6 août - Fête de la Transfiguration du Seigneur
Commentaire de l’Évangile
Bienheureux Columba Marmion (1858-1923), abbé
Transfiguration (Le Christ idéal du prêtre, Éd. de Maredsous, 1951, p. 328-329 ; rev.)
« Il fut transfiguré devant eux »
Cette transfiguration de Jésus, inattendue des disciples et pleine de mystère, fut pour eux, sans contredit, la source d’une grâce singulière : celle de l’affermissement de la foi en la divinité de Jésus. Désormais, ils savaient, à n’en plus douter, que sous les dehors de l’homme avec lequel ils conversaient tous les jours (cf. Ph 2,7), le véritable Fils de Dieu voilait sa suprême dignité. Cette foi sera confirmée par la venue du Saint Esprit au jour de la Pentecôte.
Mais la parole du Père entendue par les disciples n’était pas descendue de la nuée pour eux seuls. Toutes les générations chrétiennes la recueilleront à leur tour. (…) Pour chacun de nous, le Christ est toujours prêt à se transfigurer, et la voix du Père ne cesse point de proclamer, par le magistère de l’Église, la divine filiation de Jésus. Assurément, le Christ ne change plus, il demeure immuablement le même (cf. He 13,8). Il se présente toujours à nous comme « constitué pour nous, de par Dieu, sagesse, justice, sanctification, rédemption » (1 Co 1, 30). Mais nous, nous ne découvrons que peu à peu la divinité de sa personne, la valeur incomparable de sa rédemption, l’immensité de ses mérites, le don d’amour fait aux hommes par sa venue. Nous sommes ainsi initiés à cette science éminente du Christ (cf. Ph 3,8) dont parle l’Apôtre.
Cependant, comprenez-le, cette connaissance n’est pas purement intellectuelle ; elle consiste bien plutôt en une illumination intérieure de la foi. Devant cette révélation toute intime et surnaturelle, le chrétien sent naître en lui le désir de rendre son âme et sa vie de plus en plus conformes à celles de Jésus-Christ.
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Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231) franciscain, docteur de l'Église
Sermon du dimanche de la Septuagésime (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 41, 43, 44, rev.)
Contempler le visage du Christ
« Il fut transfiguré devant eux » (Mt 17,2) Moule-toi, comme de la cire molle, sur cette figure, afin d’y imprimer l’image du Christ dont il est dit : « Son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. » Dans ce passage, il faut considérer quatre choses : le visage, le soleil, les vêtements et la neige. Dans la partie antérieure de la tête qui s’appelle le visage de l’homme, il y a trois sens, ordonnés et disposés d’une manière admirable. Ce sont la vue, l’odorat, le goût. D’une manière analogue, dans le visage de notre âme, il y a la vision de la foi, l’odorat de la discrétion et le goût de la contemplation. (…)
Dans le soleil, il y a la clarté, la blancheur et la chaleur. La clarté du soleil convient parfaitement à la vision de la foi qui, avec la clarté de sa lumière perçoit et croit les réalités invisibles. Que le visage de notre âme resplendisse comme le soleil. Que ce que nous voyons par la foi brille dans nos œuvres ; que le bien que nous apercevons par nos yeux intérieurs se réalise au dehors dans la pureté de nos actions ; que ce que nous goûtons de Dieu dans la contemplation se transforme en chaleur dans l’amour du prochain. Ainsi comme celui de Jésus, notre visage « resplendira comme le soleil ».
