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3 mai - Fête des saints Philippe et Jacques (le mineur), apôtres
Commentaire de l’Évangile
Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses
Entretiens aux Filles de la Charité, 1/05/1648 (Tome IX, Éd. Gabalda, 1923, conférence du 1er mai 1648, p.395)
Comment Jésus forma ses apôtres
Vous savez, mes sœurs, que les conférences ont servi à Notre Seigneur pour l'établissement de son Église. Dès le jour où il assembla ses apôtres, il leur en fit ; puis, quand sa Compagnie fut plus grande et eut apôtres et disciples, il tint parfois avec eux des assemblées ; et ce fut dans une conférence comme cela que saint Philippe, dont nous faisons aujourd'hui la fête, dit à Notre Seigneur : « Seigneur, vous nous parlez de votre Père, mais faites-nous voir votre Père » ; et Notre Seigneur lui répondit : « Qui me voit voit mon Père ; mon Père et moi ne sommes qu'un ».
Les apôtres proposaient leurs difficultés dans ces conférences, et Notre Seigneur leur répondait. Il traitait de l'avancement de l'Église et des moyens dont Dieu se servirait pour la faire fleurir. De sorte, mes chères sœurs, que l'on peut dire, et c'est certain, que Jésus Christ même a institué les conférences et s'en est servi pour le commencement, le progrès et la perfection de son Église ; et après sa mort et son ascension glorieuse il ne se faisait d'autres instructions entre les fidèles par les apôtres et par les prêtres que sous forme de conférence. il n'y avait point de sermon ; quand les chrétiens étaient assemblés, on commençait la conférence.
ou
Pape François
Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » §180-181 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Saints Philippe et Jacques, apôtres envoyés proclamer au monde entier le Royaume de Dieu
En lisant les Écritures, il apparaît clairement que la proposition de l’Évangile ne consiste pas seulement en une relation personnelle avec Dieu... La proposition est le Royaume de Dieu (Lc 4,43) ; il s’agit d’aimer Dieu qui règne dans le monde. Dans la mesure où il réussira à régner parmi nous, la vie sociale sera un espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous. Donc, aussi bien l’annonce que l’expérience chrétienne tendent à provoquer des conséquences sociales. Cherchons son Royaume : « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33). Le projet de Jésus est d’instaurer le Royaume de son Père ; il demande à ses disciples : « Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 10,7).
Anticipé et grandissant parmi nous, le Royaume concerne tout et nous rappelle ce principe de discernement que le pape Paul VI proposait en relation au développement véritable : « Tous les hommes et tout l’homme. » Nous savons que « l’évangélisation ne serait pas complète si elle ne tenait pas compte des rapports concrets et permanents qui existent entre l’Évangile et la vie, personnelle, sociale, de l’homme » (Paul VI). Il s’agit du critère d’universalité, propre à la dynamique de l’Évangile, du moment que le Père désire que « tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4) et que son dessein de salut consiste à « saisir toutes choses, celles du ciel et celles de la terre, sous un seul Seigneur, le Christ » (Ep 1,10). Le mandat est : « Allez dans le monde entier ; proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16,15), parce que « la création en attente, aspire à la révélation des enfants de Dieu » (Rm 8,19). Toute la création signifie aussi tous les aspects de la nature humaine, de sorte que « la mission de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ a une dimension universelle. Son commandement de charité embrasse toutes les dimensions de l’existence, toutes les personnes, tous les secteurs de la vie sociale et tous les peuples. Rien d’humain ne peut lui être étranger. »
ou
Saint Bruno de Segni (v. 1045-1123), évêque
Commentaire sur l'évangile de Jean ; PL 165, 562 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 3, p. 957s rev.)
« Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père et le Père est en moi »
« Je suis le chemin. » Pourquoi ? Parce que « personne ne va au Père sans passer par moi ». « Je suis la vérité. » Comment cela ? Parce que personne ne connaît le Père, sinon par moi : « personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » (Mt 11,27)... « Je suis la vie », parce que personne n'a la vie, sinon par moi. « Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu. »
Jésus nous dit : « Vous voulez venir au Père ? Vous voulez le connaître ? Connaissez-moi d'abord, moi que vous voyez, et ainsi vous connaîtrez ensuite celui que vous ne voyez pas encore. Déjà vous l'avez vu, mais non en lui-même ; vous l'avez vu en moi. Vous l'avez vu, mais en esprit et par la foi. C'est lui qui parle en moi, car je ne parle pas de moi-même. Quand vous m'écoutez, vous le voyez ; car, lorsqu'il s'agit des réalités spirituelles, il n'y a pas de différence entre voir et entendre : celui qui entend, voit ce qu'il entend. Ainsi, vous voyez le Père lorsque vous l'écoutez parler en moi. Et dès maintenant vous le connaissez, parce qu'il demeure en vous, et qu'il est en vous ».
« Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit ». Philippe désirait voir le Père non seulement en esprit, par les yeux de la foi, mais encore avec ses yeux de chair. Moïse, lui aussi, avait dit : « Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, montre-moi ta face pour que je te connaisse ». Et le Seigneur avait répondu : « Personne ne peut me voir sans mourir » (Ex 33,18-20). Ici Jésus dit à Philippe : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas ! Philippe, celui qui m'a vu a vu le Père ». Philippe parlait de la vision des sens ; le Christ l'appelle à la vision intérieure, il l'invite à saisir avec les yeux de l'âme. « Il y a si longtemps que je suis avec vous ; il y a si longtemps que je vis avec vous ; il y a si longtemps que je vous révèle ma divinité et ma puissance par mes paroles, par les signes et les miracles, et tu ne me connais pas ? Philippe, celui qui me voit, non pas avec ses yeux de chair, comme tu le crois, mais avec les yeux de son cœur, comme je te le dis, celui-là voit le Père. »
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église « Lumen gentium » §23
Les évêques, successeurs des apôtres
Chaque évêque est le principe visible et le fondement de l'unité de son église particulière, formée à l'image de l'Église universelle ; et c'est dans toutes ces églises particulières et par elles qu'est constituée l'Église catholique, une et unique. Par conséquent chaque évêque représente sa propre église et tous ensemble avec le Pape représentent l'Église entière dans le lien de la paix, de l'amour et de l'unité.
Chaque évêque, préposé à une église particulière, exerce son gouvernement pastoral sur la portion du Peuple de Dieu qui lui a été confiée et non sur les autres églises ni sur l'Église universelle. Mais, en tant que membres du Collège épiscopal et successeurs légitimes des apôtres, tous les évêques sont tenus, par une disposition et un commandement du Christ, d'avoir pour toute l'Église une sollicitude qui, sans s'exercer par un acte de juridiction, contribue considérablement au bien de l'Église universelle. Tous les évêques, en effet, doivent promouvoir et défendre l'unité de la foi et la discipline commune à toute l'Église, inculquer aux fidèles l'amour de tout le Corps mystique du Christ, particulièrement des membres pauvres et souffrants, l'amour de ceux qui sont persécutés pour la justice (cf Mt 5, 10) ; et enfin, promouvoir toute activité commune à l'Église entière, spécialement celle qui tend à accroître la foi et à faire briller aux yeux de tous les hommes la lumière de la pleine vérité...
