TEMPS ORDINAIRE I - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint Charles de Foucauld (1858-1916)
ermite et missionnaire au Sahara
Huit jours à Éphrem (Écrits spirituels de Charles de Foucauld, ermite au Sahara, apôtre des touaregs ; Éd. J. de Gigord, 1964 ; p. 138-139 ; rev.)
Suivez mes exemples en veillant dans le recueillement !
[Notre-Seigneur :] « C’est ainsi que J’ai passé devant vos yeux les trois ans de Ma vie publique, passant les jours tout entiers à instruire et à guérir, à faire le bien, aux âmes d’abord, aux corps ensuite. Et, le soir, que faisais-Je ? Le soir, Je me retirais loin de cette foule à laquelle Je m’étais si pleinement consacré le jour, et, cherchant la solitude, Je m’enfermais avec vous dans une maison hospitalière, ou bien J’allais dans la montagne, sur quelque sommet désert, et Je passais la nuit en prière…, de toute manière, Je passais la nuit dans le recueillement, le silence, à l’écart des foules, dans la veille et la prière… C’est l’exemple que Je vous laisse.
C’est pour vous que J’ai agi ainsi : Moi qui suis assez fort, assez maître de Moi pour être partout comme seul avec Mon Père, puisque je Le vois sans cesse, Je suis toujours avec Lui, Je n’ai besoin ni de solitude pour Me recueillir, ni de silence pour Le prier, ni de prières particulières pour M’unir à Lui. Au milieu des foules, en parlant, Je suis aussi uni à Lui que dans plus profonde solitude. Je n’ai pas besoin de méditer pour Le connaitre ; car Je Le connais ; Je n’ai pas besoin de Me fortifier par Sa contemplation, car Je suis divinement fort… Je n’ai besoin ni de solitude, ni de veille, ni de silence, ni de prière, car, au-dedans de Moi, la prière est continuelle et parfaite… C’est pour vous donner l’exemple que J’ai passé tant de nuits dans une veille solitaire, à prier Mon Père, sous le ciel étoilé ou dans le secret d’une chambre close…
Puisque Je fais tout pour vous tous, aimez-Moi donc et aimez-vous les uns les autres… Et suivez Mes exemples (…) en veillant dans le recueillement et le silence, en priant, en contemplant, en vous abîmant en Dieu… »
ou
Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
De la prière, VIII.XVIII ; SC 54 (Conférences VIII-XVII; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 48-49.55)
« Jésus se rendit dans un endroit désert, et là il priait » (Mc 1, 35)
Je tiens pour impossible de distinguer toutes les formes de prières, à moins d’une pureté de cœur tout à fait singulière et de lumières extraordinaires de l’Esprit Saint. Leur nombre est aussi grand qu’il peut se rencontrer dans une âme, ou plutôt dans toutes les âmes, d’états et de disposition différentes. (…)
La prière se modifie à tout instant, selon le degré de pureté où l’âme est parvenue, suivant aussi sa disposition actuelle, que celle-ci soit due à des influences étrangères ou spontanée ; et il est bien certain que pour personne elle ne demeure en tout temps identique à elle-même. On prie différemment suivant que l’on a le cœur léger, ou alourdi de tristesse et de désespérance ; dans l’enivrement de la vie surnaturelle, et la dépression des tentations violentes ; lorsqu’on implore le pardon de ses fautes, ou que l’on demande une grâce, une vertu, la guérison d’un vice ; dans la componction qu’inspirent la pensée de l’enfer et la crainte du jugement, et lorsqu’on brûle du désir et de l’espérance des biens futurs ; parmi l’adversité et le péril, ou dans la paix et la sécurité ; si l’on se sent inondé de lumière à la révélation des mystères du ciel, ou paralysé par la stérilité dans la vertu et la sécheresse dans les pensées. (…)
Ces divers modes de prière seront suivis d’un état plus sublime encore et d’une plus transcendante élévation. C’est un regard sur Dieu seul, un grand feu d’amour. L’âme s’y fond et s’abîme en la sainte dilection, et s’entretient avec Dieu comme avec son propre Père, très familièrement, dans une tendresse de piété toute particulière.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre III, SC 143 (Œuvres spirituelles, trad. P. Doyère, éd. du Cerf, 1968, p. 303-305, rev.)
Suivre le Christ
Priant avec dévotion pour une autre personne, Gertrude reçut cet enseignement pour servir de règle à la conduite de sa vie : (…) que toute fidèle à ce que les Écritures ont pu lui révéler du comportement du Christ, elle s’appliquât à imiter son exemple en tout et spécialement en trois choses.
La première est que le Seigneur passait souvent la nuit en prière ; cette âme devait donc, en toute tribulation et adversité, chercher son secours dans la prière. Deuxièmement, comme le Seigneur parcourait, en prêchant, villes et bourgades, cette personne devait s’appliquer, non seulement dans sa prédication, mais même dans toutes ses actions, ses gestes et toute sa tenue, à édifier le prochain par son bon exemple. Troisièmement, de même que le Christ Seigneur a répandu de multiples bienfaits sur ceux qui étaient dans le besoin, cette personne devait répandre la grâce, par ses propres paroles et ses actions, en étant toujours attentive, au moment d’agir ou de parler, à recommander au Seigneur que cet acte soit uni à toute son œuvre divine parfaite, ordonnée selon sa toute adorable volonté au salut du genre humain, et, une fois l’acte accompli, en l’offrant à nouveau au Fils de Dieu dans la même intention d’union, afin qu’il soit corrigé dans ses imperfections et rendu digne d’être présenté à Dieu le Père, en éternelle louange.
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)
franciscain, docteur de l'Église
Sermon du deuxième dimanche de Carême (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 154-155 ; rev.)
Jésus leur dit : « Allons... » (Mc 1,38)
C‘est avec raison qu’il est dit : « Jacob vit en songe une échelle » ; par elle, tu peux t’élever (…). Cette échelle, à deux montants et six marches, représente Jésus Christ, sa nature divine et humaine, et ses vertus : l’humilité et la pauvreté, la sagesse et la miséricorde, la patience et l’obéissance.
Jésus fut humble en assumant notre nature et lorsqu’il « porta son regard sur son humble servante » (Lc 1,48). Il fut pauvre dans la nativité, lorsque la Vierge pauvrette lui donna le jour et n’eut d’autre lieu pour le poser, enveloppé de langes, qu’une mangeoire d’animaux (cf. Lc 2,7). Il fut sage dans sa prédication, puisqu’il commença par faire et enseigner (Ac 1,1). Il fut miséricordieux en accueillant les pécheurs : « Je suis venu, dit-il, appeler non pas les justes, mais les pécheurs à la pénitence » (cf. Mt 9,13). Il fut patient sous les coups de fouet, les gifles, les crachats : « J’ai rendu mon visage dur comme un silex », dit-il par la bouche d’Isaïe (50,7). Jésus « insulté ne rendait pas l’insulte ; dans sa souffrance, il ne menaçait pas » (cf. 1 P 2,23). Il fut enfin « obéissant jusqu’à la mort sur une croix » (Ph 2,8). Cette échelle était appuyée sur la terre lorsque le Christ prêchait et opérait des miracles ; elle touchait le ciel lorsqu’il passait ses nuits en priant son Père.
Voilà donc que l’échelle est dressée. Pourquoi ne montes-tu pas ? Pourquoi continues-tu à traîner par terre tes mains et tes pieds ? Monte donc. Montez, anges, évêques, supérieurs religieux et fidèles de Jésus Christ ! Montez, je vous dis, contemplez combien suave est le Seigneur ; descendez pour aider et conseiller, car c’est de cela que notre prochain a besoin. Pourquoi tentez-vous de parvenir à cette montagne par d’autres voie que par cette échelle ?
ou
Julienne de Norwich (1342-après 1416), recluse anglaise
Révélations de l'amour divin, ch. 43
« Bien avant l’aube…, Jésus alla dans un endroit désert, et là il priait »
La prière unit l’âme à Dieu. Même si notre âme est toujours semblable à Dieu par sa nature, restaurée qu’elle est par la grâce, de fait elle lui est souvent dissemblable par suite du péché. La prière témoigne alors que l’âme devrait vouloir ce que Dieu veut ; elle réconforte la conscience ; elle rend apte à recevoir la grâce. Dieu nous enseigne ainsi à prier avec une confiance ferme que nous recevrons ce pour quoi nous prions ; car il nous regarde avec amour et veut nous associer à sa volonté et à son action bienfaisantes. Il nous incite donc à prier pour ce qu’il lui plaît de faire… ; il semble nous dire : « Qu’est-ce qui pourrait me plaire davantage que de me supplier avec ferveur, sagesse et insistance afin d’accomplir mes desseins ? » Par la prière donc, l’âme s’accorde avec Dieu.
Mais lorsque par sa grâce et sa courtoisie, notre Seigneur se révèle à notre âme, alors nous obtenons ce que nous désirons. À ce moment-là, nous ne voyons plus ce que nous pourrions demander d’autre. Tout notre désir, toute notre force sont fixés entièrement en lui pour le contempler. C’est une haute prière, impossible à sonder, il me semble. Tout l’objet de notre prière est d’être uni, par la vision et par la contemplation, à celui que nous prions, avec une joie merveilleuse et une crainte respectueuse, dans une si grande douceur et délice que nous ne pouvons plus prier en ces moments que comme il nous conduit. Je le sais, plus Dieu se révèle à l’âme, plus elle a soif de lui, par sa grâce. Mais lorsque nous ne le voyons pas, alors nous ressentons le besoin et l’urgence de prier Jésus, à cause de notre faiblesse et de notre incapacité.
ou
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Instruction du 16/08/1656 à deux sœurs envoyées à Arras
« Jésus s'approcha d'elle et la prit par la main »
C'est une belle chose de lire ce qui est rapporté de la belle-mère de saint Pierre dans l'Évangile. Cette bonne femme, étant malade d'une fâcheuse fièvre, entendait dire que notre Seigneur était en Capharnaüm, qu'il faisait de grands miracles, guérissant les malades, chassant les diables des possédés, et autres merveilles. Elle savait que son gendre était avec le Fils de Dieu et pouvait dire à saint Pierre : « Mon fils, votre maître est puissant et a le pouvoir de me délivrer de cette maladie ». Quelque temps après, voilà que notre Seigneur vint dans sa maison, où elle ne témoigne point d'impatience pour son mal ; elle ne se plaint point, elle ne prie point son gendre, non pas même notre Seigneur, car elle lui pouvait dire : « Je sais que vous avez la puissance de guérir toutes sortes de maladies, Seigneur ; ayez compassion de moi ». Pourtant elle ne dit rien de tout cela, et notre Seigneur, voyant son indifférence, commanda à la fièvre de la quitter, et au même instant elle fut guérie.