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Anastase du Sinaï ( ?-après 700), moine
Homélie pour la fête de la Transfiguration
« Voici qu’apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui »
Aujourd’hui le Seigneur est vraiment apparu sur la montagne. Aujourd’hui la nature humaine, créée autrefois semblable à Dieu mais obscurcie par les figures informes des idoles, a été transfigurée en l’ancienne beauté de l’homme créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (Gn 1,26)… Aujourd’hui sur la montagne, l’homme, qui était vêtu de tuniques de peau sombres et tristes (Gn 3,21), a endossé le vêtement divin, « drapé de lumière comme d’un manteau » (Ps 103,2)…
Moïse contemple de nouveau le feu qui ne consumait pas le buisson (Ex 3,2), mais qui donne la vie à toute chair…, et il dit : « Maintenant je te vois, toi qui es vraiment et pour toujours, toi qui es avec le Père et qui m’as dit : ‘ Je suis Celui qui est ’ (v. 14)… Maintenant je te vois, toi que je désirais voir autrefois en disant : ‘ Laisse-moi contempler ta gloire ’ (Ex 33,18). Je te vois non plus de dos, caché dans le creux du rocher (v. 23), mais je te vois, Dieu plein d’amour pour les hommes, caché dans une forme humaine. Tu ne m’abrites plus de ta droite (v. 22), mais tu es la Droite du Très-Haut révélée au monde. Tu es le médiateur à la fois de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, Dieu ancien et homme nouveau…
« Toi qui m’as dit sur le Sinaï : ‘ Un être humain ne peut pas me voir et rester en vie ’ (v. 20), comment peut-on te contempler maintenant face à face sur la terre, dans la chair ? Comment habites-tu parmi les hommes ? Toi qui es la vie et qui donnes la vie, comment te hâtes-tu vers la mort ? Toi qui demeures parmi les êtres au plus haut des cieux, comment avances-tu plus bas que les êtres les plus délaissés, vers ceux qui sont morts ?... Car tu veux apparaître aussi à ceux qui se sont endormis depuis des siècles, visiter les patriarches dans le séjour des morts, descendre délivrer Adam de ses douleurs »… Car c’est ainsi que « resplendiront les justes lors de la résurrection » (Mt 13,43) ; c’est ainsi qu’ils seront glorifiés, ainsi qu’ils seront transfigurés.
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Un auteur syrien anonyme : Homélie attribuée à tort à Saint Ephrem (trad. Coune, in L’Année en fêtes, Migne 2000, p. 474)
« Parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu »
Notre Seigneur Jésus Christ a emmené Pierre, Jacques et Jean sur la montagne pour leur montrer la gloire de sa divinité et leur faire connaître qu'il était le Rédempteur d'Israël, comme il l'avait montré par les prophètes. Il voulait prévenir aussi qu'ils ne soient pas scandalisés à la vue des souffrances librement consenties qu'il allait souffrir pour nous dans sa nature humaine. Ils le connaissaient en effet comme homme, mais ils ignoraient qu'il soit Dieu ; ils le connaissaient comme fils de Marie, un homme séjournant avec eux dans le monde, mais sur la montagne il leur a fait connaître qu'il était le Fils de Dieu, et Dieu lui-même.
Ils l'avaient vu manger et boire, travailler et se reposer, s'assoupir et dormir, subir l'effroi jusqu'aux gouttes de sueur, toutes choses qui ne semblaient guère en harmonie avec sa nature divine et paraissaient ne convenir qu'à son humanité. Voilà pourquoi il les a emmenés sur la montagne, afin que le Père l'appelle son Fils et leur montre qu'il était vraiment son Fils et qu’il était Dieu. Il les a emmenés sur la montagne et leur a montré son Règne avant de manifester ses souffrances, sa puissance avant sa mort, sa gloire avant les outrages et son honneur avant l'ignominie. Ainsi, lorsqu'il serait pris et crucifié, ses apôtres sauraient qu'il ne l'avait pas été par faiblesse mais par consentement et de son plein gré, pour le salut du monde.
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Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Homélie pour la fête de la Transfiguration ; PG 96, 545 (trad. Bellefontaine 1985, coll. Spi. Or. n°39, p. 191 rev.)
