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TEMPS DE PÂQUES V - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Saint Claude la Colombière (1641-1682), jésuite
Acte de confiance en Dieu (Écrits spirituels, coll. Christus n° 9, éd. DDB, 1982, p. 517-518 ; rev.)
« Que votre cœur ne soit pas bouleversé » (Jn 14,1)
Je suis assuré que je serai éternellement heureux, parce que j’espère fermement de l’être et que c’est de vous, ô mon Dieu, que je l’espère : « En toi, Seigneur, j’ai mis mon espoir ; je ne serai jamais confondu » (Ps 31,2 Vg).
Je connais, hélas ! je ne le connais que trop, que je suis fragile et changeant ; je sais ce que peuvent les tentations contre les vertus les mieux affermies ; j’ai vu tomber les astres du ciel et les colonnes du firmament. Mais tout cela ne peut m’effrayer tandis que j’espérerai ; je me tiens à couvert de tous les malheurs et je suis assuré d’espérer toujours, parce que j’espère encore cette invariable espérance. Enfin, je suis sûre que je ne puis trop espérer en vous et que je ne puis avoir moins que ce que j’aurais espéré de vous. Ainsi j’espère que vous me tiendrez dans les penchants les plus impétueux, que vous me soutiendrez contre les plus furieux assauts et que vous ferez triompher ma faiblesse de mes plus redoutables ennemis.
J’espère que vous m’aimerez toujours et que je vous aimerai ainsi sans relâche ; et, pour porter tout d’un coup mon espérance aussi loin qu’elle peut aller, je vous espère vous-même de vous-même, ô mon Créateur, et pour le temps, et pour l’éternité ! Amen
ou
Saint Augustin (354-430)
évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Traités sur l'Évangile de Jean, trait. 13, 4 (Homélies sur l'Évangile de saint Jean. I-XVI, BA 71; trad. M.-F. Berrouard; Institut des études augustiniennes, 1993 rev.)
Je suis le chemin, la vérité, la vie
Écoutons le Seigneur : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Si tu cherches la Vérité, suis la Voie ; car la Voie, c’est aussi la Vérité. C’est ce où tu vas, c’est ce par où tu vas. Ce n’est pas par autre chose que tu vas à autre chose ; ce n’est pas par autre chose que tu viens au Christ ; c’est par le Christ que tu viens au Christ. Comment au Christ par le Christ ? Au Christ Dieu par le Christ homme ; par le Verbe fait chair au Verbe qui était au commencement auprès de Dieu ; par ce que l’homme a mangé ce que les anges mangent chaque jour. C’est en effet ce qui est écrit : « Il leur a donné le pain du ciel ; l’homme a mangé le pain des anges (Ps 77, 24-25). » Quel est le pain des anges ? « Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1-3). Comment l’homme a-t-il mangé le pain des anges ? « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. »
ou
Saint Jean-Paul II
Encyclique « Dives in misericordia » §2 (trad. © Libreria Editrice Vaticana rev.)
« Celui qui m'a vu a vu le Père »
Dieu, « qui habite une lumière inaccessible » (1 Tm 6, 16), parle à l'homme à travers l'image du cosmos : en effet, « depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les œuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité » (Rm 1, 20). Cette connaissance indirecte et imparfaite...n'est pas encore la vision du Père. « Nul n'a jamais vu Dieu », écrit saint Jean pour donner plus de relief à la vérité selon laquelle « le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l'a révélé » (1, 18).
Cette révélation du Fils manifeste Dieu dans le mystère insondable de son être –- un et trine –- entouré « d'une lumière inaccessible » ; cependant, dans cette révélation du Christ, nous connaissons Dieu d'abord dans son amour envers l'homme (cf Tt 3, 4). Là, « ses perfections invisibles » deviennent visibles, incomparablement plus visibles qu'à travers toutes ses autres œuvres : elles deviennent visibles dans le Christ et par le Christ, dans ses actions et ses paroles, et enfin dans sa mort sur la croix et sa résurrection. Ainsi, dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Encyclique « Dives in Misericordia » § 12-13 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Seigneur, montre-nous le Père »
L'Église partage l'inquiétude de tant d'hommes contemporains ; d'autre part, elle doit aussi se préoccuper du déclin de nombreuses valeurs fondamentales, qui constituent un bien incontestable non seulement de la morale chrétienne, mais simplement de la morale humaine, de la culture morale… En relation avec cette image de notre génération, qui ne peut que susciter une profonde inquiétude, nous reviennent à l'esprit les paroles qui ont résonné dans le Magnificat de Marie pour célébrer l'incarnation du Fils de Dieu et qui chantent la « miséricorde...d’âge en âge » (Lc 1,50)… L'Église doit rendre témoignage à la miséricorde de Dieu révélée dans le Christ en toute sa mission de Messie…
Des théologiens affirment que la miséricorde est le plus grand des attributs de Dieu, la plus grande de ses perfections ; la Bible, la Tradition et toute la vie de foi du peuple de Dieu en fournissent des témoignages inépuisables. Il ne s'agit pas ici de la perfection de l’essence inscrutable de Dieu dans le mystère même de sa divinité, mais de la perfection et de l'attribut grâce auxquels l'homme, dans la vérité intérieure de son existence, entre en relation le plus intimement et le plus souvent avec le Dieu vivant. Conformément aux paroles que le Christ a adressées à Philippe,  « voir le Père » — voir le Père par la foi — trouve dans la rencontre avec sa miséricorde un degré de simplicité et de vérité intérieure semblable à celui que nous trouvons dans la parabole de l'enfant prodigue (Lc 15,11s).
« Celui qui m'a vu a vu le Père. » L'Église professe la miséricorde de Dieu, l'Église en vit, dans sa vaste expérience de foi, et aussi dans son enseignement, en contemplant constamment le Christ, en se concentrant en lui, sur sa vie et son Évangile, sur sa croix et sa résurrection, sur son mystère tout entier. Tout ce qui forme notre regard sur le Christ dans la foi vive et dans l'enseignement de l'Église nous nous conduit à « voir le Père » dans la sainteté de sa miséricorde.
ou
Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), tertiaire dominicaine, docteur de l'Église, co-patronne de l'Europe : Oraison 16 (trad. Orval)
« Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure »
Tu veux, Père éternel, que nous te servions selon ton bon plaisir, et tu conduis tes serviteurs de différentes façons et par diverses voies. Ainsi tu montres que d'aucune manière nous ne pouvons ni ne devons juger les intentions de l'homme par des actes que nous percevons de l'extérieur… L'âme qui dans ta lumière voit la lumière (Ps 35, 10) se réjouit de contempler en chacun des hommes tes manières variées, tes voies innombrables. Car bien qu'ils cheminent par différentes voies, ils ne courent pas moins tous sur la route de ta charité ardente. Sans cela, ils ne suivraient d'ailleurs pas vraiment ta vérité. C’est pourquoi nous voyons certains courir sur le chemin de la pénitence, établis dans la mortification corporelle ; d'autres établis sur l'humilité et la mortification de leur volonté propre ; d'autres sur une foi vive ; d'autres sur la miséricorde ; et d'autres tout dilatés dans l'amour du prochain, après s'être quittés eux-mêmes.
Par cette manière de voir, l'âme…se développe et acquiert la lumière surnaturelle par laquelle elle découvre la largeur sans mesure de ta bonté. Comme ils ont le sens du réel, ceux qui voient ta volonté en toutes choses ! En toute action des hommes ils considèrent ta volonté sans juger celle des créatures. Ils ont bien compris et reçu la doctrine de ta vérité, lorsqu'elle dit : « Ne jugez pas selon les apparences » (Jn 7, 24).
