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TEMPS ORDINAIRE I - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)
missionnaire des gens des rues
La bonne nouvelle de Dieu (Nous autres gens des rues, éd. du Seuil, 1966, p. 207)
Non seulement une nouvelle, mais une bonne nouvelle !
Dans la mesure où notre monde veut être en rupture de Dieu, où on entend se passer de Dieu, s’organiser en deçà de Dieu, Dieu devient pour lui une nouveauté et le Dieu de l’Évangile redevient une nouvelle.
Le chrétien en face de la déchristianisation, lutte souvent contre des faits, des évènements nouveaux, pour que dure la foi là où il est ; il apparaît comme l’homme du passé. Au contraire, en face de l’athéisme, le chrétien croyant, parce qu’il est croyant, pose par sa vie une hypothèse de Dieu, là même où il n’y a plus d’hypothèse de Dieu. Sa foi en Dieu est pour ce nouveau monde un phénomène encore plus nouveau.
Le chrétien est pour ses frères un homme qui aime les choses du monde à leur valeur et dans leur réalité, mais il est aussi, un homme qui préfère à toutes ces choses le Dieu dont il est le croyant. Sa préférence l’amène à certains choix. On le voit ainsi choisir Dieu invisible. Ces choix sont, interrogation à neuf pour le monde, sur ce qui dépasse le monde.
Quand des hommes ignorent que Dieu est leur bien, nous n’avons pas à nous aligner sur leur ignorance, leur misère. Nous ne devons pas seulement croire, mais comprendre que le Dieu vivant de l’Évangile peut être non seulement pour eux une nouvelle, mais une bonne nouvelle.
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)
franciscain, docteur de l'Église
Sermon pour la fête de saint Jean évangéliste (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 143-145 ; rev.)
« Jésus leur dit : “Venez à ma suite” » (Mc 1,17)
« Suis-moi ! » Jésus dit ces paroles (…) à chaque chrétien. Suis-moi, nu comme je suis nu, libre de tout empêchement comme je le suis moi-même. Jérémie dit : « Vous m’appellerez “Mon Père” et vous ne cesserez de marcher derrière moi » (Jr 3,19). Suis-moi donc et dépose les fardeaux que tu portes. Tu ne peux, en effet, chargé comme tu es, me suivre, moi qui avance en courant. « J’ai couru plein de soif » (Ps 61, 5 LXX), dit le psaume à mon sujet ; la soif de sauver l’humanité. Et où courut-il ? À la croix. Cours, toi aussi après lui. Comme il a porté sa croix pour toi, prends toi aussi la tienne, pour ton bien. D’où ces paroles de l’évangile de Luc : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même », en renonçant à sa propre volonté ; « qu’il prenne sa croix », en mortifiant ses passions, « chaque jour », continuellement ; « et qu’il me suive. » (cf. Lc 9,23) (…)
Jésus s’adresse à nous comme à une mère qui, voulant apprendre à son petit enfant à marcher, lui montre un pain ou une pomme et lui dit : « Viens après moi et je te le donnerai ». Et lorsque l’enfant est si près qu’il peut presque l’attraper, elle s’éloigne un petit peu en lui montrant l’objet et en lui disant toujours : « Suis-moi, si tu veux l’avoir ». Certains oiseaux tirent les petits de leur nid et en volant leur apprennent à voler et à les suivre. Jésus fait de même. Il se montre lui-même en exemple et nous promet sa récompense dans le royaume, pour que nous le suivions.
 « Suis-moi » donc, car je connais le bon chemin et je te guiderai. Dans le livre des Proverbes, nous lisons : « Je te montrerai la voie de la sagesse ; je te guiderai dans les sentiers de la justice : quand tu y seras entré, tes pas seront sans contrainte et si tu cours, tu ne rencontreras pas d’obstacle » (cf. Pr 4,11-12 LXX) . (…) Donc, « suis-moi ».
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Marc, n°2A ; SC 494 (trad. SC p. 93 rev.)
« Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche »
« Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus vint en Galilée… » Selon notre interprétation, Jean représente la Loi et Jésus l’Évangile. En effet, Jean dit : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi... » (Mc 1,7), et ailleurs : « Il faut que lui grandisse et que moi, je diminue » (Jn 3,30) : c’est ainsi qu’il compare la Loi à l’Évangile. Et ensuite il dit : « Moi — c’est-à-dire la Loi — je vous baptise dans l’eau, mais lui — c’est-à-dire l’Évangile — vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mc 1,8). Jésus vint donc parce que Jean avait été mis en prison. En effet la Loi est close et enfermée, elle n’a plus sa liberté passée ; mais nous sommes passés de la Loi à l’Évangile…
« Jésus vint en Galilée, prêchant l’Évangile, la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu »… Quand je lis la Loi, les prophètes et les psaumes, je n’ai jamais entendu parler du Royaume des cieux : seulement dans l’Évangile. Car c’est seulement quand est venu celui dont il est dit « le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21) que le Royaume de Dieu a été ouvert… En effet, avant la venue du Sauveur et la lumière de l’Évangile, avant que le Christ n’ouvre la porte du paradis avec le larron (Lc 23,43), toutes les âmes des saints descendaient au séjour des morts. Jacob lui-même dit : « Pleurant et gémissant, je descendrai au séjour des morts » (Gn 37,35)… Dans la Loi, Abraham est au séjour des morts ; dans l’Évangile, le larron est au paradis. Nous ne dénigrons pas Abraham, nous désirons tous reposer en son sein (Lc 16,23) ; mais nous préférons le Christ à Abraham, l’Évangile à la Loi.
Nous lisons qu’après la résurrection du Christ, beaucoup de saints sont apparus dans la cité sainte (Mt 27,53). Notre Seigneur et notre Sauveur a prêché sur terre et il a prêché aussi aux enfers ; il est mort, il est descendu aux enfers pour libérer les âmes qui y étaient enchaînées (1P 3,18s).
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Das Weihnachtsgeheimnis (trad. La Crèche et la croix, Ad Solem 1995, p. 35)
« Les temps sont accomplis... Venez derrière moi »
L'enfant de la crèche est le Roi des rois, celui qui règne sur la vie et la mort. Il dit : « Suis-moi », et qui n'est pas pour lui est contre lui (Lc 11, 23). Il le dit aussi pour nous et nous place devant le choix entre lumière et ténèbres. Nous ignorons où l'Enfant divin veut nous conduire sur cette terre, et nous n'avons pas à le demander avant le temps. Tout ce que nous savons, c'est que pour ceux qui aiment le Seigneur toute chose aboutit au bien (Rm 8, 28), et que les chemins tracés par le Seigneur mènent au-delà de cette terre.
En prenant un corps, le Créateur du genre humain nous offre sa divinité. Dieu s'est fait homme pour que les hommes puissent devenir fils de Dieu. « Ô admirable échange ! » C'est pour cette œuvre que le Sauveur est venu dans le monde. L'un d'entre nous avait rompu le lien de notre filiation à Dieu ; l'un d'entre nous devait le renouer et expier la faute. Aucun rejeton de la vieille souche, malade et dégénérée, n'aurait pu le faire ; il fallait que sur ce tronc soit greffé un plant nouveau, sain et noble. Il est ainsi devenu l'un de nous et en même temps plus que cela : un avec nous. C'est bien là ce qu'il y a de merveilleux dans le genre humain : que nous soyons tous un... Il est venu pour former avec nous un corps mystérieux : lui le Chef, la tête, et nous ses membres (Ep 5, 23.30).
Si nous acceptons de mettre nos mains dans celles de l'Enfant divin, si nous répondons « Oui » à son « Suis-moi », alors nous sommes siens et la voie est libre pour que passe en nous sa vie divine. Tel est le commencement de la vie éternelle en nous. Ce n'est pas encore la vision béatifique dans la lumière de gloire, c'est encore l'obscurité de la foi ; mais ce n'est plus l'obscurité de ce monde -- c'est être déjà dans le Royaume de Dieu.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 41, 45
« Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est tout proche. »
L'homme moderne est en marche vers un développement plus complet de sa personnalité, vers une découverte et une affirmation toujours croissantes de ses droits. L'Église, pour sa part, qui a reçu la mission de manifester le mystère de Dieu, de ce Dieu qui est la fin ultime de l'homme, révèle en même temps à l'homme le sens de sa propre existence, c'est-à-dire sa vérité essentielle.
