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Le mercredi des Cendres
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°2,15.20 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; Éd. Migne 1993 ; p. 49-52 ; rev.)
Ferme ta porte et prie pour que tes fautes te soient remises
Évite soigneusement une vaine méfiance à l’égard de la conversion. Tu peux savoir ce que peut la conversion ? Tu peux savoir la puissance de l’arme de salut et apprendre ce que peut la confession ? (…)
Ezéchias, par sa conversion, fit rapporter une décision divine déjà prise. Il était malade. Isaïe lui dit : « Mets ordre à tes affaires, car tu vas mourir et non pas vivre » (« 2R 20,1 ; Is 38,1). (…) Ézéchias ne se déroba point à la pénitence. La parole de l’Écriture lui revint à la mémoire : « Quand tu te détourneras du mal pour pleurer, alors tu seras sauvé » (Is 30,15), il se détourna vers la muraille et, de son lit, tendit sa pensée vers le ciel (l’épaisseur des murs, en effet, ne retarde pas les prières qui montent d’un cœur pieux) : « Seigneur », dit-il, « souviens-toi de moi » (Is 38,3). Il suffit en effet, pour que je guérisse, que tu te souviennes de moi. (…) Et l’homme à qui la sentence du prophète avait ôté tout espoir de survivre, se vit attribuer un supplément de quinze années, tandis que le soleil, en témoignage, marchait à reculons. Ainsi donc, le soleil recula en faveur d’Ézéchias, et, en faveur du Christ, le soleil s’éclipsa : il ne recula pas, il s’éclipsa, montrant ainsi la différence entre les deux, Ézéchias et Jésus. Le premier eut le pouvoir d’annuler une sentence de Dieu, et Jésus n’accorderait pas le pardon des fautes ?
Détourne-toi et pleure sur toi-même, ferme ta porte et prie pour que tes fautes te soient remises, afin que Dieu détourne de toi les flammes brûlantes : car la confession a la force d’éteindre le feu même, comme elle peut apprivoiser les lions. (…) Vous aussi donc, de grand cœur confessez vos fautes au Seigneur, pour obtenir d’une part le pardon de vos péchés passés, recevoir par ailleurs le don céleste, et finalement hériter, avec tous les saints, du royaume des cieux, dans le Christ Jésus à qui appartient la gloire dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèses en vue du baptême, n°1, 1.5
Le carême conduit au baptême dans la nuit de Pâques, pour le pardon des péchés
[« Convertissez-vous, et que chacun reçoive le baptême au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés. »] Vous qui allez être baptisés, vous êtes déjà disciples de la Nouvelle Alliance et participants aux mystères du Christ ; déjà…vous vous êtes fait « un cœur nouveau et un esprit nouveau », pour la joie des habitants des cieux… Vous avez entrepris un bon et très beau voyage… : le Fils unique de Dieu est là tout prêt à vous racheter. « Venez, dit-il, vous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous donnerai le repos. » Vous qui êtes accablés et affligés par vos péchés, pris dans les liens de vos fautes, écoutez le prophète : « Lavez-vous, purifiez-vous ; ôtez de ma vue vos actions mauvaises », afin que le chœur des anges vous crie : « Heureux ceux dont les fautes ont été enlevées, le péché remis ! »…
C’est maintenant l’époque de la confession. Confesse les péchés que tu as commis, en parole ou en action, la nuit ou le jour. Confesse-toi en « ce temps favorable » et, « au jour du salut », reçois le trésor du ciel… Débarrasse-toi de toute préoccupation humaine ; occupe-toi de ton âme… Quitte le présent et crois en l’avenir… : « Arrêtez, sachez que moi je suis Dieu »… Purifie ton cœur, pour recevoir la grâce avec plus d’abondance : le pardon des péchés est donné également à tous, mais la participation à l’Esprit Saint est accordée à chacun selon la mesure de sa foi. Si tu te donnes peu de mal, tu recevras peu. Si tu travailles beaucoup, ton salaire sera grand…
Si tu as des griefs contre quelqu’un, pardonne. Tu t’approches du baptistère pour recevoir le pardon de tes péchés : il faut que toi aussi, tu sois indulgent avec les pécheurs.
(Références bibliques : Ac 2,38 ; Ez 18,31 ; Lc 15,7 ;  Mt 11,28 ; Pr 5,22 ; Is 1,16 ; Ps 31,1 ; Is 49,8 ; 2Co 6,2 ; Ps 45,11)
ou
Pape Benoît XVI
Audience générale du 17/02/2010 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5,20)
« C'est maintenant le moment favorable, c'est maintenant le jour du salut » (2Co 6,2). En vérité, dans la vision chrétienne de la vie, chaque moment doit se dire favorable et chaque jour doit se dire jour de salut, mais la liturgie de l'Église rapporte ces paroles d'une façon toute particulière au cours du temps de carême. C'est l'appel qui nous est adressé à travers le rite austère de l'imposition des cendres... : « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile »...
L'appel à la conversion met à nu et dénonce la superficialité facile qui caractérise très souvent notre façon de vivre. Se convertir signifie changer de direction sur le chemin de la vie : non pas à travers un simple ajustement, mais à travers une véritable inversion de marche. La conversion signifie aller à contre-courant, le « courant » étant le style de vie superficiel, incohérent et illusoire, qui nous entraîne souvent, nous domine et nous rend esclaves du mal, ou tout au moins prisonniers d'une médiocrité morale.
Avec la conversion, au contraire, on vise le haut degré de la vie chrétienne, on se confie à l'Évangile vivant et personnel, qui est le Christ Jésus. Sa personne est l'objectif final et le sens profond de la conversion. Il est le chemin sur lequel tous sont appelés à marcher dans la vie, se laissant éclairer par sa lumière et soutenir par sa force qui fait avancer nos pas. De cette façon, la conversion manifeste son visage le plus splendide et fascinant : il ne s'agit pas d'une simple décision morale, qui rectifie notre conduite de vie, mais d'un choix de foi, qui nous touche entièrement dans la communion intime avec la personne vivante et concrète de Jésus... La conversion est le « oui » total de celui qui remet son existence à l'Évangile, en répondant librement au Christ qui s'offre en premier à l'homme comme chemin, vérité et vie (Jn 14,6), comme celui qui seul le libère et le sauve. C'est précisément là le sens des premières paroles avec lesquelles, selon l'évangéliste Marc, Jésus ouvre la prédication de l'« Évangile de Dieu » : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Évangile » (Mc 1,15).
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur les évangiles, n° 16, 5 (trad. Le Barroux rev.)
Quarante jours pour grandir dans l'amour de Dieu et de notre prochain
Nous entamons aujourd'hui les saints quarante jours du carême, et il nous faut examiner attentivement pourquoi cette abstinence est observée pendant quarante jours. Moïse, pour recevoir la Loi une seconde fois, a jeûné quarante jours (Ex 34,28). Élie, dans le désert, s'est abstenu de manger quarante jours (1R 19,8). Le Créateur des hommes lui-même, venant parmi les hommes, n'a pas pris pas la moindre nourriture pendant quarante jours (Mt 4,2). Efforçons-nous, nous aussi, autant que cela nous est possible, de refréner notre corps par l'abstinence en ce temps annuel des saints quarante jours..., afin de devenir, selon le mot de Paul, « une hostie vivante » (Rm 12,1). L'homme est une offrande à la fois vivante et immolée (cf Ap 5,6) lorsque, sans quitter cette vie, il fait cependant mourir en lui les désirs de ce monde.
C'est la satisfaction de la chair qui nous a entraînés au péché (Gn 3,6) ; que la chair mortifiée nous ramène au pardon. L'auteur de notre mort, Adam, a transgressé les préceptes de vie en mangeant le fruit défendu de l'arbre. Il faut donc que nous, qui sommes déchus des joies du Paradis par le fait de la nourriture, nous nous efforcions de les reconquérir par l'abstinence.
Mais que personne ne s'imagine que seule cette abstinence nous suffise. Le Seigneur dit par la bouche du prophète : « Le jeûne que je préfère ne consiste-t-il pas plutôt en ceci ? Partager ton pain avec l'affamé, recevoir chez toi les pauvres et les vagabonds, habiller celui que tu vois sans vêtement, et ne pas mépriser ton semblable » (Is 58,6-7). Voilà le jeûne que Dieu approuve... : un jeûne réalisé dans l'amour du prochain et imprégné de bonté. Prodigue donc aux autres ce que tu retires à toi-même ; ainsi, ta pénitence corporelle soulagera le bien-être corporel de ton prochain qui est dans le besoin.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 8 ; CCL 24, 59 ; PL 52, 208 (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 59 rev.)
Les exercices du Carême : l'aumône, la prière, le jeûne
Mes frères, nous commençons aujourd'hui le grand voyage du Carême. Emportons donc dans notre navire toute notre provision de nourriture et de boisson, en plaçant sur la caisse la miséricorde abondante dont nous aurons besoin. Car notre jeûne a faim, notre jeûne a soif, s'il ne se nourrit pas de bonté, s'il ne se désaltère pas de miséricorde. Notre jeûne a froid, notre jeûne défaille, si la toison de l'aumône ne le couvre pas, si le vêtement de la compassion ne l'enveloppe pas.
Frères, ce que le printemps est pour les terres, la miséricorde l'est pour le jeûne : le vent doux printanier fait fleurir tous les bourgeons des plaines ; la miséricorde du jeûne fait pousser toutes nos semences jusqu'à la floraison, leur fait porter fruit jusqu'à la récolte céleste. Ce que l'huile est pour la lampe, la bonté l'est pour le jeûne. Comme la matière grasse de l'huile allume la lumière de la lampe et, avec une aussi faible nourriture, la fait luire pour le réconfort de toute une nuit, ainsi la bonté fait resplendir le jeûne : il jette des rayons jusqu'à atteindre le plein éclat de la continence. Ce que le soleil est au jour, l'aumône l'est pour le jeûne : la splendeur du soleil accroît l'éclat du jour, dissipe l'obscurité des nuées ; l'aumône accompagnant le jeûne en sanctifie la sainteté et, grâce à la lumière de la bonté, chasse de nos désirs tout ce qui pourrait être mortifère. Bref, ce que le corps est pour l'âme, la générosité en tient lieu pour le jeûne : quand l'âme se retire du corps, elle lui apporte la mort ; si la générosité s'éloigne du jeûne, c'est sa mort.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
10e homélie pour le carême, 10,2-4 (trad. bréviaire, 3e dimanche du Carême ; SC 49 rev)
Les exercices du carême : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements ; revenez au Seigneur votre Dieu » (Jl 2,13)
Le Seigneur a dit : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Mt 9,13). Il n'est donc permis à aucun chrétien de haïr qui que ce soit, car personne n'est sauvé autrement que grâce au pardon des péchés... Que le peuple de Dieu soit donc saint, et qu'il soit bon : saint pour se détourner de ce qui est défendu, bon pour accomplir ce qui est commandé. C'est une grande chose, certes, d'avoir une foi droite et une doctrine sainte ; il est très louable de réprimer la gloutonnerie, d'avoir une douceur et une chasteté irréprochable, mais toutes ces vertus ne sont rien sans la charité...
