TEMPS ORDINAIRE XXI - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Ex fide vivit (Le Christ idéal du prêtre, Éd. de Maredsous, 1951, p. 73-74 ; rev.)
Fixer le Christ en nos cœurs par la foi
Dieu se présente à nous comme objet de foi, surtout dans la personne de Jésus-Christ. Il veut que nous croyions fermement que l’enfant né de Marie, l’ouvrier de Nazareth, le Maître en lutte avec les Pharisiens, le crucifié du Calvaire est véritablement son Fils, son égal, et que nous l’adorions comme tel. Établir parmi les hommes la foi au Verbe incarné est la grande œuvre que Dieu s’est proposée dans l’économie du salut (cf. Jn 6,29). Rien ne peut remplacer cette foi en Jésus-Christ, vrai Dieu consubstantiel au Père et son Envoyé. Elle est la synthèse de toutes nos croyances, parce que le Christ est la synthèse de toute la révélation. (…)
La vie de l’Église suppose en tout et toujours l’adoration de son divin Époux. À la face du monde qui le renie et le méconnaît, elle répète sans cesse, avec saint Pierre : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Cette forte vision de la foi, qui perce le voile de l’humanité du Christ et plonge dans les profondeurs de sa divinité, fait défaut à beaucoup d’esprits. Ils voient Jésus, le touchent, mais, comme les foules de Galilée, d’un regard purement extérieur, superficiel, qui ne transforme pas les âmes. Pour d’autres, au contraire, Jésus se transfigure ; la grâce éclaire leur foi en sa divinité. Pour eux, Jésus est le soleil de justice ; il surpasse toutes les beautés de la terre, et sa vision ravit tellement leurs cœurs qu’aucun autre attrait ne peut plus les séparer de son amour. Ils peuvent dire avec saint Paul : « Je suis persuadé que ni la mort, ni la vie… ni une créature quelconque ne pourront me séparer de l’amour que Dieu nous manifeste dans le Christ-Jésus notre Seigneur » (Rm 8,38).
Une telle foi fixe véritablement Jésus-Christ dans nos cœurs. Elle n’est pas une simple adhésion de l’esprit ; elle comporte l’amour, l’espérance, la consécration totale de soi au Christ pour vivre de sa vie, participer à ses mystères, imiter ses vertus.
ou
Saint Pie X pape de 1903 à 1914
Encyclique « Iuncunda sane » (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
La fermeté de l’Église
Nous Nous sentons en pleine sécurité dans la citadelle de la sainte Église. (…) Jamais les promesses du Christ ne trompèrent son attente ; (…) elles Nous semblent même consolidées davantage encore par l'épreuve de tant de siècles et les vicissitudes de tant d'événements.
Les royaumes et les empires se sont écroulés; des peuples, que la gloire de leur nom autant que leur civilisation avait rendus célèbres, ont disparu. On voit des nations comme accablées de vétusté se désagréger elles-mêmes. L'Église, elle, est immortelle de sa nature; jamais le lien qui l'unit à son céleste Époux ne doit se rompre, et dès lors la caducité ne peut l'atteindre; elle demeure florissante de jeunesse, toujours débordante de cette force avec laquelle elle s'élança du cœur transpercé du Christ mort sur la croix. Les puissants de la terre se sont levés contre elle, ils se sont évanouis, elle demeure! Les maîtres de la sagesse ont, dans leur orgueil, imaginé une variété infinie de systèmes qui devaient, pensaient-ils, battre en brèche l'enseignement de l'Église, ruiner les dogmes de sa foi, démontrer l'absurdité de son magistère... Mais l'histoire nous montre ces systèmes abandonnés à l'oubli, ruinés de fond en comble. Et, pendant ce temps, du haut de la citadelle de Pierre, la vraie lumière resplendit de tout l'éclat que lui communiqua le Christ dès l'origine et qu'il alimente par cette divine sentence: « Ciel et terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Mt 24,35). (…)
C'est pourquoi (…) dirigez les pas de votre âme, ainsi que vous avez commencé, sur la fermeté de cette pierre: sur elle, vous le savez, notre Rédempteur a fondé l'Église à travers le monde entier, de sorte que les cœurs sincères réglant sur elle leur marche ne trébuchent pas.
ou
Pape Benoît XVI
Angélus du 24/08/08 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Sur cette pierre je bâtirai mon Église »
Le Seigneur interpelle directement les Douze : « Pour vous, qui suis-je ? » Au nom de tous, avec élan et décision, c'est Pierre qui prend la parole : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Une profession de foi solennelle que depuis lors l'Église continue de répéter. Nous aussi aujourd'hui, nous voulons proclamer avec une conviction intime : « Oui, Jésus, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Nous le faisons avec la conscience que le Christ est le vrai « trésor » (Mt 13,44) pour lequel il vaut la peine de tout sacrifier ; c'est lui l'ami qui ne nous abandonne jamais, parce qu'il connaît les attentes les plus intimes de notre cœur. Jésus est le « Fils du Dieu vivant », le Messie promis, venu sur la terre pour offrir à l'humanité le salut et pour satisfaire la soif de vie et d'amour qui habite en chaque être humain. Quels bienfaits tirerait l'humanité d'accueillir cette annonce qui porte en elle la joie et la paix !
« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » : à cette profession de foi inspirée faite par Pierre Jésus réplique : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes du séjour des morts ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ». C'est la première fois que Jésus parle de l'Église, dont la mission est la mise en œuvre du dessein grandiose de Dieu de rassembler dans le Christ l'humanité entière dans une seule famille. La mission de Pierre et de ses successeurs est justement celle de servir cette unité de l'unique Église de Dieu formée par les juifs et les païens de tous les peuples. Son ministère indispensable est de faire en sorte qu'elle ne s'identifie jamais avec une seule nation, avec une seule culture, mais que ce soit l'Église de tous les peuples, pour rendre présentes parmi les hommes, marqués par des divisions et des oppositions innombrables, la paix de Dieu et la force rénovatrice de son amour. Servir donc l'unité intérieure qui vient de la paix de Dieu, l'unité de ceux qui, en Jésus Christ sont devenus frères et sœurs : voilà la mission particulière du pape, évêque de Rome, et successeur de Pierre.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
Commentaire sur Matthieu, 16 (trad. SC 258, p.55 rev.)
« Tu es...le Fils du Dieu vivant »
Le Seigneur avait demandé : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? » Assurément, la vue de son corps manifestait le Fils de l'homme, mais en posant cette question, il faisait comprendre qu'en plus de ce qu'on voyait en lui, il y avait autre chose à discerner... L'objet de la question était un mystère où devait tendre la foi des croyants.