Le soin d'annoncer l'Évangile dans tous les coins du monde incombe au corps des pasteurs : c'est à lui que le Christ en a donné l'ordre, lui imposant une charge commune... Chaque évêque donc, pour autant que le permet l'accomplissement de sa charge particulière, est tenu de collaborer avec ses semblables et avec le successeur de Pierre, auquel a été confiée tout spécialement la charge suprême de propager le nom chrétien.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Discours sur les psaumes, Ps 86
Saints Philippe et Jacques, apôtres, fondations de la cité sainte (Ap 21,14)
« Ses fondements sont sur les montagnes saintes ; le Seigneur chérit les portes de Sion » (Ps 86,1-2)... « Vous êtes les concitoyens des saints, vous faites partie de la maison de Dieu. Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et la pierre angulaire c'est le Christ Jésus lui-même » (Ep 2,19-20)... Le Christ, pierre angulaire, et les montagnes, c'est-à-dire les apôtres et les grands prophètes qui portent tout l'ensemble de la cité, forment une sorte d'édifice vivant. Cet édifice vivant a une voix qui retentit maintenant dans vos cœurs. C'est Dieu, ouvrier habile, qui se sert de mon langage afin de vous presser de prendre place dans cette construction : comme autant de pierres taillées aux quatre côtés égaux...
Remarquez la forme d'une pierre parfaitement carrée : elle est comme l'image du chrétien. Le chrétien, quelque tentation qu'il éprouve, ne tombe pas ; il peut être poussé violemment, retourné en quelque sorte, il ne tombe pas. Car, de quelque côté que vous retourniez une pierre carrée, elle reste toujours debout... Soyez donc semblables à des pierres carrées, et préparés à tous les chocs ; et, quelle que soit la force qui vous poussera, qu'elle ne puisse pas vous faire perdre l'équilibre...
Vous vous élèverez pour prendre place dans cet édifice par une vie chrétienne sincère, par la foi, par l'espérance et par la charité. La cité sainte est formée de ses propres citoyens ; les mêmes hommes sont à la fois les pierres et les citoyens, car ces pierres sont vivantes. « Vous-mêmes, dit l'Écriture, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l'édification d'un édifice spirituel » (1P 2,5)... Pourquoi les apôtres et les prophètes sont-ils les fondements de la ville ? Parce que leur autorité soutient notre faiblesse... Par eux, nous entrons dans le royaume de Dieu ; ils sont pour nous les prédicateurs du salut. Et quand nous entrons par eux dans la cité, nous y entrons par le Christ - car il est lui-même la porte (Jn 10,9).
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
De la Trinité, 7, 34-36 (trad. DDB 1981, t. 2, p.103 rev. ; cf Bresard, 2000 ans A, p.140)
« Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit »
Jésus dit : « Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez et vous l'avez vu ». On voit l'homme Jésus Christ. Les apôtres ont devant les yeux son aspect extérieur, c'est-à-dire sa nature d'homme, alors que Dieu, affranchi de toute chair n'est pas reconnaissable dans un misérable corps charnel. Comment se fait-il donc que le connaître soit aussi connaître le Père ?
Ces paroles inattendues troublent l'apôtre Philippe... ; la faiblesse de son esprit humain ne lui permet pas de comprendre une affirmation si étrange... Alors, avec l'impétuosité que permettaient sa familiarité et sa fidélité d'apôtre, il interroge son Maître : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit ! »... Ce n'est pas qu'il désire contempler le Père de ses yeux physiques, mais il demande à comprendre celui qu'il voit de ses yeux. Car voyant le Fils sous sa forme humaine, il ne comprend pas comment, de ce fait, il avait vu le Père...
Le Seigneur lui répond donc : « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? » Il lui reproche d'ignorer qui il était... Pourquoi ne l'avait-on pas reconnu, lui qu'ils avaient si longtemps cherché ? C'est que pour le reconnaître, il fallait reconnaître que la divinité, la nature du Père, était en lui. En effet, toutes les œuvres qu'il avait faites étaient le propre de Dieu : marcher sur les eaux, commander aux vents, accomplir des choses impossibles à comprendre, telles que changer l'eau en vin ou multiplier les pains..., mettre en fuite les démons, chasser les maladies, porter remède aux infirmités du corps, corriger les handicaps de naissance, remettre les péchés, rendre la vie aux morts. Voilà tout ce qu'avait fait son corps de chair, et tout cela lui permet de se proclamer Fils de Dieu. De là son reproche et sa plainte : à travers la réalité mystérieuse de sa naissance humaine, on n'a pas perçu la nature divine qui accomplissait ces miracles par cette nature humaine assumée par le Fils.
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Message pour la Journée des vocations 1971 (trad. DC, t. 68, p. 405)
« Je vous donnerai des pasteurs » (Jr 3,15)
Les apôtres, fidèles à la mémoire de Jésus, se réjouissaient avec les nouveaux croyants parce qu'ils avaient trouvé en lui, non seulement le Pasteur de leur âme, mais plus encore le Chef des pasteurs. Lorsque l'heure fut venue de retourner au Père, en quittant ce monde, Jésus voulut choisir et appeler d'autres « pasteurs selon son cœur » (Jr 3,15). Il l'a fait par libre choix, afin qu'ils continuent sa propre mission, dans le monde entier, jusqu'à la fin des temps. Ils seront ses envoyés, ses messagers, ses apôtres. Ils ne seront pasteurs qu'en son nom, pour le bien du troupeau et dans la force de son Esprit, auquel ils devront rester fidèles.
Le premier de tous, Pierre, après la triple profession d'amour envers Jésus, est nommé pasteur de ses brebis et de ses agneaux (Jn 21,15). Puis tous les apôtres. Et après eux, d'autres encore, et tous dans le même Esprit. Et tous, dans tous les temps, devront guider le troupeau du Seigneur qui leur a été confié, non comme des dominateurs, mais comme les modèles du troupeau (1P 5,3), avec un total désintéressement et tout l'élan de leur cœur. Ainsi seulement, ils pourront recevoir un jour la récompense méritée, quand reparaîtra le Chef des pasteurs.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 858-860
« Je crois en l'Église... apostolique »
Jésus est l'Envoyé du Père. Dès le début de son ministère, il « appela à lui ceux qu'il voulut, et il en institua Douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher » (Mc 3,13-14). Dès lors, ils seront ses « envoyés » (ce que signifie le mot grec ‘ ;apostoloi'). En eux continue sa propre mission : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Leur ministère est donc la continuation de sa propre mission : « Qui vous accueille, m'accueille », dit-il aux Douze (Mt 10,40).