Mes bien-aimés, tous les temps conviennent pour réaliser ce bien de la charité, mais le carême nous y invite plus spécialement. Ceux qui désirent accueillir la Pâque du Seigneur avec la sainteté de l'esprit et du corps doivent s'efforcer avant tout d'acquérir ce don qui contient l'essentiel des vertus et qui « couvre la multitude des péchés » (1P 4,8). C'est pourquoi, au moment de célébrer le mystère qui surpasse tous les autres, celui par lequel le sang de Jésus Christ a effacé nos fautes, préparons en premier lieu les sacrifices de la miséricorde. Ce que la bonté de Dieu nous a accordé, accordons-le à ceux qui ont péché contre nous. Que les injustices soient jetées dans l'oubli, que les fautes n'entraînent pas le châtiment, et que tous ceux qui nous ont offensés ne craignent plus d'être payés de retour...
Chacun doit bien savoir qu'il est lui-même pécheur et, pour recevoir lui-même le pardon, il doit se réjouir d'avoir trouvé quelqu'un à qui pardonner. Ainsi, lorsque nous dirons, selon l'enseignement du Seigneur : « Pardonne-nous nos offenses comme nous avons nous-mêmes pardonné à ceux qui nous ont offensés » (Mt 6,12), nous pouvons être sûrs que nous obtiendrons la miséricorde de Dieu.
ou
Saint Léon le Grand (?-v. 461)
pape et docteur de l'Église
Quatrième sermon pour le Carême, 1-2 SC 49( Sermons, t. 2; trad. R. Dolle; É du Cerf 1957, p. 43-45 rev.)
« C'est maintenant le jour favorable, c'est maintenant le jour du salut » (2Co 6, 2)
« Voici maintenant le jour du salut ! » Sans doute, il n'est pas de saison qui ne soit pleine des dons divins, et la grâce de Dieu nous ménage en tout temps l'accès à sa miséricorde ; c'est maintenant cependant que tous les cœurs doivent être stimulés avec plus d'ardeur à leur avancement spirituel et animés d'une plus large confiance, alors que le jour où nous avons été rachetés nous invite par son retour à toutes les œuvres de la piété. Ainsi célébrerons-nous, le corps et l'âme purifiés, le mystère qui l'emporte sur tous les autres : le sacrement de la Pâque du Seigneur.
De tels mystères exigeraient un effort spirituel sans défaillance (...), en sorte que nous demeurions toujours sous le regard de Dieu, tels que devrait nous trouver la fête de Pâques. Mais cette force spirituelle n'est le fait que d'un petit nombre d'hommes ; pour nous au milieu des activités de cette vie, par la faiblesse de la chair, le zèle se détend. (...) Pour rendre la pureté à nos âmes, le Seigneur a donc prévu le remède d'un entraînement de quarante jours, au cours desquels les fautes des autres temps puissent être rachetées par les bonnes œuvres et consumées par les saints jeûnes. (...) Prenons donc soin d'obéir au commandement de l'apôtre Paul : « Purifiez-vous de toute souillure de la chair et de l'esprit » (2Co 7,1). (...)
Mais que notre manière de vivre soit en accord avec notre abstinence. Le tout du jeûne n'est pas dans la seule abstention de nourriture ; il n'y a aucun profit à soustraire les aliments au corps si le cœur ne se détourne pas de l'injustice, si la langue ne s'abstient pas de la calomnie. (...) Ce temps, c'est celui de la douceur, de la patience, de la paix (...). Qu'aujourd'hui l'âme forte s'habitue à pardonner les injustices, à compter pour rien les affronts, à oublier les injures. (...) Que la retenue des âmes religieuses ne soit pas triste, mais sainte ; qu'on n'entende pas parmi elles le murmure des plaintes, elles à qui ne manquent jamais les consolations des joies saintes.
ou
Pape Benoît XVI
Audience générale du 06/02/08 (trad. DC 2398, p. 260 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5,20)
À l'origine, dans l'Église primitive, le carême était le temps privilégié de la préparation des catéchumènes aux sacrements du baptême et de l'eucharistie qui allaient être célébrés au cours de la veillée pascale. Le carême était considéré comme le temps du devenir chrétien, lequel ne se réalise pas en un unique moment mais exige un long parcours de conversion et de renouvellement. Ceux qui étaient déjà baptisés s'unissaient à cette préparation en réveillant le souvenir du sacrement reçu et en se disposant à une communion renouvelée au Christ lors de la joyeuse célébration de Pâques. Ainsi, le carême avait, et conserve jusqu'à aujourd'hui, un caractère baptismal, dans ce sens qu'il aide à maintenir éveillée la conscience que l'être chrétien se réalise toujours comme un nouveau devenir chrétien : ce n'est jamais un fait accompli qui se trouverait derrière nous, mais un cheminement, exigeant toujours une nouvelle mise en œuvre.
En nous imposant les cendres sur le front, le célébrant nous dit « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » (Gn 3,19), ou bien, répétant l'exhortation de Jésus, « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Mt 1,15). Les deux formulations constituent un unique rappel à la vérité de l'existence humaine : nous sommes des créatures limitées, des pécheurs toujours en besoin de pénitence et de conversion. Qu'il est important en notre temps d'écouter et d'accueillir ce rappel ! Lorsqu'il proclame sa complète autonomie à l'égard de Dieu, notre contemporain devient esclave de lui-même et souvent se retrouve dans une solitude désolée. L'invitation à la conversion est alors une invitation à revenir entre les bras de Dieu, Père tendre et miséricordieux, à mettre en lui notre confiance comme des enfants adoptifs régénérés par son amour... « Se convertir » veut donc dire se laisser conquérir par Jésus (Ph 3,12) et, avec lui, « retourner » au Père. La conversion implique ainsi de se mettre humblement à l'école de Jésus, et de marcher docilement sur ses traces.
ou
Pape Benoît XVI
Audience générale du 21/02/07 (trad. DC 2376, p. 266 © Libreria Editrice Vaticana)
Le carême, un chemin vers la vraie liberté
Depuis les origines, le Carême a été vécu comme un temps de préparation immédiate au baptême, lequel était solennellement administré pendant la Vigile pascale. Le Carême entier était une marche vers cette grande rencontre avec le Christ, cette immersion dans le Christ, ce renouveau de la vie. Nous sommes déjà baptisés, mais le baptême n'est pas toujours à l'œuvre dans notre vie quotidienne. C'est pourquoi le Carême est un catéchuménat renouvelé par lequel nous allons de nouveau vers notre baptême, pour le redécouvrir, pour le revivre en profondeur, pour devenir à nouveau réellement chrétiens. C'est donc une occasion pour « re-devenir » chrétiens, selon un processus constant de changement intérieur et de progrès dans la connaissance et dans l'amour du Christ.
La conversion n'est jamais faite une fois pour toutes, mais elle est un processus, un chemin intérieur de toute la vie. Cet itinéraire de conversion évangélique ne peut pas se limiter à une période particulière de l'année ; elle est un chemin de chaque jour, qui doit embrasser la globalité de l'existence, chaque jour de notre vie... Se convertir, qu'est-ce donc en réalité ? Se convertir, c'est chercher Dieu, marcher avec Dieu, suivre docilement les enseignements de son Fils Jésus Christ ; ce n'est pas un effort d'auto-réalisation, parce que l'être humain n'est pas l'architecte de son propre destin éternel. Ce n'est pas nous qui nous sommes faits. C'est pourquoi la réalisation personnelle est en réalité une contradiction, et même, elle est encore trop peu pour nous. Nous avons une destinée plus élevée. Nous pourrions dire que la conversion consiste justement à ne pas se considérer comme le « créateur » de nous-mêmes et à découvrir par là la vérité, parce que nous ne sommes pas nos propres auteurs. La conversion consiste dans la libre et amoureuse acceptation de notre dépendance en toute chose de Dieu notre vrai Créateur, une dépendance d'amour. Ce n'est pas une entrave, c'est la liberté.
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon 28, PL 57, 587s = CC Sermon 35, p.136s (trad. Les Pères dans la foi, Migne 1996, p. 92s)
Quarante jours qui nous conduisent vers le baptême dans la mort et la résurrection du Christ
« Au moment favorable, je t'ai exaucé ; au jour du salut je t'ai secouru » (Is 49,8). L'apôtre Paul continue la citation par ces mots : « Le voici maintenant le moment, le voici maintenant le jour du salut » (2Co 6,2). À mon tour je vous prends à témoin, voici venus les jours de la rédemption, voici venu en quelque sorte le moment de la cure spirituelle ; nous pouvons soigner toutes les souillures de nos vices, toutes les blessures de nos péchés, si nous prions constamment le médecin de nos âmes, si...nous ne négligeons aucune de ses prescriptions...
Le médecin est notre Seigneur Jésus, qui a dit : « C'est moi qui fais mourir, c'est moi qui fais vivre » (Dt 32,39). Le Seigneur fait d'abord mourir, puis redonne la vie. Par le baptême, il détruit en nous adultères, homicides, crimes et vols ; puis il nous fait revivre, en hommes nouveaux dans l'immortalité éternelle. Nous mourons à nos péchés, évidemment par le baptême, nous reprenons vie dans l'Esprit de vie... Livrons-nous à notre médecin avec patience pour recouvrer la santé. Tout ce qu'il aura décelé en nous d'indigne, de souillé par le péché, de rongé par les ulcères, il le taillera, le coupera, le retirera pour ne laisser subsister en nous, une fois éliminées toutes les blessures du démon, que ce qui appartient à Dieu.
Voici la première de ses prescriptions : consacrer quarante jours au jeûne, à la prière, aux veilles. Le jeûne guérit la mollesse, la prière nourrit l'âme religieuse, les veilles repoussent les pièges du diable. Après ce temps consacré à toutes ces observances, l'âme, purifiée et éprouvée par tant de pratiques, parvient au baptême. Elle reprend des forces en se plongeant dans les eaux de l'Esprit : tout ce qui avait été brûlé par les flammes des maladies renaît de la rosée de la grâce du ciel... Par une nouvelle naissance, nous renaîtrons autre.
ou
Saint Jean-Paul II
Homélie du Mercredi des cendres 1983
Dans le secret du cœur
Le Carême marque le moment où il nous faut rentrer en nous-mêmes. C'est un temps d'intimité particulière avec Dieu dans le secret du cœur et de la conscience. C'est dans cette intimité intérieure avec Dieu que s'accomplit l'œuvre essentielle du Carême : le travail de conversion.
Et dans ce secret intérieur, dans cette intimité avec Dieu dans la pleine vérité du cœur et de la conscience, résonnent des mots comme ceux du psaume de la liturgie d'aujourd'hui, l'une des confessions les plus profondes que l'homme ait jamais faite devant Dieu : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, / dans ta grande miséricorde, efface mes torts. / Lave-moi tout entier de ma faute, / et de mon péché, purifie-moi. / Oui, je reconnais mes torts, / j'ai toujours mon péché devant moi, / Contre toi, et toi seul, j'ai péché, / ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait » (Ps 50,1-6).
Ce sont des mots qui purifient, des mots qui transforment. Ils transforment l'homme de l'intérieur. Récitons-les souvent pendant le Carême. Et surtout, essayons de renouveler cet esprit qui les anime, ce souffle intérieur qui a justement donné à ces mots une force de conversion. Car le Carême est essentiellement une invitation à la conversion. Les œuvres de piété dont parle l'Évangile d'aujourd'hui ouvrent la route à cette conversion. Exerçons-les autant qu'il est possible. Mais en premier lieu, cherchons à rencontrer Dieu intérieurement dans toute notre vie, dans tout ce dont elle est faite, pour arriver à cette conversion en profondeur dont est plein le psaume pénitentiel de la liturgie d'aujourd'hui.
ou
Saint Jean-Paul II
Audience générale 16/02/83 (trad. OR 17/02/83 ; DC 1848, p.297)
« Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2,12)
Ce temps fort de l'année liturgique est caractérisé par le message biblique qui peut se résumer en un mot : ... « Convertissez-vous »... La cérémonie suggestive des cendres élève notre esprit vers la réalité éternelle qui ne passe jamais, vers Dieu qui est le principe et la fin, l'alpha et l'oméga de notre existence (Ap 21,6). La conversion, en effet, n'est rien d'autre qu'un retour à Dieu, en estimant les réalités terrestres à la lumière indéfectible de sa vérité. C'est une estimation qui nous entraîne à avoir toujours plus clairement conscience du fait que nous ne sommes que de passage au milieu des vicissitudes laborieuses de cette terre, et qui nous pousse et nous encourage à accomplir tous efforts pour que le Royaume de Dieu soit instauré en nous-mêmes, et pour que sa justice triomphe.
