TEMPS DE PÂQUES II - Dimanche de la Miséricorde
Commentaire de l’Évangile
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse
Petit journal, § 522 (Petit journal, la Miséricorde divine dans mon âme ; trad. Apostolat de la Miséricorde divine ; Parole et Dialogue, 2002, p. 218)
Les entrailles de la miséricorde divine nous sont ouvertes !
La miséricorde du Seigneur je chanterai,
Pour les siècles devant tout le peuple,
Car c’est le plus grand attribut de Dieu,
Et pour nous un incessant miracle.
Tu jaillis de la Trinité divine
Mais d’un seul sein plein d’amour ;
La miséricorde du Seigneur se montrera dans l’âme
Dans la plénitude, quand le voile tombera.
De la source de Ta miséricorde, ô Seigneur,
Découle tout bonheur et toute vie ;
Ainsi donc, toutes les créatures et toutes les œuvres
Chantez dans le ravissement un chant de miséricorde.
Les entrailles de la miséricorde divine nous sont ouvertes,
Par la vie de Jésus, cloué sur la croix ;
Tu ne dois pas douter, ni désespérer, pécheur,
Mais avoir confiance en la miséricorde, car toi aussi tu peux devenir saint.
Deux sources en forme de rayons ont jailli
Du Cœur de Jésus,
Non pour les anges, ni pour les chérubins, ni pour les Séraphins,
Mais pour le salut de l’homme pécheur.
ou
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)
franciscain, docteur de l'Église
Sermon pour le Dimanche de l’Octave de Pâques (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 79-81 ; rev.)
La triple paix
Jésus leur dit “Paix à vous !” » (Jn 20,19) Il est dit « Paix à vous ! » par trois fois à cause de la triple paix que le Seigneur a rétabli : entre Dieu et l’homme, en le réconciliant avec le Père par son sang ; entre l’ange et l’homme en prenant la nature humaine et en s’élevant au-dessus des chœurs des anges ; entre l’homme et l’homme, en réunissant en lui-même, pierre angulaire, le peuple des Juifs et le peuple des Gentils. (…)
Jésus vint donc et se tint au milieu (Jn 20,19). « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Lc 22,27). Il se tient au milieu de chaque cœur. Il se tient au centre, parce que de lui, comme d’un centre, tous les rayons de la grâce rayonnent vers nous qui nous tenons sur la circonférence et marchons tout autour. « Jésus se tint, donc, au milieu d’eux et leur dit : “Paix à vous !” » (Jn 20,19) Il existe une triple paix : celle du temps, celle du cœur, celle de l’éternité. Tu dois avoir la première avec ton prochain, la deuxième avec toi-même, et ainsi tu auras la troisième, avec Dieu au ciel. Tiens-toi aussi « au milieu » et tu auras la paix avec ton prochain. Si tu ne te tiens pas au milieu, tu ne pourras pas avoir la paix. Sur la circonférence, il n’y a ni paix ni tranquillité d’esprit, mais mouvement et instabilité. On dit que les éléphants, lorsqu’ils affrontent un combat, portent un soin particulier aux blessés : ils les enferment au centre du groupe en compagnie des plus faibles. Accueille toi aussi, au centre de la charité, ton prochain faible et blessé.
Le Seigneur, donc, après leur avoir montré ses mains et son côté, dit à nouveau : « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (cf. Jn 20,21). Comme le Père m’a envoyé à la Passion, malgré son amour, ainsi moi aussi, avec le même amour, je vous envoie.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005)
pape
Homélie du dimanche de la divine miséricorde n° 4-6, 22 avril 2001 (© Copyright - Libreria Editrice Vaticana, rev.)
Jésus brûle du désir d'être aimé
Jésus [aux disciples craintifs et stupéfaits] confie le don de “remettre les péchés”, un don qui naît des blessures de ses mains, de ses pieds et surtout de son côté transpercé. C'est de là qu'une vague de miséricorde se déverse sur l'humanité tout entière.
Nous revivons ce moment avec une grande intensité spirituelle. Aujourd'hui, le Seigneur nous montre à nous aussi ses plaies glorieuses et son cœur, fontaine intarissable de lumière et de vérité, d'amour et de pardon. Le Cœur du Christ ! Son “Sacré Cœur” a tout donné aux hommes: la rédemption, le salut, la sanctification. (…)
À travers le mystère de ce cœur blessé, le flux restaurateur de l'amour miséricordieux de Dieu ne cesse de se répandre également sur les hommes et sur les femmes de notre temps. Ce n'est que là que celui qui aspire au bonheur authentique et durable peut en trouver le secret. “Jésus, j'ai confiance en Toi”. Cette prière, chère à tant de fidèles, exprime bien l'attitude avec laquelle nous voulons nous aussi nous abandonner avec confiance entre tes mains, ô Seigneur, notre unique Sauveur.
Tu brûles du désir d'être aimé, et celui qui se met en harmonie avec les sentiments de ton cœur apprend à être le constructeur de la nouvelle civilisation de l'amour. Un simple acte de confiance suffit à briser la barrière de l'obscurité et de la tristesse, du doute et du désespoir. Les rayons de ta miséricorde divine redonnent l'espérance de façon particulière à celui qui se sent écrasé par le poids du péché.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 84 (trad. coll. Pères dans la foi, n°96, p. 145 rev.)
« Mon Seigneur et mon Dieu »
Thomas, ayant appris de ses compagnons qu’ils avaient vu le Seigneur, a répondu : « Si je ne vois pas la marque des clous et ne mets ma main dans son côté, je ne croirai pas. » Pourquoi Thomas réclame-t-il ainsi des signes de foi ?… La puissance du diable est tombée, la prison de l’enfer a été ouverte, les chaînes des morts ont été brisées, les sépulcres de ceux qui ressuscitaient ont été renversés (Mt 27,52)…, la pierre du tombeau du Seigneur a été roulée, le linceul a été rejeté, et la mort s’est enfuie devant la gloire du Ressuscité… Pourquoi toi seul, Thomas, exiges-tu si rigoureusement que les blessures te soient présentées à toi seul comme preuve de foi ?...
Frères, c’est son amour fervent qui a demandé cela… Car Thomas ne guérissait pas seulement le doute de son cœur, mais celui de tous les hommes. Destiné à porter cette nouvelle aux nations, en messager consciencieux il cherchait sur quelles bases il fonderait la proclamation d’une vérité de foi si importante… Ce disciple a donc procuré aux autres le signe qu’il réclame à cause de son retard.
