AVENT II - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint Théodore le Studite (759-826)
moine à Constantinople
Catéchèse 80 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 536-538 ; rev.)
Imitez l’humilité du Christ
Quelqu’un veut-il et désire-t-il se bien porter ? Qu’il se tienne à distance de l’orgueil et qu’il recouvre par une obéissance sans réserve la très haute humilité ; et allégresse et joie seront sur sa tête (cf. Is 35,10). En effet, que ne proviendra-t-il pas de cette bonne racine ? Toute joie, paix, bonté et piété, toute docilité et équilibre, toute douceur et mansuétude (cf. Ga 5,22), tout ce qu’il y a de beau, d’agréable et de désirable, bref, tout ce qui caractérise celui qui est vraiment homme de Dieu. (…)
Levez vos regards vers le Christ notre Seigneur et Dieu, maître de toutes choses, lui qui est le véritable riche, le fils unique du Père, soyez attirés par ce qui est humble (cf. Rm 12,6) et imitez ce qu’il a fait. Il était simple d’apparence ; il était soumis à ses parents jusqu’à ce que le temps fût venu ; il cheminait souvent sur les routes et s’asseyait lorsqu’il était fatigué (cf. Jn 4,6) ; insulté, il ne rendait pas l’insulte ; maltraité, il ne menaçait pas (cf. 1 P 2,22) ; il tendait la joue à celui qui le frappait ; il n’avait pas de nombreux vêtements et se contentait d’une petite tunique et d’un manteau ; il n’emportait pas avec lui de molles couvertures ; il n’allait pas à cheval ou monté sur des mules ; il ne se nourrissait que de pain et buvait l’eau des ruisseaux.
Et si nous qui avons beaucoup plus nous pensons encore être dans la gêne et nous tourmentons, comment nous établirons-nous dans l’imitation du Seigneur ? C’est pourquoi supportons tout avec patience et façonnons notre vie sur le divin modèle !
ou
Hésychius le Sinaïte dit de Batos – parfois assimilé à Hésychius prêtre de Jérusalem – (Ve s. ?), moine
Chapitres « Sur la sobriété et la vigilance » n° 83, 84, 92, 176, 190 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès)
« Venez à moi, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,28-29)
Le propre de l’étoile est la lumière dont elle s’entoure. Le propre de l’homme qui vénère et craint Dieu est la simplicité et l’humilité. Car il n’est pas d’autre signe qui fasse connaître et fasse voir les disciples du Christ qu’un sentiment humble et un extérieur simple. C’est ce que ne cessent de proclamer les quatre Évangiles.
Celui qui ne vit pas ainsi, c'est-à-dire humblement, perd la part de Celui qui s’est humilié lui-même jusqu’à la croix et la mort (cf. Ph 2,8), lui qui a donné et mis en œuvre la loi des divins Évangiles. Il est dit : « Vous qui avez soif, venez vers l’eau. » (Is 55,1). Vous qui avez soif de Dieu, venez à la pureté de la réflexion. Cependant celui qui, par elle, vole haut, doit aussi regarder vers la terre de sa propre simplicité. Car nul n’est plus élevé que l’humble. De même que tout est obscur et ténébreux quand manque la lumière, de même, quand manque l’humilité, tout ce que nous nous efforçons de faire pour nous conformer à Dieu est vain et gâté. (…) L’âme comblée de bienfaits et de douceur par Jésus, répond au Bienfaiteur par l’action de grâce dans l’exultation et l’amour. Elle remercie et appelle avec joie Celui qui la pacifie. Elle le voit par l’intelligence au-dedans d’elle dissiper les imaginations des esprits mauvais. (…)
Attachons-nous donc à la prière et à l’humilité, à ces deux choses qui, avec la sobriété et la vigilance, nous arment contre les démons comme d’un glaive de feu. Car si nous vivons ainsi, il nous sera possible de faire de chaque jour et de toute heure, dans le mystère, dans la joie, une fête du cœur. (…) Le Seigneur a dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. » (Mt 11,29).
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
De la vie parfaite, II §1,3,4, (Œuvres spirituelles de Saint Bonaventure, Sté S. François d'Assise, 1931 ; pp.51-52, rev.)
L'humilité du Fils de Dieu
Celui qui considère ses propres défauts des yeux du cœur doit « s'humilier en vérité sous la puissante main de Dieu ». Aussi, je vous exhorte, vous qui êtes la servante de Dieu, lorsque vous connaîtrez avec certitude vos défauts, à humilier profondément votre âme, et à vous mépriser vous-même. Car « l'humilité est une vertu, dit Saint Bernard, par laquelle l'homme se tient pour vil, grâce à une très exacte connaissance de lui-même ». Par cette humilité, notre Père, le bienheureux François, devint vil à ses propres yeux. Il l'aima et la rechercha depuis les commencements de sa vie religieuse jusqu'à la fin. Pour elle, il quitta le monde, se fit traîner nu dans les rues de la ville, servit les lépreux, confessa ses péchés dans ses prédications et demanda qu'on le couvrît d'opprobres.
Mais c'est surtout du Fils de Dieu que vous devez apprendre cette vertu. Il dit lui-même : « apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur », car, selon le bienheureux Grégoire : « celui qui amasse des vertus sans humilité, lance de la poussière contre le vent ». De même que l'orgueil est le principe de tout péché, de même en effet, l'humilité est le fondement de toutes les vertus.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274)
franciscain, docteur de l'Église
De la vie parfaite, II §1,3,4 (Œuvres Spirituelles de Saint Bonaventure, Sté S. François d'Assise, 1931 ; pp 52-55, rev.)
L'abaissement du Christ
Apprenez à vous humilier en vérité, non pas en apparence comme ceux qui s'humilient frauduleusement, hypocrites dont parle l'Ecclésiastique : « tel s'abaisse dans une humilité feinte, dont le cœur est rempli de fraude » (Si. 19,23, Vulgate). « Au contraire, dit le bienheureux Bernard, celui qui est vraiment humble, cherche, non point à voir son humilité proclamée, mais à passer pour méprisable. » Même la virginité ne plaît pas à Dieu sans l'humilité, croyez-le bien. La Vierge Marie n'eût pas été la Mère de Dieu si quelque orgueil se fût trouvé en elle. ~ Grande vertu donc celle sans qui tout autre vertu, loin de pouvoir exister, éclate en orgueil. ~
Le Christ a été humilié au point que, de son temps, rien ne fut réputé plus vil que lui. Si grande fut son humilité, si profond fut son abaissement, qui nul ne pouvait juger de lui selon la vérité, nul ne pouvait le croire Dieu. Or, notre Seigneur et Maître a dit de lui-même : « le serviteur n'est pas au-dessus du maître » (Cf. Mt 10,24) ; si donc vous êtes la servante du Christ, le disciple du Christ, vous devez être avilie, sans considération, humble.
ou
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », §18 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Venez à moi »
Dans la plénitude où Jésus porte la foi, le Christ n’est pas seulement celui en qui nous croyons — la manifestation la plus grande de l’amour de Dieu — mais aussi celui auquel nous nous unissons pour pouvoir croire. La foi non seulement regarde vers Jésus, mais regarde du point de vue de Jésus, avec ses yeux ; elle est une participation à sa façon de voir. Dans de nombreux domaines de la vie, nous faisons confiance à d’autres personnes qui ont des meilleures connaissances que nous. Nous avons confiance dans l’architecte qui construit notre maison, dans le pharmacien qui nous présente le médicament pour la guérison, dans l’avocat qui nous défend au tribunal. Nous avons également besoin de quelqu’un qui soit digne de confiance et expert dans les choses de Dieu. Jésus, son Fils, se présente comme celui qui nous explique Dieu (Jn 1,18). La vie du Christ, sa façon de connaître le Père, de vivre totalement en relation avec lui, ouvre un nouvel espace à l’expérience humaine et nous pouvons y entrer.
Saint Jean a exprimé l’importance de la relation personnelle avec Jésus pour notre foi à travers divers usages du verbe « croire ». Avec le « croire que » ce que Jésus nous dit est vrai (14,10 ; 20,31), Jean utilise aussi les locutions « croire à » Jésus et « croire en » Jésus. « Nous croyons à » Jésus, quand nous acceptons sa Parole, son témoignage, parce qu’il est véridique (6,30). « Nous croyons en » Jésus, quand nous l’accueillons personnellement dans notre vie et nous nous en remettons à lui, adhérant à lui dans l’amour et le suivant au long du chemin (2,11 ; 6,47 ; 12,44).
Pour nous permettre de le connaître, de l’accueillir et de le suivre, le Fils de Dieu a pris notre chair, et ainsi sa vision du Père a eu lieu aussi de façon humaine, à travers une marche…dans le temps. La foi dans le Fils de Dieu, fait homme en Jésus de Nazareth, ne nous sépare pas de la réalité, mais nous permet d’accueillir son sens le plus profond, de découvrir combien Dieu aime ce monde et l’oriente sans cesse vers lui. Et cela amène le chrétien à s’engager, à vivre de manière encore plus intense sa marche sur la terre.
ou
Pierre de Celle (v. 1115–1183), moine puis évêque
3ème sermon pour l'Avent (trad. cf Guéranger, L'Année liturgique, 2e merc Avent)
L'Agneau de Dieu, doux et humble de cœur
Seigneur, envoie-nous l'Agneau ; c'est l'agneau qu'il nous faut et non le lion (Ap 5,5-6). L'agneau qui ne s'irrite pas et dont la douceur ne se trouble jamais ; l'agneau qui nous donnera sa laine blanche comme la neige pour réchauffer en nous ce qui est froid, pour couvrir ce qui en nous est nu ; l'agneau qui nous donnera sa chair à manger de peur que nous ne périssions de faiblesse sur le chemin (Jn 6,51 ; Mt 15,32).
