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CARÊME I - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Sermon pour le 2ème dimanche après Pâques (Sermons de Saint Jean Baptiste Marie Vianney, Curé d'Ars, t. 2 ; Éd. Ste Jeanne d'Arc, 1982 ; p. 27-28 ; rev.)
Conseils pour ne pas succomber à la tentation
Nous lisons dans l’histoire qu’un saint prêtre rencontra un jour un chrétien, qui était dans une appréhension continuelle de succomber à la tentation. « Pourquoi craignez-vous ? lui dit le prêtre. Hélas ! mon père, lui dit-il, je crains d’être tenté, de succomber et de périr. Ah s’écrie-t-il en pleurant, n’ai-je pas lieu de trembler, si tant de millions d’anges ont succombé dans le ciel, si Adam et Ève ont été vaincu dans le paradis terrestre. (…)
Mais, mon ami, lui dit le saint prêtre, ne savez-vous pas que le démon est comme un gros chien à l’attache, il aboie et fait grand bruit ; mais il ne mord que celui qui s’approche de trop près. Ayez confiance en Dieu, fuyez les occasions du péché, et vous ne succomberez pas. Si Ève n’avait pas écouté le démon, si elle avait pris la fuite dès qu’il lui parla de transgresser les commandements de Dieu, elle n’aurait pas succombé. Lorsque vous serez tenté, rejetez de suite les tentations, et, si vous pouvez, faites dévotement le signe de la croix, pensez aux tourments qu’endurent les réprouvés pour n’avoir pas su résister à la tentation ; levez les yeux vers le ciel, et vous verrez la récompense de celui qui combat ; appelez votre bon ange à votre secours, jetez-vous promptement entre les bras de la Mère de Dieu, en réclamant sa protection ; vous êtes sûr d’être victorieux de vos ennemis, et vous les verrez bientôt couvert de confusion.
Si vous succombez, mes frères, cela ne vient donc que de ce que nous ne voulons pas prendre les moyens que le bon Dieu nous offre pour combattre. Il faut surtout être bien convaincus que, de nous-mêmes, nous ne pouvons que nous perdre ; mais qu’avec une grande confiance en Dieu, nous pouvons tout.
ou
Hésychius le Sinaïte
dit de Batos – parfois assimilé à Hésychius prêtre de Jérusalem – (Ve s. ?), moine
Chapitres « Sur la sobriété et la vigilance » n° 12, 20, 40 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès)
Le combat de l’âme
Notre maître et Dieu incarné nous a donné un modèle (cf. 1 P 2,21) de toute vertu, un exemple pour la race des hommes et il nous a fait revenir de l’ancienne chute, en signifiant la vie vertueuse à même sa chair. Il nous a révélé toutes ses œuvres bonnes, et c’est avec elles qu’il est monté au désert après le baptême, et qu’il a commencé là par le jeûne le combat de l’intelligence, quand le diable l’approcha comme un simple homme (cf. Mt 4,3). Par la manière dont il a vaincu, le maître nous a enseigné alors, à nous aussi, les inutiles, comment il nous faut mener la lutte contre les esprits du mal : dans l’humilité, le jeûne, la prière (cf. Mt 17,21), la sobriété et la vigilance. Mais lui-même n’avait nul besoin de ces choses. Car il est Dieu et le Dieu des dieux. (…)
Celui qui mène le combat intérieur doit à chaque instant avoir ces quatre choses : l’humilité, une attention extrême, la réfutation et la prière. L’humilité, parce que le combat l’oppose aux démons orgueilleux, et afin d’avoir l’aide du Christ à la portée de son cœur, car « le Seigneur hait les orgueilleux » (Pr 3,34 LXX). L’attention, afin de garder toujours son cœur pur de toute pensée, combien même elle paraîtrait bonne. La réfutation, afin de contester tout de suite le malin avec colère. Dès qu’on l’a vu venir. Il est dit : « Je répondrai à ceux qui m’outragent. Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu ? » (Ps 61(62),2 LXX). Enfin la prière, afin de crier vers le Christ en un « gémissement ineffable » (Rm 8,26), aussitôt après la réfutation. Alors celui qui combat verra l’ennemi se dissiper avec l’apparition de son image, comme poussière au vent ou fumée qui s’évanouit, chassée par le nom adorable de Jésus. (…)
Que l’âme mette donc sa confiance dans le Christ, qu’elle l’invoque et qu’elle n’ait nullement peur. Car elle ne combat pas seule, mais avec le Roi terrible, Jésus Christ, Créateur de tous les êtres, des incorporels et des corporels, c'est-à-dire des visibles et des invisibles.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l’Évangile, n°16 (trad. Le Barroux rev.)
« De même que tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes parce qu’un seul homme a obéi » (Rm 5,19)
En examinant le déroulement de la tentation du Seigneur, nous pourrons comprendre avec quelle ampleur nous avons été délivrés de la tentation. L’ennemi des origines s’est dressé contre le premier homme, notre ancêtre, par trois tentations : il l’a tenté par la gourmandise, la vaine gloire et l’avarice… C’est par la gourmandise qu’il lui a montré le fruit défendu de l’arbre et l’a persuadé de le manger. Il l’a tenté par la vaine gloire en disant : « Vous serez comme des dieux » (Gn 3,5). Et c’est en y ajoutant l’avarice qu’il l’a tenté en disant : « Vous connaîtrez le bien et le mal. » En effet, l’avarice n’a pas seulement pour objet l’argent, mais aussi les honneurs…
Mais quand il a tenté le second Adam (1Co 15,47), les mêmes moyens qui lui avaient servi à terrasser le premier homme ont vaincu le diable. Il le tente par la gourmandise en lui demandant : « Ordonne que ces pierres deviennent des pains » ; il le tente par la vaine gloire en lui disant : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » ; il le tente par le désir avide des honneurs lorsqu’il lui montre tous les royaumes du monde en déclarant : « Tout cela, je te le donnerai si, tombant à mes pieds, tu m’adores »... Ayant ainsi fait prisonnier le diable, le second Adam l’expulse de nos cœurs par le même accès qui lui avait permis d’y entrer et de les tenir en son pouvoir.
Il y a autre chose que nous devons considérer dans la tentation du Seigneur… : il pouvait précipiter son tentateur dans l’abîme, mais il n’a pas manifesté son pouvoir personnel ; il s’est limité à répondre au diable par des préceptes de la Sainte Écriture. Il l’a fait pour nous donner l’exemple de sa patience, et nous inviter ainsi à recourir à l’enseignement plutôt qu’à la vengeance… Voyez quelle est la patience de Dieu, et quelle est notre impatience ! Nous sommes emportés de fureur dès que l’injustice ou l’offense nous atteignent… ; le Seigneur, lui, a endure l’hostilité du diable, et il ne lui a répondu qu’avec des paroles de douceur.
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon 16 ; PL 57, 561, CC Sermon 51, p. 206 (trad. Migne 1996, p. 85 rev.)
Se nourrir de la Parole qui sort de la bouche de Dieu
Le Sauveur répond au diable : « Ce n'est pas de pain seulement que vit l'homme, mais de toute parole de Dieu ». Ce qui veut dire : « Il ne vit pas du pain de ce monde, ni de la nourriture matérielle dont tu t'es servi pour tromper Adam, le premier homme, mais de la Parole de Dieu, de son Verbe, qui contient l'aliment de la vie céleste ». Or, le Verbe de Dieu, c'est le Christ notre Seigneur, comme le dit l'évangéliste : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu » (Jn 1, 1).  Quiconque donc se nourrit de la parole du Christ n'a plus besoin de nourriture terrestre. Car celui qui se restaure avec le pain du Seigneur ne peut pas désirer le pain de ce monde. En effet, le Seigneur a son propre pain, ou plutôt le Sauveur est lui-même pain, comme il l'enseigne par ces paroles : « Je suis le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). Et ce pain a fait dire au prophète : « Le pain fortifie le cœur de l'homme » (Ps 103, 15).
Que m'importe le pain qu'offre le diable, alors que j'ai le pain que partage le Christ ? Que m'importe la nourriture qui...a fait chasser le premier homme du Paradis, a fait perdre à Ésaü son droit d'aînesse...(Gn 25, 29s), qui a désigné Judas Iscariote comme un traître (Jn 13, 26s) ? Adam a perdu en effet le Paradis à cause de la nourriture, Ésaü a perdu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles, et Judas a renoncé à son rang d'apôtre pour une bouchée : car, au moment où il a pris une bouchée, il a cessé d'être un apôtre pour devenir un traître... La nourriture qu'il nous faut prendre est celle qui ouvre la route au Sauveur, non au diable, celle qui transforme celui qui l'absorbe en confesseur de la foi et non en traître.