« À l'écart, sur une haute montagne »
Jadis, sur le mont Sinaï, la fumée, la tempête, l'obscurité et le feu (Ex 19, 16s) révélaient la condescendance extrême de Dieu, annonçant que celui qui donnait la Loi était inaccessible... et que le créateur se faisait connaître par ses œuvres. Mais maintenant tout est rempli de lumière et de splendeur. Car l'artisan et le Seigneur de toutes choses est venu du sein du Père. Il n'a pas quitté sa propre demeure, c'est-à-dire son siège dans le sein du Père, mais il est descendu pour être avec les esclaves. Il a pris la condition de serviteur, et il est devenu un homme en sa nature et en son comportement (Ph 2, 7), pour que Dieu, qui est incompréhensible pour les hommes, soit compris. Par lui-même et en lui-même, il montre la splendeur de la nature divine.
Autrefois Dieu avait établi l'homme en union avec sa propre grâce. Quand il a insufflé l'esprit de vie au nouvel homme formé de terre, quand il lui a communiqué ce qu'il avait de meilleur, il l'a honoré de sa propre image et ressemblance (Gn 1, 27). Il lui a donné l'Eden comme demeure et a fait de lui le frère intime des anges. Mais puisque nous avions obscurci et fait disparaître l'image divine sous la boue de nos désirs déréglés, le Compatissant est entré dans une seconde communion avec nous, beaucoup plus sûre et plus extraordinaire que la première. Tout en demeurant dans l'élévation de sa divinité, il accepte aussi ce qui est en dessous de lui, créant en lui-même l'humain ; il mêle l'archétype à l'image, et aujourd'hui il montre en elle sa propre beauté.
Son visage resplendit comme le soleil, car dans sa divinité il est identifié avec la lumière immatérielle ; c'est pour cela qu'il est devenu le Soleil de justice (Ml 3, 20). Mais ses vêtements deviennent blancs comme la neige, car ils reçoivent la gloire par revêtement et non par union, par relation et non par nature. Et « une nuée de lumière les couvrit de son ombre », rendant sensible le resplendissement de l'Esprit.
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Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Homélie sur la Transfiguration ; PG 96, 545 (trad. cf coll. Spi. Or. n°39, Bellefontaine 1985, p. 187)
« ' Celui-ci est mon Fils bien-aimé '... Ainsi se confirme pour nous la parole des prophètes » (2P 1, 17-19)
Aujourd'hui, c'est l'abîme de la lumière inaccessible. Aujourd'hui, sur le mont Thabor, l'effusion infinie de l'éclat divin luit devant les apôtres. Aujourd'hui Jésus Christ se manifeste comme maître de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance... Aujourd'hui sur le mont Thabor, Moïse, le législateur de Dieu, le chef de l'Ancienne Alliance, assiste comme un serviteur son maître, le Christ, lui le donateur de la Loi. Et il reconnaît son dessein auquel il avait été initié autrefois par des préfigurations ; c'est ce que signifie, à mon avis, « voir Dieu de dos » (Ex 33, 23). Maintenant il voit clairement la gloire de la divinité, « abrité sous la fente du rocher » (Ex 33, 22), mais « ce rocher était le Christ » (1Co 10, 4), comme Paul l'a enseigné expressément : le Dieu incarné, Verbe et Seigneur...
Aujourd'hui le chef de la Nouvelle Alliance, qui avait...proclamé le Christ comme Fils de Dieu en disant : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16), voit le chef de l'Ancienne Alliance, qui se tient près du donateur de l'une et de l'autre, et qui lui dit : « Voici Celui qui est. Voici celui dont j'ai dit qu'il se lèverait un prophète comme moi (Ex 3, 14 ; Dt 18, 15 ; Ac 3, 22) –- comme moi en tant qu'homme et en tant que chef du peuple nouveau, mais au-dessus de moi et de toute créature, lui qui dispose, pour moi et pour toi, les deux Alliances, l'Ancienne et la Nouvelle »...
