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TEMPS ORDINAIRE II - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit journal, § 1584 (Petit journal, la Miséricorde divine dans mon âme ; trad. Apostolat de la Miséricorde divine ; Parole et Dialogue, 2002, p. 525)
Ô Agneau de Dieu, caché parmi les hommes !
Ô inconcevable bonté de Dieu qui nous protège à chaque pas, qu’un honneur sans fin soit rendu à Ta miséricorde, pour avoir fraternisé non pas avec les anges, mais avec les hommes – c’est là un miracle du mystère insondable de Ta miséricorde. Notre entière confiance est en Toi, Jésus-Christ, notre Frère aîné, Dieu véritable et Homme véritable.
Mon cœur frémit de joie en voyant combien Dieu est bon pour nous, si misérables et ingrats, et comme preuve de son amour, Il nous fait un don inconcevable, c'est-à-dire Lui-même, en la Personne de Son Fils. Nous ne saurons, durant toute l’éternité, épuiser le mystère de cet amour. Ô humanité, pourquoi penses-tu si peu que Dieu est véritablement parmi nous ?
Ô Agneau de Dieu, je ne sais ce qu’il faut admirer le plus en Toi : Ta douceur, Ta vie cachée et Ton anéantissement pour l’homme, ou bien cet incessant miracle de Ta miséricorde qui transforme les âmes et les ressuscite à la vie éternelle. Bien que Tu sois ainsi caché, Ta toute-puissance se révèle ici plus que dans la création de l’homme ; bien que la toute-puissance de Ta miséricorde agisse pour la justification du pécheur, Ton action reste silencieuse et cachée.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire sur l’Évangile de Jean, 2, prologue ; PG 73,192 (trad. Delhougne, les Pères commentent, p. 86 rev.)
« Voici l’Agneau de Dieu »
« Jean voyait Jésus venir vers lui et il dit : ‘ Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ’… » Car un seul agneau est mort pour tous, récupérant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre. Un seul est mort pour tous, afin de les soumettre tous à Dieu ; un seul est mort pour tous afin de les gagner tous… En effet, nous vivons dans nos nombreux péchés et, de ce fait, nous avions une dette de mort à acquitter et nous sommes devenus périssables. C’est pourquoi le Père a livré son Fils en rançon pour nous (Jn 3,16 ; Mc 10,45), un seul pour tous, car toutes choses sont en lui et il est au-dessus de tout. Un seul est mort pour tous, afin que nous vivions tous en lui, car la mort, qui avait englouti l’agneau sacrifié pour tous, les a tous restitués en lui et avec lui. En effet, nous étions tous dans le Christ qui est mort pour nous et à notre place, et qui est ressuscité.
Le péché est l’origine et la cause de la mort ; une fois le péché détruit, comment la mort échapperait-elle à la destruction complète ? Une fois la racine morte, comment le germe qui en sort pourrait-il encore se conserver ? Une fois le péché effacé, pour quelle faute encore devrions-nous mourir ? Célébrons donc dans la joie l’immolation de l’agneau, en disant : « Mort, où est ta victoire ? Enfer, où est ton dard venimeux ? » (1Co 15,55 ; Os 13,14)… « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en devenant pour nous objet de malédiction » (Ga 3,13), afin que nous échappions à la malédiction du péché.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Sur Isaïe, IV, 2 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 116)
« Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »
« Cieux, réjouissez-vous ! Car Dieu a fait miséricorde à Israël. Sonnez de la trompette, fondements de la terre !... Car Dieu a racheté Jacob » (Is 44, 23 LXX). On peut facilement conclure de ce passage d'Isaïe que la rémission des péchés, la conversion et la rédemption de tous les hommes, annoncées par les prophètes, seront accomplies par le Christ aux derniers jours. En effet, lorsque Dieu, le Seigneur, nous est apparu, lorsque, devenu homme, il a vécu avec les habitants de la terre, lui l'Agneau véritable qui enlève le péché du monde, lui, la victime totalement pure, alors, quel motif de réjouissance pour les puissances d'en haut et les esprits célestes, pour tous les ordres des saints anges ! Ils chantaient, ils chantaient sa naissance selon la chair : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre ; bienveillance parmi les hommes ! » (Lc 2, 14)
S'il est vrai selon la parole du Seigneur -– et c'est absolument vrai -– qu'« il y a de la joie dans les cieux chez les saints anges pour un seul pécheur qui se convertit » (Lc 15, 7), comment douter qu'il y ait joie et liesse chez les esprits d'en haut, lorsque le Christ ramène toute la terre à la connaissance de la vérité, appelle à la conversion, justifie par la foi, rend brillant de lumière par la sanctification ? « Les cieux se réjouissent car Dieu a fait miséricorde », non seulement à l'Israël selon la chair, mais à l'Israël compris selon l'esprit. « Les fondements de la terre », c'est-à-dire les ministres sacrés de la prédication de l'Évangile, ont « sonné de la trompette ». Leur voix éclatante est parvenue partout ; comme des trompettes sacrées, elle a retenti de toutes parts. Ils ont annoncé la gloire du Sauveur en tous lieux, ils ont appelé à la connaissance du Christ aussi bien les juifs que les païens.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie sur le baptême de Jésus Christ et sur l'Épiphanie
« J'ai vu, et je rends ce témoignage : c'est lui le Fils de Dieu »
Le Christ s'est manifesté à tous non pas au moment de sa naissance mais au moment de son baptême. Jusqu'à ce jour-là, peu le connaissaient ; presque tous ignoraient qu'il existait et qui il était. Jean Baptiste disait : « Il y a parmi vous quelqu'un que vous ne connaissez pas » (Jn 1,26). Jean lui-même partageait cette ignorance du Christ jusqu'à son baptême : « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : ' Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint ' »...
En effet, quelle est la raison que Jean donne pour ce baptême du Seigneur ? C'était, dit-il, pour le faire connaître à tous. Saint Paul le dit aussi : « Jean donnait un baptême de conversion, disant au peuple de croire en celui qui devait venir après lui » (Ac 19,4). Voici pourquoi Jésus reçoit le baptême de Jean. Aller de maison en maison en présentant le Christ et dire que c'était le Fils de Dieu, voilà qui rendait le témoignage de Jean bien difficile ; le conduire à la synagogue et le désigner comme le Sauveur aurait rendu son témoignage peu crédible. Mais qu'au milieu d'une grande foule rassemblée au bord du Jourdain, Jésus reçoive le témoignage clairement exprimé du haut du ciel, que l'Esprit Saint soit descendu sur lui sous la forme d'une colombe, voilà ce qui confirmait le témoignage de Jean sans aucun doute possible.
« Moi-même, je ne le connaissais pas » disait Jean. Qui donc te l'a fait connaître ? « C'est celui qui m'a envoyé baptiser ». Et qu'est-ce qu'il t'a dit ? « Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et reposer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint ». C'est donc l'Esprit Saint qui révèle à tous celui dont Jean avait proclamé les merveilles, en descendant le désigner, pour ainsi dire, de son aile.
ou
J. B. Bossuet (1627-1704), évêque de Meaux
Élévations sur mystères ; 24ème semaine ; 2ème élévation
« Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »
Regardez-le cet Agneau de Dieu, qu'Isaïe a vu en esprit lorsqu'il le représenta comme « l'agneau qui se laissera non seulement tondre » mais écorcher, pour ainsi parler, et « immoler sans se plaindre » (53,7) ; que Jérémie voyait et représentait en sa personne, lorsqu'il dit : « Je suis comme un agneau innocent qu'on porte au sacrifice » (11,19). Le voilà cet Agneau si doux, si simple, si patient, sans artifice, sans tromperie, qui sera immolé pour tous les pécheurs. Il a déjà été immolé en figure, et on peut dire en vérité qu'il « a été tué et mis à mort dès l'origine du monde » (Ap 13,8 Vulg).