Dans toutes les choses fâcheuses qui nous arrivent, ne nous mettons point en peine, abandonnons tout cela à la Providence, et qu'il nous suffise que notre Seigneur nous voit et sait ce que nous endurons pour son amour et pour imiter les beaux exemples qu'il nous a donnés, particulièrement au Jardin des Olives, lorsqu'il accepta le calice... Car, bien qu'il ait demandé qu'il passe, si faire se pouvait, sans qu'il le boive, il ajouta aussitôt que la volonté de son Père soit faite (Mt 26,42).
ou
Homélie du 5e siècle sur la prière
Attribué à tort à saint Jean Chrysostome ; PG 64, 461 (trad. bréviaire)
« Il alla dans un endroit désert, et là il priait »
Le bien suprême, c'est la prière, l'entretien familier avec Dieu... La prière est la lumière de l'âme, la vraie connaissance de Dieu, la médiatrice entre Dieu et les hommes. Par elle, l'âme s'élève vers le ciel et embrasse Dieu dans une étreinte inexprimable. Comme un enfant pleurant vers sa mère, elle exprime la profondeur de son désir. Elle exprime ses volontés profondes et elle reçoit des présents qui dépassent toute la nature visible. Car la prière se présente comme une puissante ambassadrice, elle réjouit, elle apaise l'âme.
Lorsque je parle de prière, ne t'imagine pas qu'il s'agisse de paroles. Elle est un élan vers Dieu, un amour indicible qui ne vient pas des hommes et dont l'apôtre Paul parle ainsi : « Nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables » (Rm 8, 26). Une telle prière, si Dieu en fait la grâce à quelqu'un, est pour lui une richesse perpétuelle, un aliment céleste qui rassasie l'âme. Celui qui l'a goûté est saisi pour le Seigneur d'un désir éternel, comme d'un feu dévorant qui embrase son cœur.
ou
Guigues le Chartreux (1083-1136), prieur de la Grande Chartreuse
(trad. Feux du désert, t. 1, p. 406 rev ; cf. SC 163, p. 127)
« Bien avant l'aube, Jésus se leva, sortit, et alla dans un endroit désert. Là, il priait »
Jésus lui-même, Dieu et Seigneur, dont la force n'avait pas besoin d'un appui dans la retraite, ni n'était entravée par la société des hommes, a eu soin pourtant de nous laisser un exemple. Avant son ministère de prédication et de miracles, il s'est soumis, dans la solitude, à l'épreuve de la tentation et du jeûne (Mt 4, 1s). L'Écriture nous rapporte que, délaissant la foule des disciples, il gravissait seul la montagne pour prier (Mc 6, 46). Puis à l'heure où sa passion était imminente, il abandonne ses disciples, et il s'en va prier seul (Mt 26, 36) : exemple qui fait saisir entre tous combien la solitude est avantageuse à la prière, puisqu'il ne veut pas prier a côté de compagnons, même des apôtres.
Il ne faut pas passer sous silence un tel mystère qui nous concerne tous. Lui, le Seigneur, le Sauveur du genre humain, offre en sa personne un vivant exemple. Seul au désert, il se donne à la prière et aux exercices de la vie intérieure -- le jeûne, les veilles et les autres fruits de pénitence -- surmontant ainsi les tentations de l'Adversaire par les armes de l'Esprit.
Ô Jésus, j'accepte qu'à l'extérieur, il n'y ait personne avec moi ; mais que ce soit pour qu'à l'intérieur je sois davantage avec toi. Malheur à l'homme seul, si tu n'es pas seul avec lui ! Et combien d'hommes demeurent dans la foule et sont vraiment seuls, parce qu'ils ne sont pas avec toi. Je voudrais, avec toi, n'être jamais seul. Car, en ce moment personne n'est avec moi, et pourtant je ne suis pas seul : je suis à moi-même une foule.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Lettre à Proba sur la prière, 8-9 ; CSEL 44,56s (trad. bréviaire)
« Jésus sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait »
À quoi bon nous disperser de tous côtés et chercher ce que nous devons demander dans la prière ? Disons plutôt avec le psaume : « La seule chose que je demande au Seigneur, celle que je cherche, c'est d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour savourer la douceur du Seigneur et fréquenter son temple » (Ps 26,4). Là, en effet, « tous les jours » ne passent pas en arrivant et en disparaissant, et l'un ne commence pas quand l'autre finit ; ils existent tous ensemble, ils n'ont pas de fin, car la vie elle-même, dont ils sont les jours, n'a pas de fin.
Pour nous faire obtenir cette vie bienheureuse, celui qui est en personne la Vie véritable nous a enseigné à prier. Non pas avec un flot de paroles comme si nous devions être exaucés du fait de notre bavardage ; en effet, comme dit le Seigneur lui-même, nous prions celui qui sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le lui demandions (Mt 6,8)...
Il sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le lui demandions ? Alors, pourquoi nous exhorte-t-il à la prière continuelle ? (Lc 18,1) Cela pourrait nous étonner, mais nous devons comprendre que Dieu notre Seigneur ne veut pas être informé de notre désir, qu'il ne peut ignorer. Mais il veut que notre désir s'excite par la prière, afin que nous soyons capables d'accueillir ce qu'il s'apprête à nous donner. Car cela est très grand, tandis que nous sommes petits et de pauvre capacité ! C'est pourquoi on nous dit : « Ouvrez tout grand votre cœur » (2Co 6,13). C'est quelque chose de très grand... : nous serons d'autant plus capables de le recevoir que nous y croyons avec plus de foi, nous l'espérons avec plus d'assurance, nous le désirons avec plus d'ardeur. C'est donc dans la foi, l'espérance et l'amour, par la continuité du désir, que nous prions toujours.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Discours ascétiques (trad. Deseille, La Fournaise de Babylone, Eds. Présence 1974, p. 88)
« Bien avant l'aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert »
Rien ne rend l'âme pure et joyeuse, ni ne l'illumine et en éloigne les pensées mauvaises, autant que les veilles. Pour cette raison, tous nos pères ont persévéré dans ce labeur des veilles et ont adopté pour règle de rester éveillés la nuit durant tout le cours de leur vie ascétique. Ils l'ont fait spécialement parce qu'ils avaient entendu notre Sauveur nous y inviter instamment en divers endroits par sa vivante Parole : « Veillez et priez en tout temps » (Lc 21,36) ; « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26,41) ; et encore : « Priez sans cesse » (1Th 5,17).
Et il ne s'est pas contenté de nous avertir seulement par ses paroles. Il nous a donné aussi l'exemple en sa personne en honorant la pratique de la prière au-dessus de toute autre chose. C'est pourquoi il s'isolait constamment pour la prière, et cela non d'une façon arbitraire, mais en choisissant pour temps la nuit et pour lieu le désert, afin que nous aussi, évitant les foules et le tumulte, nous devenions capables de prier dans la solitude.
C'est pourquoi nos pères ont reçu ce haut enseignement concernant la prière comme s'il venait du Christ lui-même. Et ils ont choisi de veiller dans la prière selon l'ordre de l'apôtre Paul, avant tout afin de pouvoir demeurer sans aucune interruption dans la proximité de Dieu par la prière continuelle... Aucune chose venant du dehors ne les atteint et n'altère la pureté de leur intellect, ce qui troublerait ces veilles qui les remplissent de joie et qui sont la lumière de l'âme.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Discours sur le psaume 85, CCL 30, 1176
« Dans un endroit désert, il priait »
Dieu n'aurait pas pu faire aux hommes un plus grand don que son Verbe, sa Parole, par qui il a créé toutes choses. Il l'a fait leur chef, c'est-à-dire leur tête, et d'eux il fait ses membres (Ep 5,23.30), pour que lui il soit à la fois Fils de Dieu et Fils de l'homme : un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes. Il nous a fait ce don pour qu'en parlant à Dieu dans la prière nous ne séparions pas de lui son Fils, et pour qu'en priant, le corps du Fils ne se sépare pas de son chef -- pour que ce soit l'unique sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, qui en même temps prie pour nous, prie en nous et est prié par nous.
Il prie pour nous comme notre prêtre, il prie en nous comme notre chef, la tête du corps, il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc nos paroles en lui et ses paroles en nous... Il n'a pas hésité à s'unir à nous. Toute la création lui est assujettie parce que toute la création a été faite par lui : « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Par lui, tout s'est fait et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui » (Jn 1,1s)... Mais par la suite, si dans les Écritures nous entendons la voix du même Christ gémissant, priant, confessant, n'hésitons pas à lui attribuer ces paroles. Que nous contemplions celui « qui était dans la condition de Dieu » prendre « la condition de serviteur, se faire semblable aux hommes et s'abaisser, en devenant obéissant jusqu'à mourir » (Ph 2,6s). Que nous l'entendions, suspendu sur la croix, faire sienne la prière d'un psaume... Nous prions le Christ donc dans sa condition de Dieu, et lui il prie dans sa condition de serviteur ; d'un côté, le Créateur, de l'autre, un homme uni à la création, formant un seul homme avec nous — la tête et le corps. Nous le prions donc, et nous prions par lui et en lui.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 18, 1-3 ; CCL 24,107-108 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 242 rev)
« Jésus s'approcha d'elle et la prit par la main »
Ceux qui ont écouté attentivement l'évangile de ce jour savent pour quelle raison le Seigneur du ciel est entré dans une humble maison de cette terre. Puisque par bonté il est venu secourir tous les hommes, ne soyez pas étonnés qu'il entre en tous lieux. « Étant venu dans la maison de Pierre, Jésus vit sa belle-mère alitée, avec de la fièvre » (Mt 8,14). Voilà quel motif a conduit le Christ chez Pierre : pas du tout le désir de se mettre à table, mais la faiblesse de cette malade ; non pas le besoin de prendre un repas, mais l'occasion d'opérer une guérison. Il est venu exercer sa puissance divine, et non prendre part à un banquet avec des hommes, car ce n'était pas du vin qu'on versait chez Pierre, mais des larmes...
