25 juillet - Fête de saint Jacques (le majeur), Apôtre
Commentaire de l’Évangile
Vénérable Pie XII, pape de 1939 à 1958
Audience du 24 Juillet 1940 (Allocutions aux nouveaux époux, t. 1, Enseignements tirés des fêtes chrétiennes; A. Caffarel, trad. J. Thomas-d’Host; éd. Lethielleux, 1947; rév.)
Saint Jacques, “fils du tonnerre”
L'Évangile résume ainsi l'appel du Christ à Jacques et à Jean, et la réponse des deux frères : « Laissant à l'heure même leurs filets et leur père, ils le suivirent » (Mt 4, 22). C'est peu, en apparence, mais beaucoup en réalité. Jacques, en effet, tout comme son frère, laissant son père Zébédée dans la barque qui flottait près du rivage (…) noyait pour toujours dans les flots ses affections passées et remettait sans réserve son avenir entre les mains du divin Maître. (…)
Avec son impétuosité généreuse, Jacques avait bien débuté ; mais comment a-t-il continué ? L'Évangile nous renseigne en quelques traits. De la part de Jésus, dont l’amour ne change pas, il fut l’objet d’une spéciale prédilection. Lui, son frère Jean et Pierre, leur voisin et compagnon de pêche, formaient une triade à laquelle Jésus réserva des faveurs singulières : ils furent les seuls témoins (…) de sa gloire dans la Transfiguration (Mt 17,1-8), de sa tristesse et de sa soumission dans l'agonie de Gethsémani (Mc 14,33). Mais c'est ici précisément que Jacques manqua de fidélité à son divin Maître. Il l’avait pourtant aimé avec sincérité ; il l'avait suivi avec ardeur ; et non sans raison Jésus avait donné aux deux frères, fils de Zébédée le surnom de « fils du tonnerre » (Mc 3,17). Leur mère, ambitieuse, (…), avait un jour osé quémander à Jésus pour ses fils les premiers postes de son royaume. À la question du Sauveur : « Pouvez-vous boire le calice que je boirai ? » les deux intéressés avaient de bonne foi répondu : « Nous le pouvons » (Mt 20,20-22).
Ô Jacques, ton frère Jean, l'Apôtre de l'amour, sera au moins présent sur le Calvaire ; mais toi, où seras-tu alors ? La défection commença à Gethsémani, quand les trois apôtres préférés s'attirèrent cette douloureuse plainte du Sauveur : « Ainsi, vous n'avez pu veiller une heure avec moi ? » (Mt 26,40). (…) Mais Saint Jacques but effectivement le calice que Jésus lui avait prédit (…) : il mourut martyr (cf. Ac 12,12). La faiblesse de l’abandon aux heures tristes de la Passion avait été pardonnée et oubliée par le Rédempteur.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Homélie sur le psaume 115, §4 (trad. Solesmes, t. 3, p. 731)
« Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? »
« Que rendrai-je au Seigneur ? » (Ps 115,12). Non pas des sacrifices, ni des holocaustes, ni les observances du culte légal, mais ma vie elle-même tout entière. Et c’est pourquoi, dit le psalmiste, « j’élèverai la coupe du salut » (v. 13). Le labeur qu’il a enduré dans les combats de sa dévotion filiale envers Dieu et la constance par laquelle, jusqu’à en mourir, il a résisté au péché, le psalmiste appelle cela sa coupe.
C’est à propos de cette coupe que le Seigneur lui-même s’exprime dans les évangiles : « Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi » (Mt 26,39). Et encore aux disciples : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Il voulait parler de cette mort qu’il voulait souffrir pour le salut du monde. C’est pourquoi, dit-il, « j’élèverai la coupe du salut », c’est-à-dire, je suis tendu de tout mon être, assoiffé, vers la consommation du martyre, au point que je tiens les tourments endurés dans les combats de l’amour filial pour un repos de l’âme et du corps, et non une souffrance. Moi-même donc, dit-il, je m’offrirai au Seigneur, comme un sacrifice et une oblation… Et je suis prêt à témoigner de ces promesses devant tout le peuple, car « je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple ! » (v. 14).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon pour le sacre d'un évêque, Guelferbytanus n°32 ; PLS 2, 637 (trad. coll. Pères dans la foi, n°46, p. 96 rev.)
« Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? »
« Le Christ a donné sa vie pour nous, et nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16)... Jésus a dit à Pierre : « Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture pour aller où tu voulais ; quand tu seras devenu vieux, un autre te ceindra pour te conduire où tu ne voudras pas... » (Jn 21,18) C'est la croix qu'il lui avait promise, c'est la Passion. « Va jusque-là, dit le Seigneur, pais mes brebis, souffre pour mes brebis. » Tel doit être le bon évêque. S'il ne l'est pas, il n'est pas évêque...
