TEMPS DE PÂQUES II - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Lettre 27, au cardinal Jacques Orsini (trad. Cartier, Téqui, 1976, tome 1, p. 258-260.264 ; rev.)
Unissez-vous à l'arbre de la Croix !
C'est la charité qui a porté Dieu à nous tirer de lui-même, c’est-à-dire de son infinie sagesse, pour que nous soyons heureux, et que nous participions à son bonheur suprême. C'est ce lien qui, lorsque l'homme eut perdu la grâce par son péché, unit et lia Dieu à la nature humaine et le greffa sur nous. Car la vie a été greffée sur la mort ; nous étions morts, et son union nous a donné la vie.
Dès que Dieu fut ainsi greffé sur l'homme, l'Homme-Dieu courut, tout embrasé d'amour, a la mort ignominieuse de la Croix. C'est sur cet arbre que voulut être greffé le Verbe incarné, et il a été attaché sur la Croix par l'amour et non par des clous qui n'auraient pas suffi à retenir l'Homme-Dieu. Le doux Maître est monté sur ce siège pour nous enseigner la doctrine de la vérité ; et l'âme qui la suit ne peut tomber dans les ténèbres. (…)
Ne dormez donc plus, mon Père, car vous êtes une colonne faible par vous-même ; mais unissez-vous à l'arbre de la Croix ; liez-vous par l'amour, par une charité ineffable et sans bornes avec l'Agneau immolé qui verse son sang de toutes les parties de son corps. Que nos cœurs se brisent ; plus de dureté, plus de négligence, car le temps ne dort pas, mais il poursuit son cours. Demeurons avec Dieu par l'amour et le saint désir, et nous n'aurons plus rien à craindre.
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)
évêque et docteur de l'Église
Il faut parler à Dieu avec confiance et familiarité (Manière de converser avec Dieu, trad. de l'italien, coll. du Laurier, pub. sous la dir. de P. Richard, éd. Le Laurier, 1988, p. 5-6 ; rev.)
Dieu a tant aimé le monde
Les miséricordes dont vous avez été l’objet sont des gages extrêmement sûrs de son amour pour vous. Or, quand Dieu aime une âme et qu’il en est sincèrement aimé, il lui déplaît de trouver en elle la défiance. Si donc vous voulez réjouir son Cœur si aimant, allez à lui, à partir de ce jour, dans toute la mesure que vous pourrez atteindre, avec la plus sincère confiance et la plus libre tendresse.
« J’ai gravé ton nom sur mes mains, disait le Seigneur à Jérusalem ; tes murailles sont toujours devant mes yeux » (cf. Is 49,16). Ainsi vous parle-t-il à vous-même : « Âme chérie, que crains-tu ? pourquoi cette défiance ? Ton nom, je le porte écrit dans mes mains : c’est-à-dire que je ne perds jamais de vue le bien à te faire. Ce sont tes ennemis qui te font trembler ? Sache que le souci de ta défense est tellement présent à ma pensée qu’il m’est impossible de m’en distraire. » (…)
Par-dessus tout avivez votre confiance par la pensée du don que Dieu nous a fait en Jésus-Christ : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). D’où pourrait, s’écrie l’Apôtre, nous venir la crainte que Dieu vous refusât aucun bien, après qu’il a daigné nous faire donation de son Fils même : « Il l’a livré pour nous tous : comment ne nous aurait-il pas donné aussi toutes choses avec lui ? » (Rm 8,32)
« Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes » (Pr 8,31). Le paradis de Dieu, pouvons-nous dire, c’est le cœur de l’homme. Dieu vous aime ? Aimez-le. Se délices sont d’être avec vous ? Mettez vos délices à rester avec lui, à passer votre vie entière en sa toute aimable compagnie, qui sera, vous l’espérez bien, le charme de votre éternité.
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
L’esprit d’abandon (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 503-504 ; rev.)
« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils » (Jn 3,16)
Les merveilles et les manifestations de l’amour de Dieu pour nous sont inépuisables. L’amour divin éclate non seulement dans le fait de notre adoption, mais dans l’admirable voie choisie par Dieu pour la réaliser en nous.
Dieu nous aime d’un amour infini, d’un amour paternel ; mais il nous aime en son Fils. Pour nous rendre ses enfants, Dieu nous donne son Fils le Christ Jésus : c’est là le don suprême de l’amour. « Dieu a aimé le monde à ce point qu’il lui a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Et pourquoi nous le donne-t-il ? Pour qu’il soit notre sagesse, notre sanctification, notre rédemption, notre justice ; notre lumière et notre voie ; notre nourriture et notre vie : en un mot pour qu’il serve de médiateur entre lui et nous. Le Christ Jésus, Verbe incarné, comble cet abîme qui séparait l’homme de Dieu. C’est dans son Fils et par son Fils, que Dieu répand du ciel sur nos âmes toutes bénédictions divines de la grâce, qui nous font vivre en enfants dignes de ce Père céleste (cf. Ep 1,3).
Toutes les grâces nous viennent par Jésus ; c’est par lui que tout bien vient du ciel ; aussi Dieu nous aime-t-il dans la mesure où nous aimons son Fils Jésus et que nous croyons en lui. Notre-Seigneur lui-même nous adresse cette parole si consolante : « Le Père vous aime parce que vous m’aimez et que vous croyez que je suis sorti de Dieu » (Jn 16,27). Quand le Père voit une âme pleine d’amour pour son Fils, il la comble de ses plus abondantes bénédictions.
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Dives in misericordia », § 7 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle »
Que nous dit la croix du Christ, qui est le dernier mot, pour ainsi dire, de son message et de sa mission messianiques ? Certes, elle n'est pas encore la parole ultime du Dieu de l'Alliance, qui ne sera prononcée qu'aux lueurs de cette aube où les femmes d'abord puis les apôtres, venus au tombeau du Christ crucifié, le trouveront vide et entendront pour la première fois cette annonce : « Il est ressuscité ». Ils la rediront à leur tour, et ils seront les témoins du Christ ressuscité.
Toutefois, même dans la glorification du Fils de Dieu, la croix ne cesse d'être présente, cette croix qui -- à travers tout le témoignage messianique de l'Homme-Fils qui a subi la mort sur elle -- parle et ne cesse jamais de parler de Dieu-Père, qui est toujours fidèle à son amour éternel envers l'homme. Car « Il a tellement aimé le monde -- donc l'homme dans le monde -- qu'il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle ».
Croire dans le Fils crucifié signifie « voir le Père » (Jn 14,9), signifie croire que l'amour est présent dans le monde, et que cet amour est plus puissant que les maux de toutes sortes dans lesquels l'homme, l'humanité et le monde sont plongés. Croire en un tel amour signifie croire dans la miséricorde. Celle-ci en effet est la dimension indispensable de l'amour. Elle est comme son deuxième nom, et elle est en même temps la manière propre dont il se révèle et se réalise pour s'opposer au mal qui est dans le monde, qui tente et assiège l'homme, s'insinue jusque dans son cœur et peut « le faire périr dans la géhenne » (Mt 10,28).
