TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°15,26 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 250)
Comment aller à la rencontre du Christ, Roi éternel ?
Comment entrerons-nous dans le royaume ? « J’ai eu faim, dit Jésus, et vous m’avez donné à manger » (Mt 25,35). Apprenez la route, Il n’y a pas ici à recourir à l’allégorie, mais à accomplir les paroles. « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; soif et vous m’avez abreuvé ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venu à moi » (Mt 25,35-36). Si tu fais cela, tu auras ta part au royaume, mais si tu ne le fais pas, tu seras condamné. Déjà donc, commence à accomplir ces œuvres et persévère dans la foi.
Prends garde d’avoir, comme les vierges folles à acheter l’huile et d’être forclos. Ne sois pas tranquille si tu as seulement la lampe en main, mais aussi garde-la allumée. Que la lumière des bonnes œuvres brille devant les hommes, et que le Christ ne soit pas blasphémé à cause de toi ! Porte un vêtement d’incorruption en te distinguant par les bonnes œuvres. Et ce que tu reçois de Dieu pour l’administrer avec sagesse, administre-le profitablement. On t’a confié la parole qui instruit ? administre-la bien. Tu peux convertir les âmes de tes auditeurs ? Fais-le avec soin. Nombreuses sont les portes d’une bonne administration ou gestion.
Que nul de nous ne soit condamné et rejeté, pour qu’en toute confiance nous allions à la rencontre du Christ, Roi éternel qui règne dans les siècles. Car il règne dans les siècles, celui qui juge les vivants et les morts, et comme dit saint Paul : « Le Christ est mort et a revécu dans ce but : être le Seigneur des morts et des vivants » (Rm 14,9).
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
La pauvreté (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 274-275 ; rev.)
Que ton règne vienne !
Le Verbe est Roi, Roi du ciel et de la terre. Le Verbe vit et règne, en Dieu. Le Christ ne vit que là où il règne ; il est essentiellement Roi ; il vit en nous dans le degré où il domine tout en nous, où il règne sur nos facultés, où il commande à notre activité.
Quand en nous tout vient de lui, c'est-à-dire quand nous ne pensons plus que comme lui, quand nous ne voulons plus que ce qu’il veut, quand nous n’agissons que selon son bon plaisir, nous soumettons tout nous-même à ses pieds, alors il règne en nous. Tout ce qui est propre, personnel en nous, disparaît pour faire place aux pensées, aux vouloirs du Verbe divin. Il faut que cette domination du Christ en nous soit complète. Cent fois le jour, nous le demandons : « Que votre règne vienne ! » Oh ! Qu’il advienne, Seigneur, ce jour où vous régnerez entièrement en moi ; où aucun mobile propre ne gênera votre pouvoir en moi, où je serai comme vous, entièrement livré au Père, où aucune inspiration propre ne contristera en moi l’action de votre Esprit !
Ce jour-là, nous aurons déposé autant qu’il est en nous, nous aurons abaissé de notre mieux notre personnalité propre devant le règne du Christ. Il sera vraiment pour nous tout en toutes choses (cf. 1 Co 15,28). Moralement, nous n’aurons plus rien de propre, tout lui appartiendra, tout lui sera soumis, tout lui sera donné.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Prière en l’honneur du Roi eucharistique (Bulletin quotidien de l’Ufficio Stampa Vaticana, 24/01/1959)
« Tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père » (1Co 15,24)
Jésus, Roi des hommes et des siècles, accueille les hommages d'adoration et de louange que nous, tes frères d'adoption, nous t'adressons humblement. Tu es « le pain de Dieu qui donne la vie au monde » (Jn 6,33), à la fois grand prêtre et victime. Tu t'es immolé sur la croix pour la rédemption du genre humain, et aujourd'hui, par les mains de tes ministres, tu t'offres chaque jour sur les autels afin d'instaurer dans chaque cœur ton « Royaume de vie, de sainteté, de grâce, de justice, d'amour et de paix » (Préface de la fête).
Que ton Règne arrive, ô Roi de Gloire ! (Ps 23) Du haut de ton « trône de grâce » (He 4,16), règne sur le cœur des enfants afin qu'ils conservent sans tache le lis immaculé de l'innocence ; règne sur le cœur des jeunes afin qu'ils grandissent sains et purs, dociles à ceux qui te représentent au sein de la famille, à l'école, à l'église. Règne sur le foyer domestique afin que parents et enfants vivent en harmonie dans l'observance de ta très sainte Loi. Règne sur notre patrie afin que tous les citoyens, dans l'ordre et la compréhension entre les classes sociales, se sentent les fils du même Père céleste, appelés à coopérer au bien temporel de tous, heureux d'appartenir à l'unique corps mystique dont ton sacrement est à la fois le symbole et la source intarissable !
Règne enfin, ô « Roi des rois, Dieu des dieux, Seigneur des seigneurs » (Ap 19,16 ; Dt 10,17), sur toutes les nations de la terre et éclaire les responsables de chacune afin que, s'inspirant de ton exemple, ils nourrissent « des pensées de paix et non d'affliction » (Jr 29,11). Fais que tous les peuples, Jésus eucharistique, te servent en toute liberté, conscients de ce que « servir Dieu, c'est régner ».
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
La Trinité, 11, 38-39 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 268)
« Recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde »
« Le Christ remettra le Royaume à son Père » dit saint Paul (1Co 15,28), non pas en ce sens qu'il renoncerait à sa puissance en lui remettant son Royaume, mais parce que c'est nous qui serons le Royaume de Dieu, lorsque nous aurons été rendus conformes à la gloire de son corps... C'est nous qu'il remettra à Dieu, après nous avoir constitués « Royaume de Dieu » par la glorification de son corps. C'est nous qu'il remettra au Père, en tant que Royaume, selon ce qui est dit dans l'Évangile : « Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume qui vous a été préparé dès la création du monde ».
« Les justes brilleront alors comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Mt 13,43). Car le Fils livrera à Dieu comme étant son Royaume ceux qu'il a conviés à son Royaume, ceux à qui il a promis la béatitude propre à ce mystère par ces mots : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5,8)... Le Christ livre à Dieu le Royaume, et voici que ceux qu'il remet à son Père comme étant son Royaume voient Dieu. Le Seigneur lui-même a déclaré à ses apôtres en quoi consiste ce Royaume : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » (Lc 17,21).
Et si quelqu'un cherche à savoir qui est celui qui remet le Royaume, qu'il écoute : « Le Christ est ressuscité d'entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car la mort étant venue par un homme, c'est par un homme aussi que vient la résurrection » (1Co 15,20-21). Tout cela concerne le mystère du Corps, car le Christ est le premier ressuscité d'entre les morts... C'est donc pour le progrès de l'humanité assumée par le Christ que « Dieu sera tout en tous » (1Co 15,28).
ou
Saint Nicolas Cabasilas (v. 1320-1363), théologien laïc grec
La Vie en Jésus Christ, IV, 93-97, 102 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 268 rev ; cf SC 355, p. 343s)
« Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde »
« Après nous avoir lavés de nos péchés lui-même, le Christ s'est assis à la droite de la Majesté divine dans les cieux » (He 1, 3)... C'est donc pour nous servir qu'il est venu, de chez son Père, dans le monde. Et voici le comble : ce n'est pas seulement au moment où il apparaît sur terre revêtu de l'infirmité humaine qu'il se présente sous la forme de l'esclave et cache sa qualité de maître, mais plus tard aussi, au jour où il viendra dans toute sa puissance et paraîtra dans toute la gloire de son Père, lors de sa manifestation. Lors de son règne, est-il dit, « Il prendra la tenue de service, invitera ses serviteurs à se mettre à table et il les servira chacun à son tour » (Lc 12, 37). Voilà celui par qui règnent les souverains et gouvernent les princes !
C'est ainsi qu'il exercera sa royauté vraie et sans reproche... ; c'est ainsi qu'il entraîne ceux qu'il a soumis à son pouvoir : plus aimable qu'un ami, plus équitable qu'un prince, plus tendre qu'un père, plus intime que les membres, plus indispensable que le cœur. Il ne s'impose pas par la crainte, il n'asservit pas par un salaire. En lui seul il trouve la force de son pouvoir, par lui seul il s'attache ses sujets. Car régner par la crainte ou en vue d'un salaire, ce n'est pas gouverner par soi-même, mais par l'espoir d'un gain ou par menace...
Il faut que le Christ règne dans le sens propre de ce mot ; toute autre autorité est indigne de lui. Il a su y parvenir par un moyen extraordinaire... : pour devenir le vrai Maître, il embrasse la condition de l'esclave et se fait le serviteur des esclaves, jusqu'à la croix et la mort ; c'est ainsi qu'il ravit l'âme des esclaves et s'empare directement de leur volonté. Sachant que c'est là le secret de cette royauté, Paul écrit : « Il s'est abaissé lui-même, devenant obéissant jusqu'à la mort, la mort sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé » (Ph 2, 8-9)... Par la première création, le Christ est maître de la nature ; par la nouvelle création, il s'est rendu maître de notre volonté... C'est pourquoi il dit : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18).
ou
Pie XI, pape de 1922 à 1939
Encyclique Quas Primas, 1925
« Prince de la paix » (Is 6,5)
Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables -- une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix -- se répandraient infailliblement sur la société tout entière... Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu'ils commandent bien moins en leur propre nom qu'au nom et à la place du divin Roi, il est évident qu'ils useraient de leur autorité avec toute la vertu et la sagesse possibles. Dans l'élaboration et l'application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés ! ...
