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11 juin - Saint Barnabé, Apôtre, mémoire
Commentaire de l’Évangile
Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964), missionnaire des gens des rues
Une vocation pour Dieu parmi les hommes (La joie de croire, éd. du Seuil, 1968, p. 157-158 ; rev.)
Comment n’être pas apôtres ?
Nous ne cherchons pas l’apostolat : c’est lui qui nous cherche ; Dieu, en nous aimant le premier, nous rend apôtres. Comment partagerions-nous pain, toit, cœur avec ce prochain qui est notre propre chair et ne serions-nous pas débordants pour lui de l’amour de notre Dieu, si ce prochain ne le connaît pas ? Sans Dieu tout est misère ; pour celui qu’on aime, on ne tolère pas la misère : la plus grande moins que tout autre. N’être pas apostoliques, n’être pas missionnaires ? mais que serait alors une appartenance à ce Dieu qui a envoyé son Fils pour que le monde soit sauvé par lui… et comment ?
Pourtant nous ne « pensons » pas à être apôtres ; nous pensons à être, entre les mains de Dieu, dans le corps du Christ, sous le mouvement de son Esprit, le Christ que nous voulons devenir ; le Christ qui n’a jamais été amour sans être lumière ; et il n’est pas de lumière sans prix de la lumière. Nous le copions, mal, mais sans cesse ; nous pénétrons en lui, dissemblables mais tenaces ; comment ne serions-nous pas, en volonté tout au moins, apôtres ? en disposition de tout nous-même, missionnaires ? (…)
Comment n’évangéliserions-nous pas si l’Évangile est dans notre peau, nos mains, nos cœurs, nos têtes ? Nous sommes bien obligés de dire pourquoi nous essayons d’être ce que nous voulons être, de ne pas être ce que nous ne voulons pas être, nous sommes bien obligés de prêcher, puisque prêcher, c’est dire publiquement quelque chose sur Jésus-Christ, Dieu et Seigneur, et qu’on ne peut l’aimer et se taire.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n° 30 ; PL 76, 1220 (trad. Le Barroux rev.)
Saint Barnabé, apôtre qui proclame que le Royaume des cieux est tout proche
« Comment puis-je aimer quelqu’un que je ne connais pas ? »… Si nous ne pouvons pas voir Dieu, nous avons pourtant d’autres moyens pour lever l’œil de notre esprit jusqu’à lui. S’il ne nous est pas possible de le voir en lui-même, nous pouvons dès maintenant le voir dans ses serviteurs. En constatant qu’ils accomplissent des merveilles, nous devenons certains que Dieu habite en eux… Personne d’entre nous ne peut regarder directement le soleil en le fixant au moment où il se lève dans tout son éclat, car les yeux fixés sur ses rayons en sont éblouis. Mais nous regardons les montagnes que le soleil illumine, et nous voyons par là qu’il s’est levé. Ainsi, puisque nous ne pouvons pas voir en lui-même le Soleil de justice (Ml 3,20), regardons les montagnes que sa clarté illumine, c’est-à-dire les saints apôtres, qui brillent par leurs vertus, qui resplendissent par leurs miracles… En effet la puissance de Dieu en elle-même, c’est le soleil dans le ciel ; la puissance de Dieu répandue sur les hommes, c’est le soleil sur la terre…
Mais la condition pour ne pas trébucher sur notre route sur la terre c’est d’aimer Dieu et notre prochain de tout notre esprit (Mt 22,37s)… C’est pourquoi l’Esprit a été donné aux disciples à deux reprises : d’abord par le Seigneur sur la terre, puis par le Seigneur au ciel (Jn 20,22 ; Ac 2,2). Il nous est donné sur la terre pour aimer notre prochain, du ciel pour aimer Dieu… ; ainsi nous comprendrons cette parole de Jean : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? » (1Jn 4,20) Alors, mes frères, chérissons notre prochain, aimons celui qui est proche de nous, pour être capable d’aimer Celui qui est au-dessus de nous…et de mériter de jouir en Dieu d’une joie parfaite avec ce même prochain.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église, « Lumen Gentium », 21
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement »
En la personne des évêques qu'assistent les prêtres, le Seigneur Jésus Christ, Pontife Suprême, est présent au milieu de ses fidèles. Assis en effet à la droite du Père, il ne cesse pas d'être présent au sein de la communauté de ses pontifes. Et d'abord, par le ministère des évêques, il adresse à tous les peuples la parole de Dieu ; il administre continuellement aux croyants les sacrements de la foi ; grâce à leur sollicitude paternelle il incorpore de nouveaux membres à son Corps au moyen de la régénération surnaturelle ; et enfin, par leur sagesse et leur prudence, il dirige et prépare le Peuple du Nouveau Testament dans sa marche vers la béatitude éternelle...
Pour remplir une si haute charge, les apôtres ont été enrichis par le Christ des trésors de l'Esprit Saint, qui est descendu sur eux (Ac 1,8 ; 2,4 ; Jn 20,22). Par l'imposition des mains ils ont conféré eux-mêmes ce don spirituel à leurs collaborateurs (1Tm 4,14 ; 2Tm 1,6), don qui a été transmis jusqu'à nous dans la consécration épiscopale. Le saint Concile enseigne d'autre part que cette consécration épiscopale confère la plénitude du sacrement de l'Ordre, que la coutume liturgique de l'Église et la voix des saints Pères appellent sacerdoce suprême, résumé du ministère sacré. La consécration épiscopale confère aussi, avec la charge de sanctifier, celle d'enseigner et de gouverner ; cependant, de par leur nature, ces charges ne peuvent être exercées que dans la communion hiérarchique avec le chef et les autres membres du collège. De la tradition, en effet..., il ressort clairement que, par l'imposition des mains et par les paroles de la consécration, la grâce de l'Esprit Saint est conférée et le caractère sacré imprimé de telle sorte que les évêques tiennent, de façon éminente et visible, la place du Christ lui-même, Maître, Pasteur et Pontife, et agissent à sa place.
