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TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
Chapitre X, n° 305-309 (Paroles de Padre Pio, trad. F. Leroy ; Éd. Salvator, 2019 ; p. 208-209; rev.)
« Par votre patience vous sauverez vos âmes »
Ne soyez pas préoccupé par la pensée que le temps de l’épreuve est encore long. Mieux vaut le purgatoire souffert par la volonté de Dieu que de se délecter dans le cloître, pâle figure de la Jérusalem céleste. On ne parvient pas au salut sans avoir traversé la mer agitée, qui menace toujours d’être un tombeau.
Je discerne en vous une petite inquiétude, un souci qui empêchent votre patience de produire tous ses effets. « Par votre patience vous sauverez vos âmes » (Lc 21, 19), nous dit le divin Maître. C’est donc grâce à celle-ci que nous posséderons notre âme ; et plus elle sera parfaite, plus nous posséderons notre âme entièrement, parfaitement, sûrement. Donc moins elle sera mêlée de souci et de trouble, plus notre patience sera parfaite. (…)
Remettez-vous tout entier au très doux Époux des âmes ; abandonnez votre tête sur le Cœur de ce si tendre Époux, tels un disciple bien-aimé, car le Maître céleste ne permettra pas qu’un cheuveu vous soit ôté (cf. Lc 12,7), comme il ne le permit pas à Gethsémani pour ses disciples.
ou
Saint Claude la Colombière (1641-1682), jésuite
Journal spirituel (Écrits spirituels, coll. Christus n° 9, éd. DDB, 1982, p. 129-130)
La sainteté consiste à persévérer
Il est étrange combien d’ennemis on a à combattre du moment qu’on forme la résolution de se faire un saint. Il semble que tout se déchaîne, et le démon par ses artifices, et le monde par ses attraits, et la nature par la résistance qu’elle oppose à nos bons désirs ; les louanges des bons, les railleries des méchants, les sollicitations des tièdes. Si Dieu vous visite, la vanité est à craindre ; s’il se retire, la timidité, le désespoir peut succéder à la plus grande ferveur. Nos amis nous tentent par la complaisance que nous avons coutume d’avoir pour eux ; les indifférents, par la crainte de leur déplaire. L’indiscrétion est à craindre dans la ferveur, la sensualité dans la modération, et l’amour-propre partout. Que faire donc ? (…)
Surtout, la sainteté ne consistant pas à être fidèle un jour ou une année, mais à persévérer et croître jusqu’à la mort, il faut que Dieu nous serve de bouclier, mais d’un bouclier qui nous environne, parce que c’est de toutes parts qu’on nous attaque (cf. Ps 90,4). Il faut que Dieu fasse tout. Tant mieux ; il ne faut pas craindre qu’il manque à rien. Pour nous, nous n’avons qu’à bien reconnaître notre impuissance, et à être fervents et constants à demander du secours par l’intercession de Marie, à qui Dieu ne refuse rien. Mais cela même, nous ne le pouvons qu’avec une grande grâce, ou plutôt avec plusieurs grandes grâces de Dieu.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
Lettre aux confesseurs de la foi, 6, 1-2 (trad. bréviaire commun plusieurs martyrs)
« Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu »
Demeurez courageux et constants pour confesser la gloire céleste… ; avancez avec un courage inspiré pour recevoir la couronne. Le Seigneur est votre guide et votre protecteur, lui qui a dit : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps » (Mt 28,20)… Heureuse prison qui envoie vers le ciel les hommes de Dieu !…
Maintenant, que plus rien ne se trouve dans vos cœurs et vos âmes que les enseignements divins et les commandements du Seigneur dont le Saint Esprit s'est servi pour vous encourager à supporter la souffrance. Que personne ne pense à la mort, mais à l'immortalité ; ni à la souffrance temporaire, mais à la gloire éternelle, puisqu'il est écrit : « La mort des justes est précieuse devant Dieu » (Ps 115,15 VL)… Et encore (à l'endroit où la Sainte Écriture parle des supplices qui consacrent les martyrs de Dieu…) : « Aux yeux des hommes, ils subissaient un châtiment, mais par leur espérance ils avaient déjà l'immortalité… Ils seront les juges des nations et les maîtres des peuples et le Seigneur régnera sur eux pour toujours » (Sg 3,4.8). Quand donc vous songez que vous jugerez et régnerez avec le Christ, il vous est impossible de ne pas tressaillir d'allégresse, de ne pas fouler aux pieds les supplices présents dans la joie du bonheur futur...
En plus, le Seigneur s'est donné en exemple, car il enseigne qu'on ne peut parvenir à son Royaume qu'en le suivant par le même chemin qu'il a pris : « Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s'en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12,25)… Saint Paul nous exhorte de même ; puisque nous désirons parvenir à ce que le Seigneur nous a promis, nous devons imiter le Seigneur en tout : « Nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire » (Rm 8,16s).
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église « Lumen gentium » §41-42
« Ce sera pour vous l'occasion de rendre témoignage »
Ceux qui sont accablés par la pauvreté, la faiblesse, la maladie et l'adversité, ou qui souffrent persécution pour la justice, qu'ils se sachent unis de façon particulière au Christ souffrant pour le salut du monde. Le Seigneur dans son Évangile les a proclamés bienheureux (Mt 5,10) et « le Dieu...de toute grâce, qui nous a appelés à sa gloire éternelle dans le Christ, après ces quelques souffrances, achèvera son œuvre, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables » (1P 5,10)...
Jésus, le Fils de Dieu, a manifesté sa charité en offrant sa vie pour nous : personne donc n'a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour lui et pour ses frères (cf 1Jn 3,16 ; Jn 15,13). Quelques-uns parmi les chrétiens ont été appelés à rendre ce témoignage suprême d'amour devant tous et surtout devant les persécuteurs depuis la première heure, et d'autres y seront sans cesse appelés. C'est pourquoi le martyre, dans lequel le disciple est assimilé à son maître, acceptant librement la mort pour le salut du monde, et dans lequel il devient semblable à lui dans l'effusion de son sang, est considéré par l'Église comme une grâce éminente et la preuve suprême de la charité. Que si cela n'est donné qu'à un petit nombre, tous cependant doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur le chemin de la croix, au milieu des persécutions qui ne manquent jamais à l'Église.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 306
« C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie »
Veux-tu arriver à la vie où tu seras pour toujours à l'abri de l'erreur ? Qui ne le voudrait ?... Nous voulons tous la vie et la vérité. Mais comment y arriver ? Quel chemin suivre ? Certes, nous ne sommes pas au terme du voyage mais nous le voyons déjà..., nous aspirons à la vie et à la vérité. C'est le Christ qui est l'une et l'autre. Par où y parvenir ? « Je suis le chemin » dit-il. Où arriver ? « Je suis la vérité et la vie. » (Jn 14, 6)
Voilà ce que les martyrs ont aimé ; voilà pour quel motif ils ont dépassé l'amour des biens présents et éphémères. Ne vous étonnez pas de leur courage ; en eux c'est l'amour qui a vaincu les souffrances... Marchons sur leurs traces, les yeux fixés sur celui qui est leur Chef et le nôtre ; si nous désirons parvenir à un si grand bonheur, ne craignons pas de passer par des chemins difficiles. Celui qui nous l'a promis est véridique ; il est fidèle, il ne saurait nous tromper... Pourquoi craindre les dures voies de la souffrance et de la tribulation ? Le Sauveur en personne y est passé.
Tu réponds : « Mais c'était lui, le Sauveur ! » Sache que les apôtres y ont passé eux aussi. Tu vas dire : « C'étaient des apôtres ! » Je le sais. N'oublie pas qu'un grand nombre d'hommes comme toi y ont passé à leur suite... ; des femmes aussi y ont passé... ; des enfants, mêmes des jeunes filles ont passé par là. Comment serait-elle encore dure cette route que tant de passants ont aplanie ?
ou
Les Constitutions apostoliques (380), recueil canonique et liturgique, Reprise de la Didascalie des apôtres, texte du début du 3e siècle (trad. Cerf 1992, p. 170 rev. ; cf SC 329)
« Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu »
Si nous sommes appelés au martyre, il nous faut confesser avec constance le Nom précieux, et si nous sommes châtiés pour cela, réjouissons-nous car nous courons vers l'immortalité. Si nous sommes persécutés, n'en soyons pas attristés, « n'affectionnons pas le monde présent », ni « les louanges des hommes » (2Tm 4, 10; Rm 2, 29), ni la gloire et l'honneur des princes, comme certains. Ils admiraient les actions du Seigneur, mais ils ne croyaient pas en lui, par crainte des grands prêtres et autres dirigeants, car « ils préféraient la gloire des hommes à celle de Dieu » (Jn 12, 42). En « affirmant la belle affirmation de la foi » (1Tm 6, 12), non seulement nous assurons notre salut, mais nous affermissons les nouveaux baptisés et nous consolidons la foi des catéchumènes...
Que celui qui est jugé digne du martyre se réjouisse donc d'imiter le maître, puisqu'il est prescrit : « Que chacun soit parfait comme son maître » (Lc 6, 40). Or notre maître, Jésus, le Seigneur, a été frappé à cause de nous, il a enduré patiemment calomnies et outrages, il a été couvert de crachats, souffleté, roué de coups ; après avoir été flagellé, il a été cloué à la croix, on lui a fait boire du vinaigre et du fiel, et après avoir accompli toutes les Écritures, il a dit à Dieu son Père : « En tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Celui donc qui demande à être son disciple, qu'il aspire à lutter comme lui, qu'il imite sa patience, sachant que..., quoi qu'il subisse, il en sera récompensé par Dieu s'il croit à l'unique et seul vrai Dieu...
Car le Dieu tout-puissant nous ressuscitera par notre Seigneur Jésus Christ, selon sa promesse infaillible, avec tous ceux qui sont morts depuis le début... Même si nous mourons en mer, même si nous sommes dispersés dans la terre, même si nous sommes déchirés par des bêtes féroces ou des rapaces, il nous ressuscitera par sa puissance, car tout l'univers est tenu dans la main de Dieu. « Pas un cheveu de votre tête, dit-il, ne sera perdu. » C'est pourquoi il nous exhorte en ces termes : « C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ».