Alors les peuples goûteraient les bienfaits de la concorde et de la paix. Plus loin s'étend un royaume, plus il embrasse l'universalité du genre humain, plus aussi -- c'est incontestable -- les hommes prennent conscience du lien mutuel qui les unit. Cette conscience préviendrait et empêcherait la plupart des conflits ; en tout cas, elle adoucirait et atténuerait leur violence. Pourquoi donc, si le royaume du Christ s'étendait de fait comme il s'étend en droit à tous les hommes, pourquoi désespérer de cette paix que le Roi pacifique est venu apporter sur la terre ? Il est venu « tout réconcilier » (Col 1,20) ; « il n'est pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28). « Maître de toutes créatures » (Ep 1,10), il a donné lui-même l'exemple de l'humilité et a fait de l'humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale. Il a dit encore : « Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger » (Mt 11,30).
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église « Lumen gentium », § 13
Roi et Seigneur
Tous les hommes sont appelés à former en Jésus Christ le nouveau peuple de Dieu. En conséquence, ce peuple doit, sans cesser d'être un et unique, s'étendre au monde entier et à tous les siècles afin que s'accomplisse le dessein de Dieu..., qui a voulu rassembler en un seul corps ses enfants dispersés (Jn 11,52). À cette fin, Dieu a envoyé son Fils qu'il a constitué héritier de toutes choses (He 1,2) pour être Maître, Roi et Prêtre de l'univers, chef du peuple nouveau et universel des fils de Dieu. À cette fin aussi, Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils, qui est Seigneur et qui donne la vie (Credo) et qui est, pour toute l'Église et pour chacun des croyants, principe de rassemblement et d'unité dans « l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et les prières » (Ac 2,42).
En toutes les nations de la terre subsiste 1'unique Peuple de Dieu, puisque c'est de toutes les nations qu'il tire ses membres, citoyens d'un royaume dont le caractère n'est pas terrestre mais bien céleste. Car tous les fidèles dispersés à travers le monde sont en communion les uns avec les autres dans l'Esprit Saint... Mais comme « le Royaume du Christ n'est pas de ce monde » (Jn 18,36), l'Église, peuple de Dieu, en introduisant ce royaume, n'enlève rien au bien temporel des peuples, quels qu'ils soient. Au contraire, elle favorise et assume, dans la mesure où ces choses sont bonnes, les talents, les richesses, les coutumes des peuples, et en les assumant, les purifie, les renforce et les élève.
L'Église sait en effet qu'il lui faut resserrer ses rangs autour de ce Roi, car c'est à lui que les nations ont été données en héritage (Ps 2,8), c'est vers son royaume qu'afflueront richesses et présents (Ps 71,10 ; Is 60,4 ; Ap 21,24). Ce caractère d'universalité qui distingue le peuple de Dieu est un don du Seigneur lui-même qui porte l'Église catholique à s'employer sans arrêt à rassembler toute l'humanité et la totalité de ses biens sous le Christ Chef, en l'unité de son Esprit.
TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Homélie de saint Augustin (+ 430) : Commentaire sur l'évangile de Jean, 115, 2; CCL 36, 644-645.
Mon royaume n'est pas de ce monde
Écoutez donc, Juifs et Gentils; écoutez, circoncis et incirconcis; écoutez, tous les royaumes de la terre. Je ne m'oppose pas à votre exercice du pouvoir en ce monde, mon royaume n'est pas de ce monde (Jn 18, 36).
Ne vous laissez pas égarer par la peur, comme Hérode le Grand, qui fut frappé d'épouvanté quand on lui annonça la naissance du Christ. La peur, plus encore que la colère, déchaîna sa cruauté et, pour faire mourir Jésus, il ordonna le massacre de nombreux enfants (cf. Mt 2, 3.16). Mon royaume, dit le Christ, n'est pas de ce monde. Que voulez-vous savoir de plus? Venez dans le royaume qui n'est pas de ce monde; venez-y par la foi, et que la peur ne vous rende pas cruels!
Le Christ, il est vrai, dit dans un psaume prophétique, en parlant de son Père: Il m'a sacré roi sur Sion, sa sainte montagne (cf. ps 2, 6). Mais cette ville et cette montagne ne sont pas de ce monde. Qu'est-ce, en effet, que le royaume du Christ? Simplement ceux qui croient en lui, ceux à qui il dit: Vous n'êtes pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde (Jn 17, 16). Il veut pourtant qu'ils soient dans le monde. Aussi prie-t-il le Père pour eux: Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais (Jn 17, 15). Voilà pourquoi il ne dit pas: "Mon royaume n'est pas dans ce monde", mais: Mon royaume n'est pas de ce monde. Il le confirme ensuite en ajoutant: Si mon royaume était de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs (Jn 18, 36).
Il ne dit donc pas: "Mon royaume n'est pas ici", mais: Mon royaume n'est pas d'ici (Jn 18, 36). Car son royaume est établi ici-bas et il durera jusqu'à la fin des temps; il contiendra un mélange d'ivraie jusqu'à la moisson, qui est la fin du monde. Alors viendront les moissonneurs, qui sont les anges, et ils enlèveront tous ceux qui font tomber les autres. Ce qui serait impossible si son royaume n'existait pas ici-bas (cf. Mt 13, 38-41).
Pourtant, comme il est exilé dans le monde, il n'est pas d'ici. Le Christ dit en effet à ceux qui font partie de son royaume: Vous n'appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde (Jn 15, 19). Ils étaient donc du monde, quand ils n'étaient pas encore sujets du royaume, mais du prince de ce monde. Aussi, tous les hommes, bien que créés par le Dieu véritable, sont du monde en tant qu'issus de la race d'Adam, race corrompue et condamnée. Mais ceux d'entre eux qui sont régénérés dans le Christ forment le royaume qui n'est plus de ce monde.
Voilà comment Dieu nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé (Col 1, 13), ce royaume dont le Christ dit: Mon royaume n'est pas de ce monde, ou bien: Mon royaume n'est pas d'ici (Jn 18, 36).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
La Prière, 25 ; GCS 3, 356 (trad. bréviaire).
« Que ton règne vienne » (Mt 6,10)
Le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que « jamais le péché ne règne dans notre corps mortel ». Mais « faisons mourir en nous ce qui appartient encore à la terre », portons les fruits de l'Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci « trônera » en nous, « à la droite de la puissance spirituelle », que nous désirons recevoir, jusqu'à ce que tous ses ennemis qui sont en nous « deviennent l'escabeau de ses pieds », et que soit chassée loin de nous toute « principauté, puissance et souveraineté ».
Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu'à ce que « soit détruit le dernier ennemi, la mort », et que le Christ dise en nous : « Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? » Dès maintenant donc, « que ce qui est périssable en nous » devienne saint et « impérissable ; que ce qui est mortel...revête l'immortalité » du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le-bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.
(Références bibliques : Rm 6,12 ; Col 3,5 ; Gn 3,8 ; Mt 26,64 ; Ps 110,1 ; 1Co 15,24.26.55.53)
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Homélies sur S. Jean, no. 115
« Mon royaume de vient pas de ce monde »
Écoutez tous, juifs et gentils... ; écoutez, tous les royaumes de la terre ! Je n'empêche pas votre domination sur ce monde, « mon Royaume n'est pas de ce monde » (Jn 18,36). Ne craignez donc pas de cette crainte insensée qui a saisi Hérode quand on lui a annoncé ma naissance... Non, dit le Sauveur, « mon Royaume n'est pas de ce monde ». Venez tous à un Royaume qui n'est pas de ce monde ; venez-y par la foi ; que la crainte ne vous rende pas cruels. Il est vrai que, dans une prophétie, le Fils de Dieu dit en parlant du Père : « Par lui, j'ai été établi roi sur Sion, sur sa montagne sainte » (Ps 2,6). Mais cette Sion et cette montagne ne sont pas de ce monde.
Qu'est-ce en effet que son Royaume ? Ce sont ceux qui croient en lui, ceux à qui il dit : « Vous n'êtes pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde » (cf Jn 17,16). Et pourtant, il veut qu'ils soient dans le monde ; il prie son Père : « Je ne te demande pas de les retirer du monde mais de les garder du mal » (Jn 17,15). Car il n'a pas dit : « Mon Royaume n'est pas dans ce monde » mais bien : « Il n'est pas de ce monde ; s'il était de ce monde, mes serviteurs viendraient combattre pour que je ne sois pas livré ».
