vient dans les sacrements, notamment dans l'eucharistie
Le second avènement du Christ, notre époux, a lieu tous les jours dans les hommes bons, et cela souvent et à plusieurs reprises, avec des grâces et des dons nouveaux, chez tous ceux qui s'ajustent à lui selon qu'ils le peuvent. Nous ne voulons pas parler ici de la première conversion de l'homme ni de la première grâce qui lui a été donnée lorsqu'il s'est converti du péché à la vertu. Mais nous parlons de leur accroissement, jour après jour, grâce à de nouveaux dons et à de nouvelles vertus, ainsi que de l'avènement présent du Christ, notre époux, dans notre âme, quotidiennement...
Il y a...un avènement du Christ, notre époux, qui est de tous les jours et qui consiste dans un accroissement de grâces et de nouveaux dons, lorsque quelqu'un reçoit quelque sacrement, avec un cœur humble et libre de tout ce qui lui serait un empêchement. Il reçoit alors de nouveaux dons et un accroissement de grâce, en raison de son humilité et grâce à l'activité cachée du Christ à l'intérieur des sacrements... Voilà le deuxième avènement du Christ, notre époux, qui se présente à nous maintenant, et cela tous les jours. Il nous faut le considérer d'un cœur rempli de désir, pour qu'il s'accomplisse en nous. Car il nous est nécessaire, si nous voulons tenir debout ou progresser dans la vie éternelle.
ou
Concile Vatican II
Constitution sur la sainte liturgie « Sacrosanctum Concilium », § 6.8
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne » (1Co 11,26)
De même que le Christ a été envoyé par le Père, ainsi lui-même a envoyé ses apôtres, remplis de l'Esprit Saint ; non seulement pour que, prêchant l'Évangile à toute créature, ils annoncent que le Fils de Dieu, par sa mort et sa résurrection, nous a délivrés du pouvoir de Satan et de la mort et nous a transférés dans le royaume de son Père, mais aussi afin qu'ils exercent cette œuvre de salut qu'ils annonçaient, par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique. C'est ainsi que par le baptême les hommes sont greffés sur le mystère pascal du Christ : morts avec lui, ensevelis avec lui, ressuscités avec lui, ils reçoivent l'esprit d'adoption des fils dans lequel nous crions « Abba Père », et ils deviennent ainsi ces vrais adorateurs que cherche le Père. Semblablement, chaque fois qu'ils mangent la Cène du Seigneur, ils annoncent sa mort jusqu'à ce qu'il vienne...
Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem, à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle. Avec toute l'armée de la milice céleste, nous chantons au Seigneur l'hymne de gloire ; en vénérant la mémoire des saints, nous espérons partager leur société. Nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus Christ, jusqu'à ce que lui-même se manifeste, lui qui est notre vie. Et alors nous serons manifestés avec lui dans la gloire.
(Références bibliques : Mc 16,15 ; Rm 6,4 ; 8,15 ; Jn 4,23 ; 1Co 11,26 ; Ap 21,2 ; He 8,2 ; Col 3,4)
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Saint Gaudence de Brescia ( ?-après 406), évêque
Sermon 2 ; PL 20, 859 (trad. Orval)
Pain pour la route : « Chaque fois que vous mangez ce pain...vous proclamez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne » (1Co 11,26)
La nuit où il a été livré pour être crucifié, Jésus nous a légué comme héritage de la nouvelle Alliance le gage de sa présence. C'est le viatique de notre voyage. Nous en sommes nourris et fortifiés jusqu'au moment où nous parviendrons à lui, lorsque nous quitterons ce monde. C'est pourquoi le Seigneur disait : « Si vous ne mangez pas ma chair et ne buvez pas mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous » (Jn 6,53). Il a voulu laisser parmi nous le sacrement de sa Passion. Et pour cela il ordonne à ses fidèles disciples, les premiers prêtres qu'il a institués pour son Église, de célébrer sans fin ces mystères de la vie éternelle, qui doivent être accomplis par tous les prêtres dans les Églises du monde entier jusqu'au jour où le Christ reviendra du ciel. Ainsi nous tous, les prêtres et le peuple des fidèles, nous avons chaque jour l'exemple de la Passion du Christ devant les yeux, nous le tenons entre nos mains, nous le portons à notre bouche et dans notre poitrine... « Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon » (Ps 33,9).
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Baudouin de Ford ( ?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
Le Sacrement de l'autel, PL 204, 690 (trad. Orval)
Le pain de la vie éternelle
« Je suis le pain de vie, dit Jésus ; celui qui vient à moi n'aura jamais faim, celui qui croit en moi n'aura jamais soif » (Jn 6,35)... Il exprime ainsi par deux fois le rassasiement éternel où rien ne manque plus.
La Sagesse dit pourtant : « Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif » (Si 24,21). Le Christ, qui est la Sagesse de Dieu, n'est pas mangé pour rassasier dès à présent notre désir, mais pour nous faire désirer ce rassasiement ; et plus nous goûtons sa douceur, plus notre désir en est stimulé. C'est pourquoi ceux qui le mangent auront encore faim, jusqu'à ce que vienne le rassasiement. Mais lorsque leur désir aura été comblé, ils n'auront plus faim ni soif.
« Ceux qui me mangent auront encore faim. » Cette parole peut aussi s'entendre du monde futur, car il y a dans le rassasiement éternel comme une sorte de faim qui ne vient pas du besoin mais du bonheur. Le rassasiement n'y connaît pas de satiété ; le désir n'y connaît pas de gémissements. Le Christ, toujours admirable dans sa beauté est aussi toujours désirable, « lui que les anges désirent contempler » (1P 1,12). Ainsi, alors même qu'on le possède, on le désire ; alors même qu'on le tient, on le cherche, selon qu'il est écrit : « Sans relâche cherchez sa face » (Ps 104,4). Il est en effet toujours cherché, celui qui est aimé pour être possédé à jamais.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Twelve Meditations and Intercessions for Good Friday, 9-10
« J'ai pitié de cette foule »
L'Écriture inspirée nous l'a dit : « Ta miséricorde s'étend à tous, parce que tout t'est possible, parce que tu oublies les péchés des hommes dès qu'ils se tournent vers toi. Tu aimes tout ce qui existe ; tu ne prends en aversion rien de ce que tu as fait... Tu épargnes tous les êtres parce qu'ils sont à toi, Maître qui aimes la vie » (Sg 11,23s). Voilà ce qui le fait descendre du ciel et lui donne le nom de Jésus... : « Tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1,21). C'est son grand amour pour les hommes, sa compassion pour les pécheurs, voilà ce qui le fait descendre du ciel.
Pourquoi donc consentir à voiler sa gloire dans un corps mortel s'il ne désirait ardemment sauver ceux qui se sont égarés, qui ont perdu tout espoir de salut ? Il le dit lui-même : « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10). Plutôt que de nous laisser périr, il a fait tout ce qu'un Dieu tout-puissant peut faire selon tous ses divins attributs : il s'est donné lui-même. Et il nous aime tous de telle sorte qu'il veut donner sa vie pour chacun de nous, aussi absolument, aussi pleinement, que s'il n'y avait qu'un seul homme à sauver. Il est notre meilleur ami..., le seul véritable ami, et il déploie tous les moyens possibles pour obtenir que nous l'aimions en retour. Il ne nous refuse rien, si nous consentons à l'aimer...
Ô mon Seigneur et mon Sauveur, dans tes bras je suis en sûreté. Si tu me gardes, je n'ai plus rien à craindre ; mais si tu m'abandonnes, je n'ai plus rien à espérer. Je ne sais rien de ce qui m'arrivera d'ici ma mort, je ne sais rien de l'avenir, mais je me confie à toi... Je m'en repose totalement sur toi, parce que tu sais ce qui est bon pour moi, et moi je ne le sais pas.


AVENT I - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Bernard (1091-1153)
moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 5 « de diversis », 4-5 ; PL 183, 556 (in “Lectures chrétiennes pour notre temps”, fiche D13; trad. Orval; © 1970 Abbaye d'Orval)
Fixons-nous sur le roc !