Le Seigneur a raison de dire, en ce temps de jeûne, que c'est le Verbe de Dieu qui nourrit, pour nous enseigner que nous ne devons pas passer nos jeûnes en soucis de ce monde, mais à la lecture des textes sacrés. En effet, celui qui se nourrit de l'Écriture oublie la faim du corps ; celui qui s'alimente du Verbe céleste oublie la faim. Voilà bien la nourriture qui alimente l'âme et apaise l'affamé... : elle confère la vie éternelle et éloigne de nous les pièges de la tentation du diable. Cette lecture des textes sacrés est vie, comme l'atteste le Seigneur : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie » (Jn 6, 63).
ou
Saint Isaac le Syrien (7ème siècle), moine à Ninive, près de Mossoul dans l'actuel Irak
Discours ascétiques, 1ère série, n° 85 (trad. DDB 1981, p. 424)
« Alors le démon le quitte »
De même que le désir de la lumière suit les yeux sains, de même le désir de la prière suit le jeûne mené avec discernement. Quand un homme commence à jeûner, il désire communier à Dieu dans les pensées de son esprit. En effet le corps qui jeûne ne supporte pas de dormir toute la nuit sur sa couche. Quand le jeûne a scellé la bouche de l'homme, celui-ci médite en état de componction, son cœur prie, son visage est grave, les mauvaises pensées le quittent ; il est l'ennemi des convoitises et des vaines conversations. Jamais on n'a vu un homme jeûner avec discernement et être asservi au désir mauvais. Le jeûne mené avec discernement est une grande demeure abritant tout bien...
Car le jeûne est l'ordre qui a été donné dès le commencement à notre nature, pour la garder de manger le fruit de l'arbre (Gn 2, 17), et c'est de là que vient ce qui nous trompe... C'est par là aussi que le Sauveur a commencé, quand il s'est révélé au monde dans le Jourdain. Après le baptême en effet, l'Esprit l'a mené dans le désert, où il a jeûné quarante jours et quarante nuits.
Tous ceux qui partent pour le suivre font désormais de même : c'est sur ce fondement qu'ils posent le commencement de leur combat, car cette arme a été forgée par Dieu... Et quand maintenant le diable voit cette arme dans la main d'un homme, cet adversaire et tyran se met à craindre. Il pense aussitôt à la défaite que lui a infligée le Sauveur dans le désert, il s'en souvient, et sa puissance est brisée. Il se consume dès qu'il voit l'arme que nous a donnée celui qui nous mène au combat. Quelle arme est plus puissante et ranime autant le cœur dans sa lutte contre les esprits du mal ?
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, IV, 7-12 ; PL 15,1614 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 88)
« Jésus fut alors conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le diable »
Il faut se rappeler comment le premier Adam a été chassé du Paradis dans le désert, pour que ton attention soit attirée sur la manière dont le second Adam (1Co 15,45) retourne du désert au paradis. Vois en effet comment la première condamnation est dénouée comme elle avait été nouée, et comment les bienfaits divins sont rétablis sur les traces des anciens. Adam vient d'une terre vierge, le Christ vient de la Vierge ; celui-là a été fait à l'image de Dieu, celui-ci est l'Image de Dieu (Col 1,15) ; celui-là a été placé au-dessus de tous les animaux sans raison, celui-ci au-dessus de tous les êtres vivants. Par une femme est venue la sottise, par une vierge la sagesse ; la mort est venue d'un arbre, la vie par la croix. L'un, dénudé du vêtement spirituel, s'est tressé un vêtement de feuilles d'arbre ; l'autre, dénudé du vêtement de ce monde, n'a plus souhaité un vêtement matériel (Jn 19,23).
Adam est chassé au désert, le Christ vient au désert ; car il savait où trouver le condamné qu'il ramènerait au paradis, délivré de sa faute... Celui qui, faute de guide, avait perdu au Paradis la route qu'il suivait, comment, sans guide, aurait-il pu retrouver au désert la route perdue ? Là, les tentations sont nombreuses, l'effort vers la vertu difficile, et faciles les faux-pas dans l'erreur... Suivons donc le Christ, selon ce qui est écrit : « Tu marcheras à la suite du Seigneur ton Dieu et tu lui seras attaché » (Dt 13,5)... Suivons donc ses traces, et nous pourrons revenir du désert au paradis.


CARÊME I - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Commentaire sur le Cantique des cantiques, III, 27-33 ; SC 376 (trad. cf SC, p. 671)
« Les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche »
La vie des mortels est remplie de pièges qui font trébucher, remplie des filets des tromperies... Et parce que l'ennemi avait tendu partout ces filets, et qu'il y avait pris à peu près tous les hommes, il a été nécessaire que paraisse quelqu'un qui soit plus fort pour les dominer, les rompre, et frayer ainsi la voie à ceux qui le suivaient. C'est pourquoi, avant de venir s'unir l'Église comme son épouse, le Sauveur aussi est tenté par le diable... Il enseignait ainsi à l'Église que ce n'est pas par l'oisiveté et les plaisirs, mais par bien des épreuves et tentations, qu'elle devrait venir au Christ.
Il n'y avait en effet personne d'autre qui aurait pu triompher de ces filets. « Car tous ont péché », comme il est écrit (Rm 3,23)... Notre Seigneur et Sauveur Jésus est le seul qui « n'a jamais commis de péché » (1P 2,22). Mais le Père « l'a identifié au péché pour nous » (2Co 5,21) afin que « dans notre condition humaine de pécheurs, à cause du péché, il détruise le péché » (Rm 8,3). Jésus est donc entré dans ces filets, mais lui seul n'a pas pu être enlacé par eux. Bien plus, les ayant rompus et déchirés, il a donné confiance à l'Église, si bien qu'elle ose désormais fouler aux pieds les pièges, franchir les filets, et dire en toute allégresse : « Notre âme comme un oiseau s'est échappée du filet des chasseurs. Le filet a été rompu, et nous avons été libérés » (Ps 123,7).
Lui aussi cependant a succombé à la mort, mais volontairement, et non, comme nous, sous la contrainte du péché. Car il est le seul à avoir été « libre entre les morts » (Ps 87,6 LXX). Et parce qu'il était libre entre les morts, il a vaincu « celui qui possédait le pouvoir de la mort » (He 2,14) et lui a « arraché les captifs » (Ep 4,8) qui étaient détenus dans la mort. Il ne s'est pas seulement ressuscité lui-même des morts, mais il a en même temps « ressuscité ceux qui étaient prisonniers de la mort, et il les a fait asseoir dans les cieux » (Ep 2,5s) ; « montant dans les hauteurs, il a emmené captive la foule des captifs » (Ep 4,8).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les Psaumes, Ps 60 ; CCL 39, 766 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 88)
« En toutes choses, il a connu l'épreuve comme nous, et il n'a pas péché » (He 4, 15)
« Écoute, ô Dieu, ma plainte, sois attentif à ma prière... Des confins de la terre je crie vers toi ; mon cœur est dans l'angoisse » (Ps 60, 2-3). Des confins de la terre, c'est-à-dire de partout... Ce n'est donc pas une seule personne qui parle ainsi ; et pourtant si, c'est une seule personne, car il n'y a qu'un seul Christ dont nous sommes les membres (Ep 5, 23)... Celui qui crie des confins de la terre est dans l'angoisse, mais il n'est pas abandonné. Car c'est nous, c'est-à-dire son corps, que le Seigneur a voulu préfigurer en son propre corps...
Il nous a symbolisés en sa personne quand il a voulu être tenté par Satan. On lit dans l'Évangile que notre Seigneur, le Christ Jésus, a été tenté au désert par le diable. Dans le Christ, c'est toi qui étais tenté, car le Christ avait pris de toi sa chair pour te donner son salut, de toi il prenait sa mort pour te donner sa vie, de toi il subissait ses outrages pour te donner son honneur. C'est donc de toi qu'il prenait aussi les tentations, pour te donner sa victoire. Si nous sommes tentés en lui, en lui aussi nous triomphons du diable.
Tu remarques bien que le Christ a été tenté, et tu ne remarques pas qu'il a remporté la victoire ? Reconnais-toi comme tenté en lui, reconnais-toi comme vainqueur en lui. Il aurait pu empêcher le diable de s'approcher de lui ; mais s'il n'avait pas été tenté, comment t'aurait-il enseigné la manière de vaincre dans la tentation ? C'est pourquoi ce n'est pas étonnant si, harcelé de tentations, il crie des confins de la terre selon ce psaume. Mais pourquoi n'est-il pas vaincu ? Le psaume continue : « Tu m'as établi sur le roc »... Souvenons-nous de l'Évangile : « Sur ce roc je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). C'est donc l'Église, qu'il a voulue bâtir sur le roc, qui crie des confins de la terre. Mais qui est devenu rocher pour que l'Église puisse être bâtie sur le roc ? Écoutons saint Paul nous le dire : « Le rocher c'était le Christ » (1Co 10, 4). C'est donc sur lui que nous sommes bâtis. Et voilà pourquoi ce roc sur lequel nous sommes bâtis a été le premier à être battu par les vents, les torrents et les pluies lorsque le Christ a été tenté par le diable (Mt 7, 25). Voilà la fondation inébranlable sur laquelle il a voulu t'établir.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Retraite prêchée au Vatican 1983 (trad. Le Ressuscité, DDB 1986, p.12)
« Dans le désert, il resta quarante jours »
En entrant dans le désert, Jésus s'insère dans l'histoire du salut de son peuple, du peuple élu. Cette histoire commence après la sortie d'Égypte, par une migration de quarante ans dans le désert. Au centre de ces quarante ans se placent les jours du face à face avec Dieu : ces quarante jours que Moïse a passés sur la montagne, dans le jeûne absolu, loin de son peuple, dans la solitude de la nuée, au sommet de la montagne (Ex 24,18). C'est du cœur de ces journées que jaillit la source de la Révélation. Nous retrouvons cette durée de quarante jours dans la vie d'Élie : persécuté par le roi Achab, il chemine quarante jours dans le désert, revenant ainsi au point d'origine de l'alliance, à la voix de Dieu, pour un nouveau départ de l'histoire du salut (1R 19,8).