Le Christ n'est donc pas entré dans cette maison pour prendre sa nourriture, mais pour restaurer la vie. Dieu est à la recherche des hommes, pas des biens humains. Il veut leur donner les biens célestes ; il ne désire pas trouver les choses terrestres. Le Christ est donc venu ici-bas pour nous prendre avec lui ; il n'est pas venu chercher les choses que nous possédons.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
La Prière du Seigneur, 29-30 (trad. Hamman, DDB 1982, p.60)
« Bien avant l'aube Jésus se leva et sortit dans un endroit désert. Là, il priait »
Le Seigneur ne s'est pas contenté de nous apprendre à prier en paroles, mais aussi par ses exemples. Nous le voyons souvent en prière ; il nous fournit l'exemple qu'il nous faut suivre. Il est écrit : « Il s'en alla dans un lieu désert pour prier ». Et ailleurs : « Il se retira dans la montagne pour prier, et passa toute la nuit à prier Dieu » (Lc 6,12). Si déjà celui qui était sans péché priait de la sorte, à bien plus forte raison les pécheurs doivent-ils prier. Si lui passait la nuit en veille à prier sans relâche, à bien plus forte raison devons-nous prier sans cesse et nous aussi veiller.
Le Seigneur priait et intercédait non pour lui-même — pour quelle faute l'innocent implorerait-il le pardon ? — mais pour nos péchés. Il le montre bien quand il dit à Pierre : « Satan a demandé de vous secouer au crible comme du froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas » (Lc 22,3 1). Plus tard il a intercédé auprès du Père en faveur de nous tous, quand il a dit : « Je ne prie pas seulement pour eux mais pour tous ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi » (Jn 17,20-21).
Comme elles sont grandes la miséricorde et la bonté de Dieu en faveur de notre salut ! Il ne s'est pas contenté de nous racheter par son sang, il a encore voulu prier pour nous. Mais prêtez attention au désir de celui qui prie : comme le Père et le Fils sont un, que nous aussi nous demeurions dans l'unité.
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Marc, n°2C (trad. cf En Calcat et SC 494, p. 117)
Il est présent par la foi
Si Jésus pouvait s'approcher de nous et guérir d'un seul mot notre fièvre ! Car chacun de nous a sa fièvre. Quand je me mets en colère, j'ai la fièvre : autant de vices, autant de fièvres. Demandons aux apôtres de prier Jésus de s'approcher de nous, de nous toucher la main. S'il le fait, la fièvre disparaîtra aussitôt, car Jésus est un excellent médecin. C'est lui le vrai, le grand médecin, le premier de tous les médecins... Il sait découvrir le secret de toutes les maladies : il ne touche pas l'oreille, ni le front..., mais la main, c'est à dire les œuvres mauvaises...
Jésus s'approche de la malade, car elle ne pouvait pas se lever et courir au-devant de celui qui venait chez elle. Lui, médecin plein de miséricorde, il vient lui-même jusqu'au lit, lui qui avait porté la brebis malade sur ses épaules (Lc 15,5).... Il s'approche de son plein gré ; il prend l'initiative de la guérison. Il s'approche de cette femme et que lui dit-il ? « Tu aurais dû courir devant moi. Tu aurais dû venir à la porte et m'accueillir pour que ta guérison ne soit pas le seul effet de ma miséricorde, mais aussi celui de ta volonté. Mais puisque te voilà accablée par la fièvre et que tu ne peux pas te lever, c'est moi qui viens à toi » .
« Jésus s'approche et la fait lever... Il la prend par la main. » Quand on est en danger, comme Pierre en mer, tout près d'être submergé, Jésus prend la main et relève (Mt 14,31). Jésus fait lever cette femme en la prenant par la main : de sa propre main il lui saisit la main. Bienheureuse amitié, splendide baiser !... Jésus saisit cette main comme un médecin : il constate la violence de la fièvre, lui qui est à la fois le médecin et le remède. Il la touche, et la fièvre prend la fuite. Qu'il touche aussi notre main, qu'il guérisse nos œuvres... Levons-nous, restons debout... Oh me dira peut-être : « Où est Jésus ? » Il est ici devant nous : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Jn 1,26 ; Lc 17,21).
ou
Saint Jérôme (347-420)
prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Marc, 2 ; PLS 2, 125s (trad. DDB 1986, p. 52)
« Jésus la prit par la main, et la fit lever »
« Jésus s'approcha d'elle, la prit par la main, et la fit lever. » En effet, cette malade ne pouvait pas se lever d'elle-même ; étant alitée, elle ne pouvait pas venir au-devant de Jésus. Mais ce médecin miséricordieux s'approche lui-même du lit. Celui qui avait porté une brebis malade sur ses épaules (Lc 15,5) s'avance à présent vers ce lit... Il approche toujours plus afin de guérir encore davantage. Remarquez bien ce qui est écrit ici... « Tu aurais dû sans aucun doute venir à ma rencontre, tu aurais dû venir m'accueillir au seuil de ta maison ; mais alors ta guérison résulterait non pas tant de ma miséricorde que de ta volonté. Puisqu'une fièvre si forte t'accable et t'empêche de te lever, je viens moi-même. »
« Et il la fit lever ». Comme elle ne pouvait pas se redresser d'elle-même, c'est le Seigneur qui la relève. « Il la prit par la main et il la fit lever. » Quand Pierre était en péril en mer, au moment où il allait se noyer, lui aussi a été saisi par la main, et il se releva... Quelle belle marque d'amitié et d'affection pour cette malade ! Il la relève en la tenant par la main ; sa main guérit la main de la malade. Il saisit cette main comme l'aurait fait un médecin, prend le pouls et évalue l'importance de la fièvre, lui qui est à la fois médecin et remède. Jésus la touche, et la fièvre disparaît.
Souhaitons qu'il touche notre main afin qu'ainsi nos actes soient purifiés. Qu'il entre dans notre maison : levons-nous enfin de notre lit, ne restons pas couchés. Jésus se tient à notre chevet et nous restons couchés ? Allons, debout ! ... « Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas » (Jn 1,26) ; « le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21). Ayons la foi, et nous verrons Jésus présent au milieu de nous.
TEMPS ORDINAIRE I - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Paul VI
pape de 1963-1978
Homélie du 29/01/1978 lors de la XXVe Journée mondiale des lépreux (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana, rev.)
« Jésus étendit la main et le toucha »
Le geste affectueux de Jésus qui s'approche des lépreux pour les réconforter et les guérir a son expression pleine et mystérieuse dans sa Passion. Supplicié et défiguré par la sueur de sang, par la flagellation, par le couronnement d'épines, par la crucifixion, abandonné par ceux qui ont oublié ses bienfaits, Jésus dans sa Passion s'identifie avec les lépreux. Il devient leur image et leur symbole, comme le prophète Isaïe en avait eu l'intuition en contemplant le mystère du Serviteur du Seigneur : « Il n'avait ni beauté ni éclat, il était méprisé, abandonné des hommes, semblable à quelqu'un devant qui on cache son visage. (...) Et nous, nous pensions qu'il était châtié, frappé par Dieu et humilié » (Is 53,2-4). Mais c'est précisément des plaies du corps supplicié de Jésus et de la puissance de sa résurrection que jaillissent la vie et l'espérance pour tous les hommes frappés du mal et des infirmités.
L'Église a toujours été fidèle à sa mission d'annoncer la parole du Christ, unie aux gestes concrets de miséricorde solidaire à l'égard des plus humbles, des derniers. Au cours des siècles, il y a eu un crescendo de dévouement bouleversant et extraordinaire en faveur de ceux qui étaient frappés par les maladies humainement les plus répugnantes. L'histoire met nettement en lumière le fait que les chrétiens ont été les premiers à se préoccuper du problème des lépreux. L'exemple du Christ avait fait école ; il a porté beaucoup de fruit en gestes de solidarité, de dévouement, de générosité et de charité désintéressée.
ou
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », § 56-57 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
La foi, une force de consolation dans la souffrance
Le chrétien sait que la souffrance ne peut pas être éliminée, mais qu’elle peut recevoir un sens, devenir acte d’amour, confiance entre les mains de Dieu qui ne nous abandonne pas et, de cette manière, être une étape de croissance de la foi et de l’amour… La lumière de la foi ne nous fait pas oublier les souffrances du monde. Pour combien d’hommes et de femmes de foi, les personnes qui souffrent ont été des médiatrices de lumière ! Ainsi le lépreux pour saint François d’Assise, ou pour la Bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, ses pauvres. Ils ont compris le mystère qui est en eux. En s’approchant d’eux, ils n’ont certes pas effacé toutes leurs souffrances, ni n’ont pu leur expliquer tout le mal. La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin.
À l’homme qui souffre, Dieu ne donne pas un raisonnement qui explique tout, mais il offre sa réponse sous la forme d’une présence qui accompagne, d’une histoire de bien qui s’unit à chaque histoire de souffrance pour ouvrir en elle une trouée de lumière. Dans le Christ, Dieu a voulu partager avec nous cette route et nous offrir son regard pour y voir la lumière. Le Christ est celui qui, en ayant supporté la souffrance, « est l’origine de notre foi et la porte à la perfection » (He 12,2).
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Lettre à ses collaboratrices du 10/04/1974
« Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main et le toucha »
Les pauvres ont soif d'eau, mais aussi de paix, de vérité et de justice. Les pauvres sont nus et ont besoin de vêtements, mais aussi de dignité humaine et de compassion pour les pécheurs. Les pauvres sont sans abri et ont besoin d'un abri fait de briques, mais aussi d'un cœur joyeux, compatissant et plein d'amour. Ils sont malades et ils ont besoin de soins médicaux, mais aussi d'une main secourable et d'un sourire accueillant.