Envoie-le plein de sagesse, car dans sa prudence divine il vaincra l'esprit orgueilleux ; envoie-le plein de force, car il est dit que le « Seigneur est fort et puissant dans le combat » (Ps 23,8) ; envoie-le plein de douceur, car « il descendra comme la rosée sur la toison » (Ps 71,6 Vulg) ; envoie-le comme une victime, car il doit être vendu et immolé pour notre rachat (Mt 26,15 ; Jn 19,36 ; Ex 12,46) ; envoie-le, non pour exterminer les pécheurs, car il doit « venir les appeler et non les justes » (Mt 9,13) ; envoie-le enfin « digne de recevoir la puissance et la divinité, digne de délier les sept sceaux du livre scellé » (Ap 4,11 ; 5,9), c'est-à-dire le mystère inexprimable de l'Incarnation.
ou
Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe
Écrits (trad. Sophrony, Starets, p. 348)
« Venez à moi, vous tous »
Si les hommes savaient ce qu'est l'amour du Seigneur, c'est en foules qu'ils accourraient auprès du Christ, et il les réchaufferait tous de sa grâce. Sa miséricorde est inexprimable.
Le Seigneur aime le pécheur repentant, et avec tendresse le serre contre sa poitrine : « Où étais-tu, mon enfant ? Je t'attends depuis longtemps. » Le Seigneur appelle à lui tous les hommes par la voix de l'Évangile, et sa voix retentit dans le monde entier : « Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous donnerai le repos. Venez et buvez l'eau vive. Venez et apprenez que je vous aime. Si je ne vous aimais pas, je ne vous appellerais pas. Je ne peux pas supporter que même une seule de mes brebis se perde. Même pour une seule, le Pasteur va dans les montagnes et la cherche partout. Venez à moi, mes brebis. Je vous ai créées et je vous aime. Mon amour pour vous m'a fait venir sur la terre, et j'ai tout enduré pour votre salut. Je veux que vous connaissiez mon amour et disiez comme les apôtres sur le Mont Thabor : ‘ Seigneur, il nous est bon d'être avec toi ' » (Mt 17, 4).
Le Seigneur nous appelle sans cesse à lui. « Venez à moi, et je vous donnerai le repos ». Il nous nourrit de son corps très pur et de son sang. Avec bonté, il nous éduque par sa parole et par le Saint Esprit. Il nous a révélé les mystères. Il vit en nous et dans les sacrements de l'Église, et il nous conduit là où nous verrons sa gloire.
ou
Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier
Les Noces spirituelles, 1 (trad. Louf, Bellefontaine 1993, p. 49)
« Venez à moi..., car je suis doux et humble de cœur »
Le troisième avènement du Christ appartient encore à l'avenir. Il aura lieu, soit au Jugement, soit à l'heure de la mort...
Le jugement du Christ est équitable car il est le Fils de l'homme et la sagesse du Père, à laquelle appartient tout jugement. Tous les cœurs en effet lui sont transparents et manifestes, au ciel, sur terre et aux enfers... Le mode que le Christ, notre époux et juge, emprunte lors de ce jugement, consiste à récompenser et à punir selon la justice, car il donne à chacun selon ses mérites. À tout homme bon, et pour chaque œuvre bonne produite en Dieu, il accorde la récompense sans mesure qu'il est lui-même et qu'aucune créature ne saurait mériter. En effet, puisqu'il collabore à chaque œuvre de la créature, c'est grâce à la puissance de celui-ci que la créature mérite le Christ lui-même en récompense, et cela en toute équité...
Le premier avènement, en lequel Dieu s'est fait homme, a vécu en humilité et est mort par amour pour nous, il nous faut le suivre au-dehors avec les mœurs parfaites des vertus, au-dedans avec la charité et une vraie humilité. Le deuxième avènement, qui est actuel et en lequel Dieu vient avec la grâce en tout cœur qui aime, il nous faut le désirer et le demander tous les jours, afin de demeurer debout et de croître en nouvelles vertus. Le troisième avènement, qui est celui du Jugement ou de l'heure de notre mort, il nous faut l'attendre et le désirer, avec confiance et respect, pour être délivrés de l'exil présent et pénétrer dans la demeure de la gloire.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Jesus, the Word to Be Spoken, ch. 7 (trad. Jésus, Celui qu'on invoque, Nouvelle Cité, 1988, p. 97)
« Mon joug est facile à porter »
Dieu porte en lui une très grande humilité. Il peut s'abaisser vers des gens comme nous et devenir dépendant de nous pour des actes comme vivre, grandir, porter des fruits. Il aurait tout à fait pu le faire sans nous. Pourtant, il s'est abaissé jusqu'à nous, a mené chacun d'entre nous ici, pour nous appeler ensemble et former cette communauté. Si vous aviez refusé, il n'aurait pas pu le faire. En effet, nous aurions pu refuser ; chacun aurait pu dire non. Dieu aurait patiemment attendu que quelqu'un dise oui.
Ce qui me fait comprendre cela, c'est lorsque Jésus dit : « Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur. » Il a vraiment voulu que nous retenions que notre appel à chacun est vraiment un don de Dieu lui-même.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
La Pénitence, I, 1 (trad. SC 179, p.53 rev.)
Aller vers les autres comme le Seigneur vient vers nous
La modération est sans doute la plus belle des vertus... C'est à elle seule que l'Église, acquise au prix du sang du Seigneur, doit son expansion ; elle est à l'image du bienfait céleste de la rédemption universelle... De ce fait, celui qui s'applique à corriger les défauts de la faiblesse humaine doit supporter et en quelque sorte peser cette faiblesse sur ses propres épaules, et non pas la rejeter. Car on lit que le berger de l'Évangile a porté la brebis fatiguée, non qu'il l'a rejetée (Lc 15,5)... La modération, en effet, doit tempérer la justice. Autrement, comment quelqu'un pour qui tu montres du dégoût -- quelqu'un qui penserait être pour son médecin un objet de mépris et non de compassion -- comment pourrait-il venir vers toi pour être soigné ?
C'est pourquoi le Seigneur Jésus a fait preuve de compassion envers nous. Son désir était de nous appeler à lui, et pas de nous faire fuir en nous effrayant. La douceur marque sa venue ; sa venue est marquée par l'humilité. Il a dit d'ailleurs : « Venez à moi, vous tous qui peinez, et je vous réconforterai ». Ainsi donc, le Seigneur Jésus réconforte, il n'exclut pas, il ne rejette pas. Et c'est à bon droit qu'il a choisi pour disciples des hommes qui, en fidèles interprètes de la volonté du Seigneur, rassembleraient le peuple de Dieu, au lieu de le repousser.
ou
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Homélie 12 pour la Vigile de la Pentecôte ; PL 94, 196-197 (trad. Orval)
« Prenez sur vous mon joug..., et vous trouverez le repos »
L'Esprit Saint donnera aux justes la paix parfaite dans l'éternité. Mais déjà maintenant il leur donne une paix très grande lorsqu'il allume en leur cœur le feu céleste de la charité. L'apôtre Paul dit en effet : « L'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). La véritable et même la seule paix des âmes en ce monde consiste à être rempli de l'amour divin et animé de l'espérance du ciel au point que l'on en vienne à considérer comme peu de chose les succès ou les revers de ce monde, à se dépouiller complètement des désirs et des convoitises de ce monde, et à se réjouir des injures et persécutions subies pour le Christ, de sorte que l'on puisse dire avec l'apôtre Paul : « Nous mettons notre fierté dans l'espérance de la gloire de Dieu. Plus encore, nous mettons notre fierté dans les épreuves » (Rm 5,2).
Il se trompe celui qui imagine trouver la paix dans la jouissance des biens de ce monde, dans les richesses. Les troubles fréquents d'ici-bas et la fin même de ce monde devraient convaincre cet homme qu'il a posé les fondations de sa paix sur le sable (Mt 7,26). Au contraire, tous ceux qui, touchés par le souffle de l'Esprit Saint, ont pris sur eux le joug très bon de l'amour de Dieu et qui, à son exemple, ont appris à être doux et humbles de cœur, jouissent dès maintenant d'une paix qui est déjà l'image du repos éternel.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie à la mémoire de saint Bassus, 2 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 115)
« Je suis doux et humble de cœur »
Aujourd'hui encore, le Christ est pour nous un maître plein de douceur et d'amour.... Voyez comment il agit. Il se montre compatissant pour le pécheur qui mérite pourtant ses rigueurs. Ceux qui provoquent sa colère devrait être anéantis, mais il adresse aux hommes coupables des paroles pleines de douceur : « Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ». Dieu est humble ; l'homme, orgueilleux. Le juge se montre clément ; le malfaiteur, arrogant. L'artisan dit des paroles d'humilité ; l'argile discourt à la manière d'un roi (cf Is 29,16 ; 45,9). « Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur. » Il n'apporte pas le fouet pour châtier, mais le remède pour guérir.
Songez donc à sa bonté inexprimable. Allez-vous refuser votre amour au Maître qui jamais ne frappe et votre admiration au juge qui implore pour le coupable ? Ses paroles si simples ne peuvent pas vous laisser insensibles : « Je suis le Créateur et j'aime mon œuvre ; je suis l'artisan et je prends soin de celui que j'ai formé (cf Gn 2,7). Si je ne voulais me soucier que de ma dignité, je ne relèverais pas l'homme déchu. Si je ne traitais pas sa maladie incurable avec des remèdes appropriés, jamais il ne pourrait recouvrer la santé. Si je ne le réconfortais pas, il mourrait. Si je ne faisais que le menacer, il périrait. Il gît sur le sol, mais je vais lui mettre le baume de la bonté (cf Lc 10,34). Ému de compassion, je m'abaisse profondément pour le relever de sa chute. Celui qui se tient debout ne pourrait pas relever un homme couché par terre sans s'incliner pour lui tendre la main. ' Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ' ».
ou
La Règle du Maître, règle monastique du 6ème siècle
Invitatoire (trad. SC 105, p. 297s rev.)
« Venez à moi, vous tous qui peine z »
Nous parcourions l'itinéraire de cette vie dans l'ignorance des bonnes actions et dans l'incertitude de l'épreuve qu'est la mort. Notre voyage à travers le monde nous avait chargés d'un gros fardeau de négligence pécheresse... Soudain, vers l'orient, nous avons aperçu une source d'eau vive que nous n'espérions pas. Tandis que nous nous hâtions vers elle, la voix de Dieu s'est fait entendre en nous criant : « Vous qui avez soif, venez à l'eau ! » (Is 55,1) Nous voyant approcher, chargés de lourds bagages, elle a repris : « Venez à moi, vous tous qui peinez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. » Et quand nous avons entendu cette voix, pleine de bonté, nous avons jeté nos bagages a terre. Pressés par la soif, nous nous sommes étendus sur le sol pour puiser avidement à la source ; nous avons bu longuement, et nous nous sommes relevés renouvelés.