Fixons-nous solidement au rempart ; appuyons-nous de toutes nos forces sur le roc inébranlable qu’est le Christ, selon cette parole de l’Écriture : « Il a posé mes pieds sur le roc, il a affermi mes pas » (Ps 39,3). Ainsi établis et réconfortés, mettons-nous à contempler : nous verrons ce qu’il nous dit et ce que nous répondrons à qui nous fait reproche. (…)
Ensuite, lorsque nous aurons progressé quelque peu dans l’ascèse spirituelle en suivant comme guide l’Esprit Saint qui scrute les profondeurs mêmes de Dieu, représentons-nous combien le Seigneur est doux, combien il est bon en lui-même. Demandons avec le prophète de voir la volonté du Seigneur, demandons-lui de nous faire visiter non plus notre cœur mais son temple (cf. Ps 26,4). Et avec lui nous dirons encore : « Mon âme en moi s’est troublée, c’est pourquoi je me souviendrai de toi » (Ps 41,7).
Ces deux choses résument le contenu de toute la vie spirituelle : au spectacle de nous-mêmes nous sommes troublés et contrits pour notre salut, tandis que dans la contemplation de Dieu nous respirons et la joie du Saint-Esprit nous procure la consolation. D’une part, crainte et humilité ; d’autre part, espérance et charité.
ou
Saint Claude la Colombière (1641-1682), jésuite
Journal spirituel (Écrits spirituels, coll. Christus n° 9, éd. DDB, 1982, p. 154-155)
S’attacher à l’Éternel, notre rocher
Pensant à l’éternité de Dieu, je me la suis représentée comme un rocher immobile sur le bord d’un fleuve, d’où le Seigneur voit passer toutes les créatures sans se remuer et sans qu’il passe jamais lui-même. Tous les hommes qui s’attachent aux choses créées m’ont paru comme des gens qui, étant entraînés par le courant de l’eau, s’attacheraient les uns à une planche, les autres à un tronc d’arbre, les autres à des amas d’écume qu’ils prendraient pour quelque chose de solide. Tout cela est emporté par le torrent ; les amis meurent, la santé se consume, la vie passe, on arrive jusqu’à l’éternité porté sur ces appuis passagers comme à une grande mer, où vous ne pouvez pas vous empêcher d’entrer et de vous perdre.
On s’aperçoit combien on a été imprudent de ne s’attacher pas au rocher, à l’Éternel ; on voudrait revenir, mais les flots nous ont emporté trop loin au-delà, on ne peut plus revenir, il faut nécessairement périr avec les choses périssables. Au lieu qu’un homme qui s’attache à Dieu voit sans crainte le péril et la perte de tous les autres ; quoi qu’il arrive, quelque révolution qu’il se fasse, il se trouve toujours sur son rocher ; Dieu ne lui saurait échapper ; il n’a embrassé que lui, il s’en trouve toujours saisi ; l’adversité ne fait que lui donner lieu de se réjouir du bon choix qu’il a fait. Il possède toujours son Dieu ; la mort des ses amis, de ses parents, de ceux qui l’estiment et le favorisent, l’éloignement, le changement d’emplois ou de lieu, l’âge, la maladie, la mort ne lui ôtent rien de son Dieu. Il est toujours également content, disant en la paix et en la joie de son âme : « Pour moi, approcher Dieu est mon bien, j’ai placé dans le Seigneur mon refuge » (Ps 73,28 Vg).
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Ex fide vivit (Le Christ idéal du prêtre, Éd. de Maredsous, 1951, p. 67-68 ; rev.)
La foi, fondement de notre vie intérieure
La foi est une vertu fondamentale. (…) La foi est , en nous, le commencement, le fondement, la racine de notre vie d’enfant de Dieu. (…) Si la foi est requise pour éveiller la vie surnaturelle, elle est nécessaire encore pour en assurer la croissance et l’épanouissement. La foi est très véritablement le fondement et la racine de la vie intérieure.
Dans une bâtisse, quelle est la raison des fondations ? Non seulement elles permettent de commencer la construction, mais n’est-ce pas d’elles qu’à tout instant dépend la stabilité, l’équilibre, la durée même de l’édifice ? Ainsi en est-il de la foi face à toute existence chrétienne. Seule, l’assise solide des croyances affermit l’espérance, donne l’essor à la charité et permet à la prière de monter vers Dieu. Au moment de l’épreuve, comme au cours de l’existence normale, d’où nous vient l’appui constant, d’où recevons-nous les motifs d’action les plus efficaces, sinon de la foi ? C’est pourquoi saint Paul demandait aux Colossiens de demeurer « fondés sur la foi » (Col 1,23). (…) Telle est l’importance primordiales des certitudes de la foi. Leur influence ne cesse de s’exercer : elles ennoblissent l’existence et fortifient l’âme ; grâce à elles, le chrétien (…), sous le choc des puissances du mal, ne doute jamais de la victoire (cf. 1 Jn 5,4).
Saint Paul s’est plu à renfermer dans une très brève formule toute cette doctrine qui lui était chère : « Le juste vit de la foi » (cf. Ga 3,2 ; Rm 1,17 ; He 10,38). Retenons-en la portée éminemment pratique, car, plus notre foi sera ferme, plus notre vie entière sera régénérée, et, par elle, les liens de notre adoption divine se resserreront.
ou
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », §34 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
Le roc de la foi, de l’amour, de la vérité
La lumière de l’amour, propre à la foi, peut illuminer les questions de notre temps sur la vérité. La vérité aujourd’hui est souvent réduite à une authenticité subjective de chacun, valable seulement pour la vie individuelle. Une vérité commune nous fait peur, parce que nous l’identifions avec l’imposition intransigeante des totalitarismes. Mais si la vérité est la vérité de l’amour, si c’est la vérité qui s’entrouvre dans la rencontre personnelle avec l’Autre et avec les autres, elle reste alors libérée de la fermeture dans l’individu et peut faire partie du bien commun. Étant la vérité d’un amour, ce n’est pas une vérité qui s’impose avec violence, ce n’est pas une vérité qui écrase l’individu. Naissant de l’amour, elle peut arriver au cœur, au centre de chaque personne. Il résulte alors clairement que la foi n’est pas intransigeante, mais elle grandit dans une cohabitation qui respecte l’autre. Le croyant n’est pas arrogant ; au contraire, la vérité le rend humble, sachant que ce n’est pas lui qui la possède, mais c’est elle qui l’embrasse et le possède. Loin de le raidir, la sécurité de la foi le met en route, et rend possible le témoignage et le dialogue avec tous.
D’autre part, la lumière de la foi, dans la mesure où elle est unie à la vérité de l’amour, n’est pas étrangère au monde matériel, car l’amour se vit toujours corps et âme ; la lumière de la foi est une lumière incarnée, qui procède de la vie lumineuse de Jésus. Elle éclaire aussi la matière, se fie à son ordre, reconnaît qu’en elle s’ouvre un chemin d’harmonie et de compréhension toujours plus large. Le regard de la science tire ainsi profit de la foi : cela invite le chercheur à rester ouvert à la réalité, dans toute sa richesse inépuisable. La foi réveille le sens critique dans la mesure où elle empêche la recherche de se complaire dans ses formules et l’aide à comprendre que la nature est toujours plus grande. En invitant à l’émerveillement devant le mystère du créé, la foi élargit les horizons de la raison pour mieux éclairer le monde qui s’ouvre à la recherche scientifique.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « Watching », PPS vol. 4, n°22
« Pour entrer dans le Royaume des cieux..., il faut faire la volonté de mon Père »
Année après année, le temps s'écoule silencieusement ; la venue du Christ se rapproche à chaque instant. Si seulement, comme il se rapproche de la terre, nous pouvions nous rapprocher du ciel ! Ô mes frères, priez-le pour qu'il vous donne le courage de le chercher en toute sincérité. Priez-le pour qu'il vous rende ardents... Priez-le pour qu'il vous donne ce que l'Écriture appelle « un cœur bon et honnête » ou « un cœur parfait » (Lc 8,15 ; Ps 100,2), et sans attendre, commencez maintenant à lui obéir de votre cœur le meilleur. L'obéissance la plus petite vaut mieux que pas d'obéissance du tout...