L'Église sait parfaitement que Dieu seul, dont elle est la servante, répond aux plus profonds désirs du cœur humain que jamais ne rassasient pleinement les nourritures terrestres. Elle sait aussi que l'homme, sans cesse sollicité par l'Esprit de Dieu, ne sera jamais tout à fait indifférent au problème religieux, comme le prouvent non seulement l'expérience des siècles passés, mais de multiples témoignages de notre temps.
L'homme voudra toujours connaître, ne serait-ce que confusément, la signification de sa vie, de ses activités et de sa mort. Ces problèmes, la présence même de l'Église les lui rappelle. Or Dieu seul, qui a créé l'homme à son image et l'a racheté du péché, peut répondre à ces questions en plénitude. Il le fait par la révélation dans son Fils, qui s'est fait homme. Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus homme...
Car le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s'est lui-même fait chair, afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et récapitule toutes choses en lui. Le Seigneur est le terme de l'histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l'histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Vom Sinn des Christseins (trad. Un seul Seigneur, Mame 1971, p. 18)
« Le Règne de Dieu est tout proche »
Il nous faut nous interroger sur le message réel du Christ : qu'a-t-il  annoncé exactement, qu'a-t-il apporté aux hommes ? Nous nous rappellerons que saint Marc résume le message du Christ dans ce seul mot : « Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche ; repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ! »
« Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout proche. » Derrière ce mot, il faut voir toute l'histoire d'Israël, de ce petit peuple, jouet des grandes puissances de la terre. Il avait, pour ainsi dire, expérimenté à tour de rôle tous les empires qui s'étaient succédés dans ce secteur de l'histoire ; il savait à quel point tout pouvoir humain, y compris le sien, était incapable de procurer le salut ; il savait trop bien que tout gouvernement humain agissait de façon humaine, c'est-à-dire de façon trop souvent médiocre et discutable. Au milieu de cette expérience d'une histoire pleine de déception, d'assujettissement, d'injustice, Israël avait aspiré ardemment à un royaume dont le roi ne serait plus un homme, mais Dieu lui-même, le vrai Maître du monde et de l'histoire. Seul son règne à lui, lui qui est la Vérité et la Justice, était capable d'apporter aux hommes le salut et le droit. Or voici que le Seigneur vient répondre à cette attente séculaire, en proclamant : maintenant les temps sont accomplis, maintenant le Royaume de Dieu est arrivé...
La théologie chrétienne, constatant bien vite le hiatus entre cette attente et sa réalisation, se mit à transformer, au cours des âges, le Royaume de Dieu en un royaume du ciel situé dans l'au-delà. Le salut des hommes a été changé en un salut des âmes, qui, lui aussi, se réalisera dans l'au-delà, après la mort. Mais ce n'est pas là une réponse. Car la grandeur du message du Christ, c'est que précisément il n'a pas seulement parlé des âmes et de l'au-delà, mais qu'il s'est adressé à l'homme tout entier, avec sa corporalité, son insertion dans l'histoire et dans la communauté humaine, et qu'il a promis le Royaume de Dieu à l'homme vivant en chair et en os parmi d'autres hommes engagés dans cette même histoire.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Lettre du 25/3/1993 à toute sa communauté dite « Testament spirituel »
Écoutez-le prononcer votre propre nom : l'appel de Jésus
Notre Dame a été avec Saint Jean et, j'en suis sûre, Marie Madeleine la première personne à entendre ce cri de Jésus « J'ai soif ! » (Jn 19,28). Elle connaît l'intensité et la profondeur de cet ardent désir de Jésus pour vous et pour les pauvres. Mais nous autres, le connaissons-nous ? Le sentons-nous comme elle ? ... Auparavant, Notre Dame me le demandait, mais maintenant c'est moi qui en son nom vous le demande, qui vous en supplie : « Écoutez la soif de Jésus ». Que cela soit pour chacun une parole de vie. Comment vous approcher de la soif de Jésus ? Un seul secret : plus vous viendrez à Jésus, mieux vous connaîtrez sa soif.
