Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

TEMPS DE PÂQUES VI - Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
prêtre, curé d'Ars
Pensées choisies du saint Curé d'Ars (J. Frossard; Éds Téqui 1999, p. 67, rev.)
Faisons appel à l'Esprit Saint
Ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit ont des idées justes. Voilà pourquoi il y a tant d'ignorants qui en savent plus long que les savants. Quand on est conduit par un Dieu de force et de lumière, on ne peut se tromper. L'Esprit Saint est une Lumière et une Force. C'est Lui qui nous fait distinguer le vrai du faux et le bien du mal.
Le Bon Dieu, en nous envoyant le Saint-Esprit, a fait à notre égard comme un grand roi, qui chargerait son ministre de conduire un de ses sujets, disant : « Vous accompagnerez cet homme partout, et vous me le ramènerez sain et sauf. » Que c'est beau d'être accompagné par le Saint-Esprit ! C'est un bon guide Celui-là.
L'Esprit Saint nous conduit comme une mère conduit son enfant de deux ans par la main, comme une personne qui y voit conduit un aveugle. Il faudrait dire chaque matin : « Mon Dieu, envoyez-moi votre Esprit Saint qui me fera connaître ce que je suis et ce que Vous êtes... » Une âme qui possède le Saint-Esprit goûte une exquise saveur dans la prière : elle ne perd jamais la sainte Présence de Dieu.
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Audience générale du 17/05/1972 (trad. DC 1610, p. 508 rev.)
« Le monde ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure en vous »
« L’Esprit souffle où il veut », dit Jésus dans son entretien avec Nicodème (Jn 3,8). Nous ne pouvons donc pas tracer, sur le plan doctrinal et pratique, des normes exclusives concernant les interventions de l’Esprit Saint dans la vie des hommes. Il peut se manifester sous les formes les plus libres et les plus imprévues : « Il s’ébat sur la surface de la terre » (cf Pr 8,31)… Mais pour ceux qui veulent capter les ondes surnaturelles de l’Esprit Saint, il y a une règle, une exigence qui s’impose d’une façon ordinaire : la vie intérieure. C’est à l’intérieur de l’âme que se fait la rencontre avec cet hôte inexprimable : « doux hôte de l’âme », dit la merveilleuse hymne liturgique de la Pentecôte. L’homme devient « temple de l’Esprit Saint », nous redit saint Paul (1Co 3,16 ; 6,19).
L’homme d’aujourd’hui, et aussi le chrétien bien souvent, même ceux qui sont consacrés à Dieu, tend à se séculariser. Mais il ne pourra, il ne devra jamais oublier cette exigence fondamentale de la vie intérieure s’il veut que sa vie demeure chrétienne et animée par l’Esprit Saint. La Pentecôte a été précédée d’une neuvaine de recueillement et de prière. Le silence intérieur est nécessaire pour entendre la parole de Dieu, pour sentir sa présence, pour entendre l’appel de Dieu.
Aujourd’hui, notre esprit est trop tourné vers l’extérieur… ; nous ne savons pas méditer, nous ne savons pas prier ; nous ne savons pas faire taire tout le bruit que font en nous les intérêts extérieurs, les images, les humeurs. Il n’y a pas dans le cœur d’espace tranquille et sacré pour la flamme de la Pentecôte… La conclusion va de soi : il faut donner à la vie intérieure sa place dans le programme de notre vie bousculée ; une place privilégiée, silencieuse, pure ; nous devons nous retrouver nous-mêmes pour que puisse habiter en nous l’Esprit vivifiant et sanctifiant.
ou
Saint Jean d'Avila (1499-1569), prêtre
Sermon n°30, 4e sur l'Esprit Saint (trad. Soleil Levant 1960 rev.)
« Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous »
De même que Jésus Christ prêchait, le Saint Esprit prêche à présent ; de même qu'il enseignait, le Saint Esprit enseigne ; de même que le Christ consolait, le Saint Esprit console et réjouit. Que demandes-tu ? Que cherches-tu ? Que veux-tu de plus ? Avoir en toi un conseiller, un pédagogue, un gardien, quelqu'un qui te guide, qui te conseille, qui t'encourage, qui t'achemine, qui t'accompagne en tout et pour tout ! Finalement, si tu ne perds pas la grâce, il sera tellement à ton côté, que tu ne pourras rien faire, ni dire, ni penser qui ne passe par sa main et son saint conseil. Il sera pour toi un ami fidèle et véritable ; il ne t'abandonnera jamais si tu ne l'abandonnes pas.
De même que le Christ pendant sa vie mortelle opérait de grandes guérisons et répandait sa miséricorde dans le corps de ceux qui avaient besoin de lui et l'appelaient, de même ce Maître et Consolateur opère des œuvres spirituelles dans les âmes où il demeure... Il guérit les boiteux, il fait que les sourds entendent, il donne la vue aux aveugles, il ramène les égarés, il enseigne aux ignorants, il console les affligés, il encourage les faibles (cf Mt 15, 31). Le Christ faisait ces œuvres si saintes parmi les hommes, et n'aurait pas pu les faire s'il n'avait pas été Dieu ; il les faisait avec la nature humaine qu'il avait assumée, et nous disons donc qu'elles ont été faites par un Dieu-homme. De même ces autres œuvres que fait ici-bas le Saint Esprit dans le cœur où il demeure, nous les appelons œuvres du Saint Esprit avec l'homme, considéré comme élément secondaire.
Ne peut-on considérer comme malheureux et infortuné celui qui ne possède pas cette union, celui qui ne possède pas un tel hôte dans sa maison ?... Dites-moi, l'avez-vous reçu ? L'avez-vous appelé ? L'avez-vous importuné pour qu'il vienne ?... Que Dieu soit avec nous ! Je ne sais pas comment vous...pouvez vivre privés d'un si grand bien. Voyez tous les biens, toutes les grâces et les miséricordes que le Christ est venu faire aux hommes : ce Consolateur les répand toutes dans nos âmes.
ou
Saint Hilaire (vers 315-367), évêque de Poitiers, docteur de l'Église : La Trinité, 2, 31-35 (trad. cf DDB 1981, t.1, p. 88s et Bouchet, Lectionnaire, p. 221)
« Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité »
« Dieu est esprit » dit le Seigneur à la Samaritaine…; puisque Dieu est invisible, incompréhensible et infini, ce n’est ni sur une montagne, ni dans un temple que Dieu doit être adoré (Jn 4, 21-24). « Dieu est esprit » et un esprit ne peut pas être circonscrit, ni tenu en main ; par la puissance de sa nature, il est partout et n'est absent d'aucun lieu ; par tout lui-même il surabonde en toutes choses. C'est pourquoi il faut adorer dans l'Esprit Saint le Dieu qui est esprit...
L’Apôtre Paul ne dit pas autre chose quand il écrit : « Le Seigneur est esprit, et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2Co 3, 17)… Que cessent donc les argumentations de ceux qui refusent l'Esprit. L'Esprit Saint est un, partout répandu, illuminant tous les patriarches, les prophètes et tout le chœur de ceux qui ont participé à la rédaction de la Loi. Il a inspiré Jean le Baptiste dès le sein de sa mère ; il a été répandu enfin sur les apôtres et tous les croyants pour qu'ils connaissent la vérité qui leur est donnée par grâce.