La confession de Pierre a obtenu pleinement la récompense qu'il méritait pour avoir vu dans l'homme le Fils de Dieu. « Bienheureux » il l'est, loué pour avoir étendu sa vue au-delà des yeux humains, ne regardant pas ce qui venait de la chair et du sang, mais contemplant le Fils de Dieu révélé par le Père céleste. Il a été jugé digne de reconnaître le premier ce qui dans le Christ était de Dieu. Quel fondement qu'il a la chance de donner à l'Église, au titre de son nom nouveau ! Il devient la pierre digne d'édifier l'Église, de façon qu'elle brise les lois de l'enfer... et toutes les prisons de la mort. Bienheureux portier du ciel à qui sont remises les clés de l'accès à l'éternité ; sa sentence sur terre fait d'avance autorité au ciel, en sorte que ce qui a été lié ou délié sur terre l'est aussi au ciel.
Jésus ordonne encore aux disciples de ne dire à personne qu'il est le Christ, car il fallait que d'autres, c'est-à-dire la Loi et les prophètes, soient témoins de son Esprit, tandis que le témoignage de la résurrection est propre aux apôtres. Et comme la béatitude de ceux qui connaissent le Christ dans l'Esprit a été manifestée, est manifesté à son tour le danger de méconnaître son humilité et sa Passion.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « The Christian Ministry », PPS, vol. 2, n°25
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église »
Le ministère de Pierre demeure toujours dans l’Église…en la personne de ceux qui lui ont succédé ; il faut comprendre que la bénédiction du Seigneur prononcée d’abord sur lui descend aussi sur le moindre de ses serviteurs qui « gardent ce qui leur a été confié » (1Tm 6,20). Pierre les représente et les symbolise tous.
« Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux… » Promesse sacrée et glorieuse ! Serait-il possible qu'elle s'épuise tout entière en la personne de Pierre, quelque grand que soit ce noble apôtre ? Est-elle insérée dans « l'Évangile éternel » (Ap 14,6) pour témoigner simplement en faveur de quelqu'un qui a disparu depuis longtemps ?
D'ailleurs est-ce que généralement la Parole inspirée de Dieu exalte les personnes ? La richesse de cette bénédiction du Christ ne résiste-t-elle pas à toute interprétation minimaliste qu'on pourrait en donner ? Ne déborde-t-elle pas, quoi que nous fassions, jusqu'à ce que notre manque de foi soit vaincu par la bonté de celui qui s'est engagé ainsi ? Bref, n’est-ce pas un ensemble de préjugés qui empêche tant de gens d'accueillir cette promesse du Christ faite à Pierre selon la plénitude de la grâce qui l'a accompagnée ?... Si les promesses faites aux apôtres par le Christ ne s'accomplissent pas dans l'Église tout au long de sa durée, comment l'efficacité des sacrements s'étendrait-elle au-delà de l'âge de ses débuts ?
TEMPS ORDINAIRE XXI - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin, Ep 3, 980 ; GF, 196s (trad. Une Pensée , Médiaspaul, p. 26-27)
« Tu as les paroles de la vie éternelle »
Sois patient et persévère dans la pratique de la méditation. Au début, contente-toi de n'avancer qu'à tout petits pas. Plus tard, tu auras des jambes qui ne demanderont qu'à courir, ou mieux, des ailes pour voler.
Contente-toi d'obéir. Ce n'est jamais facile, mais c'est Dieu que nous avons choisi comme notre part. Accepte de n'être encore qu'une petite abeille dans le nid ; bien vite elle deviendra une de ces grandes ouvrières habiles à la fabrication du miel. Reste toujours humble devant Dieu et devant les hommes, dans l'amour. Alors le Seigneur te parlera en vérité et t'enrichira de ses dons.
Il arrive que les abeilles traversent de grandes distances dans les prés avant de parvenir aux fleurs qu'elles ont choisies ; ensuite, fatiguées mais satisfaites et chargées de pollen, elles rentrent à la ruche pour y accomplir la transformation silencieuse, mais féconde, du nectar des fleurs en nectar de vie. Fais de même : après avoir écouté la Parole, médite-la attentivement, examine ses divers éléments, cherche sa signification profonde. Alors elle te deviendra claire et lumineuse ; elle aura le pouvoir de transformer tes inclinations naturelles en une pure élévation de l'esprit ; et ton cœur sera toujours plus étroitement uni au cœur du Christ.
ou
Pape Benoît XVI
Homélie, Célébration eucharistique, 20ème Journée Mondiale de la Jeunesse, 21/08/05 (trad. DC 2343, p. 907)
« Tu as les paroles de la vie éternelle »
À la dernière Cène, la nouveauté qui s'est produite résidait dans la nouvelle profondeur que prenait l'ancienne prière de bénédiction d'Israël, qui devient alors la parole de la transformation et nous donne à nous de participer à l'heure du Christ (Jn 13,1). Jésus ne nous a pas donné la mission de répéter la Cène pascale, qui, du reste, en tant qu'anniversaire, ne peut pas se répéter à volonté. Il nous a donné la mission d'entrer dans son « heure ».
Nous y entrons grâce à la parole qui vient du pouvoir sacré de la consécration : une transformation qui se réalise par la prière de louange, qui nous met en continuité avec Israël et avec toute l'histoire du salut, et qui, en même temps, nous donne la nouveauté vers laquelle cette prière tendait par sa nature la plus profonde. Cette prière, appelée par l'Église « prière eucharistique », constitue l'Eucharistie. Elle est parole de pouvoir, qui transforme les dons de la terre de façon tout à fait nouvelle en don de soi de Dieu et qui nous engage dans ce processus de transformation. C'est pourquoi nous appelons cet événement Eucharistie, traduction du mot hébraïque « beracha » : remerciement, louange, bénédiction, et ainsi transformation à partir du Seigneur, présence de son « heure ».
L'heure de Jésus est l'heure où l'amour est vainqueur. En d'autres termes c'est Dieu qui a vaincu, parce qu'il est l'Amour. L'heure de Jésus veut devenir notre heure et elle le deviendra si nous-mêmes, par la célébration de l'Eucharistie, nous nous laissons entraîner dans ce processus de transformations que le Seigneur a en vue. L'Eucharistie doit devenir le centre de notre vie.
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Ecclesia de Eucharistia », 18-19 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6,54)
Celui qui se nourrit du Christ dans l'Eucharistie n'a pas besoin d'attendre l'au-delà pour recevoir la vie éternelle : il la possède déjà sur terre, comme prémices de la plénitude à venir, qui concernera l'homme dans sa totalité. Dans l'Eucharistie en effet, nous recevons également la garantie de la résurrection des corps à la fin des temps : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,54). Cette garantie de la résurrection à venir vient du fait que la chair du Fils de l'homme, donnée en nourriture, est son corps dans son état glorieux de Ressuscité. Avec l'Eucharistie, on assimile pour ainsi dire le « secret » de la résurrection. C'est pourquoi saint Ignace d'Antioche définit avec justesse le Pain eucharistique comme « remède d'immortalité, antidote pour ne pas mourir ».