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Commentaire moral du livre de Job, 10, 47-48 ; PL 75, 946 (trad. bréviaire)
« C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie »
« Celui qui, comme moi, est tourné en dérision par ses amis invoquera Dieu, qui l'exaucera. » (Jb 12,4 Vulg)... Il arrive que l'âme persévère dans le bien, et pourtant subisse la dérision des hommes. Elle agit de manière admirable, et elle reçoit des injures. Alors celui que les louanges auraient pu attirer au dehors, repoussé par les affronts, rentre en lui-même. Et il s'affermit en Dieu d'autant plus solidement qu'il ne trouve à l'extérieur rien où il puisse se reposer. Il met toute son espérance dans son Créateur et, au milieu des moqueries outrageantes, il n'implore plus que le témoin intérieur. L'âme de l'homme affligé s'approche de Dieu d'autant plus qu'il est délaissé par la faveur des hommes. Il se répand aussitôt en prière, et sous l'oppression venue du dehors, il se purifie pour saisir les réalités intérieures. C'est pourquoi ce texte dit avec raison : « Celui qui, comme moi, est tourné en dérision par ses amis invoquera Dieu, qui l'exaucera... » Lorsque ces malheureux trouvent des armes dans la prière, ils rejoignent intérieurement la bonté divine : celle-ci les exauce parce que, extérieurement, ils sont privés de la louange des hommes...
« On tourne en dérision la simplicité du juste. » (Jb 12,4) La sagesse de ce monde consiste à dissimuler le cœur sous des artifices, à voiler la pensée par des paroles, à montrer comme vrai ce qui est faux, à prouver la fausseté de ce qui est vrai. Au contraire, la sagesse des justes consiste à ne rien inventer pour se faire valoir, à livrer sa pensée dans ses paroles, à aimer la vérité comme elle est, à fuir la fausseté, à faire le bien gratuitement, à préférer supporter le mal plutôt que de le faire, à ne jamais chercher à se venger d'une offense, à considérer comme un bénéfice l'insulte qu'on reçoit pour la vérité. Mais c'est précisément cette simplicité des justes qui est tournée en dérision, car les sages de ce monde croient que la pureté est une sottise. Tout ce qui se fait avec intégrité, ils le considèrent évidemment comme absurde ; tout ce que la Vérité approuve dans la conduite des hommes apparaît une sottise à la soi-disant sagesse de ce monde.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 21, pour l'Ascension (trad. Cerf 1991, p. 157 rev.)
« Vous serez détestés de tous à cause de mon nom, mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. »
Jésus promettait toujours la paix à ses disciples, avant sa mort et aussi après sa résurrection, toujours la paix (Jn 14,27 ;Lc 24,36). Les disciples n'ont jamais obtenu cette paix extérieurement, mais ils ont recueilli la paix dans la lutte et l'amour dans la souffrance ; et dans la mort ils ont trouvé la vie. Ils ont aussi trouvé un triomphe joyeux quand, avant cette mort, on les interrogeait, jugeait et condamnait. Ils étaient de vrais témoins.
Oui, il y a beaucoup d'hommes qui sont tout remplis de douceur dans leur corps et dans l'âme au point d'en être pénétrés jusqu'à la mœlle et jusqu'aux veines, mais quand viennent ensuite la souffrance, les ténèbres, le délaissement intérieur et extérieur, ils ne savent plus où aller. Ils s'arrêtent tout court, et de cela il ne provient rien. Quand viennent les ouragans terribles, le délaissement intérieur, la tentation extérieure du monde, de la chair et de l'Ennemi, celui qui saura passer à travers tout cela trouvera la paix profonde que personne ne saura lui enlever. Mais celui qui ne prend pas ce chemin reste en arrière et ne goûtera jamais la paix véritable. Voilà quels sont les vrais témoins du Christ.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
2ème Discours sur le psaume 26
« Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie »
« Contre moi se sont levés de faux témoins qui soufflent la violence » (Ps 26,12)... Le psalmiste se débat entre les mains de ceux qui le poursuivent et le tourmentent ; il perd le souffle, il peine, mais il tient bon ; il garde assurance car Dieu le soutient, Dieu l'aide, Dieu le conduit, Dieu le guide. À la fois transporté de joie par ce qu'il a pu admirer et chanter, et accablé de gémissements par ce qu'il a dû souffrir, à la fin il respire et s'écrie : « Je le crois, je verrai la bonté du Seigneur sur la terre des vivants » (v.13). Oh, qu'elle est douce la bonté du Seigneur, immortelle, incomparable, éternelle, immuable ! Et quand te verrai-je, ô bonté du Seigneur ? « Je le crois, je te verrai », mais non sur la terre des mortels, « sur la terre des vivants ». Le Seigneur me fera sortir de la terre des mortels, lui qui a daigné pour moi accepter cette terre des mortels et mourir entre les mains des mortels...
Écoutons, nous aussi, la voix du Seigneur qui d'en haut nous exhorte, nous console ; écoutons la voix de celui que nous avons pour père et pour mère (cf v. 10). Car il a entendu nos gémissements, il a vu nos soupirs, il a sondé les désirs de notre cœur, « la seule chose que nous demandons » (v. 4). Grâce à l'intercession du Christ, il a accueilli favorablement notre unique prière, notre unique demande. Et tandis que nous achevons notre pèlerinage en ce monde, même si la route est longue, il ne refusera pas ce qu'il a promis. Il nous dit : « Espère dans le Seigneur ». Il est tout-puissant celui qui a promis, il est véridique, il est fidèle. « Espère dans le Seigneur, agis avec courage » (v.14). Ne te laisse donc pas troubler.
ou
Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
Les Bienfaits de la patience, 13.15 ; SC 291 (trad. bréviaire rev.)
« C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie »
Notre Seigneur et notre Maître nous a donné ce commandement pour notre salut : « Celui qui aura tenu bon jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 10,22)... Le fait même que nous sommes chrétiens fonde notre foi et notre espérance. Mais, pour que l'espérance et la foi puissent porter des fruits, la patience est nécessaire. Ce n'est pas la gloire d'ici-bas que nous recherchons, c'est la gloire future. L'apôtre Paul nous en avertit : « Nous avons été sauvés, mais c'est en espérance. Voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer ; ce que l'on voit, comment peut-on encore l'espérer ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance » (Rm 8,24-25).
Dans un autre passage, Paul donne le même enseignement aux justes qui travaillent à faire fructifier les dons de Dieu, afin de se préparer de plus grands trésors dans le ciel... : « Tant que nous en avons le temps, travaillons pour le bien de tous... Ne nous lassons pas de faire le bien ; en son temps la récolte viendra, si nous ne relâchons pas » (Ga 6,10.9)... Et lorsque Paul parle de la charité, il lui joint la persévérance et la patience : « L'amour prend patience, l'amour rend service, l'amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas..., ne s'emporte pas, n'entretient pas de rancune... ; il supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout » (1Co 13,4-7). Il montre ainsi que l'amour est capable de persévérer jusqu'au bout, puisqu'il sait tout supporter.
Enfin il dit dans un autre passage : « Supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l'unité dans le même Esprit en étant rassemblés dans la paix » (Ep 4,2-3). Il montre ainsi que les frères ne peuvent garder ni l'unité ni la paix, s'ils ne s'encouragent pas mutuellement en se supportant, et s'ils ne gardent pas le lien de la concorde au moyen de leur patience.
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église
Pensées sur l'amour de Dieu, ch. 3, 4-6 LN/C (trad. OC, Cerf 1995, p. 929)
« Mettez-vous dans la tête que vous n'avez pas à vous soucier de préparer votre défense »
Ô amour puissant de mon Dieu ! Qu'il est bien vrai que rien n'est impossible à celui qui aime. Heureux celui qui jouit d'une telle paix de la part de son Dieu, qui domine toutes les souffrances et tous les périls du monde. Il n'en redoute aucun, dès qu'il s'agit de servir un tel Maître, et il a bien raison... Une pensée s'offre à moi qui s'applique aux personnes naturellement craintives et peu courageuses... Même lorsqu'elles sont réellement élevées à l'état dont je parle, leur faible nature s'effraie. Il faut alors bien prendre garde, parce que cette faiblesse naturelle pourrait nous faire perdre une magnifique couronne. Quand vous sentirez, mes filles, ces atteintes de la crainte, recourez à la foi et à l'humilité ; et, fortifiées par la conviction que rien n'est impossible à Dieu (Lc 1,37), abordez votre tâche. Il a bien pu fortifier tant de jeunes saintes, qu'il a rendues capables d'endurer tous les tourments qu'elles s'étaient déterminées à supporter pour lui !
 Ce qu'il demande, c'est une détermination qui le rende maître de notre libre arbitre, car de nos efforts il n'a nul besoin. Notre Seigneur se plaît au contraire à faire resplendir ses merveilles chez les plus faibles de ses créatures, parce qu'il peut alors plus librement déployer son pouvoir et satisfaire son désir de nous accorder ses bienfaits...
 Laissez de côté les objections de votre raison, et méprisez votre faiblesse. Celle-ci ne ferait que grandir si vous vous arrêtiez à réfléchir si vous réussirez ou non... Ce n'est pas le moment de songer à vos péchés ; laissez-les de côté. Cette humilité n'est plus de mise, elle est tout à fait hors de propos... Soyez certaines que le Seigneur n'abandonne jamais ceux qui l'aiment et qui encourent des risques pour lui seul.
ou
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Instruction catéchétique, 29-30 (trad. DDB 1978, p. 78 rev. Tournay)
« Détestés de tous »
Si le don que Dieu a fait au monde en lui envoyant son Fils est si bon, si digne de Dieu, pourquoi donc a-t-il si longtemps différé son bienfait ? Pourquoi, alors que le mal dans le monde en était encore à ses débuts, Dieu n'a-t-il pas coupé court a son développement ultérieur ? À cette objection, il y a lieu de répondre brièvement que c'est la Sagesse, la prévoyance de Dieu, l'Être bon par nature, qui a fait différer le bienfait. En effet, comme pour les maladies physiques...les médecins attendent que le mal, d'abord caché à l'intérieur du corps, se manifeste au-dehors de manière à lui appliquer le traitement qu'il faut quand il est à découvert, ainsi, une fois que la maladie du péché s'était abattue sur la race humaine, le Médecin de l'univers a attendu que ne reste dissimulée aucune forme de perversité.