Quelle est en nous l'action de l'Esprit ? Écoutons les paroles du Seigneur lui-même : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous n’avez pas la force de les porter maintenant. Il vous est bon que je m'en aille, car si je m'en vais, je vous enverrai un défenseur..., l'Esprit de vérité qui vous conduira à la vérité tout entière » (Jn 16, 7-13)… En ces mots nous sont révélés la volonté du donateur, ainsi que la nature et le rôle de celui qu'il nous donne. Car notre faiblesse ne nous permet pas de connaître ni le Père ni le Fils ; le mystère de l’incarnation de Dieu est difficile à comprendre. Le don de l'Esprit Saint, qui se fait notre allié par son intercession, nous illumine…
Or ce don unique qui est dans le Christ est offert en plénitude à tous. Il ne manque nulle part, mais il est donné à chacun pour autant qu'il veuille le recevoir. Cet Esprit Saint demeure avec nous jusqu'à la consommation des temps, il est notre consolation dans l'attente, il est le gage des biens de l'espérance à venir, il est la lumière de nos esprits, il est la splendeur de nos âmes.
ou
Liturgie latine
Séquence de Pentecôte : Veni Sancte Spiritus (trad. AELF)
« Il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous »
Viens, Esprit Saint, en nos cœurs
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.
Viens en nous, Père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière en nos cœurs.
Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes,
adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos,
dans la fièvre, la fraîcheur,
dans les pleurs, le réconfort.
Ô lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu'à l'intime
le cœur de tes fidèles.
Sans ta présence divine,
il n'est rien en aucun homme,
rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide,
réchauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.
À tous ceux qui ont la foi,
et qui en toi se confient,
donne tes sept dons sacrés.
Donne mérite et vertu,
donne le salut final,
dans la joie éternelle. Amen.


TEMPS DE PÂQUES VI - Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)
missionnaire des gens des rues
Vive la liberté (La joie de croire, éd. du Seuil, 1968, p. 82-83 ; rev.)
La charité du chrétien
Tu es chrétien par et pour la charité ;
par rien d’autre et pour rien d’autre. (…)
La charité est plus que le nécessaire pour exister,
plus que le nécessaire pour vivre,
plus que le nécessaire pour agir ;
La charité est notre vie devenant vie éternelle.
Quand nous laissons la charité, nous laissons notre vie.
Un acte sans charité est une mort subite,
un acte de la charité est une résurrection immédiate.
Tu ne peux fabriquer la charité : tu la reçois.
La charité imparfaite est un don incomplètement reçu ;
la charité parfaite est un don complètement reçu.
La charité est gratuite tout autant qu’elle est nécessaire.
Tu ne la gagnes pas comme un concours.
Tu la gagnes en la désirant, en la demandant, en la recevant
et en la transmettant.
On n’apprend pas la charité, on fait peu à peu sa connaissance,
en faisant la connaissance du Christ.
C’est la foi du Christ qui nous rend capables de charité ;
c’est la vie du Christ qui nous révèle la charité ;
c’est la vie du Christ qui nous montre comment désirer,
demander, recevoir la charité.
C’est l’esprit du Christ qui nous rend vivants de charité,
agissants par la charité,
féconds de charité.
Tout peut servir à la charité,
Sans elle tout est stérile et d’abord nous-mêmes.
ou
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretien aux Filles de la Charité, 31/7/1934 (Tome IX, Éd. Gabalda, 1923. Conférence du 31 juillet 1634, pp.10-11 ; rev.)
Aimez-vous les uns les autres
Le moyen d'observer votre règlement, c'est de vivre en grande cordialité et charité les unes envers les autres. Les personnes qui sont choisies pour un même exercice doivent aussi être unies en toutes choses. Ces filles sont choisies pour l'accomplissement d'un dessein ; mais le bâtiment ne durera pas si vous ne vous entr'aimez pas les unes les autres, et ce lien empêchera qu'il ne se rompe. Notre Seigneur a dit à ses apôtres : « Vous, mes apôtres, si vous voulez le dessein que j'ai eu de toute éternité, soyez en grande charité. »
Mes filles, vous êtes infirmes, il est vrai, mais supportez les imperfections les unes des autres. Si vous ne le faites, le bâtiment se rompra, et d'autres seront mises en vos places. Et parce qu'il peut y avoir des antipathies, il sera bon que vous changiez, avec la permission des supérieurs, et le bon plaisir des dames supérieures. Saint Pierre et saint Paul et saint Barnabé ont bien eu des différends. C'est pourquoi il ne se faut pas s’étonner si de pauvres filles infirmes en peuvent avoir. Il faut avoir la disposition d'aller partout où on vous ordonnera, et même le demander et dire : « Je ne suis point d'ici ni de là, mais de partout où il plaira à Dieu que je sois. »
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Exhortation apostolique « Gaudete in domino » sur la joie chrétienne, § 4
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous »
Depuis vingt siècles, la source de la joie spirituelle n'a pas cessé de jaillir dans l'Église, et spécialement dans le cœur des saints... Dans la vie des membres de l'Église, leur participation à la joie du Seigneur ne peut pas être dissociée de la célébration du mystère eucharistique, où ils sont nourris et désaltérés par son corps et son sang. Car dans ce sacrement, soutenus comme des voyageurs sur la route de l'éternité, ils reçoivent déjà les premiers fruits de la joie de la fin des temps.
Vue ainsi, la joie vaste et profonde répandue dès ici-bas dans le cœur des vrais fidèles se montre « débordante », comme la vie et l'amour dont elle est justement le signe. Elle est le résultat de la communion entre l'homme et Dieu ; elle aspire à une communion toujours plus universelle. Il n'est pas possible qu'elle incite ceux qui la goûtent à une attitude de repli sur soi. Elle donne au cœur une ouverture universelle sur le monde, et en même temps elle le blesse du désir de goûter les biens éternels...
Elle fait hâter les chrétiens fervents vers la consommation des noces de l'Agneau au ciel (Ap 19,7). Elle est paisiblement tendue entre les labeurs de notre temps ici-bas et la paix de notre demeure éternelle, selon la loi de la gravitation de l'Esprit : « Si déjà maintenant, ayant reçu une première avance sur les dons de l'Esprit, nous crions ' Abba, Père ', qu'est-ce que ce sera lorsque, ressuscités, nous le verrons face à face ? Lorsque tous les membres du Corps du Christ feront jaillir une hymne d'exultation, à flots débordants, glorifiant celui qui les aura ressuscités des morts et leur aura fait le don de la vie éternelle ?... Que ne fera pas la grâce entière de l'Esprit, enfin donnée aux hommes par Dieu ? Elle nous rendra semblables à lui et accomplira la volonté du Père, car elle rendra l'homme à l'image et à la ressemblance de Dieu » (Irénée de Lyon ; 2Co 5,5 ; Ga 4,6 ; 1Co 13,12 ; Gn 1,26). Dès ici-bas les saints nous donnent un avant-goût de cette ressemblance.
ou
Saint Ignace d'Antioche (?-vers 110), évêque et martyr : Lettre aux Romains, 4-8 (trad. cf bréviaire)
« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime »
J'écris à toutes les Églises, et je fais savoir à tous que je mourrai de grand cœur pour Dieu, si vous ne m'en empêchez pas. Je vous en supplie, épargnez-moi une bienveillance importune. Laissez-moi devenir la pâture des bêtes ; elles m'aideront à atteindre Dieu. Je suis son froment : moulu sous la dent des fauves, je deviendrai le pain pur du Christ...