Il a été massacré en Abel le juste. Quand Abraham voulut sacrifier son fils, il commença en figure ce qui devait être achevé en Jésus Christ. On voit aussi s'accomplir en lui ce que commencèrent les frères de Joseph : Jésus a été haï, persécuté, poursuivi à mort par ses frères ; il a été vendu en la personne de Joseph, jeté dans une citerne, c'est-à-dire livré à la mort. Il a été avec Jérémie dans le lac profond, avec les enfants dans la fournaise, avec Daniel dans la fosse aux lions. C'était lui qu'on immolait en esprit dans tous les sacrifices. Il était dans le sacrifice que Noé offrit en sortant de l'arche, lorsqu'il vit dans l'arc-en-ciel le sacrement de la paix ; dans ceux que les patriarches offrirent sur les montagnes, dans ceux que Moïse et toute la loi offraient dans le tabernacle et ensuite dans le Temple : et n'ayant jamais cessé d'être immolé en figure, il vient maintenant l'être en vérité.


TEMPS ORDINAIRE II - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Jean, 2, Prol. ; PG 73, 192 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 85 rev.)
« Voici l'Agneau de Dieu »
« Jean voit Jésus venir vers lui et il dit : ' Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde '« (Jn 1,29). Ce n'est plus le temps de dire : « Préparez le chemin du Seigneur » (Mt 3,3), puisque celui dont la venue a été préparée se laisse voir : il s'offre désormais aux regards. La nature de l'événement demande un autre discours : il faut faire connaître celui qui est là, expliquer pourquoi il est descendu du ciel et venu jusqu'à nous. C'est pourquoi Jean déclare : « Voici l'Agneau de Dieu ».
Le prophète Isaïe nous l'a annoncé en disant qu'il est « mené à l'abattoir comme une brebis, comme un agneau muet devant ceux qui le tondent » (Is 53,7). La Loi de Moïse l'a préfiguré, mais...elle ne procurait qu'un salut incomplet et sa miséricorde ne s'étendait pas à tous les hommes. Or, aujourd'hui, l'Agneau véritable, représenté jadis par des symboles, la victime sans reproche, est menée à l'abattoir.
C'est pour bannir le péché du monde, renverser l'Exterminateur de la terre, détruire la mort en mourant pour tous, briser la malédiction qui nous frappait et mettre fin à cette parole : « Tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Gn 3,19). Devenu ainsi le second Adam, d'origine céleste et non terrestre (1Co 15,47), il est la source de tout bien pour l'humanité..., la voie qui mène au Royaume des cieux. Car un seul Agneau est mort pour tous, recouvrant pour Dieu le Père tout le troupeau de ceux qui habitent la terre. « Un seul est mort pour tous », afin de les soumettre tous à Dieu ; « un seul est mort pour tous » afin de les gagner tous, afin que tous désormais « n'aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux » (2Co 5,14-15).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'Évangile de saint Jean, n° 7
« Ils restèrent auprès de lui ce jour-là »
« Jean était là et deux de ses disciples avec lui. » Jean était un tel « ami de l'Époux » qu'il ne cherchait pas sa propre gloire ; il rendait simplement témoignage à la vérité (Jn 3, 29.26). Songe-t-il à retenir ses disciples et à les empêcher de suivre le Seigneur ? Pas du tout, il leur montre lui-même celui qu'ils doivent suivre... Il leur déclare : « Pourquoi vous attacher à moi ? Je ne suis pas l'Agneau de Dieu. Voici l'Agneau de Dieu... Voici celui qui enlève le péché du monde. »
À ces paroles, les deux disciples qui étaient avec Jean ont suivi Jésus. « Et Jésus, se retournant, a vu qu'ils le suivaient, et il leur dit : ' Que cherchez-vous ' ? Ils lui ont répondu : ' Maître, où demeures-tu ? ' » Ils ne le suivaient pas encore de manière définitive ; nous savons qu'ils se sont attachés à lui quand il les a appelés à quitter leur barque..., quand il leur a dit : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes » (Mt 4, 19). C'est à partir de ce moment-là qu'ils se sont attachés à lui pour ne plus le quitter. Pour l'instant, ils voulaient voir où Jésus demeurait, et mettre en pratique cette parole de l'Écriture : « Si tu vois un homme de sens, va vers lui dès le matin ; que tes pas usent le seuil de sa porte. Apprends de lui les préceptes du Seigneur » (Si 6, 36s). Jésus leur a montré donc où il demeurait ; ils sont venus et sont restés avec lui. Quel heureux jour ils ont passé ! Quelle nuit bienheureuse ! Qui nous dira ce qu'ils ont entendu de la bouche du Seigneur ? Mais nous aussi, construisons une demeure dans notre cœur, élevons une maison où le Christ puisse venir nous instruire et s'entretenir avec nous.
ou
Basile de Séleucie ( ?-v. 468), évêque
Sermon à la louange de saint André, 3-4 ; PG 28, 1103 (trad. Orval)
« André amena son frère à Jésus »
André avait entendu cette parole de Moïse : « Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète comme moi ; c'est lui que vous écouterez » (Dt 18,15). Maintenant il entend Jean Baptiste s'écrier : « Voici l'Agneau de Dieu » (Jn 1,29). Dès qu'il voit celui-ci, il vient spontanément à lui. Il a reconnu le prophète annoncé par la prophétie, et il conduit par la main son frère vers celui qu'il a trouvé. Il montre à Pierre le trésor qu'il ne connaissait pas : « Nous avons trouvé le Messie, celui que nous avons désiré. Nous attendions sa venue, contemplons-le maintenant. Nous avons trouvé celui que la grande voix des prophètes nous enjoignait d'attendre. Ce temps-ci a amené celui que la grâce avait annoncé, celui que l'amour espérait voir ».
André est allé donc trouver son frère Simon et a partagé avec lui le trésor de sa contemplation. Il a conduit Pierre au Seigneur. Étonnante merveille ! André n'est pas encore disciple, et déjà il est devenu meneur d'hommes. C'est en enseignant qu'il commence à apprendre et qu'il acquiert la dignité d'apôtre : « Nous avons trouvé le Messie. Après tant de nuits passées sans sommeil au bord du Jourdain, nous avons maintenant trouvé l'objet de nos désirs ».
Pierre a été prompt à suivre cet appel. Il était le frère d'André et il s'est avancé plein de ferveur et l'oreille tendue... Lorsque, plus tard, Pierre aura une conduite admirable, il la devra à ce qu'André avait semé. Mais la louange adressée à l'un rejaillit également sur l'autre. Car les biens de l'un appartiennent à l'autre, et l'un se glorifie des biens de l'autre.
ou
Basile de Séleucie ( ?-v. 468), évêque
Sermon à la louange de St André, 4 ; PG 28,1105 (trad. Orval rev.)
« Nous avons trouvé le Messie »
Prenant Pierre avec lui, André conduit au Seigneur son frère selon la nature et le sang pour qu'il devienne disciple comme lui ; c'est le premier exploit d'André. Il fait croître le nombre des disciples ; il y introduit Pierre, en qui le Christ trouvera le chef de ses disciples. C'est si vrai que lorsque, plus tard, Pierre aura une conduite admirable, il la devra à ce qu'André avait semé. La louange adressée à l'un rejaillit également sur l'autre, car les biens de l'un appartiennent à l'autre, et l'un se glorifie des mérites de l'autre.
Quelle joie Pierre a procurée à tous lorsqu'il a répondu tout de suite à la question du Seigneur, rompant le silence embarrassé des disciples ! ... Pierre seul a prononcé ces paroles : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Il parlait au nom de tous ; en une phrase, il proclamait le Sauveur et son dessein de salut. Comme cette proclamation s'accorde bien avec celle d'André ! Les paroles qu'André avait dites à Pierre lorsqu'il l'avait conduit au Christ –- « Nous avons trouvé le Messie » — le Père céleste les confirme lorsqu'il les inspire lui-même à Pierre (Mt 16,17) : »Tu es le Messie, le Christ, le fils du Dieu vivant. »
ou
Saint Athanase (295-373), évêque d'Alexandrie, docteur de l'Église
Sermon à la louange de saint André, 3-4 ; PG 28, 1103 (trad. Orval)
« André amena son frère à Jésus »
André avait entendu cette parole de Moïse : « Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète comme moi ; c'est lui que vous écouterez » (Dt 18,15). Maintenant il entend Jean Baptiste s'écrier : « Voici l'Agneau de Dieu » (Jn 1,29). Dès qu'il voit celui-ci, il vient spontanément à lui. Il a reconnu le prophète annoncé par la prophétie, et il conduit par la main son frère vers celui qu'il a trouvé. Il montre à Pierre le trésor qu'il ne connaissait pas : « Nous avons trouvé le Messie, celui que nous avons désiré. Nous attendions sa venue, contemplons-le maintenant. Nous avons trouvé celui que la grande voix des prophètes nous enjoignait d'attendre. Ce temps-ci a amené celui que la grâce avait annoncé, celui que l'amour espérait voir ».
