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TEMPS DE PÂQUES IV - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Cardinal Charles Journet (1891-1975), théologien
Conférences données à Genève de 1972 à 1974 sur l'Évangile selon S. Jean (Texte publié par la fondation Cardinal Journet, pp.253-257 ; rev.)
Qui croit en moi
Les Personnes divines sont transparentes l'une à l'autre. C'est comme un collier : si vous prenez une des Personnes divines, vous tirez les deux autres avec elle. Impossible que vous teniez le Père sans sa référence au Fils ; la paternité est précisément ce qui constitue sa personnalité, mais pas possible d'être Père sans le Fils. Et puis, impossible que le Père et le Fils, dans leur mutuel amour, ne produisent l'Esprit. Alors, il y a un mot que les théologiens emploient pour cela, ils parlent de la circumincession des Personnes divines ; il y a un mot – qui vous rend la chose plus claire – : les Personnes divines sont transparentes l'une à l'autre. Quand vous vous adressez à l'une, voilà les deux autres qui, en transparence, sont là, et vous vous adressez à elles ; elles sont distinctes, mais transparentes l'une à  l'autre. Et alors, quand Jésus dit : « Les paroles que je vous ai dites, elles ne sont pas miennes, elles sont celles du Père » (cf. Jn 14, 10.24), c'est vrai ; et elles sont aussi les siennes, les siennes comme reçues du Père.
Il vient du Ciel dans l’enveloppe humaine, pour nous dire des paroles qui remontent jusqu'à sa Personne et à la Personne du Père. Il a reçu tout son être du Père, et c'est le Père qui nous parle à travers lui, présent au milieu de nous dans son enveloppe corporelle.
Alors, nous avons la Trinité qui vient à nous dans ce chemin de l'Incarnation, cette voix de la tendresse de Dieu venant au milieu de nous pour nous parler, non plus à distance du haut du Ciel, mais nous parler à travers une voix humaine, un langage humain, langage d'un petit peuple, l'araméen, un idiome qui était parlé près de la Mésopotamie et de ces régions-là.
ou
Lansperge le Chartreux (1489-1539), religieux, théologien
Sermon 5 ; Opera omnia 3, 315 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 88 rev.)
« Moi, qui suis la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres »
L'humilité avec laquelle le Christ « se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur » (Ph 2,7) est pour nous lumière. Lumière pour nous son refus de la gloire du monde, lui qui a voulu naître dans une étable plutôt que dans un palais et subir une mort honteuse sur une croix. Grâce à cette humilité nous pouvons savoir combien est détestable le péché d'un être de limon (Gn 2,7), un pauvre petit homme de rien, lorsqu'il s'enorgueillit, se glorifie et ne veut pas obéir tandis que nous voyons le Dieu infini humilié, méprisé et livré aux hommes.
La douceur avec laquelle il a supporté la faim, la soif, le froid, les insultes, les coups et les blessures est aussi pour nous lumière, lorsque « comme un agneau il a été conduit à l'abattoir et comme une brebis devant le tondeur il n'a pas ouvert la bouche » (Is 53,7). Grâce à cette douceur, en effet, nous voyons combien la colère est inutile, de même que la menace ; nous consentons alors à souffrir et nous ne servons pas le Christ par routine. Grâce à elle, nous apprenons à connaître tout ce qui nous est demandé : pleurer nos péchés dans la soumission et le silence, et endurer patiemment la souffrance quand elle se présente. Car le Christ a enduré ses tourments avec tant de douceur et de patience, non pour des péchés qu'il n'a pas commis, mais pour ceux d'autrui.
Dès lors, frères très chers, réfléchissez à toutes les vertus que le Christ nous a enseignées par sa vie exemplaire, qu'il nous recommande par ses exhortations et qu'il nous donne la force d'imiter avec l'aide de sa grâce.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
La Trinité, I, 13, 30-31 (trad. Brésard, 2000 ans A, p. 152)
« Celui qui me voit, voit Celui qui m'a envoyé »
Quelqu'un qui avait appelé Jésus « bon maître », en lui demandant conseil pour arriver à la vie éternelle, s'est attiré cette réponse : « Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon ? Personne n'est bon sinon Dieu seul » (Mc 10, 17-18)... Oui, si tu me prends dans ma condition divine, je suis bon, mais si tu me prends seulement dans la condition humaine que tu vois maintenant, pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon, si tu es de ceux qui seulement « verront celui qu'ils ont transpercé » ? (Jn 19, 37 ; Za 12, 10) Cette vue sera pour eux leur malheur, car ce sera celle du châtiment.
Il y a, en effet, une vision où nous contemplerons l'immuable substance de Dieu, invisible aux yeux humains, et cette vision qui n'est promise qu'aux saints, c'est la vision que l'apôtre Paul appelle un face à face (1Co 13, 12) ; de cette vision l'apôtre Jean dit : « Nous serons semblables à Dieu parce que nous le verrons tel qu'il est » (1Jn 3, 2) et le psalmiste : « Je n'ai demandé qu'une seule chose au Seigneur : contempler les délices du Seigneur » (Ps 26, 4). Le Seigneur lui-même en parle : « Moi, je l'aimerai et je me montrerai moi-même à lui » (Jn 14, 21). C'est pour cette vision que nous purifions nos cœurs dans la foi, afin d'être du nombre de ces « cœurs purs qui verront Dieu » (Mt 5, 8). Cette vision-là, seule, est notre bien suprême, et c'est pour y parvenir que nous avons le devoir de faire tout ce que nous faisons de bien.
ou
Catéchisme de l’Église catholique § 238, 240-242
« Celui qui me voit, voit celui qui m’a envoyé »
L'invocation de Dieu comme « Père » est connue dans beaucoup de religions. La divinité est souvent considérée comme « père des dieux et des hommes ». En Israël, Dieu est appelé Père en tant que créateur du monde. Dieu est Père plus encore en raison de l'alliance et du don de la Loi à Israël son « fils premier-né » (Ex 4, 22). Il est aussi appelé Père du roi d'Israël (2S 7, 14). Il est tout spécialement « le Père des pauvres », de l'orphelin et de la veuve qui sont sous sa protection aimante (Ps 68, 6)…
Jésus a révélé que Dieu est « Père » dans un sens inouï : il ne l’est pas seulement en tant que créateur, il est éternellement Père en relation à son Fils unique, qui réciproquement n’est Fils qu’en relation à son Père : « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11, 27). C’est pourquoi les apôtres confessent Jésus comme « le Verbe qui était au commencement auprès de Dieu et qui est Dieu » (Jn 1, 1), comme « l’image du Dieu invisible » (Col 1, 15), comme « le resplendissement de sa gloire et l’effigie de sa substance » (He 1, 3).
À leur suite, suivant la tradition apostolique, l’Église a confessé en l’an 325 au premier Concile œcuménique de Nicée que le Fils est « consubstantiel » au Père, c’est-à-dire un seul Dieu avec lui. Le deuxième Concile œcuménique, réuni à Constantinople en 381, a gardé cette expression dans sa formulation du Credo de Nicée et a confessé « le Fils unique de Dieu avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père ».
ou
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Méditations (trad. Maredsous 1923, p. 142 rev. Tournay)
« Je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres »
Ô bon Maître, Jésus Christ, j'étais sans aucun secours, je ne demandais rien, je n'y pensais même pas, et ta lumière m'a éclairé dans ma nuit... Tu as écarté de moi le fardeau qui m'écrasait, tu as repoussé ceux qui m'assaillaient, tu m'as appelé d'un nom nouveau (Ap 2,17), emprunté au tien, le nom de chrétien. J'étais accablé, tu m'as redressé. Tu m'as dit : « Confiance, je t'ai racheté, moi qui ai donné ma vie pour toi. Si tu veux t'attacher à moi, tu échapperas au mal et à l'abîme où tu cours, je te conduirai en mon Royaume... »
Oui, Seigneur, tu as tout fait pour moi ! J'étais dans les ténèbres et je n'en savais rien..., je descendais vers le gouffre de l'injustice, j'étais tombé dans la misère du temps pour tomber plus bas encore. Et à l'heure où je me trouvais sans secours, tu m'as éclairé. Sans même que je te le demande, tu m'as illuminé. En ta lumière, j'ai vu ce qu'étaient les autres et ce que je suis... ; tu m'as donné confiance en mon salut, toi qui as donné ta vie pour moi... Je le reconnais, ô Christ, je me dois tout entier à ton amour.
ou
Pape Benoît XVI
Encyclique « Spe Salvi »,  § 26 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver »
Ce n'est pas la science qui rachète l'homme. L'homme est racheté par l'amour. Cela vaut déjà dans le domaine purement humain. Lorsque quelqu'un, dans sa vie, fait l'expérience d'un grand amour, il s'agit d'un moment de « rédemption » qui donne un sens nouveau à sa vie. Mais, très rapidement, il se rendra compte que cet amour qui lui a été donné ne résout pas, par lui seul, le problème de sa vie. Il s'agit d'un amour qui demeure fragile ; il peut être détruit par la mort. L'être humain a besoin de l'amour inconditionnel. Il a besoin de la certitude qui lui fait dire : « Ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l'avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus Christ » (Rm 8,38-39). Si cet amour absolu existe, avec une certitude absolue, alors –- et seulement alors –- l'homme est « racheté », quel que soit ce qui lui arrive dans un cas particulier.