En effet, son Royaume est vraiment ici sur terre jusqu'à la fin du monde ; jusqu'à la moisson l'ivraie est mêlée au bon grain (Mt 13,24s)... Son Royaume n'est pas d'ici car il est comme un voyageur dans ce monde. À ceux sur qui il règne, il dit : « Vous n'êtes pas du monde, car je vous ai choisis du milieu du monde » (Jn 15,19). Ils étaient donc de ce monde, quand ils n'étaient pas encore son Royaume et qu'ils appartenaient au prince de ce monde (Jn 12,3)... Tous ceux qui sont engendrés de la race d'Adam pécheur appartiennent à ce monde ; tous ceux qui ont été régénérés en Jésus Christ appartiennent à son Royaume et ne sont plus de ce monde. « Dieu nous a en effet arrachés à la puissance des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé. » (Col 1,13)
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Le Chemin de la perfection, 22 (trad. OC, Cerf 1995, p. 783)
« Ma royauté ne vient pas de ce monde »
Tu es roi pour l'éternité, ô mon Dieu ; et ton royaume n'est pas un royaume d'emprunt. Lorsque l'on dit au Credo que « ton royaume n'aura pas de fin », il est rare que mon cœur n'en éprouve pas une joie toute particulière. Je te loue, Seigneur, je te bénis à jamais ! Enfin, ton royaume durera éternellement ! Ne tolère pas, mon Maître, qu'en t'adressant la parole on se croie permis de ne le faire que des lèvres... Il est clair qu'on n'aborde pas un prince avec le même laisser-aller qu'un paysan ou de pauvres femmes comme nous, qu'il est toujours permis de traiter sans façon.
Dans ma simplicité, je ne sais pas parler à ce divin Roi, mais son humilité est si grande qu'il ne manque pas de m'écouter et me permet d'approcher de lui. Ses gardes non plus ne me repoussent pas, car les anges qui l'entourent connaissent les goûts de leur Roi : ils n'ignorent pas que cette simplicité d'un petit berger bien humble, qui en dirait davantage -- le Roi voit bien -- s'il en savait davantage, lui est plus agréable que tous les raisonnements choisis des plus sages et des plus savants, quand l'humilité leur manque.
Mais si notre Roi est bon, ce n'est pas une raison pour que nous soyons discourtois. Et ne serait-ce que pour le dédommager de l'infection que lui apporte l'approche d'une personne telle que moi, il est juste que nous nous efforcions de bien connaître sa noblesse et sa grandeur. En vérité, il suffit de l'approcher pour en être instruit... Si, en approchant de lui, mes filles, vous réfléchissez, vous vous demandez à qui vous allez parler, ou à qui vous parlez déjà, mille vies comme les nôtres ne suffiront pas pour concevoir les égards que mérite un tel Seigneur. Celui devant qui les anges tremblent, qui commande à tout, qui peut tout, et pour qui vouloir c'est faire.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Le Chemin de la perfection, 22 (trad. Grégoire de Saint-Joseph, o.c.d. ; Éd. Seuil, p. 143s rev.)
« Ma royauté ne vient pas de ce monde »
Tu es roi pour l'éternité, mon Dieu (...) ; quand on dit dans le Credo que ton « royaume n'aura pas de fin », presque toujours j'en éprouve une joie toute particulière. Je te loue, Seigneur, je te bénis à jamais ! Enfin ton royaume durera éternellement ! Ne permets jamais, Maître, que ceux qui t'adressent la parole croient pouvoir le faire du bout des lèvres. (...) Assurément, quand on va trouver un prince, on ne lui parle pas avec le même laisser-aller qu'à un paysan ou qu'à une pauvre religieuse comme nous. De quelque façon qu'on nous parle, ce sera toujours bien.
Sans doute, l'humilité de notre roi est telle que malgré mon ignorance des règles du langage, il n'arrête pas de m'écouter et de me permettre d'approcher de lui. Ses gardes ne me repoussent pas, car les anges qui l'entourent n'ignorent pas que leur roi apprécie plus la simplicité d'un petit berger bien humble, qui dirait davantage s'il le pouvait, que tous les beaux raisonnements des plus grands savants et des lettrés, s'ils ne sont pas humbles.
Mais si notre roi est bon, ce n'est pas une raison de nous montrer grossiers. Ne serait-ce que pour lui témoigner ma gratitude de ce qu'il daigne supporter près de lui une personne aussi repoussante que moi, il est juste que je reconnaisse sa noblesse et sa grandeur. En vérité, il suffit de l'approcher pour comprendre cela. (...) Oui, approchez de lui, mes filles, mais songez et comprenez à qui vous allez parler, ou à qui vous parlez déjà. Après mille vies comme la nôtre vous n'arriverez pas encore à comprendre les égards que mérite un tel Seigneur, devant qui tremblent les anges. Il commande tout, il peut tout ; pour lui, vouloir c'est faire. Il est juste, mes filles, que nous cherchions à nous réjouir des grandeurs de notre Époux, que nous comprenions de qui nous sommes les épouses, et donc que nous sachions quelle doit être la sainteté de notre vie.
TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
5ème discours sur la Pâque ; PG 46, 683 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 367 rev.)
« Pilate dit... : ' Voici votre roi ' » (Jn 19, 14)
Béni soit Dieu ! Célébrons le Fils unique, le Créateur des cieux, qui est remonté après être descendu au profond des enfers et qui couvre la terre entière des rayons de sa lumière. Célébrons l'ensevelissement du Fils unique et sa résurrection comme vainqueur, la joie du monde entier et la vie de tous peuples...
Tout cela a été obtenu pour nous lorsque le Créateur s'est levé d'entre les morts, rejetant l'ignominie et transfigurant, dans sa splendeur divine, le périssable en impérissable. Quelle est cette ignominie qu'il a rejetée ? Isaïe nous le dit : « Sans beauté ni éclat nous l'avons vu et sans aimable apparence, rebut de l'humanité » (53, 2-3). Quand donc a-t-il été sans gloire ? Quand il portait sur les épaules le bois de la croix comme le trophée de sa victoire sur le diable. Lorsqu'on a mis sur sa tête une couronne d'épines, lui qui couronne ses fidèles. Lorsqu'ils ont revêtu de pourpre celui qui revêt d'immortalité ceux qui sont renés de l'eau et de l'Esprit Saint. Lorsqu'ils ont cloué au bois le maître de la vie et de la mort...
Mais celui qui était sans gloire a été transfiguré dans la lumière, et la joie du monde s'est réveillée avec son corps... « Le Seigneur est roi, il s'est vêtu de beauté ! » (Ps 92, 1) Quelle beauté a-t-il revêtue ? L'incorruptibilité, l'immortalité, la convocation des apôtres, la couronne de l'Église... Paul s'en fait le témoin, écoutons-le : « Il convenait que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité et ce qui est mortel l'immortalité » (1Co 15, 53). Le psalmiste dit aussi : « Ton trône est fixé dès l'origine, de tous temps c'est toi le Seigneur ; ton règne, un règne pour les siècles ; ton règne, un règne éternel qui ne sera pas détruit » (Ps 92, 2 ; 145, 13). Et encore : « Dieu règne, exulte la terre, que jubilent les îles nombreuses » (Ps 96, 1). À lui la gloire et la puissance, amen !
ou
Saint Jean Chrysostome (vers 345-407), évêque d'Antioche puis de Constantinople, docteur de l'Église : Homélie sur la croix et le larron, 1, 3-4 ; PG 49, 403 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 462)
« Une inscription était placée au-dessus de sa tête : ' Celui-ci est le roi ' »
« Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne ». Le larron n'a pas osé faire cette prière avant d'avoir déposé par son aveu le fardeau de ses péchés. Tu vois, chrétien, quelle est la puissance de la confession. Il a avoué ses péchés et le paradis s'est ouvert ; il a avoué ses péchés et il a eu assez d'assurance pour demander le Royaume après ses brigandages...