Venez donc, obéissons à David le prophète ! Chantons notre Dieu, chantons notre roi, chantons ! « Il est roi de toute la terre » (Ps 46, 7-8). Chantons avec sagesse ; chantons avec allégresse... Chantons aussi l'Esprit « qui sonde tout, même les profondeurs de Dieu » (1Co 2, 10), en voyant, dans cette lumière du Père qu'est l'Esprit illuminant toutes choses, la lumière inaccessible, le Fils de Dieu. Aujourd'hui se manifeste ce que des yeux de chair ne peuvent pas voir : un corps terrestre rayonnant de splendeur divine, un corps mortel débordant de la gloire de la divinité... Les choses humaines deviennent celles de Dieu, et les divines celles de l'homme.
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Saint Jean de Damas (vers 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Homélie sur la Transfiguration du Seigneur, 16-18 ; PG 96, 572 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 503)
« Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui »
« Une nuée lumineuse les couvrit de son ombre » et les disciples ont été saisis d'une grande crainte en voyant Jésus le Sauveur, avec Moïse et Élie, dans la nuée. Jadis, il est vrai, quand Moïse a vu Dieu, il est entré dans la nuée divine (Ex 24, 18), donnant ainsi à comprendre que la Loi était une ombre. Écoute ce que dit saint Paul : « La Loi, en effet, n'avait que l'ombre des biens à venir, non la réalité même » (He 10, 1).
Israël, en ce temps-là, « n'avait pas pu fixer les yeux sur la gloire passagère du visage de Moïse » (2Co 3, 7). « Mais nous, le visage découvert, nous reflétons la gloire du Seigneur et nous sommes transformés d'une gloire en une gloire plus grande, par l'action du Seigneur qui est Esprit » (v.18). C'est pourquoi la nuée qui a couvert les disciples de son ombre n'était pas remplie de ténèbres mais de lumière. En effet, « le mystère resté caché depuis les siècles et les générations a été révélé » (Col 1, 26) et la gloire perpétuelle et éternelle est manifestée. Voilà pourquoi Moïse et Élie, aux côtés du Sauveur, personnifiaient la Loi et les prophètes. Celui qu'annonçaient la Loi et les prophètes, c'est, en vérité, Jésus, le dispensateur de la vie.
Moïse représente aussi l'assemblée des saints qui se sont endormis jadis (Dt 34, 5) et Élie, celle des vivants (2R 2, 11), car Jésus transfiguré est le Seigneur des vivants et des morts. Et Moïse est enfin entré dans la Terre promise, car c'est Jésus qui y conduit. Autrefois, Moïse avait vu de loin seulement l'héritage promis (Dt 34, 4) ; aujourd'hui il le voit clairement.
ou
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Homélies sur la Transfiguration, 9 ; PG 77, 1011 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p.342)
« Moïse et Élie...parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem »
Jésus gravit la montagne avec les trois disciples qu'il a choisis. Puis, il est transfiguré par une lumière éclatante et divine, au point que son vêtement semblait briller comme la lumière. Ensuite, Moïse et Élie, encadrant Jésus, parlaient entre eux de son départ qui devait s'accomplir à Jérusalem, c'est-à-dire du mystère de son incarnation et de sa Passion salvatrice, qui devait se réaliser sur la croix. Car il est vrai que la loi de Moïse et la prédication des prophètes avaient montré à l'avance le mystère du Christ... Cette présence de Moïse et d'Élie et leur entretien avaient pour but de montrer que la Loi et les prophètes formaient comme l'escorte de notre Seigneur Jésus Christ, le Seigneur qu'ils avaient montré... Après être apparus, ils ne se taisaient pas, mais ils parlaient de la gloire dont le Seigneur allait être comblé à Jérusalem par sa Passion et sa croix, et surtout par sa résurrection.
Peut-être le bienheureux Pierre, ayant cru que l'avènement du règne de Dieu était arrivé, a-t-il désiré demeurer sur la montagne, car il a dit qu'il fallait « dresser trois tentes, ne sachant pas ce qu'il disait ». Car ce n'était pas le temps de la fin du monde, et ce n'est pas dans le temps présent que les saints jouiront de l'espérance qui leur a été promise. Car saint Paul affirme : « Il transfigurera nos pauvres corps à l'image de son corps de gloire » (Ph 3,21).