Le terme « pénitence » est également synonyme de « conversion ». Le Carême nous invite à mettre en pratique l'esprit de pénitence, non pas dans sa signification négative de tristesse et de frustration, mais dans celle d'élévation de l'esprit, de libération du mal, de détachement du péché et de toutes les influences qui peuvent entraver notre marche vers la plénitude de la vie. Pénitence comme remède, comme réparation, comme changement de mentalité qui dispose à la foi et à la grâce, mais qui suppose volonté, effort et persévérance. Pénitence comme expression d'un libre et généreux engagement à la suite du Christ.


Le jeudi après les Cendres
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)
pape et docteur de l'Église
Livre XII, SC 212 (Morales sur Job, trad. A. Bocognano, éd. du Cerf, 1974 ; p. 153-155)
« L’arbre garde l’espérance » (Jb 14,7)
« L’arbre garde l’espérance ; on le coupe, il verdira à nouveau et ses rameaux pulluleront. » (Jb 14,7-10 Vg). (…) Dans l’Écriture sainte, le bois symbolise tantôt la croix, tantôt l’homme, juste ou même injuste, et tantôt la sagesse incarnée de Dieu.
C’est, en effet, la croix que désigne le bois quand il est dit : « Mettons du bois dans son pain. » (Jr 11,19 Vg) Car mettre du bois dans son pain, c’est attacher le bois de la croix au corps du Seigneur. Le mort arbre évoque aussi l’homme, juste ou injuste, quand le Seigneur dit par la bouche du Prophète : « C’est moi, le Seigneur, qui ai humilié l’arbre élevé et relevé l’arbre humilié », car ces paroles sont conformes à celle de la Vérité : « Quiconque s’élève sera humilié et quiconque s’humilie sera élevé. » (Lc 14,11) (…) Et l’arbre figure encore la sagesse de Dieu incarnée, dont l’Écriture dit : « Elle est un arbre de vie pour ceux qui l’ont saisie » (Pr 3,18) et elle le dit elle-même : « Si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du bois sec ? » (Lc 23,31) (…)
« L’arbre garde l’espérance ; si on le coupe, il verdira à nouveau » (Jb 14,7 Vg). Lorsque dans sa passion le juste est frappé de mort pour la vérité, il recouvre la vie dans la verte fraîcheur de la vie éternelle. Et celui qui en ce monde trouvait sa force dans la foi, trouve sa force là-haut dans la vision béatifique. « Et ses rameaux pulluleront », parce que très souvent devant la passion du juste les fidèles se multiplient dans un élan d’amour pour la patrie céleste et ils connaissent la verte fraîcheur de la vie spirituelle dans leur joie de l’avoir vu œuvrer en ce monde avec une telle force d’âme pour la gloire de Dieu.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre III, SC 143 (Œuvres spirituelles, trad. P. Doyère, éd. du Cerf, 1968, p. 159, rev.)
« Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive »
Se trouvant malade à l’approche d’une fête, Gertrude exprima au Seigneur le désir tout au moins d’un adoucissement jusqu’après cette fête pour ne pas être empêchée de la célébrer ; mais elle s’en remettait cependant sans réserve à la volonté divine.
Le Seigneur lui donna cette réponse : « En m’exprimant ton désir et surtout en t’en remettant à ma volonté, c’est comme si tu me conduisais dans un jardin de délices, aux parterres fleuris et tout accueillants. Mais sache que, si je t’exauce pour que tu puisses te rendre à mon service, c’est comme si je te suivais dans le parterre de ton choix ; si au contraire, je ne t’exauce pas et que tu persévères dans la patience, c’est comme si tu me suivais dans le parterre de mon choix.
Je trouve en effet plus d’agrément en toi dans l’état de désir parmi la souffrance qu’en celui de piété satisfaite. »
ou
Saint François de Sales (1567-1622)
évêque de Genève et docteur de l'Église
Entretiens (Publiés par la Visitation d'Annecy d'après les anciens manuscrits, éd. 1933, p. 300, 305-306, 315, 318 ; rev.)
Le renoncement à soi-même
L’amour que nous avons pour nous-mêmes (…) est affectif et effectif. L’amour effectif est celui qui gouverne les grands, ambitieux d’honneurs et de richesses, qui se procurent tant de biens et qui ne se rassasient jamais d’en acquérir : ceux-là, dis-je, s’aiment grandement de cet amour effectif. Mais il y en a d’autres qui s’aiment davantage de l’amour affectif : ceux-ci sont grandement tendres avec eux-mêmes, et ne font jamais autre chose que de se dorloter, soigner et réconforter : ils craignent tant tout ce qui pourrait leur nuire que c’est grande pitié. (…)
Cette tendreté est plus insupportable encore aux choses de l’esprit qu’aux choses corporelles ; surtout si elle est par malheur pratiquée ou entretenue par les personnes les plus spirituelles, lesquelles voudraient être saintes du premier coup, sans qu’il leur en coutât rien, pas même les combats que leur cause la partie inférieure de l’âme par ses répugnances envers les choses contraires à la nature. (…)
Répugner à nos répugnances, faire taire nos préférences, mortifier nos affections, mortifier le jugement et renoncer à la volonté propre est une chose que l’amour effectif et tendre que nous nous portons à nous-mêmes ne peut se permettre sans crier : oh, que cela nous coûte ! Et ainsi nous ne faisons rien. (…)
Il vaut mieux porter une petite croix de paille que l’on m’a mise sur les épaules sans mon choix, qu’aller en couper une bien plus grande dans du bois avec beaucoup de travail, et la porter ensuite avec une grande peine. Et je serai plus agréable à Dieu avec la croix de paille qu’avec celle que je me serais fabriquée avec plus de peine et de sueur, et que je porterais avec plus de satisfaction, à cause de l’amour propre qui se plaît tant à ses inventions, et si peu à se laisser simplement conduire et gouverner.
ou
Sainte Claire (1193-1252), moniale franciscaine
2e Lettre à Agnès de Prague, 18-23 (Sainte Claire d’Assise, trad. Père Vorreux, O.F.M. Éd. Franciscaines, rev.)
Regarde le Christ Pauvre
C'est au Christ pauvre que tu dois rester attachée. Vois comme il s'est rendu, pour toi, objet de mépris, et suis-le en te faisant, toi aussi, par amour pour lui, objet de mépris pour le monde. Ton époux, le plus beau des enfants des hommes (Cf. Ps 44(45), 3a), qui est devenu, pour te sauver, le dernier des humains, méprisé, frappé, tout le corps déchiré à coups de fouets, mourant enfin sur la croix dans les pires douleurs : regarde-le, médite-le, contemple-le et n'aie d'autre désir que de l'imiter !
Si tu souffres avec lui, tu régneras avec lui ; si tu pleures avec lui, tu partageras sa joie ; si tu meurs avec lui au milieu des tortures de la croix, tu iras prendre possession des demeures célestes dans la splendeur des saints, ton nom sera inscrit au livre de vie et deviendra glorieux parmi les hommes, tu participeras pour toujours et dans l'éternité à la gloire du royaume des cieux pour avoir abandonné des biens terrestres et éphémères, et tu vivras dans les siècles des siècles.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Journal de l'âme, 1930, retraite à Rusciuk
« Qu'il prenne sa croix chaque jour »
L'amour de la croix de mon Seigneur m'attire de plus en plus ces jours-ci. Jésus béni, que ce ne soit pas là un feu de paille qui s'éteindra à la première pluie, mais un incendie qui brûle sans jamais se consumer ! J'ai trouvé ces jours-ci une autre belle prière qui correspond très bien à mes conditions spirituelles... : « Ô Jésus, mon amour crucifié, je vous adore dans toutes vos souffrances... J'embrasse de tout mon cœur, pour l'amour de vous, toutes les croix de corps et d'esprit qui m'arriveront. Et je fais profession de mettre toute ma gloire, mon trésor et mon contentement dans votre croix, c'est-à-dire dans les humiliations, privations et souffrances, disant avec Saint Paul : ' Que jamais je ne me glorifie, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ ' (Ga 6,14). Quant à moi, je ne veux d'autre paradis en ce monde que la croix de mon Seigneur Jésus Christ »... Tout me persuade que le Seigneur me veut tout pour lui, sur la « voie royale de la sainte croix ». Et c'est sur cette voie, et non sur une autre, que je veux le suivre...
Une note caractéristique de cette retraite a été une grande paix et une grande joie intérieures, qui me donnent le courage de m'offrir au Seigneur pour tous les sacrifices qu'il voudra demander à ma sensibilité. De ce calme et de cette joie, je veux que toute ma personne et toute ma vie soient toujours plus pénétrées, au-dedans et au-dehors... Je veillerai à garder cette joie intérieure et extérieure... La comparaison de Saint François de Sales que je me plais à répéter parmi d'autres : « Je suis comme un oiseau qui chante dans un buisson d'épines », doit être une continuelle invitation pour moi. Donc, peu de confidences sur ce qui peut faire souffrir ; beaucoup de discrétion et d'indulgence en jugeant les hommes et les situations ; m'efforcer de prier spécialement pour ceux qui me font souffrir ; et puis en toute chose une grande bonté, une patience sans limites, en me souvenant que tout autre sentiment...n'est pas conforme à l'esprit de l'Évangile et de la perfection évangélique. Du moment que je fais triompher la charité à tout prix, je veux bien passer pour un homme de rien. Je me laisserai écraser, mais je veux être patient et bon jusqu'à l'héroïsme.
ou
Saint Anastase d'Antioche (?-599)
moine puis patriarche d'Antioche
Homélie 4, sur la Passion ; PG 89, 1347 (Livre des jours – Office romain des lectures ; Le Cerf – Desclée de Brouwer – Desclée – Mame ; © AELF Paris 1976 ; mardi de Pâques)
Le chemin qui conduit le Christ à sa gloire
« Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'homme sera livré aux païens, aux grands prêtres et aux scribes pour être flagellé, tourné en dérision et crucifié » (cf Mt 20,18). En disant cela à ses disciples, le Christ annonçait ce qui s'accordait avec les prédictions des prophètes, car ils avaient prédit sa mort qui devait avoir lieu à Jérusalem. (...) Nous comprenons pourquoi le Verbe de Dieu qui, autrement, ne pouvait pas souffrir, a dû subir la Passion ; car l'homme n'aurait pas pu être sauvé par un autre moyen. Lui seul l'a su, ainsi que ceux à qui il l'a révélé. En effet, il a su tout ce qui vient du Père ; c'est ainsi que « l'Esprit voit même les profondeurs des mystères divins. » (1Co 2,10). (...)