La tension eschatologique suscitée dans l'Eucharistie exprime et affermit la communion avec l'Église du ciel. Ce n'est pas par hasard que, dans les anaphores orientales ou dans les prières eucharistiques latines, on fait mémoire avec vénération de Marie, toujours vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus Christ, des anges, des saints Apôtres, des glorieux martyrs et de tous les saints. C'est un aspect de l'Eucharistie qui mérite d'être souligné : en célébrant le sacrifice de l'Agneau, nous nous unissons à la liturgie céleste, nous associant à la multitude immense qui s'écrie : « Le salut est donné par Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l'Agneau ! » (Ap 7,10). L'Eucharistie est vraiment un coin du ciel qui s'ouvre sur la terre ! C'est un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre chemin.
TEMPS ORDINAIRE XXI - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint Césaire d'Arles (470-543), moine et évêque, Sermon 7 ; CCL 103, 37s (trad. SC 175, p. 341s rev.)
« Jésus passait par les villes et les villages en enseignant »
Faites bien attention, frères très chers : les saintes Écritures nous ont été transmises pour ainsi dire comme des lettres venues de notre patrie. Notre patrie, en effet, c'est le paradis ; nos parents, ce sont les patriarches, les prophètes, les apôtres et les martyrs ; nos concitoyens, les anges ; notre roi, le Christ. Quand Adam a péché, nous avons été pour ainsi dire jetés dans l'exil de ce monde. Mais parce que notre roi est fidèle et miséricordieux plus qu'on ne peut le penser ou le dire, il a daigné nous envoyer, par l'intermédiaire des patriarches et des prophètes, les saintes Écritures, comme des lettres d'invitation par lesquelles il nous invitait dans notre éternelle et première patrie… En raison de son ineffable bonté, il nous a invités à régner avec lui.
Dans ces conditions, quelle idée se font d’eux-mêmes les serviteurs qui…ne daignent pas lire les lettres qui nous invitent à la béatitude du Royaume ?… « Celui qui ignore sera ignoré » (1Co 14, 38). Certainement, celui qui néglige de chercher Dieu dans ce monde par la lecture des textes sacrés, Dieu à son tour refusera de l'admettre dans la béatitude éternelle. Il doit craindre qu'on ne lui ferme les portes, qu'on ne le laisse dehors avec les vierges folles (Mt 25, 10) et qu'il ne mérite d'entendre : « Je ne sais pas qui vous êtes ; je ne vous connais pas ; écartez-vous de moi, vous tous qui faites le mal »… Celui qui veut être écouté favorablement de Dieu doit commencer par écouter Dieu. Comment aurait-il le front de vouloir que Dieu l'écoute favorablement, s'il en fait si peu de cas qu’il néglige de lire ses préceptes ?
ou
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Proslogion, 25-26 (trad. Orval)
« Prendre place au festin dans le Royaume de Dieu »
Quel grand bonheur que de posséder le Royaume de Dieu ! Quelle joie pour toi, cœur humain, pauvre cœur habitué à la souffrance et écrasé par les malheurs, si tu regorgeais d'un tel bonheur... Et pourtant, si quelqu'un d'autre, que tu aimerais comme toi-même, avait part à un bonheur identique, ta joie redoublerait, car tu ne te réjouirais pas moins pour lui que pour toi-même. Et si deux ou trois ou beaucoup plus encore possédaient ce même bonheur, tu ressentirais autant de joie pour chacun d'eux que pour toi-même, puisque tu aimerais chacun autant que toi-même.
Ainsi donc, dans cette plénitude d'amour qui unira les innombrables bienheureux et où personne n'aimera l'autre moins que soi-même, chacun jouira du bonheur de l'autre autant que du sien propre. Et le cœur de l'homme, à peine capable de contenir sa propre joie, sera immergé dans l'océan de si grandes et si nombreuses béatitudes. Or, vous le savez, on se réjouit du bonheur de quelqu'un dans la mesure où on l'aime ; ainsi, en cette parfaite béatitude où chacun aimera Dieu incomparablement plus que soi-même et que tous les autres, le bonheur infini de Dieu sera pour chacun une source de joie incomparable.
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église « Lumen gentium », §1-2
« Alors on viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi prendre place dans le Royaume de Dieu »
Le Christ est la lumière des peuples : réuni dans l'Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l'Évangile (Mc 16,15), faire briller sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l'Église...
Le Père éternel, selon un dessein tout à fait libre et caché de sa sagesse et de sa bonté, a créé l'univers entier ; il a voulu élever les hommes à la participation de sa vie divine. Après leur chute en Adam, il ne les a pas abandonnés, mais leur apporte sans cesse les secours pour leur salut, en considération du Christ rédempteur, « qui est l'image du Dieu invisible, premier-né de toute la création » (Col 1,15). Tous ceux qu'il a choisis, le Père, avant tous les siècles, les « a connus d'avance et les a prédestinés à devenir conformes à l'image de son Fils, pour qu'il soit le premier né d'une multitude de frères » (Rm 8,29). Et tous ceux qui croient au Christ, il a voulu les appeler à se rassembler dans la sainte Église qui, préfigurée dès l'origine du monde, merveilleusement préparée dans l'histoire du peuple d'Israël et dans l'ancienne Alliance, a été établie enfin dans ces temps qui sont les derniers, a été manifestée grâce à l'effusion de l'Esprit Saint, et sera consommée dans la gloire à la fin des temps. Alors, en effet, comme on peut le lire dans les saints Pères, tous les justes depuis Adam, « depuis Abel le juste jusqu'au dernier élu » (S. Grégoire), se trouveront rassemblés auprès du Père dans l'Église universelle.
TEMPS ORDINAIRE XXI - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Audience générale du 02/10/2013 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Le Christ appelle tous les hommes à la sainteté
Dans le Credo, après avoir professé : « Je crois en l’Église »…nous ajoutons l’adjectif « sainte » ; c’est-à-dire que nous affirmons la sainteté de l’Église. C’est une caractéristique qui est présente depuis le début dans la conscience des premiers chrétiens, qui s’appelaient tout simplement « les saints » (Ac 9,13.32.41 ; Rm 8,27 ; 1Co 6,1), parce qu’ils avaient la certitude que c’est l’action de Dieu, l’Esprit Saint, qui sanctifie l’Église.