Après nous être remis debout, nous sommes restés là, tout stupéfiés, dans l'excès de notre joie. Nous regardions le joug que nous avions péniblement porté en chemin, et ces bagages qui nous avaient fatigué jusqu'à en mourir, ignorants que nous étions. Tandis que nous étions absorbés dans nos considérations, de nouveau nous avons entendu la voix qui sortait de la source qui nous avait rendu la vie : « Chargez-vous de mon joug ; mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vos âmes. Mon joug est aisé et mon fardeau léger. » À ces mots nous nous sommes dit l'un à l'autre : « Ne revenons pas en arrière après avoir trouvé la vie grâce à une telle source... Ne reprenons pas le bagage de nos péchés que nous avons jeté loin de nous en allant à la source baptismale... Maintenant nous avons reçu la sagesse de Dieu... Nous avons été invités au repos par la voix du Seigneur ».
AVENT II - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Théodore le Studite (759-826), moine à Constantinople
Catéchèse 72 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 505-508 ; rev.)
Accomplissons ce qui est juste et saint !
La vie éternelle s’offre à nous, mes enfants, le royaume des cieux nous est préparé et l’héritage du Christ nous attend : la jouissance de biens nombreux et inconcevables, le bonheur d’une grande allégresse et de l’immortalité, un excès de gloire et d’honneur et de tous les autres biens, en si grand nombre qu’une langue d’homme ne suffirait pas à en exposer la grâce et la miséricorde (cf. Sg 3,9) !
Courons désormais avec une vigueur accrue, et vous surtout les paresseux, les indociles, les cœurs appesantis, les amis du murmure qui, si vous ne vous corrigez pas, ressemblez au figuier maudit ; nous l’entourons de fumier (cf. Lc 13,8) et il ne prend nullement racine, nous vous arrosons de paroles et il n’en résulte aucune croissance ! « Déjà, dit l’Écriture, la cognée se trouve à la racine des arbres » (Lc 3,9), et je tairai la suite. Recherchons les combats, versons vaillamment notre sueur, emparons-nous des couronnes, gagnons les louanges, amassons comme un trésor « ce que l’œil n’a pas vu, que l’oreille n’a pas entendu et qui n’est pas monté au cœur de l’homme » (1 Co 2,9).
Réglons notre vie sur celle de nos pères, celle qui remonte à l’origine, suivons pas à pas leurs vertus, aimons leurs actions droites, faisons de notre genre de vie une image du leur. (…) Oui, travaillons avec eux ! Oui ! Agissons avec eux ! Oui ! Suivons les pas à pas ! Oui ! Accomplissons, nous aussi, ce qui est juste et saint ! Ainsi nous aurons part à leur gloire, nous serons couronnés et avec eux nous bondirons dans le royaume des cieux, dans le Christ Jésus notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.
ou
Jean Carpathios (VIIe s.)
moine et évêque
Chapitres d’exhortation n° 50, 98 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès)
« Le royaume des Cieux subit la violence » (Mt 11,12)
Comment pourrions-nous vaincre le péché, quand il s’est déjà emparé de nous ? La violence est nécessaire. Il est dit en effet : « Un homme s’arrache à la perdition en se donnant de la peine » (cf. Pr 16,26 LXX), en s’efforçant continuellement de parvenir à la sainteté de ses propres pensées.
Briser la violence par la violence n’a jamais été interdit par les lois. Si donc nous faisons quelque œuvre de violence – fût elle très faible –, et si nous attendons désormais que nous vienne la puissance d’en-haut, tout en demeurant à Jérusalem (cf. Lc 24,49), c'est-à-dire dans la prière incessante et les autres vertus, un jour cette œuvre portera en nous une grande violence, laquelle ne fera rien comme la nôtre, qui est si faible. Les lèvres de chair ne sauraient exprimer une telle violence, capable de dominer de toute sa force et de vaincre les plus mauvaises habitudes et la malice des démons, de vaincre aussi l’impulsion qui porte nos âmes vers le pire, de vaincre enfin les mouvements désordonnés du corps. Il est dit en effet : « Il vint du ciel un bruit comme celui d’un souffle violent » (Ac 2,2), pour chasser la malice qui nous force toujours à nous porter vers le pire.
Que brûle continuellement sur l’autel de ton âme le feu des prières de la sainte méditation des paroles de l’Esprit, ces prières qui montent vers le plus haut.
ou
Attribué à saint Macaire d'Égypte ( ?-405), moine
Homélies spirituelles, n°19 (trad. coll. Spi. Or. n°40, Bellefontaine, p. 224)
Se faire violence pour devenir la demeure du Seigneur
Celui qui veut s'approcher du Seigneur, être digne de la vie éternelle, devenir la demeure du Christ, être rempli du Saint Esprit, afin de porter les fruits de cet Esprit...doit d'abord croire fermement dans le Seigneur et puis se livrer sans réserve à ses commandements... Il doit se faire violence pour être humble devant tout homme..., comme le dit le Seigneur : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes » (Mt 11,29). De même, il doit s'exercer de toutes ses forces à être habituellement miséricordieux, doux, compatissant et bon, comme le dit le Seigneur : « Soyez bons et doux comme votre Père céleste est compatissant » (Lc 6,36 ; Mt 5,48). Et encore : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements » (Jn 14,15). Et « Faites-vous violence, car ce sont les violents qui s'emparent du Royaume des cieux ». Et « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite » (Lc 13,24). En tout, il doit prendre modèle sur l'humilité, la conduite, la douceur, la manière de vivre du Seigneur...
Qu'il persévère dans la prière, qu'il demande sans se lasser que le Seigneur vienne et demeure en lui, le restaure et lui donne la force d'observer tous ses commandements, et que le Sauveur devienne lui-même la demeure de son âme. Et alors, ce qu'il accomplit en se faisant violence, sans l'inclination de la nature, il l'accomplira de bon gré, parce qu'il s'habituera complètement au bien, se souviendra sans cesse du Seigneur et l'attendra avec un grand amour. Quand le Seigneur verra une telle résolution..., il aura pitié de lui, le délivrera de ses ennemis et du péché qui habite en lui, et le remplira du Saint Esprit. Et ainsi, désormais, il observera tous les commandements du Seigneur en toute vérité, sans violence ni fatigue -- ou plutôt, ce sera le Seigneur lui-même qui accomplira en lui ses propres préceptes et il produira en toute pureté les fruits de l'Esprit (cf Ga 5,22).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
2ème Sermon sur saint Jean Baptiste (trad. cf SC 202, p. 331 et Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 1, p. 108)
« Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu'à présent, le Royaume des cieux subit la violence »
« Quelqu'un lutta avec Jacob jusqu'au lever du jour..., et Jacob lui dit : ' Je ne te lâcherai pas avant que tu m'aies béni ' » (Gn 32, 25.27) Pour vous, mes frères, qui avez entrepris d'enlever le ciel d'assaut et qui avez engagé la lutte avec l'ange chargé de garder l'accès de l'arbre de vie (Gn 3, 24), pour vous il est absolument nécessaire de lutter avec constance et ténacité..., non seulement jusqu'à la paralysie de votre hanche..., mais jusqu'à la mort de votre être charnel. Toutefois, votre ascèse ne pourra y parvenir que si la puissance divine vous touche et vous en fait la grâce...
Ne te semble-t-il pas lutter avec l'ange ou plutôt avec Dieu lui-même, lorsque, chaque jour, il se met en travers de tes désirs les plus fougueux ?... Tu cries vers lui et il ne t'écoute pas. Tu veux t'approcher de lui, et il te repousse. Tu décides quelque chose, et il fait arriver le contraire. Ainsi, sur presque tous les plans, il te combat d'une main rude. Ô bonté cachée, déguisée en dureté, avec quelle tendresse, Seigneur, tu combats ceux pour qui tu combats ! Tu as beau « le cacher dans ton cœur », « je sais bien que tu aimes ceux qui t'aiment », et que sans limites est « l'abondance de la bonté que tu tiens en réserve pour ceux qui te craignent » (Jb 10, 13 ; Pr 8, 17 ; Ps 30, 20).
Alors, frère, ne désespère pas, agis courageusement, toi qui as entrepris de lutter avec Dieu ! À vrai dire, il aime que tu lui fasses violence, il désire que tu l'emportes sur lui. Même quand il est irrité et qu'il étend le bras pour frapper, il cherche, comme il le dit lui-même, un homme semblable à Moïse qui sache lui résister... Jérémie, lui, a bien tenté de lui résister, mais il n'a pas pu retenir sa colère implacable, sa sentence inflexible ; c'est pourquoi il a fondu en larmes en disant : « Tu as été plus fort que moi, et tu l'as emporté » (20, 7).
ou
Saint Isaac le Syrien (7ème siècle), moine à Ninive, près de Mossoul dans l'actuel Irak
Discours ascétiques, 1ère série, n° 19 (trad Touraille, DDB 1981, p.129)
La violence qui s'empare du Royaume
Que rien ne t'empêche plus de t'unir au Christ... Prie sans attendre, supplie de tout ton cœur, demande ardemment, jusqu'à ce que tu reçoives. Ne te relâche pas. Ces choses te seront données si tout d'abord de toute ta foi tu te fais violence pour confier à Dieu ton souci et pour remplacer ta propre prévoyance par la providence de Dieu. Quand il verra ta volonté, quand il verra qu'en toute pureté de cœur tu t'es confié à lui plus qu'à toi-même et que tu t'es fait violence pour espérer en lui plus qu'en ton âme, alors cette puissance inconnue de toi viendra faire en toi sa demeure. Et tu sentiras dans tous tes sens la puissance de celui qui est avec toi indubitablement. Grâce à cette puissance beaucoup entrent dans le feu et ne craignent pas, marchent sur l'eau et n'hésitent pas.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélie 20 sur les Évangiles, § 14 (trad. Le Barroux rev.)