ou
Concile Vatican II, Constitution sur l'Église « Lumen gentium », § 35
« Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
Le Christ, grand prophète, qui par le témoignage de sa vie et la puissance de sa parole a proclamé le Royaume du Père, accomplit son office prophétique jusqu'à la pleine manifestation de la gloire, non seulement par le moyen de la hiérarchie qui enseigne en son nom et avec son pouvoir, mais aussi par le moyen des laïcs dont il fait aussi ses témoins et qu'il remplit du sens de la foi et du don de sa parole, afin que la puissance de l'Évangile resplendisse dans leur vie quotidienne, familiale et sociale. Les laïcs se montrent « enfants de la promesse » (Ga 4,28) lorsque, fermes dans la foi et l'espérance, ils mettent à profit le temps présent et attendent avec constance la gloire future (Ep 5,16 ; Rm 8,25)... Cette évangélisation, véritable annonce du Christ proclamée par la parole et le témoignage de la vie, présente un aspect tout à fait caractéristique et possède une efficacité particulière du seul fait qu'elle est accomplie dans les conditions ordinaires de la vie courante.
Cette vocation du laïc laisse apparaître la grande valeur d'un état de vie sanctifié par un sacrement particulier, à savoir la vie conjugale et familiale. C'est là, dans la vie familiale, où la religion chrétienne pénètre la vie tout entière et la transforme, que se trouve la meilleure école préparant à l'apostolat des laïcs. Là, les conjoints ont pour vocation propre d'être l'un pour l'autre, et aussi pour leurs enfants, des témoins de la foi et de l'amour du Christ. La famille chrétienne proclame à haute voix la puissance déjà présente du Royaume de Dieu et l'espérance de la vie bienheureuse. Ainsi, par son exemple et par son témoignage, elle convainc le monde de péché (cf Jn 16,8) et illumine les hommes en quête de vérité. Les laïcs donc, même lorsqu'ils sont accaparés par des soucis matériels, peuvent et doivent exercer une action précieuse pour l'évangélisation du monde.
ou
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l'Église, « Lumen Gentium », 3-5
« Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
Le Christ, afin d'accomplir la volonté du Père, a inauguré ici-bas le Royaume des cieux ; il nous a révélé le mystère du Père et, par son obéissance, a opéré la rédemption. L'Église, qui est le Royaume du Christ déjà présent sous une forme mystérieuse, croît visiblement dans le monde grâce à la puissance de Dieu. Ce commencement et cette croissance sont signifiés par le sang et l'eau qui sortent du côté de Jésus crucifié et annoncés par les paroles du Seigneur concernant sa mort en croix : « Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi »...
Le mystère de la sainte Église se manifeste dans sa fondation. Le Seigneur Jésus, en effet, a inauguré son Église en prêchant la Bonne Nouvelle, c'est-à-dire la venue du Royaume de Dieu promis depuis des siècles dans les Écritures : « Les temps sont accomplis, le Royaume de Dieu est proche ». Ce Royaume de Dieu apparaît aux hommes dans la parole, les œuvres et la présence du Christ. La parole du Seigneur est comparée au grain semé dans un champ : ceux qui l'écoutent avec foi et s'agrègent au petit troupeau du Christ ont accueilli le Royaume lui-même. Puis la semence, par sa propre force, germe et se développe jusqu'au temps de la moisson. De même les miracles de Jésus sont une preuve que le Royaume est véritablement venu sur terre : « Si c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est déjà survenu pour vous ». Mais, avant tout, le Royaume se manifeste dans la personne même du Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, qui est venu « pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ».
Et quand Jésus, après avoir souffert la mort en croix pour les hommes, a été ressuscité, il est apparu établi comme Seigneur et Christ, comme Prêtre éternel, et il a répandu en ses disciples l'Esprit promis par le Père. Dès lors, l'Église pourvue des dons de son Fondateur et attachée à ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation, reçoit la mission d'annoncer et d'instaurer en toutes les nations le Royaume du Christ et de Dieu dont, sur terre, elle constitue le germe et le commencement. Dans l'intervalle, à mesure qu'elle grandit, elle aspire à l'accomplissement du Royaume, elle espère et souhaite de toutes ses forces être unie à son Roi dans la gloire.
(Références bibliques : Jn 19,34 ; Jn 12,32 ; Mc 1,15 ; Mt 4,17 ; Mc 4,14 ; Lc 12,32 ; Mc 4,26-29 ; Lc 11,20 ; Mc 10,45 ; Ac 2,36 ; Hé 5,6 ; Ac 2,33)
ou
Concile Vatican II, Message aux jeunes
« Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »
C'est à vous, jeunes gens et jeunes filles du monde entier, que le Concile veut adresser son dernier message. Car c'est vous qui allez recueillir le flambeau des mains de vos aînés et vivre dans le monde au moment des plus gigantesques transformations de son histoire. C'est vous qui, recueillant le meilleur de l'exemple et de l'enseignement de vos parents et de vos maîtres, allez former la société de demain : vous vous sauverez ou vous périrez avec elle.
L'Église, quatre années durant, vient de travailler à rajeunir son visage pour mieux répondre au dessein de son Fondateur, le grand Vivant, le Christ éternellement jeune. Et au terme de cette imposante « révision de vie », elle se tourne vers vous. C'est pour vous, les jeunes, pour vous surtout qu'elle vient, par son Concile, d'allumer une lumière : lumière qui éclaire l'avenir, votre avenir.
L'Église est soucieuse que cette société que vous allez constituer respecte la dignité, la liberté, le droit des personnes ; et ces personnes, ce sont les vôtres. Elle est soucieuse surtout que cette société laisse s'épanouir son trésor toujours ancien et toujours nouveau : la foi, et que vos âmes puissent baigner librement dans ses clartés bienfaisantes. Elle a confiance que vous trouverez une telle force et une telle joie que vous ne serez pas même tentés, comme certains de vos aînés, de céder à la séduction des philosophies de l'égoïsme et du plaisir ou à celles du désespoir et du néant ; et qu'en face de l'athéisme, phénomène de lassitude et de vieillesse, vous saurez affirmer votre foi dans la vie et dans ce qui donne un sens à la vie : la certitude de l'existence d'un Dieu juste et bon.
ou
Concile Vatican II : Décret sur l'activité missionnaire de l'Église « Ad Gentes », § 4-5
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement »
Le Seigneur Jésus, avant de donner librement sa vie pour le monde, a organisé le ministère apostolique et promis d'envoyer le Saint Esprit afin que ce ministère et cette mission soient associés toujours et partout pour réaliser l'œuvre du salut. À toutes les époques, c'est le Saint Esprit qui unifie l'Église tout entière dans la communion et le ministère...