Mais dans quel sens l’Église est-elle sainte, quand on voit que l’Église historique, dans son chemin tout au long des siècles, a connu tant de difficultés, de problèmes, de périodes sombres ? Comment une Église constituée d’êtres humains, de pécheurs, peut-elle être sainte ? Une Église faite d’hommes pécheurs, de femmes pécheresses, de prêtres pécheurs, de religieuses pécheresses, d’évêques pécheurs, de cardinaux pécheurs, d’un pape pécheur ? Tous. Comment une telle Église peut-elle être sainte ?
Pour répondre à cette question, je voudrais me laisser guider par un passage de la lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse. L’apôtre, en prenant comme exemple les relations familiales, affirme que « le Christ a aimé l’Église : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier » (5,25s). Le Christ a aimé l’Église, en se donnant tout entier sur la croix. Cela signifie que l’Église est sainte parce qu’elle procède de Dieu qui est saint. Il lui est fidèle ; il ne l’abandonne pas au pouvoir de la mort et du mal (Mt 16,18). Elle est sainte parce que Jésus Christ, le Saint de Dieu (Mc 1,24), est uni à elle de façon indissoluble (Mt 28,20). Elle est sainte parce qu’elle est guidée par l’Esprit Saint qui purifie, transforme, renouvelle. Elle n’est pas sainte du fait de nos mérites, mais parce que Dieu la rend sainte. Elle est le fruit de l’Esprit Saint et de ses dons. Ce n’est pas nous qui la rendons sainte, c’est Dieu, l’Esprit Saint, qui dans son amour rend l’Église sainte.
ou
Concile Vatican II Constitution sur l'Église dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 83,1 ; 82,4
« Malheureux êtes-vous, guides aveugles »
Pour construire la paix, la toute première condition est l'élimination des causes de discorde entre les hommes, car ce sont elles qui alimentent les guerres, à commencer par les injustices. Beaucoup de celles-ci proviennent d'inégalités excessives d'ordre économique, ainsi que du retard à y apporter les remèdes nécessaires. D'autres naissent de l'esprit de domination, du mépris des personnes et, si nous recherchons les causes plus profondes, de l'envie, de la méfiance, de l'orgueil et des autres sentiments égoïstes. Comme l'homme ne peut pas supporter tant de désordres, il s'ensuit que le monde, même lorsqu'il ne connaît pas les atrocités de la guerre, n'en est pas moins continuellement agité par des rivalités et des actes de violence. En outre, comme ces maux se retrouvent dans les rapports entre les nations elles-mêmes, il est absolument indispensable que...les institutions internationales développent et affermissent leur coopération et leur coordination, et que l'on provoque sans se lasser la création d'organismes promoteurs de paix.
L'Église du Christ, plongée dans les angoisses de notre temps..., n'abandonne pas pour autant une très ferme espérance. Elle veut, sans arrêt, à temps et à contretemps, présenter à notre époque le message qui lui vient des apôtres : « Voici maintenant le temps favorable » de la conversion des cœurs, « voici maintenant le jour du salut » (2Co 6,2).
ou
Dorothée de Gaza (v. 500- ?), moine en Palestine
Instructions, I, § 8-9 ; SC 92 (trad. SC p. 161 rev.)
Dieu nous appelle inlassablement à la conversion
La bonté de Dieu, comme je le répète souvent, n'a pas abandonné ceux qu'il a créés, mais elle se tourne encore vers eux et les rappelle de nouveau : « Venez à moi, vous qui êtes fatigués et accablés, je vous procurerai le repos » (Mt 11,28). C'est-à-dire : vous voilà fatigués, vous voilà malheureux, vous avez fait l'expérience du mal de votre désobéissance. Allons, convertissez-vous enfin ; vivez par l'humilité, vous qui étiez morts par l'orgueil...
Oh, mes frères, que ne fait pas l'orgueil, et quel pouvoir possède l'humilité ! Qu'avait-on besoin de tous ces détours ? Si dès le commencement, l'homme était resté humble et avait obéi à Dieu..., il ne serait pas tombé. Même après sa déchéance, Dieu lui a fourni une occasion de se repentir et d'obtenir miséricorde ; mais il a gardé la tête haute. Dieu, en effet, est venu lui dire : « Adam, où es-tu ? » (Gn 3,9), c'est-à-dire : « De quelle gloire es-tu tombé ? »... Puis il lui a demandé : « Pourquoi as-tu péché ? Pourquoi as-tu désobéi ? », voulant par là lui faire dire : « Pardonne-moi ». Mais...il n'y ni humilité ni repentir, mais le contraire. L'homme réplique : « La femme que tu m'as donnée s'est jouée de moi » (v. 12) ; il ne dit pas « ma femme » mais « la femme que tu m'as donnée », comme on dirait : « Le fardeau que tu m'as mis sur la tête ». Il en est ainsi, frères : quand un homme n'accepte pas de se voir pécheur, il ne craint pas d'accuser Dieu lui-même.
Dieu s'adresse ensuite à la femme et lui dit : « Pourquoi n'as-tu pas gardé, toi non plus, le commandement ? », comme s'il disait : « Toi au moins, dis : Pardonne-moi, pour que ton âme s'humilie et obtienne miséricorde ». Mais...la femme répond à son tour : « Le serpent m'a trompée » (v. 13), comme pour dire : « Si lui a péché, en quoi suis-je coupable, moi ? » Que faites-vous, malheureux ?... Reconnaissez votre faute ; ayez pitié de votre nudité ! Mais ni l'un ni l'autre n'a daigné se reconnaître pécheur.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église, Confessions, VII, 10
Le Christ nous appelle à voir la lumière sur nous-mêmes
Averti par mes lectures à faire un retour sur moi-même, je suis entré dans le fond de mon cœur, sous ta conduite. Je l’ai pu parce que tu t’es fait mon soutien. J'y suis entré, et j’ai vu, de je ne sais quel œil, plus haut que ma pensée, une lumière immuable. Ce n'était pas la lumière ordinaire que perçoivent les yeux du corps, ni une lumière du même genre mais plus puissante, plus éclatante, remplissant tout de son immensité. Non, ce n'était pas cela, mais une lumière différente, très différente de tout cela.
Elle n'était pas non plus au-dessus de ma pensée comme l'huile surnage au-dessus de l'eau, ni comme le ciel s'étend au-dessus de la terre. Elle était au-dessus parce que c’est elle-même qui m'a fait ; et moi au-dessous, parce que je suis son ouvrage. Pour la connaître, il faut connaître la vérité ; et celui qui la connaît, connaît l'éternité ; c'est la charité qui la connaît. Ô éternelle vérité, vraie charité, chère éternité ! Tu es mon Dieu, et je soupire après toi jour et nuit.