« Il fallait que le Christ souffrît » (Lc 24,26) : il était absolument impossible que la Passion n'eût pas lieu, comme lui-même l'a affirmé lorsqu'il a appelé « lents à croire » et « inintelligents » ceux qui ne savaient pas que le Christ devait souffrir ainsi pour entrer dans sa gloire (Lc 24,25). En effet, il est venu pour sauver son peuple, en renonçant à « la gloire qu'il avait auprès du Père avant le commencement du monde » (Jn 17,5). Ce salut était la perfection qui devait s'accomplir par la Passion, et qui serait accordée à l'auteur de notre vie, selon l'enseignement de saint Paul : « Il a été l'auteur de notre vie, en atteignant la perfection par ses souffrances » (He 2,10).
On voit comment la gloire du Fils unique, dont il avait été écarté pendant peu de temps en notre faveur, lui a été rendue par la croix dans la chair qu'il avait adoptée. Saint Jean le dit en effet dans son évangile, lorsqu'il explique ce qu'était cette eau dont le Sauveur a dit qu'elle « jaillirait, comme des fleuves, du cœur du croyant. Or, en disant cela, il parlait de l'Esprit Saint que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, l'Esprit Saint n'avait pas encore été donné, parce que Jésus n'était pas encore entré dans sa gloire » (Jn 7,38-39). Ce qu'il appelle sa gloire, c'est sa mort sur la croix. C'est pourquoi le Seigneur, lorsqu'il priait, avant de subir la croix, demandait au Père de lui donner cette « gloire qu'il avait auprès de lui avant le commencement du monde ».
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Something Beautiful for God (trad. La Joie du don, p.64 rev.)
« Qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive »
Seigneur, que ta crucifixion et ta résurrection nous apprennent à affronter les luttes de la vie quotidienne et à y traverser l'angoisse de la mort, afin que nous vivions dans une plénitude plus grande et plus créatrice. Humblement et patiemment, tu as accepté les échecs de la vie humaine, comme les souffrances de ta crucifixion. Aide-nous à accepter les peines et les luttes que nous apporte chaque journée, comme des occasions de croître et de mieux te ressembler. Rends-nous capables de les affronter patiemment et avec courage, avec une pleine confiance dans ta protection. Fais-nous comprendre que nous n'arriverons à la plénitude de la vie que par une mort incessante à nous-mêmes et à nos désirs égoïstes, car c'est seulement en mourant avec toi que nous pouvons ressusciter avec toi.
ou
Liturgie orientale
Office de l'Exaltation de la Sainte Croix (trad. Mercenier, La Prière de rite byzantin, rev.)
« Qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive »
Salut, croix vivifiante, trophée invincible de la piété, porte du Paradis, réconfort des croyants, rempart de l'Église. C'est par toi que la corruption a été anéantie, la puissance de la mort engloutie et abolie, et que nous sommes élevés de la terre aux choses célestes. Tu es l'arme invincible, l'adversaire des démons, la gloire des martyrs, le véritable ornement des saints, la porte du salut...
Salut, croix du Seigneur, par qui l'humanité a été délivrée de la malédiction. Tu es le signe de la vraie joie ; quand tu es élevée, tu brises contre terre nos ennemis. Nous te vénérons, tu es notre secours, la force des rois, la fermeté des justes, la dignité des pécheurs...
Salut, croix précieuse, guide des aveugles, médecin des malades, résurrection de tous les morts. Tu nous as relevés lorsque nous étions tombés dans la souillure. C'est par toi qu'il a été mis fin à la corruption et que l'immortalité a fleuri ; c'est par toi que nous les mortels nous avons été divinisés, et que le démon a été complètement terrassé...
Ô Christ, ta croix précieuse, nous la vénérons aujourd'hui de nos lèvres indignes, nous qui sommes pécheurs. Nous te chantons, toi qui as voulu y être attaché ; et nous te crions comme le larron : « Rends-nous dignes de ton Royaume ! »
ou
Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Audience générale du 17/02/2010 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Marcher à sa suite
Le « moment favorable » (2Co 6,2) et de grâce du carême nous montre sa signification spirituelle à travers l'antique formule : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière », que le prêtre prononce lorsqu'il impose un peu de cendres sur notre tête. Nous sommes ainsi renvoyés aux débuts de l'histoire humaine, quand le Seigneur a dit à Adam, après la faute des origines : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise » (Gn 3,19 ; 2,7)…
L'homme est poussière et il retournera à la poussière, mais il est une poussière précieuse aux yeux de Dieu, parce que Dieu a créé l'homme en le destinant à l'immortalité. Ainsi, cette formule liturgique…trouve la plénitude de son sens en référence au nouvel Adam, le Christ (1Co 15,45). Le Seigneur Jésus lui aussi a librement voulu partager avec chaque homme le sort de la fragilité, en particulier à travers sa mort sur la croix ; mais cette mort précisément, pleine de son amour pour le Père et pour l'humanité, a été le chemin de la résurrection glorieuse, à travers laquelle le Christ est devenu la source d'une grâce donnée à tous ceux qui croient en lui et participent à la vie divine elle-même.
Cette vie qui n'aura pas de fin est déjà en acte dans la phase terrestre de notre existence, mais elle sera portée à son accomplissement après la résurrection de la chair. Le petit geste de l'imposition des cendres nous révèle donc la richesse de sa signification : c'est une invitation à parcourir le temps du carême comme une immersion plus consciente et plus intense dans le mystère pascal du Christ, dans sa mort et sa résurrection, à travers la participation à l'eucharistie et à la vie de charité. Nous renouvelons notre engagement à suivre Jésus, à nous laisser transformer par son mystère pascal, pour l'emporter sur le mal et faire le bien, pour faire mourir notre « vieil homme » lié au péché et faire naître l'« homme nouveau » (Ep 4,22s) transformé par la grâce de Dieu.
ou
Pape Benoît XVI
Audience générale du 21/02/07 (trad. DC 2376, p. 266 © Libreria Editrice Vaticana)
Apprendre à « redonner » l'amour que le Christ révèle par sa croix
Dans mon message de Carême j'ai voulu souligner l'immense amour que Dieu a pour nous, afin que les chrétiens de toute communauté puissent pendant le temps quadragésimal s'arrêter spirituellement, avec Marie et Jean, le disciple bien-aimé, aux côtés de celui qui sur la croix a consommé pour l'humanité le sacrifice de sa vie (Jn 19,26). Oui, chers frères et sœurs, la croix est la révélation définitive de l'amour et de la miséricorde divine, également pour nous, hommes et femmes de notre époque, qui sommes trop souvent distraits par des préoccupations et des intérêts matériels et passagers.
Dieu est amour, et son amour est le secret de notre bonheur. Mais pour entrer dans ce mystère d'amour, il n'est aucun autre chemin que celui de se perdre, de se donner, le chemin de la croix. « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, dit le Seigneur, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive » (Mc 8,34). Voilà pourquoi la liturgie de Carême, tout en nous invitant à la réflexion et à la prière, nous encourage principalement à valoriser la pénitence et le sacrifice, pour rejeter le péché et le mal et pour vaincre l'égoïsme et l'indifférence. La prière, le jeûne et la pénitence, les œuvres de charité à l'égard des frères, deviennent ainsi les sentiers spirituels à parcourir pour opérer le retour à Dieu en réponse aux appels répétés à la conversion que comporte aussi la liturgie du Mercredi des cendres (Jl 2,12-13 ; Mt 6,16-18).
Chers frères et sœurs, que le temps du Carême dans lequel nous entrons...soit pour tous une expérience renouvelée de l'amour miséricordieux du Christ qui sur la croix a versé son sang pour nous. Mettons-nous avec docilité à son école pour apprendre à « redonner », à notre tour, son amour à notre prochain, spécialement à ceux qui souffrent et sont dans la difficulté. Telle est la mission de tout disciple du Christ.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours ascétiques, 1ère série, 71/74 (trad. Alfeyev, Bellefontaine 2001, p.62)
« Qu'il me suive »
Le Seigneur Dieu a livré son propre Fils à la mort sur la croix, à cause de son ardent amour pour la création... Non pas qu'il n'aurait pas pu nous racheter d'une autre façon, mais il a voulu manifester ainsi son amour débordant, comme un enseignement pour nous. Et par la mort de son Fils unique, il nous a rapprochés de lui. Oui, s'il avait possédé quelque chose de plus précieux, il nous l'aurait donné, afin que nous lui appartenions pleinement.
À cause de son grand amour pour nous, il n'appartenait pas à son bon plaisir de faire violence à notre liberté, bien qu'il aurait été capable de le faire, mais il a préféré que nous nous rapprochions de lui par amour de ce que nous pouvions comprendre.
À cause de son amour pour nous et par obéissance à son Père, le Christ a accepté joyeusement les insultes et la détresse... De la même façon, lorsque les saints deviennent parfaits, ils atteignent cette même perfection et ainsi, en déversant abondamment leur amour et leur compassion sur tous les hommes, ils ressemblent à Dieu.
ou
Théodore de Mopsueste ( ?-428), évêque et théologien
Commentaire de l'évangile de Jean ; CSCO 116, p. 171s (trad. Orval rev.)
Chemin de croix, chemin de gloire
« Voici venue l'heure où le Fils de l'homme doit être glorifié » (Jn 12,23)… Après avoir annoncé sa glorification étonnante, qui semblait incompatible avec sa Passion, Jésus ajoute : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt pas, il reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit » (v. 24). « Que ma mort ne vous trouble donc pas. Le grain de blé est seul avant de tomber en terre, mais une fois tombé et mort, il germe pour une grande gloire et porte le double de fruits ; il déploie ses richesses devant tous et montre l'éclat de sa beauté. Pensez qu'il en est de même de moi. Maintenant je suis seul et sans gloire, méconnu dans la foule obscure des autres hommes. Mais lorsque j'aurai subi les souffrances de la croix, je ressusciterai avec grande gloire. Alors je porterai de nombreux fruits »…
Après ces prédictions à son propre sujet, Jésus exhorte ses disciples à l'imiter : « Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui cesse de s'y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle » (v. 25). « Donc, non seulement ma Passion ne doit pas vous scandaliser…, mais vous devez être prêts vous aussi à subir les mêmes souffrances pour porter les mêmes fruits. » Il dit ensuite très simplement : « Si quelqu'un me sert, qu'il me suive. » « Si quelqu'un veut être mon serviteur, qu'il montre par ses actes qu'il veut marcher à ma suite. » « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera » (v. 26). « Celui qui prend part à mes souffrances aura également part à ma gloire ; il sera avec moi éternellement dans le monde à venir et il partagera ma joie dans le Royaume des cieux. Voilà comment mon Père honorera ceux qui m'auront servi avec fidélité. »
ou
Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle
Livre 2, chapitre 12
« Celui qui veut marcher derrière moi ... qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive »
Elle paraît dure à beaucoup, cette parole : Renonce à toi-même, prends ta croix et suis Jésus... Pourquoi crains-tu de prendre la croix par laquelle on va au Royaume ? Dans la croix se trouvent le salut, la vie, la protection contre l'ennemi, la rosée de la douceur céleste, la force de l'âme, la joie de l'esprit, la somme de la vertu, la perfection de la sainteté. Il n'y a ni salut pour l'âme, ni espoir de vie éternelle, si ce n'est dans la croix. Prends donc ta croix et suis Jésus ; ainsi tu iras vers la vie éternelle... Si tu meurs avec lui, tu vivras aussi avec lui. Si tu es son compagnon dans la peine, tu le seras aussi dans la gloire.
C'est dans la croix que tout se tient... Il n'y a pas d'autre voie vers la vie et la vraie paix intérieure... Va où tu veux, cherche tout ce que tu voudras : tu ne trouveras pas de voie supérieure ni de chemin plus sûr que la voie de la sainte croix.