Voilà pourquoi ce n'est pas aussitôt après la jalousie de Caïn et le meurtre d'Abel son frère que Dieu a appliqué son traitement au monde... C'est lorsque le vice était arrivé à son comble et qu'il n'y avait plus aucune perversité qui ne pouvait être osée par les hommes, que Dieu s'est mis à soigner la maladie, non plus à son début, mais dans son plein développement. Ainsi le traitement divin a pu s'étendre à toute l'infirmité humaine ...
Mais alors pourquoi la grâce de l'Évangile ne s'est-elle pas répandue tout de suite sur tous les hommes ? Certes, l'appel divin s'adresse également à tous, sans distinction de condition, d'âge ni de race... Mais celui qui a la libre disposition de toutes choses entre ses mains a poussé jusqu'à l'extrême le respect de l'homme. Il a permis que nous ayons chacun notre domaine propre dont nous sommes le seul maître : c'est la volonté, la faculté qui ignore l'esclavage, qui reste libre, fondée sur l'autonomie de la raison. La foi est donc à la libre disposition de ceux qui reçoivent l'annonce de l'Évangile.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Sermon10 sur le psaume 118
« Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu »
En quoi les jugements de Dieu sont-ils justes ? En ce sens que c'est par le labeur et les tribulations que l'on parvient à la récompense céleste. De même que par le jugement des hommes la couronne d'un prix est attribuée aux athlètes qui combattent, de même la palme de la victoire est décernée par le jugement de Dieu aux chrétiens qui luttent. « Je donnerai à celui qui est vainqueur de s'asseoir à ma droite » dit le Seigneur (Ap 3,21).
Comme l'argent est affiné par le feu, c'est par le feu que notre vie est éprouvée, afin que la force de notre vertu se manifeste dans les combats... Que faisons-nous de grand en effet si nous louons Dieu dans le bien-être, quand rien de désagréable ne vient nous troubler ? Ce qui est magnifique, c'est si tu loues le jugement de Dieu au milieu des difficultés et des affronts, si tu ne te révoltes pas dans l'indigence, si elle ne t'empêche pas de louer sa justice.
Plus grandes sont les tribulations, plus riche sera la consolation qui t'est réservée. Cependant, pour ne pas tomber, plus tu te verras en butte à de rudes épreuves, plus tu dois prier le Verbe de Dieu de t'apporter des encouragements... La seule épreuve qui mérite consolation, c'est celle qui vient du Christ.


TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Théodore le Studite (759-826), moine à Constantinople
Catéchèse 28 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 277-278 ; rev.)
« Redressez-vous et relevez la tête » (Lc 21,28)
Comment ne revenez-vous pas à la raison (cf. 2 Tm 2,26), vous qui sombrez dans la désolation ? Comment ne courez-vous pas, vous qui traînez ? Oui, oui, je vous le demande, très chers ! Tu le vois, la mort viendra certainement pour toi ; si même tu n’es pas sûr de passer le jour d’aujourd’hui, il est absolument certain que tu mourras demain.
Quelle sera ta joie et combien grande, quand tu sortiras de ce monde et viendras t’établir dans les célestes régions, en Dieu, dans une lumière inaccessible (cf. 1 Tm 6,16), dans un jour qui ne connaît pas de soir, dans un bonheur inexprimable, dans une gloire inconcevable, dans les demeures des saints, dans les parvis du Seigneur (cf. Ps 83,3), dans l’église des premiers-nés (cf. He 12,23), dans le sein d’Abraham (cf. Lc 16,22), dans le paradis tout de beauté et de vertu, dans la chambre nuptiale qui n’est pas faite de main d’homme, dans les biens invisibles, dans l’inouï de nos aspirations, dans l’indicible de nos désirs, dans les chœurs des anges, dans le rassemblement des prophètes, dans les apothéoses des apôtres, dans les palais du roi du ciel, dans la cité du Dieu de Jacob (cf. Is 2,3). Là, qui verras-tu ? Quels seront-ils ? La maîtresse du monde et la mère de Dieu notre Maître, les puissances incorporelles, les dignités, chérubins et séraphins, les armées et les ordres des prêtres et des saints, les cohortes, qu’on ne peut nommer et qui n’ont pas de nom, des habitants de ces lieux, enfin la bienheureuse et pure Trinité elle-même.
Est-ce que cela ne t’enchante pas, mon frère ? Est-ce que fort de tout cela, même si on te dépèce, tu sens les blessures ? Quoi donc ? Pour une petite affliction, pour un coup, pour une punition, pour la soif ou pour quelques restrictions dans la nourriture, nous laisserons-nous accabler ? Nullement ! Ainsi donc Christ notre Dieu vous gardera, enfants bien-aimés, et fera pénétrer dans vos cœurs saints mon indigne exhortation ; il les fortifiera, il les illuminera et les sanctifiera.
ou
Une homélie grecque du 4ème siècle
Sur la Sainte Pâque, 44-48 ; PG 59, 743 ; SC 27 (inspiré d'une homélie perdue d'Hippolyte, trad. SC rev.)
La victoire du Fils de l'homme, qui est venu et qui vient
Qu'est-ce que l'avènement du Christ ? La délivrance de l'esclavage et le rejet de l'ancienne contrainte, le commencement de la liberté et l'honneur de l'adoption, la source de la rémission des péchés et la vie vraiment immortelle pour tous. Comme le Verbe, la Parole de Dieu, nous voyait d'en haut, tyrannisés par la mort, dissous, liés par les liens de la déchéance, emportés par un chemin sans retour, il est venu prendre la nature d'Adam, le premier homme, selon le dessein du Père. Il n'a pas confié à des anges ni à des archanges la charge de notre salut, mais lui-même a pris sur lui tout le combat pour nous, obéissant aux ordres du Père... Ramassant et comprimant en lui toute la grandeur de sa divinité, il est venu avec la mesure qu'il a voulue... ; par la puissance du Père il n'a pas perdu ce qu'il avait, mais prenant ce qu'il n'avait pas, il est venu tel qu'il devait être limité...
Vois qu'il est Seigneur : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite » (Ps 109,1)... Vois qu'il est Fils : « Il m'appellera Père, et j'en ferai l'aîné » (Ps 88,27-28)... Vois aussi qu'il est Dieu : « Les puissants viendront et se prosterneront devant toi ; ils te prieront, car Dieu est en toi » (Is 45,14)... Vois qu'il est roi éternel : « Sceptre de droiture, le sceptre de ta royauté... Dieu, ton Dieu, t'a oint d'une huile d'allégresse » (Ps 44,7-8)... Vois qu'il est Seigneur des puissances : « Qui est ce roi de gloire ? Le Seigneur des puissances, lui-même est ce roi de gloire » (Ps 23,8)... Vois aussi qu'il est grand prêtre éternel : « Tu est prêtre pour l'éternité » (Ps 109,4). Mais s'il est Seigneur et Dieu, Fils et roi, Seigneur et grand prêtre éternel, lorsqu'il l'a voulu, « il est homme aussi : qui le comprendra ? » (Jr 17,9 LXX)...
C'est bien comme Dieu et homme que ce grand Jésus est venu chez nous... Il a revêtu notre corps misérable et mort... ; il a soigné nos corps pour leurs infirmités, guéri chacune de nos maladies par sa puissance, afin que soit accomplie la parole : « Je suis le Seigneur... Je te prendrai par la main droite et te fortifierai... Je suis le Seigneur, c'est mon nom... Et le dernier ennemi, la mort, sera détruit. Mort, où est ton dard venimeux ? » (Is 42,6 ; 1Co 15,26.55)
ou
Catéchisme de l'Église catholique §668 – 671
Le Christ reviendra dans la gloire
« Le Christ est mort et revenu à la vie pour être le Seigneur des morts et des vivants » (Rm 14, 9). L'ascension du Christ au ciel signifie sa participation, dans son humanité, à la puissance et à l'autorité de Dieu lui-même. Jésus Christ est Seigneur : il possède tout pouvoir dans les cieux et sur la terre. Il est « au-dessus de toute autorité, pouvoir, puissance et souveraineté », car le Père « a tout mis sous ses pieds » (Ep 1, 20-22). Le Christ est le Seigneur du cosmos et de l'histoire. En lui, l'histoire de l'homme et même toute la création trouvent leur « récapitulation » (Ep 1, 10), leur achèvement transcendant.
Comme Seigneur, le Christ est aussi la Tête de l'Église qui est son corps (Ep 1, 22). Elevé au ciel et glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, il demeure sur la terre dans son Église... « Le règne du Christ est déjà mystérieusement présent dans l'Église », « germe et commencement de ce Royaume sur la terre » (Vatican II : LG 3 ; 5). Depuis l'Ascension, le dessin de Dieu est entré dans son accomplissement. Nous sommes déjà à « la dernière heure » (1Jn 2, 18)...
