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TEMPS DE PÂQUES V - Ferie IV
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
L’esprit d’abandon (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 501-502 ; rev.)
« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5)
Notre sainteté est d’ordre essentiellement surnaturelle. Tous les efforts réunis de la nature ne peuvent produire un acte surnaturel, un acte qui ait quelque proportion avec notre fin, laquelle est la vision béatifiante de l’adorable Trinité. (…) Mais Dieu, qui accomplit toutes ses œuvres avec une infinie sagesse, nous a donné, dans la grâce, le moyen de réaliser en nous ses desseins divins.
Sans la grâce, ‒ et cette grâce ne vient que de Dieu, ‒ nous sommes incapables de faire quoi que ce soit pour arriver à notre fin surnaturelle ; S. Paul nous dit que, sans elle, nous ne pouvons avoir une bonne pensée qui nous soit comptée comme digne de la béatitude éternelle (cf. 2 Co 3,5). C’est l’écho de la parole du Christ : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5), vous ne pouvez atteindre le but suprême ; vous ne pouvez devenir des saints. Le Christ Jésus nous a commenté lui-même cette vérité : il nous a dit qu’il est la vigne et que nous sommes les branches ; pour produire des fruits, il faut que nous lui restions unis par la grâce, afin que, tirant de lui la sève surnaturelle, nous puissions rapporter à son Père des fruits qui lui soient agréables.
Vous voyez par là la nécessité où est l’âme de ne pas s’écarter de Dieu, source de la grâce sans laquelle nous ne pouvons rien. Mais, bien plutôt, nous devons nous livrer à lui sans réserve, car « avec cette grâce nous pouvons tout » (…). Il n’est pas d’œuvre honnête, si banale ou si ordinaire soit-elle, qui, faite sous l’inspiration de la grâce, ne puisse contribuer à nous faire parvenir à cette exaltation suprême qu’est la vision béatifique ; car « tout concourt au bien de ceux que Dieu appelle à vivre en union avec lui » (Rm 8,28).
ou
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Les « instruments des bonnes œuvres » (Le Christ Idéal du Moine, éd. DDB, 1936 ; p. 174-176 rev.)
« Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15,4)
Quelle que soit l’étape où se trouve l’âme, son travail n’est pourtant jamais qu’un travail de coopération. Elle n’est pas seule : Dieu travaille en elle et avec elle : car il est toujours le premier Auteur de son progrès.
Sans doute, dans les débuts, quand l’âme est encore embarrassée de vices et d’habitudes mauvaises, il faut qu’elle s’applique elle-même avec virilité et ardeur à enlever ces obstacles qui s’opposent à l’union divine. La coopération que Dieu réclame d’elle dans cette période est particulièrement grande et active, et se révèle très vivement à la conscience. Durant cette période Dieu accorde des grâces sensibles qui relèvent et encouragent. Mais l’âme expérimente des alternatives, des vicissitudes intérieures : elle tombe, puis se redresse ; elle peine, puis se repose ; elle reprend haleine, puis repart en avant.
Au fur et à mesure que l’âme avance, que cèdent les obstacles, sa vie intérieure devient plus homogène, plus régulière, plus unie, l’action de Dieu se fait sentir plus puissante, parce qu’elle est plus libre de s’exercer, qu’elle rencontre dans l’âme moins de résistance et plus de souplesse : et alors, nous progressons rapidement dans la voie de la perfection. (…) Notre-Seigneur nous a donné si clairement cette doctrine fondamentale : « Je suis la vigne, vous êtes les branches ; demeurez en moi afin de porter des fruits, car sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). (…)
S’imaginer que le Christ prendra pour lui tout le travail serait une dangereuse illusion ; mais croire que nous pourrons faire quoi que ce soit sans lui serait une illusion non moins périlleuse. Aussi devons-nous être convaincus que nos œuvres n’ont de valeur qu’en raison de notre union à Jésus.
ou
Philothée le Sinaïte
moine et higoumène du monastère du Buisson ardent
Chapitres neptiques, n° 20, 22 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès)
« Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5)
Attachons-nous de toutes nos forces au Christ, à cause de ceux qui s’efforcent continuellement de le détacher de l’âme, afin que Jésus ne s’en aille pas (cf. Jn 5,13), s’éloignant de la foule des pensées qui sont dans le lieu de l’âme. Il n’est pas possible de nous attacher à lui de toutes nos forces sans que l’âme se donne de la peine.
Cherchons à toucher sa vie dans la chair, afin de mener la nôtre avec humilité. Attachons nous à sa Passion, afin de supporter ce qui nous afflige en cherchant à l’imiter. Et goûtons l’ineffable économie qui le fit descendre jusqu’à nous : quand l’âme aura goûté à sa douceur, nous connaîtrons alors que le Seigneur est bon (cf. Ps 33(34),9). Outre tout cela, ou plutôt avant tout cela, croyons-le, ayons dans ce qu’il nous dit une foi inébranlable, acceptons chaque jour ce que nous envoie sa providence. Et quoi qu’elle nous apporte, accueillons-le avec action de grâce, dans la joie et de tout notre cœur, afin d’apprendre à ne regarder que Dieu seul, qui gouverne l’univers par les raisons divines de la sagesse. Quand nous faisons tout cela alors nous ne nous trouvons sans doute pas loin de Dieu, s’il est vrai que la piété est une perfection jamais accomplie, comme a dit l’un de ces hommes qui portaient Dieu et étaient parfaits en esprit. (...)
Le souvenir joyeux de Dieu, c'est-à-dire Jésus, joint à l’ardeur du cœur et à une aversion salvatrice, dissipe naturellement tous les sortilèges des pensées, les réflexions, les raisonnements, les imaginations, les formes ténébreuses, en un mot tout ce par quoi le malfaisant se prépare à combattre les âmes et les affronte, cherche à les décourager et les engloutit. Mais si on l’invoque, Jésus consume tout facilement. Car notre salut n’est en nul autre que dans le Christ Jésus. Le Sauveur l’a d’ailleurs dit lui-même : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5).
ou
Sainte Claire (1193-1252)
moniale franciscaine
1re Lettre à Agnès de Prague, 3-11 (Sainte Claire d’Assise, trad. Père Vorreux, O.F.M. Éd. Franciscaines)
« Demeurez en moi »
La renommée de votre sainte conduite et de votre vie irréprochable est parvenue jusqu'à moi ; elle est d'ailleurs répandue partout sur la surface de la terre. J'en suis transportée de joie et d'allégresse dans le Seigneur, comme le sont aussi tous ceux qui servent ou désirent servir Jésus-Christ. Alors que vous auriez pu jouir de toutes les flatteries et de tous les honneurs du monde, et accéder même à la plus haute gloire en devenant l'épouse légitime de l'illustre empereur, union qui convenait à sa majesté et à la vôtre, vous avez renoncé à tout et vous avez opté, de tout l'élan de votre âme et de votre cœur, pour la très sainte pauvreté et pour le dénuement ; vous avez choisi un époux de race plus noble encore : notre Seigneur Jésus-Christ, qui gardera pure et intacte votre virginité. En l'aimant, vous resterez chaste ; ses caresses vous rendent plus pure encore ; sa possession consacre votre virginité. Sa puissance surpasse toute autre, son lignage est le plus doux qui soit, sa grâce la plus parfaite. Vous êtes désormais vouée à son étreinte, lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses, et suspendu à vos oreilles des diamants inestimables, lui qui vous a revêtue de joyaux étincelants comme le printemps, et qui a posé sur votre tête une couronne d'or aux armes de la sainteté.
ou
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), prédicateur, fondateur de communautés religieuses
Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, §61 (Livre de Vie, Évreux, 1996, p.55-56, rev.)
Jésus, notre Tout
[Jésus] est notre unique maître qui doit nous enseigner, notre unique Seigneur de qui nous devons dépendre, notre unique chef auquel nous devons être unis, notre unique modèle auquel nous devons nous conformer, notre unique médecin qui doit nous guérir, noter unique pasteur qui doit nous nourrir, notre unique voie qui doit nous conduire, notre unique vérité que nous devons croire, notre unique vie qui doit nous vivifier et notre unique tout en toutes choses qui doit nous suffire. Il n'a point été donné d'autre nom sous le ciel, que le nom de Jésus, par lequel nous devions être sauvés. Dieu ne nous a point mis d'autre fondement de notre salut, de notre perfection et de notre gloire, que Jésus-Christ : tout édifice qui n'est pas posé sur cette pierre ferme est fondé sur le sable mouvant, et tombera infailliblement tôt ou tard. Tout fidèle qui n'est pas uni à lui comme une branche au cep de la vigne, tombera, séchera et ne sera propre qu'à être jeté au feu. Si nous sommes en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous, nous n'avons point de damnation à craindre ; ni les anges de cieux, ni les hommes de la terre, ni les démons des enfers, ni aucune autre créature ne nous peut nuire, parce qu'elle ne nous peut séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus-Christ.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Jean, 10, 2 (trad. bréviaire 5e mar. Pâques rev.)
« Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruits »
Le Seigneur dit...qu'il est lui-même la vigne, pour nous apprendre à nous attacher à son amour et nous montrer combien d'avantages nous retirons de notre union avec lui. Et il compare aux sarments ceux qui lui sont unis, ajustés en quelque sorte et fixés en lui : ils sont déjà « participants de sa nature » ( 2P 1,4) du fait qu'ils ont reçu le Saint Esprit en partage. Car ce qui nous unit au Christ Sauveur, c'est son Esprit Saint...
En effet, nous avons reçu la nouvelle naissance de lui et en lui, dans l'Esprit, en vue de porter des fruits de vie ; non pas de la vie ancienne et dépassée, mais de la vie renouvelée par la foi et l'amour envers lui. Demeurons dans cet état, greffés en quelque sorte sur le Christ, attachés coûte que coûte au commandement sacré qui nous a été donné. Efforçons-nous de conserver les bienfaits de cette noblesse, c'est-à-dire à ne laisser aucunement « contrister le Saint Esprit » (Ep 4,30) qui a fait son habitation en nous, et par qui l'on sait que Dieu demeure en nous...
De même que la souche de la vigne fournit et distribue aux sarments sa qualité naturelle et qui lui est propre, ainsi le Verbe, Fils unique de Dieu le Père, introduit chez les saints une...parenté avec sa nature en leur donnant l'Esprit, surtout à ceux qui lui sont unis par la foi et par une sainteté parfaite. Il les nourrit et fait grandir leur ferveur ; il développe en eux la capacité des vertus et de toute bonté.
ou
Saint François Xavier (1506-1552), missionnaire jésuite
Lettre du 05/11/1549, n°90, 34-36 (trad. Cerf 1996, p. 119)
« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire »
Que personne ne nourrisse l'illusion de penser qu'il se signalera dans de grandes choses, s'il ne se signale d'abord dans les choses humbles. Croyez-moi, il y a bien des espèces de ferveurs, et, pour mieux dire, de tentations... Certains, pour ne pas renoncer à leur volonté en exécutant ce que l'obéissance leur prescrit, désirent faire d'autres choses plus importantes, sans remarquer que si l'on manque de vertu pour les petites choses, on en aura encore moins pour les grandes. En effet, quand ils se lancent dans des choses grandes et difficiles, avec peu d'abnégation et de force d'âme, ils en viennent à reconnaître leurs ferveurs pour des tentations, car ils se trouvent alors sans forces...
Je ne vous écris pas cela pour détourner vos cœurs des entreprises les plus ardues, où vous vous signalerez comme de grands serviteurs de Dieu et par où vous laisserez souvenir de vous à vos successeurs. Je le dis seulement pour que, dans les petites choses, vous vous montriez grands, que vous progressiez beaucoup dans la connaissance des tentations et de votre valeur propre, et que vous mettiez toute votre force en Dieu. Si vous persévérez dans cette voie, je ne doute pas que vous ne croissiez continuellement en humilité et vie intérieure, et que vous ne fassiez beaucoup de fruit dans les âmes, vivant dans la paix et la sécurité partout où vous vous trouverez.
ou
Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe : Écrits (trad. Eds. Présence 1975, p.445)
« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire »
Les apôtres ont vu le Seigneur dans sa gloire lorsqu'il a été transfiguré sur le Mont Thabor ; mais, plus tard, à l'heure de sa Passion, ils ont pris la fuite avec crainte. Telle est la fragilité de l'homme. En vérité, nous sommes bien de cette terre ; même plus : de cette terre pécheresse. C'est pourquoi le Seigneur a dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Et il en est ainsi.
Quand la grâce est en nous, nous sommes vraiment humbles ; alors notre intelligence est plus vive, et nous sommes obéissants, doux, agréables à Dieu et aux hommes. Mais quand nous perdons la grâce, nous nous desséchons comme un sarment retranché de la vigne. Si quelqu'un n'aime pas son frère pour lequel le Seigneur est mort au milieu de grandes souffrances, c'est qu'il s'est retranché de la Vigne. Mais celui qui lutte avec le péché sera porté par le Seigneur, comme le cep porte le sarment.
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Méditations sur les psaumes, Ps 1
Porter du fruit à son heure
« Heureux est l'homme qui...médite la Loi jour et nuit. Il sera comme un arbre planté près du cours d'eau, qui donne son fruit en son temps » (Ps 1,1-3). Mon Dieu, vous me dites que je serai heureux, heureux du vrai bonheur, heureux au dernier jour..., que tout misérable que je sois, je suis un palmier planté au bord des eaux vives, des eaux vives de la volonté divine, de l'amour divin, de la grâce..., et que je donnerai mon fruit en son temps. Vous daignez me consoler ; je me sens sans fruit, je me sens sans bonnes œuvres, je me dis : je suis converti depuis onze ans, qu'ai-je fait ? Quelles étaient les œuvres des saints et quelles sont les miennes ? Je me vois les mains vides de bien.
Vous daignez me consoler : « Tu porteras du fruit en ton temps » me dites-vous... Quel est ce temps ? Notre temps à tous, c'est l'heure du jugement : vous me promettez que si je persiste dans la bonne volonté et le combat, si pauvre que je me voie, j'aurai des fruits à cette dernière heure.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Something Beautiful for God (trad. La Joie du don, p. 70)
« Demeurez en moi, comme moi en vous »
Il n'est pas possible de s'engager dans l'apostolat direct si l'on n'est pas une âme de prière. Soyons conscients d'être un avec le Christ, comme il était conscient d'être un avec son Père ; notre activité n'est véritablement apostolique que dans la mesure où nous le laissons travailler en nous et à travers nous avec sa puissance, son désir et son amour. Nous devons parvenir à la sainteté, non pas pour nous sentir en état de sainteté, mais pour que le Christ puisse pleinement vivre en nous. Le don total de nous-mêmes à l'amour, à la foi, à la pureté, est lié au service des pauvres. C'est quand nous aurons appris à chercher Dieu et sa volonté que nos rapports avec les pauvres deviendront un chemin de sanctification pour nous et pour autrui.
Aimez prier : au cours de la journée éprouvez souvent le besoin de prier et prenez la peine de prier. La prière dilate le cœur jusqu'à la capacité de ce don que Dieu nous fait de soi-même. « Demandez et cherchez » (Lc 11,9), et votre cœur s'agrandira jusqu'à pouvoir l'accueillir et le garder à vous.
Devenons un sarment véritable de la vigne Jésus, un sarment qui porte du fruit. Pour cela, acceptons Jésus dans notre vie comme il lui plaît d'y venir :
comme Vérité, pour être dite,
comme Vie, pour être vécue,
comme Lumière, pour être allumée,
comme Amour, pour être aimé,
comme Chemin, pour être suivi,
comme Joie, pour être donnée,
comme Paix, pour être répandue,
comme Sacrifice, pour être offert,
parmi nos parents, nos proches et nos voisins.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
La Femme et sa destinée, recueil de six conférences (trad. Amiot, Paris 1956, p. 124 ; cf Orval)
« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments »
En ce qui concerne l'Église, la conception la plus accessible à l'esprit humain est celle d'une communauté de croyants. Quiconque croit en Jésus Christ et en son Évangile et espère en l'accomplissement de ses promesses, quiconque lui est attaché par un sentiment d'amour et obéit à ses commandements, doit être uni à tous ceux qui partagent le même esprit par une profonde communion spirituelle et un attachement d'amour. Ceux qui ont suivi le Seigneur pendant son séjour sur terre étaient les jeunes premières pousses de la communauté chrétienne ; ce sont eux qui l'ont répandue et qui ont transmis en héritage dans la suite des temps et jusqu'à nos jours les richesses de foi d'où ils tiraient leur cohésion.
Mais même une communauté humaine naturelle peut être déjà bien plus qu'une simple association d'individus distincts, elle peut être une entente étroite allant jusqu'à l'unité organique ; ceci est encore plus vrai de la communauté surnaturelle de l'Église. L'union de l'âme avec le Christ est autre chose que la communion entre deux personnes terrestres ; cette union, commencée par le baptême et constamment renforcée par les autres sacrements, est une intégration et une poussée de sève -- comme nous le dit le symbole de la vigne et du cep. Cet acte d'union avec le Christ entraîne un rapprochement de membre à membre entre tous les chrétiens. Ainsi l'Église prend la figure du corps mystique du Christ. Ce corps est un corps vivant et l'esprit qui l'anime est l'Esprit du Christ qui, partant de la tête, s'écoule vers tous les membres (Ep 5,23.30) ; l'esprit qui émane du Christ est le Saint Esprit et l'Église est donc le temple du Saint Esprit (Ep 2,21-22).
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 7 (trad. Amis de Dieu, Cerf 1979, t.1, p. 30)
Émondés pour porter du fruit
Le vigneron s'en ira tailler dans sa vigne les pousses folles. S'il ne le faisait pas et s'il les laissait sur le bon bois, sa vigne ne donnerait qu'un vin aigre et mauvais. Ainsi doit faire l'homme noble : il doit s'émonder lui-même de tout ce qui est désordre, déraciner à fond toutes ses manières d'être et ses inclinations, qu'il s'agisse de joie ou de souffrance, c'est-à-dire tailler les mauvais défauts, et cela ne brise ni la tête, ni le bras, ni la jambe.