C'est ce que l'on veut dire lorsque l'on dit : Jésus Christ nous a « rachetés ». Par lui nous sommes devenus certains de Dieu -- d'un Dieu qui ne constitue pas une lointaine « cause première » du monde -- parce que son Fils unique s'est fait homme et de lui chacun peut dire : « Ma vie aujourd'hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi » (Ga 2,20).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur la Genèse, I, 5-7 (trad. Orval ; cf SC 7, p. 70s)
« Moi, la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres »
Le Christ est « la lumière du monde » (Jn 8,12) et il éclaire l'Église de sa lumière. Et comme la lune reçoit sa lumière du soleil afin d'éclairer elle aussi la nuit, ainsi l'Église, recevant sa lumière du Christ, éclaire tous ceux qui se trouvent dans la nuit de l'ignorance... C'est donc le Christ qui est « la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde » (Jn 1,9), et l'Église, recevant sa lumière, devient elle-même lumière du monde, « illuminant ceux qui marchent dans les ténèbres » (Rm 2,19), selon cette parole du Christ à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14). D'où il ressort que le Christ est la lumière des apôtres, et les apôtres à leur tour la lumière du monde.
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec, saint des Églises orthodoxes
Discours théologique 3 (trad. Prière mystique, Cerf 1979, p. 38)
« Moi, qui suis la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres »
« Dieu est lumière » (1Jn 1,5), une lumière infinie et incompréhensible. Le Père est lumière, le Fils est lumière, l'Esprit est lumière ; les trois sont lumière unique, simple, sans composition, hors du temps, dans une éternelle identité de dignité et de gloire. Ensuite, tout ce qui vient de Dieu est lumière et nous est réparti comme venant de la lumière : lumière la vie, lumière l'immortalité, lumière la source de vie, lumière l'eau vive, la charité, la paix, la vérité, la porte du Royaume des cieux. Lumière le Royaume des cieux lui-même ; lumière la chambre nuptiale, le lit nuptial, le paradis, les délices du paradis, la terre des doux, les couronnes de vie, lumière les vêtements eux-mêmes des saints. Lumière le Christ Jésus, le sauveur et le roi de l'univers, lumière le pain de sa chair immaculée, lumière le calice de son sang précieux, lumière sa résurrection, lumière son visage ; lumière sa main, son doigt, sa bouche, lumière ses yeux ; lumière le Seigneur, sa voix, comme lumière de lumière. Lumière le Consolateur, la perle, le grain de sénevé, la vigne véritable, le levain, l'espérance, la foi : lumière !


TEMPS DE PÂQUES IV - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Théodore le Studite (759-826)
moine à Constantinople
Catéchèse 78 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 530-531 ; rev.)
« Un serviteur n’est pas plus grand que son maître » (Jn 13,16)
Rappelez-vous ses merveilles, celles qu’il a faites (cf. Ps 104,5) pour nous dans le passé et celles qu’il accomplit encore. (…) En échange de ce qu’il fait pour nous, faisons encore davantage et rendons-lui ce que nous lui devons, mes très vénérés frères. Et ce qu’il veut de nous, qu’est-ce, sinon que nous le craignions, l’aimions de tout notre cœur et de toute notre intelligence (cf. Mt 22,37) et imitions autant qu’il nous est possible sa manière de vivre dans la chair ?
Celui-là s’est fait étranger en quittant le ciel pour la terre, afin que, nous aussi, nous devenions étrangers aux pensées qui viennent des volonté propres. Lui-même a obéi à son père afin que, vous aussi, obéissiez sans hésitation (…). Celui-là s’est humilié lui-même jusqu’à la mort (cf. Ph 2,8), afin que vous aussi soyez dans ce sentiment, vous abaissant et vous humiliant dans vos pensées, vos actes, vos paroles et vos gestes. Quelle est-elle la gloire divine et véritable, si ce n’est d’être sans gloire parmi les hommes à cause de Dieu ? (…) Ce qui est tout petit et que l’on méprise, voilà ce qu’il a choisi, mon Sauveur et Dieu qui a revêtu notre chair, pour confondre (cf. 1 Co 1,27-28) ce qui est célébrité et richesse des hommes.
C’est pourquoi il vient au monde dans une grotte, il est couché dans une mangeoire, on le nomme fils du charpentier, on le nomme nazaréen, il est revêtu d’une seule petite tunique et d’un seul manteau, il va à pied, il peine, il est lapidé (cf. Jn 10,31) par les Juifs, insulté, arrêté, crucifié, percé avec une lance, mis au tombeau, après quoi il ressuscite, ainsi veut-il nous persuader, mes frères, de choisir devant ses anges (cf. Lc 12,8 ; 15,10) les mêmes choses que lui, pour que nous soyons couronnés dans le royaume des cieux, dans le Christ lui-même notre Seigneur à qui appartiennent la gloire et la puissance avec le Père et le Saint-Esprit maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.
ou
Pape François
Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » § 24 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Le messager n'est pas plus grand que celui qui l'envoie »
L’Église « en sortie » est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui portent des fruits et qui fêtent... La communauté évangélisatrice fait l’expérience que le Seigneur a pris l’initiative, il l’a précédée dans l’amour (1Jn 4,19). Et en raison de cela, elle sait aller de l’avant, elle sait prendre l’initiative sans crainte, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus (Lc 14,23). Pour avoir fait l'expérience de la miséricorde du Père et sa force de diffusion, elle vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde. Osons un peu plus prendre l’initiative !
En conséquence, l’Église sait « s’impliquer ». Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Le Seigneur s’implique et implique les siens, en se mettant à genoux devant les autres pour les laver. Mais tout de suite après il dit à ses disciples : « Heureux êtes-vous, si vous le mettez en pratique. » La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourcit les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple. Les évangélisateurs ont ainsi « l’odeur des brebis » et les brebis écoutent leur voix (Jn 10,3).
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
Ep 3, 707 ; 2, 70 (trad. Une pensée, Médiaspaul 1991, p.30)
« Recevoir celui que j'envoie, c'est me recevoir moi-même »
Après l'amour de notre Seigneur, je te recommande celui de l'Église, son Épouse. Elle est en quelque sorte la colombe qui couve et fait naître les petits de l'Époux. Rends toujours grâce à Dieu d'être fille de l'Église, à l'exemple d'un si grand nombre d'âmes qui nous ont précédés dans cette voie bienheureuse. Aie beaucoup de compassion pour tous les pasteurs, prédicateurs et guides spirituels ; on en trouve sur toute la surface de la terre... Prie Dieu pour eux, afin qu'en se sauvant eux-mêmes, ils soient féconds et procurent aux âmes le salut.
