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AVENT II - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », § 20-21 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint »
La nouvelle logique de la foi est centrée sur le Christ. La foi dans le Christ nous sauve parce que c’est en lui que la vie s’ouvre radicalement à un Amour qui nous précède et nous transforme de l’intérieur, qui agit en nous et avec nous… Le Christ est descendu sur la terre et il est ressuscité des morts ; par son incarnation et sa résurrection, le Fils de Dieu a embrassé toute la marche de l’homme et demeure dans nos cœurs par l’Esprit Saint. La foi sait que Dieu s’est fait tout proche de nous, que le Christ est un grand don qui nous a été fait, don qui nous transforme intérieurement, nous habite, et ainsi nous donne la lumière qui éclaire l’origine et la fin de la vie, tout l’espace de la marche de l’homme.
Nous pouvons ainsi comprendre la nouveauté à laquelle la foi nous conduit. Le croyant est transformé par l’Amour, auquel il s’est ouvert dans la foi, et dans son ouverture à cet Amour qui lui est offert, son existence se dilate au-delà de lui-même. Saint Paul peut affirmer : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi », et exhorter : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi » (Ga 2,20 ; Ep 3,17). Dans la foi, le moi du croyant grandit pour être habité par un Autre, pour vivre dans un Autre, et ainsi sa vie s’élargit dans l’Amour. Là se situe l’action propre de l’Esprit Saint. Le chrétien peut avoir les yeux de Jésus, ses sentiments, sa disposition filiale, parce qu’il est rendu participant à son Amour, qui est l’Esprit. C’est dans cet Amour que se reçoit en quelque sorte la vision propre de Jésus. Hors de cette conformation dans l’Amour, hors de la présence de l’Esprit qui le répand dans nos cœurs, il est impossible de confesser Jésus comme Seigneur (cf Rm 5,5 ; 1Co 12,3).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur l'Évangile de Luc, n°22, 4 (trad. SC 87, p. 303 rev.)
« Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route »
Jean le Baptiste disait : « Toute vallée sera comblée » (Lc 2, 5), mais ce n'est pas Jean qui a comblé toute vallée ; c'est le Seigneur, notre Sauveur... « Et tous les passages tortueux deviendront droits. » Chacun de nous était tortueux..., et c'est la venue du Christ qui s'accomplit jusqu'en notre âme qui a redressé tout ce qui était tortueux... Rien n'était plus impraticable que vous. Regardez vos désirs déréglés d'autrefois, votre emportement et vos autres penchants mauvais, si toutefois ils ont disparu : vous comprendrez que rien n'était plus impraticable que vous ou, selon une formule plus expressive, que rien n'était plus raboteux. Votre conduite était raboteuse, vos paroles et vos œuvres étaient raboteuses.
Mais mon Seigneur Jésus est venu : il a aplani vos rugosités, il a changé en routes unies tout ce chaos pour faire en vous un chemin sans heurts, bien uni et très propre, pour que Dieu le Père puisse marcher en vous, et que le Christ Seigneur fasse en vous sa demeure et puisse dire : « Mon Père et moi, nous viendrons et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14, 23).
ou
Saint Grégoire le Grand (vers 540-604), pape, docteur de l'Église
Homélies sur l’Évangile, n° 20 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t.1, p. 157 et Barroux)
« Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route »
Pour tout lecteur il est évident que Jean non seulement a prêché, mais a conféré un baptême de pénitence. Cependant il n’a pas pu donner un baptême qui remet les péchés, car la rémission des péchés nous est accordée seulement dans le baptême du Christ. C’est pourquoi l’évangéliste dit qu’il « prêchait un baptême de pénitence en vue de la rémission des péchés » (Lc 3, 3) ; ne pouvant pas donner lui-même le baptême qui pardonnerait les péchés, il annonçait celui à venir. De même que la parole de sa prédication était l’avant-coureur de la Parole du Père faite chair, ainsi son baptême... précédait celui du Seigneur, ombre de la vérité (Col 2, 17).
Ce même Jean, interrogé sur ce qu’il était, a répondu : « Moi, je suis la voix de celui qui crie dans le désert » (Jn 1, 23 ; Is 40, 3). Le prophète Isaïe l'avait appelé « voix » car il précédait la Parole. Ce qu'il criait, la suite nous l'apprend : « Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Celui qui prêche la foi droite et les bonnes œuvres, que fait-il sinon préparer la route dans les cœurs des auditeurs pour le Seigneur qui vient ? Ainsi la grâce toute-puissante pourra pénétrer dans ces cœurs, la lumière de la vérité les illuminer...
Saint Luc ajoute : « Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ». Que désigne ici les vallées, sinon les humbles, et les monts et collines, sinon les orgueilleux ? À la venue du Rédempteur…, selon sa propre parole, « qui s'élève sera humilié et qui s'abaisse sera élevé » (Lc 14, 11)… Par leur foi au médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus Christ fait homme (1 Tm 2, 5), ceux qui croient en lui ont reçu la plénitude de la grâce, alors que ceux qui refusent de croire ont été abaissés dans leur orgueil. Toute vallée sera comblée car les cœurs humbles, accueillant la parole de la sainte doctrine, seront remplis de la grâce des vertus, selon ce qui est écrit : « Il a fait jaillir des sources au creux des vallées » (Ps 104, 10).
ou
Concile Vatican II Gaudium et spes § 39, 1-3
« Préparez le chemin du Seigneur »
Une terre nouvelle et des cieux nouveaux : Nous ignorons le temps de l'achèvement de la terre et de l'humanité ; nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, la figure de ce monde défigurée par le péché, mais Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l'homme. Alors, la mort vaincue, les fils de Dieu ressusciteront dans le Christ, et ce qui fut semé dans la faiblesse et la corruption revêtira l'incorruptibilité. La charité et ses œuvres demeureront et toute cette création que Dieu a faite pour l'homme sera délivrée de l'esclavage du péché.
Nous en sommes bien avertis : il n'y a aucun avantage à gagner le monde entier si l'on se perd soi-même. Cependant l'attente de la terre nouvelle ne doit pas diminuer, mais plutôt exciter le souci de cultiver notre terre : c'est là que le corps de la nouvelle famille humaine grandit, lui qui peut déjà présenter l'esquisse du monde à venir... Sur cette terre, le Royaume est déjà mystérieusement présent ; lorsque le Seigneur viendra, ce Royaume atteindra sa perfection.