Mais retiens le couteau jusqu'à ce que tu aies vu ce que tu dois couper. Si le vigneron ne connaissait pas l'art de la taille, il couperait tout, aussi bien le bois noble qui doit bientôt donner du raisin que le mauvais bois, et il ruinerait le vignoble. Ainsi font certaines gens. Ils ne connaissent pas le métier. Ils laissent les vices, les mauvaises inclinations dans le fond de la nature, taillant et rognant la pauvre nature elle-même. La nature en elle-même est bonne et noble : que veux-tu y couper ? Au temps de la venue des fruits, c'est-à-dire de la vie divine, tu n'aurais plus qu'une nature ruinée.
ou
Jean Tauler (v. 1300-1361), dominicain à Strasbourg
Sermon 7, Pour le dimanche de la Septuagésime (trad. Cerf 1991, p. 51 rev.)
« Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit »
Quand l’homme noble sent en lui une inclination à posséder Dieu ou la grâce ou quoi que ce soit, il doit penser très peu au réconfort personnel que cela lui vaudra… Ceux qui rapportent complètement à Dieu ses dons corporels et spirituels, voilà les seuls qui deviennent capables et dignes de recevoir, en tout temps, plus de grâces encore… Mes enfants, il en est de ces hommes comme du bois de la vigne. Extérieurement il est noir, sec et de bien peu de valeur. À celui qui ne le connaîtrait pas, il semblerait n’être bon qu’à être jeté au feu et brûlé. Mais au dedans, au cœur de ce cep, sont cachées les veines pleines de vie et la grande force qui produit le fruit le plus précieux et le plus doux que bois et arbre aient jamais porté.
Ainsi en est-il de ces gens, les plus aimables de tous, qui sont fixés en Dieu. À l’extérieur, en apparence, ils sont comme des gens qui dépérissent, ils ressemblent au bois noir et sec, car ils sont humbles et petits au dehors. Ce ne sont pas des gens à grandes phrases, à grandes œuvres et à grandes pratiques ; ils sont sans apparence et, à leur propre avis, ils ne brillent en rien. Mais celui qui connaîtrait la veine pleine de vie qui est dans leur fond où ils renoncent à ce qu’ils sont par leur nature propre, où Dieu est leur partage et leur soutien, quel bonheur cette connaissance lui procurerait !
ou
Isaac de l'Étoile ( ?-v. 1171), moine cistercien
Sermon 16, 1er pour le dimanche de la Septuagésime, §5-8 ; SC 130 (trad. cf SC p. 297)
La parabole de la vigne
Je professe tout le respect dû à l'explication fidèle et pertinente qui voit dans la vigne [de la parabole chez Matthieu 20,15] l'Église universelle : la vigne représentant bien le Christ ; les rameaux, des chrétiens ; le fermier et propriétaire, le Père céleste ; le jour, le temps dans sa totalité ou la vie de l'homme ; les heures, les âges du monde ou de l'individu ; la place, l'activité agitée du monde, avide d'argent.
Personnellement cependant, j'aime considérer mon âme et aussi mon corps, c'est à dire ma personne tout entière, comme une vigne. Je ne dois pas la négliger, mais bien piocher et travailler pour qu'elle ne soit pas étouffée par d'autres rejetons ou par des racines étrangères, ni gênée par le foisonnement de ses pousses naturelles. Je dois l'émonder pour qu'elle ne pousse pas trop de bois, la tailler pour qu'elle porte plus de fruits. Je dois absolument l'entourer d'une haie pour qu'elle ne soit pas livrée au pillage des passants sur la route, et surtout pour que le sanglier de la forêt...ne la détruise pas (cf Ps 79,14). Je dois la cultiver avec le plus grand soin pour que le cep authentique de la vigne choisie ne dégénère pas, qu'il ne devienne pas une vigne étrangère, incapable de réjouir Dieu et les hommes (cf Ps 103,15) ou peut-être susceptible de les attrister. Je dois la protéger avec la plus grande vigilance pour que le fruit qui a coûté tant de travail et a été si longtemps attendu ne soit pas volé clandestinement par ceux qui, en secret, dévorent le pauvre (Ha 3,14), pour qu'il ne disparaisse pas soudainement dans une dévastation imprévue. C'est pourquoi le premier homme a reçu l'ordre de travailler et de garder le Paradis comme s'il était sa vigne (Gn 2,15).


TEMPS DE PÂQUES V - Ferie V
Commentaire de l’Évangile
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)
évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n°7,4-7 (Les catéchèses, coll. Les pères dans la foi n° 53-54; trad. J. Bouvet ; éd. Migne 1993; p. 117-119; rev.)
« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ » (2Co 1,3)
Le nom du Père, dès qu’on l’énonce, fait aussi penser au Fils ; tout de même qu’en nommant le Fils, on pense aussitôt au Père. Si donc Père il y a, il faut entendre absolument Père d’un Fils ; et si Fils il y a, absolument entendre Fils d’un Père. (…) Certes, en un sens très large, Dieu est le Père de la multitude des êtres, mais par nature et en réalité, il est le Père du seul Fils unique et Seul-engendré notre Seigneur Jésus Christ ; il l’est sans avoir eu à utiliser le temps, mais parce qu’il se trouve depuis toujours être le Père du Seul-engendré. (…)
C’est un Père parfait qui a engendré un Fils parfait, qui a tout donné à celui qu’il a engendré – car « tout m’a été donné, dit Jésus, par mon Père » (Mt 11,27), qui est honoré par le Seul-engendré « car moi, j’honore mon Père » (Jn 8,49) dit le Fils, et encore : « Comme moi, j’ai observé les préceptes de mon Père, et je demeure dans son amour » (Jn 15,10) – nous disons donc, nous aussi avec l’Apôtre : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes, et le Dieu de toutes consolations » (2Co 1,3), et « nous fléchissons les genoux devant le Père, de qui toute paternité prend son nom dans les cieux et sur la terre » (Ep 3,14-15), le glorifiant avec le Seul-engendré. (…)
Si en effet, il nous a été accordé et principalement dans nos prières, de dire : « Notre Père qui êtes aux cieux » (Mt 6,9), cependant c’est là pure munificence de la miséricorde. Car ce n’est pas pour être nés selon la nature, du Père des cieux, que nous l’appelons « Père » mais transformés par la grâce du Père, par l’action du Fils et du Saint-Esprit, de l’esclavage à l’adoption, nous sommes admis, par l’indicible miséricorde, à employer ce nom.
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)
évêque et docteur de l'Église
Il faut parler à Dieu avec confiance et familiarité (Manière de converser avec Dieu, trad. de l'italien, coll. du Laurier, pub. sous la dir. de P. Richard, éd. Le Laurier, 1988, p. 4 ; rev.)
« Demeurez dans mon amour » (Jn 15,9)
Croyez bien qu’il n’est au monde ni ami, ni frère, ni père, ni mère, ni époux, ni fiancé qui aime plus que ne vous aime votre Dieu. La grâce divine est ce trésor de grand prix, ce trésor infini dont parle le Sage, qui dès que nous en usons, nous rend participants de l’amitié avec Dieu (cf. Sg 7,14). Devant ce Dieu, nous n’étions que de biens chétives créatures, de pauvres serviteurs ; et voilà que nous devenons les amis, les amis très chers de notre Créateur lui-même.
En vue précisément de nous rendre plus confiants avec lui, il s’est anéanti (cf. Ph 2,7), pour ainsi dire, s’abaissant jusqu’à se faire homme, pour converser familièrement avec les hommes (cf. Ba 3,38). Ce n’était pas assez : il s’est fait enfant ; il s’est fait pauvre ; il s’est même laissé mettre à mort, par arrêt de justice, devant tout un peuple, sur une croix. Plus encore, il va jusqu’à se placer sous les espèces du pain pour se faire notre compagnon de tous les jours et s’unir, d’intime union, à chacun de nous : « Celui, dit-il, qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6,56). Bref, on dirait qu’il n’a d’amour que pour vous, tant il vous aime.
Aussi, est-ce lui que vous devez aimer, et nul autre. De lui, vous pouvez et vous devez dire « Mon Bien-Aimé est à moi et je suis à Lui » (Ct 2,16) ; mon Dieu s’est donné sans réserve, et sans réserve à lui je me donne ; j’ai été choisi par lui comme objet de sa tendresse ; et lui, entre mille, entre tous, lui, blanc et vermeil (cf. Ct 5,10), si aimable et si aimant, il est élu de mon cœur, le seul que je veux aimer.
ou
Pape François
Exhortation apostolique « La Joie de l’Évangile / Evangelii Gaudium » § 5-6 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie »
L’Évangile, où resplendit la croix glorieuse du Christ, invite avec insistance à la joie. Quelques exemples suffisent : « Réjouis-toi » est le salut de l’ange à Marie. La visite de Marie à Élisabeth fait en sorte que Jean tressaille de joie dans le sein de sa mère. Dans son cantique, Marie proclame : « Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur. » Quand Jésus commence son ministère, Jean s’exclame : « Telle est ma joie, et elle est complète. » Jésus lui-même « tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit-Saint. » Son message est source de joie : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie. » Notre joie chrétienne jaillit de la source de son cœur débordant. Il promet aux disciples : « Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. » Et il insiste : « Je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. » Par la suite les disciples, le voyant ressuscité, « furent remplis de joie »… Pourquoi ne pas entrer nous aussi dans ce fleuve de joie ?...