Ô Vérité éternelle, quelle est ton enseignement ? Par quelle voie veux-tu que nous allions au Père ? Quelle voie nous convient-il de suivre ? Je ne peux pas voir d'autre route que celle que tu as pavée avec les vertus vraies et réelles de ton ardente charité. Toi, Verbe éternel, tu l'as aspergée de ton sang ; c'est elle la voie.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Traité sur les degrés d'humilité, ch. 1-2
« Pour aller où je vais, vous savez le chemin »
« Je suis la voie, la vérité et la vie. » La voie, c'est l'humilité, qui conduit à la vérité. L'humilité, c'est la peine ; la vérité est le fruit de la peine. Tu diras : d'où est-ce que je sais qu'il parle de l'humilité puisqu'il dit simplement : « Je suis la voie » ? C'est lui-même qui te répond quand il ajoute : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29). Il se propose donc comme exemple d'humilité et de douceur. Si tu l'imites, tu ne marcheras pas dans les ténèbres, mais tu auras la lumière de la vie (Jn 8,12). Qu'est-ce que la lumière de la vie sinon la vérité ? Elle illumine tout homme venant en ce monde (Jn 1,9) ; elle lui montre la vraie voie...
Je vois le chemin, c'est l'humilité ; je désire le fruit, c'est la vérité. Mais que faire si la route est trop difficile pour que je puisse arriver au but que je désire ? Écoutez sa réponse : « Je suis moi-même le chemin, c'est à dire le viatique qui te soutiendra le long de cette route ». À ceux qui se trompent et ne connaissent pas le chemin, il crie : « C'est moi qui suis la voie » ; à ceux qui doutent et ne croient pas : « C'est moi qui suis la vérité » ; à ceux qui montent déjà mais se fatiguent : « C'est moi qui suis la vie ». Écoutez encore ceci : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela — cette vérité secrète — aux sages et aux intelligents, c'est à dire aux orgueilleux, et de l'avoir révélé aux tout petits, c'est à dire aux humbles »  (Lc 10,21)...
Écoutez la vérité dire à ceux qui la cherchent : « Venez à moi, vous qui me désirez et vous serez rassasiés de mes fruits » (Eccl 24,19) et encore « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai » (Mt 11,28). Venez, dit-il. Où ? À moi, la vérité. Par où ? Par le chemin de l'humilité.


TEMPS DE PÂQUES V - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301), moniale bénédictine
Exercices IV, SC 127 (Œuvres spirituelles, trad. J. Hourlier et A. Schmitt, Éd. du Cerf, 1967, p. 125, rev.)
« Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit » (Jn 15,8)
Je supplie ta miséricorde immense, Père tout- puissant, miséricordieux, clément, bon, compatissant, qui l’emportes par ta bonté sur la malice (cf. Jl 2,13), pour moi, petit rameau desséché (cf. Ct 2,12 LXX), qui n’ai pas profité, hélas, hélas ! du temps de la taille, alors que tu me plantais en cette très sainte religion, mais qui ai passé dans une totale stérilité tout le temps de la vie ; je te supplie, au nom de cette bonté qui est innée en toi, au nom de ta très chère Mère, notre très glorieuse patronne la Vierge Marie (...) : daigne diriger aujourd'hui sur moi ton regard de miséricorde et de charité, afin, que, prenant toute ma force en toi, je reverdisse, et que, sanctifiée dans la vérité je refleurisse.
Donne-moi d’avoir le vrai culte de la sainte religion, d’être vraiment fidèle aux devoirs de la vie spirituelle ; et que pour toi qui m’aimes, je porte les fruits de toute vertu et de toute sainteté, afin qu’au moment de la vendange, je veux dire, au jour de ma mort, je sois trouvée dans la pleine maturité et la consommation de toute la perfection religieuse, en paraissant devant toi. Amen.
ou
Vénérable Pie XII, pape de 1939 à 1958
Encyclique « Mystici Corporis » Première partie § 2 (trad. Éditions universitaires)
Sans Moi, vous ne pouvez rien faire.
Dans le Christ, il a plu à Dieu de faire habiter toute la plénitude de l’être. (cf. Col 1, 19) Il est orné de tous les dons surnaturels qui accompagnent l’union hypostatique [= union dans le Christ de la nature divine et de la nature humaine] : car le Saint Esprit habite en lui avec une telle plénitude qu’on ne peut en concevoir de plus grande. Dieu lui a donné autorité sur toute chair. De lui dérivent dans le Corps de l’Église toute lumière par laquelle Dieu illumine les croyants, et toute grâce qui les rend saints comme lui-même est saint.
C’est lui qui infuse dans les fidèles la lumière de la foi ; lui qui enrichit divinement des dons surnaturels de science, d’intelligence et de sagesse ses pasteurs et ses docteurs, en premier lieu son vicaire sur la terre, afin qu’ils conservent fidèlement le trésor de la foi, qu’ils le défendent énergiquement, qu’ils l’expliquent et le soutiennent avec piété et diligence ; lui qui, enfin, bien qu’invisible, préside aux Conciles de l’Église et les guide par sa lumière.
Le Christ est l’auteur et l’artisan de la sainteté. Il ne peut y avoir aucun acte salutaire qui ne découle de lui, comme de sa source surnaturelle. « Sans moi, dit-il, Vous ne pouvez rien faire. »(cf. Jn 15, 5). Si à cause de nos péchés nous sommes touchés par le repentir et la pénitence, si nous nous tournons vers Dieu avec une crainte et une espérance filiales, c’est toujours grâce à lui que nous le faisons. La grâce et la gloire proviennent de son inépuisable plénitude.
Et quand les sacrements de l’Église sont administrés extérieurement, c’est lui qui en produit les effets dans les âmes. C’est encore lui qui, nourrissant de sa propre chair et de son sang les hommes rachetés, apaise en eux les mouvements violents et troubles de l’âme ; c’est lui qui augmente la grâce et prépare les âmes et les corps à atteindre la gloire.
Le Christ Notre Seigneur fait vivre l’Église de sa vie surnaturelle, pénètre tout ce Corps de sa vertu divine et il alimente, il entretient chaque membre selon la place qu’il occupe dans le Corps, à peu près de la même manière que la vigne nourrit les sarments qui lui sont attachés et les rend féconds. (cf. Jn 15, 4-6)
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
A Simple Path (trad. Un Chemin tout simple, Plon Mame 1995, p. 60 rev.)
« Demeurez en moi, comme moi en vous »
Aimez prier. Souvent dans la journée, essayez de ressentir le besoin de prier, et alors donnez-vous la peine de prier. La prière agrandit le cœur au point où il pourra contenir le don que Dieu nous fait de lui-même. « Demandez, cherchez » (Lc 11,9) et votre cœur s'élargira assez pour le recevoir.
La prière suivante, extraite du livre de prières de notre communauté, est choisie parmi celles que nous récitons chaque jour. Puisse-t-elle vous aider...