Les exclus, ceux qui sont rejetés, ceux qui ne sont pas aimés, les prisonniers, les alcooliques, les mourants, ceux qui sont seuls et abandonnés, les marginalisés, les intouchables et les lépreux..., ceux qui sont dans le doute et la confusion, ceux qui n'ont pas été touchés par la lumière du Christ, les affamés de la parole et de la paix de Dieu, les âmes tristes et affligées..., ceux qui sont un fardeau pour la société, qui ont perdu toute espérance et foi dans la vie, qui ont oublié comment sourire et qui ne savent plus ce que c'est que de recevoir un peu de chaleur humaine, un geste d'amour et d'amitié –- tous, ils se tournent vers nous pour recevoir un réconfort. Si nous leur tournons le dos, nous tournons le dos au Christ.
ou
Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)
N° 21 et 25 (trad. Hamman, DDB 1981, p.43, 48)
« Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle »
J'ai levé les bras au ciel, vers la grâce du Seigneur.
Il a jeté mes chaînes loin de moi.
Mon protecteur m'a élevé selon sa grâce et son salut.
J'ai dépouillé l'obscurité et j'ai revêtu la lumière ;
mes membres n'éprouvent plus ni peine, ni angoisse, ni douleur.
La pensée du Seigneur m'a secouru ;
sa lumière m'a exalté ;
j'ai marché en sa présence ;
je m'approcherai de lui en le louant et le glorifiant.
Mon cœur a débordé, il a envahi ma bouche,
il a jailli sur mes lèvres.
La joie du Seigneur et sa louange épanouissent mon visage.
Alléluia !
Je me suis échappé de mes chaînes et j'ai fui vers toi, ô mon Dieu !
Tu as été ma droite, mon salut et mon aide.
Tu as contenu ceux qui se dressaient contre moi et ils ont disparu.
Ton visage était avec moi et ta grâce me sauvait.
J'étais méprisé et réprouvé aux yeux de la multitude.
Mais tu m'as donné force et secours.
Tu as placé la lumière à ma droite et à ma gauche.
Que tout en moi ne soit que lumière !
J'ai revêtu le vêtement de ton Esprit,
et tu as ôté de moi les vêtements de peau (Gn 3, 21).
Ta droite m'a élevé et a chassé loin de moi la maladie.
Ta vérité m'a rendu robuste et ta justice m'a sanctifié.
J'ai été justifié par ton amour si doux,
et ton repos est pour moi dans les siècles des siècles.
Alleluia !
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Vie de St François, Legenda Major 1, 5-6 (trad. Vorreux, Documents, Eds Franciscaines, 1968, p.570 rev)
« Jésus étendit la main et le toucha »
Un jour où il se promenait à cheval dans la plaine près d'Assise, François trouva un lépreux sur son chemin. À cette rencontre inattendue, il éprouva un sentiment intense d'horreur, mais se rappelant sa résolution de vie parfaite et qu'il avait d'abord à se vaincre lui-même s'il voulait devenir « soldat du Christ » (2Tm 2, 3), il sauta de cheval pour embrasser le malheureux. Celui-ci, qui tendait la main pour une aumône, reçut avec l'argent un baiser. Puis François se remit en selle. Mais il eut beau regarder de tous côtés, il ne vit plus le lépreux. Plein d'admiration et de joie, il se mit à chanter les louanges du Seigneur et se promit bien, après cet acte généreux, de ne pas en rester là...
Il s'abandonna alors à l'esprit de pauvreté, au goût de l'humilité et aux élans d'une piété profonde. Alors que jadis la seule vue d'un lépreux le secouait d'horreur, il se mettait dorénavant à leur rendre tous les services possibles avec une parfaite insouciance pour lui-même, toujours humble et très humain ; il le faisait à cause du Christ crucifié qui, selon le prophète, a été « méprisé comme un lépreux » (Is 53, 3). Il allait souvent leur rendre visite, leur distribuait des aumônes, puis, ému de compassion, baisait affectueusement leurs mains et leur visage. Aux mendiants aussi, non content de donner ce qu'il avait, il aurait voulu se donner lui-même et, quand il n'avait plus d'argent sous la main, il leur donnait ses vêtements, les décousant ou les déchirant parfois pour les distribuer.
C'est vers cette époque qu'il accomplit un pèlerinage au tombeau de l'apôtre Pierre à Rome ; quand il vit les mendiants qui grouillaient sur le parvis de la basilique, poussé par la compassion autant que attiré par l'amour de la pauvreté, il choisit l'un des plus misérables, lui proposa ses vêtements en échange de ses guenilles et passa toute la journée en compagnie des pauvres, l'âme emplie d'une joie qu'il ne connaissait pas encore.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
La Vive Flamme d'amour, strophe 2 (trad. Grégoire de Saint Joseph, Seuil 1947,1995, rev Tournay)
« Jésus étendit la main et le toucha »
Ô Vie divine, tu ne touches pas pour tuer, mais pour donner la vie ; tu ne blesses pas, sinon afin de guérir. Quand tu châties, tu touches légèrement, et cela suffit pour consumer le monde. Quand tu caresses, tu poses ta main fort à propos, la douceur de ta caresse n'a point de mesure. Ô Main divine, tu m'as blessé pour me guérir ; tu fais mourir en moi ce qui me prive de la vie de Dieu, en qui maintenant je me vois vivant. Et tu fais cela par ta grâce généreuse, moyennant la touche de celui qui est « la splendeur de ta gloire, la figure de ta substance » (He 1,3), ton Fils unique, ta Sagesse en qui « tu atteins puissamment d'un bout du monde à l'autre » (Sg 8,1). Lui, ton Fils unique, Main miséricordieuse du Père, il est la touche délicate avec laquelle tu m'as touché, blessé et brûlé intérieurement.
Ô touche délicate, Verbe Fils de Dieu, tu pénètres subtilement notre âme par la délicatesse de ton être divin ; tu la touches si délicatement que tu l'absorbes toute entière en toi, d'une manière si divine et si douce « qu'on n'en a jamais entendu parler en Canaan, qu'on ne l'a jamais vu au pays de Témân » (Ba 3,22). Ô touche délicate du Verbe, d'autant plus délicate à mon égard qu'ayant renversé les montagnes et brisé les rochers de la montagne de l'Horeb par l'ombre de ta puissance qui allait devant toi, tu t'es fait sentir si doucement, si fortement au prophète Élie « dans le délicat murmure de l'air » (1R 19,12). Comment es-tu brise légère et subtile ? Dis-moi comment tu touches si légèrement et si délicatement, ô Verbe, Fils de Dieu, toi qui es si puissant et si terrible ? Heureuse, mille fois heureuse l'âme que tu touches si délicatement ! ... « Tu les caches dans le secret de la face, c'est-à-dire ton Verbe, ton Fils, à l'abri du trouble des hommes. » (Ps 30,21)
ou
Récit de trois compagnons de saint François d'Assise (v. 1244) § 11 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 813s)
Saint François guéri de ses peurs par un lépreux
Un jour, alors que [le jeune] François montait à cheval près d'Assise, un lépreux vint à sa rencontre. D'habitude il avait une grande horreur des lépreux, c'est pourquoi il se fit violence, descendit de cheval et lui donna une pièce d'argent en lui baisant la main. Ayant reçu du lépreux un baiser de paix, il remonta à cheval et poursuivit son chemin. À partir de ce moment, il commença à se dépasser de plus en plus, jusqu'à parvenir à une parfaite victoire sur soi-même par la grâce de Dieu.
Quelques jours plus tard, s'étant muni de beaucoup de monnaie, il se dirigea vers l'hospice des lépreux et, les ayant tous réunis, il donna une aumône à chacun, en lui baisant la main. À son retour, il est exact que ce qui auparavant lui paraissait amer -- c'est-à-dire, voir ou toucher les lépreux -- s'était transformé en douceur. Voir des lépreux, comme il lui arriva de le dire, lui était à ce point pénible que non seulement il refusait de les voir mais même de s'approcher de leur habitation ; s'il lui arrivait parfois de les voir ou de passer près de leur léproserie..., il détournait le visage et se bouchait le nez. Mais la grâce de Dieu le rendit à ce point familier des lépreux que, comme il l'atteste dans son testament, il séjournait parmi eux et les servait humblement. La visite aux lépreux l'avait transformé.
ou
Saint Jean-Paul II
Homélie prononcée devant des jeunes
« Jésus étendit la main et le toucha »
Le geste affectueux de Jésus qui s'approche des lépreux, les réconfortant et les guérissant, a son expression pleine et mystérieuse dans la Passion. Supplicié et défiguré par la sueur de sang, par la flagellation, par le couronnement d'épines, par la crucifixion, abandonné par la population oublieuse de ses bienfaits, dans sa Passion Jésus s'identifie avec les lépreux ; il devient leur image et leur symbole, comme le prophète Isaïe en avait eu l'intuition en contemplant le mystère du Serviteur du Seigneur : « Il n'avait ni beauté ni éclat, il était méprisé, abandonné des hommes, semblable à quelqu'un devant qui on cache son visage... Et nous, nous pensions qu'il était châtié, frappé par Dieu et humilié » (Is 53,2-4). Mais c'est précisément des plaies du corps supplicié de Jésus et de la puissance de sa résurrection que jaillissent la vie et l'espérance pour tous les hommes frappés du mal et des infirmités.
L'Église a toujours été fidèle à sa mission d'annoncer la parole du Christ, unie au geste concret de miséricorde solidaire à l'égard des plus humbles, des derniers. Au cours des siècles, il y a eu un crescendo de dévouement bouleversant et extraordinaire en faveur de ceux qui étaient frappés par les maladies humainement les plus répugnantes. L'histoire met nettement en lumière le fait que les chrétiens ont été les premiers à se préoccuper du problème des lépreux. L'exemple du Christ avait fait école ; il a été fécond en gestes de solidarité, de dévouement, de générosité et de charité désintéressée.
ou
Raban Maur (v. 784-856), abbé bénédictin et évêque
Trois livres à Bonose, livre 3, 4 ; PL 112, 1306 (trad. Orval rev.)