Vous devez chercher sa face (Ps 27,8) ; l'obéissance est la seule façon de le chercher. Tous vos devoirs d'état sont obéissance... Faire ce qu'il demande, c'est lui obéir, et lui obéir, c'est s'approcher de lui. Tout acte d'obéissance nous rapproche de lui qui n'est pas loin, malgré les apparences, mais très près derrière ce cadre matériel. La terre et le ciel ne sont qu'un voile entre lui et nous ; le jour viendra où il déchirera ce voile et se montrera à nous. Et alors, selon la façon dont nous l'avons attendu, il nous donnera la récompense. Si nous l'avons oublié, il ne nous reconnaîtra pas ; mais « heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller » (Lc 12,37)... Que tel soit la part de chacun d'entre nous ! Il est difficile d'y parvenir, mais il est affligeant d'échouer. La vie est brève, la mort est sûre, et le monde à venir est éternel.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les psaumes, Ps. 95, § 4
Bâtir une maison
[Le psalmiste dit :] « Le Seigneur est grand et très digne de louange » (95, 4). Qui est ce Seigneur si ce n'est Jésus Christ, grand et digne de louange ? Vous savez, bien sûr, qu'il est apparu comme homme ; vous savez qu'il a été conçu dans le sein d'une femme, qu'il est né de ce sein, qu'il a été allaité, porté dans les bras, circoncis, qu'une offrande a été faite pour lui (Lc 2, 24), et qu'il a grandi. Vous savez aussi qu'il a été giflé, couvert de crachats, couronné d'épines, et crucifié, et qu'il est mort, percé par la lance. Vous savez qu'il a souffert tout cela : oui, « il est grand et digne de louange ». Gardez-vous de mépriser sa petitesse ; comprenez sa grandeur. Il s'est fait petit parce que vous étiez petits : comprenez combien il est grand, et vous serez grands avec lui. C'est ainsi qu'on bâtit une maison, ainsi qu'on élève de grands murs dans une demeure. Les pierres que l'on apporte pour construire cet édifice s'accroissent : accroissez vous-mêmes, comprenez combien le Christ est grand, combien celui qui paraît petit est grand, très grand...
Que peut dire la pauvre langue humaine pour louer celui qui est grand ? En disant « très » grand, elle s'efforce d'exprimer ce qu'elle sent et croit..., mais c'est comme si elle disait : « Ce que je ne peux pas exprimer, essaie de le saisir par la pensée ; et pourtant sache que ce que tu auras saisi n'est que peu de chose ». Ce qui dépasse toute pensée, comment une langue quelconque pourrait-elle le traduire ? « Grand est le Seigneur et très digne de louange ! » Qu'il soit donc loué, qu'il soit prêché, que sa gloire soit annoncée, et que sa demeure soit élevée.
ou
Origène (vers 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur St Luc, n°26, 4-5 (trad. SC 87, p. 341 rev. Delhougne)
Fondé sur le roc, le Christ
Quand vous affrontez courageusement les tentations, ce n'est pas la tentation qui vous rend fidèles et constants ; elle révèle seulement les vertus de constance et de courage qui étaient déjà en vous, mais de façon cachée. « Penses-tu, dit le Seigneur, que j'avais un autre but, en parlant ainsi, que de faire apparaître ta justice ? » (Jb 40, 3 LXX) Et il dit ailleurs : « Je t'ai affligé et je t'ai fait sentir la faim pour manifester ce que tu avais dans le cœur » (Dt 8, 3-5).
De la même manière, la tempête ne rend pas solide l'édifice bâti sur le sable. Si tu veux bâtir, que ce soit sur la pierre. Alors, quand la tempête se lèvera, elle ne renversera pas ce qui est fondé sur la pierre ; mais pour ce qui vacille sur le sable, elle montre aussitôt que ses fondations ne valent rien. C’est pourquoi, avant que s'élève la tempête, que se déchaînent les rafales de vent, que débordent les torrents, tandis que tout demeure encore en silence, tournons toute notre attention sur le fondement de l'édifice, construisons notre demeure avec les pierres variées et solides des commandements de Dieu. Et quand la persécution se déchaînera et qu'une tourmente cruelle s'élèvera contre les chrétiens, nous pourrons montrer que notre édifice est fondé sur la pierre, le Christ Jésus (1Co 3, 11).
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 93 - Copyright © Libreria Editrice Vaticana
« Faire la volonté de mon Père »
Se souvenant de la parole du Seigneur : « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples : si vous vous aimez les uns les autres » (Jn 13,35), les chrétiens ne peuvent pas former de souhait plus vif que celui de rendre service aux hommes de leur temps, avec une générosité toujours plus grande et plus efficace. Aussi, dociles à l'Évangile et bénéficiant de sa force, unis à tous ceux qui aiment et pratiquent la justice, ils ont à accomplir sur cette terre une tâche immense, dont ils devront rendre compte à celui qui jugera tous les hommes au dernier jour. Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté du Père et qui, courageusement, agissent. Car la volonté du Père est qu'en tout homme nous reconnaissions le Christ notre frère et que nous aimions chacun pour de bon, en action et en parole, rendant ainsi témoignage à la Vérité. Elle est aussi que nous partagions avec les autres le mystère d'amour du Père céleste. C'est de cette manière que les hommes répandus sur toute la terre seront provoqués à une ferme espérance, don de l'Esprit, afin d'être finalement admis dans la paix et le bonheur suprêmes, dans la patrie qui resplendit de la gloire du Seigneur.
« À celui qui, par la puissance qui agit en nous, est capable de tout faire, bien au-delà de ce que nous demandons et concevons, à lui la gloire dans l'Église et dans le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles. Amen. » (Ep 3,20-21)
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Avis et Maximes (n° 307-319 in trad. Œuvres spirituelles, Seuil 1947, p. 1226)
Écouter pour mettre en pratique
Le Père céleste a dit une seule parole : c'est son Fils. Il l'a dit éternellement et dans un éternel silence. C'est dans le silence de l'âme qu'elle se fait entendre.
Parlez peu, et ne vous mêlez pas des choses sur lesquelles vous n'êtes pas interrogé.
Ne vous plaignez de personne ; ne faites jamais de questions ou, s'il le faut absolument, que ce soit en peu de mots.
Veillez à ne contredire personne, et ne vous permettez jamais une parole qui ne soit pas pure.
Quand vous parlez, que ce soit de façon à n'offenser personne, et ne dites que des choses que vous puissiez sans crainte dire devant tout le monde.
Ayez toujours la paix intérieure ainsi qu'une attention amoureuse pour Dieu, et quand il faudra parler, que ce soit avec le même calme et la même paix.
Gardez pour vous ce que Dieu vous dit, et souvenez-vous de cette parole de l'Écriture : « Mon secret est à moi » (Is 24,16)...
Pour avancer dans la vertu, il est important de se taire et d'agir, car en parlant on se distrait, tandis qu'en gardant le silence et en travaillant, on se recueille.
Dès que l'on a appris de quelqu'un ce qu'il faut pour l'avancement spirituel, il ne faut pas lui demander d'en dire davantage ni continuer à parler, mais se mettre à l'œuvre sérieusement et en silence, avec zèle et humilité, avec charité et mépris de soi.
Avant toutes choses, il est nécessaire et convenable de servir Dieu dans le silence des tendances désordonnées, comme de la langue, afin de n'entendre que des paroles d'amour.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Das Weihnachtsgeheimnis, 31/1/1931 (trad. La crèche, Ad Solem 1995, p.42)
« Il ne suffit pas de me dire : ' Seigneur, Seigneur '... mais il faut faire la volonté de mon Père »
« Que ta volonté soit faite. » Pris dans toute sa plénitude, cet acte d'abandon doit être la règle de la vie chrétienne. Il doit régir la journée, du matin au soir, le cours de l'année, la vie entière. Tel doit être l'unique souci du chrétien ; tous les autres sont pris en charge par le Seigneur, mais celui-là reste le nôtre jusqu'à notre dernier jour. C'est un fait objectif ; nous ne sommes pas définitivement assurés de toujours rester dans les voies du Seigneur...
Dans l'enfance de la vie spirituelle, quand nous avons juste commencé à nous laisser conduire par Dieu, nous sentons, forte et ferme, sa main qui nous guide ; nous voyons de façon évidente ce que nous devons faire et ce que nous devons laisser. Mais il n'en ira pas toujours de même. Celui qui appartient au Christ doit vivre toute la vie du Christ. Il doit mûrir jusqu'à atteindre l'âge adulte du Christ, et un jour entamer son chemin de croix... Ainsi uni au Christ, le chrétien tiendra bon, même dans la nuit obscure... C'est pourquoi, encore, et précisément au cœur de la nuit la plus obscure, « que ta volonté soit faite ».
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
A Simple Path (trad. Un chemin tout simple, Plon Mame 1995, p.43)
« Écoute ce que je vous dis là »
Il faut avant tout consacrer du temps au silence et à la contemplation, surtout si nous vivons dans de grandes villes où tout n'est qu'agitation. Voilà pourquoi j'ai décidé d'ouvrir notre première maison de sœurs contemplatives, dont la vocation est de prier pendant la plus grande partie de la journée, à New York plutôt que sur l'Himalaya, car je sentais que ce sont les grandes villes qui avaient le plus besoin de silence et de contemplation.