Dès le début de son ministère, le Seigneur Jésus « appelle à lui ceux qu'il voulait..., et en institua douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher » (Mc 3, 13). Les apôtres ont été ainsi les germes de l'Israël nouveau et en même temps l'origine de la hiérarchie. Puis, lorsqu'il eut en une seule fois, par sa mort et sa résurrection, accompli en sa personne les mystères de notre salut et de la restauration du monde, le Seigneur, qui avait reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre (Mt 28, 18), a fondé son Église comme le sacrement du salut, avant d'être enlevé au ciel. De même qu'il avait été envoyé lui-même par le Père (Jn 20, 21), il a envoyé ses apôtres dans le monde entier en leur donnant cet ordre : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés » (Mt 28, 19s).
C'est de là que découle pour l'Église le devoir de propager la foi et le salut apportés par le Christ : en vertu du mandat exprès que les apôtres ont laissé en héritage à l'ordre des évêques, assisté par les prêtres et uni au successeur de Pierre, pasteur suprême de l'Église ; et aussi en vertu de l'influx vital que le Christ communique à ses membres... Voici par quelle activité l'Église accomplit sa mission ; elle obéit à l'ordre du Christ en étant mue par la grâce de l'Esprit Saint et par la charité. Effectivement présente à tous les hommes et à tous les peuples, elle les conduit à la foi, à la liberté et à la paix du Christ par l'exemple de sa vie, par la prédication, par les sacrements et les autres moyens de grâce. C'est ainsi qu'elle se manifeste à eux comme une route libre et sûre pour les faire participer en plénitude au mystère du Christ.
ou
Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Marc, 9, 1-7
Le Christ, accomplissement de la Loi et des prophètes
Quand je lis l'Évangile et que j'y rencontre des témoignages tirés de la Loi ou des prophètes, je ne considère que le Christ. Si j'ai vu Moïse, si j'ai vu les prophètes, c'était seulement pour comprendre ce qu'ils disent du Christ. Quand un jour je serai entré dans la splendeur du Christ et que brillera à mes yeux sa lumière aussi éblouissante que le soleil, je ne pourrai plus voir la lumière d'une lampe. Si on allume une lampe en plein jour, éclairera-t-elle ? Quand le soleil se lève, la lumière de la lampe s'évanouit. De même, quand on jouit de la présence du Christ, la Loi et les prophètes disparaissent. Je n'enlève rien à la gloire de la Loi et des prophètes ; au contraire, je les loue d'être les annonciateurs du Christ. Car quand je lis la Loi et les prophètes, mon but n'est pas de m'en tenir à la Loi et aux prophètes, mais, par la Loi et les prophètes, d'arriver jusqu'au Christ.


24 juin - Nativité de saint Jean Baptiste, solennité
Commentaire de l’Évangile
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon 99 ; PL 57, 535 (trad. Migne 1996, p. 159 rev.)
« Il faut que lui, il grandisse et que moi, je diminue »
À juste titre, Jean le Baptiste peut dire du Seigneur notre Sauveur : « Il faut que lui, il grandisse et que je diminue » (Jn 3,30). Cette assertion se réalise en ce moment même : à la naissance du Christ, les jours augmentent ; à celle de Jean, ils diminuent... Quand paraît le Sauveur, le jour, de toute évidence, grandit ; il recule au moment où naît le dernier prophète, car il est écrit : « La Loi et les prophètes ont régné jusqu'à Jean » (Lc 16,16). Il était inévitable que l'observance de la Loi sombre dans les ténèbres au moment où la grâce de l'Évangile se met à resplendir ; à la prophétie de l'Ancien Testament se succède la gloire du Nouveau...
L'évangéliste dit à propos du Seigneur Jésus Christ : « Il était la lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1,9)... C'est au moment où la longueur de la nuit couvrait presque la journée entière que l'arrivée du Seigneur soudain a jeté tout son éclat. Si sa naissance a chassé les ténèbres des péchés de l'humanité, sa venue a mis fin à la nuit et apporté aux hommes la lumière et le jour...
Le Seigneur dit que Jean est une lampe : « Il était la lampe qui brûle et qui éclaire » (Jn 5,35). La lumière de la lampe pâlit lorsque brillent les rayons du soleil ; la flamme baisse, vaincue par l'éclat d'une lumière plus radieuse. Quel homme raisonnable se sert d'une lampe en plein soleil ?... Qui viendrait encore pour recevoir le baptême de pénitence de Jean (Mc 1,4), quand le baptême de Jésus apporte le salut ?
ou
Liturgie byzantine
Lucernaire des Grandes Vêpres de la fête de la Nativité de Jean Baptiste
« Il fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu. Il marchera devant lui..., pour préparer au Seigneur un peuple capable de l'accueillir » (Lc 1,16-17)
En ce jour vient au monde le grand Précurseur,
issu de sein stérile d'Élisabeth.
Il est le plus grand parmi les prophètes ;
nul autre n'a surgi comme lui,
car il est la lampe qui précède de peu la clarté suprême
et la voix qui précède la Verbe.
Il conduit au Christ l'Église, sa fiancée,
et prépare pour le Seigneur un peuple choisi,
le purifiant par l'eau en vue de l'Esprit.
De Zacharie naît cette jeune plante,
le plus beau parmi les fils du désert,
le héraut du repentir,
celui qui purifie par l'eau ceux qui s'égaraient,
qui porte en précurseur l'annonce de la résurrection
jusqu'au séjour des morts,
et qui intercède pour nos âmes.