Jésus les unit à sa mission reçue du Père : comme « le Fils ne peut rien faire de lui-même » (Jn 5,19.30), mais reçoit tout du Père qui l'a envoyé, ainsi ceux que Jésus envoie ne peuvent rien faire sans lui (Jn 15,5) de qui ils reçoivent le mandat de mission et le pouvoir de l'accomplir. Les apôtres du Christ savent donc qu'ils sont qualifiés par Dieu comme « ministres d'une alliance nouvelle » (2Co 3,6), « ministres de Dieu » (2Co 6,4), « en ambassade pour le Christ » (2Co 5,20), « serviteurs du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu » (1Co 4,1).
Dans la charge des apôtres, il y a un aspect intransmissible : être les témoins choisis de la Résurrection du Seigneur et les fondements de l'Église. Mais il y a aussi un aspect permanent de leur charge. Le Christ leur a promis de rester avec eux jusqu'à la fin des temps (Mt 28,20). « La mission divine confiée par Jésus aux apôtres est destinée à durer jusqu'à la fin des siècles, étant donné que l'Évangile qu'ils doivent transmettre est pour l'Église principe de toute sa vie, pour toute la durée du temps. C'est pourquoi les apôtres prirent soin d'instituer ... des successeurs » (Vatican II : LG 20).
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
La Trinité, VII, 33-35 (trad. coll. Pères dans la foi, n°20, p. 102 rev.)
Le chemin vers le Père
Le Seigneur n'a pas laissé planer ni doute ni incertitude sur un si grand mystère... Écoutons-le révéler aux apôtres tout ce qu'il faut savoir pour le croire : « Je suis la voie, la vérité, et la vie. Personne ne vient au Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père... Qui m'a vu, a vu aussi le Père. Comment peux-tu me dire : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? »... Ainsi donc celui qui est la voie ne nous conduit pas sur des sentiers sans issue ou dans un désert sans chemin ; celui qui est la vérité ne veut pas nous tromper par des mensonges ; celui qui est la vie ne nous laissera pas dans une erreur qui aboutirait à la mort... « Personne ne vient au Père que par moi » : le chemin vers le Père passe par le Fils...
« Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi le Père. » On voit l'homme Jésus Christ..., son aspect extérieur, c'est-à dire sa nature d'homme... ; comment donc est-ce que le connaître, c'est aussi connaître le Père ? Dans le mystère du corps qu'il a pris, le Seigneur manifeste la divinité qui est dans le Père en gardant un certain ordre... : « Si vous me connaissez, vous le connaîtrez et vous le verrez »... Il distingue le temps de la vue et celui de la connaissance ; il dit qu'ils ont à reconnaître celui qui leur parle et qu'ils voient... ; il leur faut apprendre à reconnaître la nature divine qui est en lui.
Ces paroles auxquelles il ne s'attendait pas troublent Philippe. Il voit un homme, et cet homme affirme être le Fils de Dieu... ; le Seigneur lui dit qu'il a vu le Père, et donc qu'il le connaît, puisqu'il l'a vu. La condition limitée de son être humain ne permet pas à Philippe de comprendre une telle affirmation... C'est pourquoi il répond qu'il n'a pas vu le Père et demande au Seigneur de le lui montrer. Ce n'est pas qu'il désire le contempler de son œil corporel, mail il demande qu'on lui fasse comprendre qui est celui qu'il voit... Exprimant un désir plutôt de comprendre que de voir, il ajoute : « Et cela nous suffit ».
ou
Saint Hilaire (v. 315-367), évêque de Poitiers et docteur de l'Église
La Trinité VII, 41 (trad. coll. Pères dans la foi, n°20, p. 110 rev.)
« Philippe lui dit : ' Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit '«
« Croyez-moi : Je suis dans le Père et le Père est en moi. » Que veut donc dire : « Croyez-moi » ? Assurément cette parole est à rapprocher de cette autre : « Montre-nous le Père ». Le Christ ordonne à ses apôtres de le croire pour raffermir leur foi, cette foi qui avait demandé à voir le Père. Car il n'avait pas suffi au Seigneur de dire : « Qui m'a vu a vu aussi le Père »... Le Seigneur veut que nous croyions en lui, pour que la conviction intime de notre foi ne risque pas de chanceler... Croyons au moins sur le témoignage de ses œuvres que le Fils est Dieu en Dieu, qu'il est né de Dieu et que le Père et le Fils sont un : l'un est dans l'autre par la puissance de leur nature divine, et aucun d'eux n'existe sans l'autre. Par ailleurs, le Père ne renonce à rien de ce qu'il possède du fait qu'il est dans le Fils, tandis que celui-ci reçoit du Père tout ce par quoi il est Fils.
Être réciproquement l'un dans l'autre, posséder l'unité parfaite d'une nature essentielle, que le Fils unique et éternel soit inséparable de la vraie nature divine du Père : une telle manière d'être n'appartient pas à tout ce qui a une nature matérielle. Non, il s'agit là d'un caractère propre à Dieu, le Fils unique..., cet état de fait qu'une personne habitant l'autre le fait exister. Car chacun des deux existe du fait que l'une n'est pas sans l'autre, puisque la nature de l'être qui existe est la même, qu'il s'agisse de celui qui engendre ou de celui qui naît.
Tel est le sens de ces textes : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10,30), « Celui qui m'a vu a vu le Père », et « Je suis dans le Père et le Père est en moi ». Le Fils n'est pas différent ni inférieur au Père... ;  le Fils de Dieu, naissant en Dieu, manifeste en lui la nature du Dieu qui l'engendre.


14 mai - Fête de St Matthias, apôtre
Commentaire de l’Évangile
Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Homélie du 14 mai 2010 (Voyage apostolique au Portugal - trad. © Libreria Editrice Vaticana)
Soyez des témoins !
« Il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection », disait Pierre … Mes frères et sœurs, il faut que vous deveniez … des témoins de la résurrection de Jésus. En effet, si vous, vous n’êtes pas ses témoins dans votre milieu de vie, qui le sera à votre place ? Le chrétien est, dans l’Église et avec l’Église, un missionnaire du Christ envoyé dans le monde. C’est là la mission qu’on ne peut différer de toute communauté ecclésiale : recevoir de Dieu le Père et offrir au monde le Christ ressuscité, afin que toute situation d’affaiblissement et de mort soit transformée, par l’Esprit Saint, en occasion de croissance et de vie.