Écoute cet autre témoignage. Deux de ses disciples, les frères Jean et Jacques, fils de Zébédée, ambitionnaient les premières places au détriment des autres... Le Seigneur leur a répondu : « Vous ne savez pas ce que vous demandez », car il a ajouté : « Pouvez-vous boire le calice que je boirai ? » Quel calice, sinon celui...de la Passion ?... Et eux, avides de dignités, oublieux de leur infirmité, de dire aussitôt : « Nous le pouvons ». Il leur dit : « Mon calice, vous le boirez. Quant à vous placer à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas de vous l'accorder. Il y a ceux pour qui ces places ont été préparées par mon Père »... Il faisait ainsi preuve d'humilité ; en fait, tout ce que prépare le Père est aussi préparé par le Fils... Il est venu humble : lui le créateur, il a été créé parmi nous ; il nous a faits, mais il a été fait pour nous. Dieu avant le temps, homme dans le temps, il a délivré l'homme du temps. Ce grand médecin est venu guérir notre cancer... ; il est venu guérir l'orgueil lui-même par son exemple.
C'est à cela que nous devons être attentifs dans le Seigneur : regardons son humilité, buvons le calice de son humilité, saisissons-nous de lui, contemplons-le. Il est facile d'avoir des pensées nobles, facile de jouir des honneurs, facile de prêter l'oreille aux flatteurs et à ceux qui nous louent. Mais porter les injures, supporter patiemment les humiliations, prier pour celui qui nous offense (Mt 5,39.44), voilà le calice du Seigneur, voilà le banquet du Seigneur.
ou
Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, n°35 (trad. Le Barroux)
« Ma coupe, vous y boirez »
Puisque nous célébrons aujourd'hui la fête d'un martyr, mes frères, nous devons nous sentir concernés par la forme de patience qu'il a pratiquée. Car si nous nous efforçons avec l'aide du Seigneur de garder cette vertu, nous ne manquerons pas d'obtenir la palme du martyre, bien que nous vivions dans la paix de l'Église. C'est qu'il y a deux sortes de martyres : l'un consistant en une disposition de l'esprit, l'autre joignant à cette disposition de l'esprit les actes extérieurs. C'est pourquoi nous pouvons être martyrs même si nous ne mourons pas exécutés par le glaive du bourreau. Mourir de la main des persécuteurs, c'est le martyre en acte, dans sa forme visible ; supporter les injures en aimant celui qui nous hait, c'est le martyre en esprit, dans sa forme cachée.
Qu'il y ait deux sortes de martyres, l'un caché, l'autre public, la Vérité l'atteste en demandant aux fils de Zébédée : « Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? » Ceux-ci ayant répliqué : « Nous le pouvons », le Seigneur répond aussitôt : « Mon calice, vous le boirez en effet ». Que devons-nous comprendre par ce calice, sinon les souffrances de la Passion, dont il dit ailleurs : « Mon Père, s'il est possible, que ce calice passe loin de moi » ? (Mt 26,39) Les fils de Zébédée, à savoir Jacques et Jean, ne sont pas morts pas tous les deux martyrs, et pourtant il leur a été dit à tous deux qu'ils boiraient le calice. En effet, bien que Jean ne soit pas mort martyr, il l'a été cependant, puisque les souffrances qu'il n'avait pas subies dans son corps, il les a éprouvées dans son esprit. Il faut donc conclure de cet exemple que nous pouvons nous aussi être martyrs sans passer par le glaive, si nous conservons la patience dans notre âme.
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur l'évangile de Matthieu, n° 65, 2-4 ; PG 58, 619 ( cf bréviaire : 25/07)
Boire à sa coupe pour siéger à sa droite
Par l'intermédiaire de leur mère, les fils de Zébédée demandent à leur maître, en présence de leurs collègues : « Ordonne que nous siégions l'un à ta droite et l'autre à ta gauche » (cf Mc 10, 35s)... Le Christ s'empresse de les tirer de leurs illusions, en leur disant qu'ils doivent être prêts à souffrir des injures, des persécutions et même la mort : « Vous ne savez pas ce qui vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Que personne ne soit étonné de voir les apôtres dans des dispositions si imparfaites. Attends que le mystère de la croix soit accompli, que la force de l'Esprit Saint leur ait été communiquée. Si tu veux voir leur force d'âme, regarde-les plus tard, et tu les verras supérieurs à toutes les faiblesses humaines. Le Christ ne cache pas leurs petitesses, pour que tu voies tout ce qu'ils deviendront après, par la puissance de la grâce qui les transformera...