Jésus entre dans cette histoire. Il revit les tentations de son peuple, les tentations de Moïse. Comme Moïse, il offrait l'échange sacré : être effacé du livre de la vie pour sauver son peuple (Ex 32,32). Ainsi Jésus sera l'Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde ; il sera le véritable Moïse qui est vraiment « dans le sein du Père » (Jn 1,18), face à face avec lui pour le révéler. Dans les déserts du monde, il est vraiment la source de l'eau vive (Jn 7,38), lui qui ne se contente pas de parler, mais qui est lui-même la parole de la vie : voie, vérité et vie (Jn 14,6). Du haut de la croix, il nous donne l'alliance nouvelle. Véritable Moïse, il entre par sa résurrection dans la terre promise dont Moïse s'est vu refuser l'accès et, par la clef de la croix, il nous en ouvre la porte.
ou
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l'Église
Sermon XL, 10
La tentation après le baptême
Si, après le baptême, tu es attaqué par le persécuteur, le tentateur de la lumière, tu auras matière à victoire. Il t'attaquera certainement, puisqu'il s'en est pris au Verbe, mon Dieu, trompé par l'apparence humaine qui lui dérobait la lumière incréée. Ne redoute pas le combat. Oppose-lui l'eau du baptême, oppose-lui l'Esprit Saint dans lequel s'éteignent tous les traits enflammés lancés par le Malin...
S'il t'expose le besoin qui t'accable -- il n'a pas manqué de le faire à Jésus --, s'il te rappelle que tu as faim, n'aie pas l'air d'ignorer ses propositions. Apprends-lui ce qu'il ne connaît pas ; oppose-lui la Parole de vie, ce vrai Pain envoyé du ciel et qui donne la vie au monde.
S'il te tend le piège de la vanité — il en usa contre le Christ, lors qu'il le fit monter sur le pinacle du Temple et lui dit : « Jette-toi en bas » pour lui faire manifester sa divinité --, prends garde de ne pas déchoir pour avoir voulu t'élever...
S'il te tente par l'ambition en te montrant, dans une vision instantanée, tous les royaumes de la terre comme soumis à son pouvoir et s'il exige de toi l'adoration, méprise-le : ce n'est qu'un pauvre frère. Dis-lui, confiant dans le sceau divin : « Je suis, moi aussi, l'image de Dieu ; je n'ai pas encore été, comme toi, précipité du haut de ma gloire à cause de mon orgueil ! Je suis revêtu du Christ ; je suis devenu un autre Christ par mon baptême ; c'est à toi de m'adorer. » Il s'en ira, j'en suis sûr, vaincu et mortifié par ces paroles. Venant d'un homme illuminé par le Christ, elles seront ressenties par lui comme si elles émanaient du Christ, la lumière suprême. Voilà les bienfaits qu'apporte l'eau du baptême à ceux qui reconnaissent sa force.


CARÊME I - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
La componction du cœur (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p.216-217. 219)
« Bienheureux l’homme qui supporte la tentation » (Jc 1,12)
La tentation n’est-elle pas un danger pour l’âme ? Ne serait-il pas hautement préférable de ne jamais être tenté ? Nous sommes spontanément portés à envier celui qui n’éprouverait jamais de tentation : « Heureux l’homme, dirions-nous volontiers, qui n’a pas à en subir les assauts ! »
C’est peut-être là, en effet, l’avis de notre sagesse humaine. Mais Dieu, qui est la vérité infaillible, la source de notre sainteté et de notre béatitude, nous dit tout le contraire : « Bienheureux l’homme qui supporte la tentation » (Jc 1,12)… Pourquoi l’Esprit Saint proclame-t-il cet homme « heureux », alors que nous, nous inclinerions à penser bien autrement ? (…) Est-ce à cause de la tentation elle-même ? Non, évidemment, mais c’est parce que Dieu se sert d’elle pour obtenir une preuve de notre fidélité ; notre fidélité ‒ soutenue naturellement par la grâce ‒ se fortifie et se manifeste dans la lutte, et la couronne de vie est enfin accordée à sa victoire (cf. Jc 1,12).
La tentation que l’âme supporte patiemment est pour elle une source de mérites, et est glorieuse pour Dieu. Par sa constance dans l’épreuve, l’âme est un vivant témoignage de la force de la grâce : « ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance se manifeste tout entière » (2 Cor 12,9). Dieu attend de nous que nous lui rendions cet hommage et cette gloire. (…) Le Christ Jésus est avec nous, en nous : qui est plus fort que lui ?
ou
Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels, 15/12/1936 (trad.  Cerf 2008, p. 271)
Le Fils de Dieu rejette la tentation d'autres voies et obéit à la volonté de son Père
Moi aussi, quand j'étais dans le monde, je courais quelquefois sur les routes de l'Espagne, ravi de faire monter le compteur de la voiture à 90 kilomètres à l'heure : quelle bêtise ! Quand je me suis aperçu qu'il n'y avait plus d'horizon, j'ai subi la déception de celui qui possède la liberté de ce monde, car la terre est petite, et on en fait vite le tour. Des horizons petits et limités entourent l'homme. Pour celui qui a une âme assoiffée d'horizons infinis, ceux de la terre ne lui suffisent pas : ils l'étouffent, il n'y a pas de monde assez grand pour lui, et il ne trouve ce qu'il cherche que dans la grandeur et l'immensité de Dieu. Hommes libres qui parcourez la planète, je n'envie pas votre vie en ce monde ; enfermé dans un couvent et aux pieds du crucifix, j'ai une liberté infinie, j'ai un ciel, j'ai Dieu. Quelle chance si grande que d'avoir un cœur amoureux de lui !...
Pauvre frère Raphaël !... Continue à attendre, continue à espérer avec cette douce sérénité qui donne l'espérance certaine ; reste immobile, cloué, prisonnier de ton Dieu au pied de son tabernacle. Écoute au loin le vacarme que font les hommes qui goûtent les jours brefs de leur liberté dans le monde ; écoute au loin leurs voix, leurs rires, leurs pleurs, leurs guerres. Écoute et médite un moment ; médite en un Dieu infini, dans le Dieu qui a fait le ciel et la terre et les hommes, le Maître absolu des cieux et de la terre, des fleuves et des mers ; en celui qui en un instant, seulement en le voulant, a fait sortir du néant tout ce qui existe.
Médite un moment en la vie du Christ, et tu verras qu'en elle il n'y a ni libertés, ni bruit, ni éclats de voix ; tu verras le Fils de Dieu soumis à l'homme ; tu verras Jésus obéissant, soumis et qui, dans une paix sereine, a pour loi de sa vie seulement d'accomplir la volonté de son Père. Et finalement, contemple le Christ cloué sur la croix. À quoi bon parler de libertés ?
ou
Saint Grégoire le Grand (vers 540-604), pape, docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n° 16 (trad. Véricel, L'Évangile commenté, p.68)
« Tous sont devenus pécheurs parce qu'un seul homme, Adam, a désobéi ; de même tous deviennent justes par un seul homme, Jésus Christ » (Rm 5, 19)
Le diable s'est attaqué au premier homme, notre parent, par une triple tentation : il l'a tenté par la gourmandise, par la vanité et par l'avidité. Sa tentative de séduction a réussi, puisque l'homme, en donnant son consentement, a été alors soumis au diable. Il l'a tenté par la gourmandise, en lui montrant sur l'arbre le fruit défendu et en l'amenant à en manger ; il l'a tenté par la vanité, en lui disant : « Vous serez comme des dieux » ; il l'a tenté enfin par l'avidité, en lui disant : « Vous connaîtrez le bien et le mal » (Gn 3, 5). Car être avide, c'est désirer non seulement l'argent, mais aussi toute situation avantageuse, désirer, au-delà de la mesure, une situation élevée...
Le diable a été vaincu par le Christ qu'il a tenté d'une manière tout à fait semblable à celle par laquelle il avait vaincu le premier homme. Comme la première fois, il le tente par la gourmandise : « Ordonne que ces pierres se changent en pains » ; par la vanité : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » ; par le désir violent d'une belle situation, quand il lui montre tous les royaumes du monde et lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu tombes à mes pieds et m'adores »...