Nous n’imposons rien, mais nous proposons toujours, comme Pierre nous le recommande dans une de ses lettres : « Traitez toujours saintement dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Et en définitive, tous le demandent même ceux qui semblent ne pas le demander. Par expérience personnelle et communautaire, nous savons bien que c’est Jésus, celui que tous attendent. En effet, les attentes les plus profondes du monde et les grandes certitudes de l’Évangile se rencontrent dans la mission irrécusable qui nous revient puisque « sans Dieu l’homme ne sait où aller et ne parvient même pas à comprendre qui il est. Face aux énormes problèmes du développement des peuples qui nous pousseraient presque au découragement et au défaitisme, la parole du Seigneur Jésus Christ vient à notre aide en nous rendant conscients de ce fait que : ‘Sans moi, vous ne pouvez rien faire’ (Jn 15, 5) ; elle nous encourage : ‘Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde’ (Mt 28, 20) » (Cf. Enc. Caritas in veritate, n° 78) …
Oui ! Nous sommes appelés à servir l’humanité de notre temps, comptant uniquement sur Jésus, en nous laissant éclairer par sa Parole : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous partiez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn, 15, 16). Que de temps perdu, que de travail renvoyé à plus tard sur ce point par inadvertance ! Tout se définit à partir du Christ, quant à l’origine et à l’efficacité de la mission : la mission nous la recevons toujours du Christ, qui nous a fait connaître ce qu’il a entendu de son Père, et nous y sommes engagés par l’Esprit, dans l’Église. Comme l’Église elle-même, œuvre du Christ et de son Esprit, il s’agit de renouveler la face de la terre en partant de Dieu, toujours et seulement de Dieu !
ou
Pape François
Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium / La Joie de l’Évangile » § 264 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure »
La rencontre personnelle avec l’amour de Jésus qui nous sauve : la première motivation pour évangéliser est l’amour de Jésus que nous avons reçu, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus. Mais, quel est cet amour qui ne ressent pas la nécessité de parler de l’être aimé, de le montrer, de le faire connaître ? Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. Nous avons besoin d’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle.
Placés devant lui, le cœur ouvert, nous laissant contempler par lui, nous reconnaissons ce regard d’amour que Nathanaël a découvert le jour où Jésus l’a rencontré et lui a dit : « Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » (Jn 1,48). Qu’il est doux d’être devant un crucifix, ou à genoux devant le Saint Sacrement, et être simplement sous son regard ! Quel bien cela nous fait quand il vient toucher notre existence et nous pousse à communiquer sa vie nouvelle ! Par conséquent, ce qui arrive, en fin de compte, c’est que « ce que nous avons vu et entendu, nous l’annonçons » (1Jn 1,3)
La meilleure motivation pour se décider à communiquer l’Évangile est de le contempler avec amour, de s’attarder en ses pages et de le lire avec le cœur. Si nous l’abordons de cette manière, sa beauté nous surprend et nous séduit chaque fois. Donc, il est urgent de retrouver un esprit contemplatif, qui nous permette de redécouvrir chaque jour que nous sommes les dépositaires d’un bien qui humanise, qui aide à mener une vie nouvelle. Il n’y a rien de mieux à transmettre aux autres.
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Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église. 3ème homélie sur les Actes des apôtres ; PG 60, 33 (trad. bréviaire 14/05)
Saint Matthias, témoin de la résurrection, choisi par Dieu
« En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des disciples et parla » (Ac 1,15s). Parce qu'il est fervent et parce qu'il est le premier du groupe, il est toujours le premier à prendre la parole : « Frères, il nous faut choisir parmi...les hommes qui nous ont accompagnés ». Remarquez comment il veut que ces nouveaux apôtres soient des témoins oculaires. Sans doute le Saint Esprit devait venir, mais Pierre attachait beaucoup d'importance à ce point. « Parmi les hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous. » Il leur indique qu'ils doivent avoir vécu avec lui et ne pas avoir été de simples disciples. En effet, au début, beaucoup de gens le suivaient... « Jusqu'au jour où il nous a été enlevé. Il faut donc que l'un d'entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. »
Pierre n'a pas dit : « témoin de tout le reste », mais seulement « témoin de la résurrection ». Car il serait plus digne de foi, le disciple qui pourrait dire : « Celui qui mangeait, qui buvait, qui a été crucifié, c'est celui-là qui est ressuscité ». Par conséquent, il ne fallait pas qu'il soit témoin des époques précédentes, ni des suivantes, ni des miracles. Ce qu'on exigeait, c'était qu'il soit témoin de la résurrection. Tout le reste avait été manifesté et proclamé. Tandis que la résurrection s'était accomplie dans le secret, elle n'était manifeste que pour quelques-uns.
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Saint John Henry Newman (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté religieuse, théologien
Sermon « The Yoke of Christ » PPS, vol. 7, n°8
« Demeurez dans mon amour..., pour que ma joie soit en vous, que vous soyez comblés de joie »
Le Christ s'en était allé ; les apôtres possédaient, certes, en abondance la paix et la joie, plus encore que lorsque Jésus était avec eux. Mais justement ce n'était pas une joie « comme le monde la donne » (Jn 14, 27). C'était sa joie à lui, née de la souffrance et de l'affliction. C'était cette joie que Matthias a reçu quand on a fait de lui un apôtre... Les autres avaient été choisis pour ainsi dire dans leur enfance : héritiers certes du Royaume, mais encore « sous des tuteurs, des intendants » (Ga 4, 2). Tout apôtres qu'ils aient été, ils ne comprenaient pas encore leur vocation ; ils gardaient en eux des pensées d'ambition humaine, des désirs de richesse, et on les acceptait ainsi pour un temps... Saint Matthias est entré d'emblée dans l'héritage. Dès son élection, il a pris sur lui le pouvoir de l'apôtre et le prix à payer. Aucun rêve de réussite terrestre ne pouvait effleurer ce trône qui s'élevait sur la tombe d'un disciple passé au crible et déchu, à l'ombre même de la croix de celui qu'il avait trahi.
Oui, Saint Matthias peut bien nous redire aujourd'hui les paroles de notre Seigneur : « Chargez-vous de mon joug, mettez-vous à mon école » (Mt 11, 29). Car ce joug, il l'a porté lui-même, d'emblée... Dès sa « jeunesse apostolique », il a porté le joug du Seigneur. Embarqué sans délai pour son grand Carême, il y a trouvé la joie... « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » (Mt 16, 24) Venir au Christ, c'est venir à sa suite ; prendre sa croix, c'est se charger de son joug ; s'il nous dit qu'il est léger, c'est qu'il est son joug à lui ; c'est lui qui le rend léger, sans en faire pourtant autre chose qu'un joug laborieux... Je ne veux pas dire, bien sûr, loin de là, que la vie à la suite du Christ manque de joie et de paix. « Mon joug est facile à porter, dit Jésus, et mon fardeau léger » (Mt 11, 30). C'est la grâce qui le rend tel, car il demeure austère... : c'est une croix.
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Tertullien (v. 155-v. 220), théologien, De praescriptione, 20-21 ; CCL 1, 201-203 (trad. Orval)
« Tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître »
Parmi ses disciples, le Christ en a choisi qu'il s'est attaché plus étroitement pour les envoyer prêcher parmi tous les peuples. L'un d'entre eux s'étant retranché de leur nombre, il a commandé aux onze autres, lors de son retour au Père après sa résurrection, d'aller enseigner les nations afin de les baptiser dans le Père, le Fils et le Saint Esprit (Mt 28, 19).