Je commence toujours à prier par le silence : c'est dans le silence du cœur que Dieu parle. Dieu est l'ami du silence et nous devons l'écouter, parce que ce ne sont pas nos paroles qui comptent, mais ce que lui nous dit, et ce qu'il dit à travers nous. Ce que le sang est au corps, la prière l'est à l'âme ; elle la rapproche de Dieu et purifie notre cœur. Alors, le cœur purifié, nous pouvons voir Dieu, lui parler et découvrir son amour en la personne de chacun de nos frères humains. Si votre cœur est pur, vous êtes transparent en face de Dieu, vous ne lui dissimulez rien, et alors seulement vous lui offrez librement ce qu'il attend de vous.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « Watching », PPS vol. 4, n°22
« Pour entrer dans le Royaume des cieux..., il faut faire la volonté de mon Père »
Année après année, le temps s'écoule silencieusement ; la venue du Christ se rapproche à chaque instant. Si seulement, comme il se rapproche de la terre, nous pouvions nous rapprocher du ciel ! Ô mes frères, priez-le pour qu'il vous donne le courage de le chercher en toute sincérité. Priez-le pour qu'il vous rende ardents... Priez-le pour qu'il vous donne ce que l'Écriture appelle « un cœur bon et honnête » ou « un cœur parfait » (Lc 8,15 ; Ps 100,2), et sans attendre, commencez maintenant à lui obéir de votre cœur le meilleur. L'obéissance la plus petite vaut mieux que pas d'obéissance du tout...
Vous devez chercher sa face (Ps 27,8) ; l'obéissance est la seule façon de le chercher. Tous vos devoirs d'état sont obéissance... Faire ce qu'il demande, c'est lui obéir, et lui obéir, c'est s'approcher de lui. Tout acte d'obéissance nous rapproche de lui qui n'est pas loin, malgré les apparences, mais très près derrière ce cadre matériel. La terre et le ciel ne sont qu'un voile entre lui et nous ; le jour viendra où il déchirera ce voile et se montrera à nous. Et alors, selon la façon dont nous l'avons attendu, il nous donnera la récompense. Si nous l'avons oublié, il ne nous reconnaîtra pas ; mais « heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller » (Lc 12,37)... Que telle soit la part de chacun d'entre nous ! Il est difficile d'y parvenir, mais il est affligeant d'échouer. La vie est brève, la mort est sûre, et le monde à venir est éternel.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Le Chemin de la perfection, ch. 32, 5-9 (trad. OC, Seuil, 1949, p. 748s rev.)
« Il ne suffit pas de me dire ' Seigneur, Seigneur '... ; il faut faire la volonté de mon Père »
Il semble très facile de dire qu'on livre sa volonté au pouvoir d'un autre. Mais quand on en vient à l'épreuve, on comprend qu'il n'y a rien de si difficile que de s'y conformer comme il faut... Le Seigneur sait ce que chacun peut supporter ; et quand il rencontre une âme forte, il ne s'arrête pas jusqu'à ce qu'il ait accompli en elle sa volonté.
Je veux vous exposer ou vous rappeler ce qu'est sa volonté. Ne craignez pas qu'il veuille vous donner des richesses, des plaisirs, des honneurs, ni tous les autres biens de la terre. Il vous aime trop pour cela, et il estime trop le présent que vous lui offrez : voilà pourquoi il veut vous récompenser dignement et vous donne son Royaume, même dès cette vie.
Voulez-vous savoir comment il se comporte envers ceux qui lui font sincèrement cette demande : « Que ta volonté soit faite » ?... Voyez ce que le Père a donné à son Fils qu'il aimait au-dessus de tout, par là vous connaîtrez quelle est sa volonté. Oui, tels sont les dons qu'il nous fait en ce monde. Il les mesure à son amour pour nous. Il en donne plus à ceux qu'il aime plus, et moins à ceux qu'il aime moins. Il se règle aussi d'après le courage qu'il découvre en chacun de nous et l'amour que nous avons pour lui. Il voit qu'on est capable de souffrir beaucoup pour lui quand on l'aime beaucoup, mais de souffrir peu quand on l'aime peu. Je suis persuadée que la mesure de notre force de supporter une grande croix ou une petite, c'est la mesure de notre l'amour. Voilà pourquoi, si cet amour est en vous, vous veillerez, en parlant à un si grand Seigneur, à ce que vos paroles ne soient pas de purs compliments... Si nous n'abandonnons pas complètement notre volonté au Seigneur, pour qu'il prenne lui-même soin de tous nos intérêts, il ne nous laissera jamais boire à sa fontaine d'eau vive.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur saint Jean, n° 7 (trad. Véricel, L'Évangile commenté, p. 79 rev.)
Construire sur le roc
Est-ce une chose étonnante que le Seigneur ait changé le nom de Simon, le remplaçant par Pierre ? (Jn 1,42) « Pierre » veut dire « roc » ; le nom de Pierre est donc le symbole de l'Église. Qui est en sûreté, sinon celui qui construit sur le roc ? Et que dit le Seigneur lui-même ? « Tout homme qui écoute les paroles que je dis et les met en pratique est comparable à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison et elle n'a pas croulé : c'est qu'elle avait été fondée sur le roc... »
Que sert d'entrer dans l'Église à celui qui veut bâtir sur le sable ? Il écoute la parole de Dieu mais ne la met pas en pratique ; il bâtit, mais sur le sable. S'il n'écoutait pas, il ne bâtirait pas ; il écoute, donc il bâtit. Mais sur quel fondement ? S'il écoute la parole de Dieu et la met en pratique, c'est sur le roc ; s'il écoute et ne met pas en pratique, c'est sur le sable. On peut construire donc de deux manières bien différentes... Si tu te contentes d'écouter sans mettre en pratique, tu construis une ruine... Si au contraire tu n'écoutes pas, tu restes sans abri, et tu seras entraîné par le torrent des tribulations...
Soyez-en donc bien certains, mes frères : celui qui écoute la parole sans agir en conséquence ne bâtit pas sur le roc ; il n'a aucun rapport avec ce grand nom de Pierre auquel le Seigneur a donné tant d'importance.


AVENT I - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)
moine et théologien
Centurie sur la théologie V, n°34-35, 42, 45 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès, rev.)
Chacun est l’intendant de sa propre grâce
Chacun de nous possède l’énergie manifeste de l’Esprit en proportion de la foi qui est en lui (cf. Rm 12,6). Ainsi chacun est l’intendant de sa propre grâce. Et jamais celui qui est bien disposé ne pourrait envier autre chose en celui qui est honoré par les grâces, dès lors que repose sur lui la disposition à recevoir les biens de Dieu. Ce qui fait que les biens de Dieu demeurent en nous, c’est la mesure de la foi de chacun. Car c’est dans la mesure où nous croyons, que nous est donnée la ferveur d’agir. Donc, celui qui agit révèle la mesure de sa foi en proportion de son action : il reçoit la mesure de la grâce selon ce qu’il a cru. (...)
Par les élévations partielles des vertus, nous faisons converger vers leur cause les charismes qui nous ont été partagés, avec l’aide de Dieu, afin que, nous laissant aller peu à peu à la négligence, nous ne rendions pas aveugle et sans yeux notre foi, privée des lumières que donnent les œuvres de l’Esprit, et que nous ne soyons pas châtiés justement dans les siècles infinis pour avoir aveuglé en nous-mêmes les yeux divins de la foi, autant qu’il était en notre pouvoir. (…)
Celui qui n’accomplit pas les ordres divins de la foi, a la foi aveugle. Car si les ordres de Dieu sont lumières (cf. Is 26,9 LXX), cela veut dire que celui qui n’accomplit pas les ordres de Dieu est sans lumière divine. Il laisse sans réponse l’appel divin. Il ne lui répond pas vraiment.
ou
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », §1, 4 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Leurs yeux s’ouvrirent »
La lumière de la foi (lumen fidei) : Par cette expression, la tradition de l’Église a désigné le grand don apporté par Jésus, qui, dans l’Évangile de Jean, se présente ainsi : « Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres » (Jn 12,46). Saint Paul aussi s’exprime en ces termes : « Le Dieu qui a dit : ‘ Que des ténèbres resplendisse la lumière ’, est celui qui a resplendi dans nos cœurs » (2Co 4,6)…
La lumière de la foi possède un caractère singulier, étant capable d’éclairer toute l’existence de l’homme. Pour qu’une lumière soit aussi puissante, elle ne peut pas provenir de nous-mêmes, elle doit venir d’une source plus originaire, elle doit venir, en définitive, de Dieu. La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie. Transformés par cet amour, nous recevons des yeux nouveaux, nous faisons l’expérience qu’en lui se trouve une grande promesse de plénitude et le regard de l’avenir s’ouvre à nous.