André est allé donc trouver son frère Simon et a partagé avec lui le trésor de sa contemplation. Il a conduit Pierre au Seigneur. Étonnante merveille ! André n'est pas encore disciple, et déjà il est devenu meneur d'hommes. C'est en enseignant qu'il commence à apprendre et qu'il acquiert la dignité d'apôtre. « Nous avons trouvé le Messie. » Après tant de nuits passées sans sommeil au bord du Jourdain, nous avons maintenant trouvé l'objet de nos désirs.
Pierre a été prompt à suivre cet appel. Il était le frère d'André et il s'est avancé plein de ferveur et l'oreille tendue... Lorsque, plus tard, Pierre aura une conduite admirable, il la devra à ce qu'André avait semé. Mais la louange adressée à l'un rejaillit également sur l'autre. Car les biens de l'un appartiennent à l'autre, et l'un se glorifie des biens de l'autre.


TEMPS ORDINAIRE II - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Homélie 23 ; PL 57, 274 (trad. cf Delhougne, Les Pères commentent, p. 389 et Brésard, 2000 ans C, p. 52)
Le vin nouveau de la vraie joie
Le Seigneur, est-il écrit, est allé à des noces où il était invité. Le Fils de Dieu est donc allé à ces noces pour sanctifier par sa présence le mariage qu'il avait déjà institué. Il est allé à des noces de l'ancienne loi pour se choisir dans le peuple païen une épouse qui resterait toujours vierge. Lui qui n'est pas né d'un mariage humain est allé aux noces. Il y est allé non pour prendre part à un banquet joyeux, mais pour se révéler par un prodige vraiment admirable. Il y est allé non pour boire du vin, mais pour en donner. Car, dès que les invités manquaient de vin, la bienheureuse Marie lui a dit : « Ils n'ont pas de vin ». Jésus, apparemment contrarié, lui a répondu : « Femme, que me veux-tu ? »... En répondant : « Mon heure n'est pas encore venue », il annonçait certainement l'heure glorieuse de sa Passion, ou bien le vin répandu pour le salut et la vie de tous. Marie demandait une faveur temporelle, tandis que le Christ préparait une joie éternelle.
Pourtant le Seigneur très bon n'a pas hésité à accorder de petites choses en attendant que viennent les grandes. La bienheureuse Marie, parce qu'elle était véritablement la mère du Seigneur, voyait par la pensée ce qui allait arriver et connaissait d'avance la volonté du Seigneur. C'est pourquoi elle a pris soin d'avertir les serviteurs par ces mots : « Faites tout ce qu'il vous dira ». Sa sainte mère savait assurément que la parole de reproche de son fils et Seigneur ne cachait pas le ressentiment d'un homme en colère mais contenait un mystère de compassion... Et voici que soudain ces eaux ont commencé à recevoir de la force, à prendre de la couleur, à répandre une bonne odeur, à acquérir du goût, et en même temps à changer entièrement de nature.  Et cette transformation des eaux en une autre substance a manifesté la présence du Créateur, car personne, hormis celui qui a créé l'eau de rien, ne peut la transformer en autre chose.
ou
Saint Maxime de Turin (?-vers 420), évêque
CC Sermon 65, p. 273-274 ; PL 17, 624-626 (trad. Pères dans la foi, Migne 1996, p.70)
L'eau changée en vin
En changeant en vin les jarres remplies d'eau, le Sauveur a fait deux choses : il a fourni une boisson aux invités de la noce et il a signifié que, par le baptême, les hommes allaient être remplis de l'Esprit Saint. Le Seigneur lui-même l'a déclaré ailleurs en disant : « À outres neuves, vin nouveau ! » (Mt 9, 17). Les outres neuves signifient, en effet, la pureté du baptême, le vin la grâce de l'Esprit Saint.
Catéchumènes, prêtez une attention particulière. Votre esprit qui ignore encore la Trinité ressemble à l'eau froide. Il faut le réchauffer à la chaleur du sacrement du baptême, comme un vin, pour transformer un liquide pauvre et sans valeur en grâce précieuse et riche. Comme le vin, acquérons bon goût et arôme de douceur ; alors nous pourrons dire avec l'apôtre Paul : « Nous sommes bien pour Dieu la bonne odeur du Christ » (2Co 2, 15). Avant son baptême, le catéchumène ressemble à l'eau qui dort, froide et sans couleur..., inutile, incapable de redonner des forces. Conservée trop longtemps, l'eau s'altère, croupit, devient fétide... Le Seigneur a dit : « À moins de naître à nouveau de l'eau et de l'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume des cieux » (Jn 3, 5).
Le fidèle baptisé est semblable au vin vigoureux et rouge. Toutes les choses de la création s'abîment avec le temps, seul le vin s'améliore en vieillissant. Il perd chaque jour de son âpreté, et acquiert un bouquet plein de moelleux, d'une riche saveur. Le chrétien de même, à mesure que passe le temps, perd l'âpreté de sa vie pécheresse, acquiert la sagesse et la bienveillance de la Trinité divine.
ou
Saint Romanos le Mélode ( ?-v. 560), compositeur d'hymnes
Hymne n°18, Les Noces de Cana (trad. SC 110, p. 307s rev.)
« Tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant »
Alors que le Christ assistait aux noces et que la foule des convives se régalait, le vin leur manqua, et leur joie se changea en chagrin... Voyant cela, la très pure Marie vint aussitôt dire à son fils : « Ils n'ont plus de vin ; alors, je t'en prie, mon enfant, montre que tu peux tout, toi qui as tout créé avec sagesse. »
S'il te plaît, Vierge vénérable, d'après quels miracles de lui as-tu su que ton fils, sans avoir vendangé de raisin, pouvait accorder le vin, alors qu'il n'avait pas encore fait de miracles auparavant ? Apprends-nous...comment tu as dit à ton fils : « Donne-leur du vin, toi qui as tout créé avec sagesse. »
« --J'ai vu moi-même Élisabeth m'appeler Mère de Dieu avant l'enfantement ; après l'enfantement Syméon m'a chantée, Anne m'a célébrée ; les mages sont accourus de la Perse à la crèche, car une étoile annonçait d'avance cet enfantement ; les bergers avec les anges se faisaient hérauts de la joie, et la création se réjouissait avec eux. Que pourrais-je aller chercher de plus grand que ces miracles, pour croire sur leur foi que mon fils est celui qui a tout créé avec sagesse ? »...
Quand le Christ changea manifestement l'eau en vin par sa puissance, toute la foule se réjouit, trouvant admirable le goût de ce vin. Aujourd'hui, c'est au banquet de l'Église que nous nous asseyons tous, car le vin est changé en sang du Christ, et nous le buvons tous avec une allégresse sainte, glorifiant le grand Époux. Car l'Époux véritable, c'est le fils de Marie, le Verbe qui est de toute éternité, qui a pris la forme d'un esclave, et qui a tout créé avec sagesse.
Très-Haut, saint, sauveur de tous, garde sans altération le vin qui est en nous puisque tu présides à tout. Chasse en nous toute perversité, toutes les pensées mauvaises qui mouillent ton vin très saint... Par les prières de la sainte Vierge Mère de Dieu, délivre-nous, de l'angoisse des péchés qui nous oppressent, Dieu miséricordieux, toi qui as tout créé avec sagesse.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur S. Jean 8,1 (in Véricel, L'Évangile commenté p.75)
L'eau changée en vin
Le miracle par lequel Notre Seigneur Jésus Christ a changé l'eau en vin n'étonne pas ceux qui savent que Dieu en est l'auteur. C'est bien le même, en effet, qui, aux noces, produit du vin dans ces six jarres et qui, tous les ans, renouvelle cette transformation dans les vignes. Ce que les serviteurs ont versé dans les jarres a été changé en vin par l'action du Seigneur ; de même, la pluie qui tombe des nuages est changée en vin par la même action du Seigneur. Cependant, nous ne l'admirons pas, parce que cela recommence tous les ans. L'habitude a fait disparaître l'émerveillement. Il y a mieux à regarder que ce qui s'est passé dans les jarres remplies d'eau.