Aussitôt, les apôtres -- dont le nom signifie « envoyés » -- ont choisi par le sort Matthias comme douzième à la place de Judas, selon la prophétie contenue dans un psaume de David (108, 8). Ils ont reçu, avec la force promise de l'Esprit Saint, le don des miracles et des langues. D'abord en Judée, ils ont témoigné de la foi en Jésus Christ et y ont institué des églises. De là, ils sont partis à travers le monde pour répandre parmi les nations le même enseignement et la même foi...
Quelle a été la prédication des apôtres ? Quelle révélation le Christ leur a-t-il faite ? Je dirai qu'on ne doit pas chercher à le savoir autrement que par ces mêmes églises que les apôtres ont personnellement fondées en leur prêchant tant de vive voix que par leurs écrits. Si cela est vrai, il est incontestable que toute doctrine qui s'accorde avec ces églises apostoliques, mères et sources de la foi, doit être considérée comme vraie parce qu'elle contient ce que les églises ont reçu des apôtres, les apôtres du Christ, et le Christ de Dieu.
ou
Tertullien (v. 155-v. 220), théologien
La Prescription contre les hérétiques, 20-22 ; CCL I, 201s (Trad. Livre des jours – Office romain des lectures ; Le Cerf – Desclée de Brouwer – Desclée – Mame ; © AELF Paris 1976 ; 3 mai, p. 1415-1416, rev.)
Saint Matthias, apôtre, une des douze pierres de fondation de l'Église (Ap 21,14)
Le Christ Jésus notre Seigneur, pendant son séjour sur terre, déclarait lui-même ce qu'il était, ce qu'il avait été, de quelle volonté du Père il était le serviteur, quel devoir il prescrivait à l'homme. Il disait tout cela soit ouvertement à la foule, soit à part en s'adressant à ses disciples dont il avait choisi douze principaux pour vivre à ses côtés, et qu'il destinait à enseigner aux nations. Après la chute de l'un d'entre eux, il a ordonné aux onze autres, au moment de partir chez son Père après la résurrection, d'aller enseigner aux nations et de les baptiser dans le Père, le Fils et l'Esprit Saint (Mt 28,19).
Aussitôt donc, les apôtres — ce mot signifie « envoyés » — se sont adjoints par le sort un douzième, Matthias, pour remplacer Judas, en s'appuyant sur la prophétie d'un psaume de David. Ils ont reçu la force de l'Esprit Saint qui leur avait été promise pour accomplir des miracles et parler en langues. Ils attestèrent la foi en Jésus Christ d'abord à travers la Judée et y instituèrent des Églises. Puis ils partirent à travers le monde et promulguèrent pour les nations le même enseignement de la foi.
Puis ils fondèrent des Églises dans chaque cité, auxquelles, par la suite, d'autres Églises empruntèrent la bouture de la foi et les semences de la doctrine. (...) Ce qui prouve leur unité, c'est qu'elles communient dans la paix, que leurs membres s'appellent frères, et qu'elles pratiquent réciproquement l'hospitalité. Cette construction n'a pas d'autre fondement que la tradition unique d'un même mystère. Ce que les apôtres ont prêché, c'est ce que le Christ leur avait révélé, et cela ne doit pas être garanti autrement que par ces mêmes Églises, que les apôtres ont fondées eux-mêmes, en leur prêchant de vive voix, comme on dit, et ensuite par lettres.
ou
Saint Laurent Justinien (1381-1455), chanoine régulier, puis évêque de Venise
Sermon pour la fête de St Matthias (trad. Orval)
Dieu choisit l'apôtre Matthias
L'apôtre Paul écrit : « Ô abîme de la richesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables et ses voies inaccessibles ! » (Rm 11,33)... Et un psaume dit : « Tu as tout fait avec sagesse » (103,24), c'est-à-dire dans ton Verbe, ta Parole éternelle. Si c'est dans le Verbe et par le Verbe que tout a été fait (Jn 1,3), qui doutera que c'est avec sagesse, et qu'il a parfaitement choisi ses disciples, sans partialité ? « Il nous a choisis en lui, dit l'apôtre Paul, dès avant la création du monde » (Ép 1,4)...
Considérons le choix de Matthias. Les apôtres avaient choisi Joseph Barsabbas et Matthias... ; ensuite ils ont proposé leur choix à celui qui juge selon le cœur et qui « connaissait le cœur de chacun » d'eux, afin qu'il montre lequel des deux lui-même avait choisi. Et il avait sûrement choisi Matthias pour cet honneur avant que soit jeté le sort, avant même que soit créé le monde...
« Tout ce que vous demanderez dans la prière, dit le Seigneur, tenez-le pour obtenu, et vous l'obtiendrez » (Mc 11,24). C'est pourquoi l'Église a coutume de prier d'un commun accord toutes les fois qu'elle pense devoir demander quelque chose au Seigneur ; aucun moyen n'a autant de prise sur la volonté de Dieu que la prière, si du moins elle est faite avec foi, sérénité, humilité et persévérance. Le tirage au sort n'a donc porté aucun préjudice au choix de ce glorieux apôtre puisque, comme l'Écriture en témoigne, les apôtres ont commencé par prier ; c'est plutôt en réponse à leur prière que Dieu leur a inspiré de tirer au sort pour cette élection. D'autre part, Matthias n'a pas obtenu une grâce moins grande que Pierre, ou que les autres apôtres, bien qu'il soit appelé le dernier. Il a reçu l'Esprit avec la même plénitude que les autres, et les mêmes dons spirituels qu'eux. L'Esprit Saint, en se posant sur lui, l'a rempli de charité ; il lui a donné de s'exprimer en toutes les langues, de faire des miracles, de convertir les nations, de prêcher le Christ et de remporter le triomphe du martyre.
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Audience générale du 12/6/1974 (trad. DC 1657, p. 602)
L'éternelle jeunesse de l'Église
Aujourd'hui, nous portons notre pensée sur un effet propre à la Pentecôte : l'animation surnaturelle produite par l'effusion de l'Esprit Saint dans le corps visible, social et humain des disciples du Christ. Cet effet, c'est l'éternelle jeunesse de l'Église... L'humanité qui compose l'Église subit le sort du temps, elle est ensevelie dans la mort ; mais cela ne suspend ni n'interrompt le témoignage de l'Église dans l'histoire tout au long des siècles. Jésus l'a annoncé et promis : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps » (Mt 28,20). Il l'avait également laissé entendre à Simon en lui donnant un nom nouveau : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la mort n'aura pas de force contre elle » (Mt 16,18).
On peut tout de suite faire cette objection avec tant de gens aujourd'hui : que l'Église soit permanente, peut-être, elle dure depuis vingt siècles ; mais c'est justement parce qu'elle dure depuis si longtemps qu'elle est vieille... L'Église, disent-ils, est vénérable du fait de son ancienneté... mais elle ne vit pas de ce souffle actuel qui est toujours nouveau : elle n'est plus jeune. Cette objection est forte... ; il faudrait un long traité pour y répondre. Mais pour les esprits ouverts à la vérité, il pourrait suffire de dire que cette pérennité de l'Église est synonyme de jeunesse. « C'est une chose admirable à nos yeux » (Mt 21,42) : l'Église est jeune.