La foi que nous recevons de Dieu comme un don surnaturel, apparaît comme une lumière pour la route, qui oriente notre marche dans le temps. D’une part, elle procède du passé, elle est la lumière d’une mémoire de fondation, celle de la vie de Jésus, où s’est manifesté son amour pleinement fiable, capable de vaincre la mort. En même temps, cependant, puisque le Christ est ressuscité et nous attire au-delà de la mort, la foi est lumière qui vient de l’avenir, qui entrouvre devant nous de grands horizons et nous conduit au-delà de notre moi isolé vers l’ampleur de la communion. Nous comprenons alors que la foi n’habite pas dans l’obscurité ; mais qu’elle est une lumière pour nos ténèbres… Je voudrais parler de cette lumière de la foi, afin qu’elle grandisse pour éclairer le présent jusqu’à devenir une étoile qui montre les horizons de notre chemin, en un temps où l’homme a particulièrement besoin de lumière.
ou
Liturgie latine
Hymne du 9ème siècle pour l'Avent (trad. cf Guéranger, Année liturgique 1934, t. 1, p. 135)
« Délivrés de l'ombre et des ténèbres, les yeux des aveugles verront » (Is 29,18)
Que le soleil, les astres, la terre et les mers
Retentissent de l'avènement du Dieu très-haut ;
Que le riche et le pauvre unissent leurs chants
Pour célébrer le Fils du Créateur suprême !
Sa naissance précède l'étoile du matin :
C'est le Sauveur promis jadis à nos pères,
Le fruit glorieux d'une Vierge,
Le Fils du Dieu puissant.
C'est le Roi de gloire
Qui devait venir régner sur les rois,
Fouler sous ses pieds l'ennemi cruel,
Et guérir le monde malade.
Que les anges aussi s'en réjouissent ;
Que tous les peuples tressaillent de joie :
Le Très-Haut vient dans l'humilité
Pour sauver ce qui périssait...
Que les prophètes élèvent leurs voix et prophétisent :
L'Emmanuel est déjà près de nous !
Que la langue des muets se délie,
Et vous, boiteux, courez à sa rencontre (cf Is 7,14 ; 35,6)...
Toutes les nations et les îles,
Acclamez ce grand triomphe,
Courez comme accourent des cerfs :
Voici le Rédempteur qui vient.
Que les yeux des aveugles,
Jusqu'ici fermés à la lumière,
Apprennent maintenant à percer les ténèbres de la nuit,
Et s'ouvrir à la lumière véritable...
Louange, honneur, puissance et gloire
À Dieu le Père, et à son Fils
Dans l'unité du Saint Esprit
Pour les siècles éternels !
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 18 ; PL 38, 128 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p.164 rev)
« Leurs yeux s'ouvrirent »
« Notre Dieu viendra manifestement, et il ne se taira pas » (Ps 49,3 Vulg). En effet, le Seigneur Christ, notre Dieu, le Fils de Dieu, est venu de façon cachée dans son premier avènement ; il viendra de façon manifeste dans son second. Quand il est venu caché, il n'a été connu que de ses serviteurs ; quand il viendra manifestement, il sera connu des bons et des mauvais. Quand il est venu caché, c'était pour être jugé ; quand il viendra manifestement, ce sera pour être le juge. Autrefois, il était jugé, il s'est tu, et le prophète avait prédit ce silence : « Comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche » (Is 53,7), mais « notre Dieu viendra manifestement, et il ne se taira pas »...
Maintenant ce qu'on appelle bonheur de ce monde, les méchants le possèdent aussi ; et ce qu'on appelle le malheur de ce monde les bons le possèdent aussi. Si des hommes ne croient qu'aux réalités présentes et ne croient pas aux réalités futures, c'est parce qu'ils observent que les biens et les maux de ce monde présent appartiennent indistinctement aux bons et aux mauvais. S'ils ambitionnent les richesses, ils voient qu'elles appartiennent aux pires des hommes aussi bien qu'aux bons. S'ils ont horreur de la pauvreté et des misères de cette vie, ils voient qu'elles font souffrir non seulement les mauvais, mais aussi les bons, et ils disent dans leur cœur : « Dieu ne voit pas » (Ps 93,7), il ne dirige pas les affaires humaines. Il nous laisse totalement rouler au hasard dans l'abîme profond de ce monde, et il ne nous montre en rien sa providence. Et s'ils méprisent les préceptes de Dieu, c'est parce qu'ils ne voient pas son jugement se manifester...
Dieu réserve beaucoup de choses pour le jugement à venir, mais quelques-unes sont jugées maintenant, afin que ceux dont il fait attendre le jugement soient saisis de crainte et se convertissent. Car Dieu n'aime pas condamner mais sauver, et c'est pourquoi il est patient envers les mauvais, pour qu'ils deviennent bons.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
Hymne 53 (trad. SC 196, p. 221s rev.)
L'aveuglement des hommes
[Le Christ parle :]
Quand j'ai créé Adam, je lui ai donné de me voir
et par là d'être établi dans la dignité des anges...
Il voyait tout ce que j'avais créé avec ses yeux corporels
mais avec ceux de l'intelligence,
il voyait mon visage à moi, son Créateur.
Il contemplait ma gloire
et s'entretenait avec moi à toute heure.
Mais quand, transgressant mon commandement,
il a goûté à l'arbre,
il est devenu aveugle
et est tombé dans l'obscurité de la mort...
Mais je l'ai pris en pitié et suis venu d'en haut.
Moi, l'absolument invisible,
j'ai partagé l'opacité de la chair.
Recevant de la chair un commencement, devenu homme,
j'ai été vu de tous.
Pourquoi donc ai-je bien pu accepter de faire cela ?
Parce que c'est là la vraie raison
pour laquelle j'avais créé Adam : pour me voir.
Lorsqu'il a été aveuglé
et, à sa suite, tous ses descendants à la fois,
je ne supportais pas d'être, moi,
dans la gloire divine et d'abandonner...
ceux que j'avais créés de mes mains ;
mais je suis devenu semblable en tout aux hommes,
corporel avec les corporels,
et je me suis uni à eux volontairement.
Tu vois quel et mon désir d'être vu par les hommes...
Comment donc peux-tu dire que je me cache de toi,
que je ne me laisse pas voir ?
En vérité je brille, mais toi, tu ne me regardes pas.
ou
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Proslogion, 1, (trad. Orval)
« De toi mon cœur a dit : ' Cherche sa face...' Ne me cache point ta face » (Ps 26, 8)
Parle, mon cœur, ouvre-toi tout entier et dis à Dieu : « Je cherche ton visage ; c'est ton visage, Seigneur, que je cherche » (Ps 26, 8). Et toi, Seigneur mon Dieu, enseigne à mon cœur où et comment te chercher, où et comment te trouver. Seigneur, si tu n'es pas ici, si tu es absent, où donc te chercherai-je ? Et si tu es partout présent, pourquoi ne puis-je pas te voir ? Certes, tu habites une lumière inaccessible. Mais où est la lumière inaccessible, et comment parviendrai-je à cette inaccessible lumière ? Qui m'y conduira et me plongera en elle pour que je t'y voie ? Et puis, selon quels signes et de quel côté te chercherai-je ? Jamais je ne t'ai vu, Seigneur mon Dieu, je ne connais pas ton visage. Que peut faire, très-haut Seigneur, que peut faire cet exilé loin de toi ? Que peut faire ton serviteur anxieux de ton amour et rejeté loin de ta face ? Il aspire à te voir, et ta face se dérobe entièrement à lui. Il désire te rejoindre, et ta demeure est inaccessible. Il voudrait te trouver, et il ne sait où tu es. Il entreprend de te chercher, et il ignore ton visage.
Seigneur, tu es mon Dieu, tu es mon Maître, et je ne t'ai jamais vu. Tu m'as créé et recréé, tu m'as pourvu de tous mes biens, et je ne te connais pas encore. Tu m'as fait afin que je te voie, et je n'ai pas encore réalisé ma destinée. Misérable sort de l'homme qui a perdu ce pour quoi il a été créé... Je te chercherai par mon désir et te désirerai en ma recherche. Je te trouverai en t'aimant et t'aimerai quand je te trouverai.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
Hymne 37 (trad. SC 174, p. 459 rev.)