« Jésus vint, et il se tint au milieu d’eux, et leur montra ses mains et son côté. » De fait, puisqu’il était entré toutes portes closes et était considéré comme un esprit par ses disciples, il ne pouvait prouver à ceux qui doutaient qu’il était bien lui-même que par les souffrances de son corps, les marques de ses blessures. Il vient et il dit à Thomas : « Enfonce ton doigt et vois mes mains, et mets ta main dans mon côté, pour que ces blessures ouvertes à nouveau par toi répandent la foi sur toute la terre, comme elles ont déjà versé l’eau pour la purification et le sang pour la rançon des hommes » (Jn 19,34). « Thomas répondit : Mon Seigneur et mon Dieu ! » Que viennent les hérétiques, qu’ils entendent, et comme l’a dit le Seigneur, qu’ils ne soient pas incrédules, mais croyants. Car, Thomas le proclame, voici que non seulement ce corps d’homme, mais les souffrances subies par ce corps manifestent que le Christ est Dieu et Seigneur. Et il est vraiment Dieu, lui qui vit après la mort, ressuscite de ses blessures et qui après avoir subi de tels supplices, vit et règne, Dieu pour les siècles des siècles. Amen.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Encyclique « Dominum et vivificantem » §23 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.)
« Recevez l'Esprit Saint »
Les événements de Pâques — la Passion, la mort et la résurrection du Christ — sont aussi le temps de la nouvelle venue de l'Esprit Saint comme Paraclet et Esprit de vérité (Jn 14,16-17). C'est le temps du « nouveau commencement », du don que le Dieu un et trine fait de lui-même à l'humanité dans l'Esprit Saint par l'action du Christ Rédempteur. Ce nouveau commencement est la rédemption du monde : « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Déjà..., dans le don du Fils s'exprime l'essence la plus profonde de Dieu qui, comme amour, est une source inépuisable de générosité. Dans le don fait par le Fils s'achèvent la révélation et la prodigalité de l'Amour éternel : par l'œuvre du Fils, c'est-à-dire par le mystère pascal, l'Esprit Saint, qui dans les profondeurs insondables de Dieu est une personne-don, est donné d'une manière nouvelle aux apôtres et à l'Église et, à travers eux, à l'humanité et au monde entier.
L'expression définitive de ce mystère apparaît le jour de la résurrection. En ce jour, Jésus de Nazareth, « issu de la lignée de David selon la chair », comme l'écrit l'apôtre Paul, est « établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts » (Rm 1,3-4). On peut donc dire que l'exaltation messianique du Christ dans l'Esprit Saint atteint son sommet dans la résurrection ; il se révèle alors comme Fils de Dieu, « rempli de puissance ». Et cette puissance, dont les sources jaillissent dans l'insondable communion trinitaire, se manifeste avant tout dans le fait que si, d'une part, le Christ ressuscité réalise la promesse de Dieu déjà exprimée par la voix du prophète : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau..., mon esprit » (Ez 36,26-27), d'autre part, il accomplit sa propre promesse faite aux apôtres : « Si je pars, je vous l'enverrai » (Jn 16,7). C'est lui, l'Esprit de vérité, le Paraclet envoyé par le Christ ressuscité pour nous transformer et faire de nous l'image même du ressuscité.
ou
Basile de Séleucie ( ?-v. 468), évêque
Sermon pour la résurrection (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 128 rev.)
« Nous avons vu le Seigneur »
Cachés dans une maison, les apôtres voient le Christ ; il entre, toutes portes closes. Mais Thomas, absent alors..., bouche ses oreilles et veut ouvrir ses yeux... Il laisse éclater son incrédulité, espérant ainsi que son désir sera exaucé. « Mes doutes ne disparaîtront qu'à sa vue, dit-il. Je mettrai mon doigt dans les marques des clous, et j'étreindrai ce Seigneur que je désire tant. Qu'il blâme mon manque de foi, mais qu'il me comble de sa vue. Maintenant je suis incroyant, mais lorsque je le verrai, je croirai. Je croirai lorsque je le serrerai dans les bras et le contemplerai. Je veux voir ces mains trouées, qui ont guéri les mains malfaisantes d'Adam. Je veux voir ce flanc, qui a chassé la mort du flanc de l'homme. Je veux être le propre témoin du Seigneur et le témoignage d'autrui ne me suffit pas. Vos récits exaspèrent mon impatience. L'heureuse nouvelle que vous apportez ne fait qu'aviver mon trouble. Je ne guérirai de ce mal, que si je touche le remède de mes mains. »
Le Seigneur réapparaît et dissipe à la fois la tristesse et le doute de son disciple. Que dis-je ? Il ne dissipe pas son doute, il comble son attente. Il entre, toutes portes closes.
ou
Célébration eucharistique en suffrage de Jean-Paul II
Regina Caeli du 3 avril 2005, lendemain du décès de Jean-Paul II (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Il leur montra ses mains et son côté »
Le pape Jean-Paul II avait indiqué le thème de la méditation pour la prière du Regina Caeli du 2e dimanche de Pâques, dimanche de la Divine Miséricorde. En conclusion de la concélébration eucharistique présidée sur la place Saint-Pierre par le Cardinal Angelo Sodano, S.Exc. Mgr Leonardo Sandri a prononcé les paroles suivantes, avant de donner lecture du texte du Saint Père : « J'ai été chargé de vous lire le texte préparé, sur ses indications explicites, par le Saint Père Jean-Paul II. Je le fais en ressentant profondément cet honneur, mais également avec une grande nostalgie » :
Très chers frères et sœurs !
Le joyeux Alléluia de Pâques retentit également en ce jour. La page de l'évangile de Jean d'aujourd'hui souligne que le Ressuscité, le soir de ce jour, est apparu aux apôtres et « leur montra ses mains et son côté », c'est-à-dire les signes de la Passion douloureuse imprimés de façon indélébile sur son corps, également après la résurrection. Ces plaies glorieuses, qu'il a fait toucher huit jours plus tard à Thomas, incrédule, révèlent la miséricorde de Dieu, qui « a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16).
Ce mystère d'amour se trouve au centre de la liturgie d'aujourd'hui du Dimanche in Albis, dédié au culte de la Divine Miséricorde.
Le Seigneur ressuscité offre en don à l'humanité, qui semble parfois égarée et dominée par le pouvoir du mal, par l'égoïsme et par la peur, son amour qui pardonne, qui réconcilie et ouvre à nouveau l'âme à l'espérance. C'est l'amour qui convertit les cœurs et qui donne la paix. Combien le monde a besoin de compréhension et d'accueillir la Divine Miséricorde !
Seigneur, toi qui par ta mort et ta résurrection révèles l'amour du Père, nous croyons en toi et nous te répétons aujourd'hui avec confiance : Jésus, j'ai confiance en toi, aies pitié de nous et du monde entier.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté religieuse, théologien
PPS, vol. 2, n° 2, « Faith without Sight »
La faiblesse de la foi de Thomas, source de grâce pour l'Église
Il ne faut pas croire que saint Thomas était très différent des autres apôtres. Tous, plus ou moins, ils ont perdu confiance dans les promesses du Christ quand ils l’ont vu emmené pour être crucifié. Quand il a été mis au tombeau, leur espérance a été ensevelie avec lui, et quand on leur a apporté la nouvelle qu’il était ressuscité, aucun n'y a cru. Quand il leur est apparu, « il leur reprocha leur incrédulité et leur endurcissement » (Mc 16, 14)… Thomas a été convaincu en dernier, parce qu’il a vu le Christ en dernier. Par contre, il est certain que ce n’était pas un disciple réservé et froid : auparavant, il avait exprimé le désir de partager le danger de son Maître et de souffrir avec lui…: « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! » (Jn 11, 16) C’est à cause de Thomas que les apôtres ont risqué leur vie avec leur Maître.