Tu veux connaître le Royaume ? Que vois-tu donc ici qui y ressemble ? Tu as sous les yeux les clous et une croix, mais cette croix même, disait Jésus, est bien le signe du Royaume. Et moi, en le voyant sur la croix, je le proclame roi. Ne revient-il pas à un roi de mourir pour ses sujets ? Lui-même l'a dit : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11). C'est également vrai pour un bon roi ; lui aussi donne sa vie pour ses sujets. Je le proclamerai donc roi à cause du don qu'il a fait de sa vie : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume. »
Comprends-tu maintenant comment la croix est le signe du Royaume ? Voici encore une autre preuve. Le Christ n'a pas laissé sa croix sur la terre, mais il l'a soulevée et emportée avec lui dans le ciel. Nous le savons parce qu'il l'aura près de lui quand il reviendra dans la gloire. Pour t'apprendre combien cette croix est digne de vénération, il a fait d'elle un titre de gloire... Lorsque le Fils de l'homme viendra, « le soleil s'obscurcira et la lune perdra son éclat ». Il régnera alors une clarté si vive que même les astres les plus brillants seront éclipsés. « Les étoiles tomberont du ciel. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme » (Mt 24, 29s). Tu vois quelle est la puissance du signe de la croix ?... Quand un roi entre dans une ville, les soldats prennent les étendards, les hissent sur leurs épaules et marchent devant lui pour annoncer son arrivée. C'est ainsi que des légions d'anges et d'archanges précéderont le Christ, lorsqu'il descendra du ciel. Ils porteront sur leurs épaules ce signe annonciateur de la venue de notre roi.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie 1 sur la croix et le larron, pour le Vendredi saint, 2 ; PG 49, 401 (trad. composite)
« Lorsque tu entreras dans ton Royaume »
Aujourd’hui le paradis fermé depuis des milliers d'années est ouvert pour nous ; en ce jour, à cette heure, Dieu y a introduit le larron. Il a accompli ainsi deux merveilles : il nous ouvre le paradis et il y fait entrer un voleur. Aujourd'hui Dieu nous a rendu notre vieille patrie, aujourd'hui il nous a ramenés dans la cité de nos pères, aujourd'hui il a ouvert une demeure commune à toute l'humanité. « Aujourd'hui, dit-il, tu seras avec moi dans le paradis. » Que dis-tu là, Seigneur ? Tu es crucifié, attaché avec des clous, et tu promets le paradis ? Oui, dit-il, afin que par la croix tu apprennes ma puissance…
Car ce n’est pas en ressuscitant un mort, en commandant à la mer et au vent, ni en chassant les démons qu'il a pu changer l’âme méchante du larron, mais c'est crucifié, attaché par des clous, couvert d'insultes, de crachats, de railleries et d'outrages, afin que tu voies les deux aspects de sa puissance souveraine. Il a ébranlé toute la création, il a fendu les rochers (Mt 27,51) ; et il a attiré à lui l’âme du larron, plus dure que la pierre, et l'a comblée d’honneur…
Certes, aucun roi ne permettrait jamais à un voleur ou à un autre de ses sujets de s’asseoir à côté de lui lorsqu'il fait son entrée dans sa ville. Mais le Christ l'a fait : quand il entre dans sa sainte patrie, il y introduit un voleur avec lui. En agissant ainsi…, il ne la déshonore pas par la présence d'un voleur ; bien au contraire, il honore le paradis, car c’est une gloire pour le paradis d'avoir un maître qui puisse rendre un voleur digne des délices qu’on y goûte. De même, lorsqu'il introduit les publicains et les prostituées dans le Royaume des cieux (Mt 21,31)…, c’est pour la gloire de ce lieu saint, car il lui montre que le maître du Royaume des cieux est si grand qu’il peut rendre aux prostituées et aux publicains toute leur dignité au point de mériter cet honneur et ce don. Nous admirons un médecin d’autant plus quand nous le voyons guérir des hommes souffrant de maladies réputées incurables. Il est donc juste d’admirer le Christ…lorsqu’il rétablit les publicains et les prostituées dans une telle santé spirituelle qu’ils deviennent dignes du ciel.
TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Le Héraut, Livre IV, SC 255 (Œuvres spirituelles, trad. J-M Clément, les moniales de Wisques et B. de Vregille, éd. du Cerf, 1978, p. 259, rev.)
Venir à Jésus dans l’humilité
[Gertrude dit au Seigneur] : « Hélas, mon bien-aimé, je n’ai rien qui soit digne de vous convenir, mais enfin, je sais bien que si je possédais tout ce que vous possédez, je voudrais renoncer à tout cela et vous le donner avec tant de libéralité que vous puissiez (…) en gratifier qui il vous plairait. » À quoi le Seigneur répondit avec bienveillance : « Si toi, tu trouves en ton cœur la disposition à agir ainsi envers moi, tu dois tenir pour très certain que, moi aussi, je désire te traiter de la sorte, et cela dans la proportion même où ma bonté et mon amour l’emportent sur les tiens. » Et elle : « Et quel titre aurai-je à me porter à votre rencontre, lorsque vous daignez venir à moi avec un tel flot de largesses ? — Je ne te demande rien, répondit le Seigneur, sinon de venir à moi toute vide et prête à recevoir, parce que tout ce qui me plaira en toi, tout cela tu l’auras reçu de moi comme un pur don. »
Elle comprit alors que ce vide était cette humilité par laquelle elle jugeait n’avoir absolument aucun mérite, ne pouvoir même faire quoi que ce fût sans un don gratuit de Dieu, et enfin estimer comme néant toutes ses possibilités.
ou
Théognoste, moine et prêtre
Sur l’action et la contemplation n° 1, 3, 10, 45, 62 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès)
Le trésor de l’humilité
Considère que tu as en toi la vertu véritable quand tu as parfaitement méprisé tout ce qui est sur la terre, en gardant ton cœur, grâce à une conscience pure, toujours prêt à partir vers le Seigneur. Si tu veux être connu de Dieu, sois ignoré des hommes autant qu’il est possible. (...)
Tiens-toi pour une fourmi et pour un ver dans tous tes sens, afin de devenir l’homme créé par Dieu. Car si tu ne fais pas d’abord cela, ceci ne saurait suivre. Autant tu descendras, autant tu t’élèveras : c’est quand tu te considères toi-même comme rien devant le Seigneur (cf. Ps 38(39),5-6 LXX), suivant le psalmiste, qu’alors tu es devenu grand, car tu es demeuré caché un peu de temps. Et c’est quand tu penses ne rien avoir et ne rien savoir que tu es riche d’action et de connaissance louables dans le Seigneur. (...)
Sauvé gratuitement, rends grâce à Dieu ton Sauveur. Mais si tu veux offrir des dons, offre avec reconnaissance, de ton âme veuve, les deux petites pièces, je veux dire l’humilité et l’amour. Et il les reçoit dans le trésor (cf. Mc 12,41-43) du salut, je le sais bien, plus que la multitude des vertus déposées par beaucoup. (...)
Car si le trésor des impassibles est fait de la réunion de toutes les vertus, la pierre précieuse de l’humilité a plus de valeur qu’elles toutes. Non seulement elle donne à celui qui la possède l’expiation auprès de Dieu, mais elle le fait aller avec les élus dans le lieu des noces de son Royaume.
ou
Saint Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditations sur les passages des saints évangiles relatifs à quinze vertus, Nazareth 1897-98 ; n°263 (Œuvres Spirituelles, Seuil, 1958, p. 174)
« Elle a donné tout ce qu'elle avait pour vivre »
Que vous êtes divinement bon, mon Dieu ! Si vous aviez appelé d'abord les riches, les pauvres n'auraient pas osé s'approcher de vous ; ils se seraient crus obligés de rester à l'écart à cause de leur pauvreté ; ils vous auraient regardé de loin, laissant les riches vous entourer. Mais vous avez appelé à vous tout le monde, tout le monde : les pauvres, puisque vous leur montrez par là, jusqu'à la fin des siècles, qu'ils sont les premiers appelés, les favoris, les privilégiés ; les riches, car d'une part, ils ne sont pas timides, de l'autre il dépend d'eux de devenir aussi pauvres que les bergers. En une minute, s'ils veulent, s'ils ont le désir d'être semblables à vous, s'ils craignent que leurs richesses les écartent de vous, ils peuvent devenir parfaitement pauvres.
Que vous êtes bon ! Comme vous avez pris le bon moyen pour appeler d'un seul coup autour de vous tous vos enfants, sans aucune exception ! Et quel baume vous avez mis jusqu'à la fin des siècles au cœur des pauvres, des petits, des dédaignés du monde, en leur montrant dès votre naissance qu'ils sont vos privilégiés, vos favoris, les premiers appelés -- les toujours appelés autour de vous qui avez voulu être un des leurs et être dès votre berceau et toute votre vie entouré par eux.
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Retraite faite à Nazareth, 1897 (in Œuvres spirituelles, Seuil 1958, p. 520)
Tout donner parce que le Christ a tout donné
Mon Seigneur Jésus, comme il sera vite pauvre celui qui, vous aimant de tout son cœur, ne pourra souffrir d'être plus riche que son Bien-aimé. Comme il sera vite pauvre celui qui, songeant que tout ce qu'on fait à un de ces petits on vous le fait, que tout ce qu'on ne leur fait pas on ne vous le fait pas (Mt 25,40.45), soulagera toutes les misères à sa portée. Comme il sera vite pauvre celui qui recevra avec foi vos paroles : « Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres. Bienheureux les pauvres. Quiconque aura quitté ses biens pour moi recevra ici-bas cent fois plus et au ciel la vie éternelle » (Mt 19,21.29 ; 5,3) et tant d'autres.
Mon Dieu, je ne sais s'il est possible à certaines âmes de vous voir pauvre et de rester volontiers riches, de se voir tellement plus grandes que leur maître, que leur Bien-aimé, de ne pas vouloir vous ressembler en tout, autant qu'il dépend d'elles, et surtout en vos abaissements... En tout cas moi, je ne puis concevoir l'amour sans un besoin impérieux de conformité, de ressemblance, et surtout de partage de toutes les peines, de toutes les difficultés, de toutes les duretés de la vie. Être riche, à mon aise, vivre doucement de mes biens, quand vous avez été pauvre, gêné, vivant péniblement d'un rude labeur, pour moi je ne le puis, mon Dieu ; je ne puis aimer ainsi.