Dès le sein de ta mère, bienheureux Jean,
tu as été le prophète et le précurseur du Christ :
tu as tressailli d'allégresse
en voyant la Reine venir auprès de la servante,
portant devant toi Celui que le Père engendre sans mère de toute éternité,
toi qui es né d'une femme stérile et d'un vieillard,
selon la promesse du Seigneur.
Prie-le de prendre nos âmes en pitié.
(Références bibliques : Mt 11,11 ; Jn 5,35 ; Mt 3,3 ; Jn 3,29 ; Lc 1,17 ; 3,16 ; Mc 6,28 ; Lc 1,40 ; 1,13)
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 289, 3ème pour la Nativité de Jean-Baptiste
« Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue » (Jn 3, 30)
Le plus grand des hommes a été envoyé pour rendre témoignage à Celui qui était plus qu'un homme. En effet, quand celui qui est « le plus grand d'entre les enfants des femmes » (Mt 11, 11) dit : « Je ne suis pas le Christ » (Jn 1, 20) et s'humilie devant le Christ, il nous faut comprendre qu'il y a dans le Christ plus qu'un homme... « De sa plénitude nous avons tous reçu » (Jn 1, 16). Qu'est-ce à dire, « nous tous » ?  C'est-à-dire que les patriarches, les prophètes et les saints apôtres, ceux qui ont précédé l'Incarnation ou qui ont été envoyés depuis par le Verbe incarné lui-même, « nous avons tous reçu de sa plénitude ». Nous sommes des vases, il est la source. Donc..., Jean est homme, le Christ est Dieu : il faut que l'homme s'humilie, pour que Dieu soit exalté.
C'est pour apprendre à l'homme à s'humilier que Jean est né le jour à partir duquel les jours commencent à décroître ; pour nous montrer que Dieu doit être exalté, Jésus Christ est né le jour où les jours commencent à croître. Il y a ici un enseignement profondément mystérieux. Nous célébrons la nativité de Jean comme celle du Christ, parce que cette nativité est pleine de mystère. De quel mystère ? Du mystère de notre grandeur. Diminuons en nous-mêmes, pour croître en Dieu ; humilions-nous dans notre bassesse, pour être exaltés dans sa grandeur.
ou
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église, Homélie II, 20 ; CCL 122, 328-330 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 487-488).
« Jean n'était pas la lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage » (Jn 1, 8)
Que la naissance de Jean soit commémorée quand les jours diminuent, et celle du Seigneur lorsqu'ils commencent à augmenter, comporte une signification symbolique. Jean, en effet, a lui-même révélé le secret de cette différence. Les foules le prenaient pour le Messie en raison de ses vertus éminentes, tandis que certains considéraient le Seigneur non comme le Messie mais comme un prophète, à cause de la faiblesse de sa condition corporelle. Et Jean a dit : « Il faut que lui il grandisse et que moi je diminue » (Jn 3, 30). Le Seigneur a vraiment grandi car, alors qu'on le regardait comme un prophète, il a fait connaître aux croyants du monde entier qu'il était le Messie. Jean a décru et diminué car lui qu'on prenait pour le Messie est apparu non comme le Messie, mais comme l'annonciateur du Messie.
Il est donc normal que la clarté du jour commence à diminuer à partir de la naissance de Jean, puisque la réputation de sa divinité allait s'évanouir et son baptême bientôt disparaître. Il est également normal que la clarté des jours les plus courts recommence à grandir dès la naissance du Seigneur : il est, en vérité, venu sur terre pour révéler à tous les païens la lumière de sa connaissance dont, auparavant, les juifs seuls possédaient une partie, et pour répandre partout dans le monde le feu de son amour.
ou
Origène (v. 185-253), prêtre et théologien
Homélies sur St Luc, n° 4, 4-6 (trad. SC 87, p. 133)
« J'étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m'a appelé » (Is 49,1)
La naissance de Jean le Baptiste est pleine de miracles. Un archange a annoncé l'avènement de notre Seigneur et Sauveur Jésus ; de même, un archange annonce la naissance de Jean (Lc 1,13) et dit : « Il sera rempli du Saint Esprit dès le sein de sa mère. » Le peuple juif ne voyait pas que notre Seigneur accomplissait « des miracles et des prodiges » et guérissait leurs maladies, mais Jean exulte de joie alors qu'il est encore dans le sein maternel. On ne peut pas le retenir et, à l'arrivée de la mère de Jésus, l'enfant tente déjà de sortir du sein d'Élisabeth. « Dès l'instant que ta salutation a frappé mes oreilles, dit Élisabeth, l'enfant a tressailli de joie dans mon sein » (Lc 1,44). Encore dans le sein de sa mère Jean avait déjà reçu le Saint Esprit...
L'Écriture dit ensuite « qu'il ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu » (Lc 1,16). Jean en a ramené « un grand nombre » ; le Seigneur, non pas un grand nombre, mais tous. C'est son œuvre en effet de ramener tous les hommes à Dieu le Père...
Pour ma part, je pense que le mystère de Jean s'accomplit dans le monde jusqu'à maintenant. Quiconque est destiné à croire au Christ Jésus, il faut qu'auparavant l'esprit et la puissance de Jean viennent en son âme pour « préparer au Seigneur un peuple parfait » (Lc 1,17) et, dans les aspérités du cœur, « aplanir les chemins et redresser les sentiers » (Lc 3,5). Ce n'est pas seulement en ce temps-là que « les routes furent aplanies et les sentiers redressés », mais aujourd'hui encore l'esprit et la puissance de Jean précèdent l'avènement du Seigneur Sauveur. Ô grandeur du mystère du Seigneur et de son dessein sur le monde !