(Références bibliques : Is 65,17 ; Ap 21,1 ; 1Co 7,31 ; 2P 3,13 ; 1Co 2,9 ; 1Co 5,53 ; 1Co 13,8 ; Rm 8,21 ; Lc 9,25 ; Lc 17,21)


AVENT II - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Livre d'heures du Sinaï (9e siècle)
Canon au Précurseur, SC 486 (Sinaiticus graecus 864; trad. Sr Maxime Ajjoub, éd. du Cerf, 2004, p. 349-353; rev.)
Ô Jean Baptiste, toi qui as tracé dans notre existence une voie nouvelle !
Avant l’aube je viens vers toi, toi qui dans ta compassion t’es anéanti sans changement en faveur de l’homme déchu et qui, demeurant impassible, t’es incliné jusqu’à la Passion, ô Verbe de Dieu : accorde-moi la paix, Ami de l’homme.
Tu es devenu, ô Bienheureux, temple de la Trinité, et voici que réunis dans ton saint temple avec une foi fervente nous te supplions, Précurseur : « Délivre-nous des tentations et afflictions, toi digne de toute louange. »
Moi qui ai rendu mon esprit étranger à toute vertu, je te supplie maintenant, Bienheureux, qui as tracé dans notre existence une voie toute nouvelle : « Procure-moi la familiarité avec le Dieu de l’univers et fais-moi par d’admirables progrès grandir en vertu. »
Toi qui as plongé dans les courants du Jourdain l’Abîme de la miséricorde, Prophète, taris maintenant, par ton intercession, les sources multiples de mes vices, en m’accordant des ruisseaux de larmes.
Vierge resplendissante dans tes parures divines, tu as enfanté l’Homme de toute beauté : qu’il se laisse donc toujours fléchir par tes prières et nous sauve de la corruption, nous qui te glorifions avec foi et amour.
ou
Homélie attribuée à saint Grégoire le Thaumaturge (v. 213 – v. 270), évêque
Homélies sur la sainte Théophanie, 4 ; PG 10, 1181 (trad. Delhougne, les Pères commentent, p. 31)
« Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire ses sandales »
[« Jésus vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait : ' C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi ! '« (Mt 3,13-14)] En ta présence, Seigneur Jésus, je ne peux pas me taire, car « je suis la voix, la voix qui crie à travers le désert : Préparez le chemin du Seigneur. C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! »... Tu étais au commencement, tu étais auprès de Dieu, et tu étais Dieu (Jn 1,1) ; toi qui es le reflet resplendissant de la gloire du Père, toi qui es l'expression du Père parfait (He 1,3) ; toi qui es la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jn 1,9) ; toi qui, lorsque tu étais dans le monde, es venu là où tu étais déjà ; toi qui t'es fait chair, mais qui habites en nous (Jn 1,14 ; 14,23), et qui t'es fait voir de tes serviteurs dans la condition de serviteur (Ph 2,7) ; toi qui as uni la terre et le ciel par ton saint nom comme par un pont : c'est toi qui viens à moi ? Toi qui es si grand, vers le pauvre que je suis ? Le roi vers le précurseur, le Seigneur vers le serviteur...
« Je sais quel est l'abîme qui sépare la terre et le Créateur. Je sais quelle est la différence entre le limon de la terre et celui qui l'a modelé (Gn 2,7). Je sais combien ton soleil de justice l'emporte sur moi qui ne suis que la lampe de ta grâce (Ml 3,20 ; Jn 5,35). Et, bien que tu sois revêtu par la nuée très pure de ton corps, moi, pourtant, je reconnais ma condition servile, je proclame ta magnificence. « Je ne suis pas digne de défaire la courroie de tes sandales. » Et comment oserai-je toucher le sommet immaculé de ta tête ? Comment étendrai-je la main sur toi « qui as déployé les cieux comme une tente » et qui as « affermi la terre sur les eaux » (Ps 103,2 ; 135,6)... Quelle prière vais-je faire sur toi, qui accueilles même les prières de ceux qui t'ignorent ?
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
5e Sermon pour l'Avent (trad. cf Bouchet, Lectionnaire, p. 36 et Brésard, 2000 ans B, p. 20)
« À travers le désert, une voix crie : ' Préparez le chemin du Seigneur ' »
« Préparez le chemin du Seigneur. » Frères, le chemin du Seigneur qu'il nous est demandé de préparer se prépare en marchant, et c'est en la préparant qu'on y marche. Même si vous vous êtes beaucoup avancés sur ce chemin, il vous reste toujours à le préparer, afin que, du point où vous êtes parvenus, vous soyez toujours tendus au-delà. Voilà comment, à chaque pas que vous faites, le Seigneur à qui vous préparez la voie vient à votre rencontre, toujours nouveau, toujours plus grand. C'est donc avec raison que le juste prie ainsi : « Enseigne-moi le chemin de tes volontés et je le chercherai toujours » (Ps 118, 33). Peut-être l'a-t-on appelé « voie éternelle » parce que si la Providence a prévu le chemin de chacun et lui a fixé un terme, cependant la bonté de celui vers qui vous vous avancez n'a pas de limite. C'est pourquoi le voyageur sage et décidé se dira qu'il ne fait que commencer lorsqu'il arrivera ; il oubliera ce qui est derrière lui pour se dire chaque jour : « Maintenant, je commence » (Ph 3, 13 ; Ps 76, 11 Vulg)...
Mais nous qui parlons de progrès dans ce chemin, plût au ciel que nous ayons au moins commencé ! À mon avis, quiconque s'est mis en route est déjà sur la bonne voie ; il faut toutefois que l'on ait vraiment commencé, que l'on ait « trouvé le chemin de la ville habitée », comme dit le psaume (106, 4). Car « ils sont peu nombreux ceux qui le trouvent » dit la Vérité elle-même (Mt 7, 14). Ils sont nombreux, ceux qui « errent dans les solitudes »...