« Devenons tous des branches authentiques et riches en grappes de la vigne de Jésus, en l'accueillant dans nos vies comme il lui plaira d'y venir :
en tant que Vérité –- pour la dire ;
en tant que Vie –- pour la vivre ;
en tant que Lumière –- pour éclairer ;
en tant qu'Amour –- pour être aimé ;
en tant que Chemin –- pour le parcourir ;
en tant que Joie –- pour la donner ;
en tant que Paix –- pour la répandre ;
en tant que Sacrifice –- pour l'offrir,
dans nos familles et tout autour de nous. »
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Commentaire sur l'Évangile de Jean, 80, 1; 81, 1.3-4; CCL 36, 527-531.
« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments »
Dans le passage de l'Évangile où notre Seigneur dit qu'il est la vigne et ses disciples les sarments, il parle en tant que Tête de l'Église et nous ses membres (Ep 5, 25), en tant que « le médiateur entre Dieu et les hommes » (lTm 2, 5). En effet, la vigne et les sarments sont de même nature ; voilà pourquoi celui qui était Dieu, d'une autre nature que nous, s'est fait homme : afin qu'en lui la nature humaine soit comme une vigne dont nous pourrions être les sarments...
Il disait aux disciples : « Demeurez en moi, comme moi en vous. » Ils n'étaient pas en lui de la même manière que lui était en eux. Cette union réciproque ne lui procure aucun profit ; c'est pour eux qu'elle est un avantage. Les sarments sont étroitement unis à la vigne mais ne lui communiquent rien ; c'est d'elle qu'ils reçoivent le principe de leur vie. La vigne, au contraire, est unie aux sarments pour leur communiquer sa sève vivifiante, sans rien recevoir d'eux. C'est ainsi que le Christ demeure dans ses disciples...
Si le Christ n'avait pas été un homme, il n'aurait pas pu être la vigne ; cependant, s'il n'était pas également Dieu, il ne fournirait pas cette grâce aux sarments. Parce qu'on ne peut pas vivre sans cette grâce et parce que la mort est au pouvoir de notre libre arbitre, notre Seigneur ajoute : « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu'on a jeté dehors et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. » (Jn 15, 6) C'est pourquoi, si le bois de la vigne n'a plus de valeur lorsqu'il ne demeure pas uni à la vigne, il est d'autant plus glorieux quand il le demeure.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 58 sur le Cantique des cantiques
Porter du fruit en abondance
Je dois avertir chacun de vous à propos de sa vigne : qui en effet a jamais retranché en lui-même tout le superflu au point qu'il puisse penser ne plus rien avoir à tailler ? Croyez-moi, ce qui est taillé repousse : les mauvais penchants chassés reviennent et l'on voit se réveiller les tendances endormies. Il ne suffit donc pas de tailler sa vigne une seule fois, mais il faut s'y remettre souvent, et même si possible, sans arrêt. Car, si vous êtes sincères, c'est sans arrêt qu'on trouve en soi quelque chose à tailler... La vertu ne peut pas croître parmi les péchés ; pour qu'elle puisse se développer, il faut empêcher ceux-ci de prendre de l'ampleur. Supprime donc le superflu, alors ce qui est nécessaire pourra surgir.
Pour nous, frères, l'époque est toujours celle de la taille, celle-ci s'impose toujours. J'en suis sûr, en effet, nous sommes déjà sortis de l'hiver, de cette crainte sans amour qui nous introduit tous à la sagesse mais qui n'épanouit personne dans la perfection. Lorsque l'amour survient, il chasse cette crainte comme l'été chasse l'hiver... Que cessent donc les pluies de l'hiver, c'est-à-dire les larmes d'angoisse suscitées par le souvenir de vos péchés et la crainte du jugement... Si « l'hiver est passé », si « la pluie a cessé » (Ct 2,11)..., la douceur printanière de la grâce spirituelle nous indique que le moment est venu de tailler notre vigne. Que nous reste-t-il à faire, sinon nous engager tout entiers dans ce travail ?


TEMPS DE PÂQUES V - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église : Homélies sur St Jean, n° 65 (trad. cf. bréviaire 4e jeu. de Pâques)
« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres »
« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres »… Celui qui écoute ce commandement, ou plutôt qui y obéit, est renouvelé non par n'importe quel amour mais par celui que le Seigneur a précisé en ajoutant, afin de le distinguer de l’affection purement naturelle : « Comme je vous ai aimés »... « Tous les membres du corps ont souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est à l'honneur, tous les membres se réjouissent avec lui » (1Co 12, 25-26). Ils entendent, en effet, et ils observent cette parole : « Je vous donne un commandement nouveau, c'est de vous aimer les uns les autres », non pas comme font les débauchés, ni ceux qui s'aiment simplement parce qu'ils ont une même nature, mais comme s'aiment ceux qui sont tous « des dieux » (Jn 10, 35) et « les fils du Très-Haut » (Lc 6, 35), pour devenir ainsi les frères de son Fils unique. Ceux-là s'aiment les uns les autres parce que lui-même les a aimés, pour les conduire à la fin qui les comblera, là où leur désir pourra se rassasier de tous les biens. En effet, tous les désirs seront comblés lorsque Dieu sera « tout en tous » (1Co 15, 28)…
Celui qui aime son prochain d’un amour pur et spirituel, qu’aimera-t-il en lui si ce n’est Dieu ? C’est cet amour que le Seigneur veut séparer de l’affection purement naturelle lorsqu’il ajoute : « Comme je vous ai aimés ». Qu’est-ce qu’il a aimé en nous, si ce n’est Dieu ? Non pas Dieu tel que nous le possédons déjà mais tel qu’il veut que nous le possédions là où « Dieu sera tout en tous ». Le médecin aime ses malades à cause de la santé qu’il veut leur donner, non à cause de la maladie. « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». C'est pour cela qu'il nous a aimés : afin qu'à notre tour nous nous aimions les uns les autres.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
A Simple Path, p. 80 (trad. Un Chemin tout simple, Plon Mame 1995, p. 83 rev.)
« Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres »
Je dis toujours que l'amour commence à la maison : d'abord dans votre famille et ensuite dans votre ville. C'est facile de prétendre aimer les gens qui sont très loin, mais beaucoup moins facile d'aimer ceux qui vivent avec nous ou tout près de nous. Je me méfie des grands projets impersonnels : l'amour doit commencer par une personne. Pour parvenir à aimer quelqu'un, il faut le rencontrer, se rendre proche de lui. Tout le monde a besoin d'amour. Tous les êtres humains ont besoin de savoir qu'ils comptent pour les autres et qu'ils ont une valeur inestimable aux yeux de Dieu.
Jésus a dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il a dit aussi : « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40). Donc c'est lui que nous aimons dans chaque pauvre. Il a dit : « J'avais faim et vous m'avez donné à manger ; j'étais nu et vous m'avez habillé » (Mt 25,35). Je rappelle toujours à mes sœurs et à nos frères que notre journée est faite de vingt-quatre heures avec Jésus.


TEMPS DE PÂQUES V - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Hymnes 52, SC 196 (Hymnes III ; trad. J. Paramelle et L. Neyrand, éd du Cerf, 2003 ; p. 203-205 ; rev.)
« Mon Père l’aimera et nous ferons chez lui une demeure »
Quand, Paul te dit : « Dieu, qui jadis a dit à la lumière de briller du sein des ténèbres, lui qui a brillé en moi… » (cf. 2 Co 4,6), quel autre Dieu, dis-moi, t’invite-t-il à concevoir sinon celui-là même qui habite la lumière insoutenable et que jamais encore, nul absolument des hommes n’a vu. Car c’est lui qui, suressentiel et incréé auparavant, a pris chair et s’est montré à moi comme créature en me divinisant totalement, moi qu’il a assumé de façon merveilleuse. (…)
Donc ceux qui ont reçu Dieu grâce aux œuvres de la foi et ont mérité le nom de dieux, engendrés par l’Esprit, oui, lui-même, ils le voient, lui leur Père qui ne cesse d’habiter la lumière inaccessible ; ils l’ont en eux-mêmes, habitant à demeure, et eux-mêmes habitent en lui, l’absolument inaccessible.