Priez pour les personnes perfides comme pour les ferventes, priez pour le Saint Père, pour toutes les nécessités spirituelles et temporelles de l'Église ; car c'est elle notre mère. Faites aussi une prière spéciale pour tous ceux qui œuvrent au salut des âmes pour la gloire du Père.
ou
Concile Vatican II : Constitution dogmatique sur la révélation « Dei Verbum », § 7-8
« Recevoir celui que j'envoie, c'est me recevoir moi-même »
Ce que Dieu avait révélé pour le salut de toutes les nations, il a décidé dans sa grande bonté de le maintenir à jamais intact et de le transmettre à toutes les générations. Aussi le Christ Seigneur, en qui toute la révélation de Dieu reçoit son achèvement (2Co 1, 20; 3, 16-4, 6), ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l'Évangile promis auparavant par les prophètes, a ordonné à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salvatrice et de toute règle morale, en leur communiquant les dons divins. L'ordre du Christ a été fidèlement exécuté par les apôtres qui, dans leur prédication orale, leurs exemples, dans ce qu'ils ont établi, ont transmis ce qu'ils avaient reçu de la bouche du Christ ou en le voyant vivre et agir, et aussi ce que le Saint Esprit leur suggérait. Cet ordre a été fidèlement exécuté par ces apôtres et des hommes apostoliques qui, sous l'inspiration du même Esprit Saint, ont consigné par écrit le message du salut.
Pour que l'Évangile soit gardé à jamais intact et vivant dans l'Église, les apôtres ont laissé comme successeurs les évêques, auxquels « ils ont transmis leur propre charge d'enseignement » (Saint Irénée). Cette tradition sainte et la Sainte Écriture des deux Testaments sont donc comme le miroir dans lequel l'Église, pendant son pèlerinage sur terre, contemple Dieu, de qui elle reçoit tout, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à son terme : le voir face à face tel qu'il est. (1Jn 3, 2)...
Cette tradition qui vient des apôtres se développe dans l'Église sous l'assistance du Saint Esprit : en effet, la perception des choses et des paroles transmises grandit, par la contemplation et l'étude qu'en font les croyants qui les gardent dans leur cœur (Lc 2, 19.51), par la pénétration profonde des réalités spirituelles qu'ils expérimentent, par la proclamation qu'en font ceux qui avec la succession épiscopale ont reçu un charisme assuré de la vérité. L'Église, au cours des siècles, tend constamment vers la plénitude de la vérité divine, jusqu'à ce que les paroles de Dieu trouvent en elle leur achèvement.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique B, 2v°-3v°
« Recevoir celui que j'envoie, c'est me recevoir moi-même ; et me recevoir, c'est recevoir celui qui m'a envoyé »
Être ton épouse, ô Jésus, être carmélite, être par mon union avec toi la mère des âmes, cela devrait me suffire. Il n'en est pas ainsi. Sans doute, ces trois privilèges sont bien ma vocation -- carmélite, épouse et mère -- cependant je sens en moi d'autres vocations... Je sens le besoin, le désir d'accomplir pour toi, Jésus, toutes les œuvres les plus héroïques... Malgré ma petitesse, je voudrais éclairer les âmes comme les prophètes, les docteurs ; j'ai la vocation d'être apôtre. Je voudrais parcourir la terre, prêcher ton nom et planter sur le sol infidèle ta Croix glorieuse, mais, ô mon Bien-Aimé, une seule mission ne me suffirait pas, je voudrais en même temps annoncer l'Évangile dans les cinq parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées. Je voudrais être missionnaire non seulement pendant quelques années, mais je voudrais l'avoir été depuis la création du monde et l'être jusqu'à la consommation des siècles...
Ô mon Jésus ! à toutes mes folies que vas-tu répondre ? Y a-t-il une âme plus petite, plus impuissante que la mienne ? Cependant à cause même de ma faiblesse tu t'es plu, Seigneur, à combler mes petits désirs enfantins, et tu veux aujourd'hui combler d'autres désirs plus grands que l'univers... J'ai compris que l'amour renfermait toutes les vocations, que l'amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux ; en un mot qu'il était éternel... Ma vocation, enfin je l'ai trouvée, ma vocation, c'est l'amour.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église (Lumen gentium), §8
« Le messager n'est pas plus grand que celui qui l'envoie »
Comme c’est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la rédemption, l’Église elle aussi est appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut. Le Christ Jésus, « qui était de condition divine s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave » (Ph 2,6), pour nous « s'est fait pauvre, de riche qu'il était » (2Co 8,9). Ainsi l’Église, qui a cependant besoin pour remplir sa mission de ressources humaines, n’est pas faite pour chercher une gloire terrestre mais pour répandre, par son exemple aussi, l’humilité et l’abnégation. Le Christ a été envoyé par le Père « pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, ... guérir les cœurs meurtris » (Lc 4,18), « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10). De même l'Église enveloppe de son amour ceux que l’infirmité humaine afflige ; bien plus, dans les pauvres et les souffrants, elle reconnaît l’image de son fondateur pauvre et souffrant, elle s’efforce de soulager leur misère et en eux c’est le Christ qu’elle veut servir. (...)
« L’Église avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (St Augustin), annonçant la croix et la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne (Cf. 1Co 11,26). La vertu du Seigneur ressuscité est sa force pour lui permettre de vaincre dans la patience et la charité les afflictions et les difficultés qui lui viennent à la fois du dehors et du dedans, et de révéler fidèlement au milieu du monde le mystère du Seigneur, encore enveloppé d’ombre, jusqu’au jour où, finalement, il éclatera dans la pleine lumière.


TEMPS DE PÂQUES IV - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Le don du Verbe incarné, chap. V, n° 21 (Le dialogue, trad. J. Hurtaud, éd. Téqui, 1976, p. 74-75)
« Personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jn 14,6)
[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Puisque je t'ai dit que du Verbe mon Fils unique, j'avais fait un pont, et c'est la vérité, je veux que vous sachiez, mes enfants, que la route fut coupée par le péché et la désobéissance d'Adam, de telle sorte que nul ne pouvait plus atteindre à la vie durable. Ainsi les hommes ne me rendaient plus par ce moyen la gloire qu'ils me doivent, puisqu'ils ne participaient plus au bien pour lequel je les avais créés.
Dans ces conditions ma Vérité n'était pas accomplie. Ma Vérité est que j'ai créé l'homme à mon image et ressemblance pour qu'il possède la vie impérissable, pour qu'il partage avec moi et goûte la souveraine et éternelle douceur de ma Bonté. Mais, après que le péché eût fermé le ciel et les portes de la Miséricorde, tout accès lui fut fermé de ce côté. La faute produisit les épines et les tribulations de contrariétés multiples. (…) Dès qu'il eut péché, il fut assailli par un torrent impétueux qui toujours vient le battre de ses eaux ; il lui fallut endurer peines et tourments : tourments du côté de lui-même, tourments du côté du démon, tourments du côté du monde. Tous se noyaient dans ce torrent, et aucun, avec toutes ses justices personnelles, ne pouvait arriver à la vie éternelle.
C'est pourquoi, voulant porter remède à de si grands maux, qui étaient vôtres, je vous ai donné mon Fils comme un pont, sur lequel vous puissiez passer le fleuve sans vous noyer. Ce fleuve, c'est la mer pleine de tempêtes de cette vie ténébreuse. Vois donc quelles obligations la créature a envers moi, et combien elle est ignorante, pour vouloir encore se noyer et ne pas accepter le secours que je lui ai donné.
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)
tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Le don du Verbe incarné, chap. XI, n° 27 (Le dialogue, trad. J. Hurtaud, éd. Téqui, 1976, p. 92-93 ; rev.)
Marcher dans le chemin de la vérité et de la vie
[Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ; qui passe par moi ne chemine pas dans les ténèbres mais à la lumière » (Jn 14,6 ; 8,12). Et dans un autre endroit, ma Vérité dit encore que nul ne peut venir à Moi sinon par Lui. Et il en est vraiment ainsi.
S'il t'en souvient bien, c'est cela même que je t'ai dit et exposé quand j'ai voulu t'indiquer la voie. Donc s'il dit qu'il est la Voie, c'est la vérité même, et je t'ai montré que cette voie est en forme de pont. Il a dit aussi qu'il est la Vérité : quoi de plus réel, puisqu'il ne fait qu'un avec Moi qui suis la Vérité ? Qui le suit, marche donc dans le chemin de la vérité et de la vie. Qui suit cette Vérité reçoit la vie de la grâce et ne peut périr de faim : car la Vérité devient sa nourriture. Il ne peut non plus tomber dans les ténèbres, parce qu'il est la lumière, pure de tout mensonge. Bien plus, c'est lui qui par la vérité a confondu et détruit le mensonge par lequel le démon séduisit Ève. C'est par ce mensonge que la voie du ciel avait été coupée ; mais cette voie, la Vérité l'a rétablie et cimentée par le Sang.