« Alors leurs yeux s'ouvrirent »
Maître, ô Christ, Maître qui sauves les âmes,
Dieu, Maître de toutes les Puissances visibles et invisibles,
parce que Créateur de tout ce qui est dans le ciel,
et de ce qui existe au-dessus du ciel,
de ce qui est sous la terre,
mais aussi de ce qui est sur la terre...
Tu tiens tout dans ta main,
car c'est ta main, ô Maître, cette grande puissance
qui accomplit la volonté de ton Père,
qui forge, réalise, crée
et dirige nos vies de manière inexprimable.

C'est elle donc qui m'a créé moi aussi
et du néant m'a fait venir à l'être.
Et moi, j'étais né dans ce monde
et je t'ignorais totalement, toi le bon Maître,
toi mon créateur, toi qui m'as façonné,
et j'étais dans le monde comme un aveugle
et comme sans Dieu, car j'ignorais mon Dieu.

Alors en personne tu as eu pitié, tu m'as regardé,
tu m'as converti, ayant fait briller ta lumière dans mon obscurité,
et tu m'as attiré vers toi, ô Créateur.
Et après m'avoir arraché du fond de la fosse...
des désirs et des plaisirs de cette vie,
tu m'as montré le chemin, tu m'as donné un guide
pour me conduire vers tes commandements.
Je le suivais, je le suivais, sans souci...
Mais aussi, quand je te voyais, toi, le Bon Maître
là avec mon guide et avec mon Père,
j'éprouvais un amour, un désir indicibles.
J'étais au-delà de la foi, au-delà de l'espérance
et je disais : « Voici que je vois les biens à venir (cf He 10,1),
il est là, le Royaume des cieux.
Je vois sous mes yeux ' ces biens que l'œil n'a pas vus
et dont l'oreille n'a pas entendu parler ' » (Is 64,3 ; 1Co 2,9).
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
« Alors il leur toucha les yeux »
Recherchons celui qui seul peut nous rendre la liberté ; poursuivons-le sans cesse de notre désir, lui dont la beauté blesse les cœurs, lui qui les attire vers l'amour et les unit à lui pour toujours. Oui, par nos actions courons tous vers lui. Ne nous laissons devancer par personne, ni nous tromper et nous distraire de notre recherche par qui que ce soit.
Surtout...ne disons pas que Dieu ne manifeste jamais sa présence aux hommes. Ne disons pas qu'il est impossible aux hommes de voir un jour la lumière de Dieu -- et même de la voir aujourd'hui. Jamais, grâce à Dieu, cela n'a été impossible, à condition de le désirer. Réalisons quelle est la beauté de notre Maître ! Ne lui fermons pas les yeux de notre cœur en nous laissant absorber par les réalités de ce monde. Oui, que le souci des affaires de la terre ne nous rende pas esclaves de la gloire humaine, au point de nous faire abandonner celui qui est la lumière de la vie éternelle.
Allons donc tous ensemble vers lui, d'un même cœur, d'un même esprit, de toute notre âme. Humblement, lançons notre cri vers lui, notre bon Maître, notre Seigneur miséricordieux, vers lui qui est le « seul ami des hommes » (Sg 1,6). Recherchons-le, car il va se révéler à nous, il va paraître, il va se manifester, lui notre espérance.
ou
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Proslogion, 1 (trad. Schmitt/Orval rev.)
« De toi mon cœur a dit : ' Cherche son visage ' ; c'est ton visage, Seigneur, que je cherche » (Ps 26,8)
« Toi, Seigneur, jusques à quand ? » (Ps 6,4) Jusques à quand, Seigneur, nous oublieras-tu ? Combien de temps nous cacheras-tu ton visage ? (Ps 12,2) Quand nous regarderas-tu et nous exauceras-tu ? Quand éclaireras-tu nos yeux et nous montreras-tu ta face ? Quand reviendras-tu à nous ? Regarde-nous, Seigneur, éclaire-nous, montre-toi à nous. Rends-nous le bien de ta présence, nous qui, sans toi, allons si mal. Aie pitié de nos efforts laborieux vers toi, nous qui ne pouvons rien sans toi. Tu nous invites : aide-nous donc.
Je t'en prie, Seigneur, ne me laisse pas soupirer de désespoir ; fais-moi plutôt respirer l'espérance... Qu'il me soit au moins permis d'entrevoir la lumière, même de loin, même depuis les profondeurs. Apprends-moi à te chercher et montre-toi quand je te cherche ; car je ne peux pas te chercher à moins que tu ne me guides, ni te trouver si tu ne te montres pas. Je te chercherai par mon désir et te désirerai en ma recherche. Je te trouverai en t'aimant et t'aimerai quand je te trouverai.
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
CC Sermon 53, sur le Ps 117  ; PL 57,361 (trad. coll. Icthus, vol. 10, p. 256)
« Le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (Jn 1,9)
Ce jour que fit le Seigneur (Ps 117,24) pénètre tout, contient tout, embrasse à la fois ciel, terre et enfer ! La lumière qu'est le Christ n'est pas arrêtée par des murs, ni brisée par les éléments, ni assombrie par les ténèbres. La lumière du Christ, dis-je, est un jour sans nuit, un jour sans fin ; partout, elle resplendit, partout elle rayonne, partout elle demeure. Le Christ est le jour, dit l'apôtre Paul : « La nuit est avancée, le jour approche » (Rm 13,12). La nuit est avancée, dit-il, elle précède le jour. Entendez là que, dès que paraît la lumière du Christ, les ténèbres du diable se dispersent et la nuit du péché ne la suit pas ; la splendeur éternelle chasse les ombres d'hier, et arrête le progrès sournois du mal.
L'Écriture atteste que le jour du Christ illumine le ciel, la terre, l'enfer. Il brille sur la terre : « Il était, dit Jean, la véritable lumière qui éclaire tout homme venant au monde » (Jn 1,9). Il luit dans les enfers. « Sur le peuple qui habitait le pays de l'ombre de la mort, dit le prophète, la lumière resplendit » (Is 9,1). Et dans les cieux, ce jour demeure, comme le dit David : « Sa postérité demeurera en tous les siècles, son trône subsistera aussi longtemps que le jour du ciel » (Ps 89,37).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
« Que tout se fasse pour vous selon votre foi »
Les foules suivent Jésus, les nations et les peuples croient en lui. Et voici deux aveugles qui sont assis au bord de la route (Mt 20,29s) : c'est l'image des fidèles qui s'attachent à lui en croyant aux mystères de son humanité. Ils désirent l'illumination d'en haut, ils demandent quelques rayons de lumière sur le Verbe éternel. L'humanité du Christ est la voie qui mène au salut. C'est au passage de Jésus, c'est par la foi à l'Incarnation et à la Passion du Fils de Dieu qu'ils s'efforcent d'obtenir ce qu'ils désirent. Jésus, en effet, passe, pour ainsi dire, dans le mystère de sa vie mortelle ; c'est l'œuvre qu'il réalise, qui mesure son passage dans le temps.
Pour se faire entendre de lui, il faut élever la voix avec force, il faut dominer le bruit et le tumulte de la foule, il faut prier avec insistance et persévérance. Ce sont les impulsions de la chair qui en foule désordonnée assiègent l'âme quand elle désire contempler la lumière éternelle, qui s'opposent à ses efforts. C'est l'influence des remous de la société des hommes charnels qui vient gêner la méditation de l'esprit. Il faut une très grande vigueur spirituelle pour surmonter tous ces obstacles.
Jésus a dit : « On donnera à celui qui demande, qui cherche trouve, on ouvrira à celui qui frappe » (Mt 7,8). Ainsi, quand il entend ceux qui, dans l'ardeur de leur désir, parviennent jusqu'à lui, Jésus s'arrête sur la route ; il touche ces aveugles qui demandent la lumière et il les illumine. Mystère admirable !
C'est Jésus qui passe : son apparition dans l'infirmité de la chair est pour un moment. C'est Jésus qui s'arrête : l'éternité du Verbe est stable, et elle renouvelle tout, immuable en elle-même. La foi à l'Incarnation dans le temps nous prépare à l'intelligence du mystère éternel de Dieu.
ou
Hildebrand (13è siècle), moine cistercien
Opuscule sur la contemplation (trad. Solesmes, Lectionnaire monastique, 1993, t.1, p. 99)
« Aie pitié de nous, fils de David »
Jésus béni, mon espoir, mon attente, mon amour, j'ai quelque chose à te dire, quelque chose sur toi, un propos plein de douleur et de misère. Toi qui es le Verbe, unique engendré du Père inengendré, devenu chair pour moi, Parole sortie du cœur du Père, Parole que Dieu a proférée une seule fois (cf. He 9,26), Parole par laquelle « dans les derniers jours » (He 1,2) ton Père céleste m'a parlé, daigne écouter, toi, Parole de Dieu, la parole que des désirs abondants font sortir de mon cœur. Écoute et vois : mon âme est triste et toute troublée quand on me dit chaque jour : « Où est ton Dieu ? » (Ps 41,4). Je n'ai rien à répondre, je crains que tu ne sois pas là, je ne sens pas ta présence.