Saint Thomas aimait donc son Maître, comme un vrai apôtre, et s’est mis à son service. Mais quand il l’a vu crucifié, il a faibli en sa foi pour un temps, comme les autres…et plus que les autres. Il s’était isolé, refusant le témoignage non d’une seule personne, mais des dix autres, de Marie Madeleine et des autres femmes… Il lui fallait, semble-t-il, une preuve visible de ce qui est invisible, un signe infaillible venu de ciel, comme l’échelle des anges de Jacob (Gn 28, 12), pour calmer son angoisse en lui montrant le but du chemin au moment de se mettre en route. Un désir secret de certitude l’habitait et ce désir s’est réveillé à la nouvelle de la résurrection du Christ.
Notre Sauveur consent à sa faiblesse, répond a son désir, mais lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». C’est ainsi que tous ses disciples le servent, même dans leur faiblesse, pour qu’il la transforme en paroles d’enseignement et de réconfort pour son Église.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église : Sermon 258 (trad. SC 116, p. 347s)
« Et Dieu dit : ‘ Que la lumière soit ’ » (Gn 1, 2)
« Voici le jour que fit le Seigneur » (Ps 117, 24). Rappelez-vous l'état du monde à l'origine : « Les ténèbres étaient sur l'abîme et l'Esprit de Dieu planait sur les eaux. Et Dieu dit : Que la lumière soit ! et la lumière fut. Et Dieu sépara la lumière des ténèbres et il appela la lumière Jour et il appela les ténèbres Nuit » (Gn 1, 2s)… « Voici le Jour que fit le Seigneur ». C'est le jour dont parle l'apôtre Paul : « Autrefois vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (Ep 5, 8)…
Thomas n'était-il pas un homme, un des disciples, un homme de la foule pour ainsi dire ? Ses frères lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ». Et lui : « Si je ne touche pas, si je ne mets pas mon doigt dans son côté, je ne croirai pas ». Les évangélistes t'apportent la nouvelle, et toi tu ne crois pas ? Le monde a cru et un disciple n'a pas cru ?... Il n'était pas encore devenu ce jour qu'a fait le Seigneur ; les ténèbres étaient encore sur l’abîme, dans les profondeurs du cœur humain, qui était ténèbres. Que vienne donc celui qui est le point du jour, qu'il vienne et qu'il dise avec patience, avec douceur, sans colère, lui qui guérit : « Viens. Viens, touche ceci et crois. Tu as déclaré : ‘ Si je ne touche pas, si je ne mets pas mon doigt, je ne croirai pas ’. Viens, touche, mets ton doigt et ne sois plus incrédule, mais fidèle. Je connaissais tes blessures, j'ai gardé pour toi ma cicatrice ».
En approchant sa main, le disciple peut pleinement compléter sa foi. Quelle est, en effet, la plénitude de la foi ? De ne pas croire que le Christ est seulement homme, de ne pas croire non plus que le Christ est seulement Dieu, mais de croire qu'il est homme et Dieu… Ainsi le disciple auquel son Sauveur donnait à toucher les membres de son corps et ses cicatrices s'écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il a touché l'homme, il a reconnu Dieu. Il a touché la chair, il s'est tourné vers la Parole, car « la Parole s'est faite chair et elle a habité parmi nous » (Jn 1, 14). La Parole a souffert que sa chair soit suspendue au bois… ; la Parole a souffert que sa chair soit mise au tombeau. La Parole a ressuscité sa chair, l'a montrée aux yeux de ses disciples, s'est prêtée à être touchée de leurs mains. Ils touchent, ils crient : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Voici le Jour que fit le Seigneur.
ou
Séraphim de Sarov (1759-1833), moine russe, saint des Églises orthodoxes
Entretien avec Motovilov (DDB 1979,1995, p. 167)
« Il souffla sur eux et leur dit : Recevez l'Esprit Saint »
« Dieu modela l'homme avec la glaise du sol et insuffla dans ses narines une haleine de vie » (Gn 2,7). Le souffle de vie qu'Adam reçut du Créateur le remplit de sagesse au point que jamais il n'y eut sur terre et que probablement jamais il n'y aura un homme aussi rempli de connaissance et de savoir que lui. Quand Dieu lui ordonna de donner des noms à toutes les créatures, il les nomma selon les qualités, les forces et les propriétés de chacune conférées par Dieu (Gn 2,19).
Ce don de la grâce divine supranaturelle, venant du souffle de vie qu'il avait reçu, permettait à Adam de voir Dieu se promenant dans le paradis et de comprendre ses paroles, ainsi que la conversation des saints anges et le langage de toutes les créatures vivant sur terre, des oiseaux, des reptiles, tout ce qui nous est caché à nous pécheurs depuis la chute mais qui, avant la chute, était tout à fait clair pour Adam... [Car] Adam et Ève perdirent le don précieux de la grâce du Saint Esprit. Jusqu'à la venue sur terre de Jésus Christ, l'homme-Dieu, « l'Esprit n'était pas encore dans le monde, car Jésus n'était pas encore glorifié » (Jn 7,39)...
Lorsque notre Seigneur Jésus Christ, ressuscité des morts, acheva son œuvre de salut, il souffla sur les apôtres, renouvelant le souffle de vie dont jouissait Adam et leur redonnant la même grâce qu'Adam avait perdue. Mais ce n'est pas tout. Il leur dit : « En vérité, il vaut mieux pour vous que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous. Mais si je pars, je vous l'enverrai ; et quand il viendra, lui l'Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière, vous et tous ceux qui croiront en votre enseignement, et il vous rappellera tout ce que j'ai dit quand j'étais encore avec vous en ce monde » (Jn 16,7.13 ;14,26). C'est la grâce que, déjà, il leur promettait : « grâce sur grâce » (Jn 1,16).
ou
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
Premier sermon pour la Pentecôte (rev.)
« Il répandit sur eux son souffle et il leur dit : ' Recevez l'Esprit Saint ' »
Seigneur Jésus Christ, faites encore que de nous ne soit fait « qu'un cœur et qu'une âme » (Ac 4,32), car alors il y aura « une grande tranquillité » (Mc 4,39). Mes chers auditeurs, je vous exhorte à l'amitié et à la bienveillance entre vous, et à la paix entre tous ; car si nous avions la charité entre nous, nous aurions la paix et nous aurions le Saint Esprit. Il faut se rendre dévot et prier Dieu..., car les apôtres étaient persévérants dans la prière... Si nous nous mettons à faire des prières ferventes, le Saint Esprit viendra en nous et dira : « La paix soit avec vous ! C'est moi ; n'ayez pas peur » (cf Mc 6,50)... Que devons-nous demander à Dieu, mes frères ? Tout ce qui est pour son honneur et le salut de vos âmes, et en un mot l'assistance du Saint Esprit : « Envoie ton Esprit et tout sera créé » (Ps 103,30) -- la paix et la tranquillité...