Et toi Seigneur, tu nous as préparé un chemin, si seulement nous consentons à nous y engager. Tu nous as enseigné le chemin de tes volontés en disant : « Voici le chemin, suivez-le sans vous égarer à droite ou à gauche » (Is 30, 21). C'est le chemin que le prophète avait promis : « Il y aura une route droite et les insensés ne s'y égareront pas » (Is 35, 8). J'ai été jeune, maintenant je suis vieux (Ps 36, 25) et, si j'ai bonne mémoire, je n'ai jamais vu d'insensés s'égarer sur ton chemin ; c'est tout juste si j'ai vu quelques sages qui aient pu le suivre jusqu'au bout.
ou
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
Sermon pour le 4e dimanche de l'Avent
« Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route »
Lorsque le peuple d'Israël fut mené en servitude par les païens et envoyé captif parmi les Perses et les Mèdes, après une longue captivité, le bon roi Cyrus se résolut de les tirer de cette servitude et de les ramener en Terre Promise. Avec une divine poésie, le prophète Isaïe entonna ces belles paroles : « Peuple d'Israël, consolez-vous, consolez-vous, dit le Seigneur notre Dieu ; votre consolation ne sera ni vaine ni inutile. Parlez au cœur de Jérusalem..., car sa malice est accomplie. Et parce que son iniquité est arrivée à son comble, elle lui sera pardonnée. » Et pour cela, disait ce grand prophète au peuple d'Israël, « aplanissez vos voies et redressez vos chemins » (cf 40,1s)...
Pourquoi est-ce que Dieu dit qu'il pardonnera au peuple d'Israël leurs iniquités, parce qu'ils sont venus au comble de leur malice ? Les anciens Pères enseignent que ces paroles peuvent s'entendre comme si Dieu disait : « Lorsqu'ils sont au plus fort de leurs afflictions, et qu'ils sentent vivement le fardeau de leurs iniquités en cet esclavage et cette servitude, après les avoir punis de leur méchanceté, je les ai regardés et en ai eu compassion. Arrivés au plus mauvais de leurs jours, je me suis contenté de ce qu'ils ont souffert ; et pour cela, maintenant leurs iniquités leur seront pardonnées... Lorsqu'ils sont venus au comble de leur ingratitude, lorsqu'ils ne semblent plus avoir aucun souvenir ni mémoire de Dieu et de ses bienfaits, leur iniquité leur sera pardonnée »... Quand la Providence de Dieu a voulu montrer aux hommes sa bonté, cela a été une chose admirable, car il n'a voulu qu'aucun motif ne l'induise à le faire. Sans être poussé d'autre cause que sa seule bonté, il s'est communiqué à eux d'une façon tout à fait merveilleuse.
Lorsqu'il est venu en ce monde, c'était au temps où les hommes étaient arrivés au comble de leur malice ; lorsque les lois étaient entre les mains d'Anne et de Caïphe, lorsque Hérode régnait et que Ponce Pilate présidait en Judée, ce fut en ce temps-là que Dieu est venu au monde pour nous racheter et nous délivrer de la tyrannie du péché et de la servitude de notre ennemi.
ou
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
Sermon pour le quatrième dimanche de l'Avent
« Préparez le chemin du Seigneur »
Puisque notre divin Sauveur est proche, que faut-il faire pour nous préparer a son avènement ? Saint Jean Baptiste l'enseigne : faites pénitence, dit-il : abaissez ces monts d'orgueil et remplissez ces vallées de tiédeur et de pusillanimité, puisque le salut est proche. Ces vallées ne sont autres que la crainte, laquelle, quand elle est trop grande, nous porte au découragement. Le regard des grandes fautes commises apporte avec soi un étonnement et une crainte qui abat le cœur. Voilà les vallées qu'il faut remplir de confiance et d'espérance, pour l'avènement de Notre Seigneur.
Abaissez les montagnes et les collines : quelles sont-elles, sinon la présomption, l'orgueil et l'estime qu'on a de soi, qui est un très grand empêchement pour l'avènement de Notre Seigneur, lequel a coutume d'humilier et d'abaisser les superbes ; car il va pénétrant au fond du cœur, pour découvrir l'orgueil qui y est caché. « Aplanissez les chemins, redressez ceux qui sont tortueux, pour les rendre égaux. » C'est comme s'il disait : « redressez tant d'intentions obliques, pour n'avoir plus que celle de plaire à Dieu en faisant pénitence, ce qui doit être le but auquel nous devons tous viser ».
Redressez les chemins, rendez égales vos humeurs par la mortification de vos passions, inclinations et aversions. Oh ! Que c'est une chose désirable que cette égalité d'esprit et d'humeur, que nous devons travailler fidèlement à acquérir ! Car nous sommes plus variables et inconstants qu'il ne se peut dire. L'on trouvera des personnes qui maintenant étant de bonne humeur seront d'une conversation agréable et joyeuse ; mais tournez la main, vous les trouverez chagrins et inquiets... En somme, les chemins tortueux et raboteux à redresser pour l'avènement de Notre Seigneur...


AVENT II - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 39, 1-3 (trad. rev.)
« Préparez le chemin du Seigneur »
Une terre nouvelle et des cieux nouveaux : nous ignorons le temps de l'achèvement de la terre et de l'humanité ; nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Ce monde tel que nous le voyons, défiguré par le péché, est en train de passer. Mais Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l'homme. Alors, quand la mort sera vaincue, les enfants de Dieu ressusciteront dans le Christ, et ce qui a été semé dans la faiblesse et qui est périssable revêtira l'immortalité. La charité et ses œuvres demeureront ; et toute cette création que Dieu a faite pour l'homme sera délivrée de l'esclavage du péché.
Nous en sommes bien avertis : il n'y a aucun avantage à gagner le monde entier si l'on se perd soi-même. Cependant l'attente de la terre nouvelle ne doit pas diminuer, mais plutôt stimuler le souci de cultiver notre terre : c'est là que le corps de la nouvelle famille humaine grandit ; elle peut déjà présenter l'esquisse du monde à venir... Sur cette terre, le Royaume est déjà mystérieusement présent. Lorsque le Seigneur viendra, ce Royaume atteindra sa perfection.