« Tu peux me purifier »
Tu ne dois pas manquer de confiance en Dieu ni désespérer de sa miséricorde ; je ne veux pas que tu doutes ou que tu désespères de pouvoir devenir meilleur. Car, même si le démon a pu te précipiter des hauteurs de la vertu dans les abîmes du mal, combien plus Dieu pourra-t-il te rappeler vers le sommet du bien, et non seulement te ramener dans l'état où tu étais avant ta chute, mais te rendre beaucoup plus heureux que tu paraissais auparavant. Ne perds pas courage, je t'en supplie, et ne ferme pas tes yeux à l'espoir du bien, de peur qu'il ne t'advienne ce qui arrive à ceux qui n'aiment pas Dieu ; car ce n'est pas le grand nombre des péchés qui mène l'âme au désespoir, mais le dédain de Dieu. « C'est le propre des impies, dit le Sage, de désespérer du salut et de le dédaigner, lorsqu'ils sont tombés au fond de l'abîme du péché » (Pr 18,3 Vulg).
Toute pensée qui nous enlève l'espoir de la conversion découle donc d'un manque de foi : comme une lourde pierre attachée à notre cou, elle nous force à regarder toujours en bas, vers la terre, et ne nous permet pas de lever les yeux vers le Seigneur. Mais celui qui a un cœur courageux et un esprit éclairé sait dégager son cou de ce poids détestable. « Comme les yeux des serviteurs vers les mains de leurs maîtres, comme les yeux d'une servante vers les mains de sa maîtresse, ainsi nos yeux vers le Seigneur notre Dieu jusqu'à ce qu'il nous prenne en pitié » (Ps 123,2-3).
ou
Saint Athanase (295-373)
évêque d'Alexandrie, docteur de l'Église
Sur l'incarnation du Verbe, 11, 2-3 ; 13, 7-9 ; SC 199 (trad. SC p. 305s rev.)
Restaurer en l'homme l'image de Dieu
À quoi bon avoir été créé si on ne connaît pas son Créateur ? Comment les hommes seraient-ils « logiques », s'ils ne connaissaient pas le Logos, le Verbe du Père, en qui ils ont commencé d'être ? (Jn 1,1s)... Pourquoi Dieu les aurait-il faits, s'il n'avait pas voulu être connu d'eux ? Pour que cela n'arrive pas, il les fait participer en sa bonté à celui qui est sa propre image, notre Seigneur Jésus Christ (He 1,3; Col 1,15). Il les crée selon son image et ressemblance (Gn 1,26). Par une telle faveur, ils connaîtront l'image, le Verbe du Père ; par lui ils pourront se faire une idée du Père et, connaissant le Créateur, ils pourront vivre une vie de vrai bonheur.
Mais dans leur déraison les hommes ont méprisé ce don, se sont détournés de Dieu et l'ont oublié... Que fallait-il donc que Dieu fasse, sinon renouveler leur « être-selon-l'image », afin que les hommes puissent de nouveau le connaître ? Et comment cela se fera-t-il, sinon par la présence même de l'image de Dieu, notre Sauveur Jésus Christ ? Par des hommes cela n'était pas réalisable ; ils sont seulement faits selon l'image. Par les anges non plus, car même eux ne sont pas images.
Ainsi le Verbe de Dieu est-il venu lui-même, lui qui est l'image du Père, afin de restaurer « l'être-selon-l'image » des hommes. Par ailleurs, cela ne pouvait pas se faire si la mort et la corruption n'étaient pas anéanties. C'est pourquoi il a pris à juste titre un corps mortel pour anéantir en lui la mort et restaurer les hommes faits selon l'image.
TEMPS ORDINAIRE I - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Jean Carpathios (VIIe s.)
moine et évêque
Lettres aux moines de l’Inde (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès, p. 336-337, rev.)
« Tes péchés te sont remis » (Mt 9,2)
Pourquoi es-tu affligé ? Vois. Un homme a les mains poisseuses. Un peu d’huile les rends propres. Combien plus peut te purifier la pitié de Dieu. Car de même que tu n’as pas de mal à laver ton vêtement, de même et bien plus encore il n’est pas difficile au Seigneur de te laver de tout reproche, même si chaque jour il te faut naturellement éprouver la tentation. En effet, au moment où tu dis : « J’ai péché contre le Seigneur », t’est donnée la réponse : « Tes péchés te sont remis » (Mt 9,2), « Je suis Celui qui efface, et je ne me souviens pas » (Is 43,25 LXX). « Comme est loin l’Orient de l’Occident, j’ai éloigné de toi tes péchés. Comme un père a compassion de ses enfants, j’ai compassion de toi » (Ps 102(103),12-13 LXX).
Seulement ne t’écarte pas, ne t’éloigne pas de Celui qui t’a choisi pour chanter et prier, mais tout au long de ta vie demeure attaché à lui, soit par pure confiance, soit par sainte audace et confession courageuse. Alors il t’entend et te purifie. N’est-ce pas Dieu qui nous a justifiés, dans son amour de l’homme ? Qui nous condamnera ? (cf. Rm 8,33) Si nous invoquons le nom du Seigneur Jésus Christ, notre conscience est aisément purifiée, et rien ne nous sépare des prophètes et des autres saints.
Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais au salut par Notre Seigneur Jésus Christ qui est mort pour nous. Ainsi, soit que nous veillions dans les vertus, soit que nous dormions dans quelques misère où nous portent naturellement certaines circonstances, nous vivrons avec le Christ (cf. 1 Th 5,9-10), tendant vers lui nos regards, gémissant profondément, pleurant sans cesse, et ne respirant que lui. Revêtons donc la cuirasse de la foi et portons le casque de l’espérance du salut (cf. 1 Th 5,8), afin que ne puissent nous pénétrer les flèches du découragement et du désespoir.
ou
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », § 57 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : ‘ Mon fils, tes péchés sont pardonnés ’ »
La souffrance nous rappelle que le service rendu par la foi au bien commun est toujours service d’espérance, qui regarde en avant, sachant que c’est seulement de Dieu, de l’avenir qui vient de Jésus ressuscité, que notre société peut trouver ses fondements solides et durables. En ce sens, la foi est reliée à l’espérance parce que, « même si notre demeure terrestre, notre corps, vient à être détruite », nous avons « une demeure éternelle » que Dieu a désormais inaugurée dans le Christ, dans son corps (2Co 4,16s). Le dynamisme de la foi, de l’espérance et de la charité nous fait ainsi embrasser les préoccupations de tous les hommes, dans notre marche vers « cette ville, dont Dieu est l’architecte et le bâtisseur » (He 11,10), parce que « l’espérance ne déçoit pas » ( Rm 5,5).
Dans l’unité avec la foi et la charité, l’espérance nous projette vers un avenir certain, qui se situe dans une perspective différente des propositions illusoires des idoles du monde, mais qui donne un nouvel élan et de nouvelles forces à la vie quotidienne. Ne nous faisons pas voler l’espérance, ne permettons pas qu’elle soit rendue vaine par des solutions et des propositions immédiates qui nous arrêtent sur le chemin, qui « fragmentent » le temps, le transformant en moments ; c’est le temps qui gouverne les moments, qui les éclaire et les transforme en maillons d’une chaîne, d’un processus. L’espace fossilise le cours des choses, le temps projette au contraire vers l’avenir et incite à marcher avec espérance.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, V, 11-13 ;SC 45 (trad. SC, p. 186 rev.)
Voyant leur foi, il lui pardonne
« Voyant leur foi, Jésus dit au paralytique : ' Tes péchés sont pardonnés '. » Le Seigneur est grand : à cause des uns, il pardonne aux autres ; il agrée la prière des premiers et il pardonne aux seconds leurs péchés. Hommes, pourquoi donc aujourd'hui votre compagnon d'existence ne pourrait-il rien pour vous, quand auprès du Seigneur son serviteur a le droit d'intervenir et d'obtenir ?
Vous qui jugez, apprenez donc à pardonner ; et vous qui êtes malades, apprenez donc à supplier. Si vous n'espérez pas le pardon direct des fautes graves, recourez alors à des intercesseurs, recourez à l'Église qui priera pour vous. Alors, par égard pour elle, le Seigneur vous accordera le pardon qu'il aurait pu vous refuser. Nous ne négligeons pas la réalité historique de la guérison du paralytique ; mais nous reconnaissons avant tout la guérison en lui de l'homme intérieur, à qui ses péchés sont pardonnés...
Le Seigneur veut sauver les pécheurs ; il démontre sa divinité par sa connaissance des secrets et par les prodiges de ses actions. « Qu'est-ce qui est le plus facile à dire, demande-t-il donc, de dire : ' Tes péchés te sont remis ' ou bien : ' Lève-toi et marche ' ? » Ici il fait voir une image complète de la résurrection, puisque, guérissant la blessure de l'âme et du corps..., l'homme tout entier est guéri.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
Commentaire de l'Évangile de Matthieu, 8, 5 (trad. SC 254, p. 199 rev.)
« Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi »
[Dans l'Évangile de Matthieu, Jésus vient de guérir deux étrangers en territoire païen.] Dans ce paralytique, c'est la totalité des païens qui est présentée au Christ pour être guérie. Mais les termes même de la guérison doivent être étudiés : ce qu'il dit au paralytique n'est pas : « Sois guéri », ni : « Lève-toi et marche », mais : « Sois ferme, mon fils, tes péchés te sont remis » (Mt 9, 2). En un seul homme, Adam, les péchés avaient été transmis à toutes les nations. C'est pourquoi celui qui est appelé fils est présenté pour être guéri..., parce qu'il est la première œuvre de Dieu... ; maintenant il reçoit la miséricorde qui vient du pardon de la première désobéissance. Nous ne voyons pas en effet que ce paralytique ait commis de péché ; et ailleurs le Seigneur a dit que la cécité de naissance n'avait pas été contractée à la suite d'un péché personnel ou héréditaire (Jn 9, 3)...