Ceux qui marchent en cette voie, sont donc les fils de la Vérité, car ils suivent la Vérité, ils passent par la porte de la Vérité, et ils se trouvent enfin unis en moi avec celui qui est la voie et qui est la porte, mon Fils, Vérité éternelle, Océan de Paix.
ou
Saint Théodore le Studite (759-826)
moine à Constantinople
Catéchèse 11 (Les Grandes Catéchèses, coll. Spiritualité orientale n° 79, trad. F. de Montleau, éd. Bellefontaine, 2002, p. 195)
Suivez le chemin du ciel !
Jour après jour, suivez le chemin de Dieu, le tenant étroitement attaché à vous par sa promesse ; en effet, lui-même a dit, par l’intermédiaire de ses apôtres, à tous ceux qui recherchent sa volonté et ses témoignages (cf. Ps 118,31 LXX) qu’il serait avec eux jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20), là où les sentiers et les traces ne seront pas connus (Ps 76,20), comme l’a dit en ses chants le divin David. Mais d’une manière invisible, il est présent aux yeux de l’intelligence, se faisant voir de ceux qui ont le cœur pur et s’entretenant avec eux. Suivez donc votre chemin (…).
Prenez les ailes de l’amour de Dieu pour voler comme les nuages (cf. Is 60,8), élevés au-dessus des pièges de cette terre. Oignez vos pieds d’une huile d’allégresse (cf. Ps 44,8) et de tempérance. N’encombrez pas de vos pas paresseux le chemin resserré du Seigneur. Si dans votre pusillanimité, vous avez soif, buvez l’eau de la patience (cf. Si 15,3) ; si dans votre atonie spirituelle, vous avez faim, mangez du pain qui nourrit et fortifie le cœur de l’homme (cf. Ps 103,15), une parole de sagesse et de courage. Retroussez votre habit et soyez prêts à agir, regardez vers le haut et ne vous chargez pas de ces fardeaux accablants que sont vos mauvais vouloirs ; car pour celui qui accomplit le voyage de la terre jusqu’au ciel, il suffit de suivre son chemin avec diligence sans se charger d’un poids supplémentaire. (…)
Soyez forts dans le Seigneur ; montez vers la montagne de Dieu, vers sa maison sainte (Is 2,3), avec le chantre Isaïe, le prophète à la voix si puissante. Que nul ne reste en arrière, que nul ne s’assoie ; aidez-vous les uns les autres, tous enracinés dans une ferme charité.
ou
Vénérable Pie XII, pape de 1939 à 1958
Pie XII Radio message 23 Mars 1952 (Documentation Catholique n°1119, 20 Avril 1952, rev.)
Le Christ, Voie, Vérité et Vie, est la lumière de la conscience
La conscience est le noyau le plus intime et secret de l’homme. C’est là qu’il se réfugie avec ses facultés spirituelles dans une solitude absolue : seul avec soi-même, ou plutôt, seul avec Dieu, dont la voix se fait entendre à la conscience. C’est là qu’il se détermine pour le bien ou pour le mal ; c’est là qu’il choisit le chemin de la victoire ou celui de la défaite. Même s'il le voulait, l'homme ne réussirait pas à s'en débarrasser ; avec elle, soit qu’elle l’approuve, soit qu’elle le condamne, il parcourra tout le chemin de la vie, et avec elle encore, témoin véridique et incorruptible, il se présentera au jugement de Dieu.
La conscience est donc un sanctuaire, sur le seuil duquel tous doivent s’arrêter ; tous, même le père ou la mère, lorsqu’il s’agit d’un enfant. Seul, le prêtre y entre comme médecin des âmes ; mais la conscience ne cesse pas pour autant d’être un sanctuaire jalousement gardé, dont Dieu Lui-même veut que le secret soit préservé sous le sceau du plus sacré des silences. En quel sens peut-on parler de l’éducation de la conscience ? Le divin Sauveur a apporté à l’homme ignorant et faible sa vérité et sa grâce : la vérité pour lui indiquer la voie qui conduit au but ; la grâce pour lui conférer la force de pouvoir l’atteindre. Le Christ est la Voie, la Vérité et la Vie, non seulement pour tous les hommes pris ensemble, mais pour chacun pris individuellement.
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Pape François
Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » § 265.267 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Personne ne va vers le Père sans passer par moi »
Toute la vie de Jésus, sa manière d’agir avec les pauvres, ses gestes, sa cohérence, sa générosité quotidienne et simple, et finalement son dévouement total, tout est précieux et parle à notre propre vie. Chaque fois que quelqu’un se met à le découvrir, il se convainc que c’est cela même dont les autres ont besoin, bien qu’ils ne le reconnaissent pas… Parfois, nous perdons l’enthousiasme pour la mission en oubliant que l’Évangile répond aux nécessités les plus profondes des personnes, parce que nous avons tous été créés pour ce que l’Évangile nous propose : l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel… Nous disposons d’un trésor de vie et d’amour qui ne peut pas tromper, le message qui ne peut ni manipuler ni décevoir. C’est une réponse qui se produit au plus profond de l’être humain et qui peut le soutenir et l’élever. C’est la vérité qui ne se démode pas parce qu’elle est capable de pénétrer là où rien d’autre ne peut arriver. Notre tristesse infinie ne se soigne que par un amour infini…
Unis à Jésus, cherchons ce qu’il cherche, aimons ce qu’il aime. Au final, c’est la gloire du Père que nous cherchons, nous vivons et agissons « à la louange de sa grâce » (Ep 1,6). Si nous voulons nous donner à fond et avec constance, nous devons aller bien au-delà de toute autre motivation. C’est le motif définitif, le plus profond, le plus grand, la raison et le sens ultime de tout le reste. C’est la gloire du Père que Jésus a cherchée durant toute son existence. Lui est le Fils éternellement joyeux avec tout son être « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18). Si nous sommes missionnaires, c’est avant tout parce que Jésus nous a dit : « C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit » (Jn 15,8). Au-delà du fait que cela nous convienne ou non, nous intéresse ou non, nous soit utile ou non, au-delà des petites limites de nos désirs, de notre compréhension et de nos motivations, nous évangélisons pour la plus grande gloire du Père qui nous aime.
ou
Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels, 12/04/1938 (trad. Cerf 2008, p. 410 rev.)
« Là où je suis, vous serez aussi »
Si le monde savait ce qu'est aimer Dieu, ne serait-ce qu'un petit peu, il aimerait aussi son prochain. Quand on aime Jésus, quand on aime le Christ, on aime forcément ce qu'il aime. N'est-il pas mort d'amour pour les hommes ? Car, en transformant notre cœur en cœur du Christ, nous ressentons et nous percevons ses effets, et le plus grand d'entre eux c'est l'amour, l'amour de la volonté du Père, l'amour envers tout le monde qui souffre, qui peine, le frère lointain, qu'il soit anglais, japonais ou moine, l'amour envers Marie. Enfin, qui pourra comprendre l'amour du Christ ? Personne ; mais il y en a qui possèdent quelques petites étincelles, très cachées, très en silence, et sans que le monde le sache.
Mon Jésus, que tu es bon ! Tu fais tout merveilleusement bien. Tu me montres le chemin, tu me montres le but. Le chemin est la douce croix, le sacrifice, la renonciation à soi-même, quelquefois la bataille sanglante qui se résout, en larmes, sur le Calvaire ou dans le jardin des Oliviers. Le chemin est, Seigneur, d'être le dernier, le malade, le pauvre... Mais peu importe, au contraire !... Ces renoncements sont agréables quand ils suscitent dans l'âme la charité, la foi et l'espérance ; c'est ainsi que tu transformes les épines en roses.