Quand j’ai commencé à te connaître, tu m’as élevé vers toi pour me montrer que j'avais encore bien des choses à comprendre et combien j'en étais encore incapable. Tu m'as fait voir la faiblesse de mes regards, en lançant sur moi ta splendeur, et j'ai frémi d'amour et d'effroi. J’ai découvert que j’étais loin de toi, dans la région de la dissemblance, et ta voix me venait, comme des hauteurs : « Je suis le pain des grands ; grandis, et tu me mangeras. Et ce n'est pas toi qui me changeras en toi, comme cela se passe pour la nourriture de ta chair ; mais toi, tu seras changé en moi ».
ou
Sainte Catherine de Gênes (1447-1510), laïque, mystique
Le Libre Arbitre (trad. Études carmélitaines 1959 ; cf Orval)
Dieu fait appel à notre liberté
Dieu incite l'homme à se lever du péché... Plus promptement l'homme reconnaît sa misère, plus vite aussi il s'humilie et s'abandonne à Dieu, connaissant que c'est à Dieu qu'il appartient de faire cette œuvre de conversion en lui. Il en prend conscience peu à peu par les inspirations continuelles que Dieu lui envoie, et voyant l'œuvre et l'avantage qu'il en retire il dit en lui-même : « Il me semble vraiment que Dieu n'ait pas autre choses à faire que de s'occuper de moi. Qu'elles sont douces et pleines d'amour les œuvres de Dieu sur nous ! » ...
Dès cette vie, servir Dieu est en vérité régner. Quand Dieu délivre l'homme du péché qui le rend esclave, il le dégage de toute servitude et il l'établit dans une vraie liberté. Autrement l'homme va toujours de désir en désir sans jamais s'apaiser ; plus il a plus il voudrait avoir ; cherchant à se satisfaire, jamais il n'est content. En effet, quiconque a un désir en est possédé ; à cette chose qu'il aime, il s'est vendu ; cherchant sa liberté, suivant ses appétits avec offense de Dieu, il s'en rend esclave sans fin.
Considère donc la force et la puissance de notre libre arbitre qui renferme en soi deux choses si opposées et si contraires l'une à l'autre : la vie ou la mort éternelles. Il ne peut être violenté par aucune créature s'il ne le veut pas ; c'est pourquoi, tant que ce sera en ton pouvoir, réfléchis bien et prends garde à ce que tu fais.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
PPS vol. 5, n° 22 : The Thought of God, the Stay of the Soul
Venir à Dieu dans le vrai repentir
Le sentiment de la présence de Dieu n'est pas seulement le fondement de la paix dans une bonne conscience ; il est aussi le fondement de la paix dans le repentir. À première vue, il peut paraître étrange que le repentir du pécheur puisse comporter réconfort et paix. Certes l'Évangile promet de tourner toute peine en joie ; il nous faut nous réjouir jusque dans la douleur, la faiblesse et le mépris. « Nous nous glorifions dans nos tribulations, dit l'apôtre Paul, car l'amour a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné » (Rm 5,3). Mais s'il y a une peine qui puisse paraître un malheur absolu, s'il reste un malheur sous le règne de l'Évangile, c'est bien -- pourrait-on croire -- la conscience d'avoir malmené l'Évangile. S'il y a un moment où la présence du Très-Haut puisse sembler intolérable, ce serait le moment où nous prenons subitement conscience d'avoir été ingrats et rebelles par rapport à lui.
Et cependant, il n'existe pas de repentir vrai sans la pensée de Dieu. L'homme repentant a au cœur la pensée de Dieu parce qu'il le cherche ; et il le cherche parce qu'il est poussé par l'amour. C'est pourquoi la douleur même d'avoir offensé Dieu doit comporter en elle une vraie douceur, celle de l'amour. Qu'est-ce que le repentir, sinon l'élan du cœur qui nous porte à nous livrer à Dieu, pour le pardon comme pour la correction, à aimer sa présence pour elle-même, à trouver la correction qui vient de lui meilleure que le repos et la paix que le monde pourrait nous offrir sans lui ? Tant que l'enfant prodigue restait aux champs avec les porcs, il ressentait la douleur, mais pas le repentir, le remords seulement. Mais quand il a commencé à éprouver un vrai repentir, cela l'a amené à se lever, à aller vers son père, et à lui confesser son péché, et son cœur a été délivré de sa misère. Le remords, ce que l'apôtre Paul appelle « le chagrin de ce monde » produit la mort (2Co 7,10). Au lieu de venir à la source de toute vie, au Dieu de toute consolation, ceux qui sont pleins de remords ne font que ressasser leurs propres idées ; ils ne peuvent confier leur douleur à personne... Nous avons besoin d'un soulagement pour notre cœur, afin qu'il sorte de ses ténèbres et de sa morosité... Rien de moins que la présence de Dieu est notre vrai refuge.
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L'Épître dite de Barnabé (vers 130) §19 (trad. Quéré, Pères apostoliques, Seuil 1980, p. 215 rev)
Le Christ nous appelle à choisir la voie qui conduit à son Royaume (Mt 7,13)
Il existe deux voies d'enseignement et d'action : celle de la lumière et celle des ténèbres. L'écart est grand entre ces deux voies. Sur l'une sont postés les anges de Dieu, porteurs de lumière, sur l'autre, les anges de Satan...
Voici la voie de la lumière. Que celui qui veut y cheminer jusqu'au but assigné s'applique à sa tâche. Voici la connaissance qui nous a été donnée pour nous diriger dans cette voie : tu aimeras celui qui t'a créé, tu craindras celui qui t'a façonné, tu glorifieras celui qui t'a racheté de la mort, tu seras simple de cœur et riche d'esprit. Tu ne t'attacheras pas à ceux qui foulent le chemin de la mort... Tu ne t'élèveras pas, mais tu seras humble toujours. Tu ne tireras gloire de rien, tu ne trameras pas de mauvais desseins contre ton prochain... Tu ne feras pas acception des personnes en reprenant leurs fautes. Tu resteras doux et paisible, et tu seras dans la crainte devant les paroles que tu as entendues. Tu ne garderas pas rancune à ton frère.
Tu ne t'interrogeras pas sur ce que demain réserve. Tu n'invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ; tu aimeras ton prochain plus que ta vie. Tu ne pratiqueras pas l'avortement, et tu ne feras pas mourir le nouveau-né... Tu accueilleras les événements de ta vie comme des bienfaits, en sachant que rien n'arrive en dehors de Dieu...
Tu partageras tout avec ton prochain, sans rien appeler ton bien propre (Ac 4,32). Car si vous mettez en commun les biens incorruptibles, combien plus les biens périssables... Jusqu'à la fin, tu haïras le mal... Tu jugeras avec équité. Tu ne créeras pas la division, mais tu rétabliras la paix en réconciliant les adversaires. Tu confesseras tes péchés. Tu ne viendras pas à la prière avec une conscience mauvaise.