Que me feraient les douceurs de ce monde et les empires de la terre ? Il est plus beau de mourir pour le Christ Jésus que de régner jusqu'aux extrémités de l'univers. C'est lui que je cherche, qui est mort pour nous ; c'est lui que je désire, lui qui a ressuscité pour nous. Mon enfantement approche. De grâce, mes frères, ne m'empêchez pas de naître à la vie... Laissez-moi embrasser la lumière toute pure. Quand j'y aurai réussi, je serai vraiment homme. Acceptez que j'imite la Passion de mon Dieu...
Mon désir terrestre a été crucifié, et il n'y a plus en moi de feu pour aimer la matière, mais une eau vive (Jn 4, 10 ; 7, 38) qui murmure et chuchote à mon cœur : « Viens auprès du Père ». Je ne peux plus savourer les nourritures périssables ou les douceurs de cette vie. C'est du pain de Dieu que je suis affamé, de la chair de Jésus Christ, fils de David ; et pour boisson, je veux son sang, qui est l'amour incorruptible... Priez pour ma victoire.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Traités sur St Jean, n° 65 ; CCL 36, 490 (trad. bréviaire rev.)
« Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour »
Le Seigneur Jésus affirme qu'il donne à ses disciples un commandement nouveau, celui de l'amour mutuel... Est-ce que ce commandement n'existait pas déjà dans la loi ancienne, puisqu'il y est écrit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? (Lv 19,18) Pourquoi donc le Seigneur appelle-t-il nouveau un commandement qui est évidemment si ancien ? Est-ce un commandement nouveau parce qu'en nous dépouillant de l'homme ancien il nous revêt de l'homme nouveau ? (Ep 2,24) Certes, l'homme qui écoute ce commandement, ou plutôt qui y obéit, n'est pas renouvelé par n'importe quel amour mais par celui que le Seigneur distingue avec soin de l'amour purement naturel en précisant : « Comme je vous ai aimés »...  Le Christ nous a donc donné le commandement nouveau de nous aimer les uns les autres comme lui il nous a aimés ; c'est cet amour-là qui nous renouvelle, qui fait de nous des hommes nouveaux, les héritiers de la nouvelle alliance, les chantres du « cantique nouveau » (Ps 95,1).
Cet amour-là, frères très chers, a renouvelé même les justes d'autrefois, les patriarches et les prophètes, comme il a renouvelé plus tard les saints apôtres. C'est lui qui renouvelle maintenant les nations païennes. De tout le genre humain, dispersé sur toute la terre, cet amour suscite et rassemble le peuple nouveau, le corps de la nouvelle Épouse du Fils de Dieu.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Manuscrit autobiographique C, 12 r°-v°
Le commandement nouveau
« Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. » En méditant ces paroles de Jésus, j'ai compris combien mon amour pour mes sœurs était imparfait, j'ai vu que je ne les aimais pas comme le bon Dieu les aime. Ah ! je comprends maintenant que la charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s'étonner de leurs faiblesses, à s'édifier des plus petits actes de vertus qu'on leur voit pratiquer, mais surtout j'ai compris que la charité ne doit point rester enfermée dans le fond du cœur : « Personne, a dit Jésus, n'allume un flambeau pour le mettre sous le boisseau, mais on le met sur le chandelier, afin qu'il éclaire tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5,15). Il me semble que ce flambeau représente la charité qui doit éclairer, réjouir, non seulement ceux qui me sont les plus chers, mais « tous ceux qui sont dans la maison », sans excepter personne.
Lorsque le Seigneur a ordonné à son peuple d'aimer son prochain comme soi-même (cf Lv 19,18), il n'était pas encore venu sur la terre ; aussi sachant bien à quel degré l'on aime sa propre personne, il ne pouvait demander à ses créatures un amour plus grand pour le prochain. Mais lorsque Jésus fit à ses apôtres « un commandement nouveau », son commandement à lui, ce n'est plus d'aimer le prochain comme soi-même qu'il parle mais de l'aimer comme lui, Jésus, l'a aimé, comme il l'aimera jusqu'à la consommation des siècles.
Ah ! Seigneur, je sais que vous ne commandez rien d'impossible, vous connaissez mieux que moi ma faiblesse, mon imperfection, vous savez bien que jamais je ne pourrais aimer mes sœurs comme vous les aimez, si vous-même, ô mon Jésus, ne les aimiez encore en moi. C'est parce que vous vouliez m'accorder cette grâce que vous avez fait « un commandement nouveau ». Oh ! que je l'aime puisqu'il me donne l'assurance que votre volonté est d'aimer en moi tous ceux que vous me commandez d'aimer ! Oui je le sens, lorsque je suis charitable, c'est Jésus seul qui agit en moi.


TEMPS DE PÂQUES VI - Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Encyclique « Dominum et vivificantem », § 24 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Le Défenseur, l'Esprit Saint..., vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit »
Une fois ressuscité, le Christ, qui avait « remis l'esprit » sur la croix (Jn 19,30) comme Fils de l'homme et Agneau de Dieu, va vers les apôtres pour « souffler sur eux » (Jn 20,22)... La venue du Seigneur remplit de joie ceux qui sont présents : « leur tristesse se change en joie » (cf Jn 16,20), comme il l'avait déjà promis lui-même avant sa Passion. Et surtout l'annonce essentielle du discours d'adieu se réalise : le Christ ressuscité, comme inaugurant une création nouvelle, porte l'Esprit Saint aux apôtres. Il le leur porte au prix de son « départ », il leur donne cet Esprit en quelque sorte à travers les plaies de sa crucifixion : « Il leur montra ses mains et son côté » (Jn 20,20). C'est en vertu de cette crucifixion qu'il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint » (v. 22).
Un lien étroit s'établit ainsi entre l'envoi du Fils et celui de l'Esprit Saint. L'envoi de l'Esprit Saint (après le péché originel) ne peut avoir lieu sans la croix et la résurrection : « Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous » (Jn 16,7). Un lien étroit s'établit aussi entre la mission de l'Esprit Saint et celle du Fils dans la rédemption. La mission du Fils, en un sens, trouve son achèvement dans la rédemption ; la mission de l'Esprit Saint découle de la rédemption : « C'est de mon bien qu'il reçoit et il vous le dévoilera » (Jn 16,15). La rédemption est accomplie pleinement par le Fils comme l'Oint qui est venu et a agi par la puissance de l'Esprit Saint, s'offrant lui-même à la fin en sacrifice suprême sur le bois de la croix. Et cette rédemption est aussi accomplie continuellement dans les cœurs et les consciences des hommes — dans l'histoire du monde — par l'Esprit Saint qui est l'« autre Défenseur » (Jn 14,16).
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église : Sermon 27, 8-10 (trad. Delhougne, Les Pères commentent p. 370)
« Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui »
« Le Père et moi, disait le Fils, nous viendrons chez lui, c'est-à-dire chez l'homme qui est saint, nous irons demeurer auprès de lui. » Et je pense que le prophète n'a pas parlé d'un autre ciel lorsqu'il a dit : « Tu habites chez les saints, toi la gloire d’Israël » (Ps 21, 4 Vulg). Et l'apôtre Paul dit clairement : « Par la foi, le Christ habite en nos cœurs » (Ep 3, 17). Il n'est donc pas surprenant que le Christ se plaise à habiter ce ciel-là. Alors que pour créer le ciel visible il lui a suffi de parler, il a lutté pour acquérir celui-là, il est mort pour le racheter. C'est pourquoi, après tous ses travaux, ayant réalisé son désir, il dit : « Voici le lieu de mon repos à tout jamais, c'est là le séjour que j'avais choisi » (Ps 131, 14)…
Maintenant « pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? » (Ps 41, 6). Penses-tu trouver en toi aussi une place pour le Seigneur ? Quelle place en nous est digne d'une telle gloire ? Quelle place suffirait à recevoir sa majesté ? Est-ce que je peux l'adorer seulement aux lieux où se sont arrêtés ses pas ? Qui m'accordera de pouvoir au moins suivre les traces d'une âme sainte « qu'il s'est choisie pour son domaine » ? (Ps 32, 12)
Puisse-t-il daigner répandre en mon âme l'onction de sa miséricorde, si bien que je sois capable de dire, moi aussi : « Je cours dans la voie de tes volontés, car tu mets mon cœur au large » (Ps 118, 32). Je pourrai peut-être, moi aussi, montrer en moi, sinon « une grande salle toute prête, où il puisse manger avec ses disciples » (Mc 14, 15), du moins « un endroit où il puisse reposer sa tête » (Mt 8, 20).
ou
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582)
carmélite, docteur de l'Église
Les Relations, 54 et 56 (OC; trad. Mère Marie du Saint-Sacrement, o.c.d.; Éds du Cerf 1995, p. 421 et 422; rev.)