Cependant, je reconnais que la joie ne se vit pas de la même façon à toutes les étapes et dans toutes les circonstances de la vie, parfois très dure. Elle s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout. Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter. Cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis : « Mon âme est exclue de la paix, j’ai oublié le bonheur !… Voici ce que je rappellerai à mon cœur pour reprendre espoir : les bontés du Seigneur ne sont pas finies, ni sa compassion épuisée ; elles se renouvellent chaque matin, sa fidélité est grande… Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur. »
(Références bibliques : Lc 1,28 (grec) ; 1,41 ; 1,47 ; Jn 3,29 ; Lc 10,21 ; Jn 15,11 ; 16,20 ; 16,22 ; 20,20 ; Lm 3,17-26)
ou
Vie de St. François d'Assise dite « Anonyme de Pérouse » (13ème s.) §97 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, 1968, p 980)
« Demeurez dans mon amour »
Du début de sa conversion jusqu'au jour de sa mort, le bienheureux François a toujours été très rude pour son corps. Mais son principal et suprême souci a été de posséder et de conserver toujours au-dedans et au-dehors la joie spirituelle. Il affirmait que si le serviteur de Dieu s'efforçait de posséder et de conserver la joie spirituelle intérieure et extérieure qui procède de la pureté du cœur, les démons ne pourraient lui faire aucun mal, contraints de reconnaître : « Puisque ce serviteur de Dieu conserve sa joie dans la tribulation comme dans la prospérité, nous ne pouvons trouver aucun accès pour nuire à son âme. »
Un jour, il a repris un de ses compagnons qui avait l'air triste et le visage chagrin : « Pourquoi manifester ainsi la tristesse et la douleur que tu ressens de tes péchés ? C'est affaire entre Dieu et toi. Prie-le de te rendre, par sa bonté, la joie du salut (Ps 50,14). Devant moi et devant les autres, tâche de te montrer toujours joyeux, car il ne convient pas qu'un serviteur de Dieu paraisse devant les frères ou les autres hommes avec un visage triste et renfrogné ».
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Jesus, the Word to Be Spoken, ch. 12 (trad. Jésus, celui qu'on invoque, Nouvelle Cité 1988, p. 160)
« Je vous ai dit cela pour que...vous soyez comblés de joie »
La joie est un besoin et une force pour nous, même physiquement. Une sœur qui a cultivé l'esprit de joie ressent moins la fatigue et est toujours prête à faire le bien. Une sœur remplie de joie prêche sans prêcher. Une sœur joyeuse est comme le rayon de soleil de l'amour de Dieu, l'espérance d'une joie éternelle, la flamme d'un amour brûlant.
La joie et une des meilleures garanties contre la tentation. Le diable est porteur de poussière et de boue, toute occasion de les jeter sur nous lui est bonne. Un cœur joyeux sait comment s'en protéger.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité : Something Beautiful for God (trad. La Joie du don, p. 73 rev.)
« Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous »
La joie est prière. La joie est force. La joie est amour. Elle est comme un filet d'amour qui prend les âmes. « Dieu aime ceux qui donnent avec joie » (2Co 9, 7). Ceux qui donnent avec joie donnent le plus. Il n'y a pas de meilleure façon de manifester notre gratitude à Dieu et aux hommes que d'accepter tout avec joie. Un cœur brûlant d'amour est nécessairement un cœur joyeux. Ne laissez jamais la tristesse vous envahir au point de vous faire oublier la joie du Christ ressuscité.
Nous éprouvons tous l'ardent désir du ciel où se trouve Dieu. Or il est en notre pouvoir à tous d'être dès maintenant au ciel avec lui, d'être heureux avec lui en cet instant même. Mais ce bonheur immédiat avec lui veut dire : aimer comme il aime, aider comme il aide, donner comme il donne, servir comme il sert, secourir comme il secourt, demeurer avec lui toutes les heures du jour, et toucher son être même derrière le visage de l'affliction humaine.
ou
Thomas de Celano (v. 1190-v. 1260), biographe de St François et de Ste Claire
Vita Secunda de St François, § 125 et 127 (trad. Debonnets et Vorreux, Documents, p.430)
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous »
Saint François affirmait : « Contre toutes les machinations et les ruses de l'ennemi, ma meilleure défense c'est encore l'esprit de joie. Le diable n'est jamais si content que lorsqu'il a pu ravir à un serviteur de Dieu la joie de son âme. Il a toujours une réserve de poussière qu'il souffle dans la conscience par quelque soupirail, afin de rendre opaque ce qui est pur ; mais dans un cœur gonflé de joie, c'est en vain qu'il essaie d'introduire son poison mortel. Les démons ne peuvent rien contre un serviteur du Christ qu'ils trouvent plein de sainte allégresse ; tandis qu'une âme chagrine, morose et déprimée se laisse facilement submerger par la tristesse ou accaparer par de faux plaisirs. »
Voilà pourquoi lui-même s'efforçait de garder toujours le cœur joyeux, de conserver cette huile d'allégresse dont son âme avait reçu l'onction (Ps 44,8). Il avait grand soin d'éviter la tristesse, la pire des maladies, et quand il sentait qu'elle commençait à filtrer dans son âme, il avait aussitôt recours à la prière. « Au premier trouble, disait-il, le serviteur de Dieu doit se lever, se mettre en prière et demeurer face au Père tant que ce dernier ne lui aura pas fait retrouver la joie de celui qui est sauvé » (Ps 50,14)...
De mes propres yeux, je l'ai parfois vu ramasser à terre un morceau de bois, le poser sur son bras gauche et le racler d'une baguette tendue comme s'il promenait un archet sur la viole ; il mimait ainsi l'accompagnement des louanges qu'il chantait au Seigneur en français.
ou
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Prosologion, 26 (trad. bréviaire rev.)
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète »
Je t'en prie, mon Dieu, fais que je te connaisse, fais que je t'aime pour que ma joie soit en toi. Et si ce n'est pas pleinement possible en cette vie, fais du moins que j'y progresse tous les jours, jusqu'à parvenir à la plénitude. Qu'en cette vie ta connaissance grandisse en moi, et qu'elle soit achevée au dernier jour ; que grandisse en moi ton amour et qu'il soit parfait dans la vie à venir, pour que ma joie, déjà grande ici-bas en espérance, soit alors achevée dans la réalité.
Seigneur Dieu, par ton Fils tu nous as donné l'ordre, ou mieux, le conseil, de demander ; et tu as promis que nous serions exaucés, afin que notre joie soit parfaite (Jn 16,24). Je te fais, Seigneur, la prière que tu nous suggères par celui qui est notre « Conseiller admirable » (Is 9,5). Puissé-je recevoir ce que tu as promis par celui qui est ta Vérité, pour que ma joie soit parfaite. Dieu vrai, je te fais cette prière ; exauce-moi pour que ma joie soit parfaite.
Que désormais ce soit la méditation de mon esprit et la parole de mes lèvres. Que ce soit l'amour de mon cœur et le discours de ma bouche, que ce soit la faim de mon âme, la soif de ma chair et le désir de tout mon être, jusqu'à ce que j'entre dans la joie du Seigneur (Mt 25,21), Dieu unique en trois Personnes, béni pour les siècles. Amen.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love, p. 33
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous »
« Dieu aime celui qui donne avec joie », dit saint Paul (2Co 9,7). Le meilleur moyen de manifester votre gratitude à l'égard de Dieu, ainsi qu'aux autres, est de tout accepter avec joie. Un cœur joyeux est le résultat normal d'un cœur embrasé par l'amour. La joie est la force. Les pauvres se sentaient attirés par Jésus parce qu'il était habité par quelque chose de plus grand que lui ; il rayonnait de cette force — dans ses yeux, ses mains, dans tout son corps. Tout son être manifestait le don qu'il faisait de lui-même à Dieu et aux hommes.
Que rien ne puisse nous faire du souci, nous remplir de tristesse et de découragement, au point de nous laisser enlever la joie de la résurrection. La joie n'est pas une simple question de tempérament lorsqu'il s'agit de servir Dieu et les âmes ; elle demande toujours un effort. Et c'est là une raison de plus pour tâcher de l'acquérir et la faire grandir dans notre cœur. Même si nous n'avons pas grand-chose à donner, nous pouvons toujours donner la joie qui jaillit d'un cœur amoureux de Dieu.