« Vous ne savez pas ce que vous demandez. » Vous ne savez pas combien est grand cet honneur, combien c'est prodigieux. Être assis à ma droite ? Cela dépasse même les puissances angéliques. « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire ? » Vous me parlez de trônes et de diadèmes insignifiants ; moi je vous parle de combats et de souffrances. Ce n'est pas maintenant que je recevrai ma royauté ; ce n'est pas encore l'heure de la gloire. Pour moi et les miens il s'agit pour l'instant de violence, de combats et de dangers.
Remarque bien qu'il ne leur demande pas directement : « Aurez-vous le courage de verser votre sang ? » Pour les encourager, il leur propose de partager sa propre coupe, de vivre en communion avec lui... Plus tard tu verras ce même saint Jean, qui pour l'instant cherche la première place, toujours céder la préséance à saint Pierre... Quant à Jacques, son apostolat n'a pas duré longtemps. Brûlant de ferveur, méprisant entièrement les intérêts purement humains, par son zèle il a mérité d'être le premier martyr parmi les apôtres (Ac 12, 2).
ou
Origène (v.185-253), prêtre et théologien, Homélies sur la Genèse 1, 7 (trad. SC 7, pp 72-73 rev.)
« Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène à l'écart sur une haute montagne » (Mc 9, 2) : Saint Jacques, témoin de la lumière
Tous ceux qui le voient ne sont pas illuminés également par le Christ, mais chacun l'est à la mesure dont il peut recevoir la lumière. Les yeux de notre corps ne sont pas toujours éclairés également par le soleil ; plus on monte en des lieux élevés, plus on contemple de haut son lever, mieux on en perçoit l'éclat et la chaleur. De même notre esprit, plus il montera et s'élèvera près du Christ, plus il s'offrira de près à l'éclat de sa clarté, plus magnifiquement et plus brillamment il sera irradié de sa lumière. Le Seigneur le dit lui-même par le prophète : « Approchez-vous de moi, et je m'approcherai de vous » (Za 1, 3)...
Ce n'est donc pas de la même manière que tous nous allons à lui, mais chacun y va « selon ses propres capacités » (Mt 25, 15). Ou bien c'est avec les foules que nous allons à lui, et il nous nourrit en paraboles pour que nous ne défaillions pas à jeun sur la route (Mc 8, 3). Ou bien nous restons sans cesse à ses pieds, ne nous préoccupant que d'écouter sa parole, sans jamais nous laisser troubler par les multiples soins du service (Lc 10, 38s)...; sans aucun doute, ceux qui s'approchent ainsi de lui reçoivent bien davantage sa lumière.
Mais si, comme les apôtres, sans nous éloigner jamais, nous « demeurons constamment avec lui dans toutes ses épreuves » (Lc 22, 28), alors il nous explique en secret ce qu'il avait dit aux foules, et c'est avec plus de clarté encore qu'il nous illumine (Mt 13, 11s). Enfin, s'il trouve quelqu'un capable de monter avec lui jusque sur la montagne, comme Pierre, Jacques et Jean, celui-là n'est plus illuminé seulement de la lumière du Christ, mais de la voix du Père lui-même.
ou
Eusèbe de Césarée (v. 265-340), évêque, théologien, historien
Histoire ecclésiastique, II, 3, 9 ; SC 31 (trad. SC p. 54s rev.)
Le martyre de saint Jacques, apôtre
C'était sans doute grâce à une force et à une aide du ciel que la doctrine du salut, comme un rayon de soleil, a éclairé soudainement toute la terre. En effet, suivant les divines Écritures, la voix des évangélistes et des apôtres a retenti sur toute la terre : « leurs paroles jusqu'aux limites du monde » (Ps 18,5). Et vraiment dans chaque ville, dans chaque village, comme dans une aire pleine de blé, des Églises fortes de milliers d'hommes se sont constituées en masse, remplies de fidèles...
Mais sous le règne de l'empereur Claude, « le roi Hérode se mit à maltraiter certains membres de l'Église ; c'est ainsi qu'il a fait périr Jacques, frère de Jean, par le glaive » (Ac 12,1-2). Concernant Jacques, Clément [d'Alexandrie] rapporte un récit digne de mémoire tel qu'il le tenait de la tradition de ses prédécesseurs : celui qui l'avait amené au tribunal a été ému en le voyant donner son témoignage, et il a confessé que lui aussi était chrétien. Tous deux, dit-il, ont été amenés ensemble au supplice, et le long du chemin, celui-ci a demandé à Jacques de lui pardonner. Jacques a réfléchi un instant et il l'a embrassé en disant : « Que la paix soit avec toi ! » Et ainsi tous deux ont été décapités en même temps.