(Références bibliques : Is 65,17 ; Ap 21,1 ; 1Co 7,31 ; 2P 3,13 ; 1Co 2,9 ; 1Co 15,43.53 ; 1Co 13,8 ; Rm 8,21 ; Lc 9,25 ; Lc 17,21)
ou
Origène (vers 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur St Luc, n°22, 1-3 (trad. SC 87, p. 301 rev. Solesmes)
« Préparez le chemin du Seigneur »
Il est écrit au sujet de Jean : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Mais la suite concerne uniquement le Seigneur notre Sauveur. Car ce n'est pas Jean qui a « comblé toute vallée », mais le Seigneur notre Sauveur. Que chacun considère ce qu'il était avant d'avoir la foi : il constatera qu'il était une vallée profonde, en pente, plongeant dans les abîmes. Mais le Seigneur Jésus est venu et a envoyé l'Esprit Saint à sa place ; alors « toute vallée a été comblée ». Elle a été comblée avec les bonnes œuvres et les fruits du Saint Esprit. La charité ne laisse pas subsister en toi de vallée et, si tu possèdes la paix, la patience et la bonté, non seulement tu cesseras d'être vallée, mais tu commenceras à devenir montagne de Dieu…
« Toute montagne et toute colline seront abaissées. » Dans ces montagnes et ces collines abaissées, on peut voir les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes. En effet pour que les vallées dont nous parlons soient comblées, les puissances ennemies, montagnes et collines, devront être abaissées.
Mais voyons si la prophétie suivante concernant l'avènement du Christ s'est accomplie. De fait, le texte poursuit : « Et tout ce qui était tortueux deviendra droit ». Chacun de nous était tortueux -- si du moins il s’agit de ce qui était autrefois et non de ce que nous restons encore aujourd'hui -- et la venue du Christ qui s'accomplit jusqu'en notre âme a redressé tout ce qui était tortueux… Prions pour que chaque jour son avènement s'accomplisse en nous et que nous puissions dire : « Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Sur Isaïe, III, 3 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 99)
« Préparez le chemin du Seigneur »
« Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent ! Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse, qu'il se couvre de fleurs des champs. » (Is 35,1) Celle que l'Écriture inspirée appelle généralement déserte et stérile, c'est l'Église venue des païens. Elle existait autrefois, parmi les peuples, mais elle n'avait pas reçu du ciel son Époux mystique, je veux dire le Christ... Mais le Christ est venu chez elle : il a été captivé par sa foi, il l'a enrichie du fleuve divin qui ruisselle de lui, ruisselle, car il est « source de vie, torrent de délices » (Ps 35,10.9)... Dès qu'il a été présent, l'Église a cessé d'être stérile et déserte ; elle a rencontré son Époux, elle a mis au monde d'innombrables enfants, elle s'est couverte de fleurs mystiques...
Isaïe continue : « Il y aura là une route pure, on l'appellera la voie sacrée » (v.8). La route pure, c'est la force de l'Évangile pénétrant la vie, ou, pour le dire autrement, c'est la purification de l'Esprit. Car l'Esprit enlève la tache imprimée dans l'âme humaine, il délivre des péchés et fait surmonter toute souillure. Cette route est donc appelée à juste titre sainte et pure ; elle est inaccessible à quiconque n'est pas purifié. Personne, en effet, ne peut vivre selon l'Évangile s'il n'a d'abord été purifié par le saint baptême ; personne donc ne le peut sans la foi...
Seuls ceux qui ont été délivrés de la tyrannie du démon pourront mener la vie glorieuse que le prophète illustre par ces images : « On n'y rencontrera pas de lion, ni aucune autre bête féroce » (v.9) là, sur cette route pure. Autrefois, en effet, telle une bête féroce, le diable, cet inventeur du péché, s'attaquait, avec les esprits mauvais, aux habitants de la terre. Mais il a été réduit à néant par le Christ, chassé loin du troupeau des croyants, dépouillé de la domination qu'il exerçait sur eux. C'est pourquoi, rachetés par le Christ et rassemblés dans la foi, ils marcheront d'un seul cœur sur cette route pure (v.9). Abandonnant leurs anciens chemins, « ils s'en détourneront pour arriver à Sion », c'est-à-dire à l'Église, « avec une allégresse qui n'aura pas de fin » (v.10) ni sur la terre, ni dans les cieux et ils rendront gloire à Dieu, leur Sauveur.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157)
abbé cistercien
4ème sermon d'Avent ; SC 166 (trad. cf SC  p. 135)
« Que soient plein d'allégresse désert et terre aride ; que la steppe exulte et fleurisse » (Is 35,1)
« Au désert, une voix crie : Préparez la route au Seigneur ! » Frères, il nous faut avant tout réfléchir sur la grâce de la solitude, sur la béatitude du désert, qui dès le début de l'ère du salut a mérité d'être consacré au repos des saints. Certes, le désert a été sanctifié pour nous par « la voix de celui qui crie dans le désert », Jean Baptiste, qui y prêchait et y donnait un baptême de pénitence. Déjà avant lui, les plus saints parmi les prophètes avaient toujours aimé la solitude, en tant que lieu favorable pour l'Esprit (cf 1R 17,2s; 19,3s). Mais ce lieu a reçu une grâce de sanctification incomparablement plus grande quand Jésus y a pris la place de Jean (Mt 4,1)...
Il a demeuré dans le désert pendant quarante jours comme pour purifier et consacrer ce lieu à une vie nouvelle ; il a vaincu le despote qui le hantait..., moins pour lui-même que pour ceux qui y séjourneraient... Attends donc au désert celui qui te sauvera de la peur et de la tempête. Quels que soient les combats qui y fondent sur toi, quelles que soient les privations dont tu souffriras, ne retourne pas en Égypte. Le désert te nourrira mieux avec la manne...