« Repentez-vous et croyez en l'Évangile » nous dit Jésus (Mc 1,15). De quoi faut-il nous repentir ? De notre indifférence, de notre dureté de cœur. Et que faut-il croire ? Que Jésus a soif dès maintenant de votre cœur et des pauvres. Lui qui connaît votre faiblesse, désire néanmoins seulement votre amour ; il veut simplement que vous lui laissiez une chance de vous aimer...
Écoutez-le. Écoutez-le prononcer votre propre nom. Et ainsi faites que ma joie, et la vôtre, soient complètes (1Jn 1,4).
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, 4, 14
Il les appelle parce qu'il les aime
Ce n'était pas parce qu'il avait besoin de notre service que le Père nous a commandé de suivre le Verbe : c'était pour nous assurer le salut. Car suivre le Sauveur, c'est avoir part à son salut, comme suivre la lumière, c'est avoir part à la lumière. Lorsque les hommes sont dans la lumière, ce ne sont pas eux qui font resplendir la lumière, mais ce sont eux qui sont illuminés et rendus resplendissants par elle. Loin d'apporter quoi que ce soit à la lumière, ils en bénéficient et en sont illuminés.
Ainsi en va-t-il du service envers Dieu : il n'apporte rien à Dieu, car Dieu n'a pas besoin du service des hommes. Mais à ceux qui le servent et qui le suivent, Dieu assure la vie, une existence impérissable et la gloire éternelle... Si Dieu, qui est bon et miséricordieux, sollicite le service des hommes, c'est pour pouvoir lui accorder ses bienfaits à ceux qui persévèrent dans son service. Car, si Dieu n'a besoin de rien, l'homme, lui, a besoin de la communion de Dieu. La gloire de l'homme, c'est qu'il persévère dans le service de Dieu.
C'est pourquoi le Seigneur disait à ses apôtres : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi : c'est moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16). Il indiquait par là que ce n'étaient pas eux qui le glorifiaient en le suivant, mais que, pour avoir suivi le Fils de Dieu, ils étaient glorifiés par lui... Dieu accorde en effet ses bienfaits à ceux qui le servent, parce qu'ils le servent. Mais il ne reçoit d'eux nul bienfait, car il est parfait et sans besoin. Il les appelle parce qu'il les aime. Il dit encore : « Je veux que là où je suis eux aussi soient avec moi, afin qu'ils contemplent ma gloire » (Jn 17,24)... C'est d'eux que Dieu dit chez Isaïe : « De l'Orient je ramènerai tes enfants, de l'Occident je te rassemblerai... Ramène mes fils des pays lointains et mes filles des extrémités de la terre, tous ceux qui ont été appelés en mon nom, car je les ai créés pour ma gloire » (Is 43,6-7).
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n°5
« Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent »
Quelqu'un se dira peut-être... : « Qu'est-ce qu'ils ont abandonné de si précieux à l'appel du Seigneur, ces deux pêcheurs qui n'avaient presque rien ? »... Ils ont beaucoup quitté, puisqu'ils ont renoncé à tout, si peu que soit ce tout. Nous, au contraire, nous nous attachons à ce que nous avons, et nous recherchons avidement ce que nous n'avons pas. Pierre et André ont donc beaucoup abandonné lorsqu'ils ont tous deux renoncé au simple désir de posséder ; ils ont beaucoup abandonné, puisqu'en renonçant à leurs biens, ils ont aussi renoncé à leurs convoitises...
Que personne donc, même lorsqu'il voit que certains ont renoncé à de grandes richesses, ne dise en lui-même : « Je voudrais bien les imiter dans leur mépris de ce monde, mais je n'ai rien à abandonner, je ne possède rien. » Vous abandonnez beaucoup, mes frères, si vous renoncez aux désirs de ce monde. En effet, le Seigneur se contente de nos biens extérieurs, si minimes soient-ils : c'est le cœur qu'il considère et non la valeur marchande, il ne regarde pas combien nous lui sacrifions, mais combien d'amour accompagne notre offrande.