Voilà la foi véritable, voilà l’œuvre de Dieu, voilà le sceau des chrétiens, voilà la communion avec Dieu, voilà la participation, voilà les arrhes divines, voilà en quoi consiste la vie, voilà le Royaume, voilà le vêtement, la robe du Seigneur que les baptisés revêtent par la foi, et non pas à leur insu, je te le dis, ni inconsciemment, mais grâce à la foi, sciemment et consciemment. (…)
Une fois tout entier devenu tel que je viens de le dire, alors viens et tiens-toi avec nous, ô mon frère, sur la montagne de la connaissance divine, de la contemplation divine, et ensemble nous entendrons la voix du Père !
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Le Héraut, Livre I ; SC 139 (Œuvres spirituelles, trad. P. Doyère, Éd. du Cerf, 1968, p. 147-149, rev.)
« Chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14,23)
Saint Bernard dit dans ses écrits : « J’estime que l’âme élue est non seulement céleste par son origine, mais que ce n’est pas sans raison qu’on peut l’appeler un ciel, par analogie, car notre vie se voit dans les cieux (Ph 3,20). Aussi La Sagesse dit : « L’âme du juste est la demeure de la sagesse » (cf. Pr 14,33 LXX), et encore : « Le ciel est mon trône. » (Is 66,1) Or, celui qui sait que Dieu est esprit n’hésitera pas à lui assigner une demeure spirituelle. J’en vois la confirmation certaine dans cette promesse de Celui qui est Vérité : « Mon Père et moi, nous viendrons à lui, c'est-à-dire au juste, et nous fixerons en lui notre demeure. » (Jn 14,23) Et je pense que le Prophète n’entendait pas autre chose lorsqu’il disait : « Tu habites dans le Saint, gloire d’Israël. » (Ps 21,4 LXX) Et l’Apôtre dit clairement que « le Christ habite par la foi dans nos cœurs » (Ep 3,17).
Mais c’est de loin que mon désir se tourne vers ces âmes saintes dont il est dit : « J’habiterai en eux et j’y marcherai » (2Co 6,16) Oh ! que cette âme est grande ! Oh ! quel privilège est accordé à ses mérites de posséder en soi la présence divine et d’être trouvée digne de l’accueillir et capable de la contenir, même d’être élargie aux dimensions où puisse se mouvoir son action majestueuse. Cette croissance en a fait le temple saint du Seigneur (Ep 2,21), une croissance, dis-je, dans la mesure de la charité qui est la dimension de l’âme.
Donc, l’âme sainte est un ciel, qui a pour soleil l’intelligence, pour lune la foi, pour étoiles les vertus, ou encore assurément pour soleil la justice ou le zèle d’une fervente charité, et pour lune la chasteté. Il n’est point étonnant que le Seigneur Jésus choisisse d’habiter ce ciel pour lequel il ne s’est pas contenté, comme pour la création des cieux matériels, de dire simplement qu’il soit, mais il a lutté pour le conquérir, il est mort pour le racheter. Aussi, l’œuvre achevée, et satisfait dans son désir, il a dit : « Ici est mon repos à tout jamais, ici j’aurai ma demeure. » (cf. Ps 131,14)
ou
Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Hymne 21 ; SC 174 (trad. SC p. 139 rev.)
« L’Esprit Saint que mon Père enverra en mon nom vous enseignera tout »
Ceux qui ont l’Esprit pour maître
n’ont pas besoin de la connaissance qui vient des hommes
mais, éclairés par la lumière de cet Esprit,
ils regardent le Fils, ils voient le Père
et adorent la Trinité des Personnes,
le Dieu unique, qui par nature est un de manière inexprimable…
Arrête, homme ; tremble, toi qui es de nature mortelle,
et songe que tu as été tiré du néant
et qu’en sortant du ventre de ta mère
tu as vu le monde qui avait été fait avant toi.
Et si tu pouvais connaître la hauteur du ciel
ou indiquer quelle est la nature
du soleil, de la lune et des étoiles,
où ils demeurent fixés et comment ils se déplacent…,
ou même la nature de la terre d’où tu as été tiré,
ses limites et ses mesures, sa largeur et sa grandeur…,
si tu avais découvert le but de chaque chose
et si tu avais compté le sable de la mer
et si aussi tu pouvais connaître ta propre nature…,
alors tu pourrais songer à ton créateur,
comment dans la Trinité l’unité demeure sans mélange
et dans l’Unité, la Trinité sans division.
Recherche l’Esprit !…
Peut-être que Dieu te consolera et te donnera,
comme il t’a donné déjà de voir le monde
et le soleil et la lumière du jour,
oui, il daignera t’illuminer maintenant de la même façon…,
t’illuminer de la lumière du Triple Soleil…
Tu apprendras alors la grâce de l’Esprit :
que, même absent, il est présent par sa puissance
et que, présent, on ne le voit pas à cause de sa nature divine,
et qu’il est partout et nulle part.
Si tu cherches à le voir d’une manière sensible,
où le trouverais-tu ? Nulle part, diras-tu simplement.
Mais si tu as la force de le regarder spirituellement,
c’est plutôt lui qui éclairera ton esprit
et ouvrira les yeux de ton cœur.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur les évangiles, n°30, 3.5 (trad. cf Le Barroux)
« L'Esprit Saint vous enseignera tout ; il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit »
Le Seigneur promet à juste titre que l'Esprit « vous enseignera tout ». Car si cet Esprit ne touche pas le cœur de ceux qui écoutent, vaine est la parole de ceux qui enseignent. Que personne n'attribue donc à celui qui enseigne ce que la bouche de cet enseignant lui fait comprendre : s'il n'y a pas quelqu'un pour nous enseigner au-dedans, la langue de l'enseignant travaille dans le vide.
Tous ici, vous entendez ma voix de la même manière ; et cependant vous ne saisissez pas de la même façon ce que vous entendez... C'est-à-dire que la voix n'instruit pas si l'âme ne reçoit pas l'onction de l'Esprit. La parole du prédicateur est vaine si elle n'est pas capable d'allumer le feu de l'amour dans les cœurs. Les disciples qui disaient : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous tandis qu'il nous parlait en chemin, et qu'il nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24,32), avaient reçu ce feu de la bouche même de la Vérité. Lorsqu'on entend une telle parole, le cœur s'échauffe, sa torpeur froide le quitte, l'esprit ne connaît plus de repos et se prend à désirer les biens du Royaume des cieux. L'amour véritable qui le remplit lui arrache des larmes... Comme il est heureux d'entendre cet enseignement qui vient d'en-haut et ces commandements qui deviennent en nous comme une torche qui nous enflamme...de l'amour intérieur. La parole parvient à notre oreille, et notre esprit transformé se consume d'une douce flamme intérieure.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur les évangiles, n°30 (trad. Véricel, L'Évangile commenté, p. 309)
« Nous irons demeurer auprès de lui »
« Mon Père l'aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » Songez-y, frères très aimés, quelle fête que de recevoir Dieu dans la demeure de notre cœur ! Si un ami riche et puissant voulait entrer chez vous, la maison entière serait évidemment nettoyée, pour que rien ne puisse choquer son regard lorsqu'il entrerait. Que celui qui prépare pour Dieu la demeure de son âme nettoie les saletés de ses mauvaises actions.