Nul ne peut remettre les péchés hormis Dieu seul, donc celui qui les a remis est Dieu... Et pour que l'on puisse comprendre qu'il avait pris notre chair pour remettre aux âmes leurs péchés et pour procurer aux corps la résurrection, il dit : « Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, dit-il au paralytique : Lève-toi et prends ton lit ». Il aurait suffi de dire : « Lève-toi », mais... il a ajouté : « Prends ton lit et va-t-en chez toi ». D'abord, il a accordé la rémission des péchés, ensuite il a montré le pouvoir de la résurrection, puis il a enseigné, en faisant enlever le lit, que la faiblesse et la douleur n'atteindront plus les corps. Enfin, en renvoyant cet homme guéri à sa propre maison, il a montré que les croyants doivent retrouver le chemin conduisant au paradis, ce chemin qu'Adam, père de tous les hommes, avait quitté quand il a été brisé par la souillure du péché.
ou
Saint Jean Chrysostome (vers 345-407), évêque d'Antioche puis de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur saint Matthieu, 29, 1-3 (trad. cf. Véricel, L'Évangile commenté, p. 102)
« Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »
« Des gens lui amènent un paralytique. » Les évangélistes racontent qu'après avoir percé le toit ils ont descendu le malade et l'ont déposé devant le Christ, sans rien demander, laissant faire Jésus. Au début de son ministère, dans toute la Judée, c'est lui qui faisait les premiers pas et n'exigeait pas une si grande foi ; ici ce sont eux qui sont venus vers lui et une foi courageuse et vive leur a été demandée : « Jésus, voyant leur foi », dit l'Évangile, c'est-à-dire la foi de ceux qui avaient porté le paralytique... Le malade aussi avait une grande foi, car il ne se serait pas laissé transporter s'il n'avait pas eu confiance en Jésus.
Devant tant de foi, Jésus montre sa puissance et, avec une autorité divine, pardonne les péchés du malade, donnant ainsi une preuve de son égalité avec son Père. Il avait déjà montré cette égalité quand il a guéri le lépreux en disant « Je le veux, sois guéri », quand il a calmé la mer déchaînée et quand il a chassé les démons qui ont reconnu en lui leur souverain et leur juge... Ici il la montre d'abord sans éclat : il ne s'est pas pressé de guérir extérieurement celui qu'on lui présentait. Il a commencé par un miracle invisible ; il a d'abord guéri l'âme de cet homme en lui pardonnant ses péchés. Certes, cette guérison était infiniment plus avantageuse à cet homme, mais cela apportait peu de gloire au Christ. Alors certains, poussés par leur méchanceté, ont voulu lui nuire ; mais ils ont, malgré eux, rendu le miracle plus éclatant.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies détachées, Sur le paralytique
« Voyant leur foi »
Ce paralytique avait foi en Jésus Christ. Ce qui le prouve c'est la manière dont on l'a présenté au Christ. On l'a descendu par le toit de la maison... Vous savez que les malades sont dans un abaissement si grand et de si mauvaise humeur, que souvent les bons offices qu'on leur rend les chagrinent sur leur lit... Mais ce paralytique est content d'être tiré de sa chambre et livré en spectacle au public, en traversant sur son grabat les places et les rues...
Ce paralytique ne souffre pas d'amour-propre. La foule entoure la maison où est le Sauveur, tous les passages sont fermés, l'entrée encombrée. Peu importe ! On l'introduira par le toit, il en est content : l'amour est tellement habile, la charité tellement ingénieuse ! « Celui qui cherche trouve ; à celui qui frappe, on ouvre la porte. » (Mt 7,8) Ce malade ne dira pas à ses amis qui le portent : « Qu'allez-vous faire ? Pourquoi tant de trouble ? Pourquoi cet empressement ? Attendons que la maison soit libre et que tout le monde soit parti. Alors nous pourrons nous présenter à Jésus laissé presque seul... » Non, le paralytique ne pense rien de semblable ; c'est une gloire pour lui que d'avoir un grand nombre de témoins de sa guérison.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 976-982
« Mon fils, tes péchés sont pardonnés »
« Je crois au pardon des péchés » : le Symbole des apôtres lie la foi au pardon des péchés à la foi en l'Esprit Saint, mais aussi à la foi en l'Église et en la communion des saints. C'est en donnant l'Esprit Saint à ses apôtres que le Christ ressuscité leur a conféré son propre pouvoir divin de pardonner les péchés : « Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20,22-23).
« Un seul baptême pour le pardon des péchés » : notre Seigneur a lié le pardon des péchés à la foi et au baptême : « Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé » (Mc 16,15-16). Le baptême est le premier et principal sacrement du pardon des péchés parce qu'il nous unit au Christ « mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification », afin que « nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 4,25 ;6,4). « Au moment où nous faisons notre première profession de foi, en recevant le saint baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu'il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier... Mais néanmoins la grâce du baptême ne délivre personne de toutes les infirmités de la nature. Au contraire, nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au mal. »
En ce combat avec l'inclination au mal, qui serait assez vaillant et vigilant pour éviter toute blessure du péché ? ... « Il fallait donc que l'Église soit capable de pardonner leurs fautes à tous les pénitents, quand même ils auraient péché jusqu'au dernier moment de leur vie. » C'est par le sacrement de pénitence que le baptisé peut être réconcilié avec Dieu et avec l'Église...
Il n'y a aucune faute, aussi grave soit-elle, que la Sainte Église ne puisse remettre. « Il n'est personne, si méchant et si coupable qu'il soit, qui ne doive espérer avec assurance son pardon, pourvu que son repentir soit sincère. » Le Christ, qui est mort pour tous les hommes, veut que dans son Église les portes du pardon soient toujours ouvertes à quiconque revient du péché.
ou
Catéchisme de l'Église catholique §1420-1421, 1468-1469
« Lève-toi »
Par les sacrements de l'initiation chrétienne [baptême, confirmation, eucharistie], l'homme reçoit la vie nouvelle du Christ. Or, cette vie, nous la portons « en des vases d'argile » (2Co 4,7) ; maintenant, elle est encore « cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3,3) ; nous sommes encore dans « notre demeure terrestre » (2Co 5,1) soumise à la souffrance, à la maladie et à la mort. Cette vie nouvelle d'enfant de Dieu peut être affaiblie et même perdue par le péché. Le Seigneur Jésus Christ, médecin de nos âmes et de nos corps, lui qui a remis les péchés au paralytique et lui a rendu la santé du corps, a voulu que son Église continue, dans la force de l'Esprit Saint, son œuvre de guérison et de salut... C'est le but des deux sacrements de guérison : du sacrement de Pénitence et de l'Onction des malades...
« Toute l'efficacité de la Pénitence consiste à nous rétablir dans la grâce de Dieu et à nous unir à lui dans une souveraine amitié. » Le but et l'effet de ce sacrement sont donc la réconciliation avec Dieu. Chez ceux qui reçoivent le sacrement de Pénitence avec un cœur contrit et dans une disposition religieuse, « il est suivi de la paix et de la tranquillité de la conscience, qu'accompagne une forte consolation spirituelle ». En effet, le sacrement de la réconciliation avec Dieu apporte une véritable « résurrection spirituelle », une restitution de la dignité et des biens de la vie des enfants de Dieu dont le plus précieux est l'amitié de Dieu (cf Lc 15,32).
Ce sacrement nous réconcilie avec l'Église. Le péché ébrèche ou brise la communion fraternelle. Le sacrement de Pénitence la répare ou la restaure. En ce sens, il ne guérit pas seulement celui qui est rétabli dans la communion ecclésiale, il a aussi un effet vivifiant sur la vie de l'Église qui a souffert du péché d'un de ses membres (cf 1Co 12,26). Rétabli ou affermi dans la communion des saints, le pécheur est fortifié par l'échange des biens spirituels entre tous les membres vivants du Corps du Christ... Le pénitent pardonné se réconcilie avec lui-même dans la profondeur de son être, où il récupère la propre vérité intérieure ; il se réconcilie avec les frères que de quelque manière il a offensé et blessé ; il se réconcilie avec l'Église ; il se réconcilie avec la création toute entière.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 50 ; CCL 24, 276 ; PL 52, 339 (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 71 rev.)
« Voyant leur foi »
« Il vint dans sa ville ; et voici qu'on lui présentait un paralytique couché sur un lit » (Mt 9,1). Jésus, dit l'Évangile, voyant la foi de ces gens, dit au paralytique : « Courage, mon enfant ! Tes péchés te sont remis ». Le paralytique entend ce pardon et reste muet. Il ne répond par aucun merci. Il désirait la guérison de son corps plutôt que celle de son âme. Il déplorait les maux passagers de son corps malade, mais les maux éternels de son âme, plus malade encore, il ne les pleurait pas. C'est qu'il jugeait la vie présente plus précieuse pour lui que la vie future.
Le Christ a eu raison de tenir compte de la foi de ceux qui lui présentent le malade et de ne tenir aucun compte de la sottise de celui-ci. À la faveur de la foi d'autrui, l'âme du paralytique allait être guérie avant son corps. « Voyant la foi de ces gens », dit l'Évangile. Remarquez ici, frères, que Dieu ne se soucie pas de ce que veulent les hommes insensés, qu'il ne s'attend pas à trouver de la foi chez les ignorants, qu'il n'analyse pas les sots désirs d'un infirme. Par contre, il ne refuse pas de venir au secours de la foi d'autrui. Cette foi est un cadeau de la grâce et elle s'accorde avec la volonté de Dieu.
ou
Nicolas Cabasilas (v. 1320-1363), théologien laïc grec, saint des Églises orthodoxes
La Vie en Jésus Christ, livre 6 ; PG 150, 682-683 (trad. Orval)
« Un paralysé, porté par quatre hommes »
Invoquons le Christ à toute heure, lui, le principe de toutes nos pensées. Pour l'invoquer, il n'est point besoin de préparation à la prière, ni d'endroit particulier, ni de cri. En effet, il n'est absent de nulle part. Impossible qu'il ne soit pas en nous, car il est plus proche de ceux qui le cherchent que leur cœur même. En conséquence, nous devons croire qu'il nous exaucera au-delà de nos prières, et ne pas en douter malgré nos défauts. Ayons plutôt confiance, car il est bon pour les ingrats et les pécheurs qui l'invoquent. Loin de mépriser les prières de ses serviteurs rebelles, il est descendu sur terre et, le premier, il a appelé ceux qui ne l'avaient pas encore appelé et qui n'avaient même jamais pensé à lui : « Je suis venu, dit-il, appeler les pécheurs » (Mt 9,13). S'il a recherché ceux qui ne le désiraient pas, que ne fera-t-il pas si on le prie ? S'il a aimé ceux qui le haïssaient, comment repousserait-il ceux qui l'aiment ? « Si étant ennemis nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison après cette réconciliation serons-nous sauvés par sa vie. » (Rm 5,10)
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Discours sur les Psaumes, Ps. 36, no. 3, §3
« Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé »
Un homme dont les forces intérieures sont affaiblies pour tout bien, ne pouvons-nous pas le soulever comme le paralytique de l'Évangile, et lui ouvrir le toit de l'Écriture pour le descendre aux pieds du Seigneur ?