Et le but ? Le but c'est toi, et rien d'autre que toi. Le but c'est l'éternelle possession de toi dans le ciel, avec Marie, avec tous les anges et tous les saints. Mais ce sera là-haut, dans le ciel. Et pour encourager les chétifs, les faibles, les peureux comme moi, tu te manifestes quelquefois dans le cœur, et tu lui dis : « Que cherches-tu ? Que veux-tu ? Qui appelles-tu ? Tiens, regarde ce que je suis. Je suis la Vérité et la Vie »... Alors, Seigneur, tu remplis l'âme de tes serviteurs de douceurs inexprimables qu'on rumine en silence, que l'homme ose à peine expliquer. Mon Jésus comme je t'aime, malgré ce que je suis. Et plus je suis pauvre et misérable et plus je t'aime. Je t'aimerai toujours ; je m'agripperai à toi et je ne te lâcherai pas : je ne sais plus comment dire.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274), franciscain, docteur de l'Église
Itinéraire de l'âme vers Dieu, VII, 1-2, 4, 6 (trad. Orval ; cf bréviaire)
« Je suis la Voie, la Vérité et la Vie »
Celui qui tourne résolument et pleinement ses yeux vers le Christ en le regardant suspendu à la croix, avec foi, espérance et charité, dévotion, admiration, exultation, reconnaissance, louange et jubilation, celui-là célèbre la Pâque avec lui, c'est-à-dire qu'il se met en route pour traverser la Mer Rouge grâce au bâton de la croix (cf Ex 14, 16). Quittant l'Égypte, il entre au désert pour y goûter la « manne cachée » (Ap 2, 17) et reposer avec le Christ au tombeau, comme mort extérieurement mais expérimentant -- dans la mesure où ses progrès le permettent -- ce qui a été dit sur la croix au larron compagnon du Christ : « Aujourd'hui tu seras avec moi au paradis » (Lc 23, 43)...
En cette traversée, si l'on veut être parfait, il importe de laisser là toute spéculation intellectuelle. Toute la pointe du désir doit être transportée et transformée en Dieu. Voilà le secret des secrets, que « personne ne connaît sauf celui qui le reçoit » (Ap 2, 17)... Si tu cherches comment cela se produit, interroge la grâce et non le savoir, ton aspiration profonde et non pas ton intellect, le gémissement de ta prière et non ta passion pour la lecture. Interroge l'Époux et non le professeur, Dieu et non l'homme.
ou
Catéchisme de l’Église catholique § 257-258, 260
« Personne ne va vers le Père sans passer par moi »
« Ô Trinité, lumière bienheureuse, Ô primordiale Unité ! » Dieu est éternelle béatitude, vie immortelle, lumière sans déclin. Dieu est Amour : Père, Fils et Esprit Saint. Librement, Dieu veut communiquer la gloire de sa vie bienheureuse. Tel est le « dessein bienveillant » (Ep 1, 9) qu'il a conçu dès avant la création du monde en son Fils bien-aimé, « nous prédestinant à l'adoption filiale en celui-ci » (Ep 1, 4-5), c'est-à-dire « à reproduire l'image de son Fils » (Rm 8, 29) grâce à « l'Esprit d'adoption filiale » (Rm 8, 15). Ce dessein est une « grâce donnée avant tous les siècles » (2Tm 1, 9-10), issue immédiatement de l'amour trinitaire. Il se déploie dans l’œuvre de la création, dans toute l'histoire du salut après la chute, dans les missions du Fils et de l'Esprit, que prolonge la mission de l'Église.
Toute l'économie divine est l’œuvre commune des trois personnes divines. Car de même qu'elle n'a qu'une seule et même nature, la Trinité n'a qu'une seule et même opération… Ainsi l'Église confesse, à la suite du Nouveau Testament, « un Dieu et Père de qui sont toutes choses, un Seigneur Jésus Christ pour qui sont toutes choses, un Esprit Saint en qui sont toutes choses ». Ce sont surtout les missions divines de l'incarnation du Fils et du don du Saint Esprit qui manifestent les propriétés des personnes divines…
La fin ultime de toute l'économie divine, c'est l'entrée des créatures dans l'unité parfaite de la Bienheureuse Trinité (Jn 17, 21-23). Mais dès maintenant nous sommes appelés à être habités par la Très Sainte Trinité : « Si quelqu'un m'aime, dit le Seigneur, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23) : « Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité ; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère ! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice. » (Sainte Élisabeth de la Trinité)
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique A, 2r°- 3r°
« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures »
Longtemps, je me suis demandé pourquoi le Bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas un égal degré de grâces... Jésus a daigné m'instruire de ce mystère, il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j'ai compris que toutes les fleurs qu'il a créées sont belles, que l'éclat de la rose et la blancheur du lys n'enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette. J'ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes.
Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés au lys et aux roses mais il en a créé aussi de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d'être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du Bon Dieu lorsqu'il les abaisse à ses pieds ; la perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu'il veut que nous soyons.
J'ai compris encore que l'amour de Notre Seigneur se révèle aussi bien dans l'âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l'âme la plus sublime ; en effet le propre de l'amour étant de s'abaisser, si toutes les âmes ressemblaient à celles des Saints docteurs qui ont illuminé l'Église par la clarté de leur doctrine, il semble que le Bon Dieu ne descendrait pas assez bas en venant jusqu'à leur cœur, mais il a créé l'enfant qui ne sait rien et ne fait entendre que de faibles cris, il a créé le pauvre sauvage n'ayant pour se conduire que la loi naturelle et c'est jusqu'à leur cœur qu'il daigne s'abaisser, ce sont là ses fleurs des champs dont la simplicité le ravit. En descendant ainsi le Bon Dieu montre sa grandeur infinie. De même que le soleil éclaire en même temps les cèdres et chaque petite fleur comme si elle était seule sur la terre, de même Notre Seigneur s'occupe aussi particulièrement de chaque âme que si elle n'avait pas de semblables.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Jean, 9 ; PG 74, 182-183 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 373)
« Là où je suis, vous y serez aussi »
« Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? »... Si les demeures auprès du Père n'avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu'il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup de demeures étaient déjà prêtes et attendaient l'arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ : préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu'auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n'avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.
C'est le Christ qui a inauguré pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s'offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il a permis à la chair de monter au ciel, et il a été lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d'une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s'écriaient : « Quel est celui-là qui arrive d'Edom ? » (Is 63,1), c'est-à-dire de la terre. Donc, notre Seigneur Jésus Christ « a inauguré pour nous cette voie nouvelle et vivante » (He 10,20). Comme dit saint Paul : « Il n'est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu » (He 9,24).
ou
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Commentaire de l'évangile de Jean, 14,2 (trad. cf bréviaire 9e sam.)
« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »
Le Christ est en même temps le chemin et le terme : le chemin selon son humanité, le terme selon sa divinité. Ainsi donc, selon qu'il est homme il dit : « Moi, je suis le Chemin » et selon qu'il est Dieu il ajoute : « la Vérité et la Vie ». Ces deux mots désignent très bien le terme de ce chemin, car le terme de ce chemin, c'est la fin du désir humain... Le Christ est le chemin pour parvenir à la connaissance de la vérité, alors qu'il est lui-même la vérité : « Conduis-moi Seigneur, dans ta vérité, et j'entrerai sur ton chemin » (Ps 85,11). Et le Christ est le chemin pour parvenir à la vie, alors qu'il est lui-même la vie : « Tu m'as fait connaître les chemins de la vie » (Ps 15,11)...
Si donc tu cherches par où passer, prends le Christ, puisque lui-même est le chemin : « C'est le chemin, suivez-le » (Is 30,21). Et saint Augustin commente : « Marche en suivant l'homme et tu parviendras à Dieu ». Car il vaut mieux boiter sur le chemin que marcher à grands pas hors du chemin. Celui qui boite sur le chemin, même s'il n'avance guère, se rapproche du terme ; mais celui qui marche hors du chemin, plus il court vaillamment plus il s'éloigne du terme.