Il ne convient pas que « le serviteur soit plus grand que le maître » (Jn 13,16), ni que l'épouse soit riche quand l'Époux est pauvre... Pour moi, il m'est impossible de comprendre l'amour sans la recherche de la ressemblance..., sans le besoin de partager toutes les croix.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Exhortation aux veuves, § 27s (trad. Solesmes 1980, p.118 rev.)
« Cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde »
Dans l'Évangile de Luc, le Seigneur enseigne comme il convient d'être miséricordieux et généreux envers les pauvres, sans s'arrêter à la pensée de sa pauvreté ; car la générosité ne se calcule pas d'après l'abondance du patrimoine, mais d'après la disposition à donner. C'est pourquoi la parole du Seigneur fait préférer à tous cette veuve dont il est dit : « Cette veuve a donné plus que tous ». Au sens moral, le Seigneur apprend à tout le monde qu'il ne faut pas se laisser détourner de faire le bien par la honte de la pauvreté, et que les riches n'ont pas à se glorifier parce qu'ils semblent donner plus que les pauvres. Une petite pièce prise sur peu de bien l'emporte sur un trésor tiré de l'abondance ; on ne calcule pas ce qui est donné mais ce qui reste. Personne n'a donné davantage que celle qui n'a rien gardé pour elle...
Cependant au sens mystique il ne faut pas oublier cette femme qui met deux pièces dans le tronc. Grande assurément cette femme, qui a mérité d'être préférée à tous par le jugement de Dieu ! Ne serait-ce pas elle qui a puisé dans sa foi les deux Testaments pour l'assistance des hommes ? Personne donc n'a fait davantage et aucun homme n'a pu égaler la grandeur de son don, puisqu'elle a uni la foi à la miséricorde. Toi aussi, qui que tu sois..., n'hésite pas à apporter au tronc deux pièces pleines de foi et de grâce.
ou
Saint Paulin de Nole (355-431), évêque, Lettre 34, 2-4 : PL 61, 345-346 (trad. Orval)
« Elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre »
Souvenons-nous de cette veuve qui, par souci des pauvres, s'oublia elle-même au point de donner tout ce qui lui restait pour vivre en pensant à la seule vie à venir, comme l'atteste le Seigneur lui-même. Les autres avaient donné de leur superflu, mais elle, plus pauvre peut-être que beaucoup de pauvres -- puisque toute sa fortune se réduisait à deux pièces de monnaie --, elle était dans son cœur plus riche que tous les riches.
Elle ne regardait que vers les richesses de la récompense éternelle ; désireuse des trésors célestes, elle renonça à tout ce qu'elle possédait comme à des biens venant de la terre et retournant à la terre (Gn 3, 19). Elle donna ce qu'elle avait pour posséder ce qu'elle ne voyait pas. Elle donna des biens périssables pour acquérir des biens immortels. Cette petite pauvre n'a pas oublié les moyens prévus et disposés par le Seigneur pour obtenir la récompense future. C'est pourquoi le Seigneur, lui non plus, ne l'a pas oubliée, et déjà le juge du monde a prononcé d'avance sa sentence : il fait l'éloge de celle qu'il doit couronner au jour du jugement.
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditations sur l'Évangile, 263 (in Œuvres spirituelles, Seuil 1958, p. 174)
« Ceux-là ont pris sur leur superflu..., mais elle, elle a pris sur son indigence »
Ne méprisons pas les pauvres, les petits... ; non seulement ce sont nos frères en Dieu, mais ce sont ceux qui imitent le plus parfaitement Jésus dans sa vie extérieure. Ils nous représentent parfaitement Jésus, l'ouvrier de Nazareth. Ils sont les aînés parmi les élus, les premiers appelés au berceau du Sauveur. Ils furent la compagnie habituelle de Jésus, de sa naissance à sa mort ; à eux appartenaient et Marie et Joseph et les apôtres... Bien loin de les mépriser, honorons-les, honorons en eux les images de Jésus et de ses saints parents ; au lieu de les dédaigner, admirons-les... Imitons-les, et puisque nous voyons que leur condition est la meilleure, celle qu'a choisie Jésus pour lui-même, pour les siens, celle qu'il a appelée la première autour de son berceau, celle qu'il a montrée par ses actes et ses paroles..., embrassons-la... Soyons de pauvres ouvriers comme lui, comme Marie, Joseph, les apôtres, les bergers, et si jamais il nous appelle à l'apostolat, restons dans cette vie aussi pauvres que lui-même y est resté, aussi pauvres qu'y est resté un saint Paul « son fidèle imitateur » (cf 1Co 11,1).
Ne cessons jamais d'être en tout des pauvres, des frères des pauvres, des compagnons des pauvres, soyons les plus pauvres des pauvres comme Jésus, et comme lui, aimons les pauvres et entourons-nous d'eux.
ou
Youssef Bousnaya (v. 869-979), moine syrien
Vie et doctrine de Rabban Youssef Bousnaya par Jean Bar Kaldoum (trad. Chabot in Deseille, Évangile au désert, Cerf 1999, p. 325 rev.)
« Il vit aussi une veuve indigente »
La miséricorde ne mérite pas d'être louée seulement à cause de l'abondance des bienfaits, mais quand elle procède d'une pensée droite et miséricordieuse. Il y a des gens qui donnent et distribuent beaucoup mais qui ne sont pas tenus pour miséricordieux devant Dieu, et il y a des gens qui n'ont rien, qui ne possèdent rien, et qui ont pitié de tous dans leur cœur. Ceux-ci sont considérés devant Dieu comme de parfaits miséricordieux, et ils le sont en effet. Ne dis donc pas : « Je n'ai rien à donner aux pauvres » ; ne t'afflige pas en croyant qu'à cause de cela tu ne peux pas être miséricordieux. Si tu as quelque chose, donne ce que tu as ; si tu n'as rien, donne, ne serait-ce qu'un morceau de pain sec, avec une intention vraiment miséricordieuse et cela sera considéré devant Dieu comme la miséricorde parfaite.
Notre Seigneur n'a pas loué ceux qui jetaient beaucoup dans le tronc des offrandes ; il a loué la veuve pour y avoir mis deux piécettes qu'elle avait prises de son indigence, avec une pensée droite, pour les jeter dans le trésor de Dieu. C'est l'homme qui a pitié de ses semblables dans son cœur qui est réputé miséricordieux devant Dieu ; une intention droite sans effet visible vaut mieux que beaucoup d'œuvres éclatantes sans intention droite.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Sermon sur le diable tentateur (trad. bréviaire)
« Elle a pris sur son indigence »
Voici cinq chemins de la conversion : d'abord la condamnation de nos péchés, puis le pardon accordé aux offenses du prochain ; le troisième consiste dans la prière ; le quatrième dans l'aumône ; le cinquième dans l'humilité. Ne reste donc pas inactif, mais chaque jour emprunte tous ces chemins ; ce sont des chemins faciles et tu ne peux pas prétexter ta misère.
Car, même si tu vis dans la plus grande pauvreté, tu peux abandonner ta colère, pratiquer l'humilité, prier assidûment et condamner tes péchés ; ta pauvreté ne s'y oppose nullement. Alors que sur ce chemin de la conversion il s'agit de donner ses richesses, même la pauvreté ne nous empêche pas d'accomplir le commandement. Nous le voyons chez la veuve qui donnait ses deux piécettes.
Voilà donc comment soigner nos blessures ; appliquons ces remèdes. Revenus à la vraie santé, nous nous approcherons hardiment de la table sainte et avec beaucoup de gloire nous irons à la rencontre du roi de gloire, le Christ. Obtenons les biens éternels par la grâce, la miséricorde et la bonté de Jésus Christ notre Seigneur.
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditations sur les Saints Évangiles
« Elle a tout donné »
« Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. » (Lc 23,46) C'est la dernière prière de notre Maître, de notre Bien-aimé. Puisse-t-elle être la nôtre. Et qu'elle soit non seulement celle de notre dernier instant, mais celle de tous nos instants : « Mon Père, je me remets entre vos mains ; mon Père, je me confie à vous ; mon Père, je m'abandonne à vous. Mon Père, faites de moi ce qu'il vous plaira ; quoi que vous fassiez de moi, je vous remercie ; merci de tout. Je suis prêt à tout, j'accepte tout, je vous remercie de tout, pourvu que votre volonté se fasse en moi, mon Dieu, pourvu que votre volonté se fasse en toutes vos créatures, en tous vos enfants, en tous ceux que votre cœur aime ; je ne désire rien d'autre, mon Dieu. Je remets mon âme entre vos mains, je vous la donne, mon Dieu, avec tout l'amour de mon cœur, parce que je vous aime, et que ce m'est un besoin d'amour de me donner, de me remettre en vos mains sans mesure. Je me remets entre vos mains avec une infinie confiance, car vous être mon Père. »
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditations sur les passages des saints évangiles relatifs à quinze vertus, Nazareth 1897-98 (in Œuvres spirituelles, 1958, p. 183)
Tout donner pour tout recevoir
Dieu n'a pas attaché le salut à la science, à l'intelligence, à la richesse, à une longue expérience, à des dons rares et que tous n'ont pas reçus, non. Il l'a attaché à ce qui est entre dans les mains de tous, d'absolument tous, des jeunes et des vieux, des humains de tout âge et de toute classe, de toute intelligence et de toute fortune. Il l'a attaché à ce que tous, tous absolument, peuvent lui donner, ce que chaque humain quel qu'il soit peut lui donner, moyennant un peu de bonne volonté : un peu de bonne volonté, c'est tout ce qu'il faut pour gagner ce ciel que Jésus attache à l'humilité, au fait de se faire petit, de prendre la dernière place, d'obéir, qu'il attache ailleurs encore à la pauvreté d'esprit, à la pureté de cœur, à l'amour de la justice, à l'esprit de paix, etc. (Mt 5,3s) Espérons, puisque par la miséricorde de Dieu le salut est si près de nous, entre nos mains, et qu'il nous suffit d'un peu de bonne volonté pour l'obtenir.