« Si quelqu'un m'aime ... nous viendrons chez lui ; nous irons demeurer auprès de lui »
J'étais une fois profondément recueillie dans la divine compagnie que j'ai toujours en mon âme ; Dieu me paraissait tellement présent en moi que je songeais à cette parole de saint Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16). Et en effet, il me semblait que le Dieu vivant habitait réellement dans mon âme. Cette présence est différente de certaines visions que j'ai eues : elle donne une telle force à la foi que l'on ne peut aucunement douter que la Trinité est en notre âme par présence, par puissance et par essence. L'âme retire un immense profit de l'intelligence de cette vérité. Comme j'étais saisie d'effroi en voyant une si haute Majesté présente dans une créature aussi basse que mon âme, j'entendis ces paroles : « Ton âme n'est pas basse, ma fille, car elle est faite à mon image » (Gn 1,27). (...)
Jouissant un jour de la présence des trois Personnes que je porte en mon âme, la lumière dans laquelle je les voyais en moi était si vive, qu'il n'y avait aucun doute que ce ne soit là le Dieu vivant, le vrai Dieu. (...) Je songeais combien la vie est amère, puisqu'elle nous empêche de nous tenir toujours en cette si admirable compagnie. (...) Et le Seigneur m'a dit : « Ma fille, après cette vie, tu ne pourras plus me servir de la même manière que maintenant. Alors, que tu manges ou que tu dormes, quoi que tu fasses, fais-le par amour pour moi, comme si tu ne vivais plus toi-même, mais moi en toi. C'est là ce que disait saint Paul » (Ga 2,20).


TEMPS DE PÂQUES VI - Ferie II
Commentaire de l’Évangile
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274)
théologien dominicain, docteur de l'Église
Commentaire sur Jean, tome II § 2061 p.245-246 (Ed. du Cerf, trad. sous la direction du Père Philippe ; rev.)
L’envoi de l’Esprit Saint
Il faut considérer que, lorsqu’on dit que l’Esprit Saint est envoyé, ce n’est pas qu’il change de lieu, puisqu’il remplit le monde entier, comme le dit le livre de la Sagesse (cf. Sg 1, 7), mais qu’il commence à habiter d’une manière nouvelle, par la grâce, en ceux dont il fait le temple de Dieu : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? »(1Co 3, 16).
Et il n’est pas contradictoire de dire qu’il est envoyé et qu’il vient, car dire de lui qu’il vient, nous fait voir manifestement la majesté de sa divinité, lui qui « opère » « comme il le veut » (1Co 12,6 et 11), et dire qu’il est envoyé, montre qu’il procède d’un autre. En effet le fait de sanctifier la créature rationnelle en habitant en elle, il le tient d’un autre, de qui il tient l’être, comme le Fils tient d’un autre tout ce qu’il opère.
Remarquons aussi que la mission de l’Esprit Saint vient du Père et du Fils conjointement, comme l’exprime l’Apocalypse : « L’Ange me montra un fleuve d’eau de la vie – c’est-à-dire l’Esprit Saint – procédant du trône de Dieu et de l’Agneau -c’est-à-dire du Christ. » (Ap 22, 1) Voilà pourquoi, pour la mission de l’Esprit Saint, il est fait mention du Père et du Fils par lesquels, en vertu d’une même et égale puissance, il est envoyé. Aussi le Christ présente-t-il parfois le Père comme celui qui envoie, mais cependant pas sans le Fils « le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom » (Jn 14, 26) et parfois il se présente lui-même comme celui qui envoie, mais pas sans le Père : « que moi, je vous enverrai d’auprès du Père », parce que tout ce qu’opère le Fils, il le tient du père : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même. » (Jn 5, 19).
ou
Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, docteur de l'Église
Sermon 108 ; PL 52, 499 (trad. coll. Pères dans la foi, n° 46, p. 119)
Offrir un sacrifice à Dieu
« Je vous exhorte, mes frères, par la miséricorde de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint » (Rm 12,1). Par cette demande, l’apôtre Paul élève tous les hommes à participer au sacerdoce… L’homme ne cherche pas au dehors ce qu’il va offrir à Dieu mais apporte avec lui et en lui ce qu’il va sacrifier à Dieu pour son propre bienfait… « Je vous exhorte par la miséricorde de Dieu. » Frères, ce sacrifice est à l’image du Christ qui a immolé son corps ici-bas et offert sa vie pour la vie du monde. En vérité il a fait de son corps un sacrifice vivant, lui qui vit encore après avoir été tué. Dans ce si grand sacrifice, la mort est anéantie, elle est emportée par le sacrifice… C’est pourquoi les martyrs naissent au moment de leur mort et commencent leur vie quand ils la finissent ; ils vivent quand ils sont tués et brillent au ciel quand on croyait sur terre qu’ils s’étaient éteints…
Le prophète a chanté : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation mais tu m’as façonné un corps » (Ps 39,7). Sois à la fois le sacrifice offert et celui qui l’offre à Dieu. Ne perds pas ce que la puissance de Dieu t’a accordé. Revêts le manteau de la sainteté. Prends la ceinture de chasteté. Que le Christ soit le voile de ta tête ; la croix, la protection de ton front qui te donne la persévérance. Conserve dans ton cœur le sacrement de l’Écriture divine. Que ta prière brûle toujours comme un encens agréable à Dieu. Prends « le glaive de l’Esprit » (Ep 6,17) ; que ton cœur soit l’autel où tu pourras, sans crainte, offrir toute ta personne et toute ta vie…
Offre ta foi pour punir l’incroyance ; offre ton jeûne pour mettre fin à la voracité ; offre ta chasteté pour que meure la sensualité ; sois fervent pour que cesse la malfaisance ; fais œuvre de miséricorde pour mettre fin à l’avarice ; et pour supprimer la sottise, offre ta sainteté. Ainsi ta vie deviendra ton offrande si elle n‘a pas été blessée par le péché. Ton corps vit, oui, il vit, toutes les fois qu’en faisant mourir le mal en toi, tu offres à Dieu des vertus vivantes.
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies III, 17, 1-2 (trad. SC 211, p. 331 rev.)
« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur, le Paraclet, qui sera pour toujours avec vous » (Jn 14, 16)
L'Esprit promis par les prophètes est descendu sur le Fils de Dieu devenu Fils de l'homme (Mt 3, 16) : par là, avec lui, il s'accoutumait à habiter dans le genre humain, à reposer sur les hommes, à résider dans l'ouvrage modelé par Dieu. Et il réalisait en eux la volonté du Père et les renouvelait en les faisant passer de leur vétusté à la nouveauté du Christ.