Qui donc songe à considérer l'action de Dieu qui conduit et gouverne le monde entier ? N'est-on pas alors saisi d'étonnement et écrasé de miracles ? Si l'on considère la force renfermée dans une seule graine de la première espèce venue, on y découvre une bien grande réalité qui éblouit l'observateur. Mais les hommes, occupés ailleurs, sont devenus insensibles au spectacle des œuvres de Dieu, qui leur donnerait à louer chaque jour le Créateur. Aussi, Dieu s'est réservé d'opérer certains prodiges inhabituels pour réveiller les hommes de leur assoupissement et les amener à le louer.


TEMPS ORDINAIRE II - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Origène (v. 185-253)
prêtre et théologien
Homélie sur le Lévitique, 10, 2
« Ce jour-là, ils jeûneront »
Veux-tu que je te montre quel jeûne tu dois pratiquer ? Jeûne de tout péché, ne prends aucun aliment de méchanceté, n'accepte aucun mets de volupté, ne t'échauffe d'aucun vin de luxure. Jeûne des actions mauvaises, abstiens-toi des paroles fielleuses, garde-toi des pensées méchantes. Ne touche pas aux pains volés d'une doctrine perverse. Ne désire pas les aliments trompeurs de la philosophie qui te détournent de la vérité. Un tel jeûne plaît à Dieu. (...)
Toutefois, nous ne disons pas cela pour relâcher la bride de l'abstinence chrétienne. Car nous avons les jours du Carême consacrés aux jeûnes, nous avons le quatrième et le sixième jours de la semaine où nous jeûnons selon l'usage. Et liberté est donnée au chrétien de jeûner en tout temps, non par scrupule d'observance, mais par vertu de continence.
Car comment garder intacte la chasteté si elle n'est soutenue par l'appui très rigoureux de l'abstinence ? Comment s'adonner aux Écritures, comment s'appliquer à la science et à la sagesse ? N'est-ce point par la continence du ventre et du gosier ? (...) Voilà pour les chrétiens un motif de jeûner. Il en est encore un autre, religieux lui aussi, dont la louange est même proclamée par les écrits de certains apôtres. Nous trouvons en effet dans une lettre cette parole des apôtres : « Heureux celui qui jeûne aussi pour nourrir le pauvre. » Son jeûne est très agréable à Dieu et en vérité fort digne, car il imite celui qui a donné sa vie pour ses frères.
ou
Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)
N° 2 (trad. DDB 1981, p. 18)
« L'Époux est avec eux »
[Par le baptême] je revêts l'amour du Seigneur (Ga 3,27)...,
il m'étreint.
Je n'aurais pas su aimer le Seigneur,
si lui-même ne m'avait aimé le premier.
Qui peut comprendre l'amour,
si ce n'est celui qui est aimé ?
J'étreins l'Aimé et mon âme l'aime.
Où est son repos,
là je me trouve (cf Ct 1,7).
Je ne serai plus un étranger ;
le Très-Haut est miséricordieux.
Je suis uni à lui,
car l'Époux a trouvé celui qu'il aime.
Parce que j'aime le Fils,
je deviens fils.
Oui, qui adhère à Celui qui ne meurt pas
sera lui-même immortel.
Celui qui se complaît en la Vie
sera vivant à son tour.
Tel est l'esprit du Seigneur
sans mensonge,
qui apprend aux hommes
à connaître ses voies.
Soyez sages, comprenez
et soyez vigilants. Alléluia !
ou
Saint Ephrem (v. 306-373)
diacre en Syrie, docteur de l'Église
Hymnes sur la foi, 14
« Tant que l'Epoux est avec eux il ne peuvent pas jeûner »
Seigneur, je te convie à un festin de noces en cantiques. A Cana, le vin qui exprime notre louange a manqué ; toi, l'invité qui as rempli les jarres de bon vin, rassasie ma bouche de ta louange !
Le vin de Cana est le symbole de notre louange, parce que ceux qui en ont bu en ont été émerveillés. À ce festin de noces qui n'était pas le tien, toi, le vrai juste, tu as fait déborder six jarres d'un vin délicieux ; au festin où je te convie, tu peux donc remplir de ta douceur les oreilles d'une multitude.
Tu étais invité jadis à des noces des autres ; voici maintenant ton festin à toi, il est chaste et beau. Qu'il réjouisse ton peuple ! Que tes cantiques régalent tes invités ; que ma cithare accompagne ton chant !
Ta fiancée, c'est notre âme ; notre corps, ta chambre nuptiale ; nos sens et nos pensées, les invités. Si pour toi une seule personne est un festin de noces, comme il sera grand celui de toute l'Église !
ou
Saint Jean-Paul II
Lettre apostolique « Mulieris dignitatum » §23, 26 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
L'Église, Épouse du Christ
Les paroles de la lettre aux Éphésiens ont une importance fondamentale : « Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé l'Église : il s'est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne, car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride... ' L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair ' : ce mystère est de grande portée, je veux dire qu'il s'applique au Christ et à l'Église » (5, 25-32 ; Gn 2, 24)...
Le mystère pascal révèle pleinement l'amour sponsal de Dieu. Le Christ est l'Époux parce qu'« il s'est livré lui-même » : son corps a été livré, son sang a été versé (Lc 22, 19.20). C'est ainsi qu'il « aima jusqu'à la fin » (Jn 13, 1). Le don désintéressé que comprend le sacrifice de la croix fait ressortir d'une manière décisive le sens sponsal de l'amour de Dieu. Le Christ est l'Époux de l'Église, comme rédempteur du monde. L'eucharistie rend présent et réalise à nouveau sacramentellement l'acte rédempteur du Christ qui crée l'Église, son corps. À ce corps, le Christ est uni comme l'époux à l'épouse. Tout cela est dit dans lettre aux Éphésiens. Dans le « grand mystère » du Christ et de l'Église se trouve introduite l'éternelle « unité des deux » constituée dès le commencement entre l'homme et la femme.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Cantique spirituel A, 28, 1 (trad. Cerf 1990, p. 481)
« L'Époux est avec eux »
« Ce fut sous l'ombre du pommier (cf Ct 8, 5)
Que tu devins ma fiancée ;
Alors je te donnai ma main,
Et tu fus ainsi réparée
Au lieu même où ta mère avait été violentée. »
Dans le haut état du mariage spirituel [décrit par ce poème], c'est avec grande facilité et très fréquemment que l'Époux découvre à l'âme ses merveilleux secrets et lui fait part de ses œuvres. En effet, l'amour véritable et sincère ne sait rien tenir secret. L'Époux communique tout spécialement à l'épouse les doux mystères de son incarnation, la manière dont s'est accomplie la rédemption de l'homme, l'une des plus sublimes parmi les œuvres de Dieu et par là même des plus savoureuses à l'âme. C'est ce que fait l'Époux dans cette strophe, où l'on peut voir avec quel tendre amour il découvre intérieurement à l'âme ces grands mystères.