Partout dans le monde les gens sont affamés et assoiffés de l'amour de Dieu. Nous répondons à cette faim lorsque nous semons la joie. La joie est l'un des meilleurs remparts contre la tentation. Jésus ne peut prendre pleine possession de notre âme que si elle s'abandonne à lui joyeusement.
ou
Nicolas Cabasilas (v. 1320-1363), théologien laïc grec, saint des Églises orthodoxes
La Vie en Jésus Christ, livre II : PG 150, 559-562
« Pour que votre joie soit parfaite »
L'âme ne trouve son repos que dans le Christ, parce que lui seul est le bien, le vrai et tout ce qui mérite d'être aimé. C'est pourquoi il ne permet aux âmes de déployer sur aucune chose toute la capacité d'amour ou de jouissance dont il les a douées naturellement dès la création, même si elles ont reçu en plus la grâce de la vertu ou du baptême. Car ni l'amour ni la joie ne peuvent être comblés par les biens illusoires de cette vie : ce qui semble bon n'est qu'une image du bien. Mais quand il s'agit du Christ, il n'y a plus d'obstacle : l'amour se manifeste admirable et ineffable, la joie, inexprimable ; tant il est vrai que ces deux sentiments, Dieu les a ordonnés à lui-même, afin que lui seul soit notre amour et notre joie. Il va de soi, me semble-t-il, que l'intensité de ces sentiments se proportionne et se mesure à l'infini de ce Bien...
Oui, l'âme humaine recèle sans aucun doute une capacité immense et merveilleuse d'amour et de joie, qui entre en action dès que le Bien-aimé, le Beau par excellence, se présente à elle. C'est cela que le Seigneur appelle la joie parfaite (Jn 15,11).


TEMPS DE PÂQUES V - Ferie VI
Commentaire de l’Évangile
Saint Benoît (480-547), moine, copatron de l'Europe
Du bon zèle que doivent avoir les moines, ch. LXXII (La règle des moines, trad. dom Ph. Schmitz; Éd. de Maredsous, 1962; rév.)
La charité en acte
Comme il y a un zèle d’amertume, mauvais, qui sépare de Dieu et conduit en enfer, de même, il y a un bon zèle qui éloigne des vices et conduit à Dieu et à la vie éternelle. C’est ce zèle que les moines doivent pratiquer avec une ardente charité, c’est-à-dire :
Ils s’honoreront mutuellement de leurs prévenances.
Ils supporteront très patiemment les infirmités d’autrui, tant celles du corps que celles de l’esprit.
Ils s’obéiront à l’envie les uns aux autres.
Nul ne recherchera ce qu’il juge utile pour lui, mais bien plutôt ce qui l’est pour autrui.
Ils se rendront chastement les devoirs de la charité fraternelle.
Ils auront pour Dieu une crainte inspirée par l’amour.
Ils auront pour leur abbé une charité humble et sincère.
Ils ne préféreront absolument rien au Christ, lequel daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle.
ou
Sainte Claire d'Assise (1193-1252)
fondatrice de l'ordre des Pauvres Dames ou Clarisses
3e Lettre à Agnès de Prague, 12-17 (Sainte Claire d’Assise, trad. Père Vorreux, O.F.M. Éd. Franciscaines)
Tu goûteras la douceur cachée
Place ton esprit devant le miroir de l'éternité, laisse ton âme baigner dans la splendeur de la Gloire, unis-toi de cœur à Celui qui est l'incarnation de l'essence divine, et, grâce à cette contemplation, transforme-toi tout entière à l'image de sa divinité. Tu arriveras ainsi à ressentir ce que seuls perçoivent ses amis ; tu goûteras la douceur cachée que Dieu lui-même a, dès le commencement, réservée à ceux qui l'aiment.
Sans accorder même un seul regard à toutes les séductions trompeuses par lesquelles le monde enchaîne les pauvres aveugles qui s'attachent à lui, aime donc plutôt de tout ton être Celui qui, par amour pour toi, s'est aussi donné tout entier, lui dont le soleil et la lune admirent la beauté, lui qui prodigue des récompenses dont l'ampleur et la valeur sont sans bornes. Je veux parler du Fils du Très-Haut, que la Vierge enfante sans cesser d'être vierge.
ou
Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)
moine et théologien
Centurie sur la théologie VII, n°12-14 (Philocalie des Pères neptiques ; trad. J. Touraille, éd. DDB-Lattès, rev.)
Imiter Dieu qui nous a tant aimés
La loi de la grâce enseigne directement ceux qu’elle conduit, à imiter Dieu lui-même, qui nous a tant aimés plus que lui-même, s’il est permis de le dire (et cela alors qu’à cause du péché nous étions ses ennemis), que, sans changer, il est venu vers notre être, lui qui est au-dessus de tous les êtres, qu’il s’est fait homme, qu’il a voulu être comme l’un des hommes, et qu’il n’a pas refusé de faire sienne notre condamnation.
Et autant par économie il s’est fait homme, autant par grâce il nous a déifiés, afin que non seulement nous apprenions à nous attacher naturellement les uns aux autres et à nous aimer spirituellement les uns aux autres comme nous nous aimons nous-mêmes, mais aussi à prendre divinement soin les uns des autres plus que de nous-mêmes, et à faire la preuve de l’amour que nous nous portons les uns aux autres en choisissant de bon cœur, par vertu, de mourir volontairement les uns pour les autres. Car le Christ dit qu’il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour celui qu’on aime (Jn 15,13).
La loi de la grâce est la raison qui, plus haut que la nature, mène à la déification en transformant inflexiblement la nature, en montrant comme en image à la nature des hommes, le modèle qui dépasse l’essence et la nature, et en offrant la permanence de l’être éternellement bienheureux. Considérer le prochain comme soi-même, c’est prendre soin de sa seule vie dans son être : ce qui est le propre de la vie naturelle. Aimer le prochain comme soi-même, c’est par vertu, veiller sur la vie du prochain plus que soi-même, c’est tout à fait le propre de la loi de la grâce.
ou
Saint Jean Climaque (v. 575-v. 650), moine au Mont Sinaï
L'Échelle sainte (trad. Bellefontaine 1993, coll. Spiritualité orientale n°24, p. 323-325 - Lettre au Pasteur)
Extraire le précieux du vil ou aimer son prochain
Il est des hommes qui, par charité spirituelle, se chargent des fardeaux des autres au-delà de leurs propres forces, se souvenant de cette parole : « Personne n'a plus grande charité que celui qui livre sa vie pour ceux qu'il aime (Jn 15, 13) ».
Et il en est d'autres qui, bien qu'ils aient sans doute reçu de Dieu la force de porter la responsabilité des autres, ne prennent pas volontiers sur eux cette charge pour le salut de leurs frères. Ceux-ci, je les plains, car ils ne possèdent pas la charité.
Quant aux premiers, je leur applique cette parole : « Celui qui extrait le précieux du vil sera comme ma bouche (Jr 15,19) », et : « Comme tu as fait, il te sera fait (Abd 1,15) ».
J'ai vu un malade guérir par sa foi l'infirmité d'un autre malade, en usant envers Dieu d'une louable impudence en faveur de celui-ci et en donnant son âme pour l'âme de son frère, en toute humilité ; et en le guérissant, il s'était guéri lui-même. Et j'en ai vu un qui agissait de même, mais par orgueil, et qui entendit cette réprimande : « Médecin, guéris-toi toi-même (Lc 4, 23) ».
ou
Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs
Lettre à tous les fidèles, 2-3 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 110s)
« Afin que vous donniez du fruit et que votre fruit demeure »
Qu'ils sont heureux et bénis, ceux qui aiment Dieu et qui pratiquent ce que le Seigneur lui-même dit dans l'Évangile : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même ». Aimons donc Dieu et adorons-le d'un cœur et d'un esprit purs...
Puis, aimons notre prochain comme nous-mêmes. Et si quelqu'un ne veut pas ou ne peut pas aimer son prochain comme lui-même, qu'au moins il n'aille pas lui faire de mal, mais qu'il lui fasse du bien. Ceux qui ont été investis du pouvoir de juger autrui, qu'ils exercent leur charge de juge avec miséricorde, comme ils voudraient obtenir eux-mêmes miséricorde du Seigneur... Ayons donc charité et humilité : faisons des aumônes, car elles lavent les âmes des souillures de leurs péchés. En effet, tout ce que les hommes doivent laisser en quittant ce monde est à jamais perdu pour eux, tandis qu'ils emportent avec eux le prix de leur charité et les aumônes qu'ils auront faites : ils en recevront de Dieu la récompense et une juste rémunération...
Tous ceux et toutes celles qui agiront ainsi et qui persévèreront jusqu'à la fin, l'Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux son habitation et sa demeure, et ils seront les fils du Père céleste dont ils font les œuvres ; et ils sont époux, frères et mères de notre Seigneur Jésus Christ... Oh, qu'il est glorieux et saint et grand d'avoir un Père dans les cieux ! Qu'il est saint et beau, magnifique et admirable d'avoir dans les cieux un Époux ! Que c'est une chose sainte...et humble, apaisante et douce, aimable et désirable plus que tout, d'avoir un tel frère et un tel fils, qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui a prié son Père pour nous en disant : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés... ; je veux, Père, que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils voient ma splendeur dans ton royaume. »
(Références bibliques : Mt 22,37-39 ; Lc 6,37 ; Is 11,2 ; Jn 14,23 ;  Mt 5,45 ; Mt 12,50 ; Jn 10,15 ; Jn 17,6-24)
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur les évangiles, n° 27 ; PL 76, 1204 (trad. Jean expliqué, DDB 1985, p. 119 rev.)
« Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »
Toutes les paroles sacrées de l'Évangile sont remplies des commandements du Seigneur. Pourquoi donc le Seigneur dit-il que l'amour est son commandement à lui ? « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres. » C'est que tout commandement découle du seul amour, que tous les préceptes n'en sont qu'un, et qu'ils reposent sur le seul fondement de la charité. Les branches d'un arbre sortent de la même racine : ainsi toutes les vertus naissent de la seule charité. La branche d'une bonne œuvre ne reste pas verte, si elle se détache de la racine de la charité. Les commandements du Seigneur sont donc multiples, et en même temps ils sont un -- multiples par la diversité de leurs œuvres, un dans la racine de l'amour.
Comment garder cet amour ? Le Seigneur lui-même le laisse entendre : dans la plupart des préceptes de son Évangile, il ordonne à ses amis de s'aimer en lui, et d'aimer leurs ennemis à cause de lui. Celui qui aime son ami en Dieu et son ennemi à cause de Dieu possède la vraie charité.
Il est des hommes qui aiment leurs proches, mais seulement à cause des sentiments d'affection qui naissent de la parenté naturelle... Les paroles sacrées de l'Évangile ne font à ces hommes aucun reproche. Mais ce que l'on accorde spontanément à la nature est une chose, ce que l'on doit par charité à l'obéissance en est une autre. Les hommes dont je viens de parler aiment sans doute leur prochain..., mais selon la chair et non selon l'esprit... En disant : « Voici mon commandement : vous aimer les uns les autres », le Seigneur a donc tout de suite ajouté : « comme je vous ai aimés ». Ces paroles signifient clairement : « Aimez pour la même raison que je vous ai aimés ».
ou
Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe : Écrits (trad. Sophrony, Starets, Eds. Présence 1975, p. 384 rev.)
« Comme je vous ai aimés »
Pourquoi est-ce que l'homme souffre sur terre ? Pourquoi est-ce qu’il endure des peines et subit des maux ? Nous souffrons parce que nous n'avons pas d'humilité. Dans une âme humble vit le Saint Esprit, et il lui donne la liberté, la paix, l'amour et le bonheur.
Nous souffrons parce que nous n'aimons pas notre frère. Le Seigneur dit : « Aimez-vous les uns les autres, et vous serez mes disciples » (Jn 13, 35). Quand nous aimons notre frère, l'amour de Dieu vient à nous. L'amour de Dieu est d'une grande douceur ; c'est un don du Saint Esprit, et on ne le connaît en plénitude que par le Saint Esprit. Mais il existe un amour modéré, celui que l'homme obtient quand il s'efforce d'accomplir les commandements du Christ et craint d'offenser Dieu ; et cela aussi est bien. Il faut chaque jour s'efforcer au bien et, de toutes ses forces, apprendre l'humilité du Christ.
ou
Dorothée de Gaza (v. 500- ?), moine en Palestine
Instructions, VI, 76-78 (trad. SC 92,  p. 281-287)
Aimer Dieu et son prochain
Plus on est uni au prochain, plus on est uni à Dieu. Pour que vous compreniez le sens de cette parole, je vais vous donner une image tirée des Pères : Supposez un cercle tracé sur la terre, c'est-à-dire une ligne tirée en rond avec un compas, et un centre. On appelle précisément centre le milieu du cercle. Appliquez votre esprit à ce que je vous dis. Imaginez que ce cercle c'est le monde, le centre Dieu, et les rayons les différentes voies ou manières de vivre des hommes. Quand les saints, désirant approcher de Dieu, marchent vers le milieu du cercle, dans la mesure où ils pénètrent à l'intérieur, ils se rapprochent les uns des autres en même temps que de Dieu. Plus ils s'approchent de Dieu, plus ils se rapprochent les uns des autres ; et plus ils se rapprochent les uns des autres, plus ils s'approchent de Dieu.
Et vous comprenez qu'il en est de même en sens inverse, quand on se détourne de Dieu pour se retirer vers l'extérieur : il est évident alors que, plus on s'éloigne de Dieu, plus on s'éloigne les uns des autres, et que plus on s'éloigne les uns des autres, plus on s'éloigne aussi de Dieu.
Telle est la nature de la charité. Dans la mesure où nous sommes à l'extérieur et que nous n'aimons pas Dieu, dans la même mesure nous avons chacun de l'éloignement à l'égard du prochain. Mais si nous aimons Dieu, autant nous approchons de Dieu par la charité pour lui, autant nous communions à la charité du prochain ; et autant nous sommes unis au prochain, autant nous le sommes à Dieu.
ou
Pape Benoît XVI
Encyclique « Spe salvi », § 38-39 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »
La mesure de l'humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine... Le mot latin « con-solatio », consolation, l'exprime de manière très belle, suggérant un être-avec dans la solitude, qui alors n'est plus solitude. La capacité d'accepter la souffrance par amour du bien, de la vérité et de la justice est constitutive de la mesure de l'humanité, parce que si, en définitive, mon bien-être personnel, mon intégrité sont plus importants que la vérité et la justice, alors la domination du plus fort l'emporte ; alors règnent la violence et le mensonge...
Souffrir avec l'autre, pour les autres ; souffrir par amour de la vérité et de la justice, souffrir à cause de l'amour et pour devenir une personne qui aime vraiment -- ce sont des éléments fondamentaux d'humanité ; leur abandon détruirait l'homme lui-même. Mais encore une fois surgit la question : en sommes-nous capables ? ... À la foi chrétienne, dans l'histoire de l'humanité, revient justement ce mérite d'avoir suscité dans l'homme d'une manière nouvelle et à une profondeur nouvelle la capacité de souffrir de la sorte, qui est décisive pour son humanité. La foi chrétienne nous a montré que vérité, justice, amour ne sont pas simplement des idéaux, mais des réalités de très grande densité. Elle nous a montré en effet que Dieu -- la Vérité et l'Amour en personne -- a voulu souffrir pour nous et avec nous.
ou
Saint Clément de Rome, pape de 90 à 100 environ
Première épître aux Corinthiens, 49 (trad. bréviaire 2e mar. rev.)
« Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »
Que celui qui a l’amour dans le Christ pratique les commandements du Christ. Qui pourra expliquer ce lien de l’amour de Dieu ? (cf Col 3,14) Qui est capable d’exprimer la grandeur de sa beauté ? Les hauteurs où nous porte l’amour sont inexprimables. L’amour nous unit à Dieu, « l’amour couvre la multitude des péchés » (1P 4,8). L’amour supporte tout ; l’amour est patient pour tout ; rien de mesquin dans l’amour, rien de méprisant ; l’amour ne connaît pas la division, ne pousse pas à la révolte ; l’amour agit toujours dans la concorde ; c’est dans l’amour que tous les élus de Dieu ont obtenu la perfection ; sans l’amour, rien n’est agréable à Dieu. C’est dans l’amour que le Maître nous a fait venir à lui. C’est à cause de son amour pour nous que Jésus Christ notre Seigneur a donné son sang pour nous, selon la volonté de Dieu, sa chair pour notre chair, sa vie pour nos vies.
Vous voyez, mes bien-aimés, combien l’amour est quelque chose de grand et d’admirable : il est impossible d’expliquer sa perfection. Qui sera capable d’y arriver sinon ceux que Dieu en a rendus dignes ? Prions-le donc, et demandons à sa miséricorde d’être trouvés dans l’amour, irréprochables et loin de tout parti pris humain. Depuis Adam jusqu’aujourd’hui, toutes les générations ont disparu ; mais ceux qui, par la grâce de Dieu, ont été rendus parfaits, demeurent dans le séjour des saints, qui seront manifestés lorsque le Christ apparaîtra dans son règne…
Heureux sommes-nous, mes bien-aimés, si nous accomplissons les commandements de Dieu dans la concorde qui vient de l’amour, pour que nos péchés soient pardonnés à cause de l’amour.


TEMPS DE PÂQUES V - Samedi
Commentaire de l’Évangile
Saint Charles de Foucauld (1858-1916)
ermite et missionnaire au Sahara
Huit jours à Éphrem (Écrits spirituels de Charles de Foucauld, ermite au Sahara, apôtre des touaregs ; Éd. J. de Gigord, 1964 ; p. 146-147 ; rev.)
« Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera » (Jn 15, 20)
« Heureux ceux que les hommes haïssent et persécutent à cause de Moi ! Heureux, oui, car s’ils M’imitent, il auront part à Mon sort en vraies épouses, ils partageront pleinement le sort de leur Époux… Heureux, car qu’y a-t-il de plus doux que de souffrir avec ce qu’on aime ?... Bienheureux, puisqu’ils auront ce double bonheur, souffrant avec leur Bien-Aimé et souffrant pour Lui… Heureux, car, par ces souffrances même, s’accroîtra leur amour pour moi : il s’accroîtra dans la mesure des souffrances qu’ils souffriront pour moi et cet amour croissant ne sera pas passager, mais durable, il durera pendant le temps et pendant l’éternité…
Oh ! bienheureux ceux qui souffrent persécution avec Moi, et dont l’amour croît sans relâche pendant ces persécutions ! Ne refusez, ne craignez jamais les peines, les haines, les persécutions souffertes pour Moi ; recevez-les, au contraire, avec joie, bénédiction, action de grâce, reconnaissance à Dieu et aux hommes, en Me remerciant du fond du cœur, en priant pour vos ennemis et vos bourreaux, en vous joignant, anges terrestres, à leurs anges gardiens pour Me demander leur conversion, et en vous réjouissant du fond du cœur d’avoir été jugés dignes de souffrir humiliation et souffrance pour Mon amour !