Mon cœur brûle, je désire voir mon Seigneur. Où sont, en effet, ma patience et ma constance ? C'est toi, Seigneur mon Dieu, et que vais-je faire ? Je te cherche et je ne te trouve pas ; je te désire et je ne te vois pas ; je te poursuis, et je ne te saisis pas. Quelle est ma force, pour que je puisse tenir ? Jusqu'où puis-je endurer ? Quoi de plus triste que mon âme ? Quoi de plus misérable ? Quoi de plus éprouvé ? Crois-tu, mon amour, que ma tristesse se changera en joie lorsque je te verrai ? (Jn 16,20)... « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1S 3,9). Que je puisse écouter ce que tu dis en moi, Seigneur mon Dieu. Dis à mon âme : Je suis ton salut ! (Ps 84,9 ;34,3) Dis davantage, Seigneur, et parle de manière à ce que j'entende : « Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15,31). Ah ! Verbe de Dieu le Père, c'est cela que j'ai voulu entendre.


AVENT I - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église « Lumen gentium », § 48 (in Livre des jours – Office romain des lectures ; Le Cerf – Desclée de Brouwer – Desclée – Mame ; © AELF Paris 1976; 2e mar. Avent, p. 30-31)
« Sur votre route proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
Dans le Christ nous sommes tous appelés à faire partie de l'Église ; c'est en elle que nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu. Mais elle n'atteindra son achèvement que dans la gloire du ciel, lorsque viendra « le temps du rétablissement de toutes choses » (Ac 3,21), lorsque, avec le genre humain, le monde entier lui aussi, qui est intimement uni à l'homme et qui atteint par l'homme le but qui est le sien, sera parfaitement rassemblé dans le Christ. (…)
Ce rétablissement, qui nous a été promis et que nous attendons, a déjà commencé dans le Christ ; il s'est poursuivi par l'envoi du Saint-Esprit et par celui-ci il continue dans l'Église. C'est en elle que la foi nous enseigne le sens de notre vie dans ce monde-ci, du moment que, dans l'espérance des biens futurs, nous conduisons vers sa fin la tâche que le Père nous a chargés d'accomplir dans le monde, et que nous travaillons ainsi à notre salut (Ph 2,12).
Déjà donc les derniers temps sont arrivés pour nous (1Co 10,11). Le renouvellement du monde est irrévocablement établi et se trouve anticipé en ce monde d'une manière déjà réelle. En effet, déjà sur terre, l'Église rayonne d'une sainteté véritable, quoique inachevée. Mais en attendant que se réalisent « les cieux nouveaux et la terre nouvelle où la justice habite » (2P 3,13), l'Église en pèlerinage porte l'aspect de ce monde qui passe, dans ses sacrements et ses institutions qui appartiennent à notre époque. Elle-même vit au milieu des créatures qui jusqu'à présent « gémissent dans les douleurs de l'enfantement » et qui « attendent la manifestation des enfants de Dieu » (Rm 8,19s).
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église « Lumen gentium », § 48 (trad. bréviaire 2e mar. Avent)
« Sur votre route proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
Dans le Christ nous sommes tous appelés à faire partie de l’Église ; c’est en elle que nous acquérons la sainteté par la grâce de Dieu. Mais elle n’atteindra son achèvement que dans la gloire du ciel, lorsque viendra « le temps du rétablissement de toutes choses » (Ac 3,21), lorsque, avec le genre humain, le monde entier lui aussi, qui est intimement uni à l’homme et qui atteint par l’homme le but qui est le sien, sera parfaitement rassemblé dans le Christ…
Ce rétablissement, qui nous a été promis et que nous attendons, a déjà commencé dans le Christ ; il s’est poursuivi par l’envoi du Saint Esprit et par celui-ci il continue dans l’Église. C’est en elle que la foi nous enseigne le sens de notre vie dans ce monde-ci, du moment que, dans l’espérance des biens futurs, nous conduisons vers sa fin la tâche que le Père nous a chargés d’accomplir dans le monde, et que nous travaillons ainsi à notre salut (Ph 2,12).
Déjà donc les derniers temps sont arrivés pour nous (1Co 10,11). Le renouvellement du monde est irrévocablement établi et se trouve anticipé en ce monde d’une manière déjà réelle. En effet, déjà sur terre, l’Église rayonne d’une sainteté véritable, quoique inachevée. Mais en attendant que se réalisent « les cieux nouveaux et la terre nouvelle où la justice habite » (2P 3,13), l’Église en pèlerinage porte l’aspect de ce monde qui passe, dans ses sacrements et ses institutions qui appartiennent à notre époque. Elle-même vit au milieu des créatures qui jusqu’à présent « gémissent dans les douleurs de l’enfantement » et qui « attendent la manifestation des enfants de Dieu » (Rm 8,19s).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
7ème Sermon pour l'Avent
« Voyant les foules, il eut pitié d'elles, parce qu'elles étaient fatiguées et abattues »
Dès aujourd'hui nous célébrons de tout cœur l'avènement du Seigneur Jésus Christ, et nous ne faisons que notre devoir, car il est venu, non seulement à nous, mais pour nous. Lui, le Seigneur, n'a aucun besoin de nos biens ; la grandeur de la grâce qu'il nous a faite montre bien quelle était notre indigence. On juge la gravité d'une maladie par ce qu'il en coûte pour la guérir...
La venue d'un Sauveur nous était donc nécessaire ; l'état où se trouvaient les hommes rendait sa présence indispensable. Que le Sauveur vienne donc vite ! Qu'il vienne habiter au milieu de nous par la foi, dans toute la richesse de sa grâce. Qu'il vienne nous arracher à notre aveuglement, qu'il nous libère de nos infirmités, qu'il prenne en charge notre faiblesse ! S'il est en nous, qui pourra nous égarer ? S'il est avec nous, que ne pouvons-nous pas faire en celui qui est notre force ? (Ph 4,13) « S'il est pour nous, qui donc sera contre nous ? » (Rm 8,31) Jésus Christ est un conseiller absolument sûr, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper ; il est une aide puissante dont la force ne peut jamais s'épuiser... Il est la sagesse même de Dieu, la force même de Dieu (1Co 1,24)... Recourons donc tous à un tel Maître : dans toutes nos entreprises, invoquons cette aide ; au cœur de nos combats, confions-nous à un défenseur si assuré. S'il est déjà venu dans le monde, c'est pour habiter au milieu de nous, avec nous et pour nous.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
La prière du Seigneur, 94 (trad. bréviaire)
« Le Royaume des cieux est tout proche »
« Que ton règne vienne » (Mt 6, 10). Nous demandons que le règne de Dieu se réalise pour nous, dans le sens où nous implorons que son nom soit sanctifié en nous. En effet, quand est-ce que Dieu ne règne pas ? Et quand a commencé ce qui en lui a toujours existé et ne cessera jamais ? Nous demandons donc que vienne notre règne, celui que Dieu nous a promis, celui que le Christ nous a obtenu par sa Passion et son sang. Ainsi, après avoir été des esclaves en ce monde, nous serons des rois, lorsque le Christ sera souverain, comme lui-même nous le promet lorsqu'il dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde » (Mt 25, 34).
Mais il est possible, frères bien-aimés, que le Christ en personne soit ce règne de Dieu, dont nous désirons chaque jour la venue, dont nous souhaitons que l'avènement se présente bientôt à nous. Car, de même qu'il « est la résurrection » (Jn 11, 25), puisque nous ressuscitons en lui, on peut comprendre de même qu'il est le règne de Dieu, puisque c'est en lui que nous régnerons.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
1er sermon pour l'Avent
« Guérissant toute maladie et toute infirmité »
Frères, vous connaissez celui qui vient ; considérez maintenant d'où il vient et où il va. Il vient du cœur de Dieu le Père dans le sein d'une Vierge Mère. Il vient des hauteurs du ciel dans les régions inférieures de la terre. Quoi donc ? Ne nous faut-il pas vivre sur cette terre ? Oui, s'il y demeure lui-même ; car où serons-nous bien sans lui ? « Qu'y a-t-il pour moi au ciel, qu'ai-je voulu sur la terre, sinon toi, le Dieu de mon cœur, mon partage à jamais ? » (Ps 72,25-26)...