C'est cet Esprit que David avait demandé pour le genre humain, en disant : « Et, par ton Esprit qui nous dirige, affermis-moi » (Ps 50, 14 LXX). C'est encore cet Esprit dont Luc nous dit qu'après l'ascension du Seigneur il est descendu sur les disciples, le jour de la Pentecôte, avec le pouvoir sur toutes les nations pour les introduire dans la vie et leur ouvrir le Nouveau Testament. Animés d'un même sentiment, les disciples célébraient les louanges de Dieu dans toutes les langues tandis que l'Esprit ramenait à l'unité les peuples séparés et offrait au Père les prémices de toutes les nations (Ac 2).
C'est pourquoi aussi le Seigneur avait promis de nous envoyer un Paraclet qui nous accorderait à Dieu. Car, comme de farine sèche on ne peut pas, sans eau, faire une seule pâte et un seul pain, ainsi nous, qui étions une multitude, nous ne pouvions pas non plus devenir un dans le Christ Jésus (1Co 10, 17) sans l'Eau venue du ciel. Et comme la terre aride, à moins de recevoir de l'eau, ne fructifie pas, ainsi nous-mêmes, qui n'étions d'abord que du bois sec, nous n'aurions jamais porté du fruit de vie sans la Pluie généreuse venue d'en haut. Car nos corps, par le bain du baptême, ont reçu l'union à l'incorruptibilité, tandis que nos âmes l'ont reçue par l'Esprit. C'est pourquoi l'un et l'autre sont nécessaires, puisque l'un et l'autre contribuent à donner la vie en Dieu.
ou
Saint Antoine de Padoue (vers 1195-1231), franciscain, docteur de l’Église : Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p. 169)
« L’Esprit de vérité…rendra témoignage en ma faveur »
L'Esprit Saint est un « fleuve de feu » (Dn 7, 10), un feu divin. Comme le feu agit sur le fer, ainsi ce feu divin agit sur les cœurs souillés, froids et durs. Au contact de ce feu, l'âme perd peu à peu sa noirceur, sa froideur, sa dureté. Elle se transforme toute à la ressemblance du feu qui l’embrase. Car si l’Esprit est donné à l'homme, s'il lui est insufflé, c'est pour le transformer à sa ressemblance, autant que c'est possible. Sous l'action du feu divin, l'homme se purifie, il s'échauffe, il se liquéfie, il arrive à l'amour de Dieu, selon ce que dit l'apôtre Paul : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Exhortation apostolique « Evangelii nuntiandi », ch. 7, § 75 - Copyright © Libreria Editrice Vaticana
« Quand viendra le Défenseur, l'Esprit de vérité, il rendra témoignage en ma faveur »
C'est grâce à l'appui du Saint Esprit que l'Église s'accroît. Il est l'âme de cette Église. C'est lui qui explique aux fidèles le sens profond de l'enseignement de Jésus et son mystère. Il est celui qui, aujourd'hui comme aux débuts de l'Église, agit en chaque évangélisateur qui se laisse posséder et conduire par lui, et met dans sa bouche les mots qu'il ne pourrait trouver seul, tout en prédisposant aussi l'âme de celui qui écoute pour le rendre ouvert et accueillant à la Bonne Nouvelle et au Règne annoncé.
Les techniques d'évangélisation sont bonnes mais les plus perfectionnées ne sauraient remplacer l'action discrète de l'Esprit. La préparation la plus raffinée de l'évangélisateur n'opère rien sans lui. Sans lui, la dialectique la plus convaincante est impuissante sur l'esprit des hommes. Sans lui, les schémas sociologiques ou psychologiques les plus élaborés se révèlent vite dépourvus de valeur.
Nous vivons dans l'Église un moment privilégié de l'Esprit. On cherche partout à le connaître mieux, tel que l'Écriture le révèle. On est heureux de se mettre sous sa mouvance. On s'assemble autour de lui. On veut se laisser conduire par lui. Or, si l'Esprit de Dieu a une place éminente dans toute la vie de l'Église, c'est dans la mission évangélisatrice de celle-ci qu'il agit le plus. Ce n'est pas par hasard que le grand départ de l'évangélisation a eu lieu le matin de Pentecôte, sous le souffle de l'Esprit.
On peut dire que l'Esprit Saint est l'agent principal de l'évangélisation... Mais l'on peut dire également qu'il est le terme de l'évangélisation : lui seul suscite la nouvelle création, l'humanité nouvelle à laquelle l'évangélisation doit aboutir, avec l'unité dans la diversité que l'évangélisation voudrait provoquer dans la communauté chrétienne. À travers lui l'Évangile pénètre au cœur du monde car c'est lui qui fait discerner les signes des temps -- signes de Dieu -- que l'évangélisation découvre et met en valeur à l'intérieur de l'histoire.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Jean, 10 (trad. bréviaire)
« Vous aussi, vous rendrez témoignage »
Tout ce que le Christ avait à faire sur la terre était maintenant accompli ; mais il fallait absolument que nous « devenions participants de la nature divine » du Verbe (2P 1,4), c'est-à-dire que nous abandonnions notre vie propre pour qu'elle se transforme en une autre... En effet, aussi longtemps qu'il demeurait dans la chair auprès des croyants, le Christ leur apparaissait, je crois, comme le donateur de tout bien. Mais lorsque viendrait le moment où il devrait monter vers son Père des cieux, il faudrait bien qu'il soit présent par son Esprit auprès de ses fidèles, qu'il « habite par la foi dans nos cœurs » (Ep 3,17).
Les hommes en qui l'Esprit est venu et a fait sa demeure sont transformés ; ils reçoivent de lui une vie nouvelle comme on peut facilement le voir par des exemples pris dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Samuel, après avoir adressé tout un discours à Saül, lui dit : « L'Esprit du Seigneur fondra sur toi et tu seras changé en un autre homme » (1S 10,6). Quant à saint Paul : « Nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire, comme il convient au Seigneur qui est Esprit. Car le Seigneur, c'est l'Esprit » (2Co 3,18).
Vous voyez comment l'Esprit transforme pour ainsi dire en une autre image ceux en qui on le voit demeurer. Il fait passer facilement de la considération des choses terrestres à un regard exclusivement dirigé vers les réalités célestes ; d'une lâcheté honteuse à des projets héroïques. Nous constatons que ce changement s'est produit chez les disciples : fortifiés ainsi par l'Esprit, les assauts des persécuteurs ne les ont pas paralysés ; au contraire, ils se sont attachés au Christ par un amour invincible. C'est absolument indubitable. Elle est donc bien vraie, la parole du Sauveur : « C'est votre intérêt que je retourne au ciel » (Jn 16,7). Car c'est le moment de la descente de l'Esprit.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 689-690 ; 737
« Il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi vous rendrez témoignage »
La mission conjointe du Fils et de l'Esprit : Quand le Père envoie son Verbe, il envoie toujours son Souffle -- mission conjointe où le Fils et l'Esprit Saint sont distincts mais inséparables. Certes, c'est le Christ qui paraît, lui, l'image visible du Dieu invisible (Col 1,15), mais c'est l'Esprit Saint qui le révèle. Jésus est Christ, c'est à dire « l'oint », parce que l'Esprit en est l'onction et tout ce qui advient à partir de l'Incarnation découle de cette plénitude. Quand enfin le Christ est glorifié, il peut à son tour, d'auprès du Père, envoyer l'Esprit à ceux qui croient en lui ; il leur communique sa gloire (Jn 17,22), c'est-à-dire l'Esprit Saint qui le glorifie (Jn 16,14). La mission conjointe se déploiera dès lors dans les enfants adoptés par le Père dans le Corps de son Fils : la mission de l'Esprit d'adoption sera de les unir au Christ et de les faire vivre en lui...