Dispose tout selon ton vouloir et selon tes vues : il te sera impossible de ne pas trouver à chaque instant quelque chose à supporter, que tu le veuilles ou non ; et ainsi tu ne cesseras de rencontrer la croix. Ou bien tu sentiras la douleur physique, ou bien tu subiras des épreuves d'ordre spirituel. Tu te sentiras tantôt délaissé de Dieu, tantôt éprouvé par le prochain, ou, plus encore, tu seras une charge pour toi-même, sans qu'aucun remède ou aucune consolation puissent te délivrer ou te soulager... Dieu veut que tu apprennes à soutenir l'épreuve pour te soumettre totalement à lui et devenir plus humble... Tu dois garder toujours patience si tu veux avoir la paix intérieure et mériter la couronne éternelle.


Le vendredi après les Cendres
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°3, 1.16 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; Éd. Migne 1993 ; p. 53.62)
« Des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront »
« Réjouissez-vous, cieux, et que la terre exulte » (Is 49,13) à cause de ceux [les catéchumènes] qui vont être aspergés de l’hysope et purifiés par l’hysope mystique par la puissance de celui qui, lors de sa Passion, fut abreuvé au moyen de l’hysope et du roseau. Que les puissances célestes soient heureuses et que les âmes qui vont s’unir à l’Époux mystique se préparent. Car voici la voix de celui qui crie dans le désert : « Préparez la route du Seigneur » (Is 40,3) (…)
« Prends courage, Jérusalem, le Seigneur va t’enlever toutes tes iniquités » (So 3,14.15). « Le Seigneur va laver la souillure de tes fils et de tes filles, par un esprit de jugement et par un esprit de combustion. Il vous aspergera d’eau pure et vous serez purifiés de toutes vos fautes (cf. Ez 36,25). Les anges chanteront autour de vous ces paroles : « Quelle est celle-ci qui se lève, éclatante de blancheur, appuyée sur son frère d’adoption ? » (cf. Ct 8,5). L’âme jadis esclave a inscrit le Maître pour son frère adoptif, et lui, ratifiant ce choix sincère : « Te voilà belle, ma toute proche, te voilà belle ; tes dents sont comme des troupeaux de brebis tondues » (Ct 4,1.2) s’exclamera-t-il à la suite de l’aveu jailli de la bonne conscience – et il continuera : « Toutes ont deux jumeaux » (Ibid.), car double est la grâce, j’entends la grâce en tant qu’elle est réalisée par l’eau et par l’Esprit, ou qu’elle est annoncée au long de l’Ancien et du Nouveau Testaments.
Puissiez-vous tous, au terme de votre jeûne, instruits de nos enseignements, chargés des fruits de vos bonnes œuvres, compagnons sans reproche de l’Époux spirituel, obtenir la rémission de vos péchés, par le Dieu à qui appartient la gloire, qu’il partage avec le Fils et le Saint-Esprit, dans les siècles. Amen.
ou
Saint Théodore le Studite (759-826)
moine à Constantinople
Catéchèse 46 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 353-354 ; rev.)
Des jours viendront… où ils jeûneront.
Mes enfants bien-aimés et mes frères, Dieu qui dans sa sagesse gouverne tout, qui d’une manière excellente et avisée mène à bonne fin les saisons et les années, nous a fait connaître également ceci : ils sont déjà là, les jours salutaires et profitables aux âmes. (…) Et grâce soient rendues à celui qui nous a révélé ces jours et nous a jugés digne d’y parvenir. C’est pourquoi en tout temps nous devons mener une vie sainte et pure et observer tout commandement de Dieu, et particulièrement en ce moment. (…)
Puisque donc c’est le temps de la purification, purifions-nous ! Puisque c’est le temps de l’abstinence, abstenons-nous, et pas seulement de la nourriture – cela ne suffit pas –, mais abstenons-nous (…) d’envier la bonne réputation de notre frère, de nous mettre en colère ou de nous irriter contre le prochain, de ne pas imposer de frein à notre langue et de la laisser courir comme elle veut. Mais que celle-ci se donne à elle-même des limites, qu’on ne parle ni trop ni n’importe quand, et de sujets qui conviennent. Que notre regard se garde des regards impudiques et que notre oreille soit close, ne s’ouvrant que pour écouter ce qui est agréable à Dieu et ce qu’il aime.
Oui, mes enfants bien-aimés, oui, je vous y exhorte, faites de vous-mêmes un instrument, une harpe agréable du Saint-Esprit. (…) Maintenez la paix entre vous. Le très vénérable carême est fatiguant pour le corps, il est vrai, mais ne laissez pas, à cause de lui fléchir votre courage ! (…) Un peu de patience et, comme par habitude, vous n’en sentirez plus le poids !
ou
Sainte Claire d'Assise (1193-1252)
fondatrice de l'ordre des Pauvres Dames ou Clarisses
3e Lettre à Agnès de Prague, 32-41 (Sainte Claire d’Assise; trad. Père Vorreux, O.F.M.; Éd. Franciscaines, 1983)
Vivre pour le louer
Pour chacune de nous, pourvu qu'elle soit saine et valide, le jeûne devrait être perpétuel. Les jeudis ordinaires, le jeûne est laissé au gré de chaque sœur, et celle qui préférerait ne pas jeûner doit être laissée libre. Quant à nous qui nous portons bien, nous jeûnons tous les jours sauf le dimanche et le jour de Noël. Nous ne sommes pas non plus obligées de jeûner durant le temps pascal, ainsi que nous le savons par un billet de saint François, ni aux fêtes de sainte Marie et des saints Apôtres, à moins qu'elles ne tombent un vendredi. Comme je l'ai dit plus haut, nous qui sommes bien portantes et valides, nous nous contentons chaque jour des seuls aliments permis en carême.
Cependant, nous n'avons pas un corps d'acier ni une solidité de granit ; nous sommes faibles et sujettes aux infirmités de la nature. Aussi je te prie, sœur bien-aimée, de modérer avec sagesse et discernement la rigueur exagérée de ton abstinence dont j'ai eu des échos. Et je te demande dans le Seigneur de vivre pour le louer, de rendre raisonnables les hommages que tu lui rends, et de toujours assaisonner ton sacrifice du sel de la sagesse.
Je te souhaite une santé aussi bonne que je puis le désirer pour moi-même.
ou
Saint Romanos le Mélode ( ?-v. 560), compositeur d'hymnes
Hymne « Adam et Ève », 1-5 ; SC 99 (trad. SC p. 71 rev.)
« Alors ils jeûneront »
Livre-toi, mon âme, au repentir ; unis-toi au Christ par la pensée ; crie en gémissant : « Accorde-moi le pardon de mes actions mauvaises, afin que je reçoive de toi, qui seul es bon (Mc 10,18), l'absolution et la vie éternelle »...
Moïse et Élie, ces tours de feu, étaient grands dans leurs œuvres... Ils sont les premiers parmi les prophètes, ils parlaient librement à Dieu, ils se plaisaient à s'approcher de lui pour le prier et s'entretenir avec lui face à face (Ex 34,5 ; 1R 19,13) –- chose étonnante et incroyable. Néanmoins, ils avaient soin de recourir au jeûne, qui les menait à Dieu (Ex 34,28 ; 1R 19,8). Le jeûne, avec les œuvres, procure donc la vie éternelle.
Par le jeûne, les démons sont repoussés comme par une épée, car ils n'en supportent pas les joies ; ce qu'ils aiment, c'est le jouisseur et l'ivrogne. Mais s'ils regardent le visage du jeûne, ils ne peuvent pas tenir ; ils s'enfuient bien loin, comme nous l'enseigne le Christ notre Dieu en disant : « C'est par le jeûne et la prière qu'on vient à bout de la race des démons » (cf Mc 9,29). Voilà pourquoi on nous enseigne que le jeûne donne aux hommes la vie éternelle...
Le jeûne rend à ceux qui le pratiquent la maison paternelle d'où Adam fut expulsé... C'est Dieu lui-même, l'ami des hommes (Sg 1,6), qui avait d'abord confié au jeûne l'homme qu'il avait créé, comme à une mère aimante, comme à un maître. À un seul arbre il lui a interdit de goûter (Gn 2,17). Et si l'homme avait observé ce jeûne, il aurait habité avec les anges. Mais il l'a rejeté et a trouvé les peines et la mort, l'âpreté des épines et des ronces, et l'angoisse d'une vie douloureuse (Gn 3,17s). Or, si dans le Paradis le jeûne se révèle profitable, combien plus l'est-il ici-bas, pour nous procurer la vie éternelle !
ou
Pape Benoît XVI
Message pour le Carême 2009 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Alors ils jeûneront »
Dans le Nouveau Testament, Jésus met en lumière la raison profonde du jeûne... : « Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). Le vrai jeûne a donc pour but de manger « la vraie nourriture », qui consiste à faire la volonté du Père (cf Jn 4, 34). Si Adam a désobéi à l'ordre du Seigneur de ne pas manger du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2, 17), le croyant entend par le jeûne se soumettre à Dieu avec humilité, en se confiant à sa bonté et à sa miséricorde...
De nos jours, la pratique du jeûne semble avoir perdu un peu de sa valeur spirituelle et, dans une culture marquée par la recherche du bien-être matériel, elle a plutôt pris la valeur d'une pratique thérapeutique pour le soin du corps. Le jeûne est sans nul doute utile au bien-être physique, mais pour les croyants, il est en premier lieu une « thérapie » pour soigner tout ce qui les empêche de se conformer à la volonté de Dieu...
Avec le jeûne et la prière, nous permettons au Christ de venir rassasier une faim plus profonde que nous expérimentons au plus intime de nous : la faim et la soif de Dieu. En même temps, le jeûne nous aide à prendre conscience de la situation dans laquelle vivent tant de nos frères. Dans sa première lettre, saint Jean met en garde : « Si quelqu'un possède des richesses de ce monde et, voyant son frère dans la nécessité, lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (3, 17) Jeûner volontairement nous aide à suivre l'exemple du Bon Samaritain, qui se penche et va au secours du frère qui souffre (Lc 10, 29s). En choisissant librement de se priver de quelque chose pour aider les autres, nous montrons de manière concrète que le prochain en difficulté ne nous est pas étranger. C'est précisément pour maintenir vivante cette attitude d'accueil et d'attention à l'égard de nos frères que j'encourage les paroisses et toutes les communautés à intensifier pendant le Carême la pratique du jeûne personnel et communautaire, en cultivant aussi l'écoute de la Parole de Dieu, la prière et l'aumône. Ceci a été, dès le début, une caractéristique de la vie des communautés chrétiennes.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 1 pour le premier jour du carême, 1, 3, 6 (trad Brésard, 2000 ans B, p. 84)
« Alors ils jeûneront »
Pourquoi le jeûne du Christ ne serait-il pas commun à tous les chrétiens ? Pourquoi les membres ne suivraient-ils pas leur Tête ? (Col 1, 18). Si nous avons reçu les biens de cette Tête, n'en supporterions-nous pas les maux ? Voulons-nous rejeter sa tristesse et communier à ses joies ? S'il en est ainsi, nous nous montrons indignes de faire corps avec cette Tête. Car tout ce qu'il a souffert, c'est pour nous. Si nous répugnons à collaborer à l'œuvre de notre salut, en quoi nous montrerons-nous ses aides ? Jeûner avec le Christ est peu de chose pour celui qui doit s'asseoir avec lui à la table du Père. Heureux le membre qui aura adhéré en tout à cette Tête et l'aura suivie partout où elle ira (Ap 14, 4). Autrement, s'il venait à en être coupé et séparé, il sera forcément privé aussitôt du souffle de vie...