Déjà présent dans son Église, le règne du Christ n'est cependant pas encore achevé « avec puissance et grande gloire » (Lc 21, 27) par l'avènement du Roi sur la terre. Ce règne est encore attaqué par les puissances mauvaises même si elles ont été déjà vaincues à la base par la Pâque du Christ. Jusqu'à ce que tout lui ait été soumis (1Co 15, 28), « jusqu'à l'heure où seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite, l'Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du monde qui passe ; elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l'enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu » (LG 48 ; Rm 8, 19.22). Pour cette raison, les chrétiens prient, surtout dans l'eucharistie, pour hâter le retour du Christ en lui disant : « Viens, Seigneur » (1Co 16, 22 ; Ap 22, 17.20)
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église, 2ème sermon pour l'Ascension
Le Fils de l'homme viendra nous prendre avec lui
« Ce Jésus qui, en se séparant de vous, s'est élevé dans les cieux en reviendra un jour de la même manière que vous l'y avez vu monter » (Ac 1, 11). Il viendra, disent ces anges, de la même manière. Viendra-t-il donc nous chercher dans ce cortège unique et universel, descendra-t-il précédé de tous les anges et suivi de tous les hommes pour juger les vivants et les morts ? Oui, il est bien certain qu'il viendra, mais il viendra de la même manière qu'il est monté aux cieux, non pas comme il en est descendu la première fois. En effet, lorsqu'il est venu autrefois pour sauver nos âmes, c'était dans l'humilité. Mais quand il viendra pour tirer ce cadavre de son sommeil de mort, pour « le rendre semblable à son corps glorieux » (Ph 3, 21) et remplir d'honneur ce vase si faible aujourd'hui, il se montrera dans toute sa splendeur. Alors nous verrons dans toute sa puissance et dans sa majesté celui qui jadis s'était caché sous la faiblesse de notre chair...
Étant Dieu, le Christ ne pouvait pas grandir, car il n'y a rien au-delà de Dieu. Et pourtant il a trouvé le moyen de croître -– c'était en descendant, en venant s'incarner, souffrir, mourir pour nous arracher à la mort éternelle. « C'est pourquoi Dieu l'a exalté » (Ph 2, 9). Il l'a ressuscité, il s'est assis à la droite de Dieu. Toi aussi, va et fais de même : tu ne pourras pas monter sans commencer par descendre. « Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé » (Lc 14, 11).
Heureux, Seigneur Jésus, sera celui qui n'a que toi pour guide ! Puissions-nous te suivre, nous « ton peuple et les brebis de ton bercail » (Ps 78, 13), puissions-nous aller par toi vers toi, parce que tu es « la voie, la vérité, la vie » (Jn 14, 6). La voie par l'exemple, la vérité par tes promesses, la vie parce que c'est toi notre récompense. « Tu as les paroles de la vie éternelle, et nous savons et nous croyons que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Jn 6, 69; Mt 16, 16) et Dieu lui-même, plus haut que toutes choses, béni à jamais.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie sur la croix et le larron (trad. L'Année en fêtes, Migne 2000, p. 282)
« Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme » (Mt 24,30)
Veux-tu apprendre que la croix peut être signe du Royaume ? C'est avec ce signe que le Christ doit venir lors de son deuxième et glorieux avènement ! Pour que tu apprennes à quel point la croix est digne de vénération, il a fait d'elle un titre de gloire...
Nous savons que sa première venue s'est produite dans le secret, et cette discrétion était justifiée : il était venu en effet chercher ce qui était mort. Mais cette deuxième venue ne se passera pas de la même manière... Il apparaîtra aussitôt à tous et personne n'aura besoin de demander si le Christ est ici ou là (Mt 24,26)... ; nous n'aurons pas besoin de chercher si le Christ est bien là. Mais ce qu'il faudra chercher, c'est s'il vient avec la croix...
« Quand viendra le Fils de l'homme le soleil s'obscurcira et la lune ne donnera plus son éclat. » (Mt 24,27) Si grande sera la gloire de sa lumière que devront ternir devant elle les astres les plus brillants. « Alors tomberont les étoiles et le signe du Fils de l'homme apparaîtra dans le ciel. » Vois-tu quel pouvoir a le signe de la croix ? « Le soleil s'obscurcira et la lune se cachera », et la croix au contraire brillera, bien visible, afin que tu saches que sa splendeur est plus grande que celle du soleil et de la lune. De même qu'à l'entrée du roi dans une ville, les soldats chargent sur leurs épaules les étendards royaux et les portent devant lui pour annoncer son arrivée, de même lorsque le Seigneur descendra du ciel, la cohorte des anges et des archanges, portant ce signe sur leurs épaules, nous préviendront aussi de l'arrivée de ce roi qu'est le Christ.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Discours sur le psaume 95
« Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche »
« Alors tous les arbres des forêts bondiront de joie devant la face du Seigneur, car il vient, car il vient pour juger la terre » (Ps 95,12-13). Le Seigneur est venu une première fois, et il viendra de nouveau. Il est venu une première fois « sur les nuées » (Mt 26,64) dans son Église. Quelles sont les nuées qui l'ont porté ? Les apôtres, les prédicateurs... Il est venu une première fois porté par ses prédicateurs, et il a rempli toute la terre. Ne résistons pas à son premier avènement si nous ne voulons pas redouter le second...
Que doit donc faire le chrétien ? Profiter de ce monde, mais ne pas servir ce monde. En quoi cela consiste-t-il ? « Posséder comme si on ne possédait pas ». C'est ce que dit Saint Paul : « Frères, le temps est court... Dès lors, que ceux qui pleurent soient comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s'ils n'étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s'ils n'en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. Je voudrais vous voir libre de tout souci » (1Co 7,29-32). Celui qui est libre de tout souci attend avec assurance la venue de son Seigneur. Car est-ce qu'on aime le Seigneur, si on redoute sa venue ? Mes frères, n'en rougissons-nous pas ? Nous l'aimons, et nous redoutons sa venue ? L'aimons-nous vraiment, ou est-ce que nous n'aimons pas davantage nos péchés ? Haïssons donc nos péchés, et aimons Celui qui doit venir...
« Tous les arbres des forêts seront dans l'allégresse à la vue du Seigneur », parce qu'il est venu une première fois... Il est venu une première fois, et il reviendra pour juger la terre ; alors il trouvera pleins d'allégresse tous ceux qui auront cru la première fois à son avènement.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur Josué, 11, 3-4 (trad SC71, p.287 rev.)
« Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent » (Jn 12,35)
Dès que le Sauveur est venu, c'était déjà la fin du monde. Lui-même d'ailleurs le disait, se situant à la fin des temps : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 4,17). Mais il a retenu et retardé le Jour de la consommation ; il lui a interdit de paraître. Car Dieu le Père, voyant que le salut des nations ne peut venir que de Jésus, lui a dit : « Demande et je te donnerai les nations pour ton héritage, et ton domaine s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre » (Ps 2,8). Donc, jusqu'à l'accomplissement de cette promesse du Père, jusqu'à ce que les Églises s'accroissent des diverses nations et qu'y entre toute « la plénitude des païens » pour qu'enfin « tout Israël soit sauvé » (Rm 11,25), le Jour est prolongé, la chute du jour est différée. Le « Soleil de justice » (Ml 3,20) ne se couche jamais, mais continue à verser la lumière de la vérité dans le cœur de ceux qui croient.
Mais lorsque la mesure des croyants sera comble et lorsque sera venue l'époque dégénérée et corrompue de la dernière génération où « à cause de l'ampleur du mal, la charité de beaucoup d'hommes se refroidira » (Mt 24,12)..., alors, « les jours seront abrégés » (Mt 24,22). Oui, le même Seigneur sait prolonger la durée des jours quand c'est le temps du salut, et il sait abréger la durée du moment de la tribulation et de la perdition. Quant à nous, tant que nous avons le jour et que s'allonge pour nous le temps de la lumière, « marchons honnêtement comme en plein jour » (Rm 13,13) et faisons les œuvres de lumière.
ou
Imitation de Jésus Christ, traité spirituel du 15ème siècle
Livre II, §1
Le Christ viendra à toi
« Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » dit le Seigneur (Lc 17,21). Tourne-toi de tout ton cœur vers le Seigneur, laisse ce monde misérable, et ton âme trouvera le repos. Apprends à mépriser les choses extérieures et à te donner aux choses intérieures, et tu verras le Royaume de Dieu venir en toi. Car « le Royaume de Dieu est paix et joie en l'Esprit Saint » (Rm 14,17), ce qui n'est pas donné aux impies.
Le Christ viendra à toi, te montrant sa consolation, si tu lui prépares au-dedans une demeure digne. « Toute sa gloire et sa beauté sont de l'intérieur » (Ps 44,14 Vulg), et c'est là qu'il se plaît. Fréquente est sa visite de l'homme intérieur et c'est un doux entretien, une consolation agréable, une paix abondante, une familiarité surprenante.
Allons, âme fidèle, prépare ton cœur pour cet époux, afin qu'il daigne venir à toi et habiter en toi. Car il dit en effet : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, mon Père l'aimera, nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14,23)... Celui qui aime Jésus et la vérité, l'homme vraiment intérieur et libre de désirs déréglés, peut se tourner librement vers Dieu, s'élever en esprit au-dessus de lui-même et se reposer en lui... L'homme intérieur se recueille facilement parce que jamais il ne se répand tout entier au dehors ; les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certains temps ne le troublent pas. Il se prête aux choses selon qu'elles arrivent... Celui qui possède un esprit recueilli et bien discipliné ne se préoccupe guère des faits sensationnels ni des scandales du jour... Si tu renonces à être consolé extérieurement, tu pourras contempler les choses du ciel et goûter souvent la joie intérieure.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n°1, 3
« Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche »
« Les puissances des cieux seront ébranlées ». Qui le Seigneur appelle-t-il puissances des cieux, sinon les Anges, les Archanges, les Trônes, les Dominations, les Principautés et les Puissances ? (Col 1,16) Ils apparaîtront visiblement lors de la venue du Juge... « Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec une grande puissance et une grande majesté ». C'est comme si on disait clairement : « Ils verront dans la puissance et la majesté celui qu'ils n'ont pas voulu écouter lorsqu'il se présentait dans l'humilité »... Cela est dit à l'intention des réprouvés. Les paroles qui suivent sont adressées aux élus pour les consoler : « Quand cela commencera d'arriver, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ». C'est comme si la Vérité avertissait clairement ses élus en disant : « Au moment où les malheurs du monde se multiplient..., réjouissez-vous en vos cœurs. Tandis que finit le monde, dont vous n'êtes pas les amis, la rédemption que vous avez désirée approche ».