Puisque le plan de salut n'était pas encore achevé, n'étant qu'à son commencement, il n'était pas possible que le Christ, venu par amour dans le monde, renonce à vouloir souffrir pour lui. Car il a gardé la nature humaine pour subir la mort dans sa chair, et la détruire par sa résurrection d'entre les morts.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Opera omnia, p. 41 (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 292 rév.)
Le maître de l'ancien et du nouveau
Au moment de la Transfiguration, le témoignage rendu au Fils a été scellé à la fois par la voix du Père et par Moïse et Élie, qui apparaissent auprès de Jésus comme ses serviteurs. Les prophètes regardent les apôtres Pierre, Jacques et Jean ; les apôtres contemplent les prophètes. En un même lieu se retrouvent les princes de l'ancienne alliance et ceux de la nouvelle. Le saint Moïse a vu Pierre le sanctifié, le passeur choisi par le Père a vu le pasteur choisi par le Fils. Le premier avait autrefois fendu la mer pour que le peuple de Dieu puisse passer au milieu des flots, le second a proposé de dresser une tente pour abriter l'Église. L'homme vierge de l'Ancien Testament a vu l'homme vierge du Nouveau : Élie a pu voir Jean. Celui qui a été enlevé dans un char de feu a vu celui qui a reposé sur la poitrine du Feu (Jn 13,23). Et la montagne est devenue alors le symbole de l'Église : à son sommet Jésus unifie les deux Testaments que cette Église recueille. Il a fait connaître qu'il est le Maître de l'un comme de l'autre, de l'Ancien qui a reçu ses mystères, du Nouveau qui a révélé la gloire de ses actions.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 78, 2-6 ; PL 38, 490-493 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 501)
« Cette voix venant du ciel, nous l'avons entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte » (2P 1,18)
« Seigneur, il nous est bon d'être ici ! » Las de vivre au milieu de la foule, Pierre avait trouvé la solitude sur la montagne, où son âme se nourrissait du Christ. Pourquoi quitter ce lieu pour aller vers les fatigues et les peines, puisqu'il brûlait pour Dieu d'un saint amour et, par le fait même, sanctifiait sa vie ? Il voulait ce bonheur pour lui, si bien qu'il ajouta : « Si tu le veux, faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie »...
Pierre désirait trois tentes : la réponse venue du ciel a montré que nous n'en avons qu'une : le Verbe de Dieu est le Christ, le Verbe de Dieu est dans la Loi, le Verbe de Dieu est dans les prophètes... Au moment où la nuée les enveloppa tous, et forma pour ainsi dire une seule tente au-dessus d'eux, une voix en sortit... Celui que la voix révélait est celui dont la Loi et les prophètes se glorifiaient : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ». Car vous l'avez écouté dans les prophètes, vous l'avez écouté dans la Loi, et où ne l'avez-vous pas entendu ? À ces mots, les disciples tombèrent à terre...
En tombant à terre, les apôtres symbolisent notre mort..., mais en les relevant, le Seigneur symbolise la résurrection. Et, après la résurrection, à quoi sert la Loi ? À quoi sert la prophétie ? Dès lors Élie disparaît, et Moïse disparaît. Ce qui te reste, c'est : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1). Le Verbe te reste pour que Dieu soit tout en tous (1Co 15,28)...
Descends, Pierre. Tu désirais te reposer sur la montagne... ; voici que le Seigneur lui-même te dit : « Descends pour peiner et servir en ce monde, pour être méprisé et crucifié en ce monde. » La vie est descendue pour être mise à mort, le pain est descendu pour endurer a faim, la voie est descendue pour se fatiguer sur le chemin, la source est descendue pour endurer la soif, et toi, tu refuses de souffrir ? Ne cherche pas ton profit. Pratique la charité, annonce la vérité. Tu parviendras alors à l'immortalité, et avec elle tu trouveras la paix.