ou
Liturgie latine
Hymne de saint Ambroise pour les laudes, « Splendor paternae gloriae »
« La lumière est venue dans le monde »
Splendeur de la gloire du Père
Lumière née de la Lumière
Source vive de clarté
Jour illuminant le jour
Vrai soleil éclatant, descends sur nous
Brille d'un éclat sans fin
Fais luire dans nos cœurs
Les rayons de l'Esprit divin
Qu'il nous donne de chanter le Père
Père de gloire éternelle
Père de grâce puissante
Qui éloigne notre faute
Qu'il donne force à nos actes
Qu'il terrasse l'ennemi
Et qu'il nous donne dans les épreuves
La grâce pour agir
Qu'il dirige notre intelligence
Qu'il garde notre corps
Que notre foi soit ardente
Qu'elle soit simple et sans détour
Que le Christ soit notre nourriture
La foi notre breuvage
Que la sobre ivresse de l'Esprit
Soit la joie de ce jour
Que ce jour s'écoule joyeux
Son matin c'est la pureté
Qu'à midi brille la foi
Qui vaincra les ombres du soir
Comme le soleil brille à nos yeux
Avec l'aurore viennent vers nous
Le Fils, tout entier dans le Père
Et le Père, tout entier dans le Fils
ou
Saint Antoine de Padoue (vers 1195-1231), franciscain, docteur de l’Église : Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p 147)
« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique »
Le Père nous a envoyé son Fils, qui est « le don le meilleur, le don parfait » (Jc 1, 17). Le don le meilleur, que rien ne surpasse ; le don parfait, auquel on ne peut rien ajouter. Le Christ est le don le meilleur parce que celui que le Père nous donne ainsi est son Fils, souverain, éternel comme lui. Le Christ est le don parfait ; comme le dit l'apôtre Paul : « Avec lui, Dieu nous a tout donné » (Rm 8, 32)... Il nous a donné celui « qui est la tête de l'Église » (Ep 5, 23). Il ne pouvait pas nous donner davantage. Le Christ est le don parfait parce que, en nous le donnant, le Père a porté par lui toutes choses à leur perfection.
« Le Fils de l'homme, dit saint Matthieu, est venu sauver ce qui était perdu » (18, 11). C’est pourquoi l'Église s'écrie : « Chantez au Seigneur un chant nouveau » (Ps 97, 1), comme pour nous dire : Ô fidèles, vous que le Fils de l’homme a sauvés et renouvelés, chantez un chant nouveau, car vous devez « rejeter tout ce qui est ancien, maintenant que les fruits nouveaux vous sont donnés » (Lv 26, 10). Chantez, parce que le Père « a fait des merveilles » (Ps 97, 1) lorsqu'il nous a envoyé tout don parfait, son Fils. « Devant les yeux des nations il a révélé sa justice » (Ps 97, 2) quand il nous a donné tout don parfait, son Fils unique, qui justifie les nations et achève la perfection de toutes choses.
ou
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque et docteur de l'Église
Hymne 32 ; PG 37, 511-512
Venir à la lumière
Nous te bénissons, Père des lumières,
Christ, Verbe de Dieu, splendeur du Père,
Lumière de lumière, et source de lumière,
Esprit de feu, souffle du Fils comme du Père.
Trinité Sainte, lumière indivisée,
Tu dissipas les ténèbres pour créer
Un monde lumineux, d'ordre et de beauté,
Qui porterait ta ressemblance.
De raison et sagesse tu éclairas l'homme,
L'illuminas du sceau de ton Image,
Pour que dans ta lumière, il voie la lumière (Ps 36,10),
Et tout entier devienne lumière.
Tu fis briller au ciel d'innombrables lumières,
Ordonnas au jour et à la nuit
De s'entendre à se partager le temps
Tour à tour, paisiblement.
La nuit met fin au travail du corps fatigué,
Le jour appelle aux œuvres que tu aimes,
Nous apprend à fuir les ténèbres, à nous hâter
Vers ce jour qui n'aura plus de nuit.
ou
Saint Hippolyte de Rome ( ?-v. 235), prêtre et martyr
La Tradition apostolique, 25 (trad. SC 11, p. 101)
« Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière »
Quand l'évêque est présent, le soir venu, le diacre apporte la lampe. Et debout au milieu de tous les fidèles présents, il rendra grâces. Il saluera tout d'abord en disant : « Le Seigneur soit avec vous. » Et le peuple dira : « Et avec ton esprit. » « -- Rendons grâces au Seigneur. » Et on dira : « Cela est digne et juste ; la grandeur et l'élévation lui reviennent ainsi que la gloire »... Et il priera de cette manière en disant :
« Nous te rendons grâces, Seigneur, par ton Fils Jésus Christ, notre Seigneur, par qui tu nous as éclairés en nous révélant la lumière qui ne s'éteint pas. Puisque nous avons passé la durée du jour et que nous sommes parvenus au début de la nuit, en nous rassasiant de la lumière du jour que tu as créée pour notre joie, et puisque maintenant, par ta grâce, nous ne manquons pas de la lumière du soir, nous te louons et te glorifions par ton Fils Jésus Christ, notre Seigneur, par qui à toi, gloire, puissance, honneur, avec le Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen. » Et tous diront : « Amen. »
Ils se lèveront donc après le repas en priant. Les enfants diront des psaumes, de même les vierges.
ou
Saint Jacques de Saroug (v. 449-521), moine et évêque syrien
Hexaméron : Homélies pour le premier et le deuxième jour (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, Médiaspaul 1988, vol.1, p.14)
« Dieu sépara la lumière et les ténèbres » (Gn 1,4)
Pendant que les anges, dans l'étonnement, n'osaient rien demander, l'ordre de Dieu a retenti : « Que la lumière soit ! » (Gn 1,3) Et la lumière a chassé les ténèbres... Ce fut le dimanche, le premier des jours, le premier-né d'entre ses frères, le jour porteur de mystères et de symboles. Dieu avait créé deux jumeaux qui ne se ressemblaient en rien : la nuit tout obscure, et le jour si clair. La nuit était l'aînée, mais le jour l'a chassée et a pris sa place.
Ce premier jour, ce fondement de la création, ne s'est pas écoulé heure après heure ; la lumière ne s'est pas levée à l'Orient, pour se coucher à l'Occident... Elle n'a subi aucun changement, mais elle fut, selon ce qui est écrit : « Et la lumière fut ». Un jour est né ainsi, formé de nuit et de lumière ; le soir et le matin se sont succédés... Alors Dieu a retiré le premier jour et il a appelé le deuxième. Il a placé les soirs et les matins sur leurs gonds pour que tourne le grand portail qui, chaque jour, s'ouvre et se ferme.
ou
Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Chapitres sur la connaissance, IV, 77-78 (trad. Louf, Bellefontaine 2003, p. 273)
« Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique »
L'homme qui prend feu et flamme à cause de la vérité n'a pas encore appris la vérité telle qu'elle est. Lorsqu'il l'aura apprise véritablement, il cessera de s'enflammer à cause d'elle. Le don de Dieu et la connaissance accordée par ce don ne sont jamais motifs à se troubler ou à élever la voix, car le lieu où habite l'Esprit avec l'amour et l'humilité est un lieu où ne règne que la paix...
Si le zèle avait été utile pour le redressement des hommes, pourquoi Dieu aurait-il revêtu un corps et employé la douceur et des façons humbles pour convertir le monde à son Père ? Et pourquoi se serait-il étendu sur la croix pour les pécheurs, et aurait-il livré son corps très saint à la souffrance en faveur du monde ? Moi, j'affirme que Dieu ne l'a fait que pour une seule raison : faire connaître au monde son amour, pour que notre capacité d'aimer, encore augmentée par une telle constatation, soit faite captive de son amour à lui. De la sorte, l'éminente puissance du Royaume des cieux, qui consiste dans l'amour, a trouvé une occasion de s'exprimer dans la mort de son Fils...afin que le monde ressente l'amour de Dieu pour sa création. Si cet admirable geste n'avait eu d'autre raison que la rémission de nos péchés, il aurait suffi d'un autre moyen pour la réaliser. Qui l'aurait refusé s'il l'avait accompli par une mort simple, sans plus ? Mais il n'a pas voulu d'une mort toute simple, afin que tu comprennes quel en est le mystère...
Pourquoi fallait-il des insultes et des crachats ? ... Oh ! sagesse vivifiante ! Tu as maintenant compris et ressenti quelle a été la raison de la venue de notre Seigneur et de tout ce qui s'en est suivi, avant même que de sa bouche sainte il ne nous l'ait lui-même clairement expliqué. Il est écrit, en effet, que « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ».