Ce qui est le plus étonnant, c'est que le secret de sa jeunesse c'est sa persistance inaltérable dans le temps. Le temps ne fait pas vieillir l'Église ; il la fait grandir, il stimule sa vie et sa plénitude... Certes, tous ses membres meurent comme tous les mortels ; mais l'Église, elle, non seulement a un principe invincible d'immortalité au-delà de l'histoire ; elle possède aussi une force incalculable de renouveau.


31 mai - Fête de la Visitation de la Vierge Marie
Commentaire de l’Évangile
Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Discours du 31/05/2006 devant la grotte de Lourdes dans les Jardins du Vatican (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Là où arrive Marie, Jésus est présent
En la fête de la Visitation de ce jour, comme dans toutes les pages de l'Évangile, nous voyons Marie docile aux desseins divins et dans une attitude d'amour prévoyant pour ses frères. En effet, l'humble jeune fille de Nazareth, encore surprise de ce que lui a annoncé l'ange Gabriel – c'est-à-dire qu'elle sera la Mère du Messie promis – apprend que sa parente âgée, Élisabeth, attend elle aussi un enfant dans sa vieillesse. Sans hésiter, elle se met en chemin, souligne l'évangéliste (cf. Lc 1, 39), pour arriver « en hâte » à la maison de sa cousine et se mettre à sa disposition dans un moment de nécessité particulière.
Comment ne pas remarquer que, dans la rencontre entre la jeune Marie et Élisabeth, désormais âgée, le protagoniste caché est Jésus ? Marie le porte dans son sein comme dans un tabernacle sacré et l'offre comme le don le plus grand à Zacharie, à son épouse Élisabeth et également à l'enfant qui se développe dans le sein de celle-ci. « Dès l'instant – dit la mère de Jean-Baptiste – où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein » (Lc 1, 44). Là où arrive Marie, Jésus est présent. Celui qui ouvre son cœur à la Mère rencontre et accueille le Fils et il est envahi par sa joie. Jamais la véritable dévotion mariale ne dissimule ni ne diminue la foi et l'amour pour Jésus Christ notre Sauveur, unique médiateur entre Dieu et les hommes. Au contraire, se confier à la Vierge représente une voie privilégiée, vécue par de nombreux saints, pour se placer à la suite du Seigneur de façon plus fidèle. Confions-nous donc à Elle avec un abandon filial !
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Encyclique « Dives in Misericordia » §9 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Son amour miséricordieux s’étend d’âge en âge »
« Je chanterai sans fin les miséricordes du Seigneur » (Ps 88,2). Dans ce chant pascal de l'Église, résonnent dans la plénitude de leur contenu prophétique les paroles prononcées par Marie durant sa visite à Élisabeth : « Sa miséricorde s'étend de génération en génération. » Dès l'instant de l'Incarnation, ces paroles ouvrent une nouvelle perspective de l'histoire du salut. Après la résurrection du Christ, cette perspective devient historique et acquiert un sens eschatologique. Depuis ce moment de nouvelles générations dans l'immense famille humaine se succèdent en nombre croissant, et se succèdent aussi de nouvelles générations du peuple de Dieu, marquées du signe de la croix et de la résurrection…, le mystère pascal du Christ, révélation absolue de cette miséricorde que Marie proclamait sur le seuil de la maison de sa cousine…
Mère du crucifié…, Marie est celle qui connaît le plus profondément le mystère de la miséricorde divine. Elle en sait le prix, et sait combien il est grand. En ce sens, nous l'appelons Mater misericordiae, Mère de la miséricorde…, capable de découvrir, d'abord à travers les événements complexes d'Israël puis à travers ceux qui concernent tout homme et toute l'humanité, cette miséricorde à laquelle tous participent « d’âge en âge », selon le dessein éternel de la très sainte Trinité…
Mère du Crucifié et du Ressuscité…, ayant expérimenté la miséricorde d'une manière exceptionnelle, elle « mérite » dans la même mesure cette miséricorde tout au long de son existence terrestre, et particulièrement au pied de la croix de son Fils… Ensuite, par sa participation cachée mais en même temps incomparable à la tâche messianique de son Fils, elle a été appelée d'une manière spéciale à rendre proche des hommes cet amour qu'il était venu révéler : amour qui se manifeste le plus concrètement envers ceux qui souffrent, les pauvres, les prisonniers, les aveugles, les opprimés et les pécheurs, ainsi que le dit le Christ (Lc 4,18 ; 7,22).
ou
Saint Josémaria Escriva de Balaguer (1902-1975), prêtre, fondateur
Homélie du 04/05/1957 in Es Cristo que pasa (trad. Quand le Christ passe, Le Laurier 1989, p. 264)
« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? »
Le Christ nous presse (cf 2Co 5,14) : chacun de vous doit être non seulement apôtre, mais apôtre d'apôtres, qui entraîne les autres, qui les incite à faire connaître Jésus Christ eux aussi. Certains se demanderont peut-être comment, de quelle manière, ils peuvent communiquer cette connaissance du Christ aux autres. Je vous répondrai : avec naturel, avec simplicité, en vivant exactement comme vous le faites au milieu du monde, adonnés que vous êtes à votre travail professionnel et au soin de votre famille... La vie ordinaire peut être sainte et remplie de Dieu ; le Seigneur nous appelle à sanctifier nos tâches habituelles, parce que là aussi réside la perfection chrétienne. Pensons-y..., en contemplant la vie de Notre Dame.
N'oublions pas que la presque totalité des journées que Marie a passées sur cette terre se sont déroulées d'une manière bien semblable aux journées de millions d'autres femmes, consacrées elles aussi à leur famille, à l'éducation de leurs enfants, aux tâches du foyer à mener à bien. De tout cela, Marie sanctifie jusqu'au plus petit détail, à ce que beaucoup considèrent à tort comme insignifiant et sans valeur : le travail de chaque jour, les attentions à l'égard des personnes aimées, les conversations ou les visites de parents ou d'amis. Vie ordinaire bénie, qui peut être tellement pleine d'amour pour Dieu !
Car voilà ce qui explique la vie de Marie : son amour. Un amour poussé à l'extrême, jusqu'à l'oubli total de soi, toute contente qu'elle était de se trouver à sa place, là où Dieu la voulait, dans l'accomplissement total de la volonté divine. C'est pourquoi le plus petit de ses gestes n'est jamais banal, mais apparaît, au contraire, comme plein de signification. Marie, notre Mère, est pour nous un exemple et un chemin. Il nous appartient d'essayer d'être comme elle, dans les circonstances précises où Dieu a voulu que nous vivions.
ou
Sainte Mère Teresa de Calcutta
Nous avons lu, dans l’Écriture sainte, que Dieu aimait le monde et nous a donné son Fils unique. Notre Dame l’a reçu dans son sein avec un cœur humble, avec un cœur pur, quand elle est allée dans la hâte pour donner Jésus aux autres.