Alors, dit la sainte Écriture, voyant que ce qu'il avait fait par la mort de Jacques avait plu à certains, Hérode s'est attaqué également à Pierre et l'a jeté en prison. Il a failli le faire mourir aussi. Mais, grâce à une manifestation divine, un ange s'est présenté à l'apôtre pendant la nuit et l'a délivré miraculeusement de ses liens ; il a été relâché pour le ministère de la prédication (Ac 12,4-17).
ou
Pape Benoît XVI
Audience générale du 21/6/06 (trad. DC n° 2362 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Ma coupe, vous y boirez »
Jacques, fils de Zébédée, appelé aussi Jacques le Majeur, appartient, avec Pierre et Jean, au groupe des trois disciples privilégiés qui sont admis par Jésus à assister à des moments importants de sa vie. Il a pu participer, avec Pierre et Jean, au moment de l'agonie de Jésus au jardin de Gethsémani et à l'événement de la Transfiguration de Jésus. Il s'agit donc de situations très différentes l'une de l'autre. En un cas, Jacques fait l'expérience avec les deux autres apôtres de la gloire du Seigneur, il le voit en conversation avec Moïse et Élie, il voit transparaître la splendeur divine en Jésus. Dans l'autre, il se trouve devant la souffrance et l'humiliation, il voit de ses propres yeux combien le Fils de Dieu s'humilie en se faisant obéissant jusqu'à la mort. Certainement, cette seconde expérience a été pour lui une occasion de mûrir dans la foi, pour corriger l'interprétation unilatérale, triomphaliste, de la première : il a dû entrevoir que le Messie attendu par le peuple juif comme un triomphateur, en réalité n'était pas auréolé seulement d'honneur et de gloire, mais aussi de souffrances et de faiblesse. La gloire du Christ se réalise précisément dans la croix, dans la participation à nos souffrances.
Cette maturation dans la foi a été menée à son achèvement par l'Esprit Saint à la Pentecôte, de sorte que lorsque vint le moment du suprême témoignage, Jacques ne fuit pas. Au début des années 40 du premier siècle, le roi Hérode Agrippa, neveu d'Hérode le Grand, comme nous en informe Luc, « se mit à maltraiter certains membres de l'Église. Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter » (Ac 12,1-2)... De saint Jacques, donc, nous pouvons apprendre bien des choses : la promptitude à accueillir l'appel du Seigneur même quand il nous demande de quitter la « barque » de nos sécurités humaines (Mt 4,21), l'enthousiasme à le suivre sur les routes qu'il nous indique au delà de toutes nos présomptions illusoires, la disponibilité à témoigner de lui avec courage, si c'est nécessaire jusqu'au sacrifice suprême de la vie. Ainsi Jacques le Majeur se présente à nous comme un exemple éloquent de généreuse adhésion au Christ. Lui qui, initialement, avait demandé par l'intermédiaire de sa mère à siéger aux côtés du Maître dans son Royaume, a été précisément le premier à boire le calice de la Passion, à partager avec les apôtres le martyre.
26 juillet - St Joachim et Ste Anne, parents de la vierge Marie (m)
Commentaire de l’Évangile
La Lettre à Diognète (v. 200)
Ch 8 ; SC 33 (trad. Orval rev. ; cf SC p. 71)
La patience de Dieu
Le Maître et le Créateur de l'univers, Dieu, qui a fait toutes choses et les a disposées avec ordre, s'est montré non seulement plein d'amour pour les hommes, mais plein de patience. Lui, il a toujours été, il est et il restera le même : secourable, bon, doux, véridique -- lui seul est bon. Pourtant lorsqu'il a conçu son dessein d'une grandeur inexprimable, il n'en a fait part qu'à son Fils unique. Tant qu'il maintenait dans le mystère et réservait le plan de sa sagesse, il semblait nous négliger et ne pas se soucier de nous. Mais quand il a révélé par son Fils bien-aimé et manifesté ce qu'il avait préparé depuis le commencement, il nous a offert tout en même temps : participer à ses bienfaits, voir, et comprendre la largesse de ses dons. Qui de nous aurait jamais pu s'y attendre ?