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Exhortation aux Grecs, 11, 113 ; GCS 1, 79 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 300 rev.)
« La lumière est venue dans le monde »
« Le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard » (Ps 18,9). Reçois le Christ, reçois la capacité de voir, reçois la lumière, afin de connaître Dieu et l’homme… Recevons la lumière afin de recevoir Dieu…, recevons la lumière et devenons les disciples du Seigneur…, chassons l’ignorance et les ténèbres qui voilent notre regard comme un brouillard, contemplons le Dieu véritable… Alors que nous étions ensevelis dans les ténèbres et prisonniers de l’ombre de la mort (Mt 4,16 ; Is 42,7), du ciel une lumière plus pure que le soleil, plus douce que la vie d’ici-bas, a resplendi pour nous. Cette lumière est la vie éternelle, et tout ce qui y participe a la vie. La nuit redoute cette lumière ; de peur, elle disparaît, et fait place au jour du Seigneur ; tout est devenu lumière sans déclin.
L’occident s’est changé en orient ; c’est « la création nouvelle » (Ga 6,15 ; Ap 21,1). Car le « Soleil de justice » (Ml 3,20), qui passe partout dans sa course, visite tout le genre humain sans distinction. Il imite son Père qui « fait lever son soleil sur tous les hommes » (Mt 5,45) et il répand sur tous la rosée de la vérité… En crucifiant la mort, il l’a transformée en vie ; il a arraché l’homme à la perdition et l’a fixé dans les cieux ; il a transplanté ce qui était périssable pour le rendre impérissable ; il a changé la terre en ciel…
Il donne la vie de Dieu aux hommes par son enseignement divin, en « mettant ses lois dans leur pensée et en les inscrivant dans leur cœur… : tous connaîtront Dieu, des plus petits jusqu’aux plus grands, et je pardonnerai leurs fautes, dit Dieu, je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31,33s). Accueillons donc les lois de la vie, obéissons à l’enseignement de Dieu, apprenons à le connaître.
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Le Pédagogue, 1,6 (trad. Brésard 2000 ans B )
« Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière »
À l'instant où nous sommes baptisés, nous sommes illuminés ; illuminés, nous devenons fils ; devenus fils, nous sommes rendus parfaits ; et rendus parfaits, nous recevons l'immortalité. « Je le dis, parole du Seigneur, vous êtes tous dieux et fils du Très-Haut ! » (Ps 81,6 ; cf Jn 10,34)
À cette action du baptême, on donne divers noms : on l'appelle grâce, illumination, bain, parachèvement. Bain, puisque nous y sommes purifiés de nos fautes ; grâce, puisque le châtiment dû pour nos péchés est levé ; illumination, puisque nous contemplons la sainte lumière de notre salut en laquelle nous pénétrons du regard les choses divines ; parachèvement, puisque rien ne manque. Que manquerait-il, en effet, à celui qui a connu Dieu ? Et comment pourrait-on appeler « grâce de Dieu » quelque chose qui ne serait pas parfait ? Car, étant lui-même parfait, Dieu ne saurait donner que des choses parfaites...
À peine donc quelqu'un est-il régénéré que, comme son nom l'indique, il a été « illuminé » : le voilà libéré des ténèbres et, du même coup, gratifié de la lumière... Nous sommes débarrassés de nos péchés, qui, comme un nuage, couvraient l'Esprit divin, et voilà l'œil de notre esprit libéré, découvert, lumineux, cet œil qui seul nous fait contempler les choses divines.
TEMPS DE PÂQUES II - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°29-31 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54 ; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993 ; p. 313-314)
Nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle
La vie subsistante et vraie, c’est le Père qui, par le fils et en l’Esprit Saint, déverse sur tous sans exception les dons célestes. Grâce à sa miséricorde, nous aussi, hommes, nous avons reçu la promesse indéfectible de la vie éternelle. Et il ne faut pas refuser de croire, « car tout est possible à Dieu » (Mt 19,26). (…)
Les preuves de la vie éternelle foisonnent. À notre désir de l’acquérir, les divines Écritures indiquent les méthodes pour y arriver. Tout d’abord, il arrive aux Écritures d’enseigner qu’on l’obtient par la foi, car il est écrit : « Celui qui croit dans le Fils a la vie éternelle » (Jn 3,36) (…). Ailleurs, elle indique le martyre et la confession dans le Christ, quand elle dit : « Et qui hait sa vie en ce monde la gardera pour la vie éternelle » (Jn 12,25). Elle dit encore que la vie éternelle s’acquiert en mettant le Christ avant les richesses et la parenté : « Et quiconque a quitté frères ou sœurs, etc. aura la vie éternelle en partage » (Mt 19,29). Ou encore que c’est par l’observation des commandements : « Tu ne seras pas adultère, tu ne tueras pas, … » (Mt 19,18) ; c’est ce que Jésus répondit à cet interlocuteur qui lui disait : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » (Mt 19,16). Encore, c’est évident, en se tenant à l’écart des œuvres mauvaises et en servant Dieu, car Paul dit : « Maintenant, délivrés du péché et devenus les serviteurs de Dieu, vous recueillez votre fruit sous forme de sanctification, et, finalement, la vie éternelle » (Rm 6,22).
La recherche de la vie éternelle comporte tant d’aspects qu’à cause de leur grand nombre, je l’ai laissée de côté. En effet, le Seigneur miséricordieux, a ouvert, non pas une porte unique, non pas une deuxième porte, mais de nombreuses portes pour entrer dans la vie éternelle, afin que tous, chacun autant qu’il dépend de lui, en profitent sans difficulté.
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
L’oraison monastique (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 504-505 ; rev.)
Comment ne pas s’abandonner en toute confiance ?
Jésus a été constitué chef et roi, sur tout l’héritage de Dieu, parce que c’est lui qui, par son sang, nous a rendu les droits à cet héritage : « Le Père lui a tout remis en mains » (Jn 3,35). Nous demeurons en lui par la foi et l’amour ; il demeure en nous par sa grâce et ses mérites ; il nous offre à son Père et son Père nous trouve en lui. (…)
Dieu nous donne de trouver dans le Fils de ses complaisances la source de toute grâce et de toute perfection : « Comment ne nous aurait-il pas tout donné en nous le livrant » (Rm 8,32) Comment, dès lors, ne pas s’abandonner en toute confiance à cette volonté toute-puissante, qui est l’amour même, et qui non seulement a fixé les lois de notre perfection, mais en est le principe et la source ? (…)
La grâce agit souverainement, elle mène au plus haut degré de sainteté, mais là seulement où elle ne rencontre pas d’obstacles à son action et fait agir ; l’Esprit de Dieu agit puissamment, mais là où il n’est pas contrarié, « contristé », pour parler toujours la langue de S. Paul (Ep 4,30), et où les forces créées se livrent à lui (…). Car si souveraine que soit la volonté de Dieu, si étendue que soit sa puissance, si infini que soit son amour, Dieu attend de nous que nous enlevions tout ce qui entrave sa grâce, que l’âme demeure dans cette attitude d’humilité et de confiance qui lui fait tout espérer de Dieu.
ou
Jean Carpathios (VIIe s.)
moine et évêque
Chapitres d’exhortation n° 46, 81 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, Ed. DDB-Lattès, rev.)
« Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous » (Jn 3,31)
Comment convaincre l’incroyant, ou l’homme de peu de foi, que la fourmi peut avoir des ailes, qu’une chenille peut se mettre à voler, et que nombre d’autres choses paradoxales se font dans la création, afin que, se dégageant ainsi de la maladie de l’incrédulité et du désespoir, lui aussi devienne ailé, et, comme un arbre, se couvre des fleurs de la sainte connaissance ? Il est dit en effet : « C’est moi qui fais fleurir l’arbre mort et qui rend la vie aux os desséchés » (cf. Ez 17,24 ; 37,1-11). (…)
À l’âme qui se réprouve elle-même, tant sont nombreuses ses tentations et tant est grand l’essaim des péchés, et qui dit : « Notre espérance est détruite, nous sommes perdus » (Ez 37,11), il a été répondu, de par Dieu qui ne désespère pas de notre salut : « Vous vivrez et vous saurez que je suis le Seigneur » (Ez 37,6). Et à l’âme qui se demande comment elle pourra bien enfanter le Christ par ses grandes vertus, il a été dit : « L’Esprit Saint, viendra sur toi » (Lc 1,35). Or là où se trouve l’Esprit Saint, ne cherche plus l’ordre et la loi de la nature et de l’habitude. En effet le Saint-Esprit que nous adorons est tout puissant, et il te soumet ce que tu ne pouvais porter, pour que tu t’émerveilles. Il signifie aussi maintenant la victoire de l’intelligence, qui naguère était vaincue.
Car le Consolateur qui d’en-haut vient sur nous dans sa miséricorde, est au-dessus de tout. Il est au-dessus de tous les mouvements naturels.
ou
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretien spirituel du 19/01/1642 (Seuil 1960, p. 50)
« Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu lui donne l'Esprit sans compter »
Dieu nous donne ses grâces suivant les besoins que nous en avons. Dieu est une fontaine dans laquelle chacun puise de l'eau suivant les besoins qu'il en a. Comme une personne qui a besoin de six seaux d'eau en puise six ; de trois, trois ; un oiseau qui n'en a besoin que d'une becquetée ne fait que becqueter ; un pèlerin, avec le creux de sa main pour se désaltérer : il en est de même de nous à l'égard de Dieu.
Nous devons avoir grande émotion à nous rendre fidèles à la lecture d'un chapitre du Nouveau Testament et à en produire, au commencement, les actes : d'adoration, adorant la parole de Dieu et sa vérité ; entrer dans les sentiments avec lesquels notre Seigneur les a prononcées et consentir à ces vérités ; se résoudre à la pratique de ces mêmes vérités... Surtout il faut se donner garde de lire par étude, disant : « Ce passage me servira pour telle prédication », mais seulement lire pour notre avancement.
Il ne faut pas se décourager, si, l'ayant lu plusieurs fois, un mois, deux mois, six mois, on n'en est pas touché. Il arrivera qu'une fois nous aurons une petite lumière, un autre jour une plus grande, et encore plus grande lorsque nous en aurons besoin. Une seule parole est capable de nous convertir ; il n'en faut qu'une.
ou
Saint Jean-Paul II
Lettre encyclique « Dominum et vivificantum », §10 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Dieu lui donne l'Esprit sans compter »
Dans sa vie intérieure, Dieu « est amour » (1Jn 4, 8), un amour essentiel, commun aux trois Personnes divines : l'Esprit Saint est l'amour personnel en tant qu'Esprit du Père et du Fils. C'est pourquoi il « sonde jusqu'aux profondeurs de Dieu » (1Co 2, 10), en tant qu'Amour-Don incréé. On peut dire que, dans l'Esprit Saint, la vie intime du Dieu un et trine se fait totalement don, échange d'amour réciproque entre les Personnes divines, et que, par l'Esprit Saint, Dieu existe sous le mode du don. C'est l'Esprit Saint qui est l'expression personnelle d'un tel don de soi, de cet être-amour. Il est Personne-amour. Il est Personne-don. Cela nous montre, au sujet du concept de personne en Dieu, une richesse insondable de la réalité et un approfondissement dépassant ce qui se peut exprimer, tels que seule la révélation peut nous les faire connaître.
En même temps, l'Esprit Saint, en tant que consubstantiel au Père et au Fils dans la divinité, est Amour et Don (incréé) d'où découle comme d'une source...tout don accordé aux créatures (don créé) : le don de l'existence à toutes choses par la création ; le don de la grâce aux hommes par toute l'histoire du salut. Comme l'apôtre Paul l'écrit : « L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, IV, 20, 7 ; SC 100 (trad. SC p. 647 rev.)
Le Fils révèle le Père
« Dieu, personne n'a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui l'a révélé » :
Dès le commencement, le Fils est celui qui révèle le Père, puisqu'il est auprès du Père depuis le commencement (Jn 1,18.1). Au temps opportun, c'est lui qui a montré aux hommes, pour leur profit, les visions prophétiques, la diversité des grâces, les ministères et la manifestation de la gloire du Père, tout cela comme une mélodie bien composée et harmonieuse. En effet, là où il y a composition, il y a mélodie ; là où il y a mélodie, il y a temps opportun ; là où il y a temps opportun, il y a profit. C'est pourquoi, pour le profit des hommes, le Verbe, la Parole de Dieu, s'est fait le dispensateur de la grâce du Père, selon ses desseins. Il montre Dieu aux hommes et présente l'homme à Dieu, tout en préservant l'invisibilité du Père, de peur que les hommes n'en viennent à mépriser Dieu et pour qu'ils aient toujours des progrès à faire. En même temps il rend Dieu visible aux hommes de nombreuses façons, de peur que, privés totalement de Dieu, ils n'en viennent jusqu'à perdre l'existence.
Car la gloire de Dieu c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est la vision de Dieu. Si déjà la révélation de Dieu par la création donne la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe donne la vie à ceux qui voient Dieu !
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, IV, 37 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, t. 1, p. 24 rev.)
« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire ne verra pas la vie »
Dieu a fait l’homme libre…pour qu’il puisse répondre à ses appels de façon volontaire et sans contrainte. La violence, en effet, n’existe pas chez Dieu, mais sans cesse il nous invite au bien. Il a mis en l’homme le pouvoir de choisir, comme il l’avait fait pour les anges… Et ce n’est pas seulement dans le champ de son activité, mais c’est aussi dans le domaine de la foi que le Seigneur a sauvegardé la liberté…de l’homme. Il dit en effet : « Qu’il te soit fait selon ta foi » (Mt 9,29). Il montre ainsi que la foi appartient en propre à l’homme, puisqu’elle relève de sa décision personnelle. Il dit encore : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9,23), et ailleurs : « Va, qu’il te soit fait comme tu as cru » (Mt 8,13). Tous ces textes montrent que l’homme oriente lui-même sa destinée selon qu’il choisit de croire ou non. C’est pourquoi « celui qui croit au Fils a la vie éternelle, tandis que celui qui ne croit pas en lui n’a pas la vie éternelle »…
Alors, dira-t-on, il aurait mieux valu que Dieu ne crée pas les anges avec la possibilité de transgresser sa Loi. Il n’aurait pas dû non plus créer les hommes, puisqu’ils allaient devenir si vite ingrats envers lui : en effet, c’était le risque attaché à leur nature raisonnable, capable d’examiner et de juger. Il aurait dû les faire à la ressemblance des êtres sans raison et sans principe de vie propre… Mais, dans ce cas, le bien n’aurait aucun attrait pour les hommes, leur communion avec Dieu aucune valeur à leurs yeux. Le bien n’éveillerait pas en eux le moindre désir, puisqu’il serait acquis sans qu’ils aient à le chercher… ; le bien serait inné en eux, allant de soi… Si l’homme était bon par nature et non par volonté…, il ne comprendrait plus que le bien est beau, il ne pourrait pas en jouir. Quelle jouissance du bien pourraient avoir ceux qui l’ignorent ? Quelle gloire, ceux qui n’auraient fait aucun effort ? Quelle couronne, ceux qui n’auraient pas lutté pour l’obtenir ?... Au contraire, plus notre récompense résultera d’un combat, plus elle aura de prix ; plus elle aura de prix, plus nous l’aimerons.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Confessions XI, 2.3
« Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu car il donne l'Esprit sans mesure »
Ô Seigneur mon Dieu, lumière des aveugles et force des faibles, mais en même temps lumière des voyants et force des forts, sois attentif à mon âme, entends-la crier du fond de l'abîme (Ps 129,1). Car si tu n'es pas à l'écoute même dans l'abîme, où irons-nous ? Où adresserons-nous nos cris ?