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditations sur l'Évangile (in Œuvres Spirituelles, Seuil, 1958, p. 174)
« Elle a donné tout ce qu'elle avait pour vivre »
Que vous êtes divinement bon, mon Dieu ! Si vous aviez appelé d'abord les riches, les pauvres n'auraient pas osé s'approcher de vous, ils se seraient crus obligés de rester à l'écart à cause de leur pauvreté, ils vous auraient regardé de loin, laissant les riches vous entourer. Mais...vous avez appelé à vous tout le monde : les pauvres, puisque vous leur montrez par là, jusqu'à la fin des siècles, qu'ils sont les premiers appelés, les favoris, les privilégiés ; les riches, car d'une part, ils ne sont pas timides, de l'autre il dépend d'eux de devenir aussi pauvres que les bergers. En une minute, s'ils veulent, s'ils ont le désir d'être semblables à vous, s'ils craignent que leurs richesses les écartent de vous, ils peuvent devenir parfaitement pauvres.
Que vous êtes bon ! Comme vous avez pris le bon moyen pour appeler d'un seul coup autour de vous tous vos enfants, sans aucune exception ! Et quel baume vous avez mis jusqu'à la fin des siècles au cœur des pauvres, des petits, des dédaignés du monde, en leur montrant dès votre naissance qu'ils sont vos privilégiés, vos favoris, les premiers appelés : les toujours appelés autour de vous qui avez voulu être un des leurs et être dès votre berceau et toute votre vie entouré par eux.
TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Audience générale du 26/06/2013 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« ‘ Détruisez ce Temple, en trois jours je le relèverai ’… Le Temple dont il parlait, c’était son corps »
L’antique Temple était édifié par les mains des hommes : on voulait « donner une maison » à Dieu, pour avoir un signe visible de sa présence au milieu du peuple. Avec l’incarnation du Fils de Dieu s’accomplit la prophétie de Nathan au roi David (2S 7,1s) : ce n’est pas le roi, ce n’est pas nous qui « donnons une maison à Dieu », mais c’est Dieu lui-même qui « construit sa maison » pour venir habiter parmi nous, comme l’écrit saint Jean dans son Évangile (1,14). Le Christ est le Temple vivant du Père, et le Christ lui-même construit sa « maison spirituelle », l’Église, faite non de pierres matérielles mais des « pierres vivantes » (1P 2,5) que nous sommes.
L’apôtre Paul dit aux chrétiens d’Éphèse : « La construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. En lui toute la construction s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint, dans le Seigneur. En lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit » (2,20s). C’est une très belle chose que cela ! Nous sommes les pierres vivantes de l’édifice de Dieu, unies profondément au Christ, qui est la pierre de soutien, ainsi que de soutien entre nous. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que le temple c’est nous, nous sommes l’Église vivante, le temple vivant et quand nous sommes tous ensemble parmi nous il y a aussi le Saint Esprit, qui nous aide à grandir comme Église. Nous ne sommes pas isolés, mais nous sommes peuple de Dieu : c’est cela l’Église !...
Je voudrais alors que nous nous demandions : comment vivons-nous notre manière d’être Église ? Sommes-nous des pierres vivantes ou sommes-nous, pour ainsi dire, des pierres lasses, ennuyées, indifférentes ? Avez-vous vu comme il est laid de voir un chrétien las, ennuyé, indifférent ? Un tel chrétien ne va pas, le chrétien doit être vivant, joyeux d’être chrétien ; il doit vivre cette beauté de faire partie du peuple de Dieu qui est l’Église.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur la lettre aux Romains, n°24 (trad. Bourguet, Matthieu médité, p. 188)
« Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas »
Plus le roi s'approche, plus il faut se préparer. Plus est proche le moment où l'on décernera le prix au combattant, mieux il faut combattre. Ainsi fait-on lors des courses : quand arrive le terme de la course et qu'on s'approche du but, on stimule davantage la fougue des chevaux. Voilà pourquoi Paul dit : « Maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons embrassé la foi. La nuit est avancée, le jour est tout proche » (Rm 13,11-12).
Puisque la nuit s'efface et que le jour apparaît, faisons les œuvres du jour ; laissons les œuvres des ténèbres. Ainsi fait-on en cette vie : quand nous voyons que la nuit cède le pas à l'aurore et que nous entendons chanter l'hirondelle, nous nous réveillons les uns les autres, bien qu'il fasse encore nuit... Nous nous empressons aux tâches du jour ; nous nous habillons après nous être arrachés au sommeil, pour que le soleil nous trouve prêts. Ce que nous faisons alors, faisons-le à présent : secouons tous nos rêves, arrachons-nous aux songes de la vie présente, sortons de notre profond sommeil et revêtons le vêtement de la vertu. C'est ce que nous dit clairement l'apôtre : « Rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons les armes de la lumière » (v. 12). Car le jour nous appelle à la bataille, au combat.
Ne sois pas effrayé en entendant ces mots de combat et de lutte ! Si revêtir une lourde armure matérielle est pénible, il est désirable par contre de revêtir l'armure spirituelle, car c'est une armure de lumière. Ainsi, tu brilleras d'un éclat plus resplendissant que le soleil, et tout en brillant d'un vif éclat, tu seras en sécurité, car ce sont des armes..., des armes de lumière. Alors ? Sommes-nous dispensés de combattre ? Non ! Il faut combattre, mais sans être accablés de fatigue et sans peine. Car c'est moins à une guerre que nous sommes conviés, qu'à une fête et à une réjouissance.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèses baptismales, n° 15 (trad. Bouvet, Soleil levant 1961, p. 330 rev.)
« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35)
Notre Seigneur Jésus Christ viendra des cieux et il viendra vers la fin de ce monde, au dernier jour ; car ce monde aura une fin, et ce monde créé sera renouvelé. Puisqu'en effet la corruption, le vol, l'adultère et les fautes de toutes sortes se sont répandues sur la terre et que « le sang versé succède au sans versé dans le monde » (Os 4, 2), pour que cette admirable demeure ne reste pas remplie d'injustice, ce monde passera et il en sera inauguré un plus beau...
Écoute ce que dit Isaïe : « Le ciel sera roulé comme un livre et toutes les étoiles tomberont comme des feuilles de vigne et comme tombent les feuilles de figuier » (Is 34, 4). L'Évangile dit aussi : « Le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera pas sa clarté et les étoiles tomberont du ciel » (Mt 24, 29). Ne nous chagrinons pas comme si nous étions seuls à devoir mourir : les étoiles aussi mourront, mais peut-être seront-elles ressuscitées. Le Seigneur roulera les cieux, non pas pour les détruire, mais pour les ressusciter plus beaux. Écoute parler David le prophète : « Au commencement, Seigneur, tu as fondé la terre, et les cieux sont l'œuvre de tes mains : ils périront, mais toi tu demeures... Tous vieilliront comme un manteau ; tu les rouleras comme un vêtement et ils seront changés » (Ps 101, 26-28)... Écoute encore parler le Seigneur : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35) ; c'est que le poids des choses créées n'égale pas celui des paroles de leur Maître.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien, Commentaire de l'évangile de Jean, 10, 39 ; PG 14, 369s (trad. Thèmes et Figures, DDB 1984, p. 138 rev. ; cf SC 157, p. 543)
« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu ? » (1Co 3, 16)
« Jésus dit aux juifs : ' Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai...' Il parlait du temple de son corps » (Jn 2, 21)... Certains pensent qu'il est impossible d'appliquer au corps du Christ tout ce qui est dit du Temple ; ils pensent que son corps a été appelé temple parce que, de même que le premier Temple était habité par la gloire de Dieu, ainsi le Premier-Né de toute créature est l'image et la gloire de Dieu (Col 1, 15) et que donc il est juste que son Corps, l'Église, soit appelé le temple de Dieu, parce qu'il contient l'image de la divinité... Nous, nous avons appris de Pierre que l'Église est le corps et la maison de Dieu, construite avec des pierres vivantes, une maison spirituelle pour un sacerdoce saint (1P 2, 5).