Pour moi, adhérer complètement à toi est un bien, ô Tête glorieuse et bénie dans les siècles, sur laquelle les anges aussi se penchent avec convoitise (1P 1, 12). Je te suivrai partout où tu iras. Si tu passes par le feu, je ne me séparerai pas de toi, et ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi (Ps 22, 4). Tu portes mes douleurs et tu souffres pour moi. Toi, le premier, tu es passé par l'étroit passage de la souffrance pour offrir une large entrée aux membres qui te suivent. Qui nous séparera de l'amour du Christ ? (Rm 8, 35)... Cet amour est le parfum qui descend de la Tête sur la barbe, qui descend aussi sur l'encolure du vêtement, pour en oindre jusqu'au plus petit fil (Ps 132, 2). Dans la Tête se trouve la plénitude des grâces, et d'elle nous la recevons tous. Dans la Tête est toute la miséricorde, dans la Tête le débordement des parfums spirituels, comme il est écrit : « Dieu t'a oint d'une huile de joie » (Ps 44, 8)...
Et nous, qu'est-ce que l'évangile nous demande en ce début du carême ? « Toi, dit-il, quand tu jeûnes, oins de parfum ta tête » (Mt 16, 17). Admirable condescendance ! L'Esprit du Seigneur est sur lui, il en a été oint (Lc 4, 18), et pourtant, pour évangéliser les pauvres, il leur dit : « Oins de parfum ta tête ».
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon 28, PL 57, 587-590 ; CC Sermon 35, 136-139 (trad. Les Pères dans la foi, Migne 1996, p.94s)
L'origine du Carême : accompagner les catéchumènes vers le baptême à Pâques
Après ce temps consacré à l'observance du jeûne, l'âme, purifiée et épuisée, parvient au baptême. Elle reprend des forces en se plongeant dans les eaux de l'Esprit ; tout ce qui avait été brûlé par les flammes des maladies renaît de la rosée de la grâce du ciel. Abandonnant la corruption du vieil homme, le néophyte acquiert une nouvelle jeunesse... Par une nouvelle naissance, il renaît autre, alors qu'il est le même que celui qui avait péché.
Élie, par un jeûne ininterrompu de quarante jours et de quarante nuits, a mérité de mettre fin, grâce à l'eau du ciel, à une sécheresse longue et pénible de la terre entière (1R 19,8 ; 18,41) ; il a étanché la soif brûlante du sol, en lui apportant une pluie abondante. Ces faits se sont produits pour nous servir d'exemple, pour mériter, après un jeûne de quarante jours, la pluie bénie du baptême, pour que l'eau du ciel arrose toute la terre, aride chez nos frères du monde entier depuis longtemps. Le baptême comme une rosée du salut mettra fin à la longue stérilité du monde païen. C'est, en effet, de sécheresse et d'aridité spirituelle que souffre quiconque n'a pas été baigné de la grâce du baptême.
Par un jeûne du même nombre de jours et de nuits, le saint Moise a mérité de parler à Dieu, de demeurer, de séjourner avec lui, de recevoir de ses mains les préceptes de la Loi (Ex 24,18)... Nous aussi, frères très chers, jeûnons avec ferveur pendant toute cette période, pour que ... à nous aussi s'ouvrent les cieux et se ferment les enfers.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Homélie sur la prière, le jeûne et l'aumône ; PL 52, 320 (trad. bréviaire)
« Quel est le jeûne qui me plaît ?... N'est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim ? » (Is 58,6-7)
Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne : il doit sympathiser avec l'homme qui a faim s'il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim ; il doit faire miséricorde, celui qui espère obtenir miséricorde... Ce que nous avons perdu par le mépris, nous devons le conquérir par le jeûne ; immolons nos vies par le jeûne, parce qu'il n'est rien que nous puissions offrir à Dieu de plus important, comme le prouve le prophète lorsqu'il dit : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; le cœur qui est broyé et abaissé, Dieu ne le méprise pas » (Ps 50,19). Offre donc à Dieu ta vie, offre l'oblation du jeûne pour qu'il y ait là une offrande pure, un sacrifice saint, une victime vivante qui insiste en ta faveur...
Mais pour que ces dons soient agréés, il faut que vienne ensuite la miséricorde. Le jeûne ne porte pas de fruit s'il n'est pas arrosé par la miséricorde ; le jeûne devient moins aride par la miséricorde ; ce que la pluie est pour la terre, la miséricorde l'est pour le jeûne. Celui qui jeûne peut bien cultiver son cœur, purifier sa chair, arracher les vices, semer les vertus : s'il n'y verse pas les flots de la miséricorde, il ne recueille pas de fruit.
Toi qui jeûnes, ton champ jeûne aussi s'il est privé de miséricorde ; toi qui jeûnes, ce que tu répands par ta miséricorde rejaillira dans ta grange. Pour ne pas gaspiller par ton avarice, recueille par tes largesses. En donnant au pauvre, tu donnes à toi-même ; car ce que tu n'abandonnes pas à autrui, tu ne l'auras pas.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Homélie sur la prière, le jeûne et l'aumône ; PL 52, 320 (trad. bréviaire rev.)
« Alors ils jeûneront »
Il y a trois actes, mes frères, en lesquels la foi se tient, la piété consiste, la vertu se maintient : la prière, le jeûne, la miséricorde. La prière frappe à la porte, le jeûne obtient, la miséricorde reçoit. Prière, miséricorde, jeûne, les trois ne font qu'un et se donnent mutuellement la vie. En effet, le jeûne est l'âme de la prière et la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise ; les trois ne peuvent pas se séparer. Celui qui en pratique seulement un ou deux, celui-là n'a rien. Donc, celui qui prie doit jeûner, et celui qui jeûne doit avoir pitié. Qu'il écoute l'homme qui demande et qui en demandant souhaite être écouté ; celui qui ne refuse pas d'entendre les autres lorsqu'on le supplie, celui-là se fait entendre de Dieu.
Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne, c'est-à-dire il doit sympathiser avec l'homme qui a faim, s'il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim. Celui qui espère obtenir miséricorde doit faire miséricorde ; celui qui veut bénéficier de la bonté doit la pratiquer ; celui qui veut qu'on lui donne doit donner... Sois donc la norme de la miséricorde à ton égard : si tu veux qu'on te fasse miséricorde de telle façon, selon telle mesure, avec telle promptitude, fais toi-même miséricorde aux autres, avec la même promptitude, la même mesure, de la même façon.
Donc la prière, la miséricorde, le jeûne doivent former un seul parrainage pour nous recommander à Dieu, doivent former un seul plaidoyer, une seule prière en notre faveur sous cette triple forme.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Audience générale du 21/03/1979 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Alors ils jeûneront »
« Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur avait répondu : « Les invités à la noce peuvent-ils être en deuil tant que l’époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’époux leur aura été enlevé : c’est alors qu’ils jeûneront. » Le temps du carême, en effet, nous rappelle que l’époux nous a été enlevé. Il a été enlevé, arrêté, emprisonné, souffleté, flagellé, couronné d’épines, crucifié. Le jeûne du carême est l’expression de notre solidarité avec le Christ… « Mon amour a été crucifié, et la flamme du désir pour les choses matérielles est éteinte en moi », écrivait saint Ignace, évêque d’Antioche [au tournant des 1er et 2e siècles]...
La nourriture et la boisson sont indispensables à l’homme pour vivre. Il s’en sert et il doit s’en servir, mais il ne lui est pas permis d’en abuser d’une façon ou d’une autre. L’abstention traditionnelle de nourriture et de boisson a non seulement pour but de donner à la vie de l’homme l’équilibre qui lui est nécessaire, mais aussi de le détacher de ce que l’on pourrait appeler « la mentalité de consommation ». Cette mentalité est devenue aujourd’hui une des caractéristiques de la civilisation et, en particulier, de la civilisation occidentale… L’homme orienté vers les biens matériels…en abuse bien souvent.
Il ne s’agit pas ici que de nourriture et de boisson. Lorsque l’homme est orienté exclusivement vers la possession et l’usage des biens matériels, c’est-à-dire vers les choses, c’est alors toute la civilisation qui est mesurée selon la quantité et la qualité des choses qu’elle peut fournir à l’homme, et non selon l’homme, à la mesure de l’homme. Cette civilisation, en effet, fournit les biens matériels non seulement pour qu’ils servent à l’homme, à ses activités créatrices et utiles mais, et toujours plus, pour satisfaire et exciter ses sens, pour le plaisir d’un instant, pour des sensations de plus en plus multiples, [par exemple, par] les médias audiovisuels... L’homme d’aujourd’hui doit donc jeûner c’est-à-dire s’abstenir non seulement de nourriture et de boisson, mais de beaucoup d’autres moyens de consommation, de stimulations et de satisfactions des sens.
ou
Saint Jean-Paul II
Angélus du 10 mars 1996 (trad. DC 2135, 7/4/96, p. 313)
« Alors ils jeûneront »
Parmi les pratiques pénitentielles que nous propose l'Église, surtout en ce temps de Carême, il y a le jeûne. Il comporte une sobriété spéciale dans la prise de nourriture, étant saufs les besoins de notre organisme. Il s'agit d'une forme traditionnelle de pénitence qui n'a rien perdu de sa signification, et que l'on doit même peut-être redécouvrir, surtout en cette partie du monde et dans ces milieux où non seulement la nourriture abonde mais où l'on rencontre parfois des maladies dues à la suralimentation.
À l'évidence, le jeûne pénitentiel est très différent des régimes alimentaires thérapeutiques. Mais, à sa manière, on peut y voir comme une thérapie de l'âme. En effet, pratiqué en signe de conversion, il facilite l'effort intérieur pour se mettre à l'écoute de Dieu. Jeûner, c'est réaffirmer à soi-même ce que Jésus répliqua à Satan qui le tentait au terme de quarante jours de jeûne au désert : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Aujourd'hui, spécialement dans les sociétés de bien-être, on comprend difficilement le sens de cette parole évangélique. La société de consommation, au lieu d'apaiser nos besoins, en crée toujours de nouveaux, engendrant même un activisme démesuré... Entre autres significations, le jeûne pénitentiel a précisément pour but de nous aider à retrouver l'intériorité.
L'effort de modération dans la nourriture s'étend aussi à d'autres choses qui ne sont pas nécessaires et apporte un grand soutien à la vie de l'esprit. Sobriété, recueillement et prière vont de pair. On peut faire une application opportune de ce principe en ce qui concerne l'usage des moyens de communication de masse. Ils ont une utilité indiscutable mais ils ne doivent pas devenir les « maîtres » de notre vie. Dans combien de familles le téléviseur semble remplacer, plutôt que faciliter, le dialogue entre les personnes ! Un certain « jeûne », dans ce domaine aussi, peut être salutaire, soit pour consacrer davantage de temps à la réflexion et à la prière, soit pour cultiver les rapports humains.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
6ème sermon pour le Carême, 1-2 ; SC 49 (trad. cf SC, p. 56 et bréviaire jeu. après Cendres)
« Alors ils jeûneront »
Bien-aimés, « la terre est remplie de la miséricorde de Dieu » (Ps 32,5) en tout temps... Cependant, le retour des jours plus spécialement marqués par le mystère de la restauration humaine, ces jours qui précèdent la fête de Pâques, nous encourage à nous y préparer par une purification religieuse... La fête de Pâques a ceci de propre que toute l'Église se réjouit du pardon des péchés. Ce pardon se réalise non seulement en ceux qui renaissent par le baptême mais aussi en ceux qui déjà font partie de la communauté des fils adoptifs de Dieu.