Il lui expose donc comment ce fut par le moyen de l'arbre de la croix qu'elle devint son épouse, comment sur ce bois il la couvrit de sa miséricordieuse protection en voulant mourir pour elle, et la traita avec magnificence puisqu'il se servit pour la réparer et la racheter de l'instrument même qui avait ruiné la nature humaine, à savoir l'arbre du paradis, qui perdit Ève, notre première mère (Gn 3, 6-7). Il dit donc : « Ce fut sous l'ombre du pommier », c'est-à-dire sous la protection de l'arbre de la croix. C'est sur cet arbre que le Fils de Dieu racheta la nature humaine et s'unit à elle, et par suite à chaque âme. C'est par les mérites de sa Passion qu'il lui communique sa grâce et ses dons.
ou
Rupert de Deutz (v. 1075-1130), moine bénédictin
La Trinité et ses œuvres, livre 42, Sur Isaïe, 2, 26 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, Mediaspaul, t. 6, p. 156)
« L'Époux est avec eux »
« J'exulte de joie dans le Seigneur et mon âme jubile en mon Dieu » (Is 61,10)... L'avènement, la présence du Seigneur, dont parle le prophète dans ce verset, est ce baiser que désire l'épouse du Cantique des cantiques lorsqu'elle dit : « Qu'il me baise du baiser de sa bouche » (Ct 1,1). Et cette épouse fidèle c'est l'Église : elle est née dans les patriarches, elle s'est fiancée en Moïse et dans les prophètes ; du désir ardent de son cœur, elle soupirait pour que vienne le Bien-Aimé... Pleine de joie maintenant qu'elle a reçu ce baiser, elle s'écrie dans son bonheur : « J'exulte de joie dans le Seigneur ! »
Participant à cette joie, Jean Baptiste, l'illustre « ami de l'Époux », le confident des secrets de l'Époux et de l'épouse, le témoin de leur amour mutuel, déclarait : « L'époux est celui à qui l'épouse appartient ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il entend la voix de l'époux et il en est tout joyeux. C'est ma joie, et j'en suis comblé » (Jn 3,29). Sans aucun doute, celui qui a été le précurseur de l'Époux en sa naissance, le précurseur aussi de sa Passion lorsqu'il est descendu aux enfers, a annoncé la Bonne Nouvelle à l'Église qui se trouvait là, dans l'attente...
Ce verset convient donc tout à fait à l'Église jubilante, quand, au séjour des morts, elle se hâte déjà à la rencontre de l'Époux : « J'exulte de joie dans le Seigneur, et mon esprit jubile en mon Dieu. Quelle est donc la cause de ma joie ? Quel est le motif de mon exultation ? C'est qu'il ' m'a revêtue des vêtements du salut et drapée dans le manteau de la joie ' (v. 11). En Adam, j'avais été dénudée, j'avais dû assembler des feuilles de figuier pour cacher ma nudité ; misérablement couverte de tuniques de peau, j'avais été chassée du paradis (Gn 3,7.21). Mais aujourd'hui, mon Seigneur et mon Dieu a remplacé les feuilles par le vêtement du salut. À cause de sa Passion dans notre chair, il m'a vêtue d'une première robe, celle du baptême et de la rémission des péchés ; et au lieu de la tunique de peau de la mortalité, il m'a enveloppée d'une deuxième robe, celle de la résurrection et de l'immortalité. »
ou
Rupert de Deutz (v. 1075-1130), moine bénédictin
De la Trinité et de ses œuvres, 42, Sur Isaïe, 2, 26 (trad. Sr. Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 157 rev.)
« L'Époux est avec eux »
« J'exulte de joie dans le Seigneur, mon âme jubile en mon Dieu..., comme un jeune époux se pare du diadème, comme l'épouse met ses bijoux. » Tête et membres, Époux et Épouse, Christ et Église, nous sommes un seul corps. Désormais, dans le Christ Époux la couronne du triomphe brillera pour toujours –- lui, ma tête, qui a souffert un peu de temps ; tandis que sur moi, son Épouse, étincelleront les bijoux de ses victoires et de ses grâces.
« De même que la terre fait éclore ses germes et qu'un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. » Il est l'Époux, et moi son Épouse ; il est le Seigneur Dieu, et moi sa terre et son jardin ; il est le jardinier, et moi son champ. Le même qui, comme Créateur, est mon Seigneur et mon Dieu, est aussi mon jardinier parce qu'il s'est fait homme... Lorsque le jardinier « plante et arrose et que Dieu donne la croissance », de la même manière lui qui est l'Unique va planter par son humanité et arroser en annonçant la Bonne Nouvelle, et par sa divinité va donner la croissance grâce à son Esprit. Alors moi, l'Église, je vais « faire éclore et germer la justice de la foi et la louange de Dieu », non seulement devant le peuple juif, mais « devant toutes les nations ». Elles « verront mes œuvres bonnes », en lisant les paroles et les actions des patriarches et des prophètes, en écoutant la voix des apôtres et en accueillant leur lumière ; elles verront et croiront, et « rendront ainsi gloire au Père qui est dans les cieux ».
(Références bibliques : Is 61,10s ; 1Co 12,12 ; Rm 12,5 ; Ep 5,23 ; Jn 15,1 ; 1Co 3,6-9 ; Mt 5,16)
ou
Nicolas Cabasilas (v. 1320-1363), théologien laïc grec, saint des Églises orthodoxes
La Vie en Christ, II, 75s (trad. cf SC 355, p. 203)
« L'Époux est avec eux »
Il y a pour nous deux façons de connaître les objets : la connaissance que l'on peut recevoir par ouï-dire, et puis celle que l'on peut acquérir par soi-même. Par la première, nous n'atteignons pas l'objet lui-même, mais nous le percevons par les mots, comme en une image... ; au contraire, faire l'expérience des objets, c'est les rencontrer eux-mêmes. Dans la seconde sorte de connaissance, la forme de l'objet saisit l'âme et éveille le désir comme une trace à la mesure de sa beauté...
De même, lorsque notre amour pour le Sauveur ne produit rien de nouveau ni d'extraordinaire, il est évident que nous n'avons eu affaire qu'à des paroles entendues à son sujet. Comment par ouï-dire pourrions-nous connaître comme il le mérite celui à qui rien ne ressemble..., celui à qui rien ne peut être comparé et qui ne peut être comparé à rien ? Comment pourrions-nous connaître sa beauté et l'aimer à la mesure de sa beauté ? Mais quand des hommes éprouvent un vif désir de l'aimer, une envie de faire pour lui des choses qui surpassent la nature humaine, alors c'est l'Époux lui-même qui les a blessés. Il a ouvert leurs yeux à sa beauté. La profondeur de la blessure témoigne que la flèche a frappé juste ; l'ardeur de leur désir révèle qui les a blessés.
Voilà comment la nouvelle Alliance est différente de l'Ancienne : jadis c'était une parole qui éduquait les hommes ; aujourd'hui c'est le Christ présent en personne qui, d'une manière indicible, prépare et modèle les âmes des hommes. Si l'enseignement de la Loi avait suffi pour mener l'homme à sa fin, les actes aussi extraordinaires qu'un Dieu devenu homme, crucifié et qui meurt n'auraient pas été nécessaires. Cela est vrai aussi des apôtres, nos pères dans la foi. Ils avaient entendu l'enseignement du Sauveur, les paroles de sa bouche ; ils avaient vu ses miracles et tout ce qu'il avait supporté pour les hommes, l'avaient vu mourir, ressusciter et regagner le ciel. Tout cela, ils le savaient, mais ils n'ont rien montré de nouveau, de généreux, de vraiment spirituel, jusqu'à ce qu'ils soient baptisés dans l'Esprit Saint... Alors seulement, le vrai désir du Christ a été allumé en eux et par eux dans les autres.
ou
Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier
Les Noces spirituelles, prologue (trad. cf Orval et Louf, Bellefontaine 1993, p. 30)
« L'Époux est avec eux »
« Regardez, voici l'Époux qui vient ; sortez à sa rencontre » (Mt 25,6)... Cet Époux, c'est le Christ, et l'épouse c'est la nature humaine, créée par Dieu « à son image et à sa ressemblance » (Gn 1,26). Au commencement Dieu l'avait placée dans le lieu le plus digne, le plus beau, le plus riche et le plus fertile de la terre, c'est-à-dire le Paradis. Dieu lui avait soumis toutes les créatures, il l'avait parée de grâce, et lui avait donné un commandement de sorte que, en l'observant, elle soit assurée à jamais de l'union stable et fidèle avec son Époux, libre de toute peine, de toute souffrance et de toute faute.