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157)
abbé cistercien
1er Sermon pour la nativité de Jean Baptiste, 4 (2000 ans d'homélies C, trad. Brésard, Éd. Socéval-Artège 2001, p. 284 rev. )
« Toi, petit enfant, on t'appellera prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer le chemin » (Lc 1,76)
C'est à juste titre que la naissance de cet enfant a été pour beaucoup une cause de joie : elle le reste aujourd'hui. Donné à ses parents dans leur vieillesse, il venait prêcher à un monde vieillissant la grâce d'une nouvelle naissance. Il est bon que l'Église fête solennellement cette nativité, fruit merveilleux de la grâce, dont s'émerveille la nature. (…)
Quant à moi, cette lampe destinée à éclairer le monde (Jn 5,35), m'apporte par sa naissance une joie nouvelle, car c'est grâce à elle que j'ai reconnu la vraie Lumière qui luit dans les ténèbres mais que les ténèbres n'ont pas reçue (Jn 1,5.9). Oui, la naissance de cet enfant m'apporte une joie inexprimable, puisqu'il est pour le monde source de si grands biens. Lui le premier instruit l'Église, commence à la former par la pénitence, la prépare par le baptême, et quand il l'a ainsi préparée, la remet au Christ et l'unit à lui (Jn 3,29). Il lui apprend à vivre dans la sobriété, et par l'exemple de sa propre mort, lui donne la force de mourir avec courage. Par tout cela, il prépare au Seigneur un peuple parfait (Lc 1,17).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon pour la naissance de Jean Baptiste ; Mai 109 ; PLS II, 497 (trad. Quéré in L'Année en fêtes, Migne 2000, p. 507 rev.)
« Il faut qu'il grandisse et que moi je diminue » (Jn 3,30)
La naissance de Jean et celle de Jésus, puis leurs Passions, ont marqué leur différence. Car Jean naît lorsque le jour commence à diminuer ; le Christ, lorsque le jour se met à croître. La diminution du jour pour l'un est le symbole de sa mort violente. Son accroissement pour l'autre, l'exaltation de la croix.
Il y a aussi un sens secret que le Seigneur révèle...par rapport à ce mot de Jean sur Jésus Christ : « Il faut qu'il croisse et que moi je diminue ». Toute la justice humaine...avait été consommée en Jean ; de lui la Vérité disait : « Parmi les enfants des femmes, il n'en est point surgi de plus grand que Jean Baptiste » (Mt 11,11). Nul homme, donc, n'aurait pu le dépasser ; mais il n'était qu'un homme. Or, en notre grâce chrétienne, on nous demande de ne pas nous glorifier dans l'homme, mais « si quelqu'un se glorifie, qu'il se glorifie dans le Seigneur » (2Co 10,17) : homme, en son Dieu ; serviteur, en son maître. C'est pour cette raison que Jean s'écrie : « Il faut qu'il croisse et que moi je diminue. » Bien sûr Dieu n'est ni diminué ni augmenté en soi, mais chez les hommes, au fur et à mesure que progresse la vraie ferveur, la grâce divine croît et la puissance humaine diminue, jusqu'à ce que parvienne à son achèvement la demeure de Dieu, qui est en tous les membres du Christ, et où toute tyrannie, toute autorité, toute puissance sont mortes, et où Dieu est tout en tous (Col 3,11).
Jean l'évangéliste dit : « Il y avait la vraie lumière, qui éclaire tout homme venant en ce monde » (1,9) ; Jean-Baptiste, lui, dit : « Nous avons tous reçu de sa plénitude » (Jn 1,16). Lorsque la lumière, qui est en elle-même toujours totale, s'accroît néanmoins en celui qui en est illuminé, celui-là est diminué en lui-même lorsque s'abolit en lui ce qui était sans Dieu. Car l'homme, sans Dieu, ne peut rien que pécher, et sa puissance humaine diminue lorsque triomphe la grâce divine, destructrice du péché. La faiblesse de la créature cède à la puissance du Créateur et la vanité de nos affections égoïstes s'effondre devant l'universel amour, tandis que Jean Baptiste du fond de notre détresse, nous crie la miséricorde de Jésus Christ : « Il faut que lui grandisse et que moi je diminue ».
ou
Liturgie syriaque
Hymne attribuée à Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église (trad. rev. Tournay)
« Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean... Il était venu pour témoigner, pour rendre témoignage à la lumière » (Jn 1, 6-7)
C'est toi, Jean, que nous reconnaissons comme un nouveau Moïse, car tu as vu Dieu, non plus en symbole, mais en toute clarté. C'est toi que nous regardons comme un nouveau Josué : tu n'as pas passé le Jourdain d'une rive à l'autre, mais, avec l'eau du Jourdain, tu as fait passer les hommes d'un monde à l'autre... C'est toi le nouveau Samuel qui n'as pas donné l'onction à David, mais qui as baptisé le Fils de David. C'est toi le nouveau David, qui n'as pas été persécuté par le mauvais roi Saül, mais qui as été tué par Hérode. C'est toi le nouvel Élie, nourri au désert non de pain par un corbeau, mais de sauterelles et de miel par Dieu. C'est toi le nouvel Isaïe, qui n'as pas dit : « Voici qu'une vierge va concevoir et enfanter » (7,14), mais qui as proclamé devant tous : « Voici qu'elle a enfanté l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde » (Jn 1,29)...
Bienheureux es-tu, Jean, élu de Dieu, toi qui as posé la main sur ton Maître, toi qui as saisi dans tes mains la flamme dont l'éclat fait trembler les anges ! Étoile du matin (cf Nb 24,17), tu as montré au monde le matin véritable ; aube joyeuse (cf Ps 29,6), tu as manifesté le jour de gloire ; lampe étincelante (Jn 5,35), tu as désigné la Lumière sans pareille. Messager de la grande réconciliation du Père (Is 9,5 LXX), l'archange Gabriel a été envoyé devant toi pour t'annoncer à Zacharie, comme un fruit bien au-delà de son attente... Le plus grand parmi les fils des hommes (Mt 11,11), tu viens au-devant de l'Emmanuel, de celui qui dépasse toute créature ; premier-né d'Élisabeth, tu précèdes le Premier-Né de toute la création (Col 1,15).