Il faut demander cette paix, afin que l'Esprit de paix vienne sur nous. Il nous faut aussi rendre grâces à Dieu de tous ses bienfaits, si nous voulons qu'il nous donne des victoires qui sont commencement de paix ; et pour obtenir le Saint Esprit, il faut remercier Dieu le Père de ce qu'il l'a envoyé d'abord sur notre chef Jésus Christ, notre Seigneur, son Fils...-- car « nous recevons tout de sa plénitude » (cf Jn 1,16) -- et de ce qu'il l'a envoyé sur ses apôtres pour nous le communiquer par leurs mains. Il nous faut remercier le Fils : en tant que Dieu, il envoie l'Esprit sur ceux qui s'y disposent. Mais surtout, il faut le remercier de ce qu'en tant qu'homme il nous a mérité la grâce de recevoir ce divin Esprit...
Comment Jésus Christ a-t-il mérité la venue du Saint Esprit ? Lorsque « en inclinant la tête il remit l'esprit » (Jn 19,30) ; car en donnant son dernier soupir et son esprit au Père, il mérita que le Père envoie son Esprit sur son corps mystique.
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Exhortation apostolique « Gaudete in Domino » sur la joie chrétienne (trad. DC 1677 du 1/6/75)
« Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur »
La joie pascale n'est pas seulement celle d'une transfiguration possible : elle est celle de la nouvelle présence du Christ ressuscité dispensant aux siens l'Esprit Saint pour qu'il demeure avec eux. Ainsi l'Esprit Paraclet est donné à l'Église comme principe inépuisable de sa joie d'épouse du Christ glorifié... L'Esprit qui procède du Père et du Fils, dont il est le vivant amour mutuel, est donc communiqué désormais au peuple de l'Alliance nouvelle et à chaque âme disponible à son action intime. Il fait de nous sa demeure : « doux hôte de l'âme » (Veni Sancte). Avec lui, le cœur de l'homme est habité par le Père et le Fils. L'Esprit Saint y suscite une prière filiale qui jaillit du tréfonds de l'âme et s'exprime dans la louange, l'action de grâces, la réparation et la supplication. Alors nous pouvons goûter la joie proprement spirituelle, qui est un fruit de l'Esprit Saint (Ga 5,22)...
Une telle joie caractérise dès lors toutes les vertus chrétiennes. Les humbles joies humaines, qui sont dans nos vies comme les semences d'une réalité plus haute, sont transfigurées. La joie spirituelle, ici-bas, inclura toujours en quelque mesure la douloureuse épreuve de la femme en travail d'enfantement, et un certain abandon apparent, semblable à celui de l'orphelin : pleurs et lamentations, tandis que le monde fera étalage d'une satisfaction mauvaise. Mais la tristesse des disciples, qui est selon Dieu et non selon le monde, sera promptement changée en une joie spirituelle que personne ne pourra leur enlever (Jn 16, 20-22).
ou
Saint Thomas de Villeneuve (v. 1487-1555), ermite de Saint Augustin, puis évêque
Sermon pour le dimanche in Albis (in Homiliarius Breviarii Romani, Card. Vivès, p. 901-902 ; trad. Orval rev.)
« Mon Seigneur et mon Dieu ! »
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, dit Thomas, si je ne mets pas mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas. » Endurcissement étonnant chez ce disciple : le témoignage de tant de frères et la vue même de leur joie ne suffisent pas à lui donner la foi. Et voilà que pour prendre soin de celle-ci le Seigneur apparaît. Le bon Pasteur ne supporte pas la perte de sa brebis (Mt 18,12), lui qui avait dit à son Père : « Ceux que tu m'as donnés, je n'en ai laissé se perdre aucun » (Jn 17,12). Que les pasteurs apprennent donc quelle sollicitude ils doivent manifester à l'égard de leurs brebis, puisque le Seigneur est apparu pour une seule. Toute sollicitude et tout labeur sont peu de chose en comparaison de l'importance d'une seule âme...
« Avance ici ton doigt et vois mes mains, mets la main dans mon côté, et ne sois pas incrédule mais croyant. » Heureuse main qui a scruté les secrets du cœur du Christ ! Quelles richesses n'y a-t-elle pas trouvées ? C'est en reposant sur ce cœur que Jean y avait puisé les mystères du ciel (Jn 13, 25) ; en le scrutant, Thomas y découvre de grands trésors : admirable école qui forme de tels disciples ! Grâce à elle, le premier a exprimé sur la divinité des merveilles plus hautes que les astres lorsqu'il dit : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1), et l'autre, touché par la lumière de la Vérité, a poussé ce cri sublime : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
ou
Saint Grégoire de Narek (v. 944-v. 1010), moine et poète arménien
Le Livre de prières, n° 33 (trad. SC 78, p. 206)
« Recevez l'Esprit Saint »
Tout-Puissant, Bienfaiteur, Ami des hommes, Dieu de tous,
Créateur des êtres visibles et invisibles,
toi qui sauves et raffermis,
qui prends soin et pacifies,
Esprit puissant du Père...,
tu partages le même trône, la même gloire,
la même action créatrice que le Père...
Par ton intermédiaire il nous a été révélé
la Trinité des Personnes en l'unité de nature de la Divinité ;
parmi ces Personnes toi aussi tu es reconnu être l'une d'elles,
toi l'incompréhensible...
Tu as été proclamé Esprit de Dieu par Moïse (Gn 1,2) :
en planant sur les eaux
avec une protection enveloppante, redoutable, pleine de sollicitude,
tu as déployé tes ailes en signe d'assistance compatissante en faveur des nouveau-nés,
et par là tu nous as révélé le mystère de la fontaine baptismale...
Tu as créé, ô Tout-Puissant en tant que Seigneur (cf. Credo)
toutes les natures de tout ce qui existe,
tous les êtres, à partir du néant.
Par toi sont renouvelés par la résurrection
tous les êtres créés par toi,
au moment qui est le dernier jour de la vie d'ici-bas
et le premier jour de la Terre des vivants.
Celui qui a même nature que toi,
Celui qui est consubstantiel au Père, le Fils premier-né,
a obéi à toi, dans notre nature, comme à son Père,
unissant sa volonté à la tienne.
Il t'a annoncé comme vrai Dieu,
égal et consubstantiel à son Père très-puissant...
et il a fermé la bouche de ceux qui te résistaient,
en tant qu'ils combattaient Dieu (cf. Mt 12,28),
alors qu'il a pardonné ce qui était contre lui.
Il est le Juste et l'Immaculé, le Sauveur de tous,
qui a été livré à cause de nos péchés
et est ressuscité pour notre justification (Rm 4,25).
À lui gloire par toi,
et à toi louange avec le Père tout-puissant,
dans les siècles des siècles.