Il est une chose qu'il faut remarquer dans la tentation du Seigneur : tenté par le diable, le Seigneur a riposté par des textes de la Sainte Écriture. Il aurait pu jeter son tentateur dans l'abîme par le Verbe qu'il était lui-même. Et pourtant il n'a pas eu recours à son pouvoir puissant ; il a seulement mis en avant les préceptes de la Sainte Écriture. Il nous montre ainsi comment supporter l'épreuve, de sorte que, lorsque des méchants nous font souffrir, nous soyons poussés à recourir à la bonne doctrine plutôt qu'à la vengeance. Comparez la patience de Dieu à notre impatience. Nous, quand nous avons essuyé des injures ou subi une offense, dans notre fureur nous nous vengeons nous-mêmes autant que nous le pouvons, ou bien nous menaçons de le faire. Le Seigneur, lui, endure l'adversité du diable sans y répondre autrement que par des mots paisibles.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, IV, 7-12 ; PL 15,1614 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 88)
« Jésus fut alors conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le diable »
Il faut se rappeler comment le premier Adam a été chassé du Paradis dans le désert, pour que ton attention soit attirée sur la manière dont le second Adam (1Co 15,45) retourne du désert au paradis. Vois en effet comment la première condamnation est dénouée comme elle avait été nouée, et comment les bienfaits divins sont rétablis sur les traces des anciens. Adam vient d'une terre vierge, le Christ vient de la Vierge ; celui-là a été fait à l'image de Dieu, celui-ci est l'Image de Dieu (Col 1,15) ; celui-là a été placé au-dessus de tous les animaux sans raison, celui-ci au-dessus de tous les êtres vivants. Par une femme est venue la sottise, par une vierge la sagesse ; la mort est venue d'un arbre, la vie par la croix. L'un, dénudé du vêtement spirituel, s'est tressé un vêtement de feuilles d'arbre ; l'autre, dénudé du vêtement de ce monde, n'a plus souhaité un vêtement matériel (Jn 19,23).
Adam est chassé au désert, le Christ vient au désert ; car il savait où trouver le condamné qu'il ramènerait au paradis, délivré de sa faute... Celui qui, faute de guide, avait perdu au Paradis la route qu'il suivait, comment, sans guide, aurait-il pu retrouver au désert la route perdue ? Là, les tentations sont nombreuses, l'effort vers la vertu difficile, et faciles les faux-pas dans l'erreur... Suivons donc le Christ, selon ce qui est écrit : « Tu marcheras à la suite du Seigneur ton Dieu et tu lui seras attaché » (Dt 13,5)... Suivons donc ses traces, et nous pourrons revenir du désert au paradis.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l’évangile de Matthieu, n° 13,1 ; PG 57, 207 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 339s)
Fortifiés par les tentations
« Après son baptême, Jésus a été conduit par l'Esprit à travers le désert, où il a été mis à l'épreuve par le démon »… Tout ce que Jésus a fait et enduré était destiné à nous instruire. Il a donc voulu être conduit en ce lieu pour lutter avec le démon, afin que personne parmi les baptisés ne soit troublé si après son baptême il subit de plus grandes tentations, comme si c'était extraordinaire ; mais il doit supporter tout cela comme étant dans l'ordre des choses. C'est pour cela que vous avez reçu des armes : non pour rester oisifs, mais pour combattre.
Voici pour quels motifs Dieu n'empêche pas les tentations qui vous surviennent. D'abord pour vous apprendre que vous êtes devenus beaucoup plus forts. Puis, afin que vous gardiez la mesure, au lieu de vous enorgueillir des grands dons que vous avez reçus, car les tentations ont le pouvoir de vous humilier. En outre, vous serez tentés afin que cet esprit du mal, se demandant encore si vous avez vraiment renoncé à lui, soit convaincu, par l'expérience des tentations, que vous l'avez totalement abandonné. Quatrièmement, vous êtes tentés pour être entraînés à être plus forts et plus solides que l'acier. Cinquièmement, afin que vous ayez la certitude absolue que des trésors vous ont été confiés. Car le démon ne vous aurait pas assaillis s'il n'avait pas vu que vous receviez un plus grand honneur.


CARÊME I - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Saint Charles de Foucauld (1858-1916)
ermite et missionnaire au Sahara
Sur l’Évangile (Œuvre spirituelle, anthologie ; Éd. du Seuil, 1958 ; p. 189)
Tout ce que nous faisons au prochain, nous le faisons à Jésus !
« J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger » (Mt 25,35) Notre Seigneur nous donne ici le vrai motif de l’aumône, le plus puissant de tous, il y en a d’autres.
Il faut donner pour obéir à l’ordre tant répété de Dieu ; il faut obéir pour L’imiter, Lui qui donne si libéralement, pour imiter Jésus qui a tant donné ; il faut donner parce que l’amour de Dieu nous oblige à reporter l’amour que nous avons pour Lui sur les hommes, ses enfants bien-aimés ; il faut donner par bonté, uniquement pour pratiquer, cultiver cette vertu qu’il faut aimer pour elle-même puisqu’elle est un des attributs de Dieu, une des beautés divines, une des perfections de Dieu, Dieu même par conséquent ; mais le motif de donner le plus entraînant de tous, celui qui, bien que n’importe lequel des autres suffise largement, nous enflamma par-dessus tout, c’est que tout ce que nous faisons au prochain nous le faisons à Jésus même : il y a là de quoi changer, réformer toute notre vie, diriger toutes nos actions, nos paroles, nos pensées…
Tout ce que nous faisons au prochain, nous le faisons à Jésus…
ou
Thalassius l’Africain
higoumène en Lybie
Centuries I-IV (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès, p. 571-585, rev.)
Au jour du Jugement
Avec la mesure dont tu te sers pour tout mesurer à ton corps, tu seras en retour mesuré par Dieu (cf. Mt 7,2).
Les œuvres des jugements divins se trouvent être les justes rétributions de ce qui a été fait par le corps. (...)
Le Christ donne leur juste rétribution aux vivants et aux morts, et aux actions de chacun. (...)
La conscience est un vrai maître. Celui qui lui obéit est toujours gardé de tout faux pas. (...)
Le Royaume de Dieu est la bonté et la sagesse. Celui qui les a découvertes est citoyen des cieux (cf. Ph 3,20). (...)
De terribles jugements attendent les cœurs durs. Car sans de grandes peines, ils n’acceptent pas de s’adoucir. (...)
Combats jusqu’à la mort pour les commandements du Christ. Car, purifié par eux, tu entreras dans la vie. (...)
Est fils de Dieu celui qui s’est fait semblable à Dieu à travers la bonté de la sagesse, de la puissance et de la justice. (...)
Nos paroles, nos œuvres et nos pensées, Dieu nous demandera d’en rendre compte au jour du Jugement. (...)
Dieu est éternel, sans fin, sans limites, et il a promis des biens éternels, sans fin, ineffables, à ceux qui l’écoutent.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Jesus, the Word to Be Spoken, ch. 8 (trad. Jésus, Celui qu'on invoque, Nouvelle Cité 1988, p. 110)
« C'est à moi que vous l'avez fait »
Jésus dit : « Quoi que vous fassiez au dernier de vos frères, c'est à moi que vous le faites. Lorsque vous recevez un petit enfant, c'est moi que vous recevez. Si en mon nom vous offrez un verre d'eau, c'est à moi que vous le faites » (Mc 9,37 ; Mt 10,42). Afin d'être certain que nous avions bien compris ce qu'il disait, il a affirmé que c'est ainsi que nous serons jugés à l'heure de notre mort : « J'avais faim, vous m'avez donné à manger. J'étais nu, vous m'avez vêtu. J'étais sans abri, vous m'avez logé ».
Ce n'est pas seulement une faim de pain dont il s'agit ; c'est d'une faim d'amour. La nudité ne concerne pas seulement le vêtement ; la nudité c'est aussi le manque de dignité humaine et de cette magnifique vertu qu'est la pureté, ainsi que le manque de respect les uns envers les autres. Être sans abri, ce n'est pas seulement ne pas avoir de maison en dur ; être sans abri, c'est également être rejeté, exclu, pas aimé.
ou
Homélie attribuée à saint Hippolyte de Rome ( ?-v. 235), prêtre et martyr
Traité sur la fin du monde, 41-43 ; GCS I, 2, 305-307 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 159)
« Venez, les bénis de mon Père »
« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Venez, vous qui avez aimé les pauvres et les étrangers. Venez, vous qui êtes restés fidèles à mon amour, car je suis l'amour. Venez, vous qui avez choisi la paix, car je suis la paix. Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous.