Vous le voyez bien, un tel homme est un paralytique spirituel. Et je vois ce toit (de l'Écriture), et je sais que le Christ est caché sous ce toit. Je vais faire donc, autant qu'il me sera possible, ce que le Seigneur a approuvé chez ceux qui découvrirent le toit de la maison et descendirent le paralytique à ses pieds. Celui-ci lui dit en effet : « Mon fils, prends courage ! Tes péchés te sont remis. » Et Jésus guérit cet homme de la paralysie intérieure : il lui remit ses péchés et il affermit sa foi.
Mais il y avait là des gens dont les yeux ne pouvaient pas voir la guérison de la paralysie intérieure. Ils prirent pour un blasphémateur le médecin qui l'avait opérée. « Quel est donc cet homme, disent-ils, qui remet les péchés ? Il blasphème. Quel autre que Dieu peut remettre les péchés ? » Mais comme ce médecin était Dieu, il entendait ces pensées en leur cœur. Ils croyaient que Dieu avait vraiment ce pouvoir mais ils ne voyaient pas Dieu présent devant eux. Alors ce médecin agit aussi sur le corps du paralytique, pour guérir la paralysie intérieure de ceux qui tenaient ce langage. Il opéra quelque chose qu'ils puissent voir pour qu'ils croient eux aussi.
Courage donc, toi aussi dont le cœur est faible, toi qui es malade jusqu'à être incapable de tout bien face à ce qui se passe dans le monde. Courage, toi qui es intérieurement paralysé ! Ensemble, découvrons le toit des Écritures pour descendre aux pieds du Seigneur.
TEMPS ORDINAIRE I - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)
abbesse bénédictine et docteur de l'Église
Prières de sainte Hildegarde (in “Hildegarde de Bingen, Prophète et docteur pour le troisième millénaire” ; trad. P. Dumoulin ; Éditions des béatitudes ; 2012 ; p. 269)
Dirige nos pas sur le chemin de la droiture !
Ô Feu de l’Esprit Saint,
Loué sois-tu, toi qui œuvre au son des tambourins et des cithares.
Lorsque tu enflammes l’esprit des hommes,
Le tabernacle de leur âme s’emplit de ta puissance.
Alors la volonté s’élève et suscite l’appétit de l’âme
Et le désir de Dieu devient son guide.
L’intelligence t’invoque par de doux chants
Et te bâtit des temples de sagesse
Qui s’exhalent en œuvre d’or.
Tu portes toujours l’épée qui tranche
Ce que le fruit du péché marque de son crime.
Quand la volonté et les désirs se perdent dans le brouillard,
Et que l’âme vole et tournoie de tous côtés,
L’Esprit demeure le lien de la volonté et du désir.
Quand l’âme elle-même se dresse pour chercher à voir la pupille du mal
Et atteindre la gueule de la débauche, tu l’éprouves par le feu,
Car telle est ta volonté.
Quand la raison se laisse glisser sur la pente du mal,
Tu la serres et la resserres, et tu la fais revenir par toutes sortes d’épreuves,
Car telle est ta volonté.
Et si le mal ose lever contre soi son épée,
Tu la lui retournes en plein cœur,
Comme tu l’as fait au premier Ange déchu,
Dont tu jetas la tour d’orgueil au fond de l’enfer.
Mais tu as élevé ici une autre tour pour les publicains et les pécheurs
Qui te confessent leurs péchés et leurs œuvres.
Toute créature te loue, vie de toute chose,
Baume très précieux qui transfigures nos blessures béantes et souillées
En pierre précieuses !
Daigne maintenant nous rassembler tous ensemble en Toi,
Et diriger nos pas sur le chemin de la droiture. Amen.
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
La réforme des pasteurs, chap. XXV, n° 134 (Le dialogue, trad. J. Hurtaud, éd. Téqui, 1976, p. 138-141)
Le doux et suave médecin des âmes
Ô Père très doux, quand la race humaine était là gisante et blessée par le péché d'Adam, vous lui avez envoyé le médecin, votre cher Fils, le Verbe d'amour. Et quand j'étais abattue moi-même, languissante dans la négligence et une épaisse ignorance, vous le très doux et très suave médecin, le Dieu éternel, vous m'avez donné une suave et douce et amère médecine, pour me guérir et me tirer de mon infirmité.
Elle était suave, parce que c'est, avec votre charité, avec votre suavité que vous vous êtes manifesté à moi, vous la douceur au-dessus de toute douceur. Vous avez éclairé l'œil de mon intelligence par la lumière de la très sainte foi, et dans cette lumière, suivant qu'il vous plut de me le découvrir, j'ai connu l'excellence et la grâce que vous avez conférées à la race humaine en vous donnant à elle tout entier, vrai Dieu et vrai homme, dans le corps mystique de la sainte Église. (…) Ô amour ineffable ! Vous m'avez donné, en me dévoilant ces choses, une médecine douce et amère, pour me guérir de mon infirmité, pour m'arracher à mon ignorance et à ma tiédeur, pour ranimer mon zèle et provoquer un ardent désir de recourir à vous !
En me montrant ainsi votre Bonté et les outrages que vous recevez de tous les hommes, mais spécialement de vos ministres, vous avez voulu me faire verser, sur moi-même, pauvre pécheresse, et sur ces morts qui vivent si misérablement, un torrent de larmes, qui jailliront de la connaissance de votre infinie Bonté. Je ne veux donc pas, ô Père éternel, foyer d'amour ineffable et d'ardente charité, je ne veux pas cesser un instant, de faire des vœux pour votre honneur et le salut des âmes !
ou
Jean Carpathios (VIIe s.)
moine et évêque
Lettres aux moines de l’Inde (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès, p. 337-338, rev.)
Le grand médecin est proche
Le grand médecin de ceux qui souffrent est proche. Il a pris sur lui nos maladies. Il nous a guéris, et il nous guérit par sa meurtrissure (cf. Is 53,5 ; Mt 8,17). Il est là, il applique maintenant les remèdes salutaires. Il est dit en effet : C’est moi qui ai frappé, qui ai livré à l’abandon, et c’est moi qui guérirai (cf. Dt 32,39). Donc ne crains pas. Quand cessera mon ardente colère, de nouveau je guérirai.
De même qu’une femme n’oubliera jamais d’avoir pitié des enfants de son sein, de même je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur (cf. Is 49,15). Si l’oiseau répand sur ses petits sa tendresse, s’il les visite à tout moment, s’il les appelle, s’il porte la nourriture dans leur bouche, combien plus mes compassions se répandent sur mes créatures. Davantage encore s’est épanchée sur toi ma tendresse. Je te visite secrètement. Je parle à ton intelligence. J’apporte la nourriture à ta réflexion qui s’ouvre comme la bouche de la petite hirondelle. Je te donne la nourriture de la crainte du Tout Puissant, la nourriture du désir des cieux, la nourriture de la consolation des gémissements, la nourriture de la componction, la nourriture du chant, la nourriture de la connaissance la plus profonde, la nourriture des mystères divins.
Mais si je mens quand je te parle ainsi, moi qui suis ton maître et ton Père, prouve-le moi et je me tais. Voilà ce que le Seigneur ne cesse de dire à nos pensées. Que le Père des compassions et le Dieu de toute consolation (2 Co 1,3) vous donne une consolation éternelle et une bonne espérance, dans le Christ Jésus notre Seigneur. À lui la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur la révélation « Dei Verbum », § 1-2
« En passant, il aperçut Levi…et lui dit : ‘ Suis-moi ’ »
En écoutant religieusement et proclamant avec assurance la parole de Dieu, le saint Concile fait sienne ces paroles de saint Jean : « Nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparu ; ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous soyez en communion avec nous et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1Jn 1,2-3)…
Il a plu à Dieu, dans sa sagesse et sa bonté, de se révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté (Ep 1,9) : par le Christ, le Verbe fait chair, les hommes ont accès dans l'Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine (Ep 2,18 ; 2P 1,4). Ainsi, par cette révélation, le Dieu invisible s'adresse aux hommes en son immense amour comme à des amis (Ex 33,11 ; Jn 15,14s). Il s'entretient avec eux (Ba 3,38) pour les inviter à entrer en communion avec lui et les admettre à partager sa propre vie.
Ce dessein de la révélation se réalise par des événements et des paroles intimement unis entre eux, de sorte que les œuvres accomplies par Dieu dans l'histoire du salut rendent évidentes et corroborent la doctrine et le sens indiqués par les paroles, tandis que les paroles proclament les œuvres et éclairent le mystère qu'elles contiennent. Par cette révélation, la vérité profonde sur Dieu et sur le salut de l'homme resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le médiateur et la plénitude de toute la révélation.
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
6e Discours pour la neuvaine de Noël (trad. Éds Saint-Paul 1993, p. 94 rev.)
« L'homme se leva et le suivit »
Mon bien-aimé Rédempteur, voici mon cœur, je te le donne tout entier ; il n'est plus à moi, il est à toi. En entrant dans le monde, tu as offert au Père Éternel, offert et donné toute ta volonté, comme tu nous l'apprends par la bouche de David : « Il est écrit de moi dans le rouleau du livre de la Loi, que je ferai ta volonté. C'est ce que j'ai toujours voulu, ô mon Dieu » (Ps 39,8-9). De même, mon bien-aimé Sauveur, je t'offre aujourd'hui toute ma volonté. Autrefois elle t'a été rebelle, c'est par elle que je t'offensais. Maintenant je regrette de tout mon cœur l'usage que j'en ai fait, toutes les fautes qui m'ont misérablement privé de ton amitié. Je m'en repends profondément, et cette volonté je te la consacre sans réserve.
« Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » (Ac 22,10) Seigneur, dis-moi ce que tu demandes de moi : je suis prêt à faire tout ce que tu désires. Dispose de moi et de ce qui m'appartient comme il te plaira : j'accepte tout, je consens à tout. Je sais que tu cherches mon plus grand bien : « Je remets donc entièrement mon âme entre tes mains » (Ps 30,6). Par miséricorde, aide-la, conserve-la, fais qu'elle soit toujours à toi, et toute à toi, puisque « tu l'as rachetée, Seigneur, Dieu de vérité », au prix de ton sang (Ps 30,6).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Confessions, X, 27
« L'homme se leva et le suivit »
Tard je t'ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle ; tard je t'ai aimée. Voici que tu étais au dedans de moi, et moi, j'étais en dehors de moi-même. C'est au dehors que je te cherchais ; je me ruais disgracieusement sur les belles choses de ta création. Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi ; j'étais retenu loin de toi par ces choses qui n'existeraient pas si elles n'étaient pas en toi. Tu as appelé, et ton cri a forcé ma surdité ; tu as brillé, et ton éclat a chassé ma cécité ; tu as répandu ton parfum, je l'ai respiré, et voici que j'aspire à toi. Je t'ai goûté, et j'ai faim de toi, j'ai soif de toi ; tu m'as touché, et j'ai brûlé du désir de la paix que tu donnes.
Lorsque je serai uni à toi de tout mon être, il n'y aura plus pour moi de douleur ni de fatigue. Ma vie, toute pleine de toi, sera alors la vraie vie. Celui que tu remplis, tu l'allèges ; maintenant, puisque je ne suis pas encore plein de toi, je suis un poids pour moi-même... Seigneur, prends pitié de moi ! Mes tristesses mauvaises luttent avec mes bonnes joies ; sortirais-je victorieux de ce combat ? Prends pitié de moi, Seigneur ! Le pauvre être que je suis ! Voici mes blessures, je ne te les cache pas. Tu es le médecin, je suis malade. Tu es miséricorde, je suis misère.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur Luc, 5, 23.27 (trad. SC 45, p. 191s rev. ; cf En Calcat)
« Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades »
L'apôtre Paul a dit : « Dépouillez-vous du vieil homme avec ses agissements et revêtez l'homme nouveau » (Col 3,9-10)... Telle a été l'œuvre que le Christ a accompli en appelant Lévi ; il l'a refaçonné et a fait de lui un homme nouveau. Aussi est-ce au titre de créature nouvelle que l'ancien publicain offre un festin au Christ, parce que le Christ se plaît en lui et que lui-même mérite d'avoir sa part de bonheur avec le Christ... Il le suivait maintenant, heureux, allègre, débordant de joie.
« Je ne fais plus figure de publicain, disait-il ; je ne porte plus le vieux Lévi ; j'ai dépouillé Lévi en revêtant le Christ. Je fuis ma vie première ; je ne veux suivre que toi, Seigneur Jésus, qui guéris mes blessures. Qui me séparera de l'amour de Dieu qui est en toi ? la tribulation ? l'angoisse ? la faim ? (Rm 8,35) Je suis attaché à toi par la foi, comme par des clous, je suis retenu par les bonnes entraves de l'amour. Tous tes commandements seront comme un cautère que je tiendrai appliqué sur ma blessure ; le remède mord, mais il enlève l'infection de l'ulcère. Retranche donc, Seigneur Jésus, par ton glaive puissant la pourriture de mes péchés ; viens vite inciser les passions cachées, secrètes, variées. Purifie toute infection par le bain nouveau.
« Écoutez-moi, hommes collés à la terre, vous qui avez la pensée enivrée par vos péchés. Moi aussi, Lévi, j'étais blessé par des passions semblables. Mais j'ai trouvé un médecin qui habite le ciel et qui répand ses remèdes sur la terre. Lui seul peut guérir mes blessures car il n'en a pas ; lui seul peut ôter au cœur sa douleur et à l'âme sa langueur, car il connaît tout ce qui est caché. »
ou
Saint Jean-Paul II
(trad. Osservatore Romano)
« Suis-moi »
Chaque vocation est un événement personnel et original, mais aussi un fait communautaire et ecclésial. Personne n'est appelé à marcher seul. Chaque vocation est suscitée par le Seigneur comme un don pour la communauté chrétienne, qui doit pouvoir en tirer avantage...
C'est surtout vers vous, les jeunes, que je voudrais me tourner : le Christ a besoin de vous pour réaliser son projet de salut ! Le Christ a besoin de votre jeunesse et de votre enthousiasme généreux pour l'annonce de l'Évangile ! Répondez à cet appel par le don de votre vie à Dieu et à vos frères. Faites confiance au Christ. Il ne décevra pas vos désirs et vos projets, mais les remplira de sens et de joie. Il a dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6).
Ouvrez avec confiance votre cœur au Christ ! Laissez sa présence se renforcer en vous à travers l'écoute quotidienne et pleine d'adoration des Saintes Écritures, qui constituent le livre de la vie et des vocations accomplies.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 30 ; CCL 24, 173 ; PL 52, 284 (trad. Matthieu commenté, DDB 1985, p. 75s, rev.)
« L'homme se leva et le suivit »
Assis à son bureau de douane, ce malheureux publicain était dans une situation pire que le paralytique dont je vous ai parlé l'autre jour, lui qui gisait sur son lit (Mc 2,1s). L'un était atteint de paralysie en son corps, l'autre en son âme. Chez le premier, tous ses membres étaient difformes ; chez le second, c'est le jugement dans son ensemble qui était en déroute. Le premier gisait, prisonnier de sa chair ; l'autre était assis, captif d'âme et de corps. C'est malgré lui que le paralytique succombait aux souffrances ; le publicain, lui, était de son plein gré esclave du mal et du péché. Ce dernier, innocent à ses propres yeux, était accusé de cupidité par autrui ; le premier, au milieu de ses blessures, se savait pécheur. L'un entassait gain sur gain, et tous étaient des péchés ; l'autre effaçait ses péchés en gémissant dans ses douleurs. C'est pourquoi elles étaient justes, ces paroles adressées au paralytique : « Courage, mon enfant, tes péchés te sont remis », car par ses souffrances il compensait ses fautes. Quant au publicain, il entendit ces mots : « Viens, suis-moi », c'est-à-dire : « Tu feras réparation en me suivant, toi qui t'es perdu en suivant l'argent ».
Quelqu'un va dire : pourquoi le publicain, plus coupable semble-t-il, reçoit-il un don plus élevé ? Il devient apôtre aussitôt... Lui-même a reçu le pardon, et il accorde à d'autres la rémission de leurs péchés ; il illumine toute la terre de l'éclat de la prédication de l'Évangile. Quant au paralytique, à peine est-il jugé digne de recevoir seulement le pardon. Tu veux savoir pourquoi le publicain a obtenu plus de grâces ? C'est que, selon un mot de l'apôtre Paul : « Là où le péché s'était multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5,20).
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 30 ; PL 52, 285 (trad. cf En Calcat, Orval et Matthieu commenté, DDB 1985, p.77)
« Il mange avec les publicains et les pécheurs ! »
« Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » Dieu est accusé de se pencher vers l'homme, de s'asseoir près du pécheur, d'avoir faim de sa conversion et soif de son retour, d'accepter de manger les aliments de la miséricorde et de boire à la coupe de la bonté. Mais le Christ, mes frères, est venu à ce repas : la Vie est venue parmi ces convives pour faire vivre avec lui, de la même vie que lui, ceux qui allaient mourir. La Résurrection s'est allongée à cette table pour que ceux qui gisaient dans la mort se lèvent de leurs tombeaux ; la Grace s'est abaissée pour élever les pécheurs jusqu'au pardon ; Dieu est venu à l'homme pour que l'homme parvienne à Dieu ; le juge est venu au repas des coupables pour soustraire l'humanité à la sentence de condamnation ; le médecin est venu chez les malades pour rétablir leurs forces épuisées en mangeant avec eux ; le Bon Pasteur a penché l'épaule pour rapporter la brebis perdue au bercail du salut (Lc 15,3s)...
« Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » Mais qui est pécheur, sinon celui qui refuse de se voir pécheur ? N'est-ce pas s'enfoncer dans son péché, et à vrai dire s'identifier au péché, que cesser de se reconnaître pécheur ? Et qui est injuste, sinon celui qui s'estime juste ?... Allons, pharisien, confesse ton péché, et tu pourras venir à la table du Christ. Le Christ pour toi se fera pain, ce pain qui sera rompu pour le pardon de tes péchés. Le Christ deviendra pour toi la coupe, cette coupe qui sera versée pour la rémission de tes fautes. Allons, pharisien, partage le repas des pécheurs, pour que tu puisses prendre ton repas avec le Christ. Reconnais-toi pécheur, et le Christ mangera avec toi. Entre avec les pécheurs au festin de ton Seigneur, et tu pourras ne plus être pécheur. Entre avec le pardon du Christ dans la maison de la miséricorde.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les psaumes, Ps 58, 1,7 ; CCL 39, 733-734 (trad. cf Delhougne, Les Pères commentent, p.106)
« Ce sont les malades qui ont besoin de médecin »
Il y a des hommes forts...qui mettent leur confiance dans leur propre justice. Ils prétendent, en effet, être justes par eux-mêmes, et se considérant comme des gens bien portants, ils ont refusé le remède et ont mis à mort le médecin lui-même. Aussi bien, ce ne sont pas ces hommes forts que le Seigneur est venu appeler, mais les faibles...
Ah, vous les forts qui n'avez pas besoin de médecin ! Votre force ne vient pas de la santé mais de la folie... Le Maître de l'humilité, qui a partagé notre faiblesse et nous a rendus participants de sa divinité, est descendu du ciel pour nous montrer le chemin et être lui-même notre chemin. Surtout il a bien voulu nous laisser l'exemple de son humilité...afin de nous apprendre à confesser nos péchés, à devenir humbles pour devenir forts et à faire nôtre cette parole de l'apôtre Paul : « Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2Co 12,10)...
Quant à ceux qui se sont flattés d'être forts, qui ont, en d'autres termes, prétendu être justes par leur propre vertu, ils ont « buté contre la pierre d'achoppement » (Rm 9,32)... Ce sont ces hommes forts qui se sont jetés sur le Christ en se vantant de leur justice... Ils s'étaient mis au-dessus de la foule des faibles qui accouraient vers le médecin. Pourquoi ? Simplement parce qu'ils se croyaient forts... Ils ont tué le médecin de tous les hommes. Mais lui, dans sa mort, a préparé pour tous les malades un remède avec son sang.