Amen.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse 21, 1-3 ; cf bréviaire
« Recevez l'Esprit Saint »
Frères, baptisés dans le Christ, revêtus du Christ (Ga 3,27), vous avez été configurés au Fils de Dieu. Car Dieu, qui nous a prédestinés à l'adoption (Rm 8,29), nous a modelés (Gn 2,7) sur le corps glorieux du Christ... Vous êtes devenus des « christs » puisque vous avez reçu la marque du Saint Esprit. Tout ce qui vous est arrivé, c'est l'image de ce qui est arrivé au Christ, dont vous êtes l'image (Gn 1,27).
Lorsque, baigné dans les eaux du Jourdain..., le Christ en est remonté, le Saint Esprit en personne a fait irruption sur lui. De même, remontés de la fontaine baptismale, vous avez reçu la chrismation ; vous avez été oints du saint chrême. Cette marque dont le Christ lui-même a été oint, c'est l'Esprit Saint... Le Christ, en effet, n'a pas été « chrismé », n'a pas été oint, par les hommes. C'est le Père qui l'a établi Sauveur de tout l'univers et l'a oint du Saint Esprit, comme l'a proclamé le prophète David : « Dieu, ton Dieu, t'a oint de l'huile d'allégresse, de préférence à tous tes compagnons. » (Ps 44,8)
De même que le Christ a été réellement crucifié, enseveli et ressuscité, vous aussi, par votre baptême, vous avez été admis à participer symboliquement à sa croix, à son tombeau et à sa résurrection. Ainsi est-il pour la chrismation : Christ était oint d'une huile joyeuse et spirituelle, par l'Esprit Saint..., car il est source de joie spirituelle. Et vous, vous avez été oints d'une huile sainte qui vous a rendus participants et compagnons du Christ lui-même. C'est d'abord sur le front que vous avez été oints, pour être affranchis de la honte du premier Adam et pouvoir contempler à visage découvert, comme dans un miroir (2Co 3,16), la gloire du Christ.
TEMPS DE PÂQUES II - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (1894-1967)
carme, fondateur de Notre Dame de Vie
La conduite de l’âme (Je veux voir Dieu, éd. du Carmel, 1949 ; p. 842-843 ; rev.)
« Il vous faut naître d’en haut »
L’enfance spirituelle faite de pauvreté jalousement conservée était à la portée de Nicodème, cet homme considérable parmi les Juifs. Il pouvait la faire sienne, sans rien supprimer de ce qu'exigeaient son rang et l'exercice de ses fonctions, sans prendre les attitudes et un langage enfantins... Il devait la faire sienne, car pour renaître sous le souffle de l'Esprit, il faut être pauvre, confiant et dépendant en tout de Dieu. Ou plutôt, renaître n'est pas autre chose que devenir progressivement un enfant.
Tandis qu'en effet, la génération dans l'ordre naturel, réalisée dans le sein de la mère, s'épanouit dans une séparation progressive jusqu'à ce que l'enfant puisse vivre sa vie indépendante et parfaite, la génération spirituelle se fait en sens inverse par une absorption progressive dans l'unité. Séparés de Dieu par le péché, nous sommes éclairés par sa lumière, pris dans les liens de plus en plus étroits de son amour, jusqu'à ce que, devenus de vrais enfants, nous soyons perdus en son sein, ne vivant plus que de sa vie et de son Esprit.
« Ceux-là sont les vrais enfants de Dieu qui sont mus par son Esprit » (Rm 8,14), c'est-à-dire ceux qui, par leur pauvreté spirituelle et le dégagement d'eux-mêmes, ont perdu leurs opérations propres et sont entrés dans le sein de Dieu où leur vie et leurs mouvements dépendent en tout de l'Esprit qui engendre. Tel est le sens et la valeur de l'enfance spirituelle. Parfaitement réalisée, elle est déjà la sainteté.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Les Exercices, n° 1, Pour recouvrer l’innocence baptismale ; SC 127 (trad. SC p. 69s rev.)
« Naître de l’eau et de l’Esprit »
Pour l’immersion dans les fonts baptismaux : Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Jésus, fontaine de vie, à ta source même fais-moi boire la coupe d’eau vive, afin que t’ayant goûté éternellement je n’aie plus d’autre soif que toi ! Immerge-moi tout entière au plus profond de ta miséricorde. Baptise-moi et rends-moi sans tache dans ta mort précieuse… Dans l’eau de ton très saint côté lave toutes les taches dont j’ai pu souiller l’innocence baptismale. Remplis-moi de ton esprit et possède-moi tout entière, en pureté de corps et d’âme (cf Jn 4,10 ; 19,34)…
Pour la robe blanche, dis : Jésus, soleil de justice (Ml 3,20), fais que je sois revêtue de toi-même, afin de pouvoir vivre selon toi. Fais que, sous ta conduite, je garde blanche, sainte et immaculée la robe de l’innocence baptismale, et que je la présente sans tache devant ton tribunal, afin de l’avoir pour la vie éternelle.
En recevant le cierge, tu demanderas l’illumination intérieure : Jésus, lumière qui ne s’éteint jamais, allume en moi la lampe ardente de ta charité, sans qu’elle puisse s’éteindre, et enseigne-moi à garder mon baptême de façon irréprochable afin que, appelée à venir à tes noces, toute prête, je mérite d’entrer dans les délices de la vie éternelle, pour te voir, toi, la vraie lumière, et la douce face de ta divinité (cf Mt 25,1s)…
Seigneur Dieu, mon Créateur et mon Réparateur, renouvelle aujourd’hui ton Esprit Saint en mon cœur… Fais-moi grande par la foi, joyeuse par l’espérance, patiente dans la tribulation, prenant mes délices à ta louange, remplie de la ferveur de l’Esprit, fidèlement attachée à ton service, Seigneur Dieu, mon vrai Roi, et jusqu’au dernier jour de ma vie, persévérant avec toi dans la vigilance. Ainsi, ce que maintenant je crois et espère, alors mes yeux le contempleront dans la réalité ; je te verrai tel que tu es, je te verrai face à face (1Jn 3,2 ; 1Co 13,12). Là, cher Jésus, tu me rassasieras de toi-même ; là, dans la jouissance de ton doux visage, tu seras mon repos éternel. Amen.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
La Montée du Carmel, livre 2, ch 5 (trad. OC, Cerf 1990, p. 646 rev.)
« Ce qui est né de l'Esprit est Esprit »
On lit chez saint Jean : « À moins de renaître de l'eau et de l'Esprit, personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». Renaître parfaitement du Saint Esprit en cette vie, c'est avoir l'âme très semblable à Dieu par la pureté, ne retenir en soi aucun mélange d'imperfection. C'est ainsi que peut s'accomplir la pure transformation de l'âme en Dieu ; elle participe à la nature de Dieu par son union avec lui, bien que cette union ne soit pas l'union de leurs natures essentielles.