Ainsi pouvons-nous regarder Salomon, le fils de David qui a construit le Temple, comme une préfiguration du Christ : c'est après la guerre, alors que régnait une grande paix, que Salomon a construit un temple à la gloire de Dieu dans la Jérusalem terrestre... En effet, lorsque tous les ennemis du Christ seront « placés sous ses pieds et que le dernier ennemi, la mort, sera vaincue » (1Co 15, 25-26), alors la paix sera parfaite, alors le Christ sera « Salomon », dont le nom signifie « pacifique » ; en lui s'accomplira cette prophétie : « Avec ceux qui haïssaient la paix, j'étais pacifique » (Ps 119, 6-7). Alors chacune des pierres vivantes, selon les mérites de sa vie présente, sera une pierre du temple : l'un, apôtre ou prophète, posé dans les fondations, portera les pierres posées par-dessus ; un autre, venant après ceux qui sont dans les fondations, porté lui-même par les apôtres, en portera avec eux d'autres plus faibles ; l'un sera une pierre tout à l'intérieur, là où se trouvent l'arche avec les chérubins et le propitiatoire (1R 6, 19) ; un autre, la pierre du vestibule (v. 3), et un autre encore, en dehors du vestibule des prêtres et des lévites, sera la pierre de l'autel où sont faites les offrandes des récoltes... Le déroulement de la construction, avec l'organisation des ministères, sera confié aux anges de Dieu, ces puissances saintes préfigurées par les chefs de travaux de Salomon... Tout cela s'accomplira quand la paix sera parfaite, quand règnera une grande paix.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Sur Isaïe, III, 1 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 6, p. 76)
« Quand ces évènements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche » (Lc 21,28)
« Tu as fait de la ville un tas de pierres, la cité fortifiée est une ruine, la citadelle des étrangers n'est plus une ville, jamais elle ne sera reconstruite. C'est pourquoi un peuple fort te glorifie. » (Is 25,2-3) Il appartient au « dessein fidèle » (v.1) du Dieu tout-puissant et à ses conseils irréprochables, que les « villes fortifiées » soient renversées et « réduites en tas de pierres », qu'elles soient comme ébranlées « depuis leurs fondements » et sans espoir de pouvoir se relever un jour : « Elle ne sera plus jamais rebâtie » dit le texte. Ces villes renversées, selon nous, ne sont pas celles que l'on peut percevoir par les sens, ce ne sont pas les hommes qui y vivent. Mais, à notre avis, il s'agit plutôt de chacune des puissances mauvaises et hostiles, et avant tout de Satan, qui est appelé ici une ville, et une « ville forte »...
Lorsque l'Emmanuel est apparu et a brillé sur le monde, la troupe impie des puissances adverses a été ruinée, Satan a été renversé « depuis ses fondements » ; il est tombé, il est affaibli à jamais et ne peut plus espérer se redresser un jour, ni relever la tête.
C'est pour cela que « le peuple pauvre et la ville des hommes opprimés te bénira » (LXX). Israël a été appelé à la connaissance de Dieu par la pédagogie de la Loi, il a été comblé de tout bien par Dieu. Oui, il a été sauvé et il a obtenu en héritage la terre de la promesse. Mais la multitude des autres nations qui sont sous le ciel était privée de ces biens spirituels... Lorsque le Christ en personne est apparu et que, chassant la tyrannie du diable, il les a conduites à son Dieu et Père, alors elles ont été enrichies par la lumière de la vérité, par la participation à la gloire divine, par la grandeur de la vie de l'Évangile. C'est pourquoi elles ont fait jaillir des hymnes d'action de grâce au Dieu et Père : « Oui, Seigneur, tu as accompli ton dessein ancien et vrai » (v.1) en récapitulant tout dans le Christ. Tu as « illuminé ceux qui étaient assis dans les ténèbres » (Lc 1,79) en renversant les puissances qui dominent le monde (Ep 6,12), comme on renverse des villes fortifiées. « C'est pourquoi le peuple pauvre te bénira, toutes les villes te glorifieront. »
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Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèses en vue du baptême, n°15, (trad. Soleil levant 1962, p. 285s rev.)
« De grands signes dans le ciel »
Le Seigneur viendra des cieux sur les nuées, lui qui est monté sur les nuées (Ac 1,9). En effet c'est lui qui a dit : « Et ils verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt 24,30). Mais quel sera le signe véritable de son avènement, de crainte que les puissances ennemies n'osent nous égarer en le simulant ? « Et alors, dit-il paraîtra, le signe du Fils de l'homme dans le ciel » (Mt 24,30). Or le signe véridique et propre du Christ est la croix. Le signe d'une croix lumineuse précède le roi, désignant celui qui a d'abord été crucifié, afin qu'à cette vue ceux qui l'avaient d'abord percé de clous et entouré de pièges se frappent la poitrine (Za 12,10) en disant : « Voici celui qui a été souffleté, celui dont le visage a reçu les crachats, celui qu'on avait lié de chaînes, celui que jadis on avait humilié sur la croix. » « Où fuir le visage de ta colère ? », diront-ils (cf Ap 6,16). Et entourés des armées des anges, ils ne trouveront nulle part un refuge.
Pour les ennemis de la croix, la crainte sera le signe. Mais ce sera la joie pour ses amis qui auront cru en la croix ou l'auront prêchée ou auront souffert pour elle. Qui donc aura alors le bonheur d'être trouvé l'ami du Christ ? Il ne dédaignera pas ses serviteurs, ce roi glorieux qu'entoure la garde des anges et qui siège sur le même trône que le Père (Ap 3,21). Car pour que les élus ne soient pas confondus avec les ennemis, « il enverra ses anges avec la grande trompette, et des quatre vents ils rassembleront les élus » (Mt 24,31). Il n'a pas oublié Lot dans son isolement (Gn 19,15 ; Lc 17,28) ; comment oublierait-il la foule des justes ? « Venez les bénis de mon Père » (Mt 25,34), dira-t-il à ceux qui seront transportés sur les chars des nuées et que les anges auront rassemblés.
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Saint Jean-Paul II
Message aux catholiques d'Autriche, juin 1982 (trad. DC 1835, 15/8/82 , p. 753) - Copyright © Libreria Editrice Vaticana
« On se dressera nation contre nation »
Vu les multiples dangers et menaces contre l'existence de l'humanité, les chrétiens luttent de toute la force de leur espérance en union avec tous les hommes de bonne volonté pour un avenir plus sûr, digne d'être vécu. De plus, ce qui nous anime ce n'est pas seulement une espérance purement terrestre, mais aussi et surtout cette espérance qui provient de la foi, dont le fondement et le but sont en définitive Dieu lui-même : Dieu qui, dans le Christ Jésus, a dit son oui définitif à l'homme. Avec sa croix et sa résurrection, le Christ a vaincu toute souffrance et toute calamité du monde, devenant ainsi pour nous tous le signe de l'espérance.
L'espérance est une vertu divine ; elle est foncièrement un don que vous obtiendrez déjà...à force de prier Dieu avec les autres et pour les autres... Nous, les chrétiens, nous avons également le devoir de manifester publiquement notre espérance et de la donner en partage à autrui. Par nos paroles et actions, riches d'espérance, nous aiderons les autres à vaincre la peur de vivre, la résignation et l'indifférence, et à avoir confiance en Dieu et dans les hommes. Comme disciples du Christ..., vous offrirez à l'homme d'aujourd'hui, environné de mille menaces et plein de confusion, la parole et l'espérance qui rendent libres.
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Pape Benoît XVI
20ème Journée Mondiale de la Jeunesse, homélie de la veillée
« Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas »
Les saints nous montrent la route pour devenir heureux ; ils nous montrent comment on réussit à être des personnes vraiment humaines. Dans les vicissitudes de l'histoire, ce sont eux qui ont été les véritables réformateurs qui, bien souvent, ont fait sortir l'histoire des vallées obscures dans lesquelles elle court toujours le risque de s'enfoncer à nouveau... C'est seulement des saints, c'est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde.
Au cours du siècle qui vient de s'écouler, nous avons vécu les révolutions dont le programme commun était de ne plus rien attendre de Dieu, mais de prendre totalement dans ses mains le destin du monde. Et nous avons vu que, ce faisant, un point de vue humain et partial était toujours pris comme la mesure absolue des orientations. L'absolutisation de ce qui n'est pas absolu mais relatif s'appelle totalitarisme. Cela ne libère pas l'homme, mais lui ôte sa dignité et le rend esclave. Ce ne sont pas les idéologies qui sauvent le monde, mais seulement le fait de se tourner vers le Dieu vivant, qui est notre créateur, le garant de notre liberté, le garant de ce qui est véritablement bon et vrai. La révolution véritable consiste uniquement dans le fait de se tourner sans réserve vers Dieu, qui est la mesure de ce qui est juste et qui est, en même temps, l'amour éternel. Qu'est-ce qui pourrait bien nous sauver sinon l'amour ? ...