« À toi est le jour, à toi aussi la nuit » (Ps 73,16). Un signe de toi et les instants s'envolent. Donne désormais largement à nos pensées le temps de fouiller les retraites cachées de ta loi et n'en ferme pas la porte à ceux qui y frappent (Mt 7,7). Ce n'est pas sans raison que tu as voulu faire écrire tant de pages pleines d'ombre et de mystère. Ces belles forêts n'ont-elles pas leurs cerfs (Ps 28,9) qui viennent là se réfugier et se ressaisir, se promener et pâturer, se coucher et ruminer ? Ô Seigneur, conduis-moi au terme et révèle-moi leurs secrets.
Ta parole est toute ma joie, ta parole plus douce qu'un torrent de voluptés. Donne-moi ce que j'aime, car j'aime et cet amour est un don de toi. N'abandonne pas tes dons, ne dédaigne pas ton brin d'herbe assoiffé. Que je proclame tout ce que je découvrirai dans tes livres ; fais que « j'entende la voix de ta louange » (Ps 25,7). Puissé-je boire ta parole et considérer les merveilles de ta loi (Ps 118,18) depuis le premier instant où tu as créé le ciel et la terre jusqu'au règne éternel avec toi dans la sainte cité.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
Catéchèses, 3 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 293 rev ; cf SC 96, p. 305)
« Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu »
Le Seigneur nous a dit : « Scrutez les Écritures » (Jn 5,39). Scrutez-les donc et retenez avec beaucoup d'exactitude et de foi tout ce qu'elles disent. Ainsi, connaissant clairement la volonté de Dieu..., vous serez capables de distinguer, sans vous tromper, le bien du mal, au lieu de prêter l'oreille à n'importe quel esprit et d'être emportés par des pensées nuisibles.
Soyez certains, mes frères, que rien n'est aussi favorable à notre salut que l'observance des divins préceptes du Seigneur... Il nous faudra toutefois beaucoup de crainte, de patience et de persévérance dans la prière pour que nous soit révélé le sens d'un seul mot du Maître, pour que nous connaissions le grand mystère caché dans ses moindres paroles, et que nous soyons prêts à donner notre vie pour un seul petit trait des commandements de Dieu (cf Mt 5,18).
Car la parole de Dieu est comme une épée à deux tranchants (He 4,12) qui taille et coupe l'âme de toute convoitise et de tout instinct de la chair. Plus que cela, elle devient aussi comme un feu brûlant (Jr 20,9) lorsqu'elle ranime l'ardeur de notre âme, lorsqu'elle nous fait mépriser toutes les tristesses de la vie et considérer les épreuves comme une joie (Jc 1,2), lorsque, devant la mort que redoutent les autres hommes, elle nous fait désirer et embrasser la vie, en nous donnant le moyen d'y parvenir.
ou
Aphraate ( ?-v. 345), moine et évêque près de Mossoul, saint des Églises orthodoxes
Les Exposés, n° 6 (trad. SC 349, p. 394 rev.)
« Dieu lui donne l'Esprit sans compter »
Si à partir d'un feu tu allumes d'autres feux en une multitude d'endroits, le premier n'en est pas amoindri... Ainsi en est-il pour Dieu et son Messie ; ils sont un, tout en demeurant dans la multitude des hommes. Le soleil non plus n'est en rien amoindri parce que sa puissance se répand sur la terre. Et combien plus grande est la force de Dieu puisque c'est par la force de Dieu que subsiste le soleil...
Cela pesait à Moïse de conduire seul le camp d'Israël. Le Seigneur lui a dit : « Voici que je vais prendre de l'Esprit qui est sur toi pour le donner à soixante-dix hommes parmi les anciens d'Israël » (Nb 11,17). Quand il a pris de l'esprit de Moïse et que les soixante-dix hommes en ont été remplis, est-ce que Moïse a été en rien amoindri ? Est-ce que l'on s'apercevait qu'il avait moins d'esprit ? Le bienheureux apôtre Paul dit aussi : Dieu a partagé de l'Esprit du Christ-Messie et l'a envoyé dans les prophètes [du Nouveau Testament] (1Co 12,11.28). Mais le Messie n'a été en rien lésé, car son Père lui a donné l'Esprit sans mesure.
C'est en ce sens...que le Christ-Messie habite dans les hommes croyants. Et il n'est en rien lésé s'il est partagé à la multitude, car c'est l'Esprit du Christ qu'ont reçu les prophètes, chacun d'eux autant qu'il pouvait en porter. Et encore aujourd'hui, c'est ce même Esprit du Messie qui est versé sur toute chair pour que prophétisent fils et filles, vieillards et jeunes gens, serviteurs et servantes (Jl 3,1 ;Ac 2,17). Le Messie est en nous, et le Messie est au ciel à la droite de son Père. Il n'a pas reçu l'Esprit avec mesure, mais son Père l'a aimé et a tout livré entre ses mains, lui donnant pouvoir sur tout son trésor... Notre Seigneur dit encore : « Tout m'a été confié par mon Père » (Mt 11,27)... L'apôtre Paul dit enfin : « Tout sera soumis au Christ, sauf son Père qui lui a tout soumis. Quand tout lui aura été soumis, alors il se soumettra lui aussi à Dieu son Père qui lui a tout soumis, et Dieu sera tout en tous » (1Co 15,27-28).
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon pour la fête de Noël (trad. Cerf 1991, p. 20)
« Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu »
Comme Marie, toute servante de Dieu doit assez souvent faire le silence et le calme en elle-même, s'enfermer en son intérieur, se cacher dans l'esprit pour se soustraire et échapper aux sens, et se faire à elle-même un lieu de silence et de repos intérieur. C'est de ce repos intérieur qu'on chante... : « Alors que l'on était en plein silence, que toutes choses étaient dans le plus grand silence, et que la nuit était au milieu de son cours, c'est alors, Seigneur, que de ton trône royal la parole toute-puissante est descendue » (Sg 18,14-15), le Verbe éternel sortant du cœur de son Père. C'est au milieu du silence, au moment même où toutes les choses sont plongées dans le plus grand silence, où le vrai silence règne, c'est alors qu'on entend en vérité ce Verbe. Car si tu veux que Dieu parle, il faut te taire ; pour qu'il entre, toutes choses doivent sortir.
Quand notre Seigneur Jésus est entré en Égypte, toutes les idoles du pays se sont effondrées. Tes idoles à toi, c'est tout ce qui empêche cette naissance éternelle de s'accomplir en toi, d'une façon véritable et immédiate, aussi bon et aussi saint que cela puisse paraître. Notre Seigneur a dit : « Je suis venu apporter un glaive » (Mt 10,34) pour trancher tout ce qui tient à l'homme... Car ce qui t'est le plus proche, voilà ton ennemi : cette multiplicité d'images, qui cachent en toi le Verbe.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Les Confessions, IX,10
« Celui qui vient du ciel rend témoignage de ce qu'il a vu et entendu »
Supposons qu'en quelqu'un se taisent les agitations de la chair, que se taisent toutes les illusions de la terre, des eaux, de l'air, et même les cieux. Supposons que l'âme elle-même fasse silence et se dépasse en ne pensant plus à soi, silence des songes et silence des rêveries de l'imagination. Supposons qu'en quelqu'un toute langue, tout signe passager, fasse silence, que tout se taise – ;- car pour qui peut l'entendre, toutes choses disent : « Nous ne nous sommes pas faites nous-mêmes ; notre Créateur c'est celui qui demeure éternellement » (cf Ps 99,3.5). Supposons donc que, cela dit, toute chose fasse silence, dressant l'oreille vers son Créateur, et que lui seul parle, non par ses œuvres mais par lui-même, nous faisant entendre sa Parole sans une langue de chair ou la voix d'un ange ou le fracas d'une nuée (Ex 19,16) ou le clair-obscur d'une parabole. Si lui-même, que nous aimons dans ces choses, se faisait entendre sans elles... et si notre pensée atteignait la Sagesse éternelle qui demeure au-dessus de tout..., ne serait-ce pas alors l'accomplissement de cette parole : « Entre dans la joie de ton Maître » (Mt 25,21) ?