Mais alors le malin est venu, l'ennemi infernal, rempli de jalousie envers l'épouse ; il  a pris l'apparence d'un serpent rusé et a trompé la femme, et ensemble ils ont trompé l'homme et ainsi toute la nature humaine. De cette manière, par ses faux conseils, l'ennemi a ravi la nature humaine, l'épouse de Dieu, et elle a été exilée en une terre étrangère, pauvre et misérable, captive et opprimée…
Mais, lorsque Dieu a vu que le temps était venu et quand les souffrances de sa bien-aimée l'avaient rempli de pitié, il a envoyé son Fils unique sur la terre…, dans le sein de la Vierge Marie. Là le Fils a épousé sa fiancée, notre nature, en l'unissant à sa personne.
ou
Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier
Les Noces spirituelles, prologue (trad. cf Orval et Louf, Bellefontaine 1993, p. 30)
« Voici l'Époux qui vient ; sortez à sa rencontre » (Mt 25,6)
Lorsque pour Dieu le temps semblait venu de prendre en pitié la souffrance de l’humanité, sa bien-aimée, il a envoyé son Fils unique sur terre dans ce palais somptueux et ce temple glorieux qu'était le sein de la Vierge Marie. C'est là qu'il a épousé notre nature et l'a unie à sa personne, à partir du sang très pur de la noble Vierge. Le prêtre célébrant les noces a été l'Esprit Saint, l'ange Gabriel en a publié les bans, et la glorieuse Vierge a donné son consentement. Voilà de quelle façon le Christ, notre époux fidèle, s'est uni à notre nature, nous a visités dans une terre étrangère et nous a enseignés d’une manière céleste et avec une fidélité parfaite.
Il a peiné et combattu contre notre ennemi comme un champion valeureux ; il a détruit la prison et remporté la victoire. Par sa mort, il a détruit notre mort ; il nous a rachetés par son sang ; il nous a libérés, dans le baptême, par l'eau de son côté (Jn 19,34). Par ses sacrements et ses dons, il a fait de nous des riches, afin que parés de toutes sortes de vertus, nous sortions, comme il le dit dans l’Évangile (Mt 25,6), et que nous le rencontrions dans le palais de sa gloire, pour y jouir de lui sans fin, pour l'éternité.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon sur Marc 2 ; PL 52, 287 (trad. rev. Tournay)
Le vin nouveau des noces du Fils
« Pourquoi jeûnons-nous, et non pas tes disciples ? » Pourquoi ? Parce que pour vous le jeûne est une affaire de loi. Ce n'est pas un don spontané. En lui-même le jeûne n'a pas de valeur ; ce qui compte c'est le désir de celui qui jeûne. Quel profit pensez-vous tirer de votre jeûne si vous jeûnez contraints et forcés par une loi ? Le jeûne est une charrue merveilleuse pour labourer le champ de la sainteté. Mais les disciples du Christ sont placés d'emblée au cœur même du champ déjà mûr de la sainteté ; ils mangent le pain de la récolte nouvelle. Comment seraient-ils obligés de pratiquer des jeûnes désormais périmés ? « Les amis de l'Époux peuvent-ils jeûner pendant que l'Époux est avec eux ? »
Celui qui se marie se livre tout entier à la joie et prend part au banquet ; il se montre tout affable et tout gai pour les invités ; il fait tout ce que lui inspire son affection pour l'épouse. Le Christ célèbre ses noces avec l'Église, tandis qu'il vit sur terre. C'est pourquoi il accepte de prendre part aux repas où on l'invite, il ne refuse pas. Plein de bienveillance et d'amour, il se montre humain, abordable et aimable. Ne vient-il pas pour unir l'homme à Dieu et faire de ses compagnons des membres de la famille de Dieu ?
Pareillement, dit Jésus, « personne ne coud une pièce de drap neuf à un vieux vêtement. » Ce drap neuf, c'est le tissu de l'Évangile, celui qu'il est en train de tisser avec la toison de l'Agneau de Dieu : un habit royal que le sang de la Passion va bientôt teindre de pourpre. Comment le Christ accepterait-il d'unir ce drap neuf avec la vétusté du légalisme d'Israël ? ... Pareillement enfin, « personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres, mais le vin nouveau se met dans des outres toutes neuves ». Ces outres neuves, ce sont les chrétiens. C'est le jeûne du Christ qui va purifier ces outres de toute souillure pour qu'elles gardent intacte la saveur du vin nouveau. Le chrétien devient ainsi l'outre neuve prête à recevoir le vin nouveau, le vin des noces du Fils, foulé au pressoir de la croix.


TEMPS ORDINAIRE II - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l’évangile de Matthieu, n°39
« Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat »
« Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat »… La loi du sabbat était à son début de la plus haute importance : elle apprenait aux juifs à être doux et pleins d’humanité pour leurs proches ; elle leur enseignait à croire en la sagesse et en la providence de Dieu le créateur… Quand Dieu leur a donné la loi du sabbat, il leur a fait comprendre qu’il voulait seulement qu’ils s’abstiennent de tout mal : « Vous ne ferez rien en ce jour, sauf les œuvres qui concernent l’âme » (Ex 12,16 LXX). Dans le Temple on travaillait en ce saint jour plus que d’ordinaire… Ainsi l’ombre de la Loi préparait la lumière de la pleine vérité (cf Col 2,17).
Le Christ a-t-il donc aboli une loi si utile ? Pas du tout : il l’a étendue plus loin encore… Il n’était plus nécessaire d’enseigner de cette façon que Dieu était le créateur de tout ce qui existe, ni de les former à la douceur envers les autres, puisqu’ils étaient invités à imiter l’amour de Dieu pour les hommes, selon cette parole : « Soyez miséricordieux, comme votre Père aux cieux est miséricordieux » (Lc 6,36). Il n’était pas nécessaire de fixer un jour de fête à ceux qui étaient invités à faire de leur vie entière une fête : « Célébrons la fête, écrit l’apôtre Paul, non pas avec de vieux ferments, la perversité et le vice, mais avec du pain non fermenté : la droiture et la vérité » (1Co 5,8)… Quelle nécessité d’une loi du sabbat pour le chrétien qui passe sa vie dans une célébration continuelle et pense toujours au ciel ? Oui, frères, célébrons ce sabbat céleste et continuel.
ou
Léon XIII, pape de 1878 à 1903
Encyclique « Rerum novarum », 32
« Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier » (Ex 20,8)
La vie du corps, quelque précieuse et désirable qu'elle soit, n'est pas le but dernier de notre existence. Elle est une voie et un moyen pour arriver, par la connaissance du vrai et l'amour du bien, à la perfection de la vie de l'âme. C'est l'âme qui porte gravée en elle-même l'image et la ressemblance de Dieu (Gn 1,26). C'est en elle que réside cette souveraineté dont l'homme a été investi quand il a reçu l'ordre de soumettre la nature et de mettre à son service les terres et les mers (Gn 1,28)... De ce point de vue, tous les hommes sont égaux ; il n'y a pas de différence entre riches et pauvres, maîtres et serviteurs, princes et sujets : « Ils n'ont tous qu'un même Seigneur » (Rm 10,12).
Il n'est permis à personne de violer impunément cette dignité de l'homme que Dieu lui-même honore avec un grand respect, ni d'entraver la marche de l'homme vers cette perfection qui correspond à la vie éternelle et céleste...
C'est de là que découle la nécessité du repos et de la cessation du travail le jour du Seigneur. Le repos, d'ailleurs, ne doit pas être entendu comme une plus large part faite à une oisiveté stérile, ou encore moins comme un désœuvrement qui provoque l'immoralité et dissipe les salaires, mais bien comme un repos sanctifié par la religion... Tel est surtout le caractère et la raison de ce repos du septième jour dont Dieu avait fait déjà un des principaux articles de la Loi : « Souviens-toi de sanctifier le jour du sabbat » (Ex 20,8), et dont il avait lui-même donné l'exemple par ce mystérieux repos pris aussitôt après la création de l'homme : « Il se reposa le septième jour de tout le travail qu'il avait fait » (Gn 2,2).
ou
Aphraate ( ?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Les Exposés, n°13, 1-2.13 (trad. cf SC 359, p. 589s)
Le maître du sabbat
Par l'intermédiaire de Moïse son serviteur, le Seigneur a demandé aux fils d'Israël d'observer le sabbat. Il leur a dit : « Pendant six jours, tu feras ton travail mais le septième jour est un sabbat, un jour de saint repos pour le Seigneur ton Dieu » (Ex 20, 9)... Il les a avertis : « Tu te reposeras, toi, ton serviteur, ta servante, tes bœufs et ton âne ». Il a même ajouté : « Le mercenaire et l'étranger se reposeront également ainsi que toute bête qui peine à ton service » (Ex 23, 12)... Le sabbat n'a pas été imposé comme une épreuve, un choix entre la vie et la mort, entre la justice et le péché, comme les autres préceptes par lesquels l'homme peut vivre ou mourir. Non, le sabbat, en son temps, a été donné au peuple en vue du repos –- non seulement des hommes mais des bêtes aussi...