Ceux qui aiment Dieu sont invités à se réjouir de voir approcher la fin du monde, parce qu'ils trouveront bientôt le monde qu'ils aiment, lorsqu'aura passé celui auquel ils ne sont pas attachés. Que le fidèle désirant voir Dieu se garde bien de pleurer sur les malheurs qui frappent le monde, puisqu'il sait que ces malheurs mêmes amènent sa fin. Il est écrit en effet : « Celui qui veut être l'ami des choses de ce monde se rend ennemi de Dieu » (Jc 4,4). Celui qui ne se réjouit donc pas de voir approcher la fin de ce monde, celui-là montre qu'il est son ami, et par là il donne des preuves d'être l'ennemi de Dieu.
Mais qu'il n'en soit pas ainsi du cœur des fidèles, de ceux qui croient qu'il existe une autre vie et qui, par leurs actes, prouvent qu'ils l'aiment... En effet, qu'est-ce que cette vie mortelle sinon un chemin ? Or, quelle folie, mes frères, que de s'épuiser sur cette route, tout en ne voulant pas en atteindre la fin !... Ainsi, mes frères, n'aimez pas les choses de ce monde, qui, comme nous le voyons d'après les évènements qui se produisent autour de nous, ne pourra pas subsister longtemps.


TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Claude la Colombière (1641-1682), jésuite
Journal spirituel (Écrits spirituels, coll. Christus n° 9, éd. DDB, 1982, p. 152)
Dieu seul ne passera pas
Il n’y a que Dieu seul qui soit immortel (cf. 1 Tm 6,16). Tout le reste meurt, les rois, les parents, les amis ; ceux qui nous estiment ou que nous avons obligés se séparent de nous, ou par la mort, ou par l’absence ; nous nous séparons d’eux ; le souvenir de nos bienfaits, l’estime, l’amitié, leur reconnaissance meurent en eux. Les personnes que nous aimons meurent ou du moins la beauté, l’innocence, la jeunesse, la prudence, la voix, la vue, etc., tout cela meurt en eux. Les plaisirs des sens n’ont, pour ainsi parler, qu’un moment de vie. Dieu seul est immortel en toutes manières.
Comme il est très simple, il ne peut mourir par la séparation des parties qui le composent ; comme il est très indépendant, il ne peut défaillir par la soustraction d’un concours étranger qui le conserve. De plus, il ne peut ni s’éloigner, ni changer ; non seulement il sera toujours, mais il sera toujours bon, toujours fidèle, toujours raisonnable, toujours beau, libéral, aimable, puissant, sage et parfait en toutes manières. Le plaisir qu’on goûte à le posséder est un plaisir qui ne passe jamais, il est inaltérable, il ne dépend ni du temps, ni des lieux ; il ne cause jamais du dégoût ; au contraire, il devient toujours plus charmant, à mesure qu’on en jouit.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur les évangiles, n° 1 (trad. Le Barroux rev.)
« Sachez que le Royaume de Dieu est proche »
« Voyez le figuier et tous les arbres : lorsqu'ils font paraître leurs fruits, vous savez que l'été est proche. Ainsi pour vous : quand vous verrez arriver cela, sachez que le Royaume de Dieu est proche. » C'est comme si notre Rédempteur disait clairement : « Si on connaît la proximité de l'été par les fruits des arbres, on peut de même reconnaître par la ruine du monde que le Royaume de Dieu est proche. » Ces paroles nous montrent bien que le fruit du monde, c'est sa ruine ; il ne grandit que pour tomber ; il ne bourgeonne que pour faire périr par des calamités tout ce qui aura bourgeonné en lui. C'est avec raison que le Royaume de Dieu est comparé à l'été, car alors les nuages de notre tristesse passeront, et les jours de la vie brilleront de la clarté du Soleil éternel…
« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. » Rien, dans la nature des choses matérielles, n'est plus durable que le ciel et la terre, et rien ici-bas ne passe plus vite qu'un mot prononcé… Le Seigneur déclare donc : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. » C'est comme s'il disait clairement : « Tout ce qui est durable autour de vous n'est pas durable devant l'éternité ; et tout ce qui chez moi semble passer est en fait fixe et ne passe pas, car ma parole qui passe exprime des pensées qui demeurent sans pouvoir changer »…
Ainsi, mes frères, n'aimez pas ce monde, qui ne pourra pas subsister longtemps, comme vous le voyez. Fixez dans votre esprit ce commandement que l'apôtre Jean nous donne pour nous mettre en garde : « N'ayez pas l'amour du monde, ni de ce qui est dans le monde ; car si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui » (1Jn 2,15).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour l'Avent ; PL 185,11 ; SC 166
« Sachez que le royaume de Dieu est proche »
« Nous attendons le Sauveur » (liturgie latine ; cf Ph 3,20). Vraiment, elle est joyeuse l'attente des justes, de ceux qui attendent « la bienheureuse espérance et l'avènement dans la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ » (Tt 2,13). « Quelle est mon espérance, dit le juste, n'est-ce pas le Seigneur ? » (Ps 38,8) Puis, il se tourne vers lui et s'écrie : « Je le sais : tu ne décevras pas mon attente (Ps 118,116). En effet, mon être est déjà près de toi, puisque notre nature, assumée par toi et offerte pour nous, a déjà été glorifiée en toi. Cela nous donne l'espoir que ' toute chair viendra à toi ' (Ps 64,3)... »
Pourtant, c'est avec une confiance plus grande encore qu'attendent le Seigneur ceux qui peuvent dire : « Mon être est près de toi, Seigneur, car je t'ai donné toutes mes richesses ; les quittant pour toi, j'ai ' amassé un trésor dans le ciel ' (Mt 6,20). J'ai déposé tous mes biens à tes pieds : je sais que...tu me les ' rendras au centuple avec, en plus, la vie éternelle '« (Mc 10,30). Vous qui êtes pauvres en esprit, heureux êtes-vous ! (Mt 5,3)... Car le Seigneur a dit : « Là où est ton trésor, là sera ton cœur » (Mt 6,21). Que vos cœurs le suivent donc, qu'ils suivent leur trésor ! Fixez votre pensée là-haut, et que votre attente soit suspendue à Dieu, pour pouvoir dire avec l'apôtre Paul : « Notre vie est dans les cieux ; c'est de là que nous attendons le Sauveur » (Ph 3,20).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur la Genèse, n°12, 5 (trad. SC 7, p. 307 rev.)
« Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas »
« Bois l'eau de tes sources et de tes puits, et que ta source soit bien à toi » (Pr 5, 15.17). Essaie, toi qui m'écoutes, d'avoir un puits à toi et une source à toi ; de la sorte, quand tu prendras le livre des Écritures, tu arriveras à découvrir toi aussi, de ton propre chef, quelque interprétation. Oui, d'après ce que tu as appris dans l'Église, essaie de boire, toi aussi, à la source de ton esprit. À l'intérieur de toi-même, il y a... « l'eau vive » (Jn 4, 10) ; il y a les canaux intarissables et les fleuves gonflés du sens spirituel de l'Écriture, pourvu qu'ils ne soient pas obstrués par la terre et les déblais. Dans ce cas, ce qu'il faut faire, c'est de creuser et de nettoyer, c'est-à-dire de chasser la paresse de l'esprit et de secouer la torpeur du cœur...
Purifie donc ton esprit pour qu'un jour tu boives à tes sources et puises l'eau vive à tes puits. Car si tu as reçu en toi la parole de Dieu, si tu as reçu de Jésus l'eau vive, et si tu l'as reçue avec foi, elle deviendra en toi « source d'eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 14).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église : Sermons sur le Cantique des cantiques, no. 74
« Lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le royaume de Dieu est proche »
« En lui nous vivons, en lui nous avons le mouvement et l'être » (Ac 17, 28). Heureux celui qui vit par lui, qui est mû par lui, et en qui il est la vie. Vous me demanderez, puisque les traces de sa venue ne peuvent pas être découvertes, comment j'ai pu savoir qu'il était présent ? C'est qu'il est vivant et efficace (He 4, 12) ; à peine était-il en moi qu'il a réveillé mon âme endormie. Il a vivifié, attendri et excité mon cœur qui était assoupi et dur comme une pierre (Ez 36, 26). Il a commencé à arracher et à sarcler, à construire et à planter, à arroser ma sécheresse, à éclairer mes ténèbres, à ouvrir ce qui était fermé, à enflammer ma froideur, et aussi à « redresser les sentiers tortueux et aplanir les endroits rugueux » de mon âme (Is 40, 4), de sorte qu'elle puisse « bénir le Seigneur et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom » (Ps 102, 1).
Le Verbe Époux est venu en moi plus d'une fois, mais sans donner signe de son irruption... C'est au mouvement de mon cœur que j'ai perçu qu'il était là. J'ai reconnu sa force et sa puissance parce que mes mauvais penchants et mes passions s'apaisaient. La mise en discussion ou en accusation de mes sentiments obscurs m'a conduit à admirer la profondeur de sa sagesse. J'ai expérimenté sa douceur et sa bonté au léger progrès de ma vie. Et voyant « se renouveler l'homme intérieur » (2Co 4, 16), mon esprit au plus profond de moi-même, j'ai découvert un peu de sa beauté. En saisissant du regard enfin tout cela ensemble, j'ai tremblé devant l'immensité de sa grandeur.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
1ère homélie sur le psaume 38 (trad. SC 411, p. 355)
« L'été est déjà proche »
« Fais-moi connaître, Seigneur, ma fin, et quel est le nombre de mes jours pour que je sache ce qui me manque. » (Ps 38,5) Si tu me faisais connaître ma fin, dit le psalmiste, et si tu me faisais connaître quel est le nombre de mes jours, je pourrai par là-même savoir ce qui me manque. Ou peut-être, par ces mots, il semble encore indiquer ceci : tout métier a une fin ; par exemple la fin d'une entreprise de construction, c'est de faire une maison ; la fin d'un chantier naval, de construire un bateau capable de triompher des flots de la mer et de supporter l'assaut des vents ; et la fin de chaque métier est quelque chose de semblable pour laquelle le métier lui-même semble inventé. Ainsi peut-être est-il aussi une certaine fin de notre vie et du monde entier pour laquelle se fait tout ce qui se fait en notre vie, ou pour laquelle le monde lui-même a été créé ou subsiste. De cette fin, l'apôtre Paul aussi se souvient quand il dit : « Ensuite viendra la fin, quand il remettra la royauté à Dieu le Père. » (1Co 15,24) Vers cette fin-là, il faut assurément se hâter, puisque c'est le prix même de l'œuvre, ce pour quoi nous sommes créés par Dieu.