Si tu cherches où aller, sois uni au Christ, parce qu'il est en personne la vérité à laquelle nous désirons parvenir : « C'est la vérité que ma bouche médite » (Pr 8,7). Si tu cherches où demeurer, sois uni au Christ parce qu'il est en personne la vie : « Celui qui me trouvera trouvera la vie » (Pr 8,35).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 142
« Personne ne va vers le Père sans passer par moi »
« Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Le Christ semble nous dire par là : « Par où veux-tu passer ? Je suis le chemin. Où veux-tu arriver ? Je suis la vérité. Où veux-tu demeurer ? Je suis la vie. » Marchons donc en toute sécurité sur le chemin ; et en dehors du chemin, craignons les pièges, car sur le chemin l'ennemi n'ose pas attaquer -- le chemin, c'est le Christ -- mais en dehors du chemin il dresse ses pièges...
Notre chemin, c'est le Christ dans son humilité ; le Christ vérité et vie, c'est le Christ dans sa grandeur, dans sa divinité. Si tu marches dans le chemin de l'humilité, tu parviendras au Très-Haut ; si dans ta faiblesse tu ne méprise pas l'humilité, tu demeureras plein de force dans le Très-Haut. Pourquoi le Christ a-t-il pris le chemin de l'humilité ? C'est à cause de ta faiblesse qui était là comme un obstacle insurmontable ; c'est pour t'en délivrer qu'un si grand médecin est venu vers toi. Tu ne pouvais pas aller à lui ; il est venu jusqu'à toi. Il est venu t'enseigner l'humilité, ce chemin du retour, car c'est l'orgueil qui nous empêchait de revenir vers la vie qu'il nous avait fait perdre...
Alors Jésus, devenu notre chemin, nous crie : « Entrez par la porte étroite ! » (Mt 7,13) L'homme s'efforce d'entrer, mais l'enflure de l'orgueil nous en empêche. Acceptons le remède de l'humilité, buvons ce médicament amer mais salutaire... L'homme enflé d'orgueil demande : « Comment pourrai-je entrer ? » Le Christ nous répond : « Je suis le chemin, entre par moi. Je suis la porte (Jn 10,7), pourquoi chercher ailleurs ? » Pour que tu ne t'égares pas, il s'est fait tout pour toi, et il te dit : « Sois humble, sois doux » (Mt 11,29).
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Du bien de la mort, 12, 52-55 ; CSEL 32, 747-750 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 64)
« Le chemin, la vérité et la vie »
Avançons hardiment vers notre Rédempteur Jésus ; rejoignons hardiment l'assemblée des saints, le rassemblement des justes. Car nous irons vers ceux qui sont nos frères, vers ceux qui nous ont instruits dans la foi... Le Seigneur sera la lumière de tous, et cette « vraie lumière qui éclaire tout homme » (Jn 1,9) brillera pour tous. Nous irons là où le Seigneur Jésus a préparé des demeures pour ses serviteurs, afin que là où il est, nous soyons nous aussi, car telle est sa volonté... Et il nous dit ce qu'il veut : « Je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi » (Jn 14,2-3)...
Il a montré le lieu et le chemin quand il a dit : « Où je vais, vous le savez, et vous savez le chemin ». Le lieu, c'est chez le Père ; le chemin, c'est le Christ, comme il l'a dit lui-même : « Moi je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi ». Entrons dans ce chemin, attachons-nous à la vérité, suivons la vie. Le chemin est ce qui conduit, la vérité est ce qui affermit, la vie est ce qui se donne de soi-même. Et pour que nous comprenions bien ce qu'il veut, il ajoute plus loin : « Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils contemplent ma gloire » (Jn 17,24).
Nous te suivons, Seigneur Jésus. Mais pour que nous te suivions, appelle-nous, parce que sans toi nul ne montera vers toi. Car tu es le chemin, la vérité, la vie. Tu es aussi notre secours, notre foi, notre récompense. Ceux qui sont à toi, accueille-les, toi qui es le chemin ; fortifie-les, toi qui es la vérité ; vivifie-les, toi qui es la vie.


TEMPS DE PÂQUES IV - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Le Christ modèle et source de sainteté sacerdotale (Le Christ idéal du prêtre, Éd. de Maredsous, 1951, p. 37-38 ; rev.)
« Qui me voit, voit aussi mon Père » (Jn 8,9)
« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). Pourquoi notre perfection, notre sainteté doit-elle reproduire la sainteté divine, si infiniment distante de notre faiblesse humaine ? Ensuite, nous est-il donné de pouvoir connaître le mystère de cette vie divine ? La réponse à cette double question tient en ces mots : nous devons ressembler à notre Père céleste, parce que nous sommes ses enfants par adoption. Et pour connaître la perfection de ce Père, il nous suffit d’aller à Jésus-Christ.
Saint Jean nous dit : « Personne n’a jamais vu Dieu » : (Jn 1,18). Alors, faut-il désespérer de le connaître jamais ? Non, car le disciple ajoute aussitôt la vérité lumineuse : « Le Fils unique, celui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a révélé ». Saint Paul, enthousiasmé par cette même révélation, s’écrie : « Dieu habite une clarté inaccessible » (cf. 1 Tm 6,16) ; mais lui, « qui, par sa parole, fit jaillir la lumière des ténèbres, il a illuminé nos cœur par la clarté resplendissante de la face de Jésus-Christ » (cf. 2 Co 4,6). (…) Le Christ est Dieu mis à notre portée, sous une forme humaine. Après la dernière cène, Philippe dit à Jésus : « Seigneur, montrez-nous le Père » (Jn 14,8). Et Notre-Seigneur de répondre par une parole solennelle qui contient comme la clé du mystère : « Philippe, qui me voit, voit aussi mon Père » (Jn 14,9).
En Jésus-Christ, tout est donc une révélation de Dieu. (…) Aux pieds de Jésus, nous apprendrons à connaître les perfections de Dieu ; c’est par la méditation de ses paroles, de ses actions, de ses souffrances, de sa mort, que nous pénétrons les secrets de la miséricorde infinie.
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre III, SC 143 (Œuvres spirituelles, trad. P. Doyère, éd. du Cerf, 1968, p. 151, 153, rev.)
« Montre-nous le Père ; cela nous suffit » (Jn 14,8)
Désirant savoir quel serait le fruit de l’attention de nos pensées vers Dieu, il fut enseigné [à Gertrude] que, par la méditation ou l’attention de ses pensées vers Dieu, l’homme, pour ainsi dire, présente à Dieu devant le trône de gloire un miroir d’un éclat magnifique où le Seigneur contemple avec une joie infinie sa propre image, car c’est lui qui inspire et dirige toute réalité bonne.
Si des empêchements rendent parfois cet effort plus difficile, plus l’effort est grand, plus le miroir apparaîtra délicieusement parfait aux yeux de la toute adorable Trinité et de tous les saints. Et il demeurera à jamais pour la gloire de Dieu et l’éternelle allégresse de cette âme. (…)
Entraînée un jour par l’excès de son amour, elle dit au Seigneur : « Oh ! que n’ais-je, Seigneur, une telle ardeur que mon âme en soit comme liquéfiée et puisse, comme une substance liquide, se répandre toute en vous complètement ! » Le Seigneur répondit : « Ton vouloir a en toi la puissance de ce feu. » Par quoi elle comprit que le vouloir de l’homme a le pouvoir de pleinement réaliser tous ceux de ses désirs qui ont Dieu pour objet.
ou
Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs
Admonitions, § 1 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 39)
« Comment peux-tu dire : ‘ Montre-nous le Père ? ’ »
Le Seigneur Jésus dit à ses disciples : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ; personne ne va au Père que par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père ; dorénavant vous le connaîtrez, et d’ailleurs vous l’avez déjà vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. » Jésus lui répondit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas encore ? Philippe, qui me voit voit aussi mon Père. » Le Père « habite une lumière inaccessible », « Dieu est esprit », « personne n’a jamais vu Dieu » : puisque Dieu est esprit, on ne peut donc le voir que par l’Esprit, car « c’est l’esprit qui fait vivre, la chair ne sert de rien » (1Tm 6,16 ; Jn 4,24 ; Jn 1,18 ; 6,63).  Il en va de même pour le Fils : en tant qu’il est égal au Père, on ne peut le voir autrement que par le Père, autrement que par l’Esprit…
« Fils d’hommes, combien de temps encore aurez-vous le cœur si dur ? » (Ps 4,3 Vulg). Pourquoi ne pas reconnaître la vérité ? Pourquoi ne pas croire au Fils de Dieu ? Regardez : chaque jour il s’abaisse, exactement comme à l’heure où, quittant son palais royal (Sg 18,15), il s’est incarné dans le sein de la Vierge ; chaque jour c’est lui-même qui vient à nous, et sous les apparences les plus humbles ; chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre. Et de même qu’autrefois il se présentait aux saints apôtres dans une chair bien réelle, de même il se montre à nos yeux maintenant dans le pain consacré.