Car à ne considérer que les biens extérieurs, voilà que nos saints marchands ont payé de leurs filets et de leur barque la vie éternelle, celle des anges. Le Royaume de Dieu n'a pas de prix, et pourtant il te coûte ni plus ni moins que ce que tu possèdes.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
In Kephas (Fayard, 1999) 1, p. 451-452
« Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent »
Celui-là quitte beaucoup, qui ne garde rien pour soi. Celui-là quitte beaucoup, qui abandonne, sans rien se réserver, le peu qu'il possède. Nous, au contraire, nous nous attachons à ce que nous avons, et ce que nous n'avons pas, nous le recherchons avidement. Pierre et André ont donc beaucoup abandonné lorsqu'ils ont tous deux renoncé au simple désir de posséder. Ils ont beaucoup abandonné, puisqu'en renonçant à leurs biens, ils ont aussi renoncé à leurs convoitises.
Ainsi, en suivant le Seigneur, ils ont renoncé à tout ce qu'ils auraient pu désirer s'ils ne l'avaient pas suivi. Que personne donc, même lorsqu'il voit que certains ont renoncé à de grandes richesses, ne dise en soi-même : « Je voudrais bien les imiter dans leur mépris de ce monde, mais je n'ai rien à abandonner. » Vous abandonnez beaucoup, mes frères, si vous renoncez aux désirs terrestres. Et le Seigneur se contente de nos biens extérieurs, si minimes soient-ils. Ce qu'il considère, en effet, c'est le cœur et non les biens ; plus qu'au prix de l'offrande qui lui est faite, il est attentif aux dispositions qui l'accompagnent.
Car à considérer les biens extérieurs, nous voyons que nos saints marchands ont payé de leurs filets et de leur barque la vie éternelle, qui est celle des anges. Le Royaume de Dieu n'a pas de prix : et pourtant il ne vaut que ce que vous avez.


TEMPS ORDINAIRE I - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Catéchisme de l'Église catholique §391-395
« Es-tu venu pour nous perdre ? »
Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée a Dieu, qui, par envie, les fait tomber dans la mort. L'Écriture et la Tradition de l'Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable. L'Église enseigne qu'il a été d'abord un ange bon, fait par Dieu. « Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c'est eux qui se sont rendus mauvais. »
L'Écriture parle d'un péché de ces anges (2P 2,4). Cette « chute » consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents : « Vous deviendrez comme Dieu » (Gn 3,5). Le diable est « pécheur dès l'origine » (1Jn 3,8), « père du mensonge » (Jn 8,44). C'est le caractère irrévocable du choix des anges, et non un défaut de l'infinie miséricorde divine, qui fait que leur péché ne peut être pardonné. « Il n'y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n'y a pas de repentir pour les hommes après la mort » (S. Jean Damascène).
L'Écriture atteste l'influence néfaste de celui que Jésus appelle « l'homicide dès l'origine » (Jn 8,44), et a même tenté de détourner Jésus de la mission reçue du Père (Mt 4,1-11). « C'est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu » (1Jn 3,8). La plus grave en conséquences de ces œuvres a été la séduction mensongère qui a induit l'homme à désobéir à Dieu.
La puissance de Satan n'est cependant pas infinie. Il n'est qu'une créature, puissante du fait qu'il est pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher l'édification du Règne de Dieu.
ou
Catéchisme de l'Église catholique , § 2851-2854
« Es-tu venu pour nous perdre ? »
« Mais délivre-nous du Mal » : dans cette demande du Notre Père, le Mal n'est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l'ange qui s'oppose à Dieu. Le « diable » (dia-bolos) est celui qui « se jette en travers » du dessein de Dieu et de son œuvre de salut accomplie dans le Christ. « Homicide dès l'origine, menteur et père du mensonge » (Jn 8, 44), « le Satan, le séducteur du monde entier » (Ap 12, 9), c'est par lui que le péché et la mort sont entrés dans le monde et c'est par sa défaite définitive que la création toute entière sera « libérée du péché et de la mort » (PE IV). « Nous le savons : l'homme qui est né de Dieu ne commet pas le péché ; le Fils qui est né de Dieu le protège et le Mauvais en peut pas l'atteindre. Nous savons que nous appartenons à Dieu, alors que le monde entier est dominé par le Mauvais » (1Jn 5, 18-19)...