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Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
Ep 3, 698 ; AP (in Buona giornata, trad. Une Pensée, Madiaspaul, 1991,p.61)
Le Christ nous appelle à la conversion
Devant les tentations, comporte-toi en femme forte et combats avec l'aide du Seigneur. Si tu tombes dans le péché ne reste pas là, découragée et abattue. Humilie-toi, mais sans perdre courage ; abaisse-toi, mais sans te dégrader ; verse des larmes de contrition sincères pour laver tes imperfections et tes fautes, mais sans perdre confiance en la miséricorde de Dieu, qui sera toujours plus grande que ton ingratitude. Prends la résolution de te corriger, mais sans présumer de toi-même, car c'est en Dieu seul que tu dois mettre ta force ; enfin, reconnais sincèrement que si Dieu n'était pas ton armure et ton bouclier, ton imprudence t'aurait entraînée à commettre toutes sortes de péchés.
Ne t'étonne pas de tes faiblesses. Accepte-toi plutôt comme tu es ; rougis de tes infidélités envers Dieu, mais fais-lui confiance, et abandonne-toi tranquillement à lui, comme un petit enfant dans les bras de sa mère.
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Saint Clément de Rome, pape de 90 à 100 environ
Lettre aux Corinthiens, § 7-13 ; PA 1, 108-110
« Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2,12)
Parcourons tous les âges et nous apprendrons que, de génération en génération, le Maître a offert la possibilité de se convertir à tous ceux qui voulaient se tourner vers lui. Noé prêcha la conversion, et ceux qui l'écoutèrent furent sauvés. Jonas annonça aux Ninivites la destruction qui les menaçait ; ils se repentirent de leurs péchés, ils apaisèrent Dieu par leurs supplications et ils obtinrent le salut, bien qu'étrangers à Dieu...
Par sa volonté toute-puissante, il veut faire participer tous ceux qu'il aime à la conversion. C'est pourquoi nous devons obéir à sa magnifique et glorieuse volonté. Implorons humblement sa miséricorde et sa bonté ; confions-nous à sa compassion en abandonnant les préoccupations frivoles, la discorde et la jalousie qui ne conduisent qu'à la mort...
Restons humbles, mes frères, rejetons tous les sentiments d'orgueil, de jactance, de vanité et de colère... Attachons-nous fermement aux préceptes et aux commandements du Seigneur Jésus, nous rendant dociles et humbles devant ses paroles. Car voici ce que dit la parole sainte : « Vers qui tournerai-je mon regard, sinon vers l'homme doux, pacifique, qui tremble à mes paroles ? » (Is 66,2).
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La Règle du Maître, règle monastique du 6ème siècle
Prologue, 1-14 ; SC 105
Le carrefour dans notre cœur : « Il est large, le chemin qui conduit à la perdition… ; il est resserré, le chemin qui conduit à la vie » (Mt 7,13-14)
Homme, toi d'abord qui lis cette règle à la communauté à haute voix et toi ensuite qui m’écoutes en écoutant cette lecture, laisse à présent tes autres pensées de côté ; sache que lorsque je te parle, c’est Dieu qui t'avertit par ma bouche. Nous devons aller à lui, le Seigneur Dieu, de notre plein gré, par nos bonnes actions et nos intentions droites ; sinon ce sera malgré nous, à cause de notre négligence de pécheurs, que nous serons appelés à comparaître devant lui et emportés par la mort… Le temps qui nous reste à vivre, nous le vivons comme un sursis, alors que chaque jour la bonté de Dieu attend de nous des progrès ; elle nous veut meilleurs aujourd'hui qu’hier.
Toi qui m'écoutes, sois bien attentif : ainsi mes paroles…, cheminant par l’application de ton esprit, parviendront au carrefour de ton cœur. Quand tu seras à ce carrefour…, laisse derrière toi la voie du mal qui est celle de ton ignorance, et place-toi devant les deux voies qui s'ouvrent à toi : ce sont les deux façons d’observer les préceptes du Seigneur. Nous qui cherchons la voie qui mène à Dieu, arrêtons-nous à ce carrefour dans notre cœur et examinons ces deux voies, ces deux façons de comprendre, qui s’offrent à nous. Examinons par laquelle de ces deux voies nous pouvons parvenir à Dieu. Si nous continuons à gauche, nous avons à craindre — car cette voie est large — que ce ne soit plutôt celle qui mène à la perdition. Si nous tournons à droite, nous sommes sur le bon chemin, car cette voie est étroite, et c'est elle qui mène les serviteurs assidus à leur Seigneur en personne… Conforme-toi donc à ce que tu entends, avant que tu ne quittes la lumière de ce monde, car tu n’y reviendras pas, sinon à la résurrection. Et à la résurrection, si tu as bien agi ici-bas dans le temps présent, tu seras destiné avec les saints à la gloire éternelle.
TEMPS ORDINAIRE XXI - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Les « instruments des bonnes œuvres » (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 180-184; rev.)
La perfection est intérieure
Il faut nous prémunir contre une certaine conception erronée de la perfection, qui se rencontre parfois chez des âmes peu éclairées. Il arrive que celles-ci placent toute la perfection dans l’observation purement extérieure et matérielle des prescriptions. Bien que le mot que je vais employer soit sévère, je n’hésite pas à le prononcer : le préjugé susdit confinerait ou risquerait de conduire au pharisaïsme ; et il y aurait là un grand danger. (…)
Les pharisiens passaient aux yeux de la foule pour de saints personnages ; ils s’estimaient eux-mêmes saints, et faisaient consister toute leur perfection dans l’exactitude aux observances extérieures. Vous savez aussi que leur fidélité à la lettre et leur ponctualité étaient si méticuleuses que les exemples qu’on donne de leur formalisme sont parfois risibles. Non contents de garder ainsi scrupuleusement la loi de Moïse, qui constituait déjà un lourd fardeau, ils y ajoutaient tout un catalogue de prescriptions de leur cru, ce que Notre-Seigneur appelait des « traditions humaines » (Mc 7,8). Tout cela était extérieurement si bien observé qu’on n’avait sous ce rapport rien à leur reprocher : impossible de trouver des disciples de Moïse plus corrects (…)
Vous me direz : Ne devons-nous pas observer tout ce qui est prescrit ? Certainement, nous le devons. (…) Seulement, retenons bien ceci : ce qui importe dans notre observance, c’est le principe intérieur par lequel nous l’animons. Les Pharisiens observaient toutes choses exactement, mais c’était pour être vus et recueillir les applaudissements de la foule et cette déviation morale gâtait à fond toutes les œuvres. Quant à l’observance extérieure, gardée mathématiquement, mais pour elle-même et sans rien qui l’ennoblisse, disons tout au moins qu’elle n’est aucunement la perfection. Il faut que la vie intérieure soit l’âme de notre fidélité extérieure. Celle-ci doit être le résultat, le fruit et la manifestation des sentiments de foi, de confiance et d’amour qui régissent notre cœur.