29 juin - Saint Pierre et saint Paul, Apôtres, solennité
Commentaire de l’Évangile
Isaac de l'Étoile ( ?-v. 1171), moine cistercien
Sermon 49, 1er pour la fête des saints Pierre et Paul ; SC 339 (trad. cf SC p. 169s)
« Je me suis fait tout à tous. Je ne cherche pas mon propre intérêt, mais celui de la multitude des hommes, afin qu'ils soient sauvés » (1Co 9,22 ; 10,33)
« Ce sont des hommes de miséricorde, dont les bienfaits ne tombent pas dans l'oubli ; les biens qu'ils ont laissés à leur postérité subsistent toujours » (liturgie latine ; Si 44,10-11). Nous célébrons, bien aimés, le jour de naissance des apôtres Pierre et Paul ; et il convient...tout à fait que pareille mort soit appelée naissance, puisqu'elle engendre à la vie... Voilà où parviennent les saints : par cette mort qui donne la vie, ils quittent cette vie qui conduit à la mort, pour parvenir à cette vie vivifiante qui est en la main de Celui qui « a la vie en lui-même », le Père, comme le dit le Christ (Jn 5,26)...
Il y a trois sortes d'hommes miséricordieux. Les premiers donnent de leurs biens...en vue de suppléer par leur superflu à la pénurie d'autrui... Les seconds distribuent tous leurs biens, et pour eux dorénavant...tout se trouve en commun avec autrui... Quant aux troisièmes, non seulement ils dépensent tout, mais ils « se dépensent eux-mêmes tout entiers » (2Co 12,15) et ils se livrent en personne aux périls de la prison, de l'exil et de la mort, pour retirer les autres du péril où sont leurs âmes. Ils sont prodigues d'eux-mêmes, parce qu'ils sont avides des autres. Ils recevront la récompense de cette amour « dont il n'existe pas de plus grand : donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jn 15,13)... Tels sont ces glorieux princes de la terre et serviteurs du ciel dont aujourd'hui –- après de longues privations « de la faim et de la soif, du froid et de la nudité », de très dures fatigues et des dangers « de leurs compatriotes, des païens et des faux frères » (2Co 11,26-27) –- nous célébrons la mort magnifiquement victorieuse. À de tels hommes s'applique bien cette phrase : « Leurs bienfaits ne tombent pas dans l'oubli », parce qu'ils n'ont pas oublié la miséricorde... Oui, aux miséricordieux « la sort qui leur échoit est splendide, leur héritage magnifique » (Ps 15,6).
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Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
3ème sermon pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, passim
« Je suis le moindre des apôtres ; je ne mérite même pas de porter ce nom » (1Co 15, 9)
C'est avec raison, mes frères, que l'Église applique aux saints apôtres Pierre et Paul ces paroles du Sage : « Ce sont des hommes de miséricorde, dont les bienfaits ne tombent pas dans l'oubli ; les biens qu'ils ont laissés à leur postérité subsistent toujours » (Si 44, 10-11). Oui, on peut bien les appeler des hommes de miséricorde : parce qu'ils ont obtenu miséricorde pour eux-mêmes, parce qu'ils sont pleins de miséricorde, et que c'est dans sa miséricorde que Dieu nous les a donnés.
Voyez, en effet, quelle miséricorde ils ont obtenue. Si vous interrogez saint Paul sur ce point..., il vous dira de lui-même : « J'ai commencé par être un blasphémateur, un persécuteur, un insulteur ; mais j'ai obtenu miséricorde de Dieu » (1Tm 1, 13). En effet, qui ne sait tout le mal qu'il a fait aux chrétiens de Jérusalem...et même dans la Judée toute entière ?... Pour ce qui est du bienheureux Pierre, j'ai une autre chose à vous dire, mais une chose d'autant plus sublime qu'elle est unique. En effet, si Paul a péché, il l'a fait sans le savoir, car il n'avait pas la foi ; Pierre au contraire avait les yeux grands ouverts au moment de sa chute (Mt 26, 69s). Mais « là où la faute a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20)... Si saint Pierre a pu s'élever à un tel degré de sainteté après avoir fait une chute si lourde, qui pourra désormais désespérer, pour peu qu'il veuille lui aussi sortir de ses péchés ? Remarquez ce que dit l'Évangile : « Il sortit et pleura amèrement » (v. 75)...
Vous avez entendu quelle miséricorde les apôtres ont obtenue, et désormais personne parmi vous ne sera accablé de ses fautes passées plus qu'il ne faut... Si tu as péché, Paul n'a-t-il pas péché davantage ? Si tu as fait une chute, Pierre n'en a-t-il pas fait une plus profonde que toi ? Or, l'un et l'autre, en faisant pénitence, non seulement ont obtenu le salut mais sont devenus de grands saints, sont même devenus les ministres du salut, les maîtres de la sainteté. Fais donc de même, mon frère, car c'est pour toi que l'Écriture les appelle « des hommes de miséricorde ».
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Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
Sermon 16, pour la fête de Saints Pierre et Paul ; PL 195, 298-302 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 451-452).
« Sur cette pierre, je bâtirai mon Église »
Colonnes de la terre (Ps 74,4), tous les apôtres le sont, mais en premier lieu les deux dont nous célébrons la fête. Ils sont les deux colonnes qui portent l'Église par leur enseignement, leur prière et l'exemple de leur constance. Ces colonnes, c'est le Seigneur lui-même qui les a fondées. D'abord, ils étaient faibles et ne pouvaient se porter, ni eux, ni les autres. Et ici apparaît le grand dessein du Seigneur : s'ils avaient été toujours forts, on aurait pu penser que leur force venait d'eux. Aussi le Seigneur, avant de les affermir, a voulu montrer de quoi ils étaient capables afin que tous sachent que leur force vient de Dieu.