Comme notre organisme corporel, petit et réduit au début de sa naissance, pousse pourtant et tend au terme de sa grandeur en croissant en âge, et encore comme notre âme...reçoit un langage d'abord balbutiant, puis dans la suite plus clair, pour arriver enfin à une manière de s'exprimer parfaite et correcte, de cette façon aussi toute notre vie commence à présent, certes, comme balbutiante parmi les hommes sur la terre, mais elle est achevée et parvient à son sommet dans les cieux près de Dieu.
Pour ce motif, le prophète désire donc connaître la fin pour laquelle il a été fait, pour qu'en regardant la fin, en examinant ses jours et en considérant sa perfection, il voie ce qui lui manque par rapport à cette fin où il tend... C'est comme si ceux qui sont sortis d'Égypte avaient dit : « Fais-moi connaître, Seigneur, ma fin » qui est une terre bonne et une terre sainte, « et le nombre de mes jours » où je marche, « pour que je sache ce qui me manque », combien il m'en reste jusqu'à ce que je parvienne à la terre sainte qui m'est promise.
ou
Saint Clément de Rome, pape de 90 à 100 environ
Lettre aux Corinthiens, 19-23 (trad. SC 167, p. 133s rev)
« Sachez que le royaume de Dieu est proche »
Fixons nos regards sur le Père et Créateur du monde entier ; attachons-nous à ses dons de paix et à ses bienfaits, magnifiques, incomparables. Contemplons-le par la pensée et considérons avec les yeux de l'âme la longue patience de ses desseins ; réfléchissons comme il agit paisiblement envers toute sa création... Car il répand ses bienfaits sur toute la création, mais à nous il les prodigue avec surabondance lorsque nous recourons à sa miséricorde...
Mais prenez garde, bien-aimés, que ses bienfaits si nombreux ne se transforment en condamnation pour nous, si nous ne vivons pas d'une manière digne de lui... Considérons combien il est proche, et que rien ne lui échappe de nos pensées et de nos délibérations intérieures. Il est donc juste que nous n'abandonnions pas notre poste contre sa volonté... Qu'elle ne soit pas pour nous la parole qui dit : « Malheur à ceux qui ont l'âme partagée, ceux qui doutent en leur âme, ceux qui disent : ' Cela, nous l'avons entendu dire au temps de nos pères déjà ; mais voilà, nous avons vieilli et rien de cela ne nous est arrivé '. Ô insensés ! Comparez-vous à un arbre ; prenez un plant de vigne. D'abord il perd ses feuilles, puis naît un bourgeon, puis une feuille, puis une fleur, et après cela du raisin vert, puis la grappe mûre est là. » Voyez, en peu de temps le fruit de l'arbre arrive à maturité. En vérité, il sera rapide et soudain l'accomplissement de son dessein ! C'est ce qu'atteste aussi l'Écriture : « Il viendra rapidement ; il ne tardera pas » (Is 13,22) et : « Il viendra soudain dans son Temple le Seigneur, le Saint que vous attendez » (Ml 3,1).
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
« The Invisible World » PPS, IV, 13 (trad. AELF rev.)
« Voyez le figuier »
La terre que nous voyons ne nous satisfait pas. Ce n'est qu'un commencement ; ce n'est qu'une promesse d'un au-delà ; même dans sa plus grande joie, quand elle se couvre de toutes ses fleurs, et qu'elle montre tous ses trésors cachés de la manière la plus attirante, même alors, cela ne nous suffit pas. Nous savons qu'il y a en elle beaucoup plus de choses que nous n'en voyons. Un monde de saints et d'anges, un monde glorieux, le palais de Dieu, la montagne du Seigneur Sabaoth, la Jérusalem céleste, le trône de Dieu et du Christ, toutes ces merveilles éternelles, très précieuses, mystérieuses et incompréhensibles, se cachent derrière ce que nous voyons. Ce que nous voyons n'est que l'écorce extérieure d'un royaume éternel ; et c'est sur ce royaume que nous fixons les yeux de notre foi.
Montre-toi, Seigneur, comme au temps de ta Nativité, où les anges  ont visité les bergers ; que ta gloire s'épanouisse comme les fleurs et le feuillage s'épanouissent sur les arbres. Par ta grande puissance, transforme le monde visible en ce monde plus divin que nous ne voyons pas encore. Que ce que nous voyons soit transformé en ce que nous croyons. Si brillants que soient le soleil, le ciel, et les nuages, si verdoyants que soient les feuilles et les champs, si doux que soit le chant des oiseaux, nous savons que tout n'est pas là, et que nous ne voulons pas prendre la partie pour le tout. Ces choses procèdent d'un centre d'amour et de bonté qui est Dieu lui-même ; mais elles ne sont pas sa plénitude. Elles parlent du ciel, mais elles ne sont pas le ciel. Elles ne sont en quelque sorte que des rayons égarés, un faible reflet de son image ; elles ne sont que des miettes qui tombent de la table.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
« The Invisible World » PPS, IV, 13 (trad. AELF)
L'exemple du figuier
Une fois seulement par an, mais une fois pourtant, le monde que nous voyons fait éclater ses puissances cachées et se révèle lui-même en quelque sorte. Alors, les feuilles paraissent, les arbres fruitiers et les fleurs s'épanouissent, l'herbe et le blé poussent. Il y a un élan soudain et un éclatement de la vie cachée que Dieu a placée dans le monde matériel. Eh bien ! ceci nous est comme un exemple de ce que le monde peut faire au commandement de Dieu. Cette terre...éclatera un jour en un monde nouveau de lumière et de gloire dans lequel nous verrons les saints et les anges. Qui penserait, sans l'expérience qu'il a eue des printemps précédents, qui pourrait concevoir deux ou trois mois à l'avance que la face de la nature qui semblait morte puisse devenir si splendide et si variée ? ...
Il en est de même pour ce printemps éternel qu'attendent tous les chrétiens ; il viendra quoiqu'il tarde. Attendons-le, car « il viendra sûrement, et il ne tardera pas » (Hé 10,37). C'est pourquoi nous disons chaque jour : « Que ton règne vienne ! » Ce qui veut dire : « Montre-toi, Seigneur ; toi qui es assis au milieu des chérubins, montre-toi, manifeste-toi. Réveille ta puissance, viens nous délivrer » (cf Ps 79,2-3).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour l'Avent (trad. SC 166, p.101 rev.)
« Sachez que le Royaume de Dieu est tout proche »
Seigneur Jésus, grâces te soient rendues ! Nous sommes devant toi, nous t'attendons... « Encore un peu de temps, et encore un peu de temps » : ainsi fais-tu promesse sur promesse ; mais moi, une fois pour toutes, j'ai fait confiance à tes promesses. Pourtant, « viens en aide à mon incrédulité » pour que, demeurant là, je t'attende, je t'attende encore, jusqu'à ce qu'enfin je voie ce que je crois. Oui, je le crois, « je verrai les biens du Seigneur, sur la terre des vivants ».
Et toi, frère, le crois-tu ? Alors, « attends le Seigneur, agis avec courage, que ton cœur se fortifie, qu'il attende avec patience le Seigneur »... S'il prescrit une longue patience, il promet cependant de venir bientôt. C'est que tantôt il nous forme à la patience, et tantôt il réconforte les découragés ; il effraie les négligents, il active les paresseux. « Voici que je viens bientôt, dit-il ; ma récompense est avec moi, je vais rendre à chacun selon ses œuvres ». Et parlant à Jérusalem, il ajoute : « Bientôt viendra ton salut ; pourquoi te laisser consumer par la douleur ? »
C'est vrai, le temps est court, surtout pour chacun d'entre nous, bien qu'il semble long à qui se consume soit de peine, soit d'amour... Il viendra, il viendra certainement, ce Seigneur, l'objet de notre crainte et de notre désir, le repos et la récompense de ceux qui peinent, tendresse et embrassement de ceux qui aiment, la béatitude de tous, Jésus Christ, notre Sauveur.
(Références bibliques : Jn 16,16 ; Mc 9,24 ; Ps 26,13-14 ; Ap 22,12 ; 1Co 7,29)


TEMPS ORDINAIRE XXXIV - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Sermon pour le 5ème dimanche après Pâques (Sermons de Saint Jean Baptiste Marie Vianney, Curé d'Ars, t. 2 ; Éd. Ste Jeanne d'Arc, 1982 ; p. 57-58)
Persévérer par la prière
Pour vous montrer, mes frères, le pouvoir de la prière et les grâces qu’elle vous attire du ciel, je vous dirai que ce n’est que par la prière que tous les justes ont eu le bonheur de persévérer.
La prière est à notre âme ce que la pluie est à la terre. Fumez une terre, tant que vous voudrez ; si la pluie manque, tout ce que vous ferez ne servira de rien. De même, faites des bonnes œuvres tant que voudrez ; si vous ne priez pas souvent et comme il faut, jamais vous ne serez sauvés ; parce que la prière ouvre les yeux de notre âme, lui fait sentir la grandeur de sa misère, la nécessité d’avoir recours à Dieu, elle lui fait redouter sa faiblesse. Le chrétien compte pour tout sur Dieu seul, et rien sur lui-même. Oui, mes frères, c’est par la prière que tous les justes ont persévéré. (…)
Mes frères, ne voyons-nous pas nous-mêmes que dès que nous négligeons nos prières, nous perdons de suite, le goût des choses du ciel : nous ne pensons plus qu’à la terre ; et si nous reprenons la prière, nous sentons renaître en nous la pensée et le désir des choses du ciel. Oui, mes frères, si nous avons le bonheur d’être dans la grâce de Dieu, ou nous aurons recours à la prière, ou nous sommes sûrs de ne pas persévérer longtemps dans le chemin du ciel.
ou
Saint Théodore le Studite (759-826), moine à Constantinople
Catéchèse 33 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 297-299 ; rev.)