Remarquez bien ce que dit la Vérité : « Nous viendrons et nous ferons chez lui notre demeure ». Car il peut passer dans le cœur de certains sans y faire sa demeure. Quand ils ont du remords, ils voient bien le regard de Dieu ; mais quand vient la tentation, ils oublient l'objet de leur repentir précédent et retombent dans leurs péchés, comme s'ils ne les avaient jamais pleurés. Au contraire, dans le cœur de celui qui aime véritablement Dieu, qui observe ses commandements, le Seigneur vient et établit sa demeure, car l'amour de Dieu le remplit tellement qu'il ne s'écarte pas de cet amour au moment de la tentation. C'est donc celui dont l'âme n'accepte pas d'être dominée par un plaisir mauvais qui aime véritablement Dieu... D'où cette précision : « Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles ». Examinez-vous soigneusement vous-mêmes, frères très aimés ; demandez-vous si vous aimez vraiment Dieu. Mais ne vous fiez pas à la réponse de votre cœur sans la comparer à vos actes.
ou
Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier : Les Noces spirituelles, III (trad. Louf, Bellefontaine 1993, p. 214 rev.)
« L’Esprit Saint vous enseignera tout »
La vie de contemplation est la vie du ciel… Grâce à l'amour d’union avec Dieu en effet, l'homme passe au-delà de son être de créature, pour découvrir et savourer l'opulence et les délices que Dieu est lui-même et qu'il laisse couler sans cesse au plus caché de l'esprit humain, là où celui-ci est semblable à la noblesse de Dieu. Lorsque l'homme recueilli et contemplatif a ainsi rejoint son image éternelle, et lorsque, dans cette limpidité, grâce au Fils, il a trouvé sa place dans le sein du Père, il est éclairé par la vérité divine…
Car il faut savoir que le Père céleste, abîme vivant, est tourné, par des œuvres, avec tout ce qui vit en lui, vers son Fils, comme vers son éternelle Sagesse (Pr 8, 22s) ; et cette même Sagesse, avec tout ce qui vit en elle, se réfléchit, par des œuvres, dans le Père, c'est-à-dire dans l’abîme dont elle est sortie. De cette rencontre jaillit la troisième Personne, celle qui se tient entre le Père et le Fils, c'est-à-dire le Saint Esprit, leur commun amour, qui est un avec les deux dans la même nature. Cet amour embrasse et traverse avec jouissance le Père, le Fils et tout ce qui vit en eux, et cela avec une telle opulence et une telle joie que toutes les créatures en sont réduites à un silence éternel. Car la merveille insaisissable, cachée en cet amour, dépassera éternellement la compréhension de toute créature.
Lorsque nous reconnaissons cette merveille et la savourons sans étonnement, c'est que notre esprit se trouve au-delà de lui-même et qu'il est un avec l'Esprit de Dieu, savourant et regardant sans mesure, comme Dieu savoure et regarde sa propre richesse dans l'unité de sa profondeur vivante, selon son mode incréé... Cette délicieuse rencontre, qui a lieu en nous selon le mode de Dieu, est sans cesse renouvelée… Car de même que le Père regarde sans cesse toutes les choses comme nouvelles dans la naissance de son Fils, elles sont aussi aimées d'une façon nouvelle par le Père et par le Fils dans le jaillissement du Saint Esprit. Voilà la rencontre du Père et du Fils en laquelle nous sommes amoureusement étreints, grâce au Saint Esprit, dans un amour éternel.
ou
Saint Josémaria Escriva de Balaguer (1902-1975), prêtre, fondateur
Homélie du 26/03/1967 in Es Cristo que pasa  (trad. Quand le Christ passe, Le Laurier 1989, p. 192)
« Mon Père l'aimera, nous viendrons vers lui et nous ferons une demeure chez lui »
Le Christ demeure dans son Église : dans ses sacrements, dans sa liturgie, dans sa prédication, dans toute son activité. D'une manière spéciale, le Christ demeure présent parmi nous dans le don quotidien de la sainte eucharistie. C'est pourquoi la messe est le centre et la racine de la vie chrétienne. Dans toute messe il y a toujours le Christ total, Tête et Corps (Ep 1,22-23). « Par lui, avec lui et en lui. » Car le Christ est le Chemin, le Médiateur : en lui nous trouvons tout ; hors de lui notre vie est vide...
Le Christ vit dans le chrétien. La foi nous dit que l'homme en état de grâce est divinisé. Nous sommes des hommes et des femmes, non des anges, des êtres en chair et en os, avec un cœur et des passions, des tristesses et des joies, mais la divinisation s'accomplit dans l'homme tout entier, comme une anticipation de la résurrection glorieuse. « Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. De même en effet que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ » (1Co 15,20-22.
La vie du Christ est notre vie, selon ce qu'il a promis à ses apôtres, le jour de la dernière Cène : « Si quelqu'un m'aime il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure ». Le chrétien doit, par conséquent, vivre selon la vie du Christ, en faisant siens les sentiments du Christ, de manière à pouvoir s'écrier avec saint Paul : « Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20.
ou
Nicolas Cabasilas (v. 1320-1363), théologien laïc grec, saint des Églises orthodoxes
La Vie en Christ, IV, 6-8 (trad. cf SC 355, p. 267)
« Si quelqu'un m'aime..., mon Père l'aimera, nous irons demeurer auprès de lui »
La promesse liée à la table eucharistique nous fait habiter dans le Christ et le Christ en nous, car il est écrit : « Il demeure en moi et moi en lui » (Jn 6,56). Si le Christ demeure en nous, de quoi aurions-nous besoin ? Qu'est-ce qui pourrait nous manquer ? Si nous demeurons en Christ, que pouvons-nous désirer de plus ? Il est à la fois notre hôte et notre demeure. Heureux sommes-nous d'être son habitation ! Quelle joie d'être nous-mêmes la demeure d'un tel hôte ! Quel bien pourrait manquer à ceux qu'il traite ainsi ? Qu'est-ce qu'ils auraient en commun avec le mal, ceux qui resplendissent d'une telle lumière ? Quel mal pourrait résister à tant de bien ? Plus rien d'autre ne peut demeurer en nous ou venir nous assaillir quand le Christ s'unit à nous ainsi. Il nous entoure et pénètre le plus profond de nous-mêmes ; il est notre protection, notre refuge ; il nous enserre de tous côtés. Il est notre demeure, et il est l'hôte qui emplit toute sa demeure.
Car nous ne recevons pas une partie de lui mais lui-même, non pas un rayon de lumière mais le soleil..., au point de ne former avec lui qu'un seul esprit (1Co 6,17)... Notre âme est unie à son âme, notre corps à son corps et notre sang à son sang... Comme le dit saint Paul : « Notre être mortel est absorbé par la vie » (2Co 5,4) et « Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20).