La mission du Christ et de l'Esprit Saint s'accomplit dans l'Église, Corps du Christ et Temple de l'Esprit Saint. Cette mission conjointe associe désormais les fidèles du Christ à sa communion avec le Père dans l'Esprit Saint ; l'Esprit prépare les hommes, les prévient par sa grâce, pour les attirer vers le Christ. Il leur manifeste le Seigneur ressuscité, il leur rappelle sa parole et leur ouvre l'esprit à l'intelligence de sa mort et de sa résurrection. Il leur rend présent le mystère du Christ, éminemment dans l'eucharistie, afin de les réconcilier, de les mettre en communion avec Dieu, afin de leur faire porter « beaucoup de fruit » (Jn 15,5). Ainsi la mission de l'Église ne s'ajoute pas à celle du Christ et de l'Esprit Saint, mais elle en est le sacrement ; par tout son être et dans tous ses membres elle est envoyée pour annoncer et témoigner, actualiser et répandre le mystère de la communion de la Sainte Trinité.
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie, Pentecôte 1937 (trad. Malgré la nuit, Ad solem 2002, p. 123)
« Le Défenseur que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité »
Qui es-tu, douce lumière ? ...
Es-tu le rayon jaillissant comme l'éclair
depuis le trône élevé du Juge éternel,
pénétrant comme un voleur dans la nuit de l'âme
qui s'ignorait elle-même ? (Lc 12,39)
Miséricordieux, impitoyable aussi,
tu pénètres jusqu'en ses profondeurs cachées.
L'âme est effrayée de ce qu'elle voit d'elle-même
et se garde ainsi dans une crainte sacrée
devant le commencement de toute sagesse
qui vient d'en haut
et nous ancre solidement en haut,
devant ton action qui nous crée à nouveau,
Saint Esprit, rayon que rien n'arrête !
Es-tu la plénitude d'esprit et de puissance
qui permet à l'Agneau de rompre les scellés
du décret éternel de Dieu ? (Ap 5,7)
Sur ton ordre les messagers du jugement
chevauchent de par le monde entier et séparent,
du tranchant de l'épée, le Royaume de lumière
de celui de la nuit (Ap 6,2s).
Les cieux seront nouveaux et la terre nouvelle (Ap 21,1),
et tout retrouvera alors sa juste place
par ton souffle léger :
Saint Esprit, puissance victorieuse !
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Lettre apostolique « Salvifici Doloris », 25
« On vous exclura des assemblées. Bien plus, l'heure vient où tous ceux qui vous tueront s'imagineront qu'il rendent un culte à Dieu. »
L'Évangile de la souffrance parle d'abord en différents endroits de la souffrance « pour le Christ », « à cause du Christ », et cela à travers les paroles mêmes de Jésus ou de ses Apôtres. Le Maître ne cache pas à ses disciples et à ceux qui le suivent la perspective d'une telle souffrance. Au contraire, il la révèle très franchement tout en annonçant les forces surnaturelles qui les accompagneront au milieu des persécutions et des tribulations subies « à cause de son nom ». Celles-ci seront en même temps comme un test particulier de ressemblance au Christ et d'union avec lui. « Si le monde vous hait, sachez que moi, il m'a pris en haine avant vous... ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait... Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, vous aussi, ils vous persécuteront... Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé » (Jn 15, 18-21).
« Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde »( Jn 16, 33). Ce premier chapitre de l'Évangile de la souffrance, qui parle des persécutions, c'est-à-dire des tribulations à cause du Christ, contient en lui-même un appel particulier au courage et à la force, soutenu par le fait éloquent de la Résurrection. Le Christ a vaincu définitivement le monde par sa Résurrection ; toutefois, parce que sa Résurrection est liée à sa passion et à sa mort, il a vaincu en même temps ce monde par sa souffrance. Oui, la souffrance a été insérée de façon particulière dans cette victoire sur le monde, manifestée dans la Résurrection. Le Christ garde dans son corps ressuscité les traces des blessures causées par le supplice de la croix, sur ses mains, sur ses pieds et dans son côté. Par la Résurrection, il manifeste la force victorieuse de la souffrance, il veut enraciner dans le cœur de ceux qu'il a choisis comme Apôtres, et de ceux qu'il continue de choisir et d'envoyer, la conviction que cette force existe. L'Apôtre Paul dira : « Tous ceux qui veulent vivre dans le Christ avec piété seront persécutés » (2 Tim. 3, 12).
ou
Saint Jean-Paul II
Discours aux jeunes, IV° Journée Mondiale de la Jeunesse (20 août 1989) D.C n°1991 du 1/10/1989, p. 838
« L'Esprit de Vérité rendra témoignage ... Et vous aussi vous rendrez témoignage »
Oui, mes très chers jeunes, le Christ ne vous appelle pas seulement à cheminer avec lui dans ce pèlerinage de la vie. Il vous envoie à sa place, pour être les messagers de la vérité et pour être ses témoins dans le monde, concrètement, devant les autres jeunes comme vous, parce que beaucoup d'entre eux aujourd'hui, dans le monde entier, sont à la recherche du Chemin, de la Vérité, de la Vie, mais ne savent pas où aller.
L'heure est venue d'entreprendre une nouvelle évangélisation ; et vous ne pouvez pas faillir à cet appel urgent. En ce lieu dédié à saint Jacques, le premier des apôtres qui donna le témoignage du martyre, engageons-nous à accueillir le commandement du Christ : « Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Que signifie être témoin du Christ ? Cela signifie simplement vivre en accord avec l'Évangile : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,37-39).
Le chrétien est appelé à servir ses frères et la société, à promouvoir et à soutenir la dignité de chaque être humain, à respecter, à défendre et à favoriser les droits de la personne, à être l'artisan d'une paix durable et authentique basée sur la fraternité, la liberté, la justice et la vérité. En dépit des merveilleuses possibilités offertes à l'humanité par la technologie moderne, il existe encore beaucoup de pauvreté et de misère dans le monde. Dans de nombreuses régions du monde, les personnes vivent sous la menace de la violence, du terrorisme et même de la guerre.
C'est une nécessité urgente de pouvoir compter sur les envoyés du Christ, sur les messagers chrétiens. Et vous, jeunes, vous tous, garçons et filles, vous serez à l'avenir ces envoyés et ces messagers.


TEMPS DE PÂQUES VI - Ferie III
Commentaire de l’Évangile
Saint Charles de Foucauld (1858-1916)
ermite et missionnaire au Sahara
§ 85, psaume 43 (Méditations sur les psaumes ; éd. Nouvelle Cité, 2002 ; p. 217-218 ; rev.)
« Il vaut mieux pour vous que je m’en aille » (Jn 16,7)
Quand nous voyons que la grâce de Dieu nous soutient moins, qu’elle diminue en nous, nous abandonne presque, gardons-nous de nous décourager. Cette diminution, ce délaissement, sont encore cette grâce, et celle qui nous est le plus utile pour le moment présent. C’est aux yeux de Dieu le moyen le plus efficace pour nous tirer de notre sommeil, de notre langueur, nous faire ouvrir les yeux, nous faire voir que nous avons quitté la bonne voie, que nous marchons à notre perte.