C'est le Seigneur qui a fondé ces colonnes de la terre, c'est-à-dire de la Sainte Église. C'est pourquoi nous devons louer de tout cœur nos saints pères qui ont supporté tant de peines pour le Seigneur et qui ont persévéré avec tant de force. Ce n'est rien de persévérer dans la joie, dans la prospérité et la patience. Mais voilà qui est grand, d'être lapidé, flagellé, frappé pour le Christ, et en tout cela persévérer avec le Christ (2Co 11,25). Il est grand avec Paul d'être maudit et de bénir..., d'être comme le rebut du monde et d'en tirer gloire (1Co 4,12-13)... Et que dire de Pierre ? Même s'il n'avait rien supporté pour le Christ, il suffirait pour le fêter qu'aujourd'hui il ait été crucifié pour lui. La croix a été sa route.
ou
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
Sermon 18, pour la fête de Saints Pierre et Paul ; PL 195, 298 (trad. cf Bouchet, Lectionnaire, p. 451 et coll. Pain de Cîteaux, n°12, p. 17)
« Sur cette pierre, je bâtirai mon Église »
« La terre s’effondre et tous ses habitants ; j’ai fixé, moi, ses colonnes » (Ps 74,4). Colonnes de la terre, tous les apôtres le sont, mais en premier lieu les deux dont nous célébrons la fête. Ils sont les deux colonnes qui portent l’Église par leur enseignement, leur prière et l'exemple de leur constance. C’est le Seigneur lui-même qui a affermi ces colonnes. Car d'abord ils étaient faibles, bien incapables de se soutenir et de soutenir les autres. Et ici apparaît le grand dessein du Seigneur : s’ils avaient été toujours forts, on aurait pu penser que leur force venait d’eux-mêmes. Voilà pourquoi le Seigneur, avant de les affermir, a voulu montrer de quoi ils étaient capables afin que tous sachent que leur force vient de Dieu… Pierre a été jeté par terre par la voix d’une simple servante… ; l’autre colonne aussi a été bien faible : « Autrefois je ne savais que blasphémer, persécuter, insulter » (1Tm 1,13)…
C'est pourquoi nous devons louer de tout cœur ces saints, nos pères qui ont supporté tant de peines pour le Seigneur et qui ont persévéré avec tant de force. Ce n’est rien de persévérer dans la joie, le bonheur et la paix. Mais voilà ce qui est grand : être lapidé, flagellé, frappé pour le Christ (2Co 11,25), et en tout cela persévérer avec le Christ. Il est grand avec Paul d'être maudit et de bénir, d’être persécuté et d’endurer, d’être calomnié et de consoler, d'être comme le rebut du monde et d'en tirer gloire (1Co 4,12-13)… Et que dire de  Pierre ? Même s’il n'avait rien supporté pour le Christ, il suffirait pour le fêter aujourd'hui qu’il ait été crucifié pour lui… Il savait bien où était celui qu’il aimait, celui qu’il désirait… : sa croix a été son chemin vers le ciel.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Premier sermon pour la fête des Ss. Pierre et Paul, 1,3,5 (trad. Orval)
« J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22,32)
Le Christ Médiateur « n'a pas commis de péché et sa bouche n'a pas prononcé de mensonge » (1P 2,22). Comment oserais-je m'approcher de lui, moi pécheur, très grand pécheur, dont les péchés sont plus nombreux que le sable de la mer ? Il est tout ce qu'il y a de plus pur, et moi, de plus impur... C'est pour cela que Dieu m'a donné ces apôtres, qui sont des hommes et des pécheurs, et de très grands pécheurs, qui ont appris en eux-mêmes et par leur propre expérience à quel point ils devaient être miséricordieux envers les autres. Coupables de grandes fautes, ils accorderont aux grandes fautes un pardon facile et ils nous rendront la mesure qui a servi pour eux (cf Lc 6,38).
L'apôtre Pierre a commis un grand péché, peut-être même n'y en a-t-il pas de plus grand. Il en a reçu un pardon aussi prompt que facile, à tel point qu'il n'a rien perdu du privilège de sa primauté. Et Paul, qui avait déchaîné une fureur sans borne contre l'Église naissante, est amené à la foi par l'appel du Fils de Dieu lui-même. En retour de tant de maux, il est comblé de si grands biens qu'il devient « l'instrument choisi pour porter le nom du Seigneur devant les nations, les rois et les enfants d'Israël » (Ac 9,15)...
Pierre et Paul sont nos maîtres : ils ont pleinement appris du seul Maître de tous les hommes les chemins de la vie, et ils nous instruisent encore aujourd'hui.
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon CC 1 ; PL 57,402 (trad. coll. Pères dans la foi, Migne 1996, p. 166)
« Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux »
Le Seigneur a reconnu en Pierre un intendant fidèle auquel il a confié la clef du Royaume, et en Paul un maître qualifié à qui il a donné la charge d'enseigner dans l'Église. Pour permettre à ceux qui ont été formés par Paul de trouver leur salut, il fallait que Pierre les accueille pour leur repos. Quand Paul aura ouvert les cœurs en prêchant, Pierre ouvre aux âmes le Royaume des cieux. C'est donc une sorte de clef que Paul a également reçue du Christ, la clef de la connaissance, qui permet d'ouvrir les cœurs endurcis à la foi, jusqu'en leur tréfonds ; ensuite elle fait apparaître au grand jour, dans un dévoilement spirituel, ce qui était caché à l'intérieur. Il s'agit d'une clef qui laisse échapper de la conscience la confession du péché et qui y renferme à jamais la grâce du mystère du Sauveur.