Les apôtres, lorsqu’ils le regardaient de leurs yeux de chair, ne voyaient que sa chair, mais ils le contemplaient avec les yeux de l’esprit, et croyaient qu’il était Dieu. Nous aussi, lorsque, de nos yeux de chair, nous voyons du pain et du vin, sachons voir et croire fermement que c’est là, réels et vivants, le Corps et le Sang très saints du Seigneur. Tel est en effet le moyen qu’il a choisi de rester toujours avec ceux qui croient en lui, comme il l’a dit lui-même : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Dives in Misericordia » § 2 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Celui qui m'a vu a vu le Père »
Dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde, c'est-à-dire qu'est mis en relief l'attribut de la divinité que l'Ancien Testament, à travers différents termes et concepts, avait déjà défini comme la « miséricorde ». Le Christ confère à toute la tradition vétéro-testamentaire de la miséricorde divine sa signification définitive. Non seulement il en parle et l'explique à l'aide d'images et de paraboles, mais surtout il l'incarne et la personnifie ; il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde. Pour ceux qui la voient et la trouvent en lui, Dieu devient visible comme le Père « riche en miséricorde » (Ep 2,4).
Plus peut-être que celle de l'homme d'autrefois, la mentalité contemporaine semble s'opposer au Dieu de miséricorde, et elle tend à éliminer de la vie et à ôter du cœur humain la notion même de miséricorde. Le mot et l'idée de miséricorde semblent mettre mal à l'aise l'homme qui, grâce à un développement scientifique et technique inconnu jusqu'ici, est devenu maître de la terre qu'il a soumise et dominée. Cette domination de la terre, entendue parfois de façon unilatérale et superficielle, ne laisse pas de place, semble-t-il, à la miséricorde... La situation du monde contemporain ne manifeste pas seulement des transformations capables de faire espérer pour l'homme un avenir terrestre meilleur, mais elle révèle aussi de multiples menaces, bien pires que celles qu'on avait connues jusqu'ici...
Révélée dans le Christ, la vérité au sujet de Dieu « Père des miséricordes » (2Co 1,3) nous permet de le voir particulièrement proche de l'homme, surtout quand il souffre, quand il est menacé dans le fondement même de son existence et de sa dignité. Et c'est pourquoi, dans la situation actuelle de l'Église et du monde, bien des hommes et bien des milieux, guidés par un sens aigu de la foi, s'adressent, je dirais quasi spontanément, à la miséricorde de Dieu. Ils y sont certainement poussés par le Christ, dont l'Esprit est à l'œuvre au fond des cœurs.
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Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Conférence du 02/05/1659 (Entretiens, Seuil 1960, p. 639)
« Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes »
Notre Seigneur a dit : « Bienheureux sont les pauvres d'esprit » (Mt 5, 3) ; en quoi cette Sagesse éternelle montre combien les ouvriers évangéliques doivent éviter la magnificence des actions et des paroles, et prendre une manière d'agir et de parler humble, facile et commune. C'est le démon qui nous livre à cette tyrannie de vouloir réussir, et qui, nous voyant portés à aller simplement en besogne, nous dit : « Voilà qui est bas ; cela est trop plat et très indigne de la majesté chrétienne ». Ruse du démon ! Prenez-y garde, Messieurs, renoncez à ces vanités... Ayez devant les yeux la manière de notre Seigneur tout humble et tout contraire.
Il pouvait donner un grand éclat à ses œuvres et une souveraine vertu [puissance] à ses paroles, mais il ne l'a pas fait. « Vous ferez, disait-il à ses disciples, ce que je fais, et bien davantage. » Mais, Seigneur, pourquoi voulez-vous qu'en faisant ce que vous avez fait, ils fassent plus que vous ? C'est que notre Seigneur se veut laisser surmonter dans les actions publiques, pour exceller dans les humbles et les secrètes ; il veut les fruits de l'Évangile et non pas les bruits du monde ; et pour cela il a plus fait par ses serviteurs que par lui-même.
Il a voulu que saint Pierre ait converti, une fois, trois mille et, une autre fois, cinq mille personnes (Ac 2, 41 ; 4, 4), et que toute la terre ait été éclairée par les apôtres. Et quant à lui, bien qu'il fût la lumière du monde (Jn 8, 12), il n'a prêché qu'à Jérusalem et aux environs, et il a prêché là, sachant qu'il y réussirait moins qu'ailleurs... Il a donc fait peu de chose, et ses pauvres disciples ignorants et grossiers, animés de sa vertu [force], en ont fait plus que lui. Pourquoi ? C'est qu'il a voulu être humble en cela.
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Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]: Retraite prêchée au Vatican, 1983 (trad. Le Ressuscité, DDB 1986, p. 47)
La prière au nom du Fils
La prière chrétienne est prière au nom du Fils. Si saint Luc se contente de faire allusion à l'identité de la prière des fils et du Fils, en saint Jean cet élément essentiel devient explicite. « Prier au nom du Fils » n'est pas une simple formule, ce ne sont pas de pures paroles. Pour nous pénétrer de ce nom, il faut accepter un processus d'identification, accepter le chemin de la conversion et de la purification, celui qui fait devenir Fils, c'est-à-dire la réalisation du baptême dans la pénitence constante. Ainsi nous répondons à l'invitation du Seigneur : « Lorsque je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi » (Jn 12, 32).
Lorsque nous prononçons la formule liturgique « par le Christ notre Seigneur », toute cette théologie est présente. Jour après jour, ces paroles nous invitent sur le chemin de l'identification à Jésus, le Fils, sur le chemin du baptême, c'est-à-dire de la conversion et de la pénitence.
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Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies, IV, 5
« Celui qui m'a vu a vu le Père »
La splendeur de Dieu donne la vie : ils auront donc part à la vie, ceux qui voient Dieu. Voilà pourquoi celui qui est insaisissable, incompréhensible et invisible s'offre pour être vu, compris et saisi par les hommes ; c'est afin de donner la vie à ceux qui le saisissent et qui le voient. Car, si sa grandeur est insondable, sa bonté aussi est inexprimable, et c'est grâce à elle qu'il se fait voir et qu'il donne la vie à ceux qui le voient.
Il est impossible de vivre sans la Vie ; il n'y a pas de vie hors de la participation à Dieu ; et cette participation à Dieu consiste à voir Dieu et à jouir de sa bonté. Ainsi donc, les hommes verront Dieu afin de vivre... selon ce que Moïse dit dans le Deutéronome : « En ce jour-là nous verrons, parce que Dieu parlera à l'homme et qu'il vivra » (Dt 5,24). Dieu est invisible et inexprimable... mais tous les êtres apprennent par son Verbe qu'il n'y a qu'un seul Dieu Père, qui contient toutes choses et donne l'existence à toutes choses, selon ce que dit aussi le Seigneur : « Dieu, personne ne l'a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui l'a fait connaître » (Jn 1,18).
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Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
La Prière du Seigneur, 2-3 (trad. DDB 1982, p. 41 rev. ; cf bréviaire)
Demander en invoquant le nom de Jésus
Parmi les avertissements bienfaisants et les préceptes divins par lesquels le Seigneur a pourvu au salut de son peuple, il nous a donné le modèle de la prière ; c'est lui-même qui nous a enseigné ce que nous devons demander dans la prière. Lui qui nous fait vivre nous apprend aussi comment prier, avec cette bonté qui l'a poussé à nous accorder tant d'autres bienfaits. Ainsi lorsque nous parlons au Père avec la prière que le Fils nous a enseignée, nous sommes plus facilement écoutés. Il avait prévu que viendrait l'heure où « les vrais adorateurs adoreraient le Père en esprit et en vérité » (Jn 4,24) et il a accompli ce qu'il avait promis. Sanctifiés par l'Esprit et la vérité qui viennent de lui, nous pouvons également, grâce à son enseignement, adorer en Esprit et en vérité.