Loin de nous décourager, remercions-le profondément de nous ouvrir ainsi les yeux, et mettons-nous à faire sérieusement notre examen de conscience, à examiner nos infidélités, à voir les moyens de ne plus les commettre, et veillons sur nous, prenons de bonnes résolutions et efforçons-nous de les exécuter. Prions Dieu, demandons-lui de nous rendre ses grâces, promettons-lui d’y être plus fidèles à l’avenir que par le passé, et pleins d’humilité, de vigilance, de bon désir, commençons une nouvelle vie.
Si nous faisons cela, la grâce divine nous sera rendue avec plus d’abondance que par le passé, et cette soustraction momentanée de l’aide de Dieu aura été ce qu’elle devait être dans son intention, une source de plus grands biens, un moyen très efficace de nous convertir.
ou
Saint Claude la Colombière (1641-1682), jésuite
Réflexions chrétiennes (Écrits spirituels, coll. Christus n° 9, éd. DDB, 1982, p. 326-327 ; rev.)
La voix divine de la conscience
La conscience, aux gens de bien, est un ami qui rend les plaisirs plus sensibles et les biens plus doux. Surtout elle est d’un grand secours dans les adversités. C’est pour cela que l’on dit : « Qui donc aurais-je dans le ciel ? Avec toi, je suis sans désir sur la terre » (Ps 72(73),25). (…) La conscience est un juge. Les uns refusent d’obéir à ce juge, les autres corrompent ce juge, les autres le font mourir.
Comme la voix a été donnée à l’homme pour être l’interprète de ses sentiments et de ses désirs, c’est aussi par la conscience que Dieu nous apprend ce qu’il juge de chaque chose et ce qu’il attend de chacun de nous. Cette voix divine forme diverses paroles intérieures, pour exprimer les diverses leçons et les divers ordres qu’il plaît à Dieu de donner à sa créature. Elle est le lien du commerce que le Seigneur veut bien avoir avec nous et l’organe le plus ordinaire dont il se sert pour toucher nos cœurs et nous ouvrir le sien. (…)
Rien ne fait mieux voir le désir ardent que Dieu a eu de conduire les hommes à la félicité souveraine que la conscience qu’il leur a donnée pour leur servir de guide. Rien de si éclairé pour discerner le bien et le mal, rien de si fidèle à nous le montrer, rien de si pressant pour nous porter à embrasser l’un et fuir l’autre. Mais si elle est un effet de son amour, cette conscience, c’en est encore un de son zèle pour la justice ; car cette même conscience qui est si soigneuse de nous détourner du mal, est encore extrêmement sévère à nous en punir.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église. 3ème sermon pour la Pentecôte
« C'est votre intérêt que je m'en aille »
L'Esprit Saint a couvert la Vierge Marie de son ombre (Lc 1,35) et, le jour de la Pentecôte, il a fortifié les apôtres ; pour elle, c'était en vue d'adoucir l'effet de la venue de la divinité en son corps virginal et, chez eux, en vue de les « revêtir de la force d'en haut » (Lc 24,49), c'est-à dire de la charité la plus ardente... Comment, dans leur faiblesse, auraient-ils pu remplir leur mission de triompher de la mort sans cet « amour aussi fort que la mort » et de ne pas laisser « les portes de l'enfer prévaloir contre eux » sans cet « amour aussi inflexible que l'enfer » ? (Mt 16,18 ; Ct 8,6) Or, en voyant ce zèle, certains les croyaient ivres (Ac 2,13). Effectivement, ils étaient ivres, mais d'un vin nouveau..., celui que la « vraie vigne » avait laissé couler du haut du ciel, celui « qui réjouit le cœur de l'homme » (Jn 15,1 ; Ps 103,15)... C'était un vin nouveau pour les habitants de la terre, mais au ciel il se trouvait en abondance..., il coulait à flot dans les rues et sur les places de la cité sainte, où il répandait la joie du cœur...
Ainsi, il y avait au ciel un vin particulier que la terre ignorait. Mais la terre avait aussi quelque chose qui lui était propre et qui faisait sa gloire -- la chair du Christ -– et les cieux avaient une grande soif de la présence de cette chair. Qui pourrait empêcher cet échange si sûr et si riche en grâce entre le ciel et la terre, entre les anges et les apôtres, de sorte que la terre possède l'Esprit Saint et le ciel la chair du Christ ?... « Si je ne m'en vais pas, dit Jésus, le Défenseur ne viendra pas à vous. » C'est-à-dire, si vous ne laissez pas partir ce que vous aimez, vous n'obtiendrez pas ce que vous désirez. « C'est votre intérêt que je m'en aille » et que je vous transporte de la terre au ciel, de la chair à l'esprit ; car le Père est esprit, le Fils est esprit, et l'Esprit Saint est aussi esprit... Et le Père « qui est esprit, recherche des adorateurs qui l'adorent en esprit et en vérité » (Jn 4,23-24).
ou
Saint Antoine de Padoue (vers 1195-1231), franciscain, docteur de l’Église : Sermons pour le dimanche et les fêtes des saints (trad. Bayart, Eds. franciscaines 1944, p 169)
« Si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai »
Le Saint Esprit est le froment qui nous réconforte sur le chemin de la patrie, il est le vin qui nous réjouit dans la tribulation, l'huile qui adoucit les amertumes de la vie. Il fallait ce triple secours aux apôtres qui devaient aller prêcher dans le monde entier. C'est pourquoi Jésus leur envoie le Saint Esprit. Ils en sont remplis -- remplis, pour que les esprits impurs n'aient point accès en eux : quand un vase est bien rempli, on n'y peut rien mettre d'autre.
L'Esprit Saint « vous enseignera » (Jn 16, 13), pour que vous sachiez ; il vous suggèrera, pour que vous vouliez. Il donne le savoir et le vouloir ; ajoutons notre « pouvoir », dans la mesure de nos forces, et nous serons les temples du Saint Esprit (1Co 6, 19).
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Meditations and Devotions, ch. 14 The Paraclete, 3 (trad. Lecoffre/Brémond rev.)
« Si je ne m'en vais pas, le Paraclet, le Défenseur, ne viendra pas à vous, mais si je pars, je vous l'enverrai »
Mon Dieu, éternel Paraclet, je t'adore, Lumière et Vie. Tu aurais pu te contenter de m'envoyer du dehors de bonnes pensées, la grâce qui les inspire et les accomplit ; tu aurais pu me conduire ainsi dans la vie, me purifiant seulement par ton action tout intérieure au moment de mon passage dans l'autre monde. Mais, dans ta compassion infinie, tu es entré dans mon âme, dès le commencement, tu en as pris possession, tu en as fait ton temple. Par ta grâce, tu habites en moi d'une manière ineffable, tu m'unis à toi et à toute l'assemblée des anges et des saints. Plus encore, tu es personnellement présent en moi, non seulement par ta grâce, mais par ton être même, comme si, tout en gardant ma personnalité, j'étais en quelque sorte absorbé en toi, dès cette vie. Et comme tu as pris possession de mon corps lui-même dans sa faiblesse, il est donc aussi ton temple (1Co 6,19). Vérité étonnante et redoutable ! Ô mon Dieu, je le crois, je le sais !