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Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
Sermon 51, 2-6 ; SC 74 bis (trad. Véricel, L'Évangile commenté, p. 209 rev.)
« La gloire qui doit se révéler en nous »
« Jésus prit Pierre, Jacques et Jean son frère » et, les ayant amenés sur une haute montagne, il leur a manifesté l'éclat de sa gloire. Car, même s'ils avaient compris que la majesté de Dieu résidait en lui, ils ignoraient que son corps, qui voilait sa divinité, avait part à la puissance de Dieu. Voilà pourquoi le Seigneur avait promis expressément, peu de jours auparavant, que parmi ses disciples « quelques-uns ici présents ne goûteront pas la mort avant de voir le Fils de l'homme venir dans son Royaume » (Mt 16,28), c'est-à-dire dans l'éclat royal...qui convenait spécialement à la nature humaine qu'il avait prise...
Cette transfiguration avait d'abord pour but d'enlever du cœur des disciples le scandale de la croix, pour que l'humilité de la Passion volontairement subie ne trouble pas la foi de ceux qui auraient vu la grandeur de la dignité cachée. Mais, par une même prévoyance, la transfiguration établissait dans l'Église de Jésus l'espérance destinée à la soutenir, en sorte que les membres du Corps du Christ comprennent quel changement s'opérerait un jour en eux, puisqu'ils étaient appelés à participer à la gloire qu'ils avaient vu resplendir dans leur Chef, dans leur tête.
À ce sujet, le Seigneur lui-même avait dit, parlant de la majesté de son avènement : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Mt 13,43). Et l'apôtre Paul affirme la même chose quand il dit : « J'estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer avec la gloire qui doit se révéler en nous » (Rm 8,18). Et dans un autre passage : « Car vous êtes morts et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu ; quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire » (Col 3,3-4).
ou
Pierre le Vénérable (1092-1156), abbé de Cluny
Sermon 1 pour la Transfiguration ; PL 189, 959 (trad. cf Grâce de la Transfiguration, Bellefontaine 1990, coll. Vie monastique, n°24, p. 149)
« Son visage resplendit comme le soleil » (Mt 17,2)
Quoi d'étonnant que le visage de Jésus soit devenu comme le soleil, puisqu'il était lui-même le soleil ? Il était le soleil, mais caché derrière un nuage. Maintenant le nuage s'écarte, et il resplendit pour un instant. Quel est ce nuage qui s'écarte ? Ce n'est pas la chair elle-même, mais la faiblesse de la chair qui disparaît un moment.
Ce nuage, c'est celui dont parle le prophète : « Voici que le Seigneur montera sur une nuée légère » (Is 19,1) : nuée de la chair qui couvre la divinité, légère car cette chair ne porte en elle-même rien de mal ; nuée qui dissimule la splendeur divine, légère car elle doit s'élever jusqu'à la splendeur éternelle. C'est le nuage dont il est dit dans le Cantique des Cantiques : « Je me suis assise à l'ombre de celui que je désire » (Ct 2,3). Nuage léger car cette chair est celle de « l'Agneau qui enlève les péchés du monde » (Jn 1,29) ; et une fois ceux-ci enlevés, le monde est élevé dans les hauteurs des cieux, délesté du poids de tous ses péchés.
Le soleil voilé par cette chair n'est pas « celui qui se lève pour les bons et les méchants » (Mt 5,45), mais « le Soleil de justice » (Ml 3,20) qui se lève seulement pour ceux qui craignent Dieu. Habituellement voilée par le nuage de la chair, cette « lumière qui éclaire tous les hommes » (Jn 1,9) brille aujourd'hui de tout son éclat. Aujourd'hui elle glorifie cette même chair ; elle la montre déifiée aux apôtres, pour que les apôtres la révèlent au monde.