La victoire sur le « prince de ce monde » (Jn 14, 30) est acquise, une fois pour toutes, à l'heure où Jésus se livre librement à la mort pour nous donner sa vie. C'est le jugement de ce monde et le prince de ce monde est « jeté bas » (Jn 12, 31). « Il se lance à la poursuite de la Femme », mais il n'a pas de prise sur elle : la nouvelle Ève, « pleine de grâce » de l'Esprit Saint, est libérée du péché et de la corruption de la mort... « Alors, furieux de dépit contre la Femme, il s'en va guerroyer contre le reste de ses enfants » (Ap 12, 13.17). C'est pourquoi l'Esprit et l'Église prient : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22, 17.20) puisque sa venue nous délivrera du Mauvais.
En demandant d'être délivrés du Mauvais, nous prions également pour être libérés de tous les maux, présents, passés et futurs, dont il est l'auteur ou l'instigateur. Dans cette ultime demande, l'Église porte toute la détresse du monde devant le Père. Avec la délivrance des maux qui accablent l'humanité elle implore le don précieux de la paix et la grâce de l'attente persévérante du retour du Christ. En priant ainsi, elle anticipe dans l'humilité de la foi la récapitulation de tous et de tout en celui qui « détient la clef de la mort et de l'Hadès », « le Maître de tout, Il est, Il était et Il vient » (Ap 1, 18.8).
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire sur l'Évangile de Marc, PL 2, 137-138 (trad. rev. Tournay)
« Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité »
Jésus se rendit donc à la synagogue de Capharnaüm et il se mit à enseigner. Les gens étaient étonnés de son enseignement, car Jésus parlait « non comme les scribes, mais comme un homme qui a autorité. » Il ne disait pas, par exemple : « Parole du Seigneur ! » ou bien encore : « Ainsi s'exprime celui qui m'a envoyé. » Non, Jésus parlait en son propre nom : c'était lui qui avait parlé jadis par la voix des prophètes. C'est déjà bien de pouvoir dire, en s'appuyant sur un texte, « Il est écrit... » C'est encore mieux de proclamer, au nom du Seigneur lui-même, « Parole du Seigneur ! » Mais c'est tout autre chose de pouvoir affirmer, comme Jésus en personne, « En vérité, je vous le déclare !... » Comment oses-tu dire, toi : « En vérité, moi, je vous le déclare ! » si tu n'es pas celui-là qui autrefois a donné la Loi et parlé par les prophètes ?... Personne n'ose changer la Loi, sinon le roi en personne...
« Les gens étaient frappés par son enseignement. » Qu'est-ce donc qu'il enseignait de si nouveau ? Que disait-il de si neuf ? Il ne faisait que redire ce qu'il avait déclaré par la voix des prophètes. Mais les gens étaient frappés, car il n'enseignait pas selon la méthode des scribes. Il enseignait comme ayant lui-même autorité ; non en rabbi mais en Seigneur. Il ne parlait pas en se référant à un plus grand que lui. Non, la parole qu'il disait était la sienne ; et s'il tenait, en fin de compte, ce langage d'autorité, c'est qu'il affirmait présent celui dont il avait parlé par les prophètes : « Moi qui vous parlais, me voici ! » (Is 52, 6)...
C'est pourquoi Jésus menace le démon qui s'exprime par le possédé dans la synagogue : « Silence ! lui dit-il, sors de cet homme. » C'est à dire : « Sors de ma maison ; que fais-tu dans ce qui est ma demeure ? Moi, je veux y entrer. Tais-toi ! Sors de cet homme. Laisse cette demeure qui m'a été préparée... Dieu la veut. Laisse l'homme; il m'appartient. Je ne veux pas qu'il soit à toi. J'habite l'homme; c'est mon Corps. Va-t-en ! »
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Sermon «  Christus unus omnium magister » (trad. coll. Maîtres spirituels, Seuil 1963, p. 72)
« Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! »
Il n'est pas possible de parvenir à la certitude de foi révélée, sinon par l'avènement du Christ dans l'esprit. Il vient ensuite dans la chair comme parole confirmant toute parole prophétique. D'où il est dit aux Hébreux : « Autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, Dieu a parlé par les prophètes ; mais dans ces derniers temps, il nous a parlé par son Fils » (1,1-2). Qu'en effet le Christ soit Parole du Père pleine de puissance, nous le lisons : « Sa parole est pleine de puissance, et qui peut lui dire : Pourquoi fais-tu ainsi ? » (Eccl 8,4) Il est aussi une parole pleine de vérité, bien plus, la vérité même, selon ce que dit saint Jean : « Sanctifie-les en vérité : ta parole est vérité » (17,17)...