TEMPS DE PÂQUES II - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Pape François
Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » §46-49 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Rompant les pains, il les donna aux disciples, qui les donnèrent aux foules » (Mt 14,19)
L’Église « en sortie » est une Église aux portes ouvertes… ; l’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père… Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est « la porte », le baptême. L’eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un remède généreux et un aliment pour les faibles… L’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile.
Si l’Église entière assume ce dynamisme missionnaire, elle doit parvenir à tous, sans exception. Mais qui devrait-elle privilégier ? Quand quelqu’un lit l’Évangile, il trouve une orientation très claire : pas tant « les amis et voisins riches, » mais surtout « les pauvres et les infirmes », ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, « ceux qui n’ont pas de quoi te le rendre » (Lc 14,12s). Aucun doute ni aucune explication qui affaibliraient ce message si clair ne doivent subsister ; aujourd’hui et toujours, « les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile » (Benoît XVI)… Il faut affirmer sans détour qu’il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls.
Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus Christ… Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie… Dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16 ; Mc 6, 37 ; Lc 9,13).
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Benoît XVI, pape de 2005 à 2013]
Meditationen zur Karwoche, 1969 (trad. Un seul Seigneur, Mame 1971, p. 118)
« Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16)
Dans le pain de l'eucharistie, nous recevons la multiplication inépuisable des pains de l'amour de Jésus Christ, assez riche pour rassasier la faim de tous les siècles, et qui cherche ainsi à nous mettre, nous aussi, au service de cette multiplication des pains. Les quelques pains de seigle de notre vie pourront sembler inutiles, mais le Seigneur en a besoin et les demande.
Les sacrements de l'Église sont, comme l'Église elle-même, le fruit du grain de blé mourant (Jn 12,24). Pour les recevoir, nous devons entrer dans le mouvement d'où ils proviennent eux-mêmes. Ce mouvement consiste à se perdre soi-même, sans quoi l'on ne peut pas se trouver : « Celui qui veut garder sa vie la perdra ; mais celui qui perd sa vie à cause de moi et de l'Évangile, celui-là la gardera » (Mc 8,35). Cette parole du Seigneur est la formule fondamentale d'une vie chrétienne... ; la forme caractéristique de la vie chrétienne lui vient de la croix. L'ouverture chrétienne au monde, tant prônée aujourd'hui, ne peut trouver son vrai modèle que dans le côté ouvert du Seigneur (Jn 19,34), expression de cet amour radical, seul capable de sauver.
Du sang et de l'eau ont jailli du côté transpercé de Jésus crucifié. Ce qui, à première vue, est signe de sa mort, signe de son échec le plus complet, constitue en même temps un commencement nouveau : le Crucifié ressuscite et ne meurt plus. Des profondeurs de la mort surgit la promesse de la vie éternelle. Au-dessus de la croix de Jésus Christ, resplendit déjà la clarté victorieuse du matin de Pâques. C'est pourquoi, vivre avec lui sous le signe de la croix est synonyme de vivre sous la promesse de la joie pascale.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 1333-1335
« C'était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des juifs »
Au cœur de la célébration de l'eucharistie il y a le pain et le vin qui, par les paroles du Christ et par l'invocation de l'Esprit Saint, deviennent le Corps et le Sang du Christ. Fidèle à l'ordre du Seigneur l'Église continue de faire, en mémoire de lui, jusqu'à son retour glorieux, ce qu'il a fait la veille de sa Passion : « Il prit du pain... », « Il prit la coupe remplie de vin... » En devenant mystérieusement le Corps et le Sang du Christ, les signes du pain et du vin continuent à signifier aussi la bonté de la création. Ainsi, dans l'Offertoire, nous rendons grâce au Créateur pour le pain et le vin, fruit « du travail des hommes », mais d'abord « fruit de la terre » et « de la vigne », dons du Créateur. L'Église voit dans le geste de Melchisédech, roi et prêtre, qui « apporta du pain et du vin » (Gn 14,18) une préfiguration de sa propre offrande (cf PE I).
Dans l'Ancienne Alliance, le pain et le vin sont offerts en sacrifice parmi les prémices de la terre, en signe de reconnaissance au Créateur. Mais ils reçoivent aussi une nouvelle signification dans le contexte de l'Exode : les pains azymes qu'Israël mange chaque année à la Pâque commémorent la hâte du départ libérateur d'Égypte ; le souvenir de la manne du désert rappellera toujours à Israël qu'il vit du pain de la Parole de Dieu (Dt 8,3). Enfin, le pain de tous les jours est le fruit de la Terre promise, gage de la fidélité de Dieu à ses promesses. La « coupe de bénédiction » (1Co 10,16) à la fin du repas pascal des juifs ajoute à la joie festive du vin une dimension eschatologique, celle de l'attente messianique du rétablissement de Jérusalem. Jésus a institué son eucharistie en donnant un sens nouveau et définitif à la bénédiction du pain et de la coupe.
Les miracles de la multiplication des pains, lorsque le Seigneur dit la bénédiction, rompt et distribue les pains par ses disciples pour nourrir la multitude, préfigurent la surabondance de cet unique pain de son eucharistie. Le signe de l'eau changé en vin à Cana annonce déjà l'Heure de la glorification de Jésus (Jn 2,4.11). Il manifeste l'accomplissement du repas des noces dans le Royaume du Père, où les fidèles boiront le vin nouveau (Mc 14,25) devenu le Sang du Christ.
ou
Saint Albert le Grand (v. 1200-1280), dominicain
Livre sur le sacrement (trad. rev. Tournay)
« Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, les leur distribua »
Seigneur, lavés et purifiés au plus profond de nous-mêmes, vivifiés par ton Esprit Saint, comblés par ton eucharistie, fais que nous ayons part à la grâce qui a été la part des saints apôtres et des disciples qui ont reçu le sacrement de ta main. Développe en nous la sollicitude et l'empressement à te suivre, comme tes membres (1Co 12, 27), pour que nous soyons dignes de recevoir de toi le sens et l'expérience de ton aliment spirituel. Développe en nous le zèle de Pierre pour détruire toute volonté qui serait contraire à la tienne, ce zèle que Pierre a conçu à la Cène... Développe en nous la paix intérieure, la résolution et la joie qui ont été goûtées par saint Jean, incliné sur ta poitrine (Jn 13, 25) ; que nous puissions puiser ainsi ta sagesse, que nous apprenions le goût de ta douceur, de ta bonté. Développe en nous la foi dans sa rectitude, développe l'espérance ferme et une charité parfaite.
Par l'intercession de tous les saints apôtres et de tous tes disciples bienheureux, fais-nous recevoir de ta main le sacrement, fais-nous éviter sans cesse la trahison de Judas et inspire à notre esprit ce que ton Esprit a inspiré aux saints qui sont maintenant dans le ciel, réalisant en eux la perfection de la béatitude. Réalise tout cela, toi qui vis et règnes avec le Père dans l'unité d'un même Esprit, dès avant tout commencement et bien au-delà des siècles. Amen.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur saint Jean, 25, 2.