Ceux qui parlent de Dieu sont nombreux ; au nom de Dieu on prêche aussi la haine et on exerce la violence. Il est donc important de découvrir le vrai visage de Dieu... « Celui qui l'a vu a vu le Père », disait Jésus à Philippe (Jn 14,9). En Jésus Christ, qui, pour nous, a permis que son cœur soit transpercé, en lui, est manifesté le vrai visage de Dieu. Nous le suivrons avec la grande foule de ceux qui nous ont précédés. Alors nous cheminerons sur le juste chemin.
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Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
La Prière de l'Église (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 57s)
« Louez Dieu dans son sanctuaire... Que tout ce qui respire loue le Seigneur » (Ps 150)
Dans l'ancienne Alliance, on avait déjà une certaine compréhension du caractère eucharistique de la prière : cet ouvrage prodigieux de la tente de l'Alliance (Ex 25), comme plus tard celui du Temple de Salomon, fut considéré comme l'image de toute la création se rassemblant autour de son Seigneur pour l'adorer et le servir... De même que, selon le récit de la création, le ciel a été déployé comme une tenture, des tentures devaient constituer les parois de la tente. De même que les eaux d'en bas ont été séparées des eaux d'en haut, le rideau du Temple séparait le Saint des Saints des espaces extérieurs... Le chandelier à sept branches figure les luminaires du ciel. Des agneaux et des oiseaux représentent le foisonnement des êtres vivants qui peuplent l'eau, la terre et l'air. Et de même qu'à l'homme fut confiée la terre, c'est au grand prêtre qu'il revient de se tenir dans le sanctuaire...
À la place du Temple de Salomon, le Christ a bâti un temple de pierres vivantes (1P 2,5), la communion des saints. Il se tient en son centre comme le grand prêtre éternel et sur son autel il est lui-même le sacrifice éternellement offert. Et toute la création est rendue participante de cette liturgie : les fruits de la terre y sont associés en offrandes mystérieuses, les fleurs et les luminaires, les tentures et le rideau du Temple, le prêtre consacré, ainsi que l'onction et la bénédiction de la maison de Dieu.
Les cherubim ne sont pas non plus absents. Leurs figures sculptées montaient la garde dans le Saint des Saints. Maintenant les moines, leurs images vivantes, veillent à ce que la louange de Dieu ne cesse jamais, sur la terre comme au ciel... Leurs chants de louange appellent dès l'aube la création tout entière à s'unir pour magnifier le Seigneur : montagnes et collines, fleuves et torrents, mers et terres fermes ainsi que tout ce qui les peuple, nuages et vents, pluie et neige, tous les peuples de la terre, tous les hommes de toutes conditions et de toutes races, et enfin les habitants des cieux, les anges et les saints (Dn 3,57-90)... Nous devons nous joindre, par notre liturgie, à cette éternelle louange de Dieu. « Nous », qu'est-ce à dire ? Il ne s'agit pas seulement des religieux réguliers... mais de tout le peuple chrétien.
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Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Commentaire de l'évangile de Jean, 10, 226s ; PG 14, 369s (trad. cf Thèmes et figures, DDB 1984, p. 130 et SC 157, p. 520)
Le signe du Temple
« Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai. » Le Sauveur était certes capable de montrer mille autres signes, mais pour montrer « pourquoi il agissait ainsi », aucun autre n'était possible. C'est pourquoi, très à propos, il a donné une réponse qui concernait le Temple, au lieu d'autres signes sans rapport avec celui-ci. Cependant, il me semble que le Temple et le corps de Jésus doivent être interprétés comme le symbole de l'Église, puisque celle-ci est bâtie avec des « pierres vivantes, édifice spirituel pour un sacerdoce saint ». Elle est construite « sur les fondations des apôtres et des prophètes, avec pour pierre d'angle le Christ Jésus », temple véritable.
Puisque « vous êtes le Corps du Christ et membres chacun pour sa part », même si on voit détruit l'assemblage harmonieux des pierres du temple et si, comme il est écrit dans le psaume 21, on voit tous les os du Christ disloqués dans l'assaut des épreuves et des tribulations...et les persécutions qui s'acharnent sur l'unité du temple, eh bien, le temple sera relevé et le corps ressuscitera, le troisième jour après le jour d'iniquité qui l'aura écrasé et après le jour de l'accomplissement qui suivra. Car il y aura un troisième jour dans un ciel nouveau et une terre nouvelle, quand les ossements...se dresseront au grand Jour du Seigneur, à la suite de sa victoire sur la mort. La résurrection du Christ après sa Passion et sa croix embrasse le mystère de la résurrection du Corps du Christ tout entier.
(Références bibliques : Jn 2,18-19 ; 1P 2,5 ; Ep 2,20 ; 1Co 12,27 ; Ps 21,15 ; 2P 3,3-10.13 ; Ez 37,11)
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Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « The Church a Home for the Lonely », PPS, vol. 4, n°12 (trad. Brémond rev.)
« Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai »
Le Temple juif, visible et matériel, était confiné à un seul endroit. Le monde entier ne pouvait pas y demeurer, même pas toute une nation, mais seulement quelques-uns de la multitude. Mais le temple chrétien est invisible et spirituel, et peut donc être partout... Jésus dit à la Samaritaine : « Le temps viendra où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn 4,23). « En esprit et en vérité » car, à moins d'être invisible, sa présence ne peut pas être réelle. Ce qui est visible n'est pas le réel ; ce qui est matériel se désagrégera ; ce qui dans un endroit n'est qu'un fragment.
Le temple de Dieu, en régime chrétien, est partout où se trouvent des chrétiens au nom du Christ ; il est aussi complètement présent en chaque endroit que s'il n'était nulle part ailleurs. Et nous pouvons y entrer et nous joindre aux saints qui l'habitent, à la famille céleste de Dieu, aussi réellement que l'adorateur juif entrait dans les parvis visibles du Temple. Nous ne voyons rien de notre temple spirituel, mais c'est la condition requise pour qu'il soit partout. Il ne serait pas partout si nous le voyions quelque part ; nous ne voyons rien, mais nous jouissons de tout.
Ainsi nous le présentent déjà les prophètes de l'Ancien Testament. Isaïe écrit : « Il arrivera dans l'avenir que la montagne du Temple du Seigneur sera placée sur la tête des montagnes et dominera les collines. Toutes les nations afflueront vers elles » (2,2). Le temple chrétien a été dévoilé à Jacob...lorsqu'il a vu en songe « une échelle dressée sur la terre et dont le sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu y montaient et descendaient » (Gn 28,12), et aussi au serviteur d'Élisée : « Le Seigneur ouvrit les yeux du serviteur, et voici que la montagne était remplie de chevaux et de chars de feu » (2R 6,17). C'étaient là des anticipations de ce qui allait s'établir lorsque Christ est venu et « a ouvert le Royaume de Dieu à tous les croyants ». Ce qui fait dire à Saint Paul : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, de milliers d'anges en fête, de l'assemblé des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux » (He 12,22).
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Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Lettre 120 aux frères N. de Guida, J. de Zerri, N-J de Vannucio, n° 74 (trad. Cartier, Téqui, 1976, tome 1, p. 753-755)
« Beaucoup viendront sous mon nom. Ne marchez pas derrière eux ! »
Dieu le Père, poussé par le feu de sa charité, a envoyé le Verbe, son Fils unique, qui est venu comme un char de feu, répandant les flammes de l'amour ineffable et la miséricorde éternelle du Père, nous enseignant la doctrine de la Vérité, et nous montrant la voie de l'amour que nous devions suivre. Il a dit : « Je suis la voie, la vérité, la vie ; celui qui va par moi ne va pas par les ténèbres, mais arrive à la lumière » (cf. Jn 14,6 ; 8,12). Et il en est ainsi, car celui qui suit cette voie en vérité, reçoit la vie de la grâce et marche à la lumière de la sainte Foi ; et avec cette lumière il arrive à l'éternelle vision de Dieu. (…)
Il y en a beaucoup qui veulent s'éloigner et ne pas le suivre ; ils veulent marcher sans guide, et non derrière lui, prenant une voie nouvelle, et voulant servir Dieu et acquérir la vertu sans fatigue ; mais ils se trompent, car il est la voie. Ceux-là ne sont pas forts et persévérants ; ils faiblissent, et au moment du combat, ils jettent à terre leurs armes, les armes d'une humble et continuelle prière, d'une ardente charité, le glaive de la volonté, avec lequel on se défend, et qui a deux tranchants, la haine du vice et l'amour de la vertu ; (…) ils n'obtiennent pas la gloire, mais la honte et la confusion, parce qu'ils ne suivent pas la doctrine du Verbe, mais ils s'en éloignent, en voulant aller par une autre voie que la sienne.
Il faut donc lui être fidèle et l'aimer en vérité, non par crainte de la peine dont est puni celui qui n'aime pas, ni pour l'utilité et le plaisir que trouve l'âme dans l'amour, mais seulement parce que le souverain Bien est digne d'être aimé. (…) Telle est la voie qu'il nous a enseignée en nous donnant la doctrine de l'humilité, de l'obéissance, de la patience, de la force, de la persévérance.