Pour plus de clarté, prenons une comparaison. Voici un rayon de soleil qui donne sur une vitre. Si la vitre est obscurcie par quelque tache ou quelque nuage, le rayon ne pourra pas l'illuminer entièrement ni la transformer totalement en sa lumière, comme il le ferait si elle était parfaitement limpide et libre de toute tache... Ce ne sera pas la faute du rayon, mais de la vitre. Si celle-ci était entièrement pure et libre, le rayon l'illuminerait et la transformerait de telle sorte qu'elle semblerait être le rayon lui-même et donnerait la même clarté que lui. Il reste vrai que la vitre, bien que très semblable au rayon, garderait sa nature distincte. Et cependant nous pourrions dire que la vitre est devenue rayon de lumière par sa participation.
Il en va de même de l'âme. Elle est continuellement envahie par la lumière de l'être de Dieu, ou plutôt cette dernière demeure en elle par nature. Dès lors qu'elle consent à se défaire des voiles et des taches qu'impriment sur elle les objets créés, en d'autres termes, dès qu'elle a sa volonté parfaitement unie à celle de Dieu –- car aimer Dieu, c'est travailler à se dépouiller pour Dieu de tout ce qui n'est pas Dieu –- aussitôt elle se trouve illuminée et transformée en Dieu.
ou
Le Missel romain
Oraisons de la catéchèse baptismale de la Vigile Pascale
Un peuple rené de l'eau et de l'Esprit
Dieu très saint, Père des croyants,
en répandant la grâce de l'adoption,
tu multiplies sur toute la terre
les fils de ta promesse ;
par le mystère pascal, tu fais de ton serviteur Abraham,
comme tu l'avais promis,
le père de toutes les nations (Gn 12, 3).
Accorde à ton peuple
de savoir répondre à cet appel.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Maintenant encore, Seigneur,
nous voyons resplendir tes merveilles d'autrefois :
Alors que jadis tu manifestais ta puissance
en délivrant un seul peuple de la poursuite des Égyptiens,
tu assures désormais le salut de toutes les nations
en les faisant renaître à travers les eaux du baptême.
Fais que les hommes du monde entier
deviennent des fils d'Abraham
et accèdent à la dignité de tes enfants.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Dieu qui ne cesses de faire grandir ton Église
en appelant à elle les hommes qui sont loin de toi,
daigne garder sous ta protection
ceux que tu purifies dans l'eau du baptême.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Seigneur notre Dieu,
puissance inaltérable et lumière sans déclin,
regarde avec bonté
le sacrement merveilleux de l'Église toute entière.
Comme tu l'as prévu de toute éternité,
poursuis dans la paix
l'œuvre du salut des hommes.
Que le monde entier reconnaisse la merveille :
ce qui était abattu est relevé,
ce qui avait vieilli est rénové,
et tout retrouve son intégrité première
en celui qui est le principe de tout,
Jésus Christ, ton Fils et notre Seigneur.
Lui qui règne pour les siècles des siècles.
ou
Saint Justin (vers 100 -160), philosophe, martyr
Première apologie (trad. cf. bréviaire)
Le premier témoignage historique du baptême chrétien, à Rome au milieu du deuxième siècle
Nous allons vous exposer comment, après avoir été renouvelés par le Christ, nous nous consacrons à Dieu… Ceux qui croient à la vérité de notre doctrine et de notre parole promettent de vivre selon cette loi. Nous leur enseignons à prier et à demander à Dieu, en jeûnant, le pardon de leurs péchés passés, et nous-mêmes nous prions et nous jeûnons avec eux. Ensuite nous les conduisons en un endroit où il y a de l'eau et là, de la même manière que nous avons été régénérés nous-mêmes, ils sont régénérés à leur tour. Au nom de Dieu le Père, maître de l'univers, de notre Sauveur Jésus Christ et de l'Esprit Saint, ils sont alors lavés dans l'eau.
Le Christ a dit en effet : « Si vous ne renaissez pas, vous n'entrerez pas dans Le Royaume des cieux ». Il est évident pour tout le monde que ceux qui sont nés une fois ne peuvent pas rentrer dans le sein de leur mère. Le prophète Isaïe a enseigné comment les pécheurs convertis effaceront leurs péchés ; il a parlé ainsi : « Lavez-vous, purifiez-vous, enlevez la méchanceté de vos âmes, apprenez à faire le bien... Venez et discutons, dit le Seigneur. Et si vos péchés sont comme l'écarlate, je vous rendrai blancs comme la laine » (Is 1, 16s)… Voici la doctrine que les apôtres nous ont transmise à ce sujet. Nous avons reçu la première naissance sans le savoir et par nécessité, par suite de l'union de nos parents... Pour que nous ne demeurions pas les enfants de la nécessité et de l'ignorance, mais du libre choix et de la connaissance, et pour que nous obtenions dans l'eau le pardon de nos péchés passés, sur celui qui veut renaître et se convertir de ses péchés, on invoque dans l’eau le nom du Père de l'univers, notre Dieu et Maître. Il ne lui donne pas d'autre nom, celui qui conduit le candidat au baptême, car personne n'est capable d'attribuer un nom au Dieu qui est au-dessus de toute parole…
Ce bain du baptême est appelé « illumination » parce que ceux qui reçoivent cette doctrine ont l’esprit rempli de lumière. C'est aussi au nom de Jésus Christ, crucifié sous Ponce Pilate, et au nom de l'Esprit Saint qui a proclamé d'avance par les prophètes tout ce qui se rapporte à Jésus, c'est en leur nom qu'est baptisé celui qui reçoit la lumière.
ou
Homélie attribuée à saint Hippolyte de Rome ( ?-v. 235), prêtre et martyr
Homélie pour la fête de l'Épiphanie, sur la « sainte Théophanie » ; PG 10, 854-862 (trad. Orval)
Renaître par l'eau et l'Esprit Saint
Prêtez-moi, je vous en prie, une attention soutenue. Je veux remonter à la fontaine de la vie et faire jaillir la source des remèdes. Le Père de l'immortalité a envoyé dans le monde son Fils immortel et son Verbe. Celui-ci est venu vers l'homme pour le laver dans l'eau et l'Esprit. Il l'a engendré à nouveau pour l'incorruptibilité de l'âme et du corps. Il nous a infusé l'Esprit de vie et nous a couvert complètement d'une armure impérissable. Si donc l'homme a été mortel, il sera également divinisé. Et s'il est divinisé par l'eau et l'Esprit Saint, après la renaissance du bain, il se trouvera aussi héritier du ciel après la résurrection des morts.
Venez, toutes les nations, à l'immortalité du baptême... Cette eau est celle qui participe à l'Esprit, elle arrose le paradis, elle abreuve la terre, elle fait croître les plantes, elle enfante les vivants et, pour tout dire en un mot, elle engendre l'homme à la vie en le faisant renaître. En elle le Christ a été baptisé, sur elle l'Esprit est descendu sous la forme d'une colombe...