Tous deux ont donc reçu des clefs des mains du Seigneur, clef de la connaissance pour l'un, clef du pouvoir pour l'autre ; celui-ci dispense les richesses de l'immortalité, celui-là distribue les trésors de la sagesse. Car il y a des trésors de la connaissance, comme il est écrit : « Ce mystère, c'est le Christ, dans lequel se trouvent, cachés, tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (Col 2,3).
ou
Saint Clément de Rome, pape de 90 à 100 environ
Lettre aux Corinthiens, 5-7 (trad. cf. bréviaire)
Le témoignage historique le plus ancien du martyre de Pierre et de Paul
Laissons ces exemples [de persécution dans l'Ancien Testament] pour en venir aux athlètes les plus proches de nous ; évoquons les exemples vaillants de notre génération. La jalousie et l'envie ont déchaîné les persécutions contre les piliers de l'Église les plus hauts et les plus justes, qui ont lutté jusqu'à la mort. Regardons les saints apôtres : Pierre, à cause d'une jalousie injuste, a subi, non pas une ou deux, mais de nombreuses souffrances ; après avoir rendu ainsi son témoignage, il s'en est allé au séjour de gloire qu'il avait mérité. La jalousie et la discorde ont permis à Paul de montrer comment on remporte le prix réservé à la constance. Sept fois emprisonné, banni, lapidé, devenu prédicateur de l'Évangile en Orient et en Occident, il a reçu la renommée qui correspondait à sa foi. Après avoir enseigné la justice au monde entier jusqu'aux limites de l'Occident, il a rendu son témoignage devant les autorités ; c'est ainsi qu'il a quitté ce monde pour s'en aller au séjour de la sainteté. Suprême modèle de courage ! À ces hommes qui ont mené une vie sainte est venue se joindre une grande foule d'élus qui, par suite de la jalousie, ont subi toutes sortes de mauvais traitements et de supplices, et qui ont donné parmi nous un exemple magnifique...
Nous vous écrivons tout ceci, mes bien-aimés, non seulement pour vous avertir, mais pour nous exhorter nous-mêmes. Car nous sommes dans la même arène ; le même combat nous attend. Laissons donc nos vains soucis inutiles pour suivre la règle glorieuse et vénérable de notre tradition. Ayons les yeux fixés sur ce qui est beau, ce qui est agréable aux yeux de celui qui nous a faits, ce qui est propre à le toucher. Fixons nos regards sur le sang du Christ et comprenons combien il a de valeur pour Dieu son Père, puisque, répandu pour notre salut, il a apporté au monde entier la grâce de la conversion.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Sermon 82/69 pour l'anniversaire des apôtres Pierre et Paul (trad. SC 200, p. 53 rev.)
« Quand tu auras vieilli..., on te mènera où tu ne voudrais pas aller » (Jn 21,18)
Tu ne crains pas de venir en cette ville de Rome, ô saint apôtre Pierre ! ... Tu ne crains pas Rome, maîtresse du monde, toi qui dans la maison de Caïphe as pris peur devant la servante du grand prêtre. La puissance des empereurs Claude et de Néron était-elle donc moindre que le jugement de Pilate ou que la fureur des dirigeants des juifs ? C'est que la force de l'amour triomphait en toi des raisons de craindre ; tu ne pensais pas devoir redouter ceux que tu as reçu mission d'aimer. Cette charité intrépide, tu l'avais déjà reçue quand l'amour que tu avais professé pour le Seigneur a été fortifié par sa triple question (Jn 21,15s)... Et il y avait pour accroître ta confiance les signes de tant de miracles, le don de tant de charismes, l'expérience de tant d'œuvres merveilleuses ! ... Sans douter donc de la fécondité de la tâche ni ignorer le temps qui te restait à vivre, tu apportais le trophée de la croix du Christ à Rome où t'attendaient, par une divine prédestination, à la fois l'honneur de l'autorité et la gloire du martyre.
En cette même ville arrivait saint Paul, apôtre avec toi, instrument de choix (Ac 9,19) et enseignant des païens (1Tm 2,7), pour être avec toi en ce temps où déjà toute innocence, toute liberté, toute pudeur étaient opprimées sous le pouvoir de Néron. C'est lui qui, dans sa folie, a décrété le premier contre le nom chrétien une persécution générale et atroce, comme si la grâce de Dieu pouvait être éteinte par le massacre des saints... Mais « Précieuse aux regards de Dieu est la mort de ses saints » (Ps 115,15). Aucune cruauté n'a pu détruire la religion fondée par le mystère de la croix du Christ. L'Église n'est pas amoindrie, mais agrandie par les persécutions ; le champ du Seigneur se revêt sans cesse d'une plus riche moisson, lorsque les grains, tombant seuls, renaissent multipliés (Jn 12,24). Quelle descendance ont donnée en se développant ces deux plants divinement semés ! Des milliers de saints martyrs imitant le triomphe de ces deux apôtres ont...couronné cette ville d'un diadème aux pierreries innombrables.
ou
Saint Paul VI, pape de 1963-1978
Exhortation sur la joie chrétienne, 1975 (trad. DC 1677, p. 509)
« Sur cette pierre je bâtirai mon Église »
En cette Année Sainte nous vous avons invités à accomplir, matériellement ou en esprit et intention, un pèlerinage à Rome, au cœur de l'Église catholique. Mais, c'est trop évident, Rome ne constitue pas le terme de notre pèlerinage dans le temps. Aucune ville sainte d'ici-bas ne constitue ce terme ; celui-ci est caché au-delà de ce monde, au cœur du mystère de Dieu pour nous encore invisible... Ainsi en est-il de Rome, où les saints apôtres Pierre et Paul ont rendu par le sang leur ultime témoignage.
La vocation de Rome est de provenance apostolique ; le ministère qu'il nous revient d'y exercer est un service au bénéfice de l'Église entière et même de toute l'humanité. Mais c'est un service irremplaçable, car il a plu à la sagesse de Dieu de placer la Rome de Pierre et de Paul sur la route, pour ainsi dire, conduisant à la Cité éternelle, du fait qu'il a choisi de confier les clefs du Royaume des Cieux à Pierre, qui unifie en lui le collège de tous les évêques. Ce qui demeure ici à Rome, non par l'effet de la volonté de l'homme, mais par une bienveillance libre et miséricordieuse du Père, du Fils et de l'Esprit, c'est la « solidité de Pierre » telle que la définit le pape Saint Léon le Grand : « Pierre ne cesse pas de présider de son siège ; il conserve une participation sans fin avec le Christ Souverain Prêtre. La stabilité comme de la pierre qu'il a reçue de la pierre de fondation qu'est le Christ (1Co 3,11), lui, devenu Pierre (Mt 16,16), il la transmet à ses héritiers ».

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