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Der Gott Jesu Christi (trad. Le Dieu de Jésus Christ, Fayard 1977, p. 116)
« Le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom »
À la différence des mots « Père » et « Fils », le nom de l'Esprit Saint, la troisième personne divine, n'est pas l'expression d'une spécificité ; il désigne au contraire ce qui est commun à Dieu. Or c'est justement là qu'apparaît ce qui est « propre » à la troisième personne : elle est « ce qui est en commun », l'unité du Père et du Fils, l'Unité en personne. Le Père et le Fils sont un dans la mesure où ils vont au-delà d'eux-mêmes ; ils sont un dans cette troisième personne, dans la fécondité du don. De telles affirmations ne pourront jamais être autre chose que des approches ; nous ne pouvons reconnaître l'Esprit que dans ses effets. Par conséquent l'Écriture ne décrit jamais l'Esprit Saint en soi ; elle ne parle que de la manière dont il vient vers l'homme et dont il se différencie des autres esprits...
Jude Thaddée demande : « Seigneur, comment se peut-il que tu veuilles te manifester à nous et non pas au monde ? » La réponse de Jésus semble passer à côté de la question : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure. » En vérité, c'est la réponse exacte à la question du disciple et à notre question sur l'Esprit. On ne peut exposer l'Esprit de Dieu comme une marchandise. Seul peut le voir celui qui le porte en lui. Voir et venir, voir et demeurer, vont ici ensemble et sont indissociables. L'Esprit Saint demeure dans la parole de Jésus et l'on n'obtient pas la parole par des discours, mais par la constance, par la vie.
ou
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
La Montée du Carmel, livre 2, ch. 22
« La parole que vous entendez n'est pas à moi : elle est du Père, qui m'a envoyé »
La raison principale pour laquelle sous la Loi ancienne il était permis d'interroger Dieu et qu'il convenait aux prophètes et aux prêtres de désirer des visions et des révélations divines, c'est que la foi n'était pas encore fondée, ni la Loi évangélique promulguée... Mais maintenant..., il n'y a plus lieu d'interroger Dieu de cette manière, pour qu'il parle et réponde comme autrefois. Car en nous donnant son Fils comme il l'a fait, son Fils qui est son unique Parole (Jn 1,1) car il n'en a pas d'autre, Dieu nous a tout dit en une fois et par cette seule Parole : il n'a plus rien à dire. C'est le sens du passage où saint Paul dit aux Hébreux... : « Dieu a parlé à nos pères par les prophètes, souvent et de bien des manières ; dans les derniers temps, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par le Fils » (He 1,1)...
Voilà pourquoi celui qui voudrait interroger Dieu maintenant ou demander des visions ou des révélations non seulement ferait une sottise mais offenserait Dieu, parce qu'il cesserait de fixer les yeux sur le Christ et voudrait quelque chose d'autre ou de nouveau. Dieu pourrait lui répondre : « Puisque je t'ai dit tout ce que j'avais à dire par la Parole qui est mon Fils, il ne me reste plus rien à te révéler ou à te répondre. Fixe les yeux sur lui seul, car en lui j'ai tout déposé, en lui j'ai tout dit, tout révélé ; en lui tu trouveras bien plus que tout ce que tu peux désirer et demander... Depuis le jour où je suis descendu sur lui avec mon Esprit au mont Thabor, en disant : ' Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour : écoutez-le ' (Mt 17,5), j'ai mis fin à tout autre enseignement, à toute autre réponse... Écoutez-le, parce que je n'ai plus rien à révéler, plus rien à manifester. Si j'ai parlé autrefois, c'était pour vous promettre le Christ. Quand on m'adressait des questions, elles concernaient l'espérance du Christ, en qui vous trouverez tout bien, comme le proclame maintenant la doctrine exposée par les évangélistes et les apôtres ».


TEMPS DE PÂQUES V - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Le repaire des lions (La Colombe et la Ténèbre, trad. Canévet, éd. du Cerf, 1992 ; p. 103-105)
« Je vous laisse la paix. Que votre cœur ne soit pas effrayé. »
[« Viens du Liban, mon Épouse, viens du Liban, tu viendras, tu parviendras à partir des commencements de la foi, des cimes de Sanir et de l’Hermon » (Ct 4,8 trad. LXX utilisé par G. de Nysse).] C’est à juste titre que le Verbe fait mention des lions et des léopards, afin de rendre plus douce, par comparaison avec des choses déplaisantes, la jouissance de ce qui charme. (…) L’homme, ayant perdu autrefois la ressemblance de Dieu, a été changé en bête sauvage à l’imitation de la nature animale et est devenu léopard et lion par sa vie de péché. (…)
La vie dans la paix devient plus douce après une guerre, et les sombres récits la rendent délicieuse. La santé est un bien plus doux aux sens de notre corps quand, au sortir des horreurs de la maladie, notre nature se rétablit. De même le divin Époux, pour faire croître dans l’âme qui monte vers lui l’intensité et la plénitude de la joie que lui donnent les biens, ne se contente pas de montrer à son Épouse sa propre beauté, mais il lui rappelle l’horrible forme des bêtes, afin qu’elle fasse davantage ses délices des beautés présentes, en faisant la comparaison avec ce contre quoi elle les a échangées.
Peut-être aussi le Verbe prépare-t-il providentiellement quelque autre grâce pour son Épouse. Il veut en effet que, bien que par nature sujets au changement, nous ne glissions pas vers le mal par la faute de notre nature changeante, mais que par un progrès continuel vers la perfection nous nous aidions de cette disposition au changement pour monter vers les biens supérieurs et qu’ainsi le caractère changeant de notre nature nous rende impossible le changement en mal. C’est pourquoi le Verbe, en pédagogue et en gardien, pour nous éloigner du mal, nous rappelle les bêtes qui nous ont un jour dominés, afin que, nous détournant du mal, nous réalisions notre stabilité et notre immobilité dans le bien et, ne cessant de changer en bien, nous ne changions pas en mal.
ou
Bienheureux Columba Marmion (1958-1923), abbé
L'union à Dieu dans le Christ d'après les lettres de direction de Dom Marmion (Dom R. Thibaut, Eds DDB, p. 13, rev.)
La source de la paix
Je désire beaucoup que vous puissiez acquérir le calme et la paix. Le meilleur moyen d'acquérir ce calme est une résignation absolue à la sainte Volonté de Dieu  : c'est là la région de la paix... Tâchez de ne rien désirer, de n'attacher votre cœur à rien sans l'avoir auparavant présenté à Dieu et placé dans le Sacré Cœur de Jésus, afin de le vouloir en Lui et avec Lui.
Une des principales raisons pour lesquelles nous perdons la paix de l'âme est que nous désirons quelque chose, que nous attachons notre cœur à quelque objet, sans savoir si Dieu le veut ou non  ; et alors, quand un obstacle s'oppose à nos désirs, nous nous troublons, nous sortons de la conformité à la sainte Volonté, et nous perdons la paix.
ou
Cardinal Joseph Ratzinger [Pape Benoît XVI]
Meditationen zur Karwoche, 1969 (trad. Un seul Seigneur, Mame 1971, p. 117)
« Je m'en vais, et je reviens vers vous »
L'évangéliste Jean fait remonter les deux sacrements [du baptême et de l'eucharistie] à la croix : il les voit jaillir du côté ouvert du Seigneur (19,34) et y découvre l'accomplissement d'une parole de Jésus dans son discours d'adieu : « Je m'en vais et je reviens vers vous » (grec). « En partant, je viens ; oui, mon départ –- la mort sur la croix –- est aussi ma venue. »
Tant que nous sommes en vie, notre corps n'est pas seulement le pont qui nous relie les uns aux autres, il est aussi la barrière qui nous sépare, nous enferme dans le réduit infranchissable de notre moi... Son côté ouvert devient le symbole de la nouvelle ouverture que le Seigneur s'est acquise dans la mort. Désormais, la barrière de son corps est enlevée : le sang et l'eau coulent de son flanc à travers l'histoire en un immense flot ; en tant que Ressuscité, il est l'espace ouvert qui nous convie tous.