Donc, parce que l'autorité appartient à la parole puissante et véridique, et que le Christ est Verbe du Père, et par cela Puissance et Sagesse, ainsi en lui est fondée et consommée toute la fermeté de l'autorité. C'est pourquoi toute doctrine authentique et les prédicateurs de cette doctrine sont rapportés au Christ en tant qu'il vient dans la chair, comme au fondement de toute la foi chrétienne : « Selon la grâce qui m'a été donnée, comme un sage architecte j'ai posé le fondement... Mais un autre fondement que celui qui a été posé, c'est-à-dire Jésus Christ, nul ne peut en poser » (1Co 3,10-11). Lui seul en effet est le fondement de toute doctrine authentique, soit apostolique, soit prophétique, selon l'une et l'autre Loi, la nouvelle et l'ancienne. Aussi est-il dit aux Éphésiens : « Vous avez été bâtis sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus Christ lui-même étant la pierre d'angle » (2,20). Il est donc clair que le Christ est le maître de la connaissance selon la foi ; il est la Voie, selon son double avènement, dans l'esprit et dans la chair.
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Marc, 2 ; PLS 2, 125s (trad. DDB 1986, p. 47)
« Es-tu venu pour nous perdre ? »
« Il y avait dans leur synagogue un homme, tourmenté par un esprit mauvais ». Cet esprit ne pouvait pas supporter la présence du Seigneur ; il s'agissait de cet esprit impur qui avait conduit tous les hommes à l'idolâtrie... « Quelle entente entre le Christ et Satan ? » (2Co 6,15) ; le Christ et Satan ne pouvaient pas être associés l'un à l'autre. « Il cria en disant : ' Que nous veux-tu ? ' » Celui qui s'exclame ainsi est un individu qui s'exprime au nom de plusieurs personnes ; cela prouve qu'il a conscience d'avoir été vaincu, lui et les siens.
« Il cria en disant... : ' Que nous veux-tu, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ' ». En plein tourment et malgré l'intensité des souffrances qui le font crier, il n'a pas abandonné son hypocrisie. Il est contraint de dire la vérité, la souffrance le presse, mais la malice l'empêche de dire toute la vérité : « Que nous veux-tu, Jésus le Nazaréen ? » Pourquoi ne reconnais-tu pas le Fils de Dieu ? Est-ce le Nazaréen qui te torture, et non pas le Fils de Dieu ? ...
Moïse n'était-il pas un saint de Dieu ? Et Isaïe et Jérémie n'ont-ils pas été des saints de Dieu ? ... Pourquoi ne leur dis-tu pas : « Je sais qui tu es, saint de Dieu » ? ... Ne dis pas « Saint de Dieu » mais « Dieu Saint ». Tu t'imagines que tu sais, mais tu ne sais pas ; ou si tu sais, tu te tais par duplicité. Car il n'est pas seulement le Saint de Dieu, mais Dieu Saint.
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Marc, n°2 ; PLS 2, 125s ; SC 494 (trad. SC p. 111 rev.)
« Silence ! Sors de cet homme »
« Jésus menaça le démon en disant : ' Tais-toi, et sors de cet homme. ' » La Vérité n'a nul besoin du témoignage du Menteur. « Je ne suis pas venu me faire confirmer par ton témoignage mais t'expulser de celui que j'ai créé...; je n'ai pas besoin de la reconnaissance de celui que je voue au déchirement. Tais-toi ! Que ton silence soit ma louange. Je ne veux pas être loué par ta voix, mais tes tourments ; ton châtiment c'est ma louange... Tais-toi, et sors de l'homme ! » C'est comme si il disait : « Sors de chez moi ; que fais-tu dans ma demeure ? Moi, je désire entrer : alors, tais-toi, et sors de l'homme, cet être doué de raison. Sors de l'homme ! Quitte cette demeure qui a été préparée pour moi ! Le Seigneur veut sa maison, sors de cet homme »...