9 août - Fête de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein), vierge et martyre, copatronne de l'Europe
Commentaire de l’Évangile
Livre d'heures du Sinaï (9e siècle)
Canon de minuit, 9ème Ode ; SC 486 (Sinaiticus graecus 864 ; trad. Sr Maxime Ajjoub, éd. du Cerf, 2004, p. 205-209 ; rev.)
Donne-moi la force d’aller à ta rencontre avec les vierges sages !
Inexprimable est l’enfantement d’une conception sans semence, exempte de corruption la délivrance d’une mère qui n’a pas d’époux, car la naissance de Dieu rénove les natures : c’est pourquoi nous, toutes les générations, nous te magnifions selon la foi droite, Mère et Épouse de Dieu.
Ô mon Christ ami de l’homme, mon Dieu de toute bonté, au milieu de la nuit, avant que la trompette, comme dit l’Écriture, ne retentisse ainsi : « Debout, l’Époux est là », purifie mon âme et mon esprit et donne-moi la force d’aller à ta rencontre avec les vierges sages.
Lorsque les âmes de tes justes seront comblées de joie – tandis que les pécheurs gémissent et pleurent, que le feu court devant toi, que le Jugement est aux portes – et que tu paraîtras à ton tour venant du ciel, alors épargne-moi, ô Compatissant, aie pitié de moi et sauve-moi.
Ô toi sans commencement, Incréé, Fils de Dieu, Suprême Déité, dans ta miséricorde, par les supplications de celle qui t’a enfanté, aie pitié de moi, sauve-moi et donne-moi la force de me tenir debout en ta présence, sans fléchir, jusqu’au matin, pour me prosterner devant toi et te glorifier, toi mon Créateur. Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit.
Nous te présentons la salutation de l’ange, Toute Pure, ô Bénie : « Réjouis-toi, toi qui as contenu le Dieu que rien ne peut contenir ; réjouis-toi, toi qui lève la malédiction et fais advenir la bénédiction ; réjouis-toi, toi qui seule as rouvert la porte du paradis. »
ou
Sainte Gertrude d'Helfta (1256-1301)
moniale bénédictine
Exercices VII, SC 127 (Œuvres spirituelles, trad. J. Hourlier et A. Schmitt, Éd. du Cerf, 1967, p. 299, rev.)
Réveille en toi mon esprit assoupi !
Ô Amour, stable, fort et toujours victorieux, que ton industrie m’enseigne à aimer Jésus avec une invincible constance et à le servir avec une inébranlable persévérance. Réveille-moi, secoue-moi, afin que je sois toujours prête quand mon Seigneur arrivera, à la première ou à la seconde veillée ; et que je ne sois pas engourdie ni endormie, quand le cri se fera entendre à l’heure de minuit ; mais que sous ta motion et ta conduite, j’entre dignement aux noces avec l’Agneau. Et alors, de grâce, fais que ma lampe soit trouvée pleine de l’huile de la charité (Mt 25,4), pleine de l’incendie de l’amour, pleine de la lumière splendide des œuvres que produit une foi vive, afin que par toi je sois mise en possession des délices de la vie éternelle.
Mon très doux Jésus, Époux très aimé, réveille maintenant en toi mon esprit assoupi ; dans ta mort, rends-moi une vie vécue pour toi seul. Donne-moi une existence qui réponde dignement au prix de ton sang. Donne-moi un esprit qui te goûte, un cœur qui te sente, une âme qui comprenne ta volonté, une vertu qui accomplisse ton bon plaisir, la stabilité qui persévère avec toi. Et, de grâce, à l’heure de ma mort, ouvre-moi sans retard la porte de ton très doux cœur, afin que, par toi, je mérite de pénétrer sans obstacle dans la chambre nuptiale de ton vivant amour où je jouirai de toi et où je te posséderai, ô toi, la vraie joie de mon cœur. Amen.