« Le Royaume des cieux subit la violence ; des violents s'en emparent »
Jean Baptiste nous recommande d'accomplir de grandes choses : « Produisez des fruits dignes du repentir » et encore : « Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même » (Lc 3,8.11). N'est-ce pas donner à comprendre clairement ce qu'affirme celui qui est la Vérité : « Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu'à présent, le Royaume des cieux se prend de force ; ce sont les violents qui s'en emparent » ? Ces paroles nous viennent d'en haut ; nous devons les méditer avec une grande attention. Il faut rechercher comment le Royaume des cieux peut se prendre de force. Qui peut faire violence au ciel ? Et s'il est vrai que le Royaume des cieux se prend de force, pourquoi cela n'est-il vrai que depuis le temps de Jean Baptiste et non auparavant ?
L'ancienne Loi...frappait les pécheurs par des peines rigoureuses, mais sans les ramener à la vie par la pénitence. Mais Jean Baptiste, annonçant la grâce du Rédempteur, prêche la pénitence afin que le pécheur, mort par suite de son péché, vive par l'effet de sa conversion : c'est donc vraiment depuis lors que le Royaume des cieux s'est ouvert à ceux qui le prennent de force. Qu'est-ce que le Royaume des cieux, sinon le séjour des justes ? ... Ce sont les humbles, les chastes, les doux, les miséricordieux qui parviennent aux joies d'en haut. Mais quand les pécheurs...reviennent de leurs fautes par la pénitence, eux aussi obtiennent la vie éternelle et entrent dans ce pays qui leur était étranger. Ainsi..., en enjoignant la pénitence aux pécheurs, Jean leur a appris à faire violence au Royaume des cieux.
Frères bien-aimés, réfléchissons donc nous aussi à tout le mal que nous avons fait et pleurons. Emparons-nous de l'héritage des justes par la pénitence. Le Tout-Puissant veut accepter cette violence de notre part ; il veut que nous ravissions par nos larmes le Royaume qui ne nous était pas dû selon nos mérites.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
3e Sermon pour la Nativité de St Jean Baptiste, 1-2 ; PL 185, 169 (trad. cf Orval et SC 202, p. 339)
« Jean était la lampe qui brûle et qui éclaire » (Jn 5,35)
Quand la Justice souveraine dit à Noé : « Tu as été juste à mes yeux » (Gn 7,1), c'est un grand éloge de sa justice. C'est le signe d'un bien grand mérite, quand Dieu assure à Abraham que c'est à cause de lui que ses promesses seraient accomplies... Quelle gloire pour Moïse, quand Dieu brûle de zèle pour le défendre et confondre ses ennemis (cf Nb 12,6s)... Et que dire de David en qui le Seigneur se félicite d'avoir trouvé « un homme selon son cœur » ? (1 Sm 13,14)
Et pourtant, quelle qu'ait été la grandeur de ces hommes, ni parmi eux ni parmi les autres « enfants des femmes », « aucun n'a existé de plus grand que Jean Baptiste », au témoignage de l'Enfant de la Vierge. Certes, les étoiles n'ont pas toutes le même éclat (1Co 15,41), et dans le chœur des saints astres qui ont éclairé la nuit de ce monde avant le lever du vrai Soleil, quelques-uns ont brillé d'un éclat admirable. Cependant aucun d'entre eux n'a été plus grand et plus resplendissant que cette étoile du matin, cette lampe ardente et lumineuse préparée par Dieu pour son Christ (cf Ps 131,17). Première lumière du matin, étoile de l'aurore, précurseur du Soleil, il annonce aux mortels l'imminence du jour et crie à ceux qui dorment « dans les ténèbres et l'ombre de la mort » (Lc 1,79) : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux approche » (Mt 3,2). C'est comme s'il disait : « La nuit est avancée, le jour approche ; rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière » (Rm 13,12). « Éveille-toi, toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera » (Ép 5,14).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur Josué, n° 5 (trad. SC 71, p. 166)
La vraie violence qui s'empare du Royaume des cieux
Josué a traversé le Jourdain pour attaquer la ville de Jéricho. Mais Saint Paul enseigne : « Nous ne luttons pas contre des hommes, mais contre les forces invisibles, les puissances des ténèbres qui dominent le monde, les esprits du mal qui sont au-dessus de nous » (Ep 6,12). Les choses qui ont été écrites sont des images et des symboles. Car Paul dit ailleurs : « Ces évènements servaient d'exemple ; ils ont été écrits pour notre instruction, à nous qui voyons arriver la fin des temps » (1Co 10,11). Si donc ces choses ont été écrites pour notre instruction, eh bien ! pourquoi tardes-tu ? Comme Josué, partons pour la guerre, prenons d'assaut la plus vaste cité de ce monde, c'est-à-dire la méchanceté, et détruisons les murailles orgueilleuses du péché.
Regarderais-tu alentour quel chemin il faut prendre, quel champ de bataille il faut choisir ? Tu vas trouver, sans doute, mes paroles étonnantes, elles sont pourtant vraies : limite tes recherches à toi seul. En toi est le combat que tu vas livrer, à l'intérieur de toi l'édifice du mal et du péché qu'il faut abattre ; ton ennemi sort du fond de ton cœur. Ce n'est pas moi qui le dis, mais le Christ ; écoute-le : « C'est du cœur que viennent les pensées mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, diffamations » (Mt 15,19). Réalises-tu la puissance de cette armée ennemie qui s'avance contre toi du fond de ton cœur ? Voilà nos vrais ennemis.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
Traité des mystères (trad. SC 19 alt ; cf Bouchet p. 22)
« Tous les prophètes, ainsi que la Loi, ont parlé jusqu'à Jean »
Comme le propriétaire dans l'évangile de saint Luc fait trois visites au figuier stérile (Lc 13,6), ainsi la Sainte Mère Église marque chaque année l'avènement du Seigneur par une période distincte de trois semaines. « Le Fils de l'homme vient en effet chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10). Il est venu avant la Loi, car par la raison naturelle il a fait connaître ce que chacun devait faire ou suivre (Rm 1,20). Il est venu sous la Loi car, par les exemples des patriarches et la voix des prophètes, il a confirmé à la descendance d'Abraham les décrets de la Loi. Il est venu une troisième fois après la Loi, par la grâce, pour appeler les païens, afin que « de l'Orient à l'Occident les enfants apprennent à louer le nom du Seigneur » (Ps 112,1-3), ces enfants que jusqu'à la fin du monde il ne cesse d'appeler à la louange de sa gloire...
En effet, tout ce qui est contenu dans les livres saints annonce par des paroles, révèle par des faits et établit par des exemples l'avènement de Jésus Christ notre Seigneur... Par des préfigurations vraies et manifestes, par le sommeil d'Adam, par le déluge de Noé, par la justification d'Abraham, par la naissance d'Isaac, par la servitude de Jacob, dans ces patriarches c'est lui qui engendre, lave, sanctifie, choisit ou rachète l'Église. En un mot, l'ensemble des prophéties, ce dévoilement progressif du plan secret de Dieu, nous a été donné pour connaître son Incarnation à venir... Chaque personnage, chaque époque, chaque fait projette comme dans un miroir l'image de son avènement, de sa prédication, de sa Passion, de sa résurrection et de notre rassemblement dans l'Église... À commencer par Adam, point de départ de notre connaissance du genre humain, nous trouvons annoncé dès l'origine du monde ce qui reçoit dans le Seigneur son achèvement total.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélie 20 sur les Évangiles, § 14 (trad. Le Barroux rev.)
« Le Royaume des cieux subit la violence ; des violents s'en emparent »
Jean Baptiste nous recommande d'accomplir de grandes choses : « Produisez des fruits dignes du repentir » et encore : « Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même » (Lc 3,8.11). N'est-ce pas donner à comprendre clairement ce qu'affirme celui qui est la Vérité : « Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu'à présent, le Royaume des cieux se prend de force ; ce sont les violents qui s'en emparent » ? Ces paroles nous viennent d'en haut ; nous devons les méditer avec une grande attention. Il faut rechercher comment le Royaume des cieux peut se prendre de force. Qui peut faire violence au ciel ? Et s'il est vrai que le Royaume des cieux se prend de force, pourquoi cela n'est-il vrai que depuis le temps de Jean Baptiste et non auparavant ?
L'ancienne Loi...frappait les pécheurs par des peines rigoureuses, mais sans les ramener à la vie par la pénitence. Mais Jean Baptiste, annonçant la grâce du Rédempteur, prêche la pénitence afin que le pécheur, mort par suite de son péché, vive par l'effet de sa conversion : c'est donc vraiment depuis lors que le Royaume des cieux s'est ouvert à ceux qui le prennent de force. Qu'est-ce que le Royaume des cieux, sinon le séjour des justes ? ... Ce sont les humbles, les chastes, les doux, les miséricordieux qui parviennent aux joies d'en haut. Mais quand les pécheurs...reviennent de leurs fautes par la pénitence, eux aussi obtiennent la vie éternelle et entrent dans ce pays qui leur était étranger. Ainsi..., en enjoignant la pénitence aux pécheurs, Jean leur a appris à faire violence au Royaume des cieux.
Frères bien-aimés, réfléchissons donc nous aussi à tout le mal que nous avons fait et pleurons. Emparons-nous de l'héritage des justes par la pénitence. Le Tout-Puissant veut accepter cette violence de notre part ; il veut que nous ravissions par nos larmes le Royaume qui ne nous était pas dû selon nos mérites.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Traité anti-donatiste « Contre les lettres de Petilianus » livre 2, §87 (trad. Bibliothèque augustinienne, DDB 1986, vol. 30, p. 341)
« Tous les prophètes, ainsi que la Loi, ont parlé jusqu'à Jean »
Jusqu'à Jean Baptiste la Loi et les prophètes comportaient des préfigurations qui avaient pour but d'annoncer l'avenir. Mais les sacrements de la nouvelle Loi, ceux de notre temps, attestent la venue de ce que les anciens proclamaient à venir. Et Jean a été, de tous les précurseurs du Christ, le messager qui l'annonce de plus près.