Puis-je pécher quand tu es si intimement avec moi ? Puis-je oublier qui est avec moi, qui est en moi ? Puis-je chasser l'hôte divin par ce qu'il abhorre plus que tout, la seule chose au monde entier qui l'offense, la seule réalité qui ne soit pas sienne ? ... Mon Dieu, j'ai une double sécurité contre le péché : d'abord, la crainte d'une telle profanation, en ta présence, de tout ce que tu es en moi ; et ensuite, la confiance que cette présence même me gardera du mal... Dans les épreuves et la tentation, je t'appellerai... Grâce à toi-même, je ne t'abandonnerai jamais.
ou
Saint Cyrille de Jérusalem (313-350), évêque de Jérusalem et docteur de l'Église
Catéchèse baptismale n° 16 (trad. bréviaire)
« C'est l'Esprit qui vivifie » (2Co 3,6)
« L'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle » (Jn 4,14). C'est une eau toute nouvelle, vivante et jaillissante, jaillissant pour ceux qui en sont dignes. Pour quelle raison le don de l'Esprit est-il appelé une « eau » ? C'est parce que l'eau est à la base de tout ; parce que l'eau produit la végétation et la vie ; parce que l'eau descend du ciel sous forme de pluie ; parce que, tombant sous une seule forme, elle agit pourtant de façon multiforme... Elle est différente dans le palmier, différente dans la vigne, elle se fait toute à tous. Elle n'a qu'une seule manière d'être, et elle n'est pas différente d'elle-même. La pluie ne se transforme pas quand elle descend ici ou là mais, en s'adaptant à la constitution des êtres qui la reçoivent, elle produit en chacun ce qui lui convient.
L'Esprit Saint agit ainsi. Il a beau être un, simple et indivisible, « il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté » (1Co 12,11). De même que le bois sec, associé à l'eau, produit des bourgeons, de même l'âme qui vivait dans le péché, mais que la pénitence rend capable de recevoir le Saint Esprit, porte des fruits de justice. Bien que l'Esprit soit simple, c'est lui, sur l'ordre de Dieu et au nom du Christ, qui anime de nombreuses vertus.
Il emploie la langue de celui-ci au service de la sagesse ; il éclaire par la prophétie l'âme de celui-là ; il donne à un autre le pouvoir de chasser les démons ; à un autre encore celui d'interpréter les divines Écritures. Il fortifie la chasteté de l'un, il enseigne à un autre l'art de l'aumône, il enseigne à celui-ci le jeûne et l'ascèse, à un autre il enseigne à mépriser les intérêts du corps, il prépare un autre encore au martyre. Différent chez les différents hommes, il n'est pas différent de lui-même, ainsi qu'il est écrit : « Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous » (1Co 12,7).
ou
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie Pentecôte 1937 (trad. Malgré la nuit, Ad solem 2002, p. 125)
« C'est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous »
Qui es-tu, douce lumière qui me combles
et illumines la ténèbre de mon cœur ? ...
Es-tu le Maître d'œuvre,
le bâtisseur de la cathédrale éternelle
qui depuis la terre s'élève jusqu'au Ciel ?
Tu donnes vie à ses colonnes, qui se dressent,
hautes et droites, solides et immuables (Ap 3,12).
Marquées du signe du Nom divin et éternel,
elles s'élancent vers la lumière et portent la coupole
qui achève et couronne la sainte cathédrale,
ton œuvre qui embrasse l'univers entier :
Saint Esprit, Main de Dieu créatrice ! ...
Es-tu le doux cantique de l'amour
et du respect sacré qui retentit sans fin
autour du trône de la Trinité sainte (Ap 4,8),
symphonie où résonne
la note pure donnée par chaque créature ?
Le son harmonieux,
l'accord unanime des membres et de la Tête (Ep 4,15),
dans lequel chacun au comble de la joie
découvre le sens mystérieux de son être
et le laisse jaillir en cri de jubilation,
rendu libre
en participant à ton propre jaillissement :
Saint Esprit, jubilation éternelle !
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « The Spiritual Presence of Christ in the Church », PPS, t. 6, n°10
« Si je pars, je vous enverrai le Paraclet, le Défenseur »
Le Christ est vraiment avec nous maintenant, quelle qu'en soit la manière. Il le dit lui-même : « Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28,20)... Vous pourriez être conduits à donner cette explication : « Le Christ est revenu, mais en esprit ; c'est son Esprit qui est venu à sa place, et quand il est dit que le Christ est avec nous, cela signifie seulement que son Esprit est avec nous. » Personne, certes, ne peut nier...que le Saint Esprit est venu ; mais pourquoi est-il venu ? Pour suppléer à l'absence du Christ ou pour accomplir sa présence ? Assurément, pour le rendre présent. N'imaginons pas un moment que Dieu le Saint Esprit puisse venir de telle sorte que Dieu le Fils demeure au loin. Non, il n'est pas venu afin que le Christ ne vienne pas, mais bien plutôt afin que le Christ puisse venir dans sa venue. Par le Saint Esprit nous entrons en communion avec le Père et le Fils... Saint Paul écrit : « En Christ nous sommes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu dans l'Esprit »..., et « Qu'il vous donne la puissance par son Esprit, pour rendre fort l'homme intérieur, afin que le Christ habite dans vos cœurs par la foi » (Ep 2,22 ; 3,16s). Le Saint Esprit suscite et la foi accueille l'habitation du Christ dans le cœur. Ainsi donc, l'Esprit ne prend pas la place du Christ dans l'âme, il assure cette place au Christ...
Le Saint Esprit, donc, daigne venir à nous afin que par sa venue le Christ puisse venir à nous, non matériellement ou visiblement, mais en entrant en nous. Et c'est ainsi qu'il est à la fois présent et absent : absent en ce qu'il a quitté la terre, présent en ce qu'il n'a pas quitté l'âme fidèle. Comme il le dit lui-même : « Le monde ne me verra plus, mais vous me verrez » (Jn 14,19).
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
12 sermons sur le Christ, Egloff, Paris 1943, p. 214, 218-220. (trad. Pierre Leyris)
« Si je pars, je vous enverrai le Paraclet, le Défenseur »
Nous pourrions être tentés de dire : « le Christ est revenu, mais en esprit ; c'est son Esprit qui est revenu à sa place ; et quand il est dit qu'il est avec nous, cela signifie seulement que son Esprit est avec nous. » Personne, certes, ne peut nier que le Saint Esprit est venu ; mais pourquoi est-il venu ? Pour suppléer à l'absence du Christ ou pour accomplir sa présence ? Assurément, pour le rendre présent. Ne supposons point un moment que Dieu le Saint Esprit puisse venir de telle sorte que Dieu le Fils demeure au loin. Non, il n'est pas venu afin que le Christ ne vienne pas, mais bien plutôt afin que le Christ puisse venir dans sa venue. Par le Saint Esprit nous entrons en communion avec le Père et le Fils... « Puissamment fortifiés par l'Esprit du Père dans l'homme intérieur, nous dit saint Paul, afin que le Christ habite dans vos cœurs par la foi » (Ép 3,16-17). Le Saint Esprit suscite, la foi accueille l'habitation du Christ dans le cœur. Ainsi donc, l'Esprit ne prend pas la place du Christ dans l'âme, il assure cette place au Christ.
Saint Paul insiste sur cette présence du Christ en ceux qui ont son Esprit (cf 1Co 6,15 ; 1Co 12,13.27)... Le Saint Esprit, donc, daigne venir à nous afin que par sa venue le Christ puisse venir à nous, non charnellement ou visiblement, mais en nous pénétrant. Et c'est ainsi qu'il est à la fois présent et absent ; absent en ce qu'il a quitté la terre ; présent en ce qu'il n'a pas quitté l'âme fidèle ; ou, comme il le disait lui-même : « Le monde ne me verra plus, mais vous me verrez » (Jn 14,19).

suivant