Dieu avait donc déjà tout disposé à part lui avec son Fils ; mais, jusqu'à ces derniers temps, il nous a permis de nous laisser emporter au gré de nos penchants désordonnés, entraînés par les plaisirs et les passions. Non qu'il ait pris le moins du monde plaisir à nos péchés ; il tolérait seulement ce temps où sévissait le mal sans y consentir. Il préparait le règne actuel de la justice. Durant cette période, nos propres œuvres nous montraient indignes de la vie ; nous en devenons dignes maintenant par l'effet de la bonté de Dieu. Nous nous sommes montrés incapables d'accéder par nous-mêmes au Royaume de Dieu ; c'est sa puissance qui nous en rend capables maintenant... Dieu ne nous a pas haïs, ni repoussés, il n'a pas tenu rancune, mais il a patienté longtemps.
ou
Catéchisme de l'Église catholique § 760-769
« Alors les justes resplendiront dans le Royaume de leur Père »
« Le monde a été créé en vue de l'Église », disaient les chrétiens des premiers temps (Hermas). Dieu a créé le monde en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par la convocation des hommes dans le Christ, et cette « convocation » (ecclesia), c'est l'Église. L'Église est la fin de toutes choses, et les vicissitudes douloureuses elles-mêmes, comme la chute des anges et le péché de l'homme, n'ont été permises par Dieu que comme occasion et moyen pour déployer toute la force de son bras (Lc 1,51), toute la mesure d'amour qu'il voulait donner au monde : « De même que la volonté de Dieu est un acte et qu'elle s'appelle le monde, ainsi son intention est le salut des hommes, et elle s'appelle l'Église » (Clément d'Alexandrie).
Le rassemblement du Peuple de Dieu commence à l'instant où le péché détruit la communion des hommes avec Dieu et celle des hommes entre eux ; le rassemblement de l'Église est pour ainsi dire la réaction de Dieu au chaos provoqué par le péché. Cette réunification se réalise secrètement au sein de tous les peuples : « En toute nation, Dieu tient pour agréable quiconque le craint et pratique la justice » (Ac 10,35). La préparation lointaine du rassemblement du Peuple de Dieu commence avec la vocation d'Abraham, à qui Dieu promet qu'il deviendra le père d'un grand peuple (Gn 12,2). La préparation immédiate commence avec l'élection d'Israël comme Peuple de Dieu (Ex 19,5) ; par son élection, Israël doit être le signe du rassemblement futur de toutes les nations (Is 2,2)...
Il appartient au Fils de réaliser, dans la plénitude des temps, le plan de salut de son Père ; c'est là le motif de sa « mission »... Le Christ inaugure le Royaume des cieux sur la terre ; l'Église « est le Règne du Christ déjà mystérieusement présent » (Vatican II, LG 3)... « L'Église...n'aura sa consommation que dans la gloire céleste » (LG 48), lors du retour glorieux du Christ... Elle aspire à l'avènement plénier du Royaume. Cette consommation de l'Église et, à travers elle, celle du monde dans la gloire ne se fera pas sans de grandes épreuves. Alors seulement, « tous les justes depuis Adam, depuis Abel le juste jusqu'au dernier élu se trouveront rassemblés dans l'Église universelle auprès du Père » (LG 2).
ou
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Homélie 111 ; PL 57, 511 (trad. Quere-Jaulmes / En Calcat rev.)
Le levain du monde entier
Nous lisons dans l'Évangile : « Si le grain de blé ne tombe en terre et n'y meurt, il reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Le Seigneur Jésus est le grain de blé, mais il est aussi le levain... En venant, homme et seul, dans le monde, le Seigneur Jésus a donné à tous les hommes la possibilité de devenir ce qu'il est lui-même. Tout homme qui s'incorpore au levain du Christ devient lui aussi du levain, utile à lui-même et profitable à tous ; il sera sauvé et il sauvera autrui.
Avant d'être disséminé dans un monceau de farine, le levain est broyé, écrasé, émietté, il est complètement dissous -- mais c'est alors qu'il rassemble en une même fermentation les grains innombrables et dispersés de la farine. Il ramène en un corps solide une substance qui, d'elle-même, était aussi inconsistante que la poussière ; il fait, enfin, une pâte utile de ce qui semblait n'être qu'un vain éparpillement.
Ainsi le Seigneur Jésus Christ, levain du monde entier, a été brisé par beaucoup de souffrances, lacéré et détruit, et son suc, c'est à dire son précieux sang, s'est répandu pour nous, afin d'affermir, en s'y mêlant, tout le genre humain dispersé. Nous qui étions comme une farine de peuples, nous voilà rassemblés comme du levain ; nous qui gisions lamentablement par toute la terre, dispersés et broyés, nous voilà réunis au corps du Christ grâce à la puissance de sa Passion.
29 juillet - Sainte Marthe, mémoire
Commentaire de l’Évangile
Saint Jean de Damas (v. 675-749)
moine, théologien, docteur de l'Église
Triode des Matines du Samedi de Lazare, Odes 6-9 (in Lectionnaire pour les dimanches et les fêtes; trad. J.-R. Bouchet; Éd. du Cerf 1994, p. 148 rev.)