N’oubliez pas que c’est ainsi que Je traite tous ceux que J’aime d’un amour de prédilection ; ainsi J’ai traité les patriarches et les prophètes, ainsi Je traiterai et J’ai traité Ma mère, ainsi J’ai traité Mon bien-aimé père Joseph, ainsi Je vous traiterai, Magdeleine, ainsi Je vous traiterai, Pierre, Jean, Jacques, vous tous Mes bien-aimés !... et ainsi surtout Je me traiterai Moi-même, Moi qui dois être le premier en tout… Et qu’elle sera bénie la fin de ces douleurs !... Plus vous aurez aimé et souffert pour Moi en ce monde, plus vous aurez été persécutés pour Moi, et mieux vous Me verrez, et mieux vous M’aimerez éternellement dans l’autre…
ou
Saint Charles de Foucauld (1858-1916)
ermite et missionnaire au Sahara
§ 42, psaume 21 (Méditations sur les psaumes; éd. Nouvelle Cité, 2002; p. 121-122)
« Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jn 15,20)
Quand nous serons abandonnés de tous les hommes, tentés par le diable, que Dieu se voilera de nous, se cachera à nous, que nous souffrirons toutes les douleurs du corps et de l’âme, alors remercions Dieu, alors « réjouissons-nous et tressaillons de joie » (Lc 6,23), car c’est alors que nous marchons la main dans la main de Jésus (…).
Quand nous prierons jour et nuit, que nous serons dans l’obscurité, la douleur, la souffrance amère, que nous prierons pour des motifs pour lesquels il faut prier et que nous ne sommes pas exaucés, que le mal, le mal moral, le péché continue à inonder hors de nous et en nous, alors remercions Dieu, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus…
Quand nous sommes méprisés de tous, le dernier des hommes, quand on nous jette la pierre au propre et au figuré, quand les inconnus nous raillent et que ceux qui nous connaissent nous jouent et nous dédaignent, quand on nous calomnie, nous méprise, alors remercions Dieu de tout notre cœur, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus (…).
Quand on se moquera de nous, qu’on nous dira des injures dans les rues, qu’en passant près de nous on nous tournera en ridicule et qu’on dira des paroles railleuses ou grossières, alors remercions Dieu avec une reconnaissance et une joie profondes, « réjouissons-nous et tressaillons de joie » car nous marchons la main dans la main de Jésus.
ou
Saint Chromace d'Aquilée ( ?-407), évêque
Sermon 19, 1-3 ; SC 164 (trad. SC p. 21 rev.)
« Le serviteur n'est pas plus grand que son maître »
« Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d'un manteau rouge. Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne et la posèrent sur sa tête » (Mt 27,28-29). C'est comme roi que le Christ est revêtu d'une tunique rouge et en tant que prince des martyrs..., parce qu'il resplendit de son sang sacré comme d'une écarlate précieuse. C'est en tant que vainqueur qu'il reçoit la couronne, car c'est normalement au vainqueur qu'on décerne une couronne... Mais nous pouvons remarquer que la tunique pourpre est aussi le symbole de l'Église qui, demeurant dans le Christ roi, brille d'une gloire royale. D'où le titre de « race royale » que lui donne Jean dans l'Apocalypse (1,6)... En effet, l'étoffe pourpre est une chose précieuse et royale. Bien qu'elle soit un produit naturel, elle change de qualité lorsqu'on la plonge dans le bain de la teinture, et elle change d'aspect... Sans valeur par elle-même, sa transformation en fait un produit précieux. Il en va ainsi de nous-mêmes : sans valeur par nous-mêmes, la grâce nous transforme et nous donne du prix, quand [à notre baptême] nous sommes plongés par trois fois, comme l'étoffe de pourpre, dans l'écarlate spirituelle, le mystère de la Trinité...
Nous pouvons encore remarquer que le manteau rouge est aussi le symbole de la gloire des martyrs, puisque, teints de leur propre sang répandu, ornés du sang du martyre, ils brillent dans le Christ comme une tunique écarlate précieuse. Autrefois, la Loi prescrivait d'offrir des étoffes écarlates pour orner le tabernacle de Dieu (Ex 25,4) ; les martyrs, de fait, sont l'ornement de l'Église du Christ...
La couronne d'épines qu'on a mise sur la tête du Seigneur est le symbole de notre rassemblement, à nous qui, des nations, sommes venus à la foi. Nous n'étions alors que des épines, c'est-à-dire des pécheurs ; mais, en croyant au Christ, nous sommes devenus une couronne de justice, parce que nous avons cessé de piquer ou de blesser le Sauveur, et nous couronnons sa tête de la confession de notre foi... Oui, jadis nous étions des épines, mais...nous sommes devenus des pierres précieuses.
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Saint Athanase (295-373), évêque d'Alexandrie, docteur de l'Église
Sur l'Incarnation du Verbe, 27-29 ; PG 25,143 ; SC 199 (trad. Orval rev.)
« Vous n'appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde »
La mort une fois vaincue par le Sauveur et fixée à la croix, comme à un pilori, tous ceux qui marchent dans le Christ la foulent aux pieds. Rendant témoignage au Christ, ils se moquent de la mort, se jouent d'elle et répètent ce qui est écrit à son sujet : « Mort, où est ta victoire ? Enfer, où est ton aiguillon ? » (1Co 15,55 ; Os 13,14)... Est-ce une pauvre démonstration de la victoire remportée sur elle par le Sauveur, lorsque les chrétiens, enfants et jeunes filles, méprisent la vie présente et se préparent à mourir plutôt que de renier leur foi ? L'homme craint naturellement la mort et la dissolution de son corps ; mais, chose tout à fait extraordinaire, celui qui a revêtu la foi en la croix méprise ce sentiment naturel et, pour le Christ, il ne craint plus la mort...
Si la mort, autrefois si forte et pour cela si redoutable, est méprisée maintenant après la venue du Sauveur, après sa mort corporelle et sa résurrection, il est évident que c'est par le Christ monté sur la croix que la mort a été anéantie et vaincue. Lorsqu'après la nuit le soleil paraît et illumine toute la surface de la terre, il n'y a absolument pas à douter que le soleil qui répand partout sa lumière est le même qui a chassé les ténèbres et tout illuminé. Ainsi...il est évident que le Sauveur manifesté en son corps est celui-là même qui a détruit la mort et qui chaque jour démontre sa victoire sur elle en ses disciples... Lorsqu'on voit des hommes, de femmes et de jeunes enfants courir et s'élancer à la mort pour la foi au Christ, qui serait assez sot, qui serait assez incrédule, qui aurait l'esprit assez aveugle pour ne pas comprendre et penser que c'est le Christ, auquel ces hommes rendent témoignage, qui procure et donne à chacun la victoire sur la mort en détruisant la puissance de celle-ci en chacun de ceux qui ont foi en lui et portent le signe de sa croix ?
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Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr
« Le Serviteur n'est pas plus grand que son maître »
La volonté de Dieu, c'est ce que le Christ a fait et enseigné : l'humilité dans la conduite, la fermeté dans la foi, la retenue dans les paroles, la justice dans les actions, la miséricorde dans les œuvres, la rectitude dans les mœurs ; être incapable de faire du mal, mais pouvoir le tolérer quand on en est victime ; garder la paix avec les frères ; chérir le Seigneur de tout son cœur ; aimer en lui le Père et craindre Dieu ; ne préférer absolument rien au Christ, car lui-même n'a rien préféré à nous ; s'attacher inébranlablement à son amour ; se tenir à sa croix avec force et confiance ; quand il faut lutter pour son nom et son honneur, montrer de la constance dans notre confession de foi ; montrer, sous la torture, cette confiance qui soutient notre combat et, dans la mort, cette persévérance qui nous obtient la couronne. C'est cela, vouloir être héritier avec le Christ. C'est cela, obéir au précepte de Dieu. C'est cela, accomplir la volonté du Père.
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Saint Jean Paul II
Homélie lors de la commémoration œcuménique des témoins de la foi du 20ème siècle, 7/5/00 (trad. DC 2227, p. 503 © Libreria Editrice Vaticana)
« Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi »
« Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s'en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12, 25). Il s'agit là d'une vérité que le monde contemporain refuse souvent et méprise, car il fait de l'amour de soi le critère suprême de l'existence. Mais les témoins de la foi [du vingtième siècle] n'ont considéré ni leur propre avantage, ni leur bien-être, ni même leur survie comme des valeurs supérieures à la fidélité à l'Évangile. Malgré leur faiblesse, ils ont opposé une résistance vigoureuse au mal. Dans leur fragilité a resplendi la force de la foi et de la grâce du Seigneur.