« Jésus se rendit compte qu'ils allaient venir le prendre de force pour le faire roi ; alors il s'enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul »
Pourquoi le faire roi ? N'était-il pas roi, lui qui craignait de le devenir ? Oui, il l'était. Mais pas un roi comme en font les hommes ; il était un roi qui donne aux hommes le pouvoir de régner. Peut-être que Jésus veut, là aussi, nous donner une leçon, lui dont les actions sont des enseignements... Peut-être que « le prendre de force » c'était vouloir devancer le moment de son règne. En effet, il n'était pas venu pour régner à ce moment-là, comme il le fera, ainsi que nous le disons : « Que ton règne vienne ! » Comme Fils de Dieu, comme Verbe de Dieu, le Verbe par qui tout a été fait, il règne toujours avec le Père. Mais les prophètes ont prédit aussi son règne en tant qu'il est le Christ fait homme et qu'il a fait de ses fidèles des chrétiens. Il y aura donc un royaume des chrétiens, qui se forme actuellement, qui se prépare, qu'achète le sang du Christ.
Plus tard ce royaume se manifestera, lorsque la splendeur des saints rayonnera, après le jugement prononcé par le Christ. De ce royaume, l'apôtre Paul a dit : « Il remettra la royauté à Dieu le Père. » (1Co 15, 24) Et lui-même en a parlé en disant : « Venez les bénis de mon Père ; recevez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » (Mt 25, 34) Mais les disciples et les foules qui croyaient en lui ont pensé qu'il était venu pour régner dès ce moment-là. C'était vouloir devancer son temps, qu'il cachait en lui-même pour le faire connaître et le faire éclater au bon moment, à la fin des siècles.
ou
Saint Jean-Paul II
Lettre apostolique « Mane nobiscum Domine », § 15-16 (trad. DC 2323 7/11/04 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Jésus prit les pains, rendit grâce, et les leur donna »
La dimension la plus évidente de l'eucharistie est sans aucun doute celle du repas. L'eucharistie est née au soir du Jeudi saint, dans le contexte du repas pascal. Elle porte donc, inscrit dans sa structure même, le sens de la convivialité : « Prenez, mangez... Puis, prenant la coupe..., il la leur donna, en disant : Buvez-en tous » (Mt 26,26.27). Cet aspect exprime bien la relation de communion que Dieu veut établir avec nous et que nous devons nous-mêmes développer les uns avec les autres.
On ne peut toutefois oublier que le repas eucharistique a aussi, et c'est primordial, un sens profondément et avant tout sacrificiel. Le Christ nous y présente à nouveau le sacrifice accompli une fois pour toutes sur le Golgotha. Tout en y étant présent comme Ressuscité, il porte les signes de sa Passion, dont chaque messe est le « mémorial », ainsi que nous le rappelle la liturgie dans l'acclamation après la consécration : « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection... ». En même temps, tandis qu'elle rend présent le passé, l'eucharistie nous tourne vers l'avenir de l'ultime retour du Christ, à la fin des temps. Cet aspect « eschatologique » donne au sacrement eucharistique une dynamique qui met en marche et qui donne au cheminement chrétien le souffle de l'espérance.
Toutes ces dimensions de l'eucharistie se rejoignent dans un aspect qui, plus que tous les autres, met notre foi à l'épreuve, à savoir celui du mystère de la présence « réelle ». Avec toute la tradition de l'Église, nous croyons que, sous les espèces eucharistiques, Jésus est réellement présent... C'est sa présence même qui donne à toutes les autres dimensions -- repas, mémorial de la Pâque, anticipation eschatologique -- une signification qui va bien au-delà d'un pur symbolisme. L'eucharistie est mystère de présence, par lequel se réalise de manière éminente la promesse de Jésus de rester avec nous jusqu'à la fin du monde (Mt 28,20).
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Commentaire de l'Évangile concordant, 12, 4-5, 11 ; SC 121 (trad. SC, p. 214s)
« Ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient »
En un clin d'œil, le Seigneur a multiplié un peu de pain. Ce que les hommes font en dix mois de travail, ses dix doigts l'ont fait en un instant... Pourtant, ce n'est pas à sa puissance qu'il a mesuré ce miracle, mais à la faim de ceux qui étaient là. Si le miracle avait été mesuré à sa puissance, il serait impossible de l'évaluer ; mesuré à la faim de ces milliers de gens, le miracle a dépassé les douze corbeilles. Chez les artisans, la puissance est inférieure au désir des clients, ils ne peuvent pas faire tout ce qu'on leur demande ; les réalisations de Dieu, au contraire, dépassent tout désir...
Rassasiés au désert comme jadis les Israélites à la prière de Moïse, ils se sont écriés : « Celui-ci est le prophète dont il est dit qu'il viendra dans le monde. » Ils faisaient allusion aux paroles de Moïse : « Le Seigneur vous suscitera un prophète », non pas n'importe lequel, mais « un prophète comme moi » (Dt 18,15), qui vous rassasiera de pain dans le désert. Comme moi il a marché sur la mer, il est apparu dans la nuée lumineuse (Mt 17,5), il a libéré son peuple. Il a remis Marie à Jean, comme Moïse a remis son troupeau à Josué... Mais le pain de Moïse n'était pas parfait ; il a été donné seulement aux Israélites. Voulant signifier que son don est supérieur à celui de Moïse et l'appel des nations encore plus parfait, notre Seigneur a dit : « Quiconque mangera de mon pain vivra éternellement », car « le pain de Dieu est descendu des cieux » et il est donné au monde entier (Jn 6,51).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur saint Jean, 24, 1.6.7 ; CCL 36, 244 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 272)
« À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : ' C'est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde ' »
Gouverner l'univers est en vérité un miracle plus grand que de rassasier cinq mille hommes avec cinq pains. Personne toutefois ne s'en étonne, alors que l'on s'extasie devant un miracle de moindre importance parce qu'il sort de l'ordinaire. Qui, en effet, nourrit aujourd'hui encore l'univers sinon celui qui, avec quelques grains, crée les moissons ? Le Christ a donc fait ce que Dieu fait. Usant de son pouvoir de multiplier les moissons a partir de quelques grains, il a multiplié cinq pains dans ses mains. Car la puissance se trouvait entre les mains du Christ, et ces cinq pains étaient comme des semences que le Créateur de la terre multipliait sans même les confier à la terre.
Cette œuvre a donc été placée sous nos sens pour élever notre esprit... Il nous est ainsi devenu possible d'admirer « le Dieu invisible en considérant ses œuvres visibles » (Rm 1,20). Après avoir été éveillés à la foi et purifiés par elle, nous pouvons même désirer voir sans les yeux du corps l'Etre invisible que nous connaissons à partir du visible... En effet, Jésus a fait ce miracle pour qu'il soit vu de ceux qui se trouvaient là, et ils l'ont mis par écrit pour que nous en ayons connaissance. Ce que les yeux ont fait pour eux, la foi le fait pour nous. Aussi bien, nous reconnaissons en notre âme ce que nos yeux n'ont pas pu voir et nous avons reçu un plus bel éloge, puisque c'est de nous qu'il a été dit : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20,29).
ou
Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), théologien, fondateur de l'Oratoire de Jésus
Opuscule 83 de piété : De l'Eucharistie, dans Œuvres complètes de Bérulle, Migne, Paris 1856, p. 1063-1064.