Son retour n'est pas un événement lointain situé à la fin des temps : il a déjà commencé à l'heure de sa mort où, tout en partant, il est venu de façon toute nouvelle au milieu de nous. Ainsi, dans la mort du Seigneur, s'est accomplie la destinée du grain de blé : s'il n'est pas enfoui en terre, il reste seul, mais s'il tombe en terre et meurt, il porte du fruit au centuple (Jn 12,24). Tous nous vivons encore du fruit de ce grain de blé qui est mort. Dans le pain de l'eucharistie, nous recevons l'inépuisable multiplication des pains de l'amour de Jésus Christ, assez riche pour rassasier la faim de tous les siècles.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Discorsi, V, p. 210
« C'est ma paix que je vous donne »
Ô Prince de la paix, Jésus ressuscité, regarde avec bienveillance l'humanité entière. De toi seul, elle attend aide et secours. Comme au temps de ta vie terrestre, toujours tu préfères les petits, les humbles, ceux qui souffrent. Tu vas toujours au-devant des pécheurs. Fais que tous t'invoquent et te trouvent, pour avoir en toi la voie, la vérité et la vie (Jn 14,6). Accorde-nous ta paix, Agneau immolé pour notre salut (Ap 5,6 ; Jn 1,29) : « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, donne-nous la paix ! »
Voici, Jésus, notre prière : Éloigne du cœur des hommes tout ce qui peut compromettre leur paix, confirme-les dans la vérité, dans la justice et dans l'amour fraternel. Éclaire les dirigeants ; que leurs efforts, en vue du bien-être des peuples, soient unis à l'effort en vue de leur assurer la paix. Enflamme la volonté de tous afin de renverser les barrières qui divisent, afin de renforcer les liens de la charité. Enflamme la volonté de tous afin que tous soient prêts à comprendre, à compatir, à pardonner, afin que tous soient unis dans ton nom, et que triomphe dans les cœurs, les familles, le monde entier, la paix, ta paix.
ou
Imitation de Jésus Christ (traité spirituel du 15ème siècle) Livre 1, ch.11
« C’est ma paix que je vous donne »
Nous pourrions jouir d’une grande paix si nous ne voulions pas nous mêler de ce que disent et de ce que font les autres, et de ce qui ne nous regarde pas. Comment demeurer longtemps en paix quand on se mêle des affaires d'autrui, quand on cherche des occupations au-dehors, quand on ne se recueille que très peu ou très rarement ? Bienheureux les simples, parce qu'ils possèderont une grande paix ! Pourquoi certains saints ont-ils été si parfaits et contemplatifs ? Parce qu'ils se sont appliqués à faire mourir tous leurs désirs terrestres ; ainsi, ils ont pu s'attacher à Dieu de tout leur cœur, et vaquer librement à leur vie spirituelle. Mais nous sommes trop envahis par nos désirs ; nous nous soucions trop de ce qui passe... Il est rare que nous venions à bout d’un seul défaut ; le souci du progrès quotidien ne nous enflamme pas, et ainsi, nous restons froids ou tièdes.
Si nous étions parfaitement morts à nous-mêmes, sans nos préoccupations intérieures, nous aussi nous pourrions goûter les choses divines, avoir quelque expérience de contemplation. Le plus grand obstacle, l'unique obstacle, c’est que nous sommes trop attachés à nos passions et nos désirs pour entrer dans la voie parfaite des saints. Quand il nous arrive la moindre contrariété, nous nous laissons trop vite abattre et nous nous tournons vers les consolations humaines. Si nous nous efforcions, comme des hommes vaillants, de tenir ferme dans le combat, nous recevrions certainement le secours de Dieu car il est toujours prêt à aider ceux qui luttent en comptant sur sa grâce… Oh ! Si tu savais quelle paix viendrait ainsi en toi, quelle joie rayonnerait sur les autres, combien serais-tu plus soucieux de ton avancement spirituel.
ou
Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Encyclique « Pacem in Terris » § 164-171 (trad. © Libreria Editrice Vaticana rev.)
« C'est ma paix que je vous donne »
À tout croyant, il revient d'être, dans le monde d'aujourd'hui, une étincelle lumineuse, un foyer d'amour et un ferment pour toute la masse (Mt 5,14; 13,33). Chacun le sera dans la mesure de son union à Dieu. De fait, la paix ne saurait régner entre les hommes si elle ne règne d'abord en chacun d'eux, c'est-à-dire si chacun n'observe en lui-même l'ordre voulu par Dieu. (...) Il s'agit là, en fait, d'une entreprise trop sublime et trop élevée pour que sa réalisation soit au pouvoir de l'homme laissé à ses seules forces, fût-il par ailleurs animé de la plus louable bonne volonté. Pour que la société humaine présente avec la plus parfaite fidélité l'image du Royaume de Dieu, le secours d'en haut est absolument nécessaire. (...)
Par sa Passion et par sa mort, le Christ a vaincu le péché, source première de toutes les discordes, détresses et inégalités (…). « C'est lui qui est notre paix (...). – Il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin, et paix pour ceux qui étaient proches » (Ep 2,14s). Et c'est ce même message que nous fait entendre la liturgie de ces saints jours de Pâques : « Jésus, notre Seigneur ressuscité, se tint au milieu de ses disciples et leur dit : La paix soit avec vous, alléluia. Et les disciples, ayant vu le Seigneur, furent remplis de joie » (cf Jn 20,19s). Le Christ nous a apporté la paix, nous a laissé la paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. »
C'est cette paix apportée par le Rédempteur que nous lui demandons avec insistance dans nos prières. Qu'il bannisse des âmes ce qui peut mettre la paix en danger, et qu'il transforme tous les hommes en témoins de vérité, de justice et d'amour fraternel. Qu'il éclaire ceux qui président aux destinées des peuples (…). Que le Christ enflamme le cœur de tous les hommes et leur fasse renverser les barrières qui divisent, resserrer les liens de l'amour mutuel, montrer de la compréhension à l'égard des autres et pardonner à ceux qui leur ont fait du tort. Et qu'ainsi, grâce à lui, tous les peuples de la terre forment entre eux une véritable communauté fraternelle, et que parmi eux ne cesse de fleurir et de régner la paix tant désirée.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 23, pour le dimanche après l'Ascension
« C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne »
Dans l'épreuve, l'homme qui ne veut et ne désire sincèrement que Dieu doit se réfugier en lui et attendre en toute patience que le calme soit revenu... Qui sait où et comment il plaira à Dieu de revenir et de le combler de ses dons ? Quant à toi, tiens-toi patiemment à l'abri de la volonté divine ; cela vaut cent fois mieux que les élans d'une vertu brillante... Car les dons de Dieu ne sont pas Dieu lui-même, et on ne doit jouir que de lui, et non de ses dons. Mais notre nature est si avide, si repliée sur elle-même, qu'elle s'insinue partout, s'emparant de ce qui n'est pas à elle, souillant ainsi les dons de Dieu, et empêchant le noble travail de Dieu...