« Vous n'avez pas honoré la richesse, mais fait l'aumône aux pauvres. Vous avez secouru les orphelins, aidé les veuves, donné à boire à ceux qui avaient soif et à manger à ceux qui avaient faim. Vous avez accueilli les étrangers, habillé ceux qui étaient nus, visité les malades, réconforté les prisonniers, apporté votre aide aux aveugles. Vous avez gardé intact le sceau de la foi et vous avez été prompts à vous rassembler dans les églises. Vous avez écouté mes Écritures et tant désiré entendre mes paroles. Vous avez observé ma loi le jour et la nuit (Ps 1,2) et partagé mes souffrances comme des soldats courageux, pour trouver grâce devant moi, votre roi du ciel. Venez, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Voici que mon Royaume est préparé et mon ciel ouvert. Voici que mon immortalité apparaît dans toute sa beauté. Venez tous, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. »
Alors les justes s'étonneront d'être invités à s'approcher comme des amis – ô merveille – de celui dont les troupes angéliques ne peuvent pas avoir une claire vision. Ils lui répondront d'une voix forte : « Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu ? Tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? Maître, tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ? Tu étais nu, et nous t'avons habillé, toi que nous révérons ? Toi l'immortel, quand t'avons-nous vu étranger, que nous t'ayons accueilli ? Toi qui aimes les hommes, quand est-ce que nous t'avons vu malade ou en prison, que nous soyons venus vers toi ? Tu es l'Éternel. Avec le Père, tu es sans commencement, et tu es coéternel à l'Esprit. C'est toi qui as tout créé de rien, toi, le roi des anges, toi que les abîmes redoutent. Tu as pour manteau la lumière (Ps 103, 2). C'est toi qui nous a faits et modelés avec de la terre (Gn 2, 7), toi qui as créé les êtres invisibles. Toute la terre s'enfuit loin de ta face (Ap 20, 11). Comment avons-nous accueilli ta royauté et ta souveraineté ? »
Alors le Roi des rois leur répondra : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. Chaque fois que vous avez accueilli et vêtu ces pauvres dont j'ai parlé, et que vous leur avez donné à manger et à boire, à eux qui sont mes membres (1Co 12, 12), c'est à moi que vous l'avez fait. Mais venez dans le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Vous jouirez éternellement des biens de mon Père qui est aux cieux, et de l'Esprit très saint qui donne la vie. » Quelle langue pourra donc décrire de tels bienfaits ? « Personne n'a vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, le cœur de l'homme n'a pas imaginé ce qui a été préparé pour ceux qui aiment Dieu » (1Co 2, 9).
ou
Saint Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Chapitres théologiques, gnostiques et pratiques, § 92s (trad. SC 51, p. 110 rev.)
« C'est à moi que vous l'avez fait »
Si quelqu'un donne une obole à quatre-vingt-dix-neuf pauvres, et puis injurie, frappe ou renvoie un seul qui reste les mains vides, sur qui retombe ce traitement, sinon sur celui qui a dit, qui ne cesse de dire, et qui dira un jour : « Toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait » ?... Il est en effet dans tous ces pauvres, celui qui est nourri par nous en chacun des plus petits. Pareillement, si quelqu'un donne aujourd'hui à tous tout le nécessaire et demain, alors qu'il peut encore le faire, négligera des frères et les laissera périr de faim et de soif et de froid, c'est comme s'il avait laissé mourir et méprisé celui qui a dit : « Toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous l'avez fait »...
Si le Christ a daigné prendre le visage de chaque pauvre, s'il s'est identifié à tous les pauvres, c'est pour que personne parmi ceux qui croient en lui ne s'élève au-dessus de son frère..., mais qu'il l'accueille comme le Christ, l'honore et utilise toutes ses ressources pour son service, comme le Christ a versé tout son sang pour notre salut... Peut-être que tout cela semblera pénible à beaucoup et il leur semblera raisonnable de se dire : « Qui peut faire tout cela, soigner et nourrir tous ceux qui en ont besoin et ne négliger personne ? » Mais qu'ils écoutent saint Paul qui déclare : « La charité du Christ nous presse, quand nous pensons qu'un seul est mort pour tous, et qu'ainsi tous ont passé par la mort » (2Co 5,14).
ou
Saint Césaire d'Arles (470-543), moine et évêque
Sermons au peuple, n°24 ; SC 243 (trad. SC p. 61s rev.)
« C’est à moi que vous l’avez fait »
Réfléchissez, frères, et voyez l’exemple de notre Seigneur, qui a fait de nous des voyageurs et nous a ordonné de venir jusqu’à la cité céleste (He 11,13s) en courant par la route de la charité… Bien qu’il siège dans le ciel, par compassion pour ses membres qui peinent, car il est la tête des membres et du corps dans le monde entier (Col 2,19), il a dit : « Quand vous n’avez pas fait cela à l’un des plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait »… Quand il a changé Paul le persécuteur en prédicateur, il lui a dit du haut du ciel : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4)… Saul persécutait les chrétiens : est-ce qu’il persécutait le Christ, qui siégeait dans le ciel ? Mais le Christ lui-même était dans les chrétiens, souffrant avec tous ses membres, pour qu’en lui cette parole soit vraie : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1Co 12,26)…
Portons donc les fardeaux les uns des autres (Ga 6,2) ; là où est allée la tête, les autres membres sont destinés à aller… Si notre Seigneur et Sauveur, qui a été sans péché, daigne nous aimer, nous pécheurs, d’une si grande affection qu’il affirme souffrir ce que nous souffrons, pourquoi est-ce que nous, qui ne sommes pas sans péché et qui pouvons racheter nos péchés par la charité, pourquoi est-ce que nous ne nous aimons pas d’un amour si parfait que nous compatissions par un sentiment de charité à tout le mal enduré par l’un d’entre nous ?... Une main ou un autre membre retranché du corps ne sent plus rien ; tel est le chrétien qui ne souffre pas du malheur, de la détresse ou même de la mort d’autrui.
ou
Saint Césaire d'Arles (470-543), moine et évêque
Sermon 25 (trad. SC 243, p. 75)
« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous »
Si nous faisons bien attention, frères, le fait que le Christ a faim dans les pauvres nous est profitable... Regarde : un sou d'un côté et le Royaume de l'autre. Quelle comparaison y a-t-il ? Tu donnes un sou au pauvre et du Christ tu reçois le Royaume ; tu donnes un morceau de pain et du Christ tu reçois la vie éternelle ; tu donnes un vêtement et du Christ tu reçois la rémission de tes péchés.
Ne méprisons donc pas les pauvres, mais désirons-les plutôt et hâtons-nous d'aller au devant d'eux, parce que la misère des pauvres est le médicament des riches, comme le Seigneur lui-même l'a dit : « Donnez plutôt en aumônes ce que vous avez, et tout sera pur pour vous », et encore : « Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes » (Lc 11,41 ;12,33). Et l'Esprit Saint s'écrie par le prophète : « Comme l'eau éteint le feu, ainsi l'aumône éteint le péché » (Si 3,30)... Faisons donc miséricorde, frères, et avec l'aide du Christ, tenons le lien de sa garantie, celle surtout que je vous ai rappelée quand il dit : « Donnez et on vous donnera » (Lc 6,38) et encore : « Bienheureux les miséricordieux, car eux-mêmes obtiendront miséricorde » (Mt 5,7).
Que chacun s'applique, selon ses moyens, à ne pas venir à l'église les mains vides : celui qui désire recevoir doit en effet offrir quelque chose. Que celui qui le peut couvre le pauvre d'un vêtement neuf ; que celui qui ne le peut pas en offre au moins un vieux. Quant à celui qui ne se juge pas assez à l'aise pour cela, qu'il offre un morceau de pain, qu'il accueille un voyageur, qu'il lui prépare un lit, qu'il lui lave les pieds, pour mériter d'entendre le Christ lui dire : « Venez, les bénis, prenez possession du Royaume ; car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'étais étranger et vous m'avez accueilli. » Personne, frères très chers, ne pourra s'excuser de ne pas faire l'aumône, quand le Christ a promis de donner une récompense en échange d'un verre d'eau fraîche (Mt 10,42).
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Prayer : Seeking the Heart of God, with Bro. Roger (trad. La prière, fraîcheur d'une source)
« C'est à moi que vous l'avez fait »
Si nous montrons tant d'amour aux pauvres, c'est qu'en eux nous trouvons Jésus aujourd'hui, lui qui est la Parole de Dieu faite chair. Plus nous sommes unis à Dieu, plus grandissent notre amour pour les pauvres et notre disponibilité à les servir du fond du cœur...
N'allez pas chercher Dieu dans des pays lointains ; il est tout près de vous ; il est avec vous. Tenez toujours vos lampes allumées (Mt 25,1s), et vous le découvrirez sans cesse. Veillez et priez (Lc 21,36).
Jésus offre son amitié durable, confiante, personnelle, à chacun de nous ; il l'exprime avec tendresse et amour. Il nous a liés à lui pour toujours. Et maintenant, par notre empressement, nous mettons cet amour en pratique. Jésus est venu dans le monde en faisant le bien, et nous essayons maintenant de l'imiter, parce que je crois que Dieu aime le monde à travers nous. Je vois tant de gens dans la rue, des gens dont on ne veut pas, dont on ne s'occupe pas, des gens avides d'amour. Ils sont Jésus.
ou
Saint Césaire d'Arles (470-543), moine et évêque
Sermon 26, 5 (trad SC 243, p. 89s rev)
« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume »
Le Christ, c'est-à-dire la miséricorde céleste, vient chaque jour à la porte de ta maison : non seulement spirituellement à la porte de ton âme, mais aussi matériellement à la porte de ta maison. Car chaque fois qu'un pauvre s'approche de ta maison, c'est sans aucun doute le Christ qui vient, lui qui a dit : « Chaque fois que vous l'avez fait à un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait. » N'endurcis donc pas ton cœur ; donne un peu d'argent au Christ, dont tu désires recevoir le Royaume ; donne un morceau de pain à celui dont tu espères recevoir la vie ; accueille-le dans ton logement, afin qu'il te reçoive dans son paradis ; donne-lui l'aumône pour qu'il te donne en retour la vie éternelle.