« Jésus prit le pain, et, ayant rendu grâce, il le leur donna »
Jésus Christ est le don de Dieu aux hommes et le don des hommes à Dieu. Il est le don de Dieu aux hommes et il se met entre les mains des hommes par l'efficacité de sa parole et il doit être reçu des hommes en cette qualité... Si tu connaissais, ô homme, le don que Dieu te fait de Dieu même, que ne ferais-tu point, que ne quitterais-tu point, que ne voudrais-tu point porter pour te disposer à le recevoir et le recevoir en la plénitude qu'il t'est ici présenté. Car il faut peser que Dieu donnant son Fils à l'homme par divers mystères, en l'Eucharistie il le donne en plénitude, c'est-à-dire en la plénitude de ses mystères, de ses mérites et de ses perfections consommées en lui.
En l'Incarnation, sa vie et ses mérites ne sont pas encore ; en l'enfance, le mérite de sa vie n'y est pas ; en sa vie, le mérite de sa mort n'est pas accompli ; en sa mort, il n'a pas la dignité, la puissance et les trésors de sa nouvelle vie ; en sa résurrection et son ascension, il semble être rentré à Dieu et ôté aux hommes, il l'est en effet. Mais en l'Eucharistie, sans rien perdre, ni de son retour à Dieu, ni de sa séparation de la vie présente, ni de l'abondance de sa nouvelle vie, ni de sa majesté, il est donné aux hommes et donné en la plénitude de tous ses états et de tous ses mystères ; et il est donné comme vie et aliment de vie éternelle.
Jésus Christ est le don des hommes à Dieu, comme il est le don de Dieu aux hommes ; comme sacrement, il est l'un ; comme sacrifice, il est l'autre. Autrefois on offrait à Dieu les fruits de la terre qui nous était donnée ; et maintenant nous offrons à Dieu un fruit de Dieu même, un fruit crû dans son propre sein, un fruit que la terre virginale de Marie, revêtue de la vertu du Très-Haut a produit, et qui pour cette raison est appelé par le prophète Isaïe (4,2) le fruit de la terre et le germe de Dieu tout ensemble.
TEMPS DE PÂQUES II - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie « Am Steuer » / « La Tempête », 1940 (trad. Malgré la nuit, Ad Solem 2002, p. 49)
« C'est moi. Soyez sans crainte »
-- Seigneur, que les vagues sont hautes,
que la nuit est obscure !
Ne voudrais-tu pas l'éclairer
pour moi qui veille solitaire ?
-- Tiens fermement le gouvernail,
garde confiance et reste calme.
Ta barque a du prix à mes yeux,
je veux la mener à bon port.
Garde bien sans défaillance
les yeux fixés sur le compas.
Il aide à parvenir au but
à travers nuits et tempêtes.
L'aiguille du compas de bord
frémit mais se maintient.
Elle te montrera le cap
que je veux te voir prendre.
Garde confiance et reste calme :
à travers nuits et tempêtes
la volonté de Dieu, fidèle,
te guide, si ton cœur veille.
ou
Saint Clément d'Alexandrie (150-v. 215), théologien
Le Pédagogue, III, 12, 101 (trad. Migne 1991, p. 302 rev.)
« Aussitôt, la barque atteignit le rivage »
Prions le Verbe, la Parole de Dieu : Sois propice à tes petits enfants, Maître, Père, guide d'Israël, Fils et Père, un et deux à la fois, Seigneur ! Donne-nous, puisque nous suivons tes commandements, de parvenir à la pleine ressemblance de l'image (Gn 1, 26), de comprendre selon nos forces le Dieu de bonté, le juge sans dureté. Accorde-nous tout toi-même : de vivre dans ta paix, d'être transportés dans ta cité, de traverser sans sombrer les tempêtes du péché ; d'être emportés sur des eaux paisibles par le Saint Esprit, par la Sagesse inexprimable. Accorde-nous de dire la nuit, le jour, jusqu'au dernier jour, nos louanges et nos actions de grâces à l'Unique –- Père et Fils, Fils et Père, Fils, Pédagogue (1Co 4, 15) et Maître et en même temps au Saint Esprit.
Tout est à l'Unique, en qui est le tout, par qui tout est un, par qui est l'éternité, de qui nous sommes tous membres (1Co 12, 27). À lui sont la gloire et les siècles ; tout au Bon, tout au Beau, tout au Sage, tout au Juste ! À lui la gloire maintenant et dans les siècles, amen !
ou
Prière dite « de Pierre et des autres apôtres »
Papyrus de l'Église primitive (trad. Prières des premiers chrétiens, Fayard 1952)
« Sur la mer fut ton chemin, ton sentier sur les eaux innombrables » (Ps 76, 20)
Tu es saint, Seigneur, Dieu tout-puissant,
Père de notre Seigneur Jésus Christ,
le paradis du bonheur, le sceptre royal,
l'amour somptueux, l'espérance assurée…
Tu es saint, Seigneur Dieu,
tu es « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs.
Seul tu possèdes l'immortalité.
Tu habites une lumière inaccessible
que nul n'a jamais vue » (1Tm 6, 15-16).
Tu te promènes sur les ailes des vents (Ps 103, 3) ;
tu as créé le ciel, la terre et la mer
et tout ce qu'ils renferment (Ac 4, 24).
Tu fais des vents tes messagers
et du feu brûlant ton serviteur (Ps 103, 4) ;
tu as façonné l'homme à ton image et ressemblance (Gn 1, 26),
tu as mesuré le ciel avec l'empan
et la terre tout entière avec le doigt de ta main (Is 40, 12).
Oui, tes œuvres sont très belles, en ta présence.
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 50, 1.2.3 ; PL 52, 339-340 (trad Bouchet, Lectionnaire, p. 324 rev.)
« Aussitôt, la barque atteignit le rivage où ils se rendaient »
Le Christ monte dans une barque : n'est-ce pas lui qui a découvert le lit de la mer après avoir rejeté ses eaux, afin que le peuple d'Israël passe à pied sec comme en une vallée ? (Ex 14,29) N'est-ce pas lui qui a affermi les vagues de la mer sous les pieds de Pierre, de sorte que l'eau fournisse à ses pas un chemin solide et sûr ? (Mt 14,29)
Il monte dans la barque. Pour traverser la mer de ce monde jusqu'à la fin des temps, le Christ monte dans la barque de son Église pour conduire ceux qui croient en lui jusqu'à la patrie du ciel par une traversée paisible, et faire citoyens de son Royaume ceux avec qui il communie en son humanité. Certes, le Christ n'a pas besoin de la barque, mais la barque a besoin du Christ. Sans ce pilote venu du ciel, en effet, la barque de l'Église agitée par les flots n'arriverait jamais au port.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie : paraphrase du Psaume 45 (trad. Malgré la nuit, Ad solem 2002, p.41)
« Aussitôt, la barque atteignit le rivage à l'endroit où ils se rendaient »
Quand se déchaînent les tempêtes,
tu es, Seigneur, notre force.
Nous te louerons, toi le Dieu fort
qui es notre constant secours.
Nous restons fermes près de toi,
mettant en toi notre confiance,
même si la terre est secouée
et si la mer devient houleuse.
Que les flots enflent et déferlent,
que vacillent les montagnes,
la joie nous illuminera,
la cité de Dieu te rend grâce.
En elle tu as ta demeure,
tu préserves sa sainte paix.
Et un fleuve puissant protège
la sublime demeure de Dieu.
Les peuples en folie se déchaînent,
le pouvoir des États s'effondre.
Voici qu'il élève la voix,
la terre gronde, secouée.
Mais le Seigneur est avec nous,
le Seigneur, le Dieu Sabaoth.
Tu es pour nous lumière et salut,
nous ne saurions avoir peur.
Venez tous, venez contempler
les prodiges de sa puissance :
toutes les guerres se meurent,
la corde de l'arc se détend.
Jetez dans le brasier de feu
bouclier et arme de guerre.
Le Seigneur, le Dieu Sabaoth
nous secourt en toute détresse.