Celui qui descend avec foi dans le bain de la régénération rejette le vêtement de l'esclavage et revêt l'adoption. Il remonte du baptême, brillant comme le soleil, rayonnant de justice. Bien plus, il en sort fils de Dieu et cohéritier du Christ à qui sont gloire et puissance ainsi qu'à l'Esprit très saint, bon et vivifiant, maintenant et toujours dans tous les siècles. Amen.
ou
Le Missel romain
Prière pour la bénédiction de l'eau baptismale pendant la veillée pascale
Renaître de l'eau et de l'Esprit
Par ta puissance invisible, Seigneur,
tu accomplis des merveilles dans tes sacrements,
et au cours de l'histoire du salut,
tu t'es servi de l'eau, ta créature,
pour nous faire connaître la grâce du baptême.
Dès les commencements du monde,
c'est ton Esprit qui planait sur les eaux
pour qu'elles reçoivent en germe
la force qui sanctifie.
Par les flots du déluge,
tu annonçais le baptême qui fait revivre,
puisque l'eau y préfigurait également
la mort du péché et la naissance de toute justice.
Aux enfants d'Abraham,
tu as fait passer la mer Rouge à pied sec
pour que la race libérée de la servitude
préfigure le peuple des baptisés.
Ton Fils bien-aimé,
baptisé par Jean dans les eaux du Jourdain,
a reçu l'onction de l'Esprit Saint.
Lorsqu'il était en croix,
de son côté ouvert
il laissa couler du sang et de l'eau ;
et quand il fut ressuscité, il dit à ses disciples :
« Allez, enseignez toutes les nations,
et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Mt 28,19).
Maintenant, Seigneur, regarde avec amour ton Église
et fais jaillir en elle la source du baptême.
Que l'Esprit Saint donne, par cette eau, la grâce du Christ
afin que l'homme, créé à ta ressemblance,
y soit lavé par le baptême
des souillures qui déforment cette image,
et renaisse de l'eau et de l'Esprit
pour la vie nouvelle d'enfant de Dieu.
Nous t'en prions, Seigneur
Par la grâce de ton Fils,
que la puissance de l'Esprit Saint
vienne sur cette eau,
afin que tout homme qui sera baptisé,
enseveli dans la mort avec le Christ,
ressuscite avec lui pour la vie.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 1213-1216
« Naître de l'eau et de l'Esprit »
Le saint baptême est le fondement de toute la vie chrétienne, le porche de la vie dans l'Esprit et la porte qui ouvre l'accès aux autres sacrements. Par le baptême nous sommes libérés du péché et régénérés comme enfants de Dieu, nous devenons membres du Christ et nous sommes incorporés à l'Église et faits participants à sa mission. « Le baptême est le sacrement de la régénération par l'eau et dans la parole. »
On l'appelle « baptême » selon le rite central par lequel il est réalisé : baptiser (en grec baptizein) signifie « plonger », « immerger » ; la « plongée » dans l'eau symbolise l'ensevelissement du catéchumène dans la mort du Christ d'où il sort par la résurrection avec lui (Rm 6,4), comme « nouvelle créature » (2Co 5,17 ;Ga 6,15). Ce sacrement est aussi appelé « le bain de la régénération et de la rénovation en l'Esprit Saint » (Tt 3,5), car il signifie et réalise cette naissance de l'eau et de l'Esprit sans laquelle « nul ne peut entrer au Royaume de Dieu » (Jn 3,5).
« Ce bain est appellé illumination, parce que ceux qui reçoivent cet enseignement [catéchétique] ont l'esprit illuminé » (St Justin). Ayant reçu dans le baptême le Verbe, « la lumière véritable qui illumine tout homme » (Jn 1, 9), le baptisé, « après avoir été illuminé » (He 10,32) est devenu « fils de lumière » (1Th 5,5), et « lumière » lui-même (Ep 5,8) : « Le baptême est le plus beau et le plus magnifique des dons de Dieu... Nous l'appelons don, grâce, onction, illumination, vêtement d'incorruptibilité, bain de régénération, sceau, et tout ce qu'il y a de plus précieux. Don, parce qu'il est conféré à ceux qui n'apportent rien ; grâce, parce qu'il est donné même à des coupables ; baptême, parce que le péché est enseveli dans l'eau ; onction, parce qu'il est sacré et royal (tels deviennent ceux qui sont oints) ; illumination, parce qu'il est lumière éclatante ; vêtement, parce qu'il voile notre honte ; bain, parce qu'il lave ; sceau, parce qu'il nous garde et qu'il est le signe de la seigneurie de Dieu. » (St Grégoire de Nazianze)
ou
Séraphim de Sarov (1759-1833), moine russe, saint des Églises orthodoxes
Entretien avec Motovilov (trad. DDB 1979,1995, p. 171)
« Naître de l'eau et de l'Esprit »
Le jour de la Pentecôte, le Seigneur envoya solennellement le Saint Esprit dans un souffle de tempête... Cette grâce fulgurante du Saint Esprit nous est conférée à nous tous, fidèles du Christ, dans le sacrement du baptême. Elle est scellée par la chrismation, l'onction faite avec le saint chrême sur les principaux membres de notre corps... On dit : « Le sceau du don du Saint Esprit. » Or, sur quoi déposons-nous nos sceaux si ce n'est sur des récipients dont le contenu est particulièrement précieux ? Et qu'y a-t-il de plus précieux au monde et de plus sacré que les dons du Saint Esprit envoyés d'en haut pendant le sacrement du baptême ?
Cette grâce baptismale est si grande, si importante, si vivifiante pour l'homme que même s'il devient hérétique elle ne lui est pas enlevée jusqu'à sa mort, c'est-à-dire jusqu'au terme de son épreuve temporelle fixée par la Providence, afin de lui donner une chance de se redresser... Quand un pécheur, ramené à la vie par la sagesse divine toujours en quête de notre salut, se décide à se tourner vers Dieu pour échapper à la perdition, il doit suivre la voie du repentir... et s'efforcer, en agissant au Nom du Christ, d'acquérir l'Esprit Saint qui, au-dedans de nous, prépare le Royaume des Cieux.
TEMPS DE PÂQUES II - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Edith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, co-patronne de l'Europe
Poésie « Heilige Nacht » (trad. Malgré la nuit, Ad Solem 2002, p.21)
« Afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle »
Mon Seigneur et mon Dieu,
tu m'as guidée sur un long chemin obscur, pierreux et dur.
Mes forces semblaient souvent vouloir m'abandonner,
je n'espérais presque plus voir un jour la lumière.
Mon cœur se pétrifiait dans une souffrance profonde
quand la clarté d'une douce étoile se leva à mes yeux.
Fidèle, elle me guida et je la suivis
d'un pas d'abord timide, plus assuré ensuite.
J'arrivai enfin devant la porte de l’Église.
Elle s'ouvrit. Je demandai à entrer.
Ta bénédiction m'accueille par la bouche de ton prêtre.
À l'intérieur des étoiles se succèdent,
des étoiles de fleurs rouges qui me montrent le chemin jusqu'à toi…
Et ta bonté permet qu'elles m'éclairent dans mon chemin vers toi.
Le mystère qu'il me fallait garder caché au profond de mon cœur,
je peux désormais l'annoncer à haute voix :
Je crois, je confesse ma foi !