Les yeux fixés sur le terme
Nous ne vivrons pas éternellement, et dans peu de temps, au moment que Dieu a déterminé, vous comme moi, nous sortirons de la vie d’ici-bas. Mais, il s’agit lors de ce départ d’être bien pourvu de vivres, de pratiquer les commandements et de plaire à notre Seigneur Jésus Christ. (…)
Oui, oui, je vous le demande, mes enfants, tenez bon, allez de l’avant, élancez-vous vers tout ce qui est véritablement beau et vertueux et « établissez solidement vos âmes par votre constance » (cf. Lc 21,19), selon la parole du Seigneur. Les yeux fixés sur le terme de la mort, renouvelez-vous chaque jour et considérez toutes choses comme secondaires à cause de l’amour du Seigneur, vous gardant vous-même dans la juste mesure, dans l’intelligence et dans l’amour spirituel (…), ainsi vous serez soumis les uns aux autres, sans murmures, sans jalousie, sans envie, sans disputes.
Si nous ne nous hâtons pas de nous rapprocher [de nos saints pères dans les cieux], nous n’aurons aucune chance de les voir, de parler avec eux et de nous tenir auprès d’eux. Et nous espérons aussi voir paraître à nos yeux Notre Dame elle-même, notre toute reine et notre maîtresse, la mère de Dieu, et nous jeter à ses pieds et – poussons l’audace jusque-là – nous espérons voir le maître de toutes choses, notre Seigneur lui-même ; en effet, le divin Paul l’a dit : « Après avoir été ravis dans les nuées pour aller au-devant du Seigneur au moment de la régénération (cf. Mt 19,28), nous serons toujours avec lui (1 Th 4,17 ).
Quand donc de telles gloires, de telles joies, de telles vies nous sont proposées, qui ne bondirait, ne serait séduit, ne s’enflammerait, ne volerait vers l’amour de Dieu et n’accomplirait ses devoirs ?
ou
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretiens aux Filles de la Charité, conférence du 22 janvier 1645 (Tome IX, éd. Gabalda, 1923, pp. 216-217, rev.)
« Restez éveillés et priez en tout temps » (Lc 21,36)
Vous me direz peut-être, mes chères filles, que vous êtes si peu recueillies, même quand vous priez Dieu, que vous ne pouvez être un quart d'heure sans distractions. Ne vous en étonnez pas. Les plus grands serviteurs de Dieu sont quelquefois en ces mêmes peines. Je parlais un de ces jours à un bon prêtre, converti depuis quelques années, qui emploie un grand temps à prier Dieu. Il me disait qu'il n'avait souvent ni goût ni satisfaction, hormis celle de dire : « Mon Dieu, je suis ici en votre présence pour y faire votre très sainte volonté. C'est assez que vous m'y voyiez. » Faites de même. (...)
Il est un moyen très facile : prenez comme sujet de vos oraisons la passion de Notre Seigneur. Il n'en est pas une de vous qui ne sache tout ce qui s'y est passé, soit pour l'avoir entendu prêcher, soit pour avoir médité là-dessus. Ô mes filles, l'excellent moyen de faire oraison que la passion de Notre Seigneur ! C'est une fontaine de jouvence où vous trouverez tous les jours quelque chose de nouveau. Saint François n'avait jamais d'autre sujet d'oraison que la passion de Notre Seigneur, et il recommande à tous ses chers enfants spirituels de s'en servir continuellement. Et où pensez-vous, mes filles, que ce grand saint Bonaventure ait puisé toute sa science ? Au livre sacré de la Croix. Vous ferez bien de vous y habituer. Je vous le conseille.
ou
Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662), moine et théologien
Dialogue sur la vie ascétique ; PG 90, 912 (trad. Deseille, Évangile au désert, p. 258 rev. cf Tournay)
« Paraître debout devant le Fils de l'homme »
Nous t'en supplions, Seigneur, Dieu de bonté, que le déroulement du mystère du salut accompli pour nous en ton Fils unique ne tourne pas à notre condamnation ; qu'il « ne nous rejette pas loin de ta face ». Ne prends pas en aversion notre condition misérable, mais aie compassion de nous à cause de ta grande pitié ; « selon ton infinie miséricorde, efface notre péché ». Ainsi, comparaissant devant ta gloire, bien loin de mériter condamnation, nous obtiendrons la protection de ton Fils unique, et nous ne serons pas réprouvés comme de mauvais serviteurs... Oui, Maître et Seigneur tout-puissant, entends notre supplication : « Nous ne connaissons nul autre que toi ». Nous invoquons ton nom, car tu es « celui qui opère tout en tous », et c'est près de toi que nous cherchons le secours.
« Seigneur, regarde du ciel et vois depuis la demeure de ta sainte gloire. Où est ton amour jaloux et puissant ? Où sont ta pitié et ta miséricorde infinies ? Tu es notre Père : Abraham ne peut pas nous reconnaître... Toi, Seigneur, notre Père, libère-nous, car depuis l'origine ton nom est invoqué sur nous », ainsi que le nom de ton Fils unique, et celui de ton Saint Esprit. « Pourquoi nous laisses-tu errer loin de tes voies ?... Pourquoi nous as-tu abandonnés à notre sens propre, et nous as-tu laissés nous égarer ? » Fais revenir vers toi tes serviteurs, Seigneur, au nom de ta sainte Église, au nom de tous tes saints des temps passés...
« Ah, si tu déchirais les cieux ! Les montagnes trembleraient devant toi, elles fondraient comme de la cire en présence du feu... Depuis les temps anciens, nous n'avons entendu et nos yeux n'ont contemplé d'autre Dieu que toi... Tu es notre Père..., nous sommes tous l'ouvrage de tes mains... Nous sommes tous ton peuple. »
(Références bibliques : Ps 50,13.3 ; Jdt 8,20 ; 1Co 12,6 ; Is 63,15-19 LXX ; Ps 96,5 ; Is 64, 3.7-8)
ou
Catéchisme de l'Église catholique §672 – 677
« Tenez-vous sur vos gardes »
Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l'Esprit et du témoignage, mais c'est aussi un temps encore marqué par la « détresse » (1Co 7, 26) et l'épreuve du mal qui n'épargne par l'Église et inaugure les combats des derniers jours. C'est un temps d'attente et de veille. Depuis l'Ascension, l'avènement du Christ dans la gloire est imminent même s'il ne nous « appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité » (Ac 2, 7). Cet avènement eschatologique peut s'accomplir à tout moment...
Avant l'avènement du Christ, l'Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le « mystère d'iniquité » sous la forme d'une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l'apostasie de la vérité. L'imposture religieuse suprême est celle de l'Anti-Christ, c'est-à-dire celle d'un pseudo-messianisme où l'homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (2Th 2, 3s ; 2Jn 7)...
L'Église n'entrera dans la gloire du Royaume qu'à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa résurrection. Le Royaume ne s'accomplira donc pas par un triomphe historique de l'Église selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal qui fera descendre du Ciel son Épouse (Ap 21, 25). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier après l'ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église, Sermon 86 sur le Cantique des Cantiques (trad. Béguin, Seuil 1953, p. 876 rev.)
« Restez éveillés et priez en tout temps »
Celui qui veut prier en paix ne tiendra pas seulement compte du lieu, mais du temps. Le moment du repos est le plus favorable et lorsque le sommeil de la nuit établit partout un silence profond, la prière se fait plus libre et plus pure. « Lève-toi la nuit, au commencement des vigiles, et épanche ton cœur comme de l'eau devant le Seigneur ton Dieu » (Lm 3, 27). Avec quelle sûreté la prière monte dans la nuit, quand Dieu seul en est témoin, avec l'ange qui la reçoit pour aller la présenter à l'autel céleste ! Elle est agréable et lumineuse, teinte de pudeur. Elle est calme, paisible, lorsqu'aucun bruit, aucun cri ne viennent l'interrompre. Elle est pure et sincère, quand la poussière des soucis terrestres ne peut pas la salir. Il n'y a pas de spectateur qui puisse l'exposer à la tentation par ses éloges ou ses flatteries.
C'est pourquoi l'Épouse [du Cantique des Cantiques] agit avec autant de sagesse que de pudeur lorsqu'elle choisit la solitude nocturne de sa chambre pour prier, c'est-à-dire pour chercher le Verbe, car c'est tout un. Tu pries mal si en priant tu cherches autre chose que le Verbe, la Parole de Dieu, ou si tu ne demandes pas l'objet de ta prière par rapport au Verbe. Car tout est en lui : les remèdes à tes blessures, les secours dont tu as besoin, l'amendement de tes défauts, la source de tes progrès, bref tout ce qu'un homme peut et doit souhaiter. Il n'y a aucune raison de demander au Verbe autre chose que lui-même, puisqu'il est toutes choses. Si, comme il est nécessaire, nous paraissons demander certains biens concrets, et si, comme nous le devons, nous les souhaitons par rapport au Verbe, c'est moins ces choses elles-mêmes que nous demandons, que celui qui est la cause de notre prière.
ou
Aphraate ( ?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul
Les Exposés, n°4 ; SC 349 (trad. SC p. 316)
« Restez éveillés et priez en tout temps »
Mon ami, lorsqu'on fait le bon plaisir de Dieu, c'est de la prière, et c'est ce qui me paraît beau… Par-dessus tout, sois assidu à la prière sans t'en lasser, comme il est écrit, car notre Seigneur a dit : « Priez sans vous lasser. » Sois assidu aux veilles, éloigne de toi somnolence et lourdeur, sois en éveil jour et nuit sans te décourager.
Je vais te montrer les modes de la prière ; il y a en effet la demande, l'action de grâce et la louange (Ph 4,6) : la demande, quand on demande miséricorde pour ses péchés ; l'action de grâce, quand tu rends grâce à ton Père qui est au ciel ; et la louange, quand tu le loues pour ses œuvres Quand tu es en danger, présente la demande ; quand tu es pourvu de biens, rends grâce à celui qui donne ; et quand tu es d'humeur joyeuse, présente la louange.