Quelle prière pourrait être plus spirituelle que celle que le Christ nous a donnée, car c'est grâce à lui que nous avons reçu l'Esprit ? Quelle prière peut être plus vraie que celle-là, puisqu'elle est sortie de la bouche du Fils qui est la Vérité ?
Prions donc, frères bien-aimés, comme notre divin Maître nous l'a enseigné. Implorer Dieu avec les paroles qui viennent de lui est une prière qu'il trouve aimable et filiale ; c'est faire parvenir à ses oreilles la prière du Christ. Que le Père reconnaisse la voix de son Fils quand nous lui adressons notre demande. Que celui qui habite notre cœur soit également notre voix. Il est notre avocat auprès du Père ; il intercède pour nos péchés quand nous, pécheurs, nous demandons le pardon de nos fautes. Prononçons donc les paroles de notre avocat, car il a dit : « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera » (Jn 15,16).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
La Prière, 31 (trad. DDB 1977, p. 117)
« Tout ce que vous demanderez en invoquant mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils »
Il me semble que celui qui se dispose à prier doit se recueillir et se préparer quelque peu, pour être plus prompt, plus attentif à l'ensemble de sa prière. Il doit de même chasser toutes les anxiétés et tous les troubles de sa pensée, et s'efforcer de se souvenir de la grandeur du Dieu qu'il approche, songer qu'il est impie de se présenter à lui sans attention, sans effort, avec une sorte de sans-gêne, rejeter enfin toutes les pensées étrangères.
En venant à la prière, il faut présenter pour ainsi dire l'âme avant les mains, élever l'esprit vers Dieu avant les yeux, dégager l'esprit de la terre avant de se lever pour l'offrir au Seigneur de l'univers, enfin déposer tout ressentiment des offenses qu'on croit avoir reçues si on désire que Dieu oublie le mal commis contre lui-même, contre nos proches, ou contre la droite raison.
Comme les attitudes du corps sont innombrables, celle où nous étendons les mains et où nous levons les yeux au ciel doit être sûrement préférée à toutes les autres, pour exprimer dans le corps l'image des dispositions de l'âme pendant la prière..., mais les circonstances peuvent amener parfois à prier assis...ou même couché... Pour la prière à genoux, elle est nécessaire lorsque quelqu'un s'accuse devant Dieu de ses propres péchés, en le suppliant de le guérir et de l'absoudre. Elle est le symbole de ce prosternement et de cette soumission dont parle Paul lorsqu'il écrit : « C'est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père, de qui vient toute paternité dans le ciel et sur la terre » (Ep 3,14-15). C'est là l'agenouillement spirituel, ainsi appelé parce que toute créature adore Dieu au nom de Jésus et se soumet humblement à lui. L'apôtre Paul semble y faire allusion quand il dit : « Qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre, et dans l'abîme » (Ph 2,10).
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Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon pour la Nativité de Marie « l'Aqueduc », §10 -11 (trad. Éds Cisterciennes, p. 665-668)
« Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père »
Celui qui a dit : « Je suis dans le Père et le Père est en moi » dit aussi : « Je suis sorti de Dieu et je suis venu » (Jn 8,42)... Le Verbe s'est fait chair, et il habite désormais parmi nous (Jn 1,14). Il habite à coup sûr dans nos cœurs par la foi, il habite dans notre mémoire, il habite dans notre pensée, et il descend jusque dans notre imagination elle-même. Auparavant, en effet, quelle idée l'homme pouvait-il se faire de Dieu, sinon peut-être celle d'une idole que son cœur avait fabriquée ? C'est que Dieu était incompréhensible et inaccessible, invisible et parfaitement insaisissable à la pensée. Mais maintenant il a voulu qu'on puisse le comprendre, il a voulu qu'on puisse le voir, il a voulu qu'on puisse le saisir par la pensée.
« De quelle manière ? », demandes-tu. Sans nul doute en étant couché dans une crèche, en reposant sur le sein de la Vierge, en prêchant sur la montagne, en passant la nuit à prier ; non moins qu'en étant cloué à la croix, en devenant livide dans la mort, « libre parmi les morts » (Ps 87,6 Vulg) et régnant sur l'enfer ; enfin en ressuscitant le troisième jour, en montrant aux apôtres la marque des clous, signes de sa victoire, et pour finir en regagnant devant eux les secrets du ciel.
De tous ces événements, en est-il un qui ne susciterait pas en nous une pensée vraie, fervente, sainte ? Que je pense à l'un d'entre eux, n'importe lequel, c'est à Dieu que je pense, et à travers tout cela, il est mon Dieu. Méditer ces événements, c'est la sagesse même... C'est cette même douceur que Marie a puisée largement dans les hauteurs, pour la reverser sur nous.
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies 4, 20, 4-5 ; SC 100 (trad SC p. 634-640 rev.)
« Celui qui m'a vu a vu le Père »
« Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu » (Mt 5,8). Certes, selon sa grandeur et sa gloire inexprimable, « nul homme ne peut voir Dieu et vivre » (Ex 33,20), car le Père est insaisissable. Mais selon son amour, sa bonté envers les hommes et sa toute-puissance, il va jusqu'à accorder à ceux qui l'aiment le privilège de voir Dieu..., car « ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Lc 18,27). Par lui-même, en effet, l'homme ne verra pas Dieu ; mais Dieu, s'il le veut, sera vu des hommes, de ceux qu'il veut, quand il veut et comme il veut, car Dieu peut tout. Il a été vu autrefois grâce à l'Esprit selon la prophétie, puis il a été vu grâce au Fils selon l'adoption, et il sera vu dans le Royaume des cieux selon la paternité. Car l'Esprit prépare d'avance l'homme pour le Fils de Dieu, le Fils le conduit au Père, et le Père lui donne une nature impérissable et la vie éternelle qui résultent de cette vue de Dieu pour chacun qui le voit.
Car ceux qui voient la lumière sont dans la lumière et participent à sa splendeur ; ainsi ceux qui voient Dieu sont en Dieu et participent à sa splendeur. Et la splendeur de Dieu donne la vie : ceux qui voient Dieu, donc, participent à sa vie.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon pour l'Ascension
« Montre-nous le Père »
« Celui qui m'aime, mon Père l'aimera, et je me manifesterai à lui. » (Jn 14,21) Cette vision n'est pas pour cette vie, mais pour celle du monde a venir. Elle n'est pas pour un temps, mais elle n'aura jamais de fin. « La Vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et ton Envoyé, Jésus Christ. » (Jn 17,3) De cette vision et connaissance, l'Apôtre dit : « Maintenant nous voyons dans un miroir, en énigme, mais alors nous verrons Dieu face à face. Maintenant je ne connais qu'en partie ; alors je connaîtrai comme je suis connu. » (1Co 13,12) Ce fruit de son labeur, l'Église l'enfante maintenant dans le désir, alors elle l'enfantera dans la vision ; maintenant elle l'enfante dans la douleur, alors elle l'enfantera dans la joie ; maintenant elle l'enfante dans la supplication, elle l'enfantera alors dans la louange. Ce fruit sera sans fin, car rien ne saurait nous combler sinon ce qui est infini.
C'est ce qui faisait dire à Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. » C'est ce qui nous permet de comprendre les paroles du Seigneur : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus. Mais encore un peu de temps, et vous me verrez. » (Jn 16,19) Ce qu'il appelle « un peu de temps », c'est le temps actuel de l'Église, « la dernière heure ». La promesse qu'il fait ainsi s'adresse à toute l'Église... Et il ne saurait tarder d'accomplir sa promesse. Encore un peu de temps, frères, et nous le verrons -- avec la foule des saints -- et nous n'aurons plus aucune supplication à lui faire, aucune question à lui adresser, parce que nous n'aurons plus rien à désirer, nous n'aurons plus rien à chercher. Ce « peu de temps » nous paraît long ; une fois passé, nous réaliserons combien il a été court ... Dans l'enfantement du désir, réjouissons-nous dans l'espérance ; soyons patients dans l'épreuve.

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