Jésus a jeûné au désert, mais plusieurs fois il a nourri la foule qui l'y a suivi, et d'une façon merveilleuse... Au moment où tu croiras qu'il t'a abandonné depuis longtemps, c'est alors que, n'oubliant pas sa bonté, il viendra te consoler et dira : « Je me suis souvenu de toi, ému de pitié pour ta jeunesse et ton premier amour, quand tu m'as suivi au désert » (Jr 2,2). Alors vraiment, il fera de ton désert un paradis de délices, et toi, tu proclameras comme le prophète que « la gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron » (Is 35,2)... Alors ton âme rassasiée fera jaillir une hymne de louange : « Que le Seigneur soit glorifié pour sa miséricorde et ses merveilles envers les hommes ! Car il a rassasié l'âme assoiffée et comblé l'âme affamée » (Ps 106,8-9).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
4ème sermon d'Avent, SC 166, p. 135 (trad. alt Tournay)
« Que soient plein d'allégresse désert et terre aride ; que la steppe exulte et fleurisse » (Jr 35,1)
« Au désert, une voix crie : Préparez la route au Seigneur ! » Frères, il nous faut avant tout réfléchir sur la grâce de la solitude, sur la béatitude du désert, qui dès le début de l'ère du salut a mérité d'être consacré au repos des saints. Certes, le désert a été sanctifié pour nous par la voix du prophète, par la voix de celui qui criait au désert, qui y prêchait et y donnait le baptême de pénitence. Avant lui, déjà les plus grands prophètes avaient toujours eu la solitude pour amie, en tant qu'auxiliaire de l'Esprit. Toutefois, une grâce de sanctification incomparablement plus excellente s'est attachée à ce lieu quand Jésus y a succédé à Jean (Mt 4,1).
À son tour, avant de prêcher aux pénitents, Jésus a estimé devoir préparer un lieu pour les y recevoir. Il est allé au désert pour consacrer une vie nouvelle en ce lieu renouvelé... et cela, moins pour lui-même que pour ceux qui habiteront après lui au désert. Si donc tu t'es fixé au désert, restes-y, attends là celui qui te sauvera de la pusillanimité d'esprit et de la tempête ... Plus merveilleusement que la multitude qui l'y a suivi, le Seigneur t'y rassasiera, toi qui l'as suivi (Mc 6,34s) ...
Au moment où tu croiras qu'il t'a depuis longtemps abandonné, c'est alors que lui, n'oubliant pas sa bonté, viendra te consoler et dira : « Je me suis souvenu de toi, ému de pitié pour ta jeunesse et ton premier amour, quand tu m'as suivi au désert » (Jr 2,2). Le Seigneur fera de ton désert un paradis de délices ; et toi, tu proclameras, comme le prophète, que la gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron (Is 35,2) ... Alors ton âme rassasiée fera jaillir l'hymne de ta louange : « Que le Seigneur soit glorifié de ses merveilles envers les fils des hommes ! Il a rassasié l'âme avide et comblé l'âme affamée » (Ps 107,8-9).


AVENT II - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)
pape et docteur de l'Église
Livre XII, SC 212 (Morales sur Job, trad. A. Bocognano, éd. du Cerf, 1974 ; p. 175-177 ; rev.)
Appelés à la gloire !
« Tu m’appelleras et je te répondrai. » (Jb 14,15 Vg) (…), Job est en droit d’ajouter « Tu tendras ta main droite à l’œuvre de tes mains. » (…) La créature humaine, en effet, par cela même qu’elle est créature, porte en elle la possibilité de sombrer au-dessous d’elle-même, mais l’homme a reçu de Celui qui l’a formé la faveur d’être emporté au-dessus de lui-même par la contemplation, et d’être maintenu en lui-même par son incorruption. Pour ne pas sombrer au-dessous d’elle-même, et pour subsister dans l’incorruption, c’est donc par la main droite de Celui qui donne la vie que la créature est élevée jusqu’à l’état d’immutabilité.
La main droite de Dieu peut aussi désigner le Fils, parce que « tout a été fait par lui. » (Jn 1,3) Dieu tout-puissant a donc tendu sa main droite à l’œuvre de ses mains, parce que c’est pour élever jusqu’au monde d’en haut le genre humain abattu et gisant dans l’abîme qu’il a envoyé son fils unique incarné. Et c’est son incarnation qui nous a permis, après être tombés par notre volonté dans la corruption, de pouvoir répondre à Dieu qui nous appelle un jour à la gloire de l’incorruptibilité.
Qui pourrait alors mesurer la largesse de la miséricorde divine quand elle conduit à cette merveilleuse gloire l’homme après sa faute ? Dieu mesure le mal que nous faisons et cependant par la grâce de sa bonté, miséricordieusement il nous pardonne.
ou
Saint Grégoire d'Agrigente (v. 559-v. 594), évêque
Sur l'Écclésiaste, livre 10, 2 ; PG 98, 1138 (trad. Orval)
« Aujourd'hui nous avons vu des choses extraordinaires ! »
Douce est la lumière, et il est bon de contempler le soleil avec nos yeux de chair... ; c'est pourquoi Moïse disait déjà : « Et Dieu vit la lumière, et il dit qu'elle était bonne » (Gn 1,4)...
Qu'il nous est bon de penser à la grande, véritable et indéfectible lumière « qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1,9), c'est-à-dire le Christ, le Sauveur du monde et son libérateur. Après s'être dévoilé aux regards des prophètes, il s'est fait homme et il a pénétré jusqu'aux dernières profondeurs de la condition humaine. C'est de lui que parle le prophète David : « Chantez à Dieu un psaume pour son nom, préparez un passage pour celui qui monte à l'occident ; son nom est Seigneur, exultez en sa présence » (Ps 67,5 Vulg). Et encore Isaïe, de sa grande voix : « Peuples assis dans les ténèbres, regardez cette lumière. Pour vous qui habitez au pays de l'ombre de la mort, une lumière resplendira » (cf 9,1)...
Ainsi donc, la lumière du soleil vue par nos yeux de chair annonce le Soleil spirituel de justice (Ml 3,20), le plus doux qui se soit levé pour ceux qui ont eu le bonheur d'être instruits par lui et de le regarder avec leurs yeux de chair, pendant qu'il séjournait parmi les hommes comme un homme ordinaire. Et pourtant il n'était pas seulement un homme ordinaire, puisqu'il était né vrai Dieu, capable de rendre la vue aux aveugles, de faire marcher les boiteux, de faire entendre les sourds, de purifier les lépreux et de ramener d'un mot les morts à la vie (Lc 7,22).