Voyez à quel point l'âme de l'homme est précieuse. Cela va à l'encontre de ceux qui pensent que nous, les hommes, et les animaux avons une âme identique et que nous sommes animés d'un même esprit. À un autre moment, le démon est expulsé d'un seul homme et il est envoyé dans deux mille porcs (Mt 8,32) : ce qui est précieux est sauvé, ce qui est vil est perdu. « Sors de l'homme, va-t'en chez les porcs..., va où tu veux, va-t'en aux abîmes. Laisse l'homme, ma propriété privée... Je ne te laisserai pas posséder l'homme, car ce serait un outrage pour moi si tu t'installais en lui à ma place. J'ai assumé un corps humain, j'habite dans l'homme : cette chair que tu possèdes fait partie de ma chair, sors de cet homme ! »
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l’évangile de Luc, 4, 57 ; SC 45 (trad. SC p. 174)
« Le jour du sabbat..., il enseignait en homme qui a autorité »
C'est un jour du sabbat que le Seigneur Jésus commence à accomplir des guérisons, pour signifier que la nouvelle création commence au point où l'ancienne s'était arrêtée, et aussi pour marquer dès le début que le Fils de Dieu n'est pas soumis à la Loi mais supérieur à la Loi, qu'il ne détruit pas la Loi mais l'accomplit (Mt 5,17). Ce n'est pas par la Loi mais par le Verbe que le monde a été fait, comme nous le lisons : « Par la Parole du Seigneur les cieux ont été faits » (Ps 32,6). La Loi n'est donc pas détruite mais accomplie, afin de renouveler l'homme déchu. Voilà pourquoi l'apôtre Paul dit : « Débarrassez-vous de l'homme ancien ; revêtez l’homme nouveau, qui a été créé selon le Christ » (Col 3,9s).
Il est donc juste que le Seigneur commence le jour du sabbat, pour montrer qu'il est le Créateur…, continuant l'ouvrage qu'il avait commencé jadis lui-même. Comme l’ouvrier qui s'apprête à réparer une maison, il commence, non par les fondations, mais par les toits ; il commence à démolir ce qui est délabré... En délivrant le possédé, il commence par le moindre pour en venir au plus grand : même des hommes peuvent délivrer du démon — par la parole de Dieu, il est vrai — mais commander aux morts de ressusciter n'appartient qu'à la puissance de Dieu.
ou
Baudouin de Ford ( ?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
Homélie 6, sur He 4,12 ; PL 204, 451 ; (trad. cf Orval et bréviaire 30e vendr)
« Jésus l'interpella vivement : Silence ! Sors de cet homme »
« La Parole de Dieu est vivante et efficace, plus incisive qu'un glaive à deux tranchants » (He 4,12). Toute la grandeur, la force et la sagesse de la Parole de Dieu, voilà ce que l'apôtre montre par ces mots à ceux qui cherchent le Christ, lui qui est la parole, la puissance et la sagesse de Dieu (1Co 1,24)… Quand on proclame cette Parole, la voix qui la prononce donne à une parole extérieurement audible la puissance de sa Parole intérieurement perçue. Dès lors, les morts ressuscitent (Lc 7,22) et ce témoignage fait surgir de nouveaux enfants d'Abraham (Mt 3,9). Elle est donc vivante, cette Parole. Vivante dans le cœur du Père, vivante sur les lèvres du prédicateur, et vivante dans les cœurs remplis de foi et d'amour. Et puisque c'est une Parole vivante, nul doute qu'elle ne soit aussi efficace.
Elle agit avec efficacité dans la création du monde, dans son gouvernement et dans sa rédemption. Qu'est-ce qui pourrait être plus efficace ou plus fort ? « Qui dira les prouesses du Seigneur ? Qui fera entendre toute sa gloire ? » (Ps 105,2) L'efficacité de cette Parole se manifeste dans ses œuvres ; elle se manifeste aussi dans la prédication. Car elle ne revient jamais sans effet, mais elle profite à tous ceux à qui elle est envoyée (Is 55,11).
La Parole est donc efficace, et plus pénétrante qu'une épée à deux tranchants, quand elle est reçue avec foi et amour. En effet, qu'est-ce ce qui serait impossible pour celui qui croit ? (Mc 9,23) Et qu'est-ce ce qui serait difficile pour celui qui aime ?

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