Quelle audace de vouloir régner dans le ciel avec celui auquel tu refuses ton aumône en ce monde ! Si tu le reçois pendant ce voyage terrestre, il t'accueillera dans son bonheur céleste ; si tu le méprises ici dans ta patrie, il détournera son regard de toi dans sa gloire. Un psaume dit : « Dans ta cité, Seigneur, tu méprises leur image » (Ps 72,20 Vulg) ; si dans notre cité, c'est-à-dire dans cette vie, nous méprisons ceux qui sont faits à l'image de Dieu (Gn 1,26), nous devons craindre d'être rejetés dans sa cité éternelle. Faites donc miséricorde ici-bas ;...grâce à votre générosité vous vous entendrez dire cette heureuse parole : « Venez, bénis, recevez en héritage le Royaume. »
ou
Homélie attribuée à saint Hippolyte de Rome ( ?-v. 235), prêtre et martyr
Traité sur la fin du monde 41-43 ; GCS I, 2, 305-307 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 159)
« Venez, les bénis de mon Père »
Venez, vous qui avez aimé les pauvres et les étrangers. Venez, vous qui êtes restés fidèles à mon amour, car je suis l'amour. Venez, vous qui avez aimé et choisi la paix, car je suis la paix. « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous. »
Vous n'avez pas honoré la richesse, mais fait l'aumône aux pauvres. Vous avez secouru les orphelins, aidé les veuves, donné à boire à ceux qui avaient soif et à manger à ceux qui avaient faim. Vous avez accueilli les étrangers, habillé ceux qui étaient nus, visité les malades, réconforté les prisonniers, apporté votre aide aux aveugles. Vous avez gardé intact le sceau de la foi et vous avez été prompts à vous rassembler dans les églises. Vous avez écouté mes Écritures et tant désiré entendre mes paroles. Vous avez observé ma loi jour et nuit (Ps 1,2) et partagé mes souffrances comme de courageux soldats, pour trouver grâce devant moi, votre roi du ciel. « Venez, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. » Voici que mon Royaume est préparé et mon ciel ouvert. Voici que mon immortalité apparaît dans toute sa beauté.
ou
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l'Église
Sermon 14, sur l'amour des pauvres, 27, 28, 39-40 ; PG 35, 891s (trad. Orval ; cf bréviaire 3e sam)
« C'est à moi que vous l'avez fait »
T'imagines-tu que la charité ne soit pas obligatoire mais libre ? Qu'elle ne soit pas une loi, mais un simple conseil ? Je le voudrais bien moi aussi et le penserais volontiers. Mais la main gauche de Dieu m'effraie, là où il a placé les boucs pour leur adresser ses reproches, non parce qu'ils ont volé, pillé, commis l'adultère ou perpétré d'autres délits de cet ordre, mais parce qu'ils n'ont pas honoré le Christ dans la personne de ses pauvres.
Si vous voulez m'en croire, vous les serviteurs du Christ, ses frères et ses cohéritiers, tant qu'il n'est pas trop tard, visitons le Christ, servons le Christ, nourrissons le Christ, vêtons le Christ, accueillons le Christ, honorons le Christ, et non pas seulement en lui offrant un repas comme certains, ou du parfum comme Marie Madeleine, ou une sépulture comme Joseph d'Arimathie, ou les devoirs funèbres comme Nicodème, ou de l'or, de l'encens et de la myrrhe comme les mages.
« C'est la miséricorde et non les sacrifices » (Mt 9,13) que désire le Seigneur de l'univers, la compassion plutôt que des milliers d'agneaux gras. Présentons-la-lui donc par la main de ceux qui sont abattus par la misère, et le jour où nous quitterons ce monde, ils nous « recevront dans les tentes éternelles » (Lc 16,9), dans le Christ lui-même, notre Seigneur à qui appartient la gloire pour l'éternité.


CARÊME I - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
De la prière, XVIII ; SC 54 (Conférences VIII-XVII; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 55-56)
« Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié »
« Notre Père ». Nous confessons de notre propre bouche que le Dieu et Seigneur de l’univers est notre Père ; et c’est bien là faire profession d’avoir été appelés de la condition servile à celle de fils adoptifs.
Nous ajoutons : « Qui est aux cieux ». Le temps de notre vie n’est plus dès lors qu’un exil ; et cette terre, une terre étrangère, qui nous sépare de notre Père. Fuyons-la ; et, de toute l’ardeur de nos désirs, hâtons-nous vers la région où nous proclamons que réside notre Père ! Une fois parvenus à cette dignité d’enfants de Dieu, nous brûlerons aussitôt de la tendresse qui est au cœur de tous les bons fils ; et, sans plus songer à nos intérêts, nous n’aurons de passion que pour la gloire de notre Père.
Nous lui dirons : « Que votre nom soit sanctifié » témoignant par là que sa gloire est tout notre désir et toute notre joie, à l’imitation de celui qui a dit : « Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de Celui qui l’a envoyé est véridique, et il n’y a point en lui d’injustice » (Jn 7,18). (…)
Ces paroles : « Que votre nom soit sanctifié », pourraient très bien s’entendre aussi en ce sens que Dieu est sanctifié par notre perfection. Et dès lors, lui dire : « Que votre nom soit sanctifié », ce serait, en d’autres termes, lui dire : « Père, rendez-nous tels que nous méritions de connaître, de comprendre la grandeur de votre sainteté, ou du moins que cette sainteté éclate en notre vie toute spirituelle ! » C’est ce qui s’accomplit en nous, lorsque « les hommes voient nos bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est aux cieux » (Mt 5,16).
ou
Tertullien (v. 155-v. 220), théologien
De la prière, 1-10 (Le Pater expliqué par les Pères ; éd. franciscaines, trad. A. Hamman, 1951, p. 16-17)
Heureux ceux qui reconnaissent le Père !
L’oraison dominicale est vraiment l’abrégé de tout l’Évangile. Elle commence par un témoignage rendu à Dieu et par un acte de foi, quand nous disons : « Notre Père qui est aux cieux ». Nous prions Dieu, et nous proclamons notre foi par cette invocation. Il est écrit : « À ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12). D’ailleurs, le Seigneur appelle souvent Dieu, notre Père : bien mieux, il nous a ordonné de n’appeler personne sur terre du nom de Père ; de réserver ce nom au Père céleste (Mt 23,9). En priant de la sorte, nous obéissons donc à sa volonté. Heureux ceux qui reconnaissent le Père !
Dieu adresse ce reproche à Israël, l’Esprit prend à témoin ciel et terre, en disant : « J’ai engendré des fils, mais ils ne m’ont pas reconnu » (Is 1,12). L’appeler Père, c’est le reconnaître comme Dieu. Ce titre est un témoignage de pitié et de puissance. Nous invoquons aussi le Fils dans le Père. « Le Père et moi, dit-il, nous sommes un » (Jn 10,30). N’oublions pas non plus l’Église, notre mère. Nommer le Père et le Fils, c’est proclamer la Mère, sans qui il n’est ni Fils ni Père. Ainsi, par un seul mot, nous l’adorons avec les siens, nous obéissons à son précepte, et nous désavouons ceux qui ont oublié leur Père.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Commentaire de l’Évangile selon Saint Luc, ch. VII (Études franciscaines, 2008, pp.26-28, trad. d'André Ménard, rev.)
Invoquer le nom du Père
Jésus dit à ses Apôtres : « Lorsque vous priez, dites : Père ». C'est-à-dire, premièrement invoquez le Père ; dites, non seulement avec la voix , mais aussi avec le cœur, de peur qu'il ne soit dit de vous comme en Isaïe : « Ce peuple m'honore des lèvres mais leur cœur est loin de moi » (Is 29,13). Dites non seulement avec le cœur mais aussi avec la bouche car la prière vocale est reçue par Dieu selon le psaume : « je glorifierai le Seigneur de toute la puissance de ma voix » (Ps 108, 30). Et cela, parce qu'elle vaut à la fois pour réveiller la mémoire, exciter la somnolence, enflammer le désir, disposer à l'obéissance, exprimer la joie, et donner l'exemple.
Invoquons donc le nom du Père. Il est Père, en effet, en raison de la condition de nature selon Éphésiens : « De qui toute paternité tire son nom au ciel et sur terre » (Ep 3,15). D'où, en Malachie : « Est-ce que nous n'avons pas tous un Père unique ? » (Ml 2,10) . Il est Père, aussi, en raison de la donation de la grâce ; en Romains : « Vous avez tous reçu l'esprit d'adoption des fils dans lequel nous crions : Abba, Père » (Rm 8,15) ; et en Galates : « Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé l'esprit de son Fils criant : Abba, Père » (Ga 4,6). Il est Père, aussi, en raison de la réalisation de la gloire, selon Jérémie : « tu m'appelleras Père, et tu ne cesseras pas de marcher avec moi » (Cf. Jr 3,19).
Puisque donc, dans le nom du Père, Dieu est saisi comme fondateur de la nature, donneur de la grâce et réalisateur de la gloire, par là même, il est donné de saisir qu'il est celui à qui seul nous devons demander.