« Jésus pleura. Les Juifs se dirent : Voyez comme il l'aimait »
Étant Dieu véritable, tu connaissais, Seigneur, le sommeil de Lazare et tu l'as prédit à tes disciples. (...) Étant dans la chair, toi qui es pourtant sans limite, tu viens à Béthanie. Vrai homme, tu pleures sur Lazare ; vrai Dieu, par ta volonté tu ressuscites ce mort de quatre jours. Aie pitié de moi, Seigneur ; nombreuses sont mes transgressions. De l'abîme des maux, je t'en supplie, ramène-moi. C'est vers toi que j'ai crié ; écoute-moi, Dieu de mon salut.
Pleurant sur ton ami, dans ta compassion tu as mis fin aux larmes de Marthe, et par ta Passion volontaire tu as essuyé toute larme du visage de ton peuple (Is 25,8). « Dieu de nos Pères, tu es béni. » (Esd 7,27) Gardien de la vie, tu as appelé un mort comme s'il dormait. Par une parole tu as déchiré le ventre des enfers et tu as ressuscité celui qui s'est mis à chanter : « Dieu de nos Pères, tu es béni ». Moi, étranglé par les liens de mes péchés, relève-moi aussi et je chanterai : « Dieu de nos Pères, tu es béni ». (...)
Dans sa reconnaissance Marie t'apporte, Seigneur, un vase de myrrhe comme un dû pour son frère (Jn 12,3), et elle te chante dans tous les siècles. Comme mortel, tu invoques le Père ; comme Dieu, tu réveilles Lazare. C'est pourquoi nous te chantons, ô Christ, pour les siècles des siècles. (...) Tu réveilles Lazare, un mort de quatre jours ; tu le fais surgir du tombeau, le désignant ainsi comme témoin véridique de ta résurrection le troisième jour. Tu marches, tu pleures, tu parles, mon Sauveur, montrant ta nature humaine ; mais en réveillant Lazare tu révèles ta nature divine. De manière indicible, Seigneur mon Sauveur, selon tes deux natures, souverainement, tu as accompli mon salut.
ou
Saint John Henry Newman (1801-1890), théologien, fondateur de l'Oratoire en Angleterre
Sermon « The Tears of Christ at the Grave of Lazarus » PPS, vol. 3, n°10
Marthe lui dit : « Oui, Seigneur, je le crois »
Le Christ est venu pour ressusciter Lazare, mais l'éclat de ce miracle sera la cause immédiate de son arrestation et de sa crucifixion (Jn 11, 46s)... Il sentait bien que Lazare revenait à la vie au prix de son propre sacrifice ; il se sentait lui-même descendre au tombeau d'où il allait faire sortir son ami ; il sentait que Lazare devait vivre et que lui-même devait mourir. Les apparences allaient se renverser : il y aurait un festin chez Marthe (Jn 12, 1s), mais la dernière pâque de tristesse lui revenait à lui. Et Jésus savait qu'il acceptait totalement ce renversement : il était venu du sein de son Père pour racheter par son sang tout le péché des hommes et ainsi faire remonter tout croyant de sa tombe comme son ami Lazare -- les ramener à la vie, non pour un temps, mais pour toujours...
Face à l'ampleur de ce qu'il envisageait de faire dans cet unique acte de miséricorde, Jésus a dit à Marthe : « Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais ». Faisons nôtre cette parole de réconfort, à la fois face à notre propre mort et à celle de nos amis : là où il y a foi en Christ, le Christ est là en personne. « Le crois-tu ? » demande-t-il à Marthe. Là où un cœur peut répondre comme Marthe : « Oui, je le crois », là le Christ se rend miséricordieusement présent. Bien qu'invisible, il se tient là, même devant un lit de mort ou une tombe, que ce soit nous-mêmes qui dépérissons ou ceux que nous aimons. Que son nom soit béni ! Rien ne peut nous enlever cette consolation. Par sa grâce, nous sommes aussi sûrs qu'il est là avec tout son amour que si nous le voyions. Après notre expérience de ce qui est arrivé à Lazare, nous ne douterons pas un instant qu'il est plein d'égards pour nous et qu'il se tient à nos côtés.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église, Sermon 104, éd. Morin (trad. Augustin: l'année liturgique, DDB 1980, p. 149)
« Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison »
Dans l'éternité, nous serons attablés. Je n'oserais pas le dire, si le Seigneur ne l'avait promis. Il promet une grande récompense à ses serviteurs, car il leur dit : « Il les fera mettre à table et, passant de l'un à l'autre, il les servira » (Lc 12, 37)... Grande est la promesse donc, et heureux son accomplissement. Agissons de manière à le mériter ; puissions-nous être aidés de manière à parvenir au lieu où le Seigneur nous servira à table.