Car tous les justes et tous les prophètes des siècles antérieurs avaient désiré voir l'accomplissement de ce qu'ils discernaient déjà dans cet avenir dont l'Esprit Saint leur soulevait le voile. Le Seigneur Jésus le dit en personne : « Bien des justes et bien des prophètes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu » (Mt 13,17). C'est pourquoi il a été dit de Jean Baptiste qu'il était « plus que prophète » et qu'« aucun des enfants des femmes ne l'a surpassé » (Mt 11,9-11).
En effet, les justes des premiers temps avaient eu seulement la faveur d'annoncer le Christ ; Jean Baptiste, lui, a eu la grâce de l'annoncer encore absent et de le voir enfin présent. Il a vu à découvert celui que les autres ont désiré voir. C'est pourquoi le signe de son baptême appartient encore à l'annonce du Christ qui vient, mais à l'extrême limite de l'attente. Jusqu'à lui, il y avait eu des prédictions du premier avènement du Seigneur ; maintenant, après Jean, cet avènement du Christ, on ne le prédit plus, on le proclame.
AVENT II - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit journal, § 2 (Petit journal: la Miséricorde divine dans mon âme; trad. Apostolat de la Miséricorde divine; Parole et Dialogue, 2002; p. 26-27)
Ô moment présent, tu m’appartiens tout entier !
Ô mon Dieu,
Lorsque je regarde l’avenir, la peur me prend.
Mais pourquoi sonder le futur ?
Pour moi, ce n’est que le moment présent qui est cher,
Car l’avenir ne s’établira peut-être pas dans mon âme.
Le temps passé n’est plus en mon pouvoir,
Pour changer quelque chose, corriger ou ajouter.
Car ni le sage, ni les prophètes ne sont parvenus à le faire,
Donc, il faut remettre à Dieu ce que contenait le passé.
Ô moment présent, tu m’appartiens tout entier.
Je désire tirer profit de toi selon mes possibilités,
Et bien que je sois faible et petite,
Tu me donnes la grâce de Ta toute-puissance.
Et donc avec confiance en ta miséricorde,
J’avance dans la vie comme un petit enfant,
Et chaque jour je Te fais le sacrifice de mon cœur
Brûlant d’amour pour Ta plus grande gloire.
ou
Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650), moine au Mont Sinaï
L’Échelle sainte, 26e degré (Coll. SO n° 24, trad. P. Deseille, éd. Bellefontaine, 1978 ; p. 246)
« La sagesse de Dieu a été reconnue juste à travers ce qu’elle fait »
Si, comme dit l’Ecclésiate (Qo 3,1), il y a un temps pour chaque chose sous le soleil, ‒ et par “chaque chose” nous devons entendre tout ce qui concerne notre saint genre de vie, ‒ faisons donc bien attention, je vous prie, et cherchons à chaque moment ce qui convient à ce temps.
Il est certain, en effet, que pour ceux qui combattent, il y a un temps pour l’impassibilité, et un temps pour la domination des passions (…) ; il y a un temps pour les larmes, et un temps pour la dureté de cœur ; un temps pour obéir, et un temps pour commander ; un temps pour jeûner, et un temps pour prendre part aux repas ; un temps pour combattre le corps, notre ennemi, et un temps où le feu est mort ; un temps de tempête pour l’âme, et un temps de calme de l’esprit ; un temps de tristesse du cœur, et un temps de joie spirituelle ; un temps pour enseigner, et un temps pour écouter ; un temps pour les souillures, peut-être à cause de notre orgueil, et un temps de purification par l’humilité ; un temps pour le combat, et un temps de trêve loin du danger ; un temps pour l’hésychia*, et un temps pour se livrer sans distractions à l’activité ; un temps pour la prière continuelle, et un temps pour le service sincère.
Ne nous laissons donc pas abuser par un zèle orgueilleux qui nous pousserait à rechercher avant le temps ce qui viendra en son temps. C'est-à-dire, ne cherchons pas en hiver ce qui doit venir en été, ou au temps des semailles ce qui doit venir au temps de la moisson ; car il y a un temps pour semer les labeurs, et un temps pour récolter les ineffables dons de la grâce. Autrement, même le temps venu, nous ne recevrons pas ce qui est propre à ce temps.
(* Hésychia : terme grec signifiant : paix, silence, repos)
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Les Exercices, n°8 Sexte ; SC 127 (trad. SC p. 273 rev.)
« Le Christ Jésus a été envoyé par Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre justification, notre rédemption » (1Co 1,30)
Ô Sagesse admirable de Dieu, combien puissante, combien éclatante est ta voix ! Tu appelles à toi sans aucune exception tous ceux qui te désirent ; tu fais des humbles ta demeure ; tu chéris ceux qui te chérissent (Pr 8,17) ; tu juges la cause du pauvre ; avec bonté, tu as pitié de tous. « Tu ne hais rien de ce que tu as créé » ; « tu ne considères pas les péchés des hommes » et tu attends miséricordieusement qu’ils viennent à la pénitence (Sg 11,23-24)… Toi qui renouvelles toutes choses, de grâce, renouvelle-moi et sanctifie-moi en toi, afin que tu puisses t’établir en mon âme… Fais que, dès le matin, je veille pour toi, afin de te trouver en vérité (Is 26,9 ; Sg 6,12-14) ; viens au-devant de moi, afin qu’en vérité je te désire avec ardeur.
Avec quelle prudence tu procèdes dans tes desseins ! Avec quelle providence tu disposes tout, quand, en vue de sauver l’homme, tu as inspiré au Roi de gloire (Ps 23,8 ; 1Co 2,8)…la pensée de la paix, l’accomplissement de la charité : cachant sa majesté, tu as imposé à ses épaules le moment favorable de l’amour, afin qu’il « porte sur le bois de la croix les péchés du peuple » (1P 2,24). Oh oui, Sagesse éclatante de Dieu, la malice du diable n’a pu entraver aucune de tes œuvres magnifiques… ; l'ampleur du mal que nous avons fait n’a pas pu prévaloir contre la multitude de tes miséricordes, contre l’immensité de ton amour, contre la plénitude de ta bonté. Bien plus, ton empressement souverain l’a emporté sur tous les obstacles, disposant toutes choses avec douceur, et « atteignant avec force d’un bout du monde à l’autre » (Sg 8,1).
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
1er Discours pour la neuvaine de Noël (trad. Éds Saint-Paul 1993, p. 38)
Répondre aux appels de Dieu, pour accueillir le Sauveur
« Feu toujours brûlant, dirons-nous avec Saint Augustin, enflamme nos âmes. » Verbe incarné, tu t'es fait homme pour allumer dans nos cœurs le feu de l'amour divin : comment as-tu pu rencontrer en nous tant d'ingratitude ? Tu n'as rien épargné pour te faire aimer ; tu es allé jusqu'à sacrifier ton sang et ta vie. D'où vient que les hommes demeurent insensibles à tant de bienfaits ? Peut-être les ignorent-ils ? Non, ils connaissent, ils croient que, par amour pour eux, tu es venu du ciel revêtir la chair humaine et te charger de leurs misères ; ils savent que, par amour pour eux, tu as voulu mener une vie de souffrances continuelles et subir une mort ignominieuse. Après cela, comment expliquer qu'ils vivent dans un oubli complet de ta bonté extrême ? Ils aiment leurs parents, ils aiment leurs amis, ils aiment les bêtes même... ; c'est envers toi seulement qu'ils sont sans amour et sans reconnaissance ! Mais que dis-je ? En accusant les autres d'ingratitude, je me condamne moi-même, puisque ma conduite envers toi a été pire que la leur. Toutefois, ta miséricorde me rend le courage ; je sais qu'elle m'a supporté si longtemps, afin de me pardonner et de m'embraser de ton amour, à la seule condition que je veuille me repentir et t'aimer.
Oui, mon Dieu, je veux me repentir... ; je veux t'aimer de tout mon cœur. Je vois bien que mon cœur...t'a délaissé pour aimer les choses de ce monde ; mais je vois aussi que, malgré cette trahison, tu le réclames encore. C'est pourquoi, de toute la force de ma volonté, je te le consacre et te le donne. Daigne donc l'enflammer tout entier de ton saint amour ; fais que désormais il n'aime plus autre chose que toi... Je t'aime, mon Jésus ; je t'aime, mon souverain Bien ! Je t'aime, unique amour de mon âme.
Marie, ma mère, tu es « la mère du bel amour » (Si 24,24 Vulg), obtiens-moi la grâce d'aimer mon Dieu ; c'est de toi que je l'espère.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté religieuse, théologien
Meditations and Devotions, Part 3, IV : Sin, § 2
Se convertir aux appels répétés de Dieu
Mon Seigneur Jésus, toi dont l'amour pour moi a été assez grand pour te faire descendre du ciel afin de me sauver, cher Seigneur, montre-moi mon péché, montre-moi mon indignité, apprends-moi à m'en repentir sincèrement, pardonne-moi dans ta miséricorde. Je te demande, mon cher Sauveur, de reprendre possession de moi-même. Seule ta grâce peut le faire ; je ne peux pas me sauver moi-même ; je suis incapable de recouvrer ce que j'ai perdu. Sans toi, je ne peux pas me tourner vers toi, ni te plaire. Si je compte sur ma propre force, j'irai de mal en pis, je défaillirai complètement, je m'endurcirai dans la négligence. Je ferais mon centre de moi-même au lieu de le faire de toi. J'adorerai quelque idole, façonnée par moi-même, au lieu de t'adorer, toi le seul Dieu véritable, mon Créateur, si tu ne m'en empêches pas par ta grâce. Ô mon cher Seigneur, entends-moi ! J'ai assez vécu dans cet état flottant, indécis et médiocre ; je veux être ton fidèle serviteur, je veux ne plus pécher. Sois miséricordieux envers moi, fais qu'il me soit possible, par ta grâce, de devenir ce que je sais que je devrais être.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Meditations and Devotions, Part III, VII God with us 1
La sagesse de Dieu
Saint Jean Baptiste vivait séparé du monde, il était nazir (Lc 1,15 ; Nb 6,1), voué à Dieu. Il a quitté le monde et s'y est confronté..., l'appelant au repentir. Tous les habitants de Jérusalem venaient à lui au désert (Mc 3,5), et il les affrontait face à face. Mais en enseignant, il parlait de quelqu'un qui devait venir vers eux et leur parler d'une manière très différente. Quelqu'un qui ne se séparerait pas d'eux, ne se présenterait pas comme un être supérieur, mais comme leur frère, fait de la même chair et des mêmes os, un parmi beaucoup de frères, un parmi la multitude. Et effectivement il était déjà parmi eux : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1,26)...