Elle est allée dans la maison d’Elizabeth uniquement pour être la Servante.
Elle a mis son amour en action pour les autres.
C’est cela que Jésus est venu faire, aimer des autres comme Dieu nous aime.
Marie nous a appris à nous servir, à nous aimer l’un l’autre.
Où est-ce que cet amour commence ?
- à la maison.
La famille qui prie ensemble restera ensemble. Alors si vous restez ensemble vous aimerez chacun. Dieu aime chacun de nous.
Il n’est pas nécessaire de faire de grandes choses mais de petites choses avec amour. Marie est allée à la maison d’Elizabeth pour faire de petites choses.
Nous savons comment elle est y allée et que lorsqu’elle y est allée le petit a bondi de joie. Jean été choisi pour reconnaître Jésus.
ou
Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916), ermite et missionnaire au Sahara
Considérations sur les fêtes de l'année, 02/07 (Nouvelle Cité 1987, p.471)
« Marie se mit en route rapidement »
Marie ma mère, c'est à la fois une de vos fêtes et une des fêtes de Jésus aujourd'hui : comme la Purification qui est surtout la Présentation de Jésus, la Visitation est une de vos très douces fêtes, mais c'est plus encore la fête de notre Seigneur, car c'est lui qui agit en vous et par vous. La Visitation c'est « la charité du Christ vous pressant » (2Co 5,14), c'est Jésus qui, à peine est-il entré en vous, a soif de faire d'autres saints et d'autres heureux. Par l'Annonciation, il s'est manifesté et donné à vous, il vous a sanctifiée merveilleusement. Cela ne lui suffit pas : dans son amour pour les hommes, il veut tout de suite se manifester et se donner par vous à d'autres, il veut en sanctifier d'autres, et il se fait porter par vous chez saint Jean Baptiste...
Ce que va faire la sainte Vierge dans la Visitation, ce n'est pas une visite à sa cousine pour se consoler et s'édifier mutuellement par le récit des merveilles de Dieu en elles ; c'est encore moins une visite de charité matérielle pour aider sa cousine dans les derniers mois de sa grossesse et dans ses couches. C'est bien plus que cela : elle part pour sanctifier saint Jean, pour lui annoncer la bonne nouvelle..., non par ses paroles, mais en portant en silence Jésus auprès de lui...
Ainsi font les religieux et religieuses voués à la contemplation dans les pays de mission... Ô ma mère, faites que nous soyons fidèles à notre mission, à notre si belle mission, que nous portions fidèlement au milieu de ces pauvres âmes plongées « dans l'ombre de la mort » (Lc 1,79) le divin Jésus.
ou
Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906), carmélite
Le Ciel dans la foi (Première retraite), dixième jour (OC, Cerf 1979-80, p. 124)
« Marie se mit en route »
Il me semble que l'attitude de la Vierge durant les mois qui s'écoulèrent entre l'Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l'abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle ! Car à travers tout la Vierge restait l'adorante du don de Dieu ! Cela ne l'empêchait pas de se dépenser au-dehors lorsqu'il s'agissait d'exercer la charité.
L'Évangile nous dit que « Marie parcourut en toute diligence les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Élisabeth ». Jamais la vision ineffable qu'elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure car, dit un pieux auteur [Ruusbroeck], si la contemplation « s'en va vers la louange, et vers l'éternité de son Seigneur, elle possède l'unité et ne la perdra pas. Qu'un ordre du ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu'elle pleure et qu'elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le ciel ce qu'elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève et reprend, brûlante de son feu le chemin de la hauteur ».
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 132)
« Marie se mit en route rapidement »
Dès que Marie a été visitée par l'ange, elle s'est rendue en hâte chez sa cousine Élisabeth qui elle-même attendait un enfant. Et l'enfant à naître, Jean Baptiste, a tressailli de joie dans le sein d'Élisabeth. Quelle merveille ! Dieu tout-puissant choisit un enfant à naître pour annoncer la venue de son Fils !
Marie, par le mystère de l'Annonciation et de la Visitation, représente le modèle même de la vie que nous devrions mener. D'abord, elle a accueilli Jésus dans son existence ; ensuite, ce qu'elle avait reçu, elle l'a partagé. Chaque fois que nous recevons la Sainte Communion, Jésus le Verbe devient chair dans notre vie - don de Dieu, tout à la fois beau, gracieux, singulier. Telle a été donc la première Eucharistie : l'offertoire par Marie de son Fils en elle, elle en qui il avait établi le premier autel. Marie, la seule qui pouvait affirmer d'une confiance absolue : « Ceci est mon corps », à partir de ce premier moment a offert son propre corps, sa force, tout son être, à la formation du Corps du Christ.
Notre mère l'Église a élevé les femmes à un grand honneur devant la face de Dieu en proclamant Marie Mère de l'Église.
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Exhortation apostolique sur la joie chrétienne « Gaudete in Domino » (trad. DC n° 1677, 1/6/1975, p. 505 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Mon âme exalte le Seigneur »
Depuis vingt siècles, la source de la joie chrétienne n'a cessé de jaillir dans l'Église, et spécialement au cœur des saints... Au premier rang vient la Vierge Marie, pleine de grâces, la Mère du Sauveur. Accueillante à l'annonce d'en haut, servante du Seigneur, épouse de l'Esprit Saint, mère du Fils éternel, elle laisse éclater sa joie devant sa cousine Élisabeth qui avait célébré sa foi, quand elle dit : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit exulte de joie en Dieu mon Sauveur... Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse ».
Elle a saisi, mieux que toutes les autres créatures, que Dieu fait des merveilles : son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Non que pour Marie le déroulement apparent de sa vie sorte de la trame ordinaire, mais elle médite les moindres signes de Dieu, les repassant en son cœur (Lc 2,19.51). Non point que les souffrances lui soient épargnées : elle est debout au pied de la croix, associée éminemment au sacrifice du Serviteur innocent, Mère des douleurs. Mais elle est aussi ouverte sans mesure à la joie de la résurrection ; elle est aussi élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. Première rachetée, immaculée dès le moment de sa conception, incomparable demeure de l'Esprit, habitacle très pur du Rédempteur des hommes, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, dans le Christ, la Mère universelle. Elle est le symbole parfait de l'Église terrestre et glorifiée.
En son existence singulière de Vierge d'Israël, quelle résonance merveilleuse acquièrent les paroles prophétiques concernant la nouvelle Jérusalem : « J'exulte de joie dans le Seigneur, mon âme jubile en mon Dieu, car il m'a revêtu des vêtements du salut, il m'a drapée dans le manteau de justice, comme un jeune époux se met un diadème, comme une mariée se pare de ses bijoux » (Is 61,10).