Que sera ce repas, si ce n'est un repos ? et que veut dire « Il nous servira » sinon qu'il nous rassasiera ? De quelle nourriture et de quelle boisson ? Assurément, de la vérité elle-même... Tu ne crois pas que Dieu puisse te nourrir ainsi, alors que c'est déjà de cette façon que ton oeil se rassasie de la lumière ? Que beaucoup voient la lumière, elle brille abondamment ; que peu la voient, elle brille avec la même intensité. Elle répand le réconfort, mais elle ne peut pas faire défaut ; on en use sans la diminuer... Pourquoi ne le comprenez-vous pas encore ? Parce que vous vous occupez de beaucoup de choses. Le travail de Marthe vous occupe ; bien plus : il nous occupe tous. Car qui est dispensé de ce travail d'assistance ?...
C'est pourquoi, très chers, je vous prie et je vous exhorte...: cette vie, désirons-la ensemble. Allons tous ensemble vers elle en courant, pour y demeurer en arrivant. L'heure vient et cette heure sera sans fin, quand le Seigneur nous fera mettre à table pour nous servir. Que nous servira-t-il sinon lui-même ? Pourquoi chercher ce que vous mangerez ? -- c'est le Seigneur lui-même... « La seule chose qu'au Seigneur je demande, la chose que je cherche, c'est d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, de savourer la douceur du Seigneur » (Ps 27, 4)... N'ayons donc pas le goût des nourritures charnelles...: elles passeront. Si tu veux remplir l'office de Marthe en t'occupant d'elles, que ce soit avec modération et miséricorde... Le travail passe, le repos viendra, mais on n'arrive au repos que par le travail. Le navire passe, on arrive à la patrie, mais on n'arrive à la patrie que par le navire. Mais je suis sûr que nous ne ferons pas naufrage, car nous sommes portés sur le bois de la croix.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermons sur l'évangile de Jean, n°49,15
« Celui qui croit en moi vivra »
« Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. » Qu'est-ce que cela veut dire ? « Celui qui croit en moi, même s'il meurt comme Lazare, vivra », parce que Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. Déjà au sujet d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, les patriarches morts depuis longtemps, Jésus avait fait aux juifs la même réponse : « Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; non pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous vivent pour lui » (Lc 20,38). Crois donc, et même si tu es mort, tu vivras ! Mais si tu ne crois pas, même si tu es vivant, tu es réellement mort… D'où vient la mort dans l'âme ? De ce que la foi n'y est plus. D'où vient la mort du corps ? De ce que l'âme n'y est plus. L'âme de ton âme, c'est la foi.
« Celui qui croit en moi, même s'il meurt dans son corps, aura la vie dans son âme, jusqu'à ce que le corps lui-même ressuscite pour ne plus mourir. Et tout homme qui vit dans la chair et croit en moi, bien qu'il doive mourir pour un temps en son corps, il ne mourra pas pour l'éternité, à cause de la vie de l'Esprit et de l'immortalité de la résurrection. »
Voilà ce que veut dire Jésus dans sa réponse à Marthe… « Crois-tu cela ? » « Oui, Seigneur, lui répond-elle, je crois que tu es le Christ, le fils de Dieu, qui es venu dans le monde. En croyant cela, j'ai cru que tu es la résurrection, j'ai cru que tu es la vie, j'ai cru que celui qui croit en toi, même s'il meurt, vivra ; j'ai cru que celui qui est vivant et qui croit en toi ne mourra pas pour l'éternité. »
ou
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
Introduction à la vie dévote, III, 19 (français modernisé)
« Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare » (Jn 11,5)
Aimez tout le monde d'un grand amour de charité, mais réservez votre amitié profonde pour ceux qui peuvent échanger avec vous des choses bonnes... Si vous échangez dans le domaine des connaissances, votre amitié est certes louable ; plus encore si vous communiez dans le domaine de la prudence, de la discrétion, de la force et de la justice. Mais si votre relation est fondée sur la charité, la dévotion et la perfection chrétienne, ô Dieu, que votre amitié sera précieuse ! Elle sera excellente parce qu'elle vient de Dieu, excellente parce qu'elle tend à Dieu, excellente parce que son lien, c'est Dieu, parce qu'elle durera éternellement en Dieu. Qu'il fait bon aimer sur la terre comme on aime au ciel, apprendre à s'aimer en ce monde comme nous le ferons éternellement en l'autre !