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 50 ; PL 52, 339 (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 72)
« Pourquoi tenir ces raisonnements ? »
Grâce à la foi d'autrui, l'âme du paralytique allait être guérie avant son corps. « Voyant la foi de ces gens » dit l'Évangile. Remarquez ici, frères, que Dieu ne se soucie pas de ce que veulent les hommes déraisonnables, qu'il ne s'attend pas à trouver de la foi chez les ignorants..., chez les mal portants. Par contre, il ne refuse pas de venir au secours de la foi d'autrui. Cette foi est un cadeau de la grâce et elle s'accorde avec la volonté de Dieu... Dans sa divine bonté, ce médecin qu'est le Christ essaie d'attirer au salut malgré eux ceux qu'atteignent les maladies de l'âme, ceux que le poids de leurs péchés et de leurs fautes accable jusqu'au délire. Mais eux ne veulent pas se laisser faire.
Ô mes frères, si nous voulions, si nous voulions tous voir jusqu'en son fond la paralysie de notre âme ! Nous remarquerions que, privée de ses forces, elle gît sur un lit de péchés. L'action du Christ en nous serait source de lumière. Nous comprendrions qu'il regarde chaque jour notre manque de foi si nuisible, qu'il nous entraîne vers les remèdes salutaires et presse vivement nos volontés rebelles. « Mon enfant, dit-il, tes péchés te sont remis. »
ou
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
Sermon pour la Nativité
« Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? »
Ô malheureux Adam ! Que cherchais-tu de plus que la présence divine ? Mais, ingrat, te voilà ruminant ton méfait : « Non, je serai comme Dieu ! » (cf Gn 3,5) Quel orgueil intolérable ! Tu viens d'être fait d'argile et de boue et, dans ton insolence, tu veux être semblable à Dieu ? ... C'est ainsi que l'orgueil a engendré la désobéissance, cause de notre malheur...
Quelle humilité pourrait compenser un tel orgueil ? Quelle obéissance d'homme pourrait racheter une telle faute ? Captif, comment l'homme pourrait-il libérer un captif ; impur, comment pourrait-il libérer un impur ? Ta créature va-t-elle donc périr, mon Dieu ? « Oublierais-tu d'avoir pitié ? Renfermerais-tu ta bonté dans ta colère ? » (Ps 76,10) Oh, non ! « --Mes pensées sont des pensées de paix, et non de malheur », dit le Seigneur (Jr 29,11).
Hâte-toi donc, Seigneur ; viens vite ! Vois les larmes des pauvres ; vois, « la plainte des captifs monte jusqu'à toi » (Ps 78,11). Quel temps de bonheur, quel jour aimable et désiré, quand la voix du Père s'écrie : « À cause de la misère des malheureux et des larmes des pauvres, maintenant je me lève » (Ps 11,6)... Oui, « Viens nous sauver, Seigneur, viens toi-même, car il n'y a plus de saints » (Ps 11,2).
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies III, 20,2 - 21,1 ; SC 34 (trad. F. Sagnard; Éd. du Cerf 1952; p. 345-349 rev.)
« Aujourd'hui nous avons vu des choses extraordinaires »
Le Verbe, la Parole de Dieu, est venu habiter dans l'homme ; il s'est fait « Fils de l'homme » pour habituer l'homme à recevoir Dieu et pour habituer Dieu à habiter dans l'homme, comme il a plu au Père. Voilà pourquoi le signe de notre salut, l'Emmanuel né de la Vierge, a été donné par le Seigneur lui-même (Is 7,14). C'est en effet le Seigneur lui-même qui sauve les hommes, puisque ceux-ci ne peuvent pas se sauver par eux-mêmes. (...) Le prophète Isaïe a dit : « Affermissez-vous, mains affaiblies et genoux chancelants ! Ranimez votre courage, cœurs défaillants ; affermissez-vous, ne craignez plus ! Voici notre Dieu qui rend le jugement ; il viendra lui-même, il va nous sauver » (35,3-4). Car c'est seulement par le secours de Dieu, et non par nous-mêmes, que nous pouvions être sauvés.
Voici un autre texte où Isaïe a prédit que celui qui devait nous sauver ne serait ni simplement un homme, ni un être incorporel, comme les anges : « Ce n'est pas un messager, ce n'est pas un ange, mais c'est le Seigneur lui-même qui sauvera son peuple. Parce qu'il l'aime, il lui pardonnera ; lui-même, il le délivrera » (63,9). Mais ce Sauveur, le Verbe, serait aussi vraiment un homme visible : « Voici, cité de Sion, tes yeux verront notre Sauveur » (cf 33,20). (...) Un autre prophète a dit : « Lui-même il se retournera vers nous, nous fera miséricorde, et jettera nos péchés au fond de la mer » (Mi 7,19). (...) Le Fils de Dieu, qui est aussi Dieu, devait venir du pays de Juda, de Bethléem (Mi 5,1), pour répandre sa louange sur toute la terre. (...) Dieu donc s'est bien fait homme et le Seigneur lui-même nous a sauvés en nous donnant le signe de la Vierge.


AVENT II - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit Journal, § 1589 (trad. Éds. Parole et dialogue 2002, p. 527)
« Ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? »
L’âme dans l’attente de la venue du Seigneur :
Je ne sais pas, Seigneur, à quelle heure tu viendras,
Je veille donc sans cesse et je tends l’oreille,
Moi ta bien-aimée que tu as choisie,
Car je sais que tu aimes venir inaperçu.
Cependant le cœur pur, Seigneur, te pressent de loin.
Je t’attends, Seigneur, dans le calme et le silence,
Avec une grande nostalgie en mon cœur
Et un désir inassouvi.
Je sens que mon amour pour toi se change en brasier
Et comme une flamme s’élèvera dans le ciel, à la fin de mes jours :
Alors tous mes vœux se réaliseront.
Viens donc enfin — mon très doux Seigneur,
Et emporte mon cœur assoiffé
Là-bas chez toi, dans les hautes contrées des cieux
Où règne éternellement ta vie.
Car la vie sur terre n’est qu’une agonie,
Car mon cœur sent qu’il est créé pour les hauteurs
Et rien ne l’intéresse des plaines de cette vie.