ou
Pape Benoît XVI
Audience générale du 13/08/2008 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Jésus est ici aussi au milieu de nous »
Celui qui prie ne perd jamais l'espérance, même lorsqu'il en vient à se trouver dans des situations difficiles voire humainement désespérées. C'est ce que nous enseigne la Sainte Écriture et ce dont témoigne l'histoire de l'Église. Combien d'exemples, en effet, pourrions nous apporter de situations où c'était véritablement la prière qui a soutenu le chemin des saints et du peuple chrétien ! Parmi les témoignages de notre époque je voudrais citer celui de deux saints dont nous célébrons ces jours-ci la mémoire : Thérèse Bénédicte de la Croix, Édith Stein, dont nous avons célébré la fête le 9 août, et Maximilien Marie Kolbe, que nous célébrerons le 14 août, veille de la solennité de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. Tous deux ont conclu leur vie terrestre par le martyre dans le camp d'Auschwitz. Apparemment leurs existences pourraient être considérées comme un échec, mais c'est précisément dans leur martyre que resplendit l'éclair de l'amour, qui vainc les ténèbres de l'égoïsme et de la haine. À saint Maximilien Kolbe sont attribuées les paroles suivantes qu'il aurait prononcées en pleine fureur de la persécution nazie : « La haine n'est pas une force créatrice : seul l'amour en est une »...
Édith Stein, le 6 août 1942, à trois jours de sa fin dramatique, approchant de ses consœurs du monastère de Echt, en Hollande, leur a dit : « Je suis prête à tout. Jésus est ici aussi au milieu de nous. Jusqu'à présent j'ai pu très bien prier et j'ai dit de tout mon cœur : ' Ave, Crux, spes unica. Je te salue, ô croix, notre unique espérance ' ». Des témoins qui sont parvenus à échapper au massacre horrible ont raconté que Thérèse Bénédicte de la Croix, tandis qu'elle revêtait l'habit carmélitain, avançait consciemment vers sa mort. Elle se distinguait par son comportement empli de paix, par son attitude sereine et par des manières calmes et attentives aux nécessités de tous. La prière a été le secret de cette sainte copatronne de l'Europe, qui « même après être parvenue à la vérité dans la paix de la vie contemplative, a dû vivre jusqu'au bout le mystère de la croix » (Jean-Paul II, Spes aedificandi).
ou
Saint Jean-Paul II
Homélie pour la canonisation de Ste Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein), 11/10/98 (trad. DC 2192, p.954)
« Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre »
Chers frères et sœurs, parce qu'elle était juive, Édith Stein fut déportée avec sa sœur Rosa et de nombreux autres juifs des Pays-Bas dans le camp de concentration d'Auschwitz, où elle trouva la mort avec eux dans les chambres à gaz. Nous évoquons aujourd'hui la mémoire de chacun d'eux, avec un profond respect. Quelques jours avant sa déportation, à la possibilité qui lui était offerte de sauver sa vie, elle avait répondu : « Ne le faites pas ! Pourquoi devrait-on faire pour moi une exception ? Il est tout à fait juste de ne pas tirer avantage de mon baptême. Si je ne peux pas partager le sort de mes frères et sœurs, dans un certain sens ma vie est détruite ».
Quand nous célébrerons désormais chaque année la mémoire de la nouvelle sainte, nous devrons nous souvenir de la Shoah, ce programme barbare d'anéantissement d'un peuple qui coûta la vie à des millions de frères et de sœurs juifs. « Que le Seigneur fasse pour eux rayonner son visage et leur apporte la paix » (Nb 6,25-26). Pour l'amour de Dieu et des hommes, j'élève une fois encore une imploration chargée d'inquiétude : que jamais plus ne se répète une telle action criminelle contre aucun groupe ethnique, aucun peuple, aucune race, en aucun lieu de la terre ! C'est un cri que j'adresse à tous les hommes et femmes de bonne volonté ; à tous ceux qui croient en un Dieu éternel et juste