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
7ème homélie sur St Luc ; PG 13, 1817s (trad. coll. Pères dans la foi, vol. 34, p. 45 ; SC 87, p.159)
« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? »
« Tu es bénie entre les femmes et le fruit de tes entrailles est béni. D'où me vient cette faveur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? » Ces mots : « D'où me vient cette faveur ? » ne sont pas un signe d'ignorance, comme si Élisabeth toute remplie du Saint Esprit ne savait pas que la Mère du Seigneur était venue à elle selon la volonté de Dieu. Voici le sens de ses paroles : « Qu'ai-je fait de bien ? En quoi mes œuvres sont-elles assez importantes pour que la Mère du Seigneur vienne me voir ? Suis-je une sainte ? Quelle perfection, quelle fidélité intérieure m'ont mérité cette faveur, une visite de la Mère du Seigneur ? » « Car ta voix n'a pas plutôt frappé mes oreilles que mon enfant a exulté de joie dans mon sein. » Il avait senti que le Seigneur était venu pour sanctifier son serviteur même avant sa naissance.
Puisse-t-il m'arriver d'être traité de fou par ceux qui n'ont pas la foi, pour avoir cru en de tels mystères ! ... Car ce qui est tenu pour folie par ces gens-là est pour moi occasion de salut. En effet, si la naissance du Sauveur n'avait pas été céleste et bienheureuse, si elle n'avait rien eu de divin et de supérieur à la nature humaine, jamais sa doctrine n'aurait gagné toute la terre. Si dans le sein de Marie, il n'y avait eu qu'un homme et non le Fils de Dieu, comment aurait-il pu se faire qu'en ce temps-là, et aujourd'hui encore, soient guéries toutes sortes de maladies, non seulement du corps, mais aussi de l'âme ? ... Si nous rassemblons tout ce qui est rapporté de Jésus, nous pouvons constater que tout ce qui a été écrit à son sujet est tenu pour divin et digne d'admiration, car sa naissance, son éducation, sa puissance, sa Passion, sa résurrection ne sont pas seulement des faits qui ont eu lieu en ce temps-là : ils sont à l'œuvre en nous aujourd'hui encore.
ou
Une homélie grecque du 4e siècle
attribuée à tort à saint Grégoire de Néocésarée, dit le Thaumaturge, no. 2 ; PG 10, 1156s (trad. Quéré, Luc commenté, DDB 1987, p. 38)
« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? »
« Dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l'enfant tressaillit de joie en son sein et Élisabeth fut remplie de l'Esprit Saint. » Ainsi opère la voix de Marie, qui remplit Élisabeth de l'Esprit Saint. Comme une source éternelle, elle énonce à sa cousine, de sa langue prophétique, un fleuve de grâces, et elle fait remuer et tressaillir les pieds de l'enfant retenu en son sein : figure d'une danse merveilleuse ! Lorsque paraît Marie, comblée de grâces, tout déborde de joie.
« Alors Élisabeth poussa un grand cri et dit : Bénie es-tu entre les femmes et béni le fruit de ton sein ! Comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » Tu es bénie entre les femmes. Tu es le principe de leur régénération. Tu nous as ouvert le libre accès du paradis et tu as chassé nos douleurs anciennes. Non, après toi, la multitude des femmes ne souffrira plus. Les héritières d'Ève ne redouteront plus sa vieille malédiction, ni les douleurs de l'accouchement. Car Jésus Christ, le rédempteur de notre humanité, le Sauveur de toute la nature, l'Adam spirituel qui guérit les blessures de l'homme terrestre, Jésus Christ sort de tes entrailles sacrées. « Bénie es-tu entre les femmes et béni le fruit de ton sein ! »
ou
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
(in Ephata I, Le Sarment/Fayard 1988)
« Le Puissant fit pour moi des merveilles »
C'est le propre de l'Esprit Saint, lorsqu'il touche un cœur, d'en chasser toute tiédeur. Il aime la promptitude, il est ennemi des délais, des retards dans l'exécution de la volonté de Dieu... « Marie partit en hâte »...
Quelles grâces tombèrent sur la maison de Zacharie lorsque Marie y entra ! Si Abraham reçut tant de grâces pour avoir hébergé trois anges en sa maison, quelles bénédictions tombèrent sur la maison de Zacharie où entra l'ange du grand conseil (Is 9,6), la vraie arche d'alliance, le divin prophète, Notre Seigneur enclos dans le sein de Marie ! Toute la maison en fut comblée de joie : l'enfant tressaillit, le père recouvra la vue, la mère fut remplie du Saint Esprit et reçut le don de prophétie. Voyant Notre Dame entrer dans sa maison, elle s'écria : « D'où me vient ceci que la Mère de mon Dieu vienne me visiter ? »... Et Marie, entendant ce que sa cousine disait à sa louange, s'humilia et rendit gloire à Dieu de tout. Confessant que tout son bonheur procédait de ce que Dieu « avait regardé l'humilité de sa servante », elle entonna ce beau et admirable cantique de son Magnificat.
Combien devons-nous être comblés de joie, nous aussi, lorsque nous visite ce divin Sauveur dans le Saint Sacrement et par les grâces intérieures, les paroles qu'il dit journellement dans notre cœur !
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, 2, 19-27 ; PL 15, 1559 ; SC 45 (trad. Orval rev.)
Magnifier le Seigneur et tressaillir en Dieu.
L'ange avait annoncé à la Vierge Marie des choses mystérieuses. Pour affermir sa foi par un exemple, il lui fait part de la maternité prochaine d'une femme âgée et stérile, preuve que tout ce qui plaît à Dieu lui est possible (Lc 1,37). Dès qu'elle a entendu cela, Marie a gagné les montagnes...dans l'allégresse de son désir, dans sa fidélité à rendre service et dans la hâte de sa joie... : la grâce du Saint Esprit ignore les lenteurs... Tout de suite se manifestent les bienfaits de la venue de Marie et de la présence du Seigneur : « L'enfant tressaillit dans le sein d'Élisabeth, et elle fut remplie de l'Esprit Saint »...
« Heureuse, dit-elle, toi qui as cru ! » Heureux vous aussi qui avez entendu et cru, car toute âme qui a la foi conçoit et enfante la parole de Dieu et reconnaît son œuvre. Que réside en chacun l'âme de Marie pour glorifier le Seigneur, en chacun l'esprit de Marie pour tressaillir en Dieu ! Si le Christ n'a qu'une mère selon la chair, le Christ est le fruit de tous selon la foi, car toute âme peut recevoir le Verbe de Dieu pourvu du moins qu'elle soit pure et débarrassée du péché. Toute âme parvenue à cet état magnifie le Seigneur comme l'âme de Marie a magnifié le Seigneur et comme son esprit a tressailli dans le Dieu Sauveur. Nous lisons ailleurs : « Magnifiez le Seigneur avec moi » (Ps 33,4).
Le Seigneur est magnifié non parce que la voix humaine lui ajoute quelque chose, mais parce qu'il grandit en nous. Car le Christ est l'image de Dieu (2Co 4,4 ; Col 1,15), et c'est pourquoi, si quelqu'un agit avec dévotion et justice, il fait grandir en lui cette image de Dieu — à la ressemblance de qui il a été créé (Gn 1,26) — et en la faisant grandir, il est élevé en une sorte de participation à sa grandeur.

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