Enfin Jésus commence à se montrer et à « manifester sa gloire » (Jn 2,11) par des miracles. Mais où ? À un repas de noces. Et comment ? En multipliant le vin... Comparez tout cela à ce qu'il dit de lui-même : « Jean est venu, ne mangeant pas ni ne buvant. Le Fils de l'homme est venu ; il mange et il boit, et l'on dit : ' C'est un ivrogne '«. On a pu haïr Jean, mais on le respectait ; Jésus, lui, était méprisé...
C'était, ô mon Seigneur, parce tu aimes tellement cette nature humaine que tu as créée. Tu ne nous aimes pas simplement comme tes créatures, l'œuvre de tes mains, mais en tant qu'êtres humains. Tu aimes tout, car tu as tout créé, mais tu aimes les hommes par-dessus tout. Comment est-ce possible, Seigneur ? Qu'y a-t-il en l'homme, plus que dans les autres créatures ? « Qu'est-ce que l'homme pour que tu prennes souci de lui ? » (Ps 8,5)... Tu n'as pas pris la nature des anges quand tu t'es manifesté pour notre salut, et tu n'as pas pris une nature humaine ou un rôle ou une charge au-dessus d'une vie humaine ordinaire –- ni nazir, ni prêtre ou lévite, ni moine, ni ermite. Tu es venu précisément et pleinement dans cette nature humaine que tu aimes tant..., cette chair qui a chuté en Adam, avec toutes nos infirmités, nos sentiments et nos affinités, excepté le péché.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 109, 1 ; PL 38, 636 (in Delhougne, Les Pères commentent, p. 15)
« Vous n'avez pas dansé ... Vous ne vous êtes pas frappé la poitrine »
Le Seigneur Jésus Christ lui-même a commencé ainsi sa prédication : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 4, 17). Jean Baptiste, son précurseur, avait commencé de la même façon : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 3, 2). Et maintenant le Seigneur les blâme parce qu'ils ne veulent pas se convertir alors que le Royaume des cieux est proche, ce Royaume des cieux dont il dit lui-même qu'« il ne vient pas de manière visible », et aussi « qu'il est au milieu de vous » (Lc 17, 20-21).
Que chacun ait donc la prudence d'accepter les avertissements de notre Maître, pour ne pas laisser échapper le temps de sa miséricorde, ce temps qui se déroule maintenant, pendant lequel il épargne encore le genre humain. Car, si l'homme est épargné, c'est pour qu'il se convertisse, et que personne ne soit condamné. C'est à Dieu de savoir quand viendra la fin du monde : quoi qu'il en soit, c'est maintenant le temps de la foi.
ou
Liturgie latine
Hymne de l'Avent : Rorate caeli (trad. Liturgie chorale du peuple de Dieu)
Se convertir aux appels répétés de Dieu qui vient
Ne t'irrite pas, Seigneur, ne garde pas le souvenir de nos péchés. Voici que ta cité sainte Sion a été dévastée, Jérusalem, le séjour de ta sainteté et de ta gloire, là où nos pères ont chanté tes louanges. Cieux, répandez votre justice, que des nuées vienne le salut. (cf Is 64,8s ; 45,8)
Nous avons péché, et nous sommes devenus semblables aux païens. Nous sommes tombés comme des feuilles mortes, et nos péchés nous ont emportés loin de toi. Tu nous as caché ton visage, et tu nous as brisés à cause de nos péchés. Cieux, répandez votre justice, que des nuées vienne le salut. (cf Is 64,5s)
Regarde, Seigneur, l'abattement de ton peuple et envoie celui qui doit venir ! Envoie l'Agneau, le souverain de l'univers, du rocher du désert jusqu'à la montagne de la Fille de Sion, et qu'il nous délivre du joug de nos péchés. Cieux, répandez votre justice, que des nuées vienne le salut. (cf Ap 5,12 ; Ps 77,15 ; Is 9,3)
Console-toi, console-toi, ô mon peuple, car bientôt viendra ton Sauveur et ton roi. Pourquoi te laisses-tu consumer par la tristesse ? Parce que ta douleur t'a repris ? Je te sauverai, ne crains pas. Car je suis ton Sauveur, ton Seigneur et ton Dieu, le Saint d'Israël, ton berger, ton rédempteur. Cieux, répandez votre justice, que des nuées vienne le salut. (cf Is 40,1s)
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Protreptique, ch. 1 (trad. SC 2bis, p. 63 rev.)
Jean Baptiste nous invite au salut
N'est-il pas étrange, mes amis, que Dieu nous exhorte toujours à la vertu, et que nous, nous nous dérobions devant ce secours, que nous remettions le salut ? Est-ce que Jean aussi ne nous invite pas au salut, n'est-il pas tout entier une voix qui exhorte ? Demandons-lui donc : « Qui es-tu parmi les hommes, et d'où viens-tu ? » Il ne dira pas qu'il est Élie et il niera être le Christ, mais il confessera qu'il est une voix criant dans le désert (Jn 1,20s). Qui donc est Jean ? Pour prendre une image, qu'on me permette de dire : une voix du Verbe, de la Parole de Dieu, qui nous exhorte en criant dans le désert... : « Aplanissez les chemins du Seigneur » (Mc 1,3). Jean est un précurseur et sa voix est le précurseur de la Parole de Dieu, voix qui encourage et prédispose au salut, voix qui nous exhorte à chercher l'héritage du ciel.
Grâce à cette voix « la femme stérile et solitaire ne sera plus sans enfants » (Is 54,1). Cette grossesse, la voix d'un ange me l'a annoncée ; cette voix aussi était un précurseur du Seigneur, qui apportait la bonne nouvelle à la femme qui n'avait pas enfantée (Lc 1,19), ainsi que Jean à la solitude du désert. C'est donc par cette voix du Verbe que la femme stérile enfante dans la joie et que le désert porte des fruits. Ces deux voix, précurseurs du Seigneur, celle de l'ange et celle de Jean, me communiquent le salut caché en elles, en sorte qu'après la manifestation de ce Verbe, nous cueillons le fruit de la fécondité, la vie éternelle.
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon CC 61a ; PL 57, 233 (trad. coll. Pères dans la foi, Migne 1996, p. 25 rev.)
Répondre aux appels de Dieu à nous convertir du fond de notre cœur
Même sans que je vous en parle, frères, le temps suffit à nous avertir que l'anniversaire de la Nativité du Christ notre Seigneur est proche. La création elle-même exprime l'imminence d'un événement qui restaure tout pour le mieux. Elle aussi désire avec impatience voir illuminer ses ténèbres de l'éclat d'un soleil plus brillant que le soleil ordinaire. Cette attente de la création du renouvellement de son cycle annuel nous invite à attendre la naissance du nouveau soleil qu'est le Christ qui illumine les ténèbres de nos péchés. Le soleil de justice (Ml 3,20), qui apparaîtra dans toute sa force, dissipera l'obscurité de nos péchés qui a duré trop longtemps. Il ne supporte pas que le cours de notre vie soit étouffé par les ténèbres de l'existence ; il veut la dilater par sa puissance.
Alors, de même qu'en ces jours du solstice, la création répand plus largement sa lumière, déployons ainsi notre justice. De même que la clarté de ce jour est le bien commun des pauvres et des riches, que nos largesses s'étendent sans compter aux voyageurs et aux pauvres. Le monde, en ces temps-ci, restreint la durée des ténèbres ; et nous, retranchons aux ombres de notre avarice... Qu'en nos cœurs toute glace fonde ; que la semence de la justice croisse, réchauffée par les rayons du Sauveur.
Donc, frères, préparons-nous à accueillir le jour de la naissance du Seigneur en nous parant de vêtements éclatants de blancheur. Je parle de ceux qui habillent l'âme, non le corps. Le vêtement qui habille notre corps est une tunique sans importance. Mais c'est le corps, objet précieux, qui habille l'âme. Le premier vêtement est tissé par des mains humaines ; le second est l'œuvre des mains de Dieu. Et c'est pourquoi il faut veiller avec la plus grande sollicitude à préserver de toute tache l'œuvre de Dieu... Avant la Nativité du Seigneur, purifions notre conscience de toute souillure. Présentons-nous, non revêtus de soie, mais plutôt d'œuvres de valeur... Commençons donc par orner notre sanctuaire intérieur.
ou
Liturgie latine
Conditor alme siderum, hymne des vêpres pendant l'Avent (trad. Liturgie Chorale du Peuple de Dieu)
Se convertir en réponse aux appels répétés du Dieu qui vient
Ô très doux Créateur des cieux,
Lampe éternelle des croyants,
Ô Christ, sauveur de l'univers,
Entends la voix des suppliants.
Voyant le monde empli de mort,
Dans ton amour tu prends pitié ;
Pour le sauver de son malheur,
Tu le guéris de son péché.
Quand fut venu le soir du temps,
La Vierge t'a donné le jour ;
Comme un époux de sa maison
Tu es sorti du sein très pur.
Toi qui viendras juger le monde,
Ô Dieu très saint, nous t'en prions,
Délivre-nous de l'ennemi
Et garde-nous durant le temps.
Devant ta face et ton pouvoir
Tous les genoux devront plier ;
Et sur la terre comme au ciel
À ton regard tout se soumet.
Louange, honneur, puissance et gloire
À Dieu le Père et à son Fils,
À l'Esprit, notre Défenseur,
Dans les éternités sans fin.