Écoute maintenant quel est le sabbat qui plaît à Dieu. Isaïe l'a dit : « Donnez du repos à ceux qui sont accablés » (28, 12). Et ailleurs : « Ceux qui gardent le sabbat sans le profaner, ce sont ceux qui sont réconfortés par mon alliance et choisissent ce qui me plaît » (56, 4)... Le sabbat n'est d'aucun profit pour les méchants, les assassins, les voleurs. Mais ceux qui choisissent ce qui plait à Dieu et gardent leurs mains du mal, en ceux-là Dieu habite ; il fait d'eux sa demeure selon sa parole : « J'habiterai en eux et je marcherai au milieu d'eux » (Lv 26, 12 ; 2Co 6, 16)... Nous donc, gardons fidèlement le sabbat de Dieu, c'est-à-dire ce qui plaît à son cœur. Nous entrerons ainsi dans le sabbat du grand repos, le sabbat du ciel et de la terre où toute créature se reposera.
ou
Baudouin de Ford ( ?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque
Le Sacrement de l'autel, 3, 2 (trad. SC 94, p. 523 rev.)
« Le sabbat a été fait pour l'homme »
Ce qui fait la vraie béatitude, c'est le saint repos et le saint assouvissement dont le sabbat et la manne sont les symboles. Après avoir donné à son peuple repos et rassasiement avec le sabbat et la manne, préfigurant la vraie béatitude qu'il donnera à ceux qui obéissent, le Seigneur lui reproche sa désobéissance qui peut lui faire perdre les biens les plus désirables : « Jusqu'à quand refuserez-vous de garder mes commandements et ma Loi ? » (Ex 16,28)... Après cette interrogation du Seigneur, Moïse invite ses frères à considérer les bienfaits de Dieu : « Prenez garde que le Seigneur vous a donné le sabbat, et double part de la manne le sixième jour, pour que vous consentiez à le servir. » Cet avertissement signifie que Dieu donnera à ses élus le repos de leur labeur, et les consolations de la vie présente aussi bien que la vie future.
Mais, en outre, deux vies nous sont suggérées dans ce passage : la vie active, dans laquelle il faut maintenant travailler, et la vie contemplative pour laquelle on travaille, dans laquelle on vaquera uniquement à la contemplation de Dieu. La vie contemplative, bien qu'elle appartienne surtout au monde à venir, doit cependant être représentée dès cette vie par le saint repos du sabbat. Au sujet de ce repos, Moïse ajoute : « Que chacun reste chez soi ; personne ne doit sortir le jour du sabbat. » Autrement dit : Que chacun se repose dans sa maison et ne sorte pour aucun travail le jour du sabbat. Ceci nous apprend qu'au temps de la contemplation nous devons rester chez nous, ne pas sortir par des désirs défendus, mais ramasser toute notre intention « par la pureté du cœur » [comme le dit saint Benoît], pour penser à Dieu seul et n'aimer que lui.
ou
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
Miroir de la charité, III, ch. 3 (trad. Bellefontaine 1992, p. 185)
« Le sabbat a été fait pour l'homme »
Quand un homme s'est retiré du tumulte extérieur pour rentrer dans le secret de son cœur, qu'il a fermé sa porte à la foule bruyante des vanités et a fait le tour de ses trésors intérieurs, quand il n'a plus rien rencontré en lui d'agité ni de désordonné, rien qui puisse le tourmenter ou le contrarier mais que tout en lui est plein de joie, d'harmonie, de paix, de tranquillité, quand tout le petit monde de ses pensées, paroles et actions lui sourit comme le ferait la maisonnée d'un père de famille dans une demeure où règne l'ordre et la paix — alors se lève soudain une merveilleuse assurance. Et de cette assurance vient une joie extraordinaire et de cette joie jaillit un chant d'allégresse qui éclate en louanges de Dieu. Ces louanges sont d'autant plus ferventes que l'on voit plus clairement combien tout ce qui est bon en soi-même est un don de Dieu.
C'est la joyeuse célébration du sabbat qui doit être précédée de six autres jours, c'est-à-dire de l'achèvement complet des œuvres. Nous transpirons d'abord en faisant des œuvres bonnes, pour nous reposer ensuite dans la paix de notre conscience. À partir des œuvres bonnes naît la pureté de la conscience qui conduit au juste amour de soi-même, qui nous permettra d'aimer notre prochain comme nous-mêmes (Mt 22,39).
ou
Pape Benoît XVI
Exhortation apostolique « Sacramentum caritatis » §72 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.)
« Le maître du sabbat » : la libération apportée par le Christ
La nouveauté radicale que l'eucharistie introduit dans la vie de l'homme s'est révélée à la conscience chrétienne dès les origines. Les fidèles ont immédiatement perçu l'influence profonde que la célébration eucharistique exerçait sur leur style de vie. Saint Ignace d'Antioche ( ?-v. 110) exprimait cette vérité en appelant les chrétiens « ceux qui sont venus à la nouvelle espérance » ; il les présentait comme ceux qui vivent « selon le dimanche ». Cette formule du grand martyr d'Antioche met clairement en lumière le lien entre la réalité eucharistique et l'existence chrétienne dans son caractère quotidien. L'habitude caractéristique des chrétiens de se réunir le premier jour après le sabbat pour célébrer la résurrection du Christ –- selon le récit de saint Justin martyr (v. 100-160) –- définit également une forme d'existence renouvelée par la rencontre avec le Christ.
La formule de saint Ignace – « vivre selon le dimanche » – souligne aussi la valeur de modèle que possède ce jour saint par rapport à tout autre jour de la semaine. En effet, il ne se distingue pas par la simple interruption des activités habituelles, comme une sorte de parenthèse dans le rythme normal des jours. Les chrétiens ont toujours ressenti ce jour comme le premier de la semaine, parce qu'en lui on fait mémoire de la nouveauté radicale apportée par le Christ. Le dimanche est donc le jour où le chrétien retrouve la forme eucharistique de son existence, selon laquelle il est appelé à vivre constamment. « Vivre selon le dimanche » signifie vivre dans la conscience de la libération apportée par le Christ et accomplir notre existence comme l'offrande de nous-mêmes à Dieu, pour que sa victoire se manifeste pleinement à tous les hommes à travers un comportement profondément renouvelé.
ou
Pape Benoît XVI
Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, §74 (trad. DC 2377, p. 333 © Libreria Editrice Vaticana)
« Le sabbat a été fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat »
Il est particulièrement urgent à notre époque de rappeler que le dimanche, le Jour du Seigneur, est aussi le jour du repos par rapport au travail. Nous souhaitons vivement que cela soit reconnu comme tel par la société civile, de sorte qu'il soit possible d'être libre des activités du travail sans être pour autant pénalisé. En effet, les chrétiens, en relation avec la signification du sabbat dans la tradition juive, ont toujours vu également dans le Jour du Seigneur le jour du repos du labeur quotidien.