Matthieu et Luc s'accordent sur l'invocation du nom de Père, afin qu'en ce seul nom, l'homme soit excité à la révérence et à la confiance, ces deux ailes sans lesquelles la prière n'a pas d'efficacité.
ou
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Pensées choisies du saint Curé d'Ars (J. Frossard, Éds Tequi 2007, p. 80-82, rev.)
L’amour de Dieu est infini
À présent, il y a si peu de foi dans le monde que l'on espère trop, ou que l'on désespère.
Il y en a qui disent : « J'ai trop fait de mal, le Bon Dieu ne peut pas me pardonner. » Mes enfants, c'est un gros blasphème ; c'est mettre une borne à la Miséricorde de Dieu et elle n'en a point : elle est infinie. Vous auriez fait autant de mal qu'il en faut pour perdre une paroisse, si vous vous confessez, si vous êtes fâché d'avoir fait ce mal et que vous ne vouliez plus le refaire, le Bon Dieu vous l'a pardonné.
Notre Seigneur est comme une mère qui porte son enfant sur ses bras. Cet enfant est méchant : il donne des coups de pieds à sa mère, il la mord, il l'égratigne ; mais la mère n'y fait pas seulement attention ; elle sait que si elle le lâche, il tombera, il ne pourra pas marcher seul. (...) Voilà comment est Notre Seigneur (...). Il endure tous nos mauvais traitements ; Il supporte toutes nos arrogances ; Il nous pardonne toutes nos sottises ; Il a pitié de nous malgré nous.
Le Bon Dieu est aussi prompt à nous accorder notre pardon, quand nous Le lui demandons, qu'une mère est prompte à retirer son enfant du feu.
ou
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), prêtre, curé d'Ars
Pensées choisies du st curé d'Ars (J. Frossard, Eds Téqui, p. 55, rev.)
Le pardon est la loi
Le Bon Dieu ne pardonnera qu'à ceux qui auront pardonné : c'est la Loi. Les saints n'ont point de haine, point de fiel ; ils pardonnent tout et trouvent toujours qu'ils en méritent bien davantage pour les offenses qu'ils ont faites au Bon Dieu. Dès qu'on hait son prochain, Dieu nous rend cette haine : c'est un trait qui se retourne contre nous. Je disais un jour à quelqu'un : « Mais vous ne voulez donc pas aller au ciel, que vous ne voulez pas voir cet homme ? – Oh ! si... mais nous tâcherons d'être loin l'un de l'autre, de ne pas nous voir ». Ils n'auront pas cette peine : car la porte du ciel est fermée à la haine.
Dans le ciel, il n'y a pas de rancune. Aussi les cœurs bons et humbles qui reçoivent les injures et les calomnies avec joie ou indifférence, commencent leur paradis dans ce monde et ceux qui conservent de la rancune sont malheureux. Le moyen de renverser le démon quand il nous suscite des pensées de haine contre ceux qui nous font du mal, c'est de prier aussitôt pour eux. Voilà comment on arrive à vaincre le mal par le bien, et voilà comment sont les saints.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
La Prière du Seigneur, 11-12 (trad. cf bréviaire 11e mar. rev.)
« Que ton nom soit sanctifié »
Nous devons nous rappeler, frères bien-aimés, lorsque nous appelons Dieu notre Père, que nous devons nous comporter en enfants de Dieu… Nous devons être comme les temples de Dieu (1Co 3,16), pour que les hommes puissent voir que Dieu habite en nous ; nos actes ne doivent pas être indignes de l’Esprit… L’apôtre Paul a déclaré dans sa lettre : « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps » (1Co 6,19).
Nous prions : « Que ton nom soit sanctifié. » Ce n’est pas parce que nous souhaitons que Dieu soit sanctifié par nos prières, mais parce que nous demandons au Seigneur que son nom soit sanctifié en nous. Par qui Dieu pourrait-il être sanctifié, puisque c’est lui qui sanctifie ? Il a dit lui-même : « Soyez saints parce que je suis saint » (Lv 20,26). C’est pourquoi nous demandons instamment, puisque nous avons été sanctifiés par le baptême, de persévérer dans ce que nous avons commencé d’être. Et nous prions pour cela chaque jour.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique C, 25 r°-v°
« Vous donc, priez ainsi : ' Notre Père '«
En dehors de l'office divin que je suis bien indigne de réciter, je n'ai pas le courage de m'astreindre à chercher dans les livres de belles prières ; cela me fait mal à la tête, il y en a tant ! Et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres...
Je ne voudrais pas cependant, ma Mère bien-aimée, que vous croyiez que les prières faites en commun au chœur, ou dans les ermitages, je les récite sans dévotion. Au contraire j'aime beaucoup les prières communes car Jésus a promis de se trouver au milieu de ceux qui s'assemblent en son nom (Mt 18,19-20). Je sens alors que la ferveur de mes sœurs supplée à la mienne, mais toute seule (j'ai honte de l'avouer) la récitation du chapelet me coûte plus que de mettre un instrument de pénitence. Je sens que je le dis si mal ! J'ai beau m'efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n'arrive pas à fixer mon esprit. Longtemps je me suis désolée de ce manque de dévotion qui m'étonnait, car j'aime tant la Sainte Vierge qu'il devrait m'être facile de faire en son honneur des prières qui lui sont agréables. Maintenant je me désole moins ; je pense que la Reine des Cieux étant ma mère, elle doit voir ma bonne volonté et qu'elle s'en contente.
Quelquefois, lorsque mon esprit est dans une si grande sécheresse qu'il m'est impossible d'en tirer une pensée pour m'unir au Bon Dieu, je récite très lentement un Notre Père et puis la salutation angélique [Je vous salue, Marie ; Lc 1,28]. Alors ces prières me ravissent, elles nourrissent mon âme bien plus que si je les avais récitées précipitamment une centaine de fois.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Prayer : Seeking the Heart of God, with Bro. Roger (trad. La prière, fraîcheur d'une source)
« Notre Père »
Il n'y a qu'une seule voix à s'élever de la face de la terre : celle du Christ. Cette voix réunit et coordonne en elle-même toutes les voix qui s'élèvent en prière. Prier -- bon nombre de gens ne savent pas le faire, bon nombre n'osent pas le faire et bon nombre ne veulent pas le faire. Dans la communion des saints, nous agissons et prions en leur nom.
Nous prions au nom de ceux qui ne prient pas. La prière devrait devenir comme notre « métier ». Les apôtres comprenaient cela à la perfection : quand ils se sont aperçus qu'ils risquaient de se perdre dans une multitude d'activités, ils ont décidé de s'adonner à la prière continuelle et au ministère de la Parole (Ac 6, 4).
Dieu veut que nous soyons toujours davantage comme des enfants, plus humbles, plus reconnaissants dans notre prière, et que nous n'essayions pas de prier seuls puisque tous nous appartenons au corps mystique du Christ qui est toujours en prière. Il n'est pas question de « je prie », mais en moi et avec moi Jésus prie et, par conséquent, c'est le Corps du Christ qui prie.
ou
Jean Tauler (vers 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 62 (trad. Cerf, 1980, p. 66 rev)
« Que ton règne vienne »
Si on y regardait de près, on serait effrayé de voir comment l'homme cherche son bien personnel en toute chose, aux dépens des autres hommes, dans les paroles, les œuvres, les dons, les services. Il a toujours en vue son bien personnel : joie, utilité, gloire, services à recevoir, toujours quelque avantage pour lui-même. Voilà ce que nous recherchons et poursuivons dans les créatures et même dans le service de Dieu. L'homme ne voit que les choses terrestres, à la façon de la femme courbée dont nous parle l'évangile, qui était tout inclinée vers la terre et ne pouvait pas regarder en haut (Lc 13, 11). Notre Seigneur dit qu'on « ne peut pas servir deux maîtres, Dieu et la richesse », et il continue « cherchez d'abord », c'est-à-dire avant tout et par-dessus tout, « le Royaume de Dieu et sa justice » (Mt 6, 24.33).
Veillez donc aux profondeurs qui sont en vous, et ne cherchez que le Royaume de Dieu et sa justice -- c'est-à-dire ne cherchez que Dieu, qui est le vrai royaume. C'est ce royaume que nous désirons et que nous demandons tous les jours dans le Notre Père. Le Notre Père est une prière bien élevée et bien puissante ; vous ne savez pas ce que vous demandez (Mc 10, 38). Dieu est son propre royaume, le royaume de toutes les créatures raisonnables, le terme de leurs mouvements et de leurs inspirations. C'est Dieu qui est le royaume que nous demandons, Dieu lui-même dans toute sa richesse...
Quand l'homme se tient en ces dispositions, ne recherchant, ne voulant, ne désirant que Dieu, il devient lui-même le royaume de Dieu et Dieu règne en lui. Dans son cœur trône alors magnifiquement le roi éternel qui le commande et le gouverne ; le siège de ce royaume est dans le plus intime du fond de son âme.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
La Prière de l'Église (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 60)
Le Notre Père et l'Eucharistie
Tout ce dont nous avons besoin pour être reçus dans la communion des esprits bienheureux est résumé dans les sept demandes du Notre Père que le Seigneur a prié non pas en son nom propre mais pour nous servir d'exemple. Nous le disons avant la sainte communion et, chaque fois que nous le prions en toute sincérité et de tout notre cœur et que nous recevons la sainte communion dans la disposition d'une âme droite, elle nous apporte alors l'exaucement de toutes nos demandes.