L'héritage précieux que ces témoins courageux nous ont laissé est un patrimoine commun à toutes les Églises et à toutes les Communautés ecclésiales… L’œcuménisme le plus convaincant est celui des martyrs et des témoins de la foi ; il indique aux chrétiens du vingt et unième siècle la voie de l'unité. C'est l'héritage de la croix vécu à la lumière de Pâques, héritage qui enrichit et soutient les chrétiens à mesure qu'ils avancent dans le nouveau millénaire…
Dans le siècle et dans le millénaire qui s'avance, puisse la mémoire de ces frères et de ces sœurs rester vivante ! Mieux encore, puisse-t-elle grandir ! Qu'elle soit transmise de génération en génération, afin d'être semence féconde d'un profond renouveau chrétien ! Qu'elle soit gardée comme un trésor d'une insigne valeur pour les chrétiens du nouveau millénaire et qu'elle soit levain pour parvenir à la pleine communion de tous les disciples du Christ !… Je prie le Seigneur pour que la nuée de témoins qui nous entourent (He 12, 1) nous aide, nous tous croyants, à exprimer notre amour pour le Christ avec un courage égal au leur ; par celui qui demeure vivant dans son Église, aujourd'hui comme hier, demain et toujours !
ou
Saint Cyprien (v. 200-258)
évêque de Carthage et martyr
Lettre 58 (Lettre aux chrétiens de Thibaris)
« Vous n'appartenez pas au monde puisque je vous ai choisis... Voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous »
« Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable à cause de Fils de l'homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d'allégresse, car votre récompense est grande dans le ciel » (Lc 6,22-23). Le Seigneur a voulu que nous nous réjouissions, que nous tressaillions d'allégresse quand nous sommes persécutés, parce que quand les persécutions viennent, c'est alors que les couronnes de la foi sont distribuées (Jc 1,12), c'est alors que les soldats du Christ font leurs preuves, c'est alors que les cieux s'ouvrent à ses témoins. Nous ne sommes pas engagés dans la milice de Dieu pour ne penser qu'à la tranquillité, refuser le service et nous y dérober, alors que le Seigneur lui-même, le Maître de l'humilité, de la patience et de la souffrance, a accompli le même service avant nous. Ce qu'il a enseigné, il a commencé par le faire, et s'il nous exhorte à tenir bon, c'est qu'il a souffert lui-même avant nous et pour nous. (...)
Pour participer aux compétitions du stade, les athlètes s'exercent, s'entraînent, et s'estiment très honorés si, sous les yeux de la foule et de l'empereur, ils ont le bonheur de recevoir le prix. Mais voici une épreuve autrement noble et magnifique, où Dieu nous regarde combattre, nous ses enfants, et où lui-même nous donne une couronne céleste (1Co 9,25). (...) Pendant que nous soutenons le combat de la foi, Dieu nous regarde, ses anges aussi nous regardent et le Christ nous regarde : quelle gloire pour nous ! (...) Armons-nous donc, frères très chers, de toutes nos forces ; préparons-nous avec une âme inaltérable, une foi entière et un courage prêt au sacrifice.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 334, pour les Saints Martyrs, §1
« Vous n'appartenez pas au monde, puisque mon choix vous a tirés du monde »
Tous les bons et fidèles chrétiens, mais surtout les glorieux martyrs, peuvent dire : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8,31). Contre eux le monde grondait, les peuples préparaient de vains complots, les princes se liguaient (Ps 2,1) ; on inventait de nouveaux tourments et imaginait contre eux d'incroyables supplices. On les accablait d'opprobre et d'accusations mensongères, on les enfermait dans des cachots insupportables, on labourait leur chair avec des ongles de fer, on les massacrait à coups d'épée, on les exposait aux bêtes, les livrait aux flammes, et ces martyrs du Christ s'écriaient : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »
Le monde entier est contre vous, et vous dites : « Qui sera contre nous ? » Mais les martyrs nous répondent : « Qu'est-ce pour nous que ce monde tout entier, quand nous mourons pour celui par qui le monde a été fait ? » Qu'ils disent donc, les martyrs, qu'ils le redisent, et que nous écoutions et disions avec eux : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Ils peuvent déchaîner leur fureur, nous injurier, nous accuser injustement, nous couvrir de calomnies ; ils peuvent non seulement tuer mais torturer. Que feront-ils les martyrs ? Ils répéteront : « Voici que Dieu vient à mon secours, c'est le Seigneur qui soutient mon âme » (Ps 53,6)... Or, si le Seigneur est le soutien de mon âme, en quoi le monde peut-il me nuire ? ... C'est lui aussi qui rétablira mon corps... « Tous vos cheveux sont comptés » (Lc 12,7)... Disons donc, disons avec foi, disons avec espérance, avec un cœur brûlant de charité : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »
ou
Saint Polycarpe (69-155), évêque et martyr
Lettre aux Philippiens, 1-2, 8-9 (trad. cf bréviaire  26e lun.-merc. et Quéré, Les Pères apostoliques, p. 225s)
« Si l'on m'a persécuté, on vous persécutera aussi »
J'ai pris grande part à votre joie, en notre Seigneur Jésus Christ, quand vous avez reçu ces modèles d'amour pur [Ignace d'Antioche et ses compagnons]..., ces hommes liés de chaînes dignes des saints, chaînes qui sont des diadèmes pour ceux qui ont vraiment été choisis par Dieu et notre Seigneur. Et je me suis réjoui de ce que la racine vigoureuse de votre foi, réputée depuis les temps anciens, persiste jusqu'à maintenant et porte des fruits en notre Seigneur Jésus Christ, qui a accepté pour nos péchés d'affronter la mort : « Dieu l'a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort » (Ac 2,24). « Sans le voir encore, vous croyez en lui, tressaillant d'une joie inexprimable et pleine de gloire » (1P 1,8)... « Celui qui l'a ressuscité d'entre les morts nous ressuscitera aussi » (2Co 4,14), si nous suivons ses commandements et si nous aimons ce qu'il a aimé... Soyons les imitateurs de sa patience, et si nous souffrons pour son nom, rendons-lui gloire. Tel est l'exemple qu'il nous a donné lui-même, et c'est cela que nous avons cru.
Je vous exhorte tous à obéir à la parole de justice et à persévérer dans cette patience parfaite que vous avez vue de vos yeux, non seulement dans les bienheureux Ignace, Zosime et Rufus, mais aussi en d'autres qui étaient de chez vous, et en Paul lui-même et les autres apôtres. Soyez-en assurés : tous ceux-là « n'ont pas couru en vain » (Ga 2,2), mais bien dans la foi et la justice, et ils sont parvenus au lieu qui leur était dû, auprès du Seigneur dont ils ont partagé la souffrance. Ils n'ont pas « aimé le monde présent » (2Tm 4,10), mais bien le Christ qui est mort pour nous et que Dieu a ressuscité pour nous.
Que Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, et lui-même, le grand-prêtre éternel, le Fils de Dieu, Jésus Christ, vous fassent grandir dans la foi et la vérité, en toute douceur et sans colère, en patience et longanimité, endurance et chasteté ; qu'il vous donne part à l'héritage de ses saints, et à nous-mêmes avec vous, et à tous ceux qui sont sous le ciel, qui croient en notre Seigneur Jésus Christ et en son Père qui l'a ressuscité d'entre les morts. Priez pour tous les saints. Priez aussi pour les rois et les autorités, priez pour ceux qui vous persécutent et vous haïssent, et pour les ennemis de la croix ; ainsi le fruit que vous portez sera visible à tous, et vous serez parfaits en lui.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Exhortation au martyre, 41-42 (trad. bréviaire rev.)
« Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu'il en a eu d'abord contre moi »
Si, en passant de l'incroyance à la foi, nous sommes « passés de la mort à la vie » (Jn 5,24) ne soyons pas étonnés que le monde nous hait. Car tous ceux qui ne sont pas passés de la mort à la vie, mais qui demeurent dans la mort, ne peuvent pas aimer ceux qui sont passés de la demeure ténébreuse de la mort...aux « édifices faits de pierres vivantes » (1P 2,5) où règne la lumière de la vie...
Pour nous chrétiens voici venu le temps de nous glorifier, car il est dit : « Nous nous glorifions dans nos épreuves, car nous savons que l'épreuve produit la persévérance, la persévérance produit la valeur éprouvée, la valeur éprouvée produit l'espérance, et l'espérance ne trompe pas. Que seulement l'amour de Dieu soit répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint » (Rm 5,3-5)...
« De même que nous avons largement part aux souffrances du Christ, de même, par le Christ, nous sommes largement consolés » (2Co 1,5). Accueillons donc avec une grande ferveur les souffrances du Christ ; qu'elles nous soient largement accordées, si nous voulons être largement consolés, puisque tous « ceux qui pleurent seront consolés » (Mt 5,5)... Ceux qui participent aux souffrances participeront aussi à la consolation en proportion des souffrances qui les font participer au Christ. Apprenez-le de l'apôtre qui a dit avec confiance : « Nous le savons : puisque vous connaissez comme nous la souffrance, vous obtiendrez comme nous la consolation » (2Co 1,7).

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