Ma patrie, c’est le ciel ; je crois en cela invinciblement.
ou
Basile de Séleucie ( ?-v. 468), évêque
Homélie 26, sur le Bon Pasteur ; PG 85, 299 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 219)
« Il se réjouit pour elle plus que pour les quatre-vingt-dix-neuf autres qui ne se sont pas égarées »
Regardons notre berger, le Christ ; voyons son amour pour les hommes et sa douceur pour les conduire au pâturage. Il se réjouit des brebis qui l'entourent comme il cherche celles qui s'égarent. Monts et forêts ne lui font pas d'obstacle ; il court dans la vallée de l'ombre pour parvenir jusqu'à l'endroit où se trouve la brebis perdue. L'ayant trouvée malade, il ne la méprise pas, mais la soigne ; la prenant sur ses épaules, il guérit par sa propre fatigue la brebis fatiguée. Sa fatigue le remplit de joie, car il a retrouvé la brebis perdue, et cela le guérit de sa peine : « Lequel d'entre vous, dit-il, s'il a cent brebis et vient à en perdre une, n'abandonne pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s'en aller auprès de celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée ? »
La perte d'une seule brebis trouble la joie du troupeau rassemblé, mais la joie des retrouvailles chasse cette tristesse : « Quand il l'a retrouvée, il assemble amis et voisins et il leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue » (Lc 15,6). C'est pourquoi le Christ, qui est ce berger, disait : « Je suis le bon pasteur » (Jn 10,11). « Je cherche la brebis perdue, je ramène celle qui est égarée, je panse celle qui est blessée, je guéris celle qui est malade » (Ez 34,16).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 1 pour l'Avent, 7-8 (trad. Orval)
« Votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu'un seul de des petits soit perdu »
« Voici que le nom du Seigneur vient de loin » dit le prophète (Is 30, 27). Qui pourrait en douter ? Il fallait à l'origine quelque chose de grand pour que la majesté de Dieu daigne descendre de si loin en un séjour si indigne d'elle. Oui, effectivement, il y avait là quelque chose de grand : sa grande miséricorde, son immense compassion, sa charité abondante. En effet, dans quel but croyons-nous que le Christ est venu ? Nous le trouverons sans peine puisque ses propres paroles et ses propres œuvres nous dévoilent clairement la raison de sa venue. Il est venu en toute hâte des montagnes pour chercher la centième brebis égarée.
Il est venu à cause de nous pour que les miséricordes du Seigneur apparaissent avec plus d'évidence, ainsi que ses merveilles à l'égard des enfants des hommes (Ps 106, 8). Admirable condescendance de Dieu qui nous cherche, et grande dignité de l'homme ainsi recherché ! Si celui-ci veut s'en glorifier, il peut le faire sans folie, non que de lui-même il puisse être quelque chose, mais parce que celui qui l'a créé l'a fait si grand. En effet, toutes les richesses, toute la gloire de ce monde et tout ce qu'on peut y désirer, tout cela est peu de chose et même n'est rien en comparaison de cette gloire-là. « Qu'est-ce donc que l'homme, Seigneur, pour en faire si grand cas, pour fixer sur lui ton attention ? » (Jb 7, 17)
ou
Silouane (1866-1938), moine orthodoxe, saint des Églises orthodoxes
Écrits (trad. Eds Présence 1975, p. 348)
« Votre Père...ne veut pas qu'un seul de ces petits soit perdu »
Si les hommes savaient ce qu'est l'amour du Seigneur, c'est en foule qu'ils accourraient auprès du Christ, et il les réchaufferait tous de sa grâce. Sa miséricorde est inexprimable. Le Seigneur aime le pécheur repentant, et avec tendresse le serre contre sa poitrine : « Où étais-tu, mon enfant ? Je t'attends depuis longtemps » (cf Lc 15,20). Le Seigneur appelle à lui tous les hommes par la voix de l'Évangile, et sa voix retentit dans le monde entier :
« Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous donnerai le repos. (Mt 11,28) Venez et buvez l'eau vive (Jn 7,37). Venez et apprenez que je vous aime. Si je ne vous aimais pas, je ne vous appellerais pas. Je ne peux pas supporter que même une seule de mes brebis se perde. Même pour une seule, le pasteur va dans les montagnes et la cherche partout. Venez donc à moi, mes brebis. Je vous ai créées et je vous aime. Mon amour pour vous m'a fait venir sur la terre, et j'ai tout enduré pour votre salut. Je veux que vous connaissiez mon amour et disiez comme les apôtres sur le Mont Thabor : ' Seigneur, il nous est bon d'être avec toi ' » (Mc 9,5)...
Tu as attiré à toi les âmes des saints, Seigneur, et elles coulent vers toi comme des rivières silencieuses. L'esprit des saints s'est attaché à toi, Seigneur, et il s'élance vers toi, notre lumière et notre joie. Le cœur de tes saints s'est affermi dans ton amour, Seigneur, et il ne peut t'oublier ne serait-ce qu'un instant, même dans le sommeil, car douce est la grâce du Saint Esprit.
ou
Saint Claude la Colombière (1641-1682), jésuite
Sermon prêché à Londres devant la duchesse d'York (trad. Christus, 1959 / Orval)
Le Fils de Dieu vient à notre recherche
Représentez-vous la désolation d'un pauvre berger dont la brebis s'est égarée. On n'entend dans toutes les campagnes voisines que la voix de ce malheureux qui, ayant abandonné le gros du troupeau, court dans les bois et sur les collines, passe à travers les fourrés et les buissons, en se lamentant et criant de toute sa force et ne pouvant se résoudre à rentrer qu'il n'ait retrouvé sa brebis et qu'il ne l'ait ramené à la bergerie.
Voilà ce qu'a fait le Fils de Dieu lorsque les hommes s'étaient soustraits par leur désobéissance à la conduite de leur Créateur ; il est descendu sur la terre et n'a épargné ni soins ni fatigues pour nous rétablir dans l'état duquel nous étions déchus. C'est ce qu'il fait encore tous les jours pour ceux qui s'éloignent de lui par le péché ; il les suit, pour ainsi dire, à la trace, ne cessant de les rappeler jusqu'à ce qu'il les ait remis en voie de salut. Et certes, s'il n'en usait pas de la sorte, vous savez que c'en serait fait de nous après le premier péché mortel ; il nous serait impossible d'en revenir. Il faut que ce soit lui qui fasse toutes les avances, qu'il nous présente sa grâce, qu'il nous poursuive, qu'il nous invite à avoir pitié de nous-mêmes, sans quoi nous ne songerions jamais à lui demander miséricorde...