Toi donc, plonge-toi dans le Christ, dans sa pauvreté et sa pureté, dans son obéissance, son amour et toutes ses vertus. C'est en lui que sont donnés à l'homme les dons de l'Esprit Saint, la foi, l'espérance et la charité, la vérité, la joie et la paix intérieures, dans le Saint Esprit. En lui encore se trouve l'abandon et la douce patience, où l'on reçoit toute chose de Dieu d'un cœur égal.
Tout ce que Dieu permet et décrète, prospérité et adversité, joie ou douleur, tout doit concourir au bien de l'homme (Rm 8,28). La plus petite chose qui arrive à l'homme est vue éternellement de Dieu, elle préexiste en lui, elle arrive comme il l'a voulu, et non pas autrement. Soyons donc en paix ! Cette paix en toute chose, on ne l'apprend que dans le vrai détachement et la vie intérieure... Telle est la part de l'homme noble lorsqu'il est solidement fixé dans le repos de l'âme en Dieu, dans le désir de Dieu seul, qui éclaire toute chose ; tout cela est purifié en passant par le Christ.
ou
Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968), capucin
AdFP, 549 (trad. Une pensée, Mediaspaul 1991, p. 103)
« C'est ma paix que je vous donne »
L'Esprit de Dieu est esprit de paix ; même lors de nos manquements les plus graves, il nous fait ressentir une douleur tranquille, humble et confiante, due précisément à sa miséricorde. Au contraire, l'esprit du mal excite, exaspère, et nous fait éprouver, lors de nos manquements, une sorte de colère contre nous ; et pourtant c'est bien envers nous-mêmes que nous devrions exercer la première des charités. Donc, quand tu es tourmentée par certaines pensées, cette agitation ne provient jamais de Dieu, mais du démon ; car Dieu étant esprit de paix, c'est la sérénité qu'il te donne.
ou
Saint Colomban (563-615), moine, fondateur de monastères
Instruction 11, 1-4 ; PL 80, 250-252 (trad. Orval)
« C'est ma paix que je vous donne »
Moïse a écrit dans la Loi : « Dieu fit l'homme à son image et à sa ressemblance » (Gn 1,26)... À nous donc de refléter pour notre Dieu, pour notre Père, l'image de sa sainteté... Ne soyons pas les peintres d'une image étrangère... Et pour que nous n'introduisions pas en nous l'image de l'orgueil, laissons le Christ peindre en nous son image. Il l'a peinte lorsqu'il a dit : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix ».
Mais à quoi nous sert-il de savoir que cette paix est bonne, si nous ne veillons pas sur elle ? Ce qui est très bon est habituellement très fragile ; et les biens précieux réclament de plus grands soins et une garde plus vigilante. Très fragile est la paix qui peut être perdue par une parole légère ou une petite blessure faite à un frère. Or, rien ne plaît davantage aux hommes que de parler hors de propos et de s'occuper de ce qui ne les regarde pas, de proférer de vains discours et de critiquer les absents. Dès lors, que ceux qui ne peuvent pas dire : « Le Seigneur m'a donné la langue d'un disciple pour que je sache réconforter par la parole celui qui est abattu » (Is 50,4), que ceux-là se taisent ou, s'ils disent un mot, que ce soit un mot de paix... « La plénitude de la loi, c'est l'amour » (Rm 13,8). Que daigne nous l'inspirer notre bon Seigneur et Sauveur Jésus Christ, l'auteur de la paix et le Dieu de l'amour.
ou
Saint Jean-Paul II
Message pour la Journée mondiale de la Paix 2002, § 14-15
« C'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne »
La prière pour la paix n'est pas un élément qui « vient après » l'engagement en faveur de la paix. Au contraire, elle est au cœur de l'effort pour l'édification d'une paix dans l'ordre, la justice et la liberté. Prier pour la paix veut dire ouvrir le cœur humain à l'irruption de la puissance rénovatrice de Dieu. Par la force vivifiante de sa grâce, Dieu peut créer des ouvertures vers la paix là où il semble qu'il n'y ait qu'obstacles et repli sur soi... Prier pour la paix signifie prier pour la justice...
Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon : voilà ce que je veux annoncer aux croyants et aux non-croyants, aux hommes et aux femmes de bonne volonté, qui ont à cœur le bien de la famille humaine et son avenir. Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon : voilà ce que je veux rappeler à ceux qui ont entre leurs mains le sort des communautés humaines, afin qu'ils se laissent toujours guider, dans les choix graves et difficiles qu'ils doivent faire, par la lumière du bien véritable de l'homme, dans la perspective du bien commun. Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon : je ne me lasserai pas de répéter cet avertissement à ceux qui, pour un motif ou un autre, nourrissent en eux la haine, des désirs de vengeance, des instincts destructeurs.
En cette Journée de la Paix, que s'élève du cœur de tout croyant une prière plus intense pour toutes les victimes du terrorisme, pour leurs familles tragiquement frappées, et pour tous les peuples qui continuent à être meurtris et bouleversés par le terrorisme et la guerre ! Que ne soient pas exclus du rayon de lumière de notre prière ceux-là mêmes qui offensent gravement Dieu et l'homme par ces actes impitoyables : qu'il leur soit accordé de rentrer en eux-mêmes et de se rendre compte du mal qu'ils accomplissent ; qu'ils soient ainsi poussés à renoncer à toute volonté de violence et à demander pardon ! En ces temps tumultueux, que la famille humaine puisse trouver la paix véritable et durable, cette paix qui peut naître seulement de la rencontre entre la justice et la miséricorde !
ou
Séraphim de Sarov (1759-1833), moine russe, saint des Églises orthodoxes
Instructions spirituelles (passim), in Écrits d'ascètes russes, Soleil levant, Namur 1957, p. 66-68.
La paix en Jésus Christ
Il n'y a rien de meilleur que la paix en Jésus Christ...
Quand l'homme a atteint l'état de paix, il fait rayonner sur les autres la lumière d'une raison éclairée. Auparavant il doit répéter ces paroles : « Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil. » (Mt 7,5)
Cette paix, ce trésor inestimable, notre Seigneur Jésus Christ l'a laissée à ses disciples avant sa mort.
On doit s'efforcer de toute façon de garder la paix de l'âme et de ne pas être troublé par les offenses qui viennent du prochain. Il faut supporter les offenses avec indifférence et se créer une disposition de l'esprit, comme si ces offenses ne nous regardaient pas et concernaient d'autres personnes.
Cet exercice peut assurer au cœur humain la tranquillité et en faire une demeure de Dieu.
S'il est impossible de ne pas s'émouvoir, il faut chercher au moins à retenir la langue, selon le psalmiste : « Dans mon agitation je ne puis parler » (Ps 76,5).
Pour garder la paix de l'âme, il faut bannir l'abattement, il faut tâcher d'avoir un esprit joyeux, et exempt de tristesse. Quand l'homme manque grandement de ce qui est nécessaire pour le corps, il lui est difficile de dominer le découragement ; cela concerne évidemment les âmes faibles.
Pour conserver la paix intérieure, il faut aussi éviter soigneusement de blâmer les autres. On conserve la paix en ne jugeant pas le prochain, en gardant le silence. En cet état, l'esprit reçoit les révélations divines.
L'homme qui s'est engagé à suivre la voie de l'attention intérieure, doit avant tout avoir la crainte de Dieu, qui est le commencement de la sagesse.
Dans son esprit doivent toujours être gravées ces paroles prophétiques : « Servez le Seigneur avec crainte, tressaillez de joie mais avec tremblement » (Ps 2,11).

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