C'est vrai que c'est principalement le bain de la nouvelle naissance qui fait des hommes nouveaux (Tt 3,5) ; toutefois, il incombe à tous de se renouveler quotidiennement pour combattre la rouille de notre condition mortelle et, dans les étapes de notre progrès, il n'est personne qui ne doive toujours devenir meilleur ; tous doivent faire effort pour qu'au jour de la rédemption personne ne demeure dans ses vices d'autrefois.
Ce que chaque chrétien doit faire en tout temps, mes bien-aimés, doit donc être recherché maintenant avec plus d'empressement et de générosité. C'est ainsi que nous accomplirons le jeûne de quarante jours institué par les apôtres non seulement en réduisant notre nourriture, mais surtout en nous abstenant du péché... Rien n'est plus profitable que de joindre aux jeûnes raisonnables et saints la pratique de l'aumône : sous le nom d'œuvres de miséricorde, elle englobe bien des actions de bonté dignes d'éloge, et c'est ainsi que les âmes de tous les fidèles peuvent se rejoindre dans un même mérite, quelle que soit l'inégalité de leurs ressources.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur les évangiles, n°16
Le jeûne qui plaît à Dieu
C'est en mangeant le fruit de l'arbre défendu qu'Adam a transgressé les préceptes de vie (Gn 3,6). Quant à nous, c'est en réduisant ce que nous mangeons, autant qu'il est possible, que nous nous relèverons et que nous retrouverons la joie du Paradis.
Que personne ne croie pour autant que seule cette abstinence puisse suffire. Par son prophète, Dieu nous dit en effet : « Ne savez-vous pas quel est le jeûne qui me plaît ? Partage ton pain avec l'affamé, héberge les pauvres sans abri, donne un habit à celui que tu vois nu, ne te dérobe pas à ton semblable » (Is 58,5-7). Voilà quel jeûne Dieu approuve : celui qui présente à son regard des mains remplies d'aumônes, un cœur rempli d'amour des autres, un jeûne tout pétri de bonté. Ce dont tu te prives personnellement, donne-le à quelqu'un d'autre. Ainsi ta pénitence corporelle contribuera au mieux-être corporel de ceux qui sont dans le besoin.
Comprends d'ailleurs ce reproche du Seigneur dans la bouche du prophète : « Quand vous avez jeûné et gémi, est-ce pour l'amour de moi que vous avez multiplié vos jeûnes ? Quand vous mangiez et buviez, n'est-ce pas pour vous que vous mangiez, pour vous que vous buviez ? » (Za 7,5-6) C'est manger et boire pour soi que de consommer, sans les partager avec les pauvres, les aliments destinés à nourrir le corps ; ce sont des dons faits par le Créateur à la communauté des hommes. C'est encore jeûner pour soi que de se priver pour un temps mais de se réserver le fruit de ses restrictions pour le consommer plus tard. « Sanctifiez votre jeûne », dit le prophète (Jl 1,14)... Que cesse la colère ; que disparaissent les querelles ! La mortification du corps est vaine si le cœur ne s'impose pas une discipline pour réfréner ses passions... Le prophète dit : « Quand vous jeûnez vous vous occupez de vos affaires. Vous frappez le pauvre ; vous opprimez vos ouvriers. Vous jeûnez dans la dispute et la colère » (Is 58,3-4)... Ce n'est en effet que si nous pardonnons que Dieu nous remettra à nous-mêmes notre injustice.


Le samedi après les Cendres
Commentaire de l’Évangile
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)
religieuse
Petit journal, § 1122 (Petit journal, la Miséricorde divine dans mon âme ; trad. Apostolat de la Miséricorde divine ; Parole et Dialogue, 2002, p. 390)
Que tous les cœurs se tournent avec confiance vers Ton infinie miséricorde !
Dieu de grande miséricorde, Toi qui as daigné nous envoyer Ton Fils unique, comme la plus grande preuve de l’amour et de la miséricorde insondable, Tu ne repousses pas les pécheurs, mais de Ton insondable miséricorde, à eux aussi, Tu as ouvert le trésor dans lequel ils peuvent puiser en abondance, non seulement la justification, mais toute la sainteté que l’âme peut atteindre.
Père de grande miséricorde, je désire que tous les cœurs se tournent avec confiance vers Ton infinie miséricorde. Personne ne se justifiera devant Toi si Ton incommensurable miséricorde ne l’accompagne. Lorsque Tu nous dévoileras le mystère de Ta miséricorde, l’éternité sera trop peu pour T’en remercier comme il convient.
Oh ! comme il est doux d’avoir au fond de l’âme ce que l’ Église nous ordonne de croire. Lorsque mon âme est plongée dans l’amour, alors je résous clairement et instantanément les questions les plus embrouillées – l’amour seul est capable de franchir les précipices et les cimes de montagnes. L’amour, encore une fois l’amour.
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)
évêque et docteur de l'Église
De quoi faut-il s’entretenir avec Dieu ? (Manière de converser avec Dieu, trad. de l'italien, coll. du Laurier, pub. sous la dir. de P. Richard, éd. Le Laurier, 1988, p. 15-16 ; rev.)
Revenez à moi et vivez !
Voulez-vous donner au Dieu qui vous aime une marque d’intime confiance dont il sera extrêmement touché ? Quand vous commettez quelque faute, n’hésitez point à courir aussitôt vous jeter à ses pieds pour lui demander pardon.
Comprenez-le bien, Dieu est si enclin à pardonner que, si les pécheurs s’obstinent à vivre loin de lui privés de la vie de sa grâce, il gémit sur leur perdition et leur fait entendre ces appels de sa tendresse : « Pourquoi voulez-vous mourir, maison d’Israël, ô mon peuple ? Revenez à moi et vivez » (cf. Ez 18, 31-32). Il promet d’accueillir l’âme fugitive, dès qu’elle vient se jeter dans ses bras : « Revenez à moi et je reviendrai à vous » (Za 1,3).
Oh ! Si les pauvres pécheurs comprenaient avec quelle bonté Notre Seigneur les attend pour leur pardonner ! « Le Seigneur attend le moment d’avoir pitié de vous » (Is 30,18). S’ils comprenaient qu’il a hâte, non de les châtier, mais de les voir convertis, afin de les embrasser et de les serrer sur son cœur ! Écoutons sa déclaration solennelle : « Par ma vie, dit le Seigneur Dieu, je ne veux pas la mort de l’impie, mais que l’impie se détourne de sa voie et qu’il vive » (Ez 33,11). (…) Enfin, Dieu l’a déclaré formellement, quand une âme se repent de l’avoir offensé, il perd jusqu’au souvenir de ses péchés : « De toutes ses iniquités je ne me souviendrai pas » (cf. Ez 18,22).
Ainsi donc, dès que vous êtes tombé en quelque faute, levez les yeux vers Dieu, offrez-lui un acte d’amour, et, confessant votre péché, comptez fermement sur son pardon.
ou
Julienne de Norwich (1342-après 1416), recluse anglaise
Révélations de l'amour divin, ch. 51-52
« Je suis venu appeler…les pécheurs, pour qu’ils se convertissent »
Dieu m’a montré un seigneur assis solennellement dans la paix et le repos ; avec douceur il a envoyé son serviteur accomplir sa volonté. Le serviteur a couru en grande hâte, par amour ; mais voilà qu’il est tombé dans un ravin et s’est blessé gravement… Dans ce serviteur, Dieu m’a montré le mal et l’aveuglement provoqués par la chute d’Adam ; et dans ce même serviteur la sagesse et la bonté du Fils de Dieu. Dans le seigneur, Dieu m’a montré sa compassion et sa pitié pour le malheur d’Adam, et dans ce même seigneur la haute noblesse et la gloire infinie à laquelle l’humanité est élevée par la Passion et la mort du Fils de Dieu. C’est pourquoi notre Seigneur se réjouit beaucoup de sa propre chute [dans ce monde et dans sa Passion], à cause de l’exaltation et de la plénitude de bonheur auxquelles parvient le genre humain, surpassant certainement celui que nous aurions eu si Adam n’était pas tombé…
Ainsi nous avons une raison de nous affliger, car notre péché est la cause des souffrances du Christ, et nous avons constamment une raison de nous réjouir, car c’est son amour infini qui l’a fait souffrir… S’il arrive que par aveuglement et faiblesse nous tombions, alors relevons-nous promptement, sous le doux toucher de la grâce. De toute notre volonté corrigeons-nous en suivant l’enseignement de la sainte Église, selon la gravité du péché. Avançons vers Dieu dans l’amour ; ne nous laissons jamais aller au désespoir, mais ne soyons pas trop téméraires, comme si cela n’avait pas d’importance. Reconnaissons franchement notre faiblesse, sachant que, à moins que la grâce ne nous garde, nous ne tiendrons pas le temps d’un clin d’œil…
Il est légitime que notre Seigneur désire que nous nous accusions et que nous reconnaissions, loyalement et en vérité, notre chute et tout le mal qui s’ensuit, conscients que nous ne pourrons jamais les réparer. Il veut en même temps que nous reconnaissions, loyalement et en vérité, l’amour éternel qu’il a pour nous et l’abondance de sa miséricorde. Voir et connaître l’un et l’autre ensemble par sa grâce, voilà l’humble confession que notre Seigneur attend de nous et qui est son œuvre dans notre âme.
ou
Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels, 15/12/1936 (trad. Cerf 2008, p. 268)
« Abandonnant tout, l'homme se leva et se mit à le suivre »
Il y a des jours où des avions traversent le ciel à des vitesses prodigieuses, survolant le monastère. Le bruit de leurs moteurs effraye les petits oiseaux qui nichent dans les cyprès de notre cimetière. En face du couvent, traversant les champs, il y a une route goudronnée où circulent à toute heure des camions et des voitures de tourisme qui ne s'intéressent pas à la vue du monastère. Une des principales voies ferrées de l'Espagne traverse aussi les terres du monastère... On dit que tout cela est liberté... Mais l'homme qui médite un peu verra comme le monde se trompe, au milieu de ce qu'il appelle liberté...
Où se trouve donc la liberté ? Elle se trouve dans le cœur de l'homme qui n'aime que Dieu. Elle est dans l'homme dont l'âme n'est attachée ni à l'esprit ni à la matière, mais seulement à Dieu. Elle est dans cette âme qui n'est pas soumise au moi égoïste ; dans l'âme qui s'envole au-dessus de ses propres pensées, de ses propres sentiments, de son propre souffrir et jouir. La liberté est dans cette âme-là dont la seule raison d'exister est Dieu ; dont la vie est Dieu et rien de plus que Dieu.
L'esprit humain est petit, il est réduit, il est sujet à mille variations, des hauts et des bas, des dépressions, des déceptions, etc., et le corps, avec une telle faiblesse. La liberté est donc en Dieu. L'âme qui passant vraiment par-dessus tout fonde sa vie en lui, on peut dire qu'elle jouit de la liberté, dans la mesure du possible pour celui qui est encore dans ce monde.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèses en vue du baptême, n°1(trad. Migne 1993, p. 36 rev.)