L'ardeur avec laquelle Dieu nous poursuit est sans doute un effet d'une très grande miséricorde. Mais la douceur dont ce zèle est accompagné marque une bonté encore plus admirable. Nonobstant le désir extrême qu'il a de nous faire revenir, il n'use jamais de violence, il n'emploie pour cela que les voies de la douceur. Je ne vois nul pécheur, en toute l'histoire de l'Évangile, qui ait été invité à la pénitence autrement que par des caresses et par des bienfaits.
ou
Silouane (1866-1938), moine russe, saint des Églises orthodoxes
Écrits (trad. Sophrony, Starets, Eds. Présence 1975, p. 389)
« Votre Père ne veut pas qu'un seul de ces petits soit perdu »
Le Seigneur aime le pécheur repentant ; il le serre avec tendresse sur son cœur : « Où étais-tu, mon enfant ? Je t'attends depuis longtemps ». Le Seigneur appelle ainsi à lui tous les hommes par son Évangile ; sa voix retentit dans le monde entier : « Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous donnerai le repos ; venez et buvez l'eau vive (Mt 11,28 ; Jn 4,10). Venez et apprenez que je vous aime... Je ne peux pas supporter que même une seule de mes brebis se perde. Même pour une seule, le pasteur va dans les montagnes et la cherche partout. Venez donc à moi, mes brebis. Je vous ai créées et je vous aime. Mon amour pour vous m'a fait venir sur la terre, et j'ai tout enduré pour votre salut. Je veux que vous connaissiez mon amour et que vous disiez comme les apôtres sur le Mont Thabor : ' Seigneur, il est bon pour nous d'être avec toi ' (Mt 17,4) ».
Le Seigneur nous appelle sans cesse vers lui : « Venez à moi, et je vous donnerai le repos ». Il nous nourrit de son Corps très pur et de son Sang. Avec bonté, il nous éduque par sa parole et par le Saint Esprit ; il nous a révélé les mystères. Il vit en nous et dans les sacrements de l'Église, et il nous conduit là où nous verrons sa gloire. Mais chacun verra cette gloire dans la mesure de son amour...
Tu as attiré à toi les âmes des saints, Seigneur, et elles coulent vers toi comme des rivières silencieuses. L'esprit des saints s'est attaché à toi, Seigneur, et il s'élance vers toi, notre lumière et notre joie. Le cœur des saints s'est affermi dans ton amour, Seigneur, et il ne peut pas t'oublier ne serait-ce qu'un instant, même dans le sommeil, car douce est la grâce du Saint Esprit.
ou
Silouane (1866-1938), moine orthodoxe, saint des Églises orthodoxes
Écrits (trad. Eds Présence 1975, p.416)
« Votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu'un seul de ces petits soit perdu »
C'est du Seigneur que mon âme a appris l'humilité. D'une manière dépassant toute intelligence, le Seigneur m'est apparu et a comblé mon âme de son amour. Mais ensuite il a disparu, et maintenant mon âme aspire à lui jour et nuit. Pasteur bon et miséricordieux, il m'a cherché, moi sa brebis déjà blessée par les loups, et il les a dispersés (cf Jn 10,12).
Mon âme connaît la miséricorde du Seigneur pour l'homme pécheur, et j'écris la vérité devant la face de Dieu : nous tous, pécheurs, nous serons sauvés, et pas une seule âme ne se perdra, pourvu qu'elle se repente. Mais nulle parole ne saurait décrire combien le Seigneur est bon. Tourne ton âme vers le Seigneur et dis : « Seigneur, pardonne-moi », et ne va pas t'imaginer qu'il ne te pardonnera pas. Sa bonté ne peut pas ne pas pardonner, et c'est tout de suite qu'il pardonne et sanctifie. Voilà ce qu'enseigne le Saint Esprit dans l'Église.
Le Seigneur est Amour. « Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon », dit l'Écriture (Ps 33,9). Mon âme a goûté cette bonté du Seigneur, et insatiablement, jour et nuit, mon esprit s'élance vers Dieu. Je me mets à écrire sur l'amour de Dieu et ne peux pas m'en rassasier, car le souvenir du Dieu tout-puissant tient mon âme captive.
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Exposé de la foi orthodoxe 1 ; PG 95, 417-419 (trad. bréviaire)
« Votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu'un seul de ces petits soit perdu »
C'est toi, Seigneur, qui m'as fait naître de mon père, qui m'as formé dans le sein de ma mère (Ps 138,13) ; c'est toi qui m'as fait venir à la lumière comme un petit enfant tout nu, car les lois de notre nature obéissent perpétuellement à tes ordres. C'est toi qui as préparé par la bénédiction de l'Esprit Saint ma création et mon existence, non par la volonté de l'homme ou le désir de la chair (Jn 1,13), mais par ta grâce indicible. Tu as préparé ma naissance par une prévenance qui dépasse les lois de notre nature. Tu m'as fait venir à la lumière en m'adoptant pour ton fils (Ga 4,5), et tu m'as inscrit parmi les membres de ton Église sainte et immaculée.
C'est toi qui m'as nourri du lait spirituel, c'est-à-dire du lait de tes paroles divines. C'est toi qui m'as fortifié par un aliment solide : le corps de Jésus Christ notre Dieu, ton Fils unique, le très saint, et tu m'as enivré à la coupe divine, c'est-à-dire la coupe de son sang qui fait vivre, et qu'il a répandu pour le salut du monde entier.
Tu nous as aimés, Seigneur, et tu as donné ton Fils à notre place pour notre rachat qu'il a entrepris volontairement et sans résistance... Ainsi, ô Christ, mon Dieu, tu t'es abaissé pour me porter sur tes épaules, brebis égarée, et tu m'as placé dans un pâturage verdoyant (Ps 22,2) ; tu m'as désaltéré aux sources de la vraie doctrine par l'intermédiaire de tes pasteurs dont tu étais toi-même le berger avant de leur confier ton troupeau.

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