Toutes tes prières, tu dois les porter devant Dieu selon les circonstances. Vois ce que David lui-même disait à tout moment : « Je me suis levé pour rendre grâce à tes jugements, ô Juste » (Ps 118,62). Dans un autre psaume, il dit encore : « Louez le Seigneur depuis les cieux, louez-le dans les hauteurs » (148,1). Il dit enfin : « Je bénirai le Seigneur à tout moment, à tout moment ses louanges en ma bouche » (33,2). Car tu ne dois pas prier d'une seule manière, mais selon les circonstances.
Et moi, mon ami, j'ai la ferme conviction que tout ce que les hommes demandent avec assiduité, Dieu le leur donne. Mais celui qui offre avec hypocrisie n'est pas agréé, selon ce qu'il est écrit : Celui qui offre la prière, qu'il tourne et retourne son offrande, pour voir s'il ne s'y trouve pas quelque défaut, et qu'ensuite il l'offre, autrement son offrande restera à terre (cf Mt 5,23-24 ; Mc 11,25). Et qu'est-ce que l'offrande, sinon la prière ?… De toutes les offrandes en effet, la prière pure est la meilleure.
ou
La Divine Liturgie de saint Basile (4e siècle)
Prière eucharistique, 2e partie (trad. coll. Icthus, vol. 9, p. 74)
Prier en tout temps, debout devant le Fils de l'homme
« Faites ceci en mémoire de moi. Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez ce calice, vous annoncez ma mort, vous confessez ma résurrection ». Nous faisons donc mémoire, Seigneur, des souffrances du Christ qui donnent le salut, de sa croix qui donne la vie, de son ensevelissement pendant trois jours, de sa résurrection d'entre les morts, de son ascension au ciel, de sa présence à ta droite, ô Père, et de son second avènement, glorieux et redoutable, en t'offrant de ce qui t'appartient ces choses qui sont de toi.
En tout et pour tout, nous te chantons, nous te bénissons, nous te rendons grâces, Seigneur, et nous te prions, notre Dieu. C'est pourquoi, Maître très saint, nous qui avons été jugés dignes de servir à ton très saint autel, non pour notre justice, car nous n'avons rien fait de bon sur la terre, mais à cause de ta bonté et de tes surabondantes miséricordes, nous osons nous approcher de ton autel, nous offrons le sacrement du saint corps et du sang sacré de ton Christ. Nous te prions et nous t'invoquons, ô Saint des Saints : que par ta bonté et ta bienveillance vienne ton Esprit Saint sur nous et sur les dons ici présents, qu'il les bénisse et les sanctifie, qu'il consacre ce pain au précieux corps de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ (Le diacre dit : Amen) et ce calice au précieux sang de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ (Le diacre dit : Amen) répandu pour la vie du monde. (Le diacre dit : Amen).
Que nous tous qui participons à l'unique pain et à l'unique calice, nous soyons unis les uns aux autres dans la communion de l'unique Esprit Saint, et qu'aucun parmi nous ne participe au saint corps et au sang sacré de ton Christ pour son jugement ou sa condamnation, mais que nous trouvions pitié et grâce, avec tous les saints qui depuis le commencement te furent agréables... Et donne-nous de glorifier et d'acclamer d'une seule voix et d'un seul cœur ton nom adorable et merveilleux : Père, Fils et Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux
« Paraître debout devant le Fils de l'homme »
Ô mon Dieu, Trinité bienheureuse, je désire vous aimer et vous faire aimer, travailler à la glorification de la sainte Église en sauvant les âmes... Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m'avez préparé dans votre royaume ; en un mot, je désire être sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu, d'être vous-même ma sainteté. Puisque vous m'avez aimée jusqu'à me donner votre Fils unique pour être mon Sauveur et mon Époux, les trésors infinis de ses mérites sont à moi : je vous les offre avec bonheur, vous suppliant de ne me regarder qu'à travers la face de Jésus et dans son cœur brûlant d'amour...
Je vous remercie, ô mon Dieu, de toutes les grâces que vous m'avez accordées, en particulier de m'avoir fait passer par le creuset de la souffrance. C'est avec joie que je vous contemplerai au dernier jour portant le sceptre de la croix. Puisque vous avez daigné me donner en partage cette croix si précieuse, j'espère au ciel vous ressembler et voir briller sur mon corps glorifié les sacrés stigmates de votre Passion...
Après l'exil de la terre, j'espère aller jouir de vous dans la patrie. Mais je ne veux pas amasser de mérites pour le ciel, je veux travailler pour votre seul amour, dans l'unique but de vous faire plaisir, de consoler votre cœur sacré et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement. Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre justice et recevoir de votre amour la possession éternelle de vous-même. Je ne veux point d'autre trône et d'autre couronne que vous, ô mon Bien-Aimé ! À vos yeux le temps n'est rien, un seul jour est comme mille ans (Ps 89,4), vous pouvez donc en un instant me préparer à paraître devant vous.
ou
Saint Hippolyte de Rome ( ?-v. 235), prêtre et martyr
La Tradition apostolique, 41 (trad. SC11, p.129s)
« Restez éveillés et priez en tout temps »
Prie avant que ton corps ne repose au lit. Et puis vers le milieu de la nuit, lève-toi, lave-toi les mains avec de l'eau et prie. Si ta femme est présente, priez tous les deux ensemble. Si cependant elle n'est pas encore croyante, retire-toi dans une autre chambre pour prier, puis retourne dans ton lit. Ne sois pas paresseux pour la prière... Il faut prier à cette heure car les anciens de qui nous tenons cette tradition nous ont appris qu'à cette heure toute la création se repose un moment pour louer le Seigneur. Les étoiles, les arbres et les eaux s'arrêtent un instant, et toute la troupe des anges qui le sert loue Dieu à cette heure avec les âmes des justes. C'est pourquoi les croyants doivent s'empresser de prier à cette heure-là.
Rendant également témoignage de cela, le Seigneur dit : « Voici qu'un cri se fit entendre au milieu de la nuit ; on disait : 'Voici l'époux qui vient, levez-vous pour aller à sa rencontre' » (Mt 25,6). Et il continue en disant : « C'est pourquoi, veillez, car vous ne savez pas à quelle heure il vient » (25,13). Au chant du coq le matin, quand tu te lèves, prie aussi.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), cardinal, théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « Watching », PPS vol. 4, n°22
« Restez éveillés et priez en tout temps »
« Veillez ! », nous dit Jésus avec insistance... Nous n'avons pas seulement à croire, mais à veiller ; pas simplement à aimer, mais à veiller ; pas uniquement à obéir, mais à veiller. À veiller pour quoi ? Pour ce suprême événement : la venue du Christ... Il semble bien y avoir là un appel spécial, un devoir dont l'idée ne nous serait jamais venue à l'esprit autrement.
Nous avons une idée générale de ce que veut dire croire, aimer et obéir, mais qu'est-ce donc que veiller ?... Celui-là veille dans l'attente du Christ, qui garde l'esprit sensible, ouvert, sur le qui-vive, qui reste vif, éveillé, plein de zèle à le chercher et à l'honorer. Il désire trouver le Christ dans tout ce qui arrive... Et celui-là veille avec le Christ (Mt 26,38) qui, tout en regardant l'avenir, regarde aussi le passé, contemplant ce que son Sauveur a acquis pour lui et n'oubliant pas ce que le Christ a souffert pour lui. Il veille avec le Christ celui qui remémore et renouvelle en sa propre personne la croix et à l'agonie du Christ, qui porte joyeusement la tunique que le Christ a portée jusqu'à la croix et qu'il a laissée après son Ascension.
Souvent dans les épîtres, les écrivains inspirés expriment leur désir du second avènement, mais ils n'oublient jamais le premier : la crucifixion et la résurrection... Ainsi saint Paul invite les Corinthiens à attendre la venue du Seigneur Jésus Christ(1Co 1,7-8) et ne manque pas de leur dire de « toujours porter dans notre corps la mort du Seigneur, pour que la vie du Christ Jésus se manifeste en nous » (2Co 4,10)... La pensée de ce qu'est le Christ aujourd'hui ne doit pas effacer le souvenir de ce qu'il a été pour nous... Ainsi dans la sainte communion nous voyons en même temps la mort et la résurrection du Christ ; nous nous souvenons de l'une, nous nous réjouissons de l'autre. Nous nous offrons nous-mêmes et recevons une bénédiction.
Veiller, c'est donc vivre détaché de ce qui est présent, vivre dans l'invisible, vivre dans la pensée du Christ tel qu'il est venu une première fois et tel qu'il doit venir, désirer son deuxième avènement à partir de notre souvenir aimant et reconnaissant du premier.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Discours sur les psaumes, Ps 95, 14-15 ; CCL 39, 1351
« Que la terre exulte...à la face du Seigneur, car il vient » (Ps 95,11)
« Tous les arbres des forêts bondiront de joie » (Ps 95,12). Il est venu une première fois et les arbres des forêts ont bondi de joie. Il viendra de nouveau « pour juger la terre » (v. 13), et il trouvera bondissant de joie, « car il est venu », ceux qui ont cru à son premier avènement... « Il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité. » Parce que tu es injuste, le juge ne sera pas juste ? Parce que tu es menteur, la vérité ne sera pas véridique ? Mais si tu veux rencontrer un juge miséricordieux, sois miséricordieux avant qu'il vienne. Pardonne, si l'on t'a offensé ; donne les biens que tu possèdes en abondance.
Et avec quoi donneras-tu, sinon avec ce que tu tiens de lui ? Si tu donnais de ton bien, ce serait de la générosité. Puisque tu donnes ce que tu tiens de lui, c'est de la restitution. « Que possèdes-tu que tu n'aies reçu ? » (1Co 4,7) Voilà les sacrifices qui sont très agréables à Dieu : miséricorde, humilité, reconnaissance, paix, charité. Si c'est cela que nous apportons, nous attendrons avec assurance l'avènement du juge, lui qui « jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa vérité ».

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