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Le Protreptique, 9, 87-88 (trad. SC 2, p.146))
« La sagesse de Dieu se révèle juste » : Dieu nous appelle à la conversion
Personne ne saurait être touché des exhortations des autres saints comme de celles du Seigneur lui-même, avec tout son amour pour les hommes, car il n'a pas d'autre préoccupation que celle de sauver l'homme. Il crie donc, pour presser les hommes de se sauver : « Le Royaume des cieux est proche » (Mc 1,15). Il cherche à convertir les hommes qui viennent à lui. De la même façon l'apôtre du Seigneur se fait...l'interprète de la voix de Dieu : « Le Seigneur est proche ; prenez garde que nous ne soyons surpris et trouvés vides » (cf Ph 4,5 ; 1Th 5,4)
Mais vous, ressentez-vous si peu de crainte, ou plutôt, êtes-vous assez incrédules pour ne pas croire ni au Seigneur lui-même ni à Paul, surtout quand il est enchaîné pour le Christ ? (Ph 1,13) « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon ! » (Ps 33,9) La foi vous introduira, l'expérience vous enseignera, l'Écriture, comme un pédagogue, vous guidera. Elle vous dit : « Écoutez-moi, mes petits, je vais vous apprendre la crainte du Seigneur », puis, quand déjà on croit, elle ajoute : « Quel est l'homme qui veut la vie, qui désire voir de beaux jours ? (Ps 33,12-13) -–C'est nous, dirons-nous, les adorateurs du bien, les émules des bons. --Écoutez donc, ' vous qui êtes loin ', écoutez, ' vous qui êtes près ' » (Is 57,19) Le Verbe ne s'est caché de personne ; c'est une lumière commune. Il brille pour tous les hommes ; il n'y a pas d'étranger pour lui.
Hâtons-nous donc vers le salut, vers la nouvelle naissance. Hâtons-nous, nous qui sommes le grand nombre, de nous réunir en un seul troupeau (Jn 10,16), poursuivons l'unité en suivant le seul Christ. Ainsi l'union de beaucoup de voix, quand leur dissonance et leur dispersion auront été soumises à l'harmonie divine, constituera finalement une seule symphonie. Et le chœur, obéissant à son maître, le Verbe, ne trouvera son repos qu'en la vérité même, quand il pourra dire : « Abba, Père » (Mc 14,36).
AVENT II - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les psaumes, Ps 109 (trad. bréviaire 2e merc. Avent ; cf Brésard, 2000 ans C, p. 16)
« Tous les prophètes, ainsi que la Loi, ont parlé jusqu’à Jean » (Mt 11,13)
Dieu a fixé un temps pour ses promesses, et un temps pour accomplir ce qu’il avait promis. Le temps des promesses était le temps des prophètes, jusqu’à Jean Baptiste ; à partir de lui et jusqu’à la fin, c’est le temps d’accomplir ce qui a été promis. Il est fidèle, Dieu qui s’est fait notre débiteur, non en recevant quelque chose de nous, mais en nous promettant de si grandes choses. C’était peu de promettre : il a voulu encore s’engager par écrit, en dressant avec nous comme un contrat de ses promesses ; ainsi, lorsqu’il commencerait à s’acquitter de ses promesses, nous pourrions considérer dans l’Écriture l’ordre où devait se réaliser ce qu’il a promis. C’est pourquoi le temps de la prophétie, comme nous l’avons dit souvent, était la prédiction des promesses.
Il a promis le salut éternel, la vie bienheureuse sans fin avec les anges, et l’héritage qui ne peut pas se flétrir (1P 1,4), la gloire éternelle, la douceur de son visage, la demeure de sa sainteté dans les cieux, et par la résurrection des morts, désormais aucune crainte de mourir. Telle est sa promesse, comme le but vers lequel se porte tout notre élan, et quand nous y serons parvenus, nous n’aurons plus rien à rechercher, plus rien à exiger.
Et le plan selon lequel nous parviendrons à ce but final, il nous l’a montré par ses promesses et ses annonces. En effet, il a promis aux hommes la divinité, aux mortels l’immortalité, aux pécheurs la justification, aux humiliés la glorification.
ou
Aphraate ( ?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Les Exposés, n° 6, 13 (trad. cf SC 349)
« Les disciples comprirent qu'il leur parlait de Jean le Baptiste »
Notre Seigneur témoigne de Jean qu'il est le plus grand des prophètes, mais il a reçu l'Esprit de façon mesurée, puisque Jean a obtenu un esprit pareil à celui qu'avait reçu Élie.
De même qu'Élie était demeuré dans la solitude, ainsi l'Esprit de Dieu a emmené Jean demeurer dans le désert, dans les montagnes et dans les grottes. Un corbeau avait volé au secours d'Élie pour le nourrir ; Jean mangeait des sauterelles volantes. Élie portait une ceinture de peau ; Jean portait un pagne de peau autour des reins. Élie a été persécuté par Jézabel ; Hérodiade a persécuté Jean. Élie avait réprimandé Achab ; Jean a réprimandé Hérode. Élie avait divisé les eaux du Jourdain ; Jean a ouvert le baptême. Le double de l'esprit d'Élie s'est posé sur Élisée ; Jean a imposé les mains à notre Sauveur, qui a reçu l'Esprit sans mesure (Jn 3,34). Élie ouvrit le ciel et s'éleva, Jean vit les cieux ouverts et l'Esprit de Dieu descendre et se poser sur notre Sauveur.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Œuvres, éd. Assemani, t. 1, p. 486 (trad. Thèmes et figures, DDB 1984, coll. Pères dans la foi 28-29, p. 285)
Élie sur le Mont Horeb
« Voici que le Seigneur passa. Il y eut un vent très violent, qui renversait les montagnes et brisait les rochers devant le Seigneur, mais le Seigneur n'était pas dans le vent. » (1R 19, 11) Puis il y eut des tremblements de terre et des éclairs après l'ouragan ; Élie entendit que Dieu n'était pas là non plus. Ces phénomènes avaient pour but de contenir le zèle d'ailleurs louable du prophète dans les limites de sa charge et de lui enseigner, à l'exemple donné par les signes de l'autorité divine, que la sévérité devait se tempérer de miséricorde. Selon le sens caché, les tourbillons de vent qui précédaient la venue de Dieu, les tremblements de terre, les incendies attisés par les vents étaient les signes avant-coureurs du jugement universel...
« Après le feu, il y eut un murmure léger. » Par ce symbole, Dieu retient le zèle immodéré d'Élie. Il veut ainsi lui dire : « Tu vois que les vents déchaînés ne me plaisent pas, ni les tremblements de terre horribles et que je n'aime ni les éclairs ni la foudre : pourquoi n'imites-tu pas la douceur de ton Dieu ? Pourquoi ne relâches-tu pas un peu ce zèle dont tu brûles, pour être plutôt le protecteur que l'accusateur des hommes de ton peuple ? » Le doux murmure représente la joie de la vie bienheureuse qui sera donnée aux justes, quand, à la fin des temps, sera rendu le jugement général redoutable...
« Après avoir entendu ce murmure, Élie se couvrit le visage de son manteau. Il sortit, se tint debout à l'entrée de la grotte, et voici qu'une voix lui disait : ' Élie, que fais-tu ici ? ' Il répondit : ' J'éprouve un zèle ardent pour mon Seigneur le Dieu des armées, parce que les fils d'Israël ont abandonné ton alliance ' ». Le prophète se tint à l'entrée de la grotte, sans oser s'approcher de Dieu qui venait, et il se couvrit le visage, dans la pensée qu'il était indigne de voir Dieu... Il avait pourtant devant les yeux un signe de la clémence divine et, ce qui aurait dû le toucher plus encore, il faisait en personne l'expérience de la bonté merveilleuse de Dieu, dans les paroles qu'il lui adressait. Qui ne serait séduit par la bienveillance d'une si grande majesté, par une question si douce : « Élie, que fais-tu ici ? »
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale 3 (trad. Soleil Levant 1962, p. 71 rev.)
Le Nouvel Élie
Point final de l'Ancien Testament, le baptême est aussi le début du Nouveau. En effet, il eut pour promoteur Jean le Baptiste, « qu'aucun enfant de la femme ne surpassait » (Mt 11,11). Jean achevait la série des prophètes, « car tous les prophètes ainsi que la Loi ont parlé jusqu'à Jean » (Mt 11,13). Et il ouvre l'ère de l'Évangile, comme il est écrit : « Commencement de l'Évangile de Jésus Christ... Jean parut au désert, proclamant un baptême » (Mc 1, 1.4).
Lui opposerais-tu Élie le Thisbite qui a été enlevé au ciel ? Il n'est pourtant pas supérieur à Jean. Enoch a été transporté au ciel, mais il n'est pas plus grand que Jean. Moïse a été un très grand législateur en Israël. Tous les prophètes ont été admirables, mais ils n'étaient pas plus grands que Jean. Il ne s'agit pas de comparer prophètes à prophètes ; mais leur Maître, notre Maître, le Seigneur Jésus a déclaré : « Parmi les hommes, il n'en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste » (Mt 11,11). La comparaison est établie entre le grand serviteur et ses compagnons de service, mais la supériorité et la grâce du Fils en face des serviteurs ne souffre pas de comparaison.
Vois-tu donc quel homme Dieu a choisi comme premier bénéficiaire de cette grâce ? Un pauvre, un ami du désert, sans être pour autant un ennemi des hommes. En mangeant des sauterelles, il donnait des ailes à son âme. Nourri de miel, il prononçait des paroles plus douces et plus utiles que le miel. Portant un vêtement de poils de chameau, il montrait en sa personne l'exemple de l'effort. C'est que dès le sein de sa mère, il avait été sanctifié par l'Esprit Saint (Lc 1,15). Jérémie avait été sanctifié, mais il n'avait pas prophétisé dès le sein maternel. Seul Jean, dans la prison du sein de sa mère, a tressailli de joie (Lc 1,44) ; sans voir encore de ses yeux de chair, sous l'action de l'Esprit, il a reconnu le Maître. La grandeur de la grâce du baptême exigeait un grand chef de file.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de St Jean, n° 4
« Il marchera devant le Seigneur avec l'esprit et la puissance d'Élie » (Lc 1,17)
« Pourquoi donc les scribes, c'est-à-dire les docteurs de la Loi, disent-ils qu'il faut qu'Élie vienne d'abord ? » Le Seigneur leur répond : « Élie est déjà venu, et ils lui ont fait souffrir tout ce qu'ils ont voulu, et si vous voulez le comprendre, c'est Jean le Baptiste. » Ainsi notre Seigneur Jésus Christ dit expressément : « Élie est déjà venu » et qu'il s'agit de Jean Baptiste. Mais quand on interroge Jean, il déclare qu'il n'est pas plus Élie qu'il n'est le Christ (Jn 1,20s)... Pourquoi donc affirme-t-il : « Je ne suis pas Élie » tandis que le Seigneur dit à ses disciples qu'il est Élie ? Notre Seigneur voulait parler symboliquement de son avènement à venir et dire que Jean était venu dans l'esprit d'Élie. Ce que Jean a été pour le premier avènement, Élie le sera pour le second. Il y a deux avènements pour le Juge, il y a aussi deux précurseurs. Le juge est le même dans les deux avènements, mais il y a deux précurseurs... Le juge devait d'abord venir pour être jugé ; il a envoyé devant lui un premier précurseur, et il l'a appelé Élie, parce qu'Élie sera pour le second avènement ce que Jean a été pour le premier.