Le prêtre me conduit aux marches de l'autel,
j'incline le front,
l'eau sainte coule sur ma tête.
Seigneur, est-il possible à quelqu'un de renaître
une fois écoulée la moitié de sa vie ? (Jn 3, 4)
Tu l'as dit, et c'est pour moi devenu réalité.
Le poids des fautes et des peines de ma longue vie m'a quittée.
Debout, j'ai reçu le manteau blanc placé sur mes épaules,
symbole lumineux de la pureté !
J'ai porté à la main le cierge dont la flamme annonce
qu'en moi brûle ta vie sainte.
Mon cœur est désormais devenu la crèche qui attend ta présence.
Pour peu de temps !
Marie, ta mère, qui est aussi la mienne, m'a donné son nom.
À minuit elle dépose en mon cœur son enfant nouveau-né.
Oh ! nul cœur humain ne peut concevoir
ce que tu prépares à ceux qui t'aiment (1Co 2, 9).
Tu es à moi désormais et jamais plus je ne te quitterai.
Où que puisse aller la route de ma vie, tu es auprès de moi.
Rien jamais ne pourra me séparer de ton amour (Rm 8, 39).
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie Pentecôte 1942 (trad. Malgré la nuit, Ad solem 2002, p. 121)
« Tu ne sais pas d'où il vient ni où il va »
Qui es-tu, douce lumière qui me combles
et illumines les ténèbres de mon cœur ?
Tu me guides comme la main d'une mère,
et si tu me lâchais,
je ne pourrais plus faire un seul pas.
Tu es l'espace
qui enveloppe mon être et l'abrite en toi.
Abandonné de toi, il sombrerait dans le gouffre du néant
d'où tu l'as tiré pour l'élever vers la lumière.
Toi, plus proche de moi
que je ne le suis de moi-même,
plus intime que le tréfonds de mon âme,
et cependant insaisissable et ineffable,
au-delà de tout nom,
Esprit Saint, Amour éternel !
N'es-tu pas la douce manne
qui du cœur du Fils
déborde dans le mien,
la nourriture des anges et des bienheureux ?
Lui qui s'est relevé de la mort à la vie
m'a éveillée moi aussi du sommeil de la mort à une vie nouvelle.
Et jour après jour
il continue de me donner une nouvelle vie,
dont un jour la plénitude m'inondera tout entière,
vie issue de ta vie, oui, toi-même,
Esprit Saint, Vie éternelle !
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Traité sur le Saint Esprit, 14 (trad. Bible chrétienne, A. Sigier 1989, t. 1*, p. 227 rev.)
« Afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle »
La figure est une manière d'exposer, par imitation, les choses que nous attendons. Par exemple, Adam est la préfiguration de l'Adam qui devait venir (1Co 15,45) et la pierre [au désert pendant l'Exode] est le Christ figurativement ; l'eau qui coule de la pierre est la figure de la puissance vivifiante du Verbe (Ex 17,6 ;1Co 10,4), car il a dit : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive » (Jn 7,37). La manne est la préfiguration du « pain vivant qui est descendu du ciel » (Jn 6,51) ; et le serpent placé sur une hampe est la figure de la Passion, de notre salut consommé sur la croix, puisque ceux qui le regardaient étaient sauvés (Nb 21,9). De même, ce que dit l'Écriture des Israélites sortant d'Égypte a été raconté comme une préfiguration de ceux qui sont sauvés par le baptême ; car les premiers-nés des Israélites ont été sauvés...par la grâce accordée à ceux qui avaient été marqués du sang de l'agneau pascal et ce sang préfigurait le sang du Christ...
Quant à la mer et à la nuée (Ex 14), en ce temps-là elles conduisaient à la foi par l'admiration ; mais pour le futur, elles figuraient la grâce qui devait venir. « Qui est sage ? Il comprendra ces choses ! » (Ps 106,43) Il comprendra que la mer, préfigurant le baptême, séparait de Pharaon comme le baptême nous fait échapper à la tyrannie du diable. Jadis la mer a étouffé en elle l'ennemi ; aujourd'hui meurt l'inimitié qui nous séparait de Dieu. De la mer, le peuple est sorti sain et sauf ; et nous, nous remontons des eaux comme revivant d'entre les morts, sauvés par la grâce de Celui qui nous a appelés. Quant à la nuée, elle était l'ombre du don de l'Esprit, qui rafraîchit nos membres en éteignant la flamme des passions.
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
La Trinité, 12, 55s ; PL 10, 472 (trad. DDB 1981, vol.3, p. 152 rev.)
« Tu ne sais pas d'où il vient ni où il va »
Dieu tout-puissant, selon l'apôtre Paul ton Esprit Saint « scrute et connaît les profondeurs de ton être » (1Co 2,10-11), et il intercède pour moi, te parle à ma place par des « gémissements inexprimables » (Rm 8,26)... Rien en dehors de toi ne scrute ton mystère ; rien qui soit étranger à toi n'est assez puissant pour mesurer la profondeur de ta majesté infinie. Tout ce qui pénètre en toi est de toi ; rien de ce qui est extérieur à toi n'a le pouvoir de te sonder...
Je crois fermement que ton Esprit Saint vient de toi par ton Fils unique ; même si je ne comprends pas ce mystère, j'en garde la conviction profonde. Car dans les réalités spirituelles qui sont ton domaine, mon esprit est borné, comme l'assure ton Fils unique : « Ne t'étonne pas si je t'ai dit : Il vous faut naître d'en haut. Car l'Esprit Saint souffle où il veut ; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'eau et de l'Esprit ».
Je crois à ma nouvelle naissance sans la comprendre, et je tiens bon dans la foi ce qui m'échappe. Je sais que j'ai le pouvoir de renaître, mais je ne sais pas comment cela s'accomplit. L'Esprit n'est limité par rien ; il parle quand il veut, il dit ce qu'il veut et où il veut. La raison de son départ et de sa venue me reste inconnue, mais j'ai la conviction profonde de sa présence.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Hymne 1 sur la Résurrection (trad. Bouchet, Lectionnaire, p.92 ; cf SC 502, p. 279)
« Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel »
Le Pasteur de tous est descendu,
Il a cherché Adam, brebis perdue,
Il l'a porté sur ses épaules et est remonté.
Il s'est fait lui-même sacrifice offert au Maître du troupeau.
Bénie soit sa descente vers nous !
Il s'est répandu, rosée et pluie vivifiante,
Sur Marie, cette terre assoiffée.
Grain de blé, il est descendu dans la terre ;
Il en est remonté, gerbe et pain nouveau.
Bénie soit son offrande !
De la hauteur, la puissance est descendue pour nous ;
Du sein de la Vierge, l'espérance a brillé pour nous ;
Du tombeau la vie est apparue pour nous.
À la droite du Père, il siège en roi pour nous.
Béni soit son honneur !
De la hauteur il a coulé comme un fleuve ;
De Marie il est sorti comme un rejeton ;
Du bois il a pendu comme un fruit,
Et il est monté au ciel, offrande des prémices.
Bénie soit sa volonté !