Cela a un sens précis, constituant une relativisation du travail, qui est ordonné à l'homme : le travail est pour l'homme et non l'homme pour le travail. Il est facile de comprendre la protection qui en découle pour l'homme lui-même, qui est ainsi émancipé d'une forme possible d'esclavage. Comme j'ai eu l'occasion de l'affirmer, « le travail est de première importance pour la réalisation de l'homme et pour le développement de la société, et c'est pourquoi il convient qu'il soit toujours organisé et accompli dans le plein respect de la dignité humaine et au service du bien commun. En même temps, il est indispensable que l'homme ne se laisse pas asservir par le travail, qu'il n'en fasse pas une idole, prétendant trouver en lui le sens ultime et définitif de la vie ». C'est dans le jour consacré à Dieu que l'homme comprend le sens de son existence ainsi que de son travail.
ou
Aphraate ( ?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Les Exposés, n°13, 1-2.13 (trad. cf SC 359, p. 589s)
Le maître du sabbat
Par l'intermédiaire de Moïse son serviteur, le Seigneur a demandé aux fils d'Israël d'observer le sabbat. Il leur a dit : « Pendant six jours, tu feras ton travail mais le septième jour est un sabbat, un jour de saint repos pour le Seigneur ton Dieu » (Ex 20,9)... Il les a avertis : « Tu te reposeras, toi, ton serviteur, ta servante, tes bœufs et ton âne ». Il a même ajouté : « Le mercenaire et l'étranger se reposeront également ainsi que toute bête qui peine à ton service » (Ex 23,12)... Le sabbat n'a pas été imposé comme une épreuve, un choix entre la vie et la mort, entre la justice et le péché, comme les autres préceptes par lesquels l'homme peut vivre ou mourir. Non, le sabbat, en son temps, a été donné au peuple en vue du repos –- non seulement des hommes mais des bêtes aussi...
Écoute maintenant quel est le sabbat qui plaît à Dieu. Isaïe l'a dit : « Donnez du repos à ceux qui sont accablés » (28,12). Et ailleurs : « Ceux qui gardent le sabbat sans le profaner, ce sont ceux qui sont réconfortés par mon alliance et choisissent ce qui me plaît » (56,4)... Le sabbat n'est d'aucun profit pour les méchants, les assassins, les voleurs. Mais ceux qui choisissent ce qui plait à Dieu et gardent leurs mains du mal, en ceux-là Dieu habite ; il fait d'eux sa demeure selon sa parole : « J'habiterai en eux et je marcherai au milieu d'eux » (Lv 26,12 ; 2Co 6,16)... Nous donc, gardons fidèlement le sabbat de Dieu, c'est-à-dire ce qui plaît à son cœur. Nous entrerons ainsi dans le sabbat du grand repos, le sabbat du ciel et de la terre où toute créature se reposera.
ou
Aphraate (?-v. 345)
moine et évêque près de Mossoul
Les Exposés, n° 13, 1.3.9
« Un repos, celui du septième jour, est réservé au peuple de Dieu » (He 4,9)
Le sabbat n'a pas été établi comme une épreuve permettant un discernement entre la vie et la mort, entre justice et péché, ainsi que d'autres préceptes par lesquels « l'homme trouve la vie » (Lv 18,5) ou la mort s'il ne les observe pas. Non, le sabbat, en son temps, a été donné au peuple en vue du repos ; avec les hommes, les bêtes devaient cesser le travail (Ex 23,12). (...)
Si le sabbat n'avait pas été institué pour le repos de tout être qui exerce un travail corporel, les créatures qui ne travaillent pas auraient dû, dès l'origine, elles aussi, observer le sabbat afin d'être justifiées. Au contraire, nous voyons, sans répit, le soleil s'avancer, la lune parcourir son orbite, les étoiles poursuivre leur course, les vents souffler, les nuages voguer dans le ciel, les oiseaux voler, les ruisseaux sourdre des sources, les vagues s'agiter, les éclairs tomber et illuminer la création, le tonnerre éclater violemment en son temps, les arbres porter leurs fruits, et chaque créature grandir et se fortifier. Nous ne voyons en vérité aucun être se reposer le jour du sabbat, sauf les hommes et les bêtes de somme qui sont soumis à la loi du travail.
À aucun des justes de l'Ancien Testament le sabbat n'a été donné pour qu'il y trouve la vie... Mais la fidélité au sabbat a été prescrite afin que se reposent serviteurs, servantes, mercenaires, étrangers, bêtes de somme, afin que puissent se refaire ceux qui sont accablés par leur travail. Car Dieu a soin de toute sa création, des bêtes de somme comme des bêtes féroces, des oiseaux comme des animaux sauvages. Écoute maintenant quel est le sabbat qui plaît à Dieu. Isaïe l'a dit : « Voici mon repos : faites reposer celui qui est fatigué » (28,12). (...) Nous donc, gardons fidèlement le sabbat de Dieu ; faisons ce qui plaît à son cœur. Nous entrerons ainsi dans le sabbat du grand repos où ciel et terre se reposeront, où toute créature est recréée.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Sermons de Carême 1981 (trad. Au commencement, Fayard 1986, p. 40s)
« Le sabbat a été fait pour l'homme »
Dans le récit de la création, le sabbat est décrit comme le jour où, en la liberté de l'adoration, l'homme participe à la liberté, au repos et à la paix de Dieu. Célébrer le sabbat, c'est célébrer l'Alliance. Cela signifie le retour aux origines, l'élimination des souillures que nos activités multiples ont entraînées avec elles. Cela veut dire se mettre en marche vers le monde nouveau où il n'y aura plus esclaves ni maîtres, mais seulement des enfants de Dieu libres, vers un monde dans lequel l'homme, les animaux et la terre auront part ensemble et fraternellement à la paix de Dieu et à sa liberté...
[Mais] l'homme a refusé le repos, le délassement qui venaient de Dieu, l'adoration avec sa paix et sa liberté, et il a ainsi fini par se soumettre à l'action. Il a rendu le monde esclave de son activité et s'est ainsi lui-même rendu esclave. Pour cette raison, Dieu devait donner à l'homme le sabbat dont celui-ci ne voulait plus. Par son refus du cycle de la liberté et du délassement qui vient de Dieu, l'homme s'était éloigné de sa condition d'image de Dieu et a ainsi foulé le monde aux pieds. Voilà pourquoi il fallait l'arracher à son esclavage à son propre travail. Pour cela, Dieu devait lui faire retrouver son authenticité, le libérer de la domination de l'action. « Rien ne doit être préféré au service de Dieu » [écrit St Benoît] -- en premier lieu l'adoration, la liberté et le repos qui vient de Dieu. Ainsi, et ainsi seulement, l'homme peut vivre vraiment.
ou
Cardinal Yves Congar (1904-19
Le Jour du Seigneur (Laffont, 1948), p. 134-135 et 149-152
« Le Fils de l'homme est maître du sabbat »
Le sabbat était le jour de la création terminée, et c'est pourquoi il était le septième et dernier jour ; il était la fête et le repos de l'homme créé à l'image de Dieu et constitué ainsi son collaborateur par ses œuvres ; il se référait aux jours ouvrables qu'il clôturait dans le repos, la louange et l'action de grâces. Le dimanche est la célébration, l'application ou la prise en part de la nouvelle création, celle des fils et non plus des serviteurs, qu'inaugure la résurrection du Christ. C'est pourquoi le dimanche n'est pas, comme le sabbat, tout relatif aux autres jours de la semaine, c'est pourquoi la cessation du travail est pour lui un élément relativement secondaire : il n'est pas une fête de cette création, il appartient à la création nouvelle, celle du Fils, dont le principe est cet Esprit vivifiant qui est la réalité propre des derniers temps et dont il est dit qu'il n'était pas vraiment donné tant que Jésus n'était pas glorifié.
Aussi le dimanche n'est-il plus le septième jour, le jour du repos du travail de ce monde-ci, mais le premier, ou encore le huitième, ayant reçu ces noms sensiblement équivalents pour marquer qu'il était le début d'une nouvelle semaine, d'un nouveau monde et, au delà de la consommation cosmique, le début de la vie éternelle, qui est celle des enfants de Dieu, des vivants de vie éternelle en Celui qui, ressuscité des morts, vit désormais « pour Dieu. » (Rm 6,10)
Pour autant que les fidèles ont part à ce mystère, ils ont déjà en eux la vie, la vie éternelle, la vie filiale et bienheureuse ; mais cette vie est cachée avec le Christ en Dieu et elle attend la manifestation des fils de Dieu.

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