« Abandonnant tout, il se leva et se mit à le suivre » : le carême conduit au baptême
Vous êtes catéchumènes, ceux qui sont en marche vers le baptême, disciples de la Nouvelle Alliance et participants des mystères du Christ, déjà par l'appel et bientôt aussi par la grâce. Vous vous êtes fait « un cœur nouveau et un esprit nouveau » (Ez 18,31), pour la joie des habitants des cieux. Si en effet, selon l'Évangile, la conversion d'un seul pécheur soulève cette joie (Lc 15,7), combien plus le salut de tant d'âmes n'incitera-t-il pas à la joie les habitants des cieux ?
Vous avez entrepris un bon et très beau voyage : appliquez-vous à courir la course de la ferveur. Le Fils unique de Dieu est là tout prêt à vous racheter : « Venez, dit-il, vous tous qui peinez sous le fardeau, et moi, je vous donnerai le repos » (Mt 11,28). Vous qui ployez sous le péché, liés par les chaînes de vos fautes, écoutez ce que dit la voix d'un prophète : « Lavez-vous, purifiez-vous ; enlevez de devant mes yeux vos actions mauvaises » (Is 1,16), afin que le chœur des anges vous crie : « Heureux ceux dont la faute a été enlevée, et dont les péchés ont été remis ! » (Ps 31,1) Vous qui venez justement d'allumer les lampes de la foi, que vos mains diligentes en gardent la flamme pour que celui qui, sur notre très sainte colline du Golgotha, a ouvert par la foi le paradis au larron (Lc 23,43), vous accorde de chanter le cantique des noces.
S'il y a ici quelqu'un qui soit esclave du péché, qu'il se prépare, au moyen de la foi baptismale, à la nouvelle naissance qui fera de lui un homme libre, un des fils d'adoption. Qu'il abandonne l'esclavage lamentable de ses péchés pour acquérir l'esclavage bienheureux du Seigneur... Acquérez par la foi « les premiers dons de l'Esprit Saint » (2Co 5,5) afin de pouvoir être reçus dans les demeures éternelles ; venez vers le sacrement qui vous marquera en vue de devenir les familiers du Maître.
ou
Liturgie latine : Hymne « Audi benigne Conditor » (trad. Liturgie chorale du peuple de Dieu)
« Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu'ils se convertissent »
Ô Créateur, tu connais le cœur de l'homme,
Entends nos larmes et le cri de notre prière.
En ce saint jeûne du carême,
Conduis-nous au désert, purifie-nous.
Dans ta tendresse, Seigneur, tu scrutes nos cœurs,
Tu connais l'infirmité de toutes nos forces,
Donne à celui qui revient vers toi
Le pardon et la grâce de ton amour.
Oui, nous avons péché contre toi :
Pardonne à ceux qui pleurent et confessent ton Nom.
Pour la louange de ta gloire,
Penche-toi sur nos plaies, Seigneur, guéris-nous (cf Lc 10, 34).
Que l'abstinence libère notre corps,
Que ta grâce l'illumine en ton Corps de Lumière.
Que notre esprit redevienne sobre,
Qu'il évite tout mal et tout péché.
Nous te prions, bienheureuse Trinité,
Conduis-nous jusqu'aux joies des fêtes pascales.
Et nous verrons se lever le Christ,
Glorieux et vivant parmi les morts. Amen.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Il n'y a pas de plus grand amour, Lattès, 1997, p. 67)
Appelés à devenir saints
Quelle est la volonté parfaite de Dieu à notre endroit ? Tu dois devenir saint. La sainteté est le plus grand don que Dieu puisse nous faire car il nous a créés à cette fin. Se soumettre, pour celui ou celle qui aime, est plus qu'un devoir ; c'est le secret même de la sainteté.
Comme le rappelait saint François, chacun de nous est ce qu'il est aux yeux de Dieu -- rien de plus, rien de moins. Nous sommes tous appelés à devenir des saints. Il n'y a rien d'extraordinaire à cet appel. Nous avons tous été créés à l'image de Dieu afin d'aimer et d'être aimés. Jésus désire notre perfection avec une indicible ardeur. « Voici quelle est la volonté de Dieu : c'est votre sanctification. » (1Th 4,3) Son Sacré Cœur déborde d'une envie insatiable de nous voir progresser vers la sainteté.
Chaque jour nous devons renouveler notre décision de nous hausser à plus de ferveur, comme s'il s'agissait du premier jour de notre conversion, disant : « Aide-moi, Seigneur mon Dieu, dans mes bonnes résolutions à ton saint service, et donne-moi la grâce aujourd'hui même de vraiment commencer, car ce que j'ai fait jusque-là n'est rien. » Nous ne pouvons pas être renouvelés si nous n'avons pas l'humilité de reconnaître ce qui en nous a besoin de l'être.
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
« L'homme se leva et se mit à le suivre »
Que vous êtes bon, mon Dieu, et comme vous vous appliquez à relever les pécheurs, à crier « Espérance » aux coupables. Comme vous vous montrez, dès les premières lignes de l'Évangile, le Bon Pasteur, le Père de l'enfant prodigue, le divin médecin venu pour les malades.
Il semble que vous preniez à tâche dès les premières lignes de l'Évangile de nous répéter : « Je ne veux pas la mort du pécheur mais qu'il se repente et qu'il vive » (Ez 18,23). Ô Dieu, Père des miséricordes, vous voulez nous dire qu'il y a espérance et grâce même pour les coupables, même pour les plus déchus, les plus souillés. Ceux qui aux yeux des hommes sont irrémédiablement avilis et tombés sont encore nobles et beaux à vos yeux. Qu'ils se repentent, qu'ils disent comme David : « J'ai péché » (2S 12,13). Vous ouvrez si largement pour ces âmes, que le monde croyait si perdues et que vous avez si pleinement retrouvées, relevées, purifiées, embellies, vous leur ouvrez si largement le trésor de vos faveurs qu'aucune grâce ne leur est refusée, qu'aucune grandeur ne leur est inaccessible.
Quelque bas que nous tombions, ne désespérons jamais. La bonté de Dieu est au-dessus de tout mal possible. « Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, je vous rendrais plus blanc que la neige » (Is 1,18). Il n'est pas un moment dans notre vie où nous ne puissions pas commencer une existence nouvelle,... séparée comme par un mur de nos infidélités passées.
ou
Richard Rolle (v. 1300-1349), ermite anglais
Le Chant d'amour, 32 (trad. SC 168, p. 357 / Orval rev.)
« Je suis venu appeler...les pécheurs, pour qu'ils se convertissent. »
Le Christ en croix appelle à grands cris... Il offre la paix, il s'adresse à toi, désireux de te voir embrasser l'amour... : Considère ceci, bien-aimé ! Moi le Créateur sans limite, j'ai épousé la chair pour être capable de naître d'une femme. Moi, Dieu, je me suis présenté aux pauvres comme leur compagnon. C'est une mère humble que j'ai choisie. C'est avec les publicains que j'ai mangé. Les pécheurs ne m'ont pas inspiré d'aversion. Les persécuteurs, je les ai supportés. J'ai fait l'expérience des fouets, et c'est « jusqu'à la mort de la croix que je me suis abaissé » (Ph 2,8). « Qu'aurais-je dû faire que je n'aie fait ? » (Is 5,4) J'ai ouvert mon côté à la lance. Mes mains et mes pieds, je les ai laissé transpercer. Ma chair ensanglantée, pourquoi ne la regardes-tu pas ? Ma tête inclinée (Jn 19,30), comment n'y prêtes-tu nulle attention ? J'ai accepté d'être compté au nombre des condamnés, et voici que, submergé de souffrances, je meurs pour toi, afin que toi, tu vives pour moi. Si tu ne fais pas grand cas de toi-même, si tu ne cherches pas à te tirer des filets de la mort, repens-toi, du moins à présent, à cause de moi qui ai répandu pour toi le baume tellement précieux de mon propre sang. Regarde-moi sur le point de mourir, et arrête-toi sur la pente du péché. Oui, cesse de pécher : tu m'as coûté si cher !
Pour toi je me suis incarné, pour toi aussi je suis né, pour toi je me suis soumis à la Loi, pour toi j'ai été baptisé, accablé d'opprobres, saisi, garrotté, couvert de crachats, moqué, flagellé, blessé, cloué à la croix, abreuvé de vinaigre, et enfin pour toi immolé. Mon côté est ouvert : saisis mon cœur. Accours, enlace mon cou : je t'offre mon baiser. Je t'ai acquis comme ma part d'héritage, en sorte que nul autre ne t'ait en sa possession. Remets-toi tout entier à moi qui me suis tout entier livré pour toi.
ou
Saint Jean-Paul II
Message aux jeunes en vue de la 20ème JMJ (6/8/04)
« Abandonnant tout, l'homme se leva et se mit à le suivre »
Écouter le Christ et l'adorer conduit à faire des choix courageux, à prendre des décisions parfois héroïques. Jésus est exigeant car il veut notre bonheur authentique. Il appelle certains à tout quitter pour le suivre dans la vie sacerdotale ou consacrée. Que ceux qui entendent cette invitation n'aient pas peur de lui répondre « oui » et qu'ils se mettent généreusement à sa suite. Mais, en dehors des vocations particulières de consécration, il y a la vocation propre de tout baptisé : elle aussi est une vocation à ce « haut degré » de la vie chrétienne ordinaire qui s'exprime dans la sainteté (cf. Novo millenio ineunte, Au début du nouveau millénaire, 31).
Tant de nos contemporains ne connaissent pas encore l'amour de Dieu ou cherchent à remplir leur cœur de succédanés insignifiants. Il est donc urgent d'être des témoins de l'amour contemplé dans le Christ... l'Église a besoin de témoins authentiques pour la nouvelle évangélisation : des hommes et des femmes dont la vie a été transformée par la rencontre avec Jésus, des hommes et des femmes capables de communiquer cette expérience aux autres. L'Église a besoin de saints. Nous sommes tous appelés à la sainteté et seuls les saints peuvent rénover l'humanité.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Message pour le Carême 1997 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.)
« Suis-moi »
Le temps du Carême rappelle les quarante ans qu'Israël a passés dans le désert quand il était en marche vers la Terre Promise. Pendant cette période, le peuple a appris ce que signifiait vivre sous la tente, sans domicile fixe, dans une absence totale de sécurité. Bien des fois, il a été tenté de retourner en Égypte : là, au moins, il était sûr d'avoir à manger, même si c'était une nourriture d'esclaves. Dans la précarité du désert, c'est Dieu lui-même qui a fourni l'eau et la nourriture à son peuple et qui l'a protégé de tous les dangers. Ainsi l'expérience de dépendre totalement de Dieu s'est transformée pour les Hébreux en marche pour se libérer de l'esclavage et de l'idolâtrie des biens matériels.
Le temps du Carême aide les croyants à revivre, dans un effort de purification personnelle, ce même itinéraire spirituel en prenant conscience de la pauvreté et de la précarité de l'existence, et en redécouvrant l'intervention providentielle du Seigneur, qui invite à ouvrir les yeux sur les besoins de nos frères les plus nécessiteux. De cette façon, le Carême devient aussi le temps de la solidarité avec les individus et les peuples des nombreuses parties du monde qui se trouvent en situation précaire...
C'est de l'amour de Dieu que le chrétien apprend à secourir celui qui est dans le besoin... ; il existe en effet une dimension plus élevée, indiquée par l'exemple du Christ lui-même : « Le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer sa tête » (Mt 8,20). Il voulait exprimer ainsi sa disponibilité totale envers son Père du ciel, dont il voulait accomplir la volonté sans se laisser entraver par la possession de biens terrestres... Le Christ nous précède sur cette route. Sa présence est une force et un encouragement : il nous rend libres et nous fait devenir des témoins de son amour.

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