Considérez, frères bien-aimés, combien cette explication est fondée sur la vérité. Au moment où Jean a été conçu...le Saint Esprit avait fait cette prédiction qui devait s'accomplir en lui : « Il sera le précurseur du Très-Haut, dans l'esprit et la puissance d'Élie » (Lc 1,17)... Qui pourra comprendre ces choses ? Celui qui aura imité l'humilité du précurseur et connu la majesté du juge. Personne n'a été plus humble que ce saint précurseur. Cette humilité de Jean constitue son plus grand mérite ; il aurait pu tromper les hommes, passer pour le Christ, être regardé comme le Christ, tant était grandes sa grâce et sa vertu, et cependant il déclare ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. —Es-tu Élie ? —Je ne suis pas Élie. »
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, III, 10-11 (trad. cf. SC 34)
« Je vous le déclare : Élie est déjà venu »
À propos de Jean le Baptiste, nous lisons chez Luc : « Il sera grand devant le Seigneur, et il ramènera beaucoup des fils d'Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant lui avec l'esprit et la puissance d'Élie, afin de préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé » (Lc 1,15s). Pour qui donc a-t-il préparé un peuple et devant quel Seigneur a-t-il été grand ? Sans aucun doute devant celui qui a dit que Jean avait quelque chose de « plus qu'un prophète » et que « personne d'entre les enfants des femmes n'était plus grand que Jean le Baptiste » (Mt 11,9.11). Car Jean préparait un peuple en annonçant d'avance à ses compagnons de servitude la venue du Seigneur et en leur prêchant la pénitence, afin que, lorsque le Seigneur serait présent, ils soient en état de recevoir son pardon, qu'ils reviennent à celui dont ils s'étaient éloignés par leurs péchés et leurs transgressions... C'est pourquoi, en les ramenant à leur Seigneur, Jean préparait au Seigneur un peuple bien disposé, dans l'esprit et la puissance d'Élie...
Jean l'évangéliste nous dit : « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière. Il n'était pas la Lumière, mais il venait pour lui rendre témoignage » (1,6-8). Ce précurseur, Jean le Baptiste, qui rendait témoignage à la lumière, a été envoyé sans aucun doute par le Dieu qui...avait promis par les prophètes d'envoyer son messager devant la face de son Fils pour lui préparer le chemin (Ml 3,1 ;Mc 1,2), c'est-à-dire pour rendre témoignage à la Lumière dans l'esprit et la puissance d'Élie... Précisément parce que Jean est un témoin, le Seigneur dit qu'il était plus qu'un prophète. Tous les autres prophètes ont annoncé la venue de la lumière du Père et ont désiré être jugés dignes de voir celui qu'ils prêchaient. Jean a prophétisé comme eux mais il l'a vu présent, il l'a montré et a persuadé beaucoup de croire en lui, si bien qu'il a tenu à la fois la place d'un prophète et celle d'un apôtre. Voilà pourquoi le Christ dit de lui qu'il était « plus qu'un prophète ».
ou
Saint Romanos le Mélode ( ?-v. 560), compositeur d'hymnes
Hymne sur le prophète Élie (trad. SC 99, p. 337)
« Comme tu étais redoutable Élie... toi qui a été emporté dans un tourbillon de feu..., toi qui a été préparé pour la fin des temps » (Si 48,9-10)
Devant la perversité des hommes, Élie le prophète a médité de rendre le châtiment plus dur encore. Ce que voyant, le Miséricordieux répondit au prophète : « Je sais le zèle que tu as pour le bien (1R 19,14), je connais ta bonne volonté, mais j'ai compassion des pécheurs quand ils sont punis sans mesure. Tu t'irrites parce que tu es sans reproche, tu ne peux pas te résigner ? Moi, je ne peux pas me résigner à ce qu'un seul se perde (Mt 18,14), car je suis le seul ami des hommes » (Sg 1,6).
Par la suite le Maître, voyant l'humeur abrupte du prophète à l'égard des hommes, s'est préoccupé de leur race. Il a éloigné Élie de la terre qu'ils habitaient, disant : « Éloigne-toi du séjour des hommes ; c'est moi qui, dans ma miséricorde, descendrai chez les hommes en me faisant homme. Quitte donc la terre et monte, puisque tu ne peux pas tolérer les fautes des hommes. Mais moi qui suis du ciel, je vivrai parmi les pécheurs et je les sauverai de leurs fautes, moi, le seul ami des hommes.
« Si tu ne peux pas habiter avec les hommes coupables, viens ici, habite le domaine de mes amis, là où il n'y a plus de péché. C'est moi qui vais descendre, car je peux prendre sur mes épaules et ramener la brebis égarée (Lc 15,5), et crier à ceux qui peinent : Accourez tous, pécheurs, venez à moi, reposez-vous (Mt 11,28). Car moi, je ne suis pas venu pour punir ceux que j'ai créés, mais pour arracher les pécheurs à l'impiété, moi, le seul ami des hommes. »
Ainsi Élie, quand il a été élevé aux cieux (2R 2,11), est apparu alors comme la figure de l'avenir. Ce Thesbite (1R 17,1) a été enlevé par un char de feu ; le Christ a été élevé parmi les nuées et les puissances (Ac 1,9). Le premier a laissé tomber du haut du ciel son manteau pour Élisée (2R 2,13) ; le Christ a envoyé à ses apôtres le Saint Esprit, le Défenseur (Jn 15,26), que nous les baptisés nous avons tous reçu et par qui nous sommes sanctifiés, comme l'enseigne à tous le seul ami des hommes.
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Discours sur le grand prophète Élie le Thesbite (trad. Coll. Spi. Or. 53, p.186 rev.)
« Il sera rempli d'Esprit Saint... ; il marchera devant le Seigneur avec la puissance d'Élie » (Lc 1,17)
Qui a obtenu le pouvoir d'ouvrir ou de fermer les cieux, de retenir ou de faire venir la pluie ? Qui pouvait faire descendre le feu sur un sacrifice inondé d'eau ou sur deux troupes de soldats à cause de leurs méfaits ? Qui, dans une ardeur enflammée, a fait périr les prophètes de la honte à cause des idoles offensantes qu'ils vénéraient ? Qui a vu Dieu dans une brise légère ?... Tous ces faits sont propres à Élie seulement et à l'Esprit qui est en lui.
Mais on pourrait parler d'événements encore plus prodigieux... Élie est celui qui jusqu'à ce jour n'a même pas subi la mort, mais a été enlevé aux cieux et reste impérissable ; certains pensent qu'il vit avec les anges, dont il a imité la nature incorruptible et immatérielle à travers une vie pure... Et de fait Élie est apparu à la transfiguration du Fils de Dieu, le voyant à visage découvert, se tenant face à face devant lui. À la fin des temps, quand le salut de Dieu sera manifesté, c'est lui qui proclamera la venue de Dieu avant les autres et la montrera aux autres ; par beaucoup de signes extraordinaires il confirmera le jour qui est tenu secret. Ce jour-là nous aussi, si nous sommes prêts, nous espérons aller au devant de cet homme admirable qui nous prépare le chemin qui mène à ce jour. Qu'il nous fasse entrer donc dans les demeures célestes, dans le Christ Jésus notre Seigneur, à qui reviennent la gloire et la puissance, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles.
(Références bibliques : 1R 17,1 ; 2R 1,10 ; 1R 18,40 ; 19,12 ; 2R 2,1 ; Mt 17,3)
ou
Saint Ambroise (v. 340-397)
évêque de Milan et docteur de l'Église
Élie et le jeûne ; PL14, 697 (in Le saint Prophète Élie d’après les Pères de l’Église; textes présentés par les carmélites du Monastère Saint-Élie; trad. Coll. Spi. Or. n° 53; Éd. monastiques–Abbaye de Bellefontaine 1992, p.227 rev.)
« Il marchera devant Dieu avec l'esprit et la puissance d'Elie » (Lc 1,17)
Qu'est-ce que le jeûne, sinon l'essence et l'image du ciel ? Le jeûne est le réconfort de l'âme, la nourriture de l'esprit. Le jeûne est la vie des anges ; le jeûne est la mort du péché, la destruction des fautes, le remède du salut, la racine de la grâce, le fondement de la chasteté. Par cette échelle, on parvient plus rapidement auprès de Dieu. Élie est monté par cette échelle, avant de monter par le char ; et en partant vers le ciel, il a laissé à son disciple cet héritage de la sobriété et de l'abstinence (cf 2R 2,11-15).
C'est dans cette force et cet esprit d'Élie que Jean est venu (Lc 1,17). En effet, au désert lui aussi s'adonnait au jeûne, et sa nourriture était des sauterelles et du miel sauvage (Mt 3,4). Pour cette raison, celui qui l'avait emporté par sa maîtrise de soi sur la capacité de la vie humaine a été considéré non comme un homme, mais comme un ange. Nous lisons à son sujet : « Il est même plus qu'un prophète. C'est celui dont il est écrit : Voici que j'envoie mon ange devant ta face pour préparer le chemin devant toi » (Mt 11,9-10 grec ; Ex 23,20). Qui aurait pu par une force humaine monter sur des chevaux de feu, sur un char de feu, mener une course à travers les airs [comme Élie], sinon celui qui avait transformé la nature du corps humain par la force du jeûne qui lui accorde une nature impérissable ?