Mais il fallait qu'un grand intérêt soit en cause pour qu'une majesté si haute daigne descendre de si loin en un séjour si indigne d'elle. Oui, il y avait là un grand intérêt en jeu, puisque là, la miséricorde, la bonté, la charité se sont manifestées dans une large et abondante mesure. Pourquoi en effet Jésus Christ est-il venu ?... Ses paroles et ses œuvres nous le montrent clairement : il est venu en toute hâte des montagnes pour chercher la centième brebis, celle qui était perdue, pour faire éclater sa miséricorde à l'égard des enfants des hommes.
Il est venu pour nous. Admirable condescendance du Dieu qui cherche ! Admirable dignité de l'homme ainsi cherché ! L'homme peut s'en glorifier sans folie : non que de lui-même il soit quelque chose, mais celui qui l'a fait l'a estimé à un si haut prix ! En comparaison de cette gloire, les richesses et la gloire du monde et tout ce que l'on peut y ambitionner ne sont rien. Qu'est-ce que l'homme, Seigneur, pour que tu l'élèves ainsi et que tu y attaches ton cœur ?
C'était à nous à aller vers Jésus Christ... Or un double obstacle nous arrêtait : nos yeux étaient bien malades, et Dieu habite la lumière inaccessible (1Tm 6,16). Paralytiques gisant sur notre grabat, nous étions incapables d'atteindre la demeure si élevée de Dieu. C'est pourquoi le très bon Sauveur et doux médecin des âmes est descendu de là-haut où il habite. Il a adouci pour nos yeux malades l'éclat de sa lumière.
ou
Saint Augustin (354-430)
évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Jean, n° 15
La moisson est abondante
Le Christ était rempli d'ardeur pour son œuvre et il se disposait à envoyer des ouvriers (...); il va donc envoyer des moissonneurs. « Il est bien vrai le proverbe : L'un sème, l'autre moissonne. Je vous ai envoyés moissonner là ou vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux » (Jn 4,37-38). Comment ? A-t-il envoyé des moissonneurs sans envoyer des semeurs ? Où a-t-il envoyé les moissonneurs ? Là où d'autres avaient déjà travaillé (…), là où déjà les prophètes avaient prêché, car c'était eux les semeurs. (...)
Quels sont ceux qui ont ainsi travaillé ? Abraham, Isaac, Jacob. Lisez le récit de leurs travaux : dans tous leurs travaux se trouve une prophétie du Christ ; ils ont donc été des semeurs. Quant à Moïse, aux autres patriarches, à tous les prophètes, que n'ont-ils pas supporté dans le froid, au temps où ils semaient ? En Judée par conséquent la moisson était déjà prête. Et l'on comprend que la moisson était mûre à l'heure où tant de milliers d'hommes apportaient le prix de leurs biens, le déposaient aux pieds des apôtres (Ac 4,35) et, déchargeant leurs épaules des fardeaux de ce monde-ci (Ps 81,7), se mettaient à suivre le Christ Seigneur. La moisson était vraiment arrivée à maturité.
Qu'en est-il résulté ? De cette moisson quelques grains ont été retirés, ils ont ensemencé l'univers, et voici que se lève une autre moisson destinée à être recueillie à la fin du monde. (...) Pour récolter cette moisson-là ce ne seront pas les apôtres qui seront envoyés mais les anges.
ou
Saint Jean-Paul II
Redemptoris missio, 86
« La moisson est abondante »
Si l'on regarde superficiellement notre monde, on est frappé par bien des faits négatifs qui peuvent porter au pessimisme. Mais c'est là un sentiment injustifié ; nous avons foi en Dieu, Père et Seigneur, en sa bonté et en sa miséricorde. Alors que nous sommes proches du troisième millénaire de la Rédemption, Dieu est en train de préparer pour le christianisme un grand printemps que l'on voit déjà poindre. En effet, que ce soit dans le monde non chrétien ou dans le monde de chrétienté ancienne, les peuples ont tendance à se rapprocher progressivement des idéaux et des valeurs évangéliques, tendance que l'Église s'efforce de favoriser. Aujourd'hui se manifeste parmi les peuples une nouvelle convergence à l'égard de ces valeurs : le refus de la violence et de la guerre, le respect de la personne humaine et de ses droits, la soif de liberté, de justice et de fraternité, la tendance à surmonter les racismes et les nationalismes, l'affirmation de la dignité de la femme et sa valorisation.
L'espérance chrétienne nous soutient pour nous engager à fond dans la nouvelle évangélisation et dans la mission universelle, et nous pousse à prier comme Jésus nous l'a enseigné : « Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10).
Les hommes qui attendent le Christ sont encore en nombre incalculable ; les espaces humains et culturels non encore atteints par l'annonce de l'Évangile ou dans lesquels l'Église est peu présente sont extrêmement vastes, au point d'exiger l'unité de toutes ses forces. En se préparant à célébrer le Jubilé de l'an deux mille, toute l'Église est encore plus engagée dans un nouvel Avent missionnaire. Nous devons entretenir en nous la passion apostolique de transmettre à d'autres la lumière et la joie de la foi, et nous devons former à cet idéal tout le Peuple de Dieu.
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
GF 171,169 ; Buona giornata (trad. Une pensée, Médiaspaul 1991, p.46)
« Voyant les foules, il eut pitié d'elles parce qu'elles étaient fatiguées et abattues »
L'espérance en la miséricorde inépuisable de Dieu nous soutient dans le tumulte des passions et le flot des contrariétés ; c'est avec confiance que nous accourons au sacrement de pénitence où le Seigneur nous attend à tout moment comme un Père de miséricorde. Certes, devant lui nous sommes bien conscients de ne pas mériter son pardon ; mais nous ne doutons pas de sa miséricorde infinie. Oublions donc nos péchés, comme Dieu l'a fait avant nous.
Il ne faut plus revenir, ni par la pensée ni en confession, sur les fautes déjà accusées lors de confessions précédentes. Grâce à notre repentir sincère, le Seigneur les a pardonnées une fois pour toutes. Vouloir revenir sur des fautes déjà pardonnées seulement pour en être encore une fois absous, ou seulement parce que nous doutons qu'elles aient été réellement et pleinement pardonnées, cela ne doit-il pas être vu comme un manque de confiance envers la bonté divine ?
Si cela peut t'apporter quelque réconfort, tu peux repenser aux offenses que tu as faites à la justice de Dieu, à sa sagesse, à sa miséricorde, mais uniquement pour pleurer des larmes salutaires de repentir et d'amour.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sur l'avènement du Christ, sermon 19
« Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. Guérissez les malades »
Frères, j'entends quelqu'un murmurer aujourd'hui contre Dieu : « Seigneur, que les temps sont durs ; quelle époque difficile à traverser ! » ... Homme qui ne te corrige pas, n'es-tu pas mille fois plus dur que le temps que nous vivons ? Toi qui soupires après le luxe, après ce qui n'est que vanité, toi dont la cupidité est toujours insatiable, toi qui veux faire un mauvais usage de ce que tu désires, tu n'obtiendras rien...
Guérissons-nous, frères ! Corrigeons-nous ! Le Seigneur va venir. Parce qu'il n'apparaît pas encore on se moque de lui ; pourtant il ne va pas tarder à venir, et alors ce ne sera plus le moment de s'en moquer. Frères, corrigeons-nous ! Un temps meilleur va venir, mais non pas pour ceux qui vivent mal. Déjà le monde vieillit, il tourne à la décrépitude ; et nous, allons-nous redevenir jeunes ? Qu'espérons-nous donc ? Frères, n'espérons plus d'autres temps que ceux dont nous parle l'Évangile. Ils ne sont point mauvais car le Christ vient ! S'ils nous semblent durs, difficiles à traverser, Christ vient nous réconforter...
Frères, il faut que les temps soient durs. Pourquoi donc ? Pour qu'on ne cherche pas le bonheur en ce monde. C'est là notre remède : il faut que cette vie soit agitée, pour qu'on s'attache à l'autre vie. Comment ? Écoutez ... Dieu voit les hommes s'agiter misérablement sous l'étreinte de leurs désirs et des soucis de ce monde qui donnent la mort à leur âme ; alors le Seigneur vient à eux comme un médecin qui apporte le remède.

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