Cette communion nous délivre du mal parce qu'elle nous purifie de toute offense commise et qu'elle nous donne la paix du cœur qui ôte à tous les autres maux leur aiguillon. Elle nous apporte le pardon des péchés commis et nous affermit contre les tentations. Elle est elle-même le pain de la vie, dont nous avons besoin chaque jour, pour croître jusqu'à notre entrée dans la vie éternelle. Elle fait de notre volonté un instrument docile de la volonté de Dieu. Par là, elle pose les fondations du Royaume de Dieu en nous et purifie nos lèvres et notre cœur pour que nous puissions glorifier le saint Nom de Dieu.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
La Montée du Carmel III, 43/44 (trad. cf Seuil 1947, p. 462 et OC, Cerf 1990, p. 895)
« Vous donc, priez ainsi »
Pour tout ce qui concerne la prière et les exercices de dévotion, attachons-nous seulement aux rites ou manières de prier enseignés par le Christ. Il est évident que lorsque les disciples ont demandé à notre Seigneur de leur apprendre à prier (Lc 11,1), il leur a sûrement dit tout ce qu'il fallait pour être exaucés du Père éternel, dont il connaissait parfaitement la volonté. Or, il ne leur a enseigné que les sept demandes du Notre Père, où est contenue l'expression de toutes nos nécessités corporelles et spirituelles. Il ne leur a pas enseigné une foule de prières et de cérémonies ; au contraire, il leur a dit dans une autre circonstance de ne pas multiplier les paroles en priant, parce que notre Père céleste sait très bien ce dont nous avons besoin.
La seule chose qu'il leur a recommandée avec la plus vive insistance, c'est de persévérer dans la prière, c'est-à-dire dans la récitation du Notre Père. Car il a dit aussi : « Il faut toujours prier, et ne jamais se lasser » (Lc 18,1). Ainsi, il ne nous a pas enseigné à multiplier nos demandes, mais à les redire souvent avec ferveur et attention. Car, je le répète, ces demandes du Notre Père renferment tout ce qui est conforme à la volonté de Dieu et tout ce qui nous est utile. Voilà pourquoi quand le divin Maître s'est adressé par trois fois au Père éternel, il a répété chaque fois les mêmes paroles du Notre Père, comme le rapportent les évangélistes : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite » (Mt 26,42).
Quant aux rites que nous devons suivre à la prière, le Christ nous en a donné deux seulement : ou bien « se retirer au fond de notre maison » (Mt 6,6) ; là, loin de tout bruit et en toute liberté, nous pouvons le prier avec un cœur plus pur et plus dégagé... Ou bien rechercher les lieux solitaires, comme il le faisait lui-même, pour y prier au temps le plus favorable et le plus silencieux de la nuit (Lc 6,12).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 83
« Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi »
Tout homme est débiteur de Dieu et tout homme a son frère pour débiteur. En effet, qui n'aurait pas de dette envers Dieu sinon celui en qui il ne se trouve pas de péché ? Et qui n'aurait pas son frère pour débiteur sinon celui que personne n'a jamais offensé ? Tout homme est donc à la foi débiteur et créancier... Un mendiant te demande l'aumône et toi tu es le mendiant de Dieu, car nous sommes tous, quand nous le prions, les mendiants de Dieu. Nous nous tenons ou plutôt nous nous prosternons devant la porte de notre Père de famille (cf Lc 11,5s) ; nous le supplions en nous lamentant, désireux de recevoir de lui une grâce, et cette grâce, c'est Dieu lui-même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu si ce n'est le Christ, qui a dit : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel » (Jn 6,51). Vous voulez être pardonnés ? Pardonnez. « Remettez, et il vous sera remis ». Vous voulez recevoir ? « Donnez, et l'on vous donnera » (Lc 6,37)...
Nous devons donc être prêts à pardonner toutes les fautes que l'on commet contre nous si nous voulons que Dieu nous pardonne. Oui vraiment, si nous considérons nos péchés et passons en revue les fautes que nous avons commises, je ne sais pas si nous pourrions nous endormir sans sentir peser tout le poids de notre dette. Voilà pourquoi chaque jour nous présentons à Dieu nos demandes, chaque jour nos prières frappent à ses oreilles, chaque jour nous nous prosternons en disant : « Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient ». Quelles dettes veux-tu te faire remettre ? Toutes, ou une partie ? Tu vas répondre : Toutes. Fais donc de même pour ton débiteur.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 28)
La prière des enfants de Dieu
La prière, pour être féconde, doit venir du cœur et pouvoir toucher le cœur de Dieu. Vois comment Jésus a enseigné à ses disciples à prier. Chaque fois que nous prononçons le « Notre Père », Dieu, je le crois, porte le regard sur ses mains, là où il nous a gravés : « Je t'ai gravé sur la paume de ma main » (Is 49,16). Il contemple ses mains et il nous voit là, blottis en elles. Quelle merveille que la tendresse de Dieu !
Prions, disons le « Notre Père ». Vivons-le et alors nous serons des saints. Tout y est : Dieu, moi-même, le prochain. Si je pardonne, alors je peux être saint, je peux prier. Tout provient d'un cœur humble ; ayant un tel cœur, nous saurons comment aimer Dieu, nous aimer nous-mêmes et aimer notre prochain (Mt 22,37s). Il n'y a là rien de compliqué et pourtant nous compliquons tant nos vies, les aggravant de tant de surcharges. Une seule chose compte : être humble et prier. Plus vous prierez, mieux vous prierez.
Un enfant ne rencontre aucune difficulté à exprimer son intelligence candide en des termes simples qui disent beaucoup. Jésus n'a-t-il pas fait comprendre à Nicodème qu'il faut devenir comme un petit enfant ? (Jn 3,3) Si nous prions selon l'Évangile, nous permettrons au Christ de grandir en nous. Prie donc avec amour, à la manière des enfants, avec l'ardent désir de beaucoup aimer, et de rendre aimé celui qui ne l'est pas.
ou
Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs
Notre Père paraphrasé (trad. Desbonnets et Vorreux, p.142)
« Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11,1)
« Notre Père » très saint,
notre Créateur, notre Rédempteur, notre Sauveur et notre Consolateur.
« Qui es aux cieux »,
dans les anges et dans les saints, les illuminant pour qu'ils te connaissent, car tu es, Seigneur, la lumière ;
les enflammant pour qu'ils t'aiment, car tu es, Seigneur, l'amour ;
habitant en eux et les emplissant de ta divinité pour qu'ils aient le bonheur, car tu es, Seigneur, le bien souverain, le bien éternel,
de qui vient tout bien, sans qui n'est aucun bien.
« Que ton nom soit sanctifié : «
Que devienne toujours plus lumineuse en nous
la connaissance que nous avons de toi,
afin que nous puissions mesurer la largeur de tes bienfaits,
la longueur de tes promesses, la hauteur de ta majesté,
la profondeur de tes jugements.(Ep 3,18)
« Que ton règne vienne : «
Règne en nous dès maintenant par la grâce ;
introduis-nous un jour en ton Royaume
où sans ombre enfin nous te verrons,
où deviendra parfait notre amour pour toi,
bienheureuse notre union avec toi, éternelle notre jouissance de toi.
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : «
Que nous t'aimions (Mc 12,30)
de tout notre cœur en pensant toujours à toi,
de toute notre âme en te désirant toujours,
de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne poursuivant toujours que ta seule gloire,
de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies
et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de ton amour et de rien d'autre.
Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes
en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir,
en partageant leur bonheur comme s'il était le nôtre,
en les aidant à supporter leurs malheurs,
en ne leur faisant nulle offense.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Sermon 48, 2-5 : PL 54, 299-300 (trad. Orval)
« Remets-nous nos dettes, comme nous les avons remises à ceux qui nous devaient. »
Ceux qui désirent accueillir la Pâque du Seigneur avec la sainteté de l'esprit et du corps doivent s'efforcer avant tout d'acquérir cette grâce qui contient la somme des vertus et « couvre une multitude de péchés » (1P 4,8). Sur le point donc de célébrer le plus grand de tous les mystères, celui où le sang de Jésus Christ a effacé nos iniquités, préparons tout d'abord le sacrifice de la miséricorde.
Ce que la bonté de Dieu nous a donné, nous le rendrons ainsi à ceux qui nous ont offensés. Que les injures soient jetées dans l'oubli, que les fautes ignorent désormais la torture et que toutes les offenses soient libérées de la peur de la vengeance ! Que les maisons pénitentiaires ne retiennent plus personne ! ... Si quelqu'un détient de tels prisonniers..., qu'il sache bien que lui-même est pécheur et, pour recevoir le pardon, qu'il se réjouisse d'avoir trouvé à qui pardonner. Ainsi lorsque nous dirons, selon l'enseignement du Seigneur : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » (Mt 6,12), nous ne douterons pas, en formulant notre prière, d'obtenir le pardon de Dieu.

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