Je ne parle pas ici de l'amour simple de charité, car il doit être porté à tous les hommes ; mais je parle de l'amitié spirituelle, par laquelle deux ou trois ou plusieurs communient dans la vie spirituelle et deviennent un seul esprit entre eux (cf Ac 4,32). C'est vraiment à bon droit que peuvent chanter de telles âmes heureuses : « Combien il est bon et agréable que les frères habitent ensemble ! » (Ps 132,1)... Il me semble que toutes les autres amitiés ne sont que l'ombre de celle-ci... Pour des chrétiens vivant dans le monde, il leur est nécessaire de s'aider les uns les autres par de saintes amitiés ; par ce moyen ils s'encouragent, se soutiennent, se portent mutuellement vers le bien... Personne ne saurait nier que notre Seigneur ait aimé d'une amitié plus douce et plus spéciale saint Jean, Lazare, Marthe et Madeleine, car l'Écriture le témoigne.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 103,1,2 ; PL 38, 613 (trad. Orval)
« Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison »
Marthe et Marie étaient deux sœurs, proches non seulement par le sang mais encore par la piété. Attachées l'une et l'autre au Seigneur, elles se sont mises d'un seul cœur à son service au temps de sa vie ici-bas. Marthe l'a reçu comme on reçoit d'ordinaire un voyageur. Et pourtant, c'était une servante qui accueillait son Maître, une malade son Sauveur, une créature son Créateur... Le Seigneur, en effet, avait voulu prendre la forme d'un serviteur afin de pouvoir être nourri par des serviteurs...
Voici donc le Seigneur accueilli comme un hôte. « Il était venu parmi les siens et les siens ne l'avaient pas reçu ; mais à tous ceux qui l'ont reçu il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,11-12). Les serviteurs ainsi adoptés devenaient ses frères, les captifs ainsi délivrés devenaient ses cohéritiers. Mais que personne d'entre vous ne dise : Heureux ceux qui ont eu la chance de recevoir le Christ en leur propre maison ! N'aie donc point de peine, ne te lamente pas d'être né à une époque où tu ne peux plus voir le Seigneur en chair et en os. Il ne t'a pas retiré sa faveur, lui qui a déclaré : « Tout ce que vous avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 103, 1,2,6 : PL 38, 613, 615 (trad. Orval)
« Une femme appelée Marthe reçut Jésus dans sa maison »
« Tout ce que vous avez fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40)... Voilà pour toi, Marthe, une parole apaisante. Tu es bénie dans ton service même et ton labeur aura le repos pour récompense. Maintenant tu es occupée par de multiples tâches ; tu donnes la nourriture nécessaire à la vie mortelle de tous les hommes, fussent-ils des saints. Mais lorsque tu seras parvenue dans la patrie, tu n'auras plus d'hôte à recevoir, ni d'affamé à qui rompre le pain, ni d'assoiffé à qui donner à boire, ni de malade à visiter, ni de querelleurs à réconcilier, ni de mort à ensevelir. Il n'y aura plus rien de tout cela. Mais là-haut tu trouveras ce que Marie a choisi, car là-haut nous serons nourris sans devoir donner à manger. Là-haut s'accomplira parfaitement ce que Marie a choisi ici-bas quand elle ne ramassait que les miettes qui tombaient de la table opulente du Verbe de Dieu. Veux-tu savoir ce qu'il y aura là-haut ? Le Seigneur le dit quand il parle de ses serviteurs : « En vérité, je vous le dis : le maître les fera s'asseoir à table et il se mettra à les servir » (Lc 12,37).
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 103, 1.5 ; PL 38, 613 (trad. cf bréviaire 29/07)
« Une femme appelée Marthe reçut Jésus dans sa maison »
« Tout ce que vous avez fait pour l'un de ces petits qui sont à moi, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40)... Voilà pour toi, Marthe, une parole apaisante. Tu es bénie dans ton service, et tu auras comme récompense le repos que tu désires. Maintenant tu es occupée par mille soins : tu donnes la nourriture nécessaire à la vie mortelle des hommes, même s'il s'agit des saints. Mais lorsque tu seras parvenue dans la patrie qui est au bout de notre route, trouveras-tu des étrangers à recevoir, des affamés à qui donner à manger, des assoiffés à qui donner à boire, des malades à visiter, des querelleurs à réconcilier, des morts à ensevelir ? Il n'y aura plus rien de tout cela.
Qu'est-ce que nous y trouverons ? Là-haut tu trouveras ce que Marie a choisi, car là-haut nous serons nourris sans devoir donner à manger. Là-haut s'accomplira parfaitement ce que Marie a choisi ici-bas quand elle ne ramassait que les miettes qui tombaient de l'abondance de la table du Verbe de Dieu. Veux-tu savoir ce qu'il y aura là-haut ? Le Seigneur le dit quand il parle de ses serviteurs : « En vérité, je vous le dis : le maître les fera s'asseoir à table, et passant de l'un à l'autre, il les servira » (Lc 12,37).