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Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels, 25/01/1937 (trad. Cerf 2008, p. 307)
Le Christ nous appelle tous à la conversion
Nous n’avons pas de vertu, pas parce que c’est difficile, mais parce que nous ne voulons pas. Nous n’avons pas de patience, parce que nous ne voulons pas. Nous n’avons pas de tempérance, parce que nous ne voulons pas. Nous n’avons pas de chasteté, pour la même raison. Si nous le voulions, nous serions saints, et c’est beaucoup plus difficile d’être ingénieur que d’être saint. Si nous avions la foi !...
Vie intérieure, vie de l’esprit, vie d’oraison : mon Dieu, que ça doit être difficile ! Pas du tout. Enlève de ton cœur ce qui gêne, et tu y trouveras Dieu. Avec ça, le travail est fait. Très souvent nous cherchons ce qu’il n’y a pas, et, par contre, nous passons à côté d’un trésor que nous ne voyons pas. C’est pareil avec Dieu, que nous cherchons…dans un maquis de choses, qui plus elles sont compliquées, plus elles nous semblent meilleures. Et pourtant, Dieu nous le portons en dedans, et là, nous ne le cherchons pas ! Recueille-toi au dedans de toi-même ; regarde ton néant ; regarde le néant du monde ; mets-toi au pied d’une croix et, si tu es simple, tu verras Dieu…
Si Dieu n’est pas en notre âme, c’est parce que nous ne voulons pas. Nous avons un tel amoncellement d’attentions, de distractions, de penchants, de désirs, de vanités, de présomptions, nous avons tellement de monde en nous, que Dieu s’éloigne. Dès qu’on le veut, Dieu remplit l’âme de telle manière qu’il faut être aveugle pour ne pas le voir. Une âme veut-elle vivre selon Dieu ? Qu’elle enlève tout ce qui n’est pas lui, et c’est fait. C’est relativement facile. Si nous le voulions, si nous le demandions à Dieu avec simplicité, nous ferions de grands progrès dans la vie de l’esprit. Si nous le voulions, nous serions des saints, mais nous sommes si bêtes que nous ne voulons pas ; nous préférons perdre le temps en des vanités stupides.
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Catéchisme de l'Église catholique § 1455-1458
« Purifie d'abord l'intérieur de la coupe »
La confession des péchés (l'aveu), même d'un point de vue simplement humain, nous libère et facilite notre réconciliation avec les autres. Par l'aveu, l'homme regarde en face les péchés dont il s'est rendu coupable ; il en assume la responsabilité et par là, il s'ouvre de nouveau à Dieu et à la communion de l'Église afin de rendre possible un nouvel avenir. L'aveu au prêtre constitue une partie essentielle du sacrement de pénitence... : « Lorsque les fidèles du Christ s'efforcent de confesser tous les péchés qui leur viennent à la mémoire, on ne peut pas douter qu'ils les présentent tous au pardon de la miséricorde divine... [Mais] ' si le malade rougit de découvrir sa plaie au médecin, la médecine ne soigne pas ce qu'elle ignore '« (Concile de Trente ; S. Jérôme)
D'après le commandement de l'Église, « tout fidèle parvenu à l'âge de la discrétion doit confesser au moins une fois par an les péchés graves dont il a conscience »... Sans être strictement nécessaire, la confession des fautes quotidiennes (péchés véniels) est néanmoins vivement recommandée par l'Église. En effet, la confession régulière de nos péchés véniels nous aide à former notre conscience, à lutter contre nos penchants mauvais, à nous laisser guérir par le Christ, à progresser dans la vie de l'Esprit. En recevant plus fréquemment, par ce sacrement, le don de la miséricorde du Père, nous sommes poussés à être miséricordieux comme lui (Lc 6,36)...
« Quand tu commences à te repentir de ce que tu as fait, c'est alors que tes œuvres bonnes commencent, parce que tu accuses tes œuvres mauvaises. Le commencement des œuvres bonnes, c'est la confession des œuvres mauvaises. Tu ' fais la vérité ' et tu ' viens à la lumière '« (S. Augustin ; Jn 12,13).
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Commentaire de la 1ère lettre de Jean, VI, 3 ; SC 75 (trad. SC p. 283 rev.)
« Purifie d'abord l'intérieur »
« Mes enfants, nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. En agissant ainsi, nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité et devant lui nous aurons le cœur en paix. » (1Jn 3,18-19) Qu'est-ce à dire « devant lui » ? Là où voit Dieu. Voilà pourquoi le Seigneur lui-même dit dans l'Évangile : « Gardez-vous de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, pour être vus d'eux ; autrement vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est aux cieux » (Mt 6,1)... Te voilà devant Dieu, interroge ton cœur ; vois ce que tu as fait, et ce que tu as désiré en le faisant : ton salut ou une vaine gloire humaine ? Regarde au-dedans, car l'homme ne peut pas juger celui qu'il ne peut pas voir. Si nous apaisons notre cœur, apaisons-le devant Dieu.
« Car si notre cœur nous condamne », c'est-à-dire s'il nous accuse intérieurement, parce que nous n'avons pas agi avec l'intention que nous devions avoir, « Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout » (v. 20). Tu caches aux hommes le fond de ton cœur ; cache-le à Dieu, si tu peux ! Comment le lui cacherais-tu, lui à qui un pécheur plein de crainte ou de repentir disait : « Où aller loin de ton esprit ? Où fuir loin de ta face ? »... Où Dieu n'est-il pas en effet ? « Si je monte aux cieux, tu y es ; si je descends aux enfers, tu es là » (Ps 138,7-8). Où aller ? Où fuir ? Veux-tu un conseil ? Si tu veux le fuir, fuis vers lui. Fuis vers lui en te confessant à lui, non en te cachant de lui : en effet, tu ne peux pas te cacher de lui, mais tu peux lui confesser tes fautes. Dis lui : « Tu es mon refuge » (Ps 31,7) ; et nourris en toi l'amour, qui seul conduit à la vie.
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Saint Pierre Damien (1007-1072), ermite puis évêque, docteur de l'Église, Opuscule 51 ; PL 145, 749s (trad. Migne 1992, p. 125 rev.)
« Vous avez négligé ce qu’il y a de plus grave dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité »
Si tu veux cheminer correctement, avec discrétion et avec fruit sur la route de la vraie religion, tu dois être austère et rigide avec toi-même, mais paraître toujours joyeux et ouvert avec les autres, t'efforçant en ton cœur de cheminer sur les sommets de la droiture, tout en sachant t'abaisser avec bonté vers les faibles. Bref, devant le jugement de ta conscience, tu dois modérer les rigueurs de la justice, de telle sorte que tu ne sois pas dur pour les pécheurs, mais accessible au pardon et indulgent…
Estime ton péché dangereux et mortel ; celui des autres, nomme-le fragilité de la condition humaine. La faute que tu estimes chez toi digne d’une correction sévère, pense que, chez les autres, elle ne mérite qu’un petit coup de baguette. Ne sois pas plus juste que le juste : crains de commettre le péché, mais n'hésite pas à pardonner au pécheur. La vraie justice n'est pas celle qui précipite les âmes des frères dans le piège du désespoir... Il est bien dangereux le feu qui, en brûlant des buissons, menace d'embraser la maison elle-même avec l'ardeur de ses flammes. Non, celui qui épluche volontiers les défauts des autres n'évitera pas le péché, car, même s'il est mû par le zèle de la justice, tôt ou tard, il se laissera aller au dénigrement.
Évidemment, si notre vie ne nous paraissait pas si brillante, celle des autres ne nous semblerait pas si laide. Et si, comme il le faudrait, nous étions pour nous des juges sévères, les fautes d'autrui ne trouveraient pas en nous des censeurs aussi rigoureux.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur Josué, n°5, 2 (trad. SC 71, p. 167)
« Purifie d'abord l'intérieur de la coupe »
Partons en guerre comme Josué ; prenons d'assaut la cité la plus considérable de ce monde –- la malice –- et détruisons les murailles orgueilleuses du péché. Regarderais-tu alentour quel chemin il faut prendre, quel champ de bataille il faut choisir ? Tu vas sans doute trouver mes paroles étonnantes ; elles sont vraies pourtant : limite tes recherches à toi seul. En toi est le combat que tu vas livrer ; à l'intérieur de toi l'édifice de malice qu'il faut saper ; ton ennemi sort du fond de ton cœur.
Ce n'est pas moi qui le dis, mais le Christ ; écoute-le : « C'est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les paroles injurieuses » (Mt 15,19). Réalises-tu la puissance de cette armée ennemie qui s'avance contre toi du fond de ton cœur ? Les voilà, nos ennemis à massacrer au premier combat, à terrasser en première ligne. Si nous sommes capables de renverser leurs murailles et de les exterminer jusqu'à ce qu'il n'en reste aucun pour le raconter, aucun pour reprendre haleine (Jos 11,14), s'il n'en est plus un seul pour reprendre vie et pour resurgir dans nos pensées, alors Jésus nous donnera le grand repos.
ou
Saint Jean Eudes (1601-1680), prêtre, prédicateur, fondateur d'instituts religieux
Cœur admirable, ch. 12 (cf. Tournay)
« Purifie d'abord l'intérieur »
Ô mon Dieu, que votre amour est admirable vers nous ! Vous êtes infiniment digne d'être aimé, loué et glorifié ! Nous n'avons point de cœur ni d'esprit qui en soit digne ; votre sagesse et votre bonté nous ont donné un moyen de le faire : c'est que vous nous avez donné l'Esprit et le cœur de votre Fils pour être notre propre esprit et notre propre cœur, selon la promesse que vous nous avez faite par votre prophète : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau » (Ez 36,26). Et pour que nous sachions quel était ce cœur et cet esprit nouveau, vous avez ajouté : « Je mettrai mon Esprit », qui est mon cœur, « en vous » (v.27). Il n'y a que l'Esprit et le cœur d'un Dieu qui soient dignes d'aimer et louer un Dieu, capables de le bénir et aimer autant qu'il doit l'être. C'est pourquoi vous nous avez donné votre cœur, le cœur de votre Fils Jésus, comme aussi le cœur de sa divine mère et celui de tous les saints et des anges, qui tous ensemble ne sont qu'un seul cœur, comme la tête et les membres ne font qu'un corps (Ep 4,15)...
Renoncez donc, frères, à votre propre cœur, à votre propre esprit, à votre propre volonté et à votre amour-propre. Donnez-vous à Jésus, pour entrer dans l'immensité de son cœur, qui contient celui de sa mère et celui de tous les saints, pour vous perdre dans cet abîme d'amour, d'humilité et de patience. Si vous aimez votre prochain et avez une action de charité à faire, aimez-le et faites pour lui ce que vous devez dans le cœur de Jésus. S'il est question de s'humilier, que ce soit dans l'humilité de ce cœur. S'il est question d'obéir, que ce soit dans l'obéissance de son cœur. S'il faut louer, adorer, remercier Dieu, que ce soit en union avec l'adoration, la louange et l'action de grâces qui nous sont données par ce grand cœur... Quoi que vous fassiez, faites toutes choses dans l'esprit de ce cœur en renonçant au vôtre, en vous donnant à Jésus pour agir dans l'Esprit qui anime son cœur.
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Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur l’évangile de Luc, n°21 ; PG 13, 1855 ; SC 87 (trad. Orval rev.)
« Purifie d’abord l’intérieur » : préparer un chemin dans notre cœur
Nous lisons cette parole chez le prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez un chemin au Seigneur ! Redressez ses sentiers » (40,3). Le Seigneur veut trouver en vous un chemin par où il pourra entrer dans vos cœurs et y cheminer. Préparez-lui ce chemin ; redressez ses sentiers… Quel chemin allons-nous préparer au Seigneur ? Est-ce un chemin matériel ? Mais la Parole de Dieu peut-elle emprunter un tel chemin ? Ne faut-il pas plutôt préparer au Seigneur un chemin intérieur et tracer dans notre cœur des routes droites et unies ? Oui, voilà le chemin par où la Parole de Dieu pourra entrer pour s'installer dans le cœur humain capable de l'accueillir.
Qu'il est grand, le cœur de l'homme ! Quelle largeur et quelle capacité, pourvu qu'il soit pur ! Veux-tu connaître sa grandeur et sa largeur ? Regarde l'étendue des connaissances divines qu'il contient. Ce cœur le dit lui-même : « Dieu m’a donné une vraie connaissance de ce qui est : il m’a fait connaître la structure du monde et l'activité des éléments, le commencement, la fin et le milieu des temps, les alternances des solstices et les changements des saisons, les cycles de l'année et les positions des astres, la nature des animaux et les instincts des bêtes sauvages, le pouvoir des esprits et les pensées des hommes, les variétés de plantes et les vertus des racines » (Sg 7,17-20). Tu vois qu’il n’est pas petit, le cœur de l’homme qui embrasse tant de choses…
Or, s'il n'est pas petit et s'il peut saisir tant de choses, on peut y préparer un chemin au Seigneur et y tracer une route droite où cheminera la Parole, la Sagesse de Dieu (1Co 1,24). Prépare un chemin au Seigneur par une bonne conscience, aplanis la route pour que le Verbe de Dieu marche en toi sans heurts et te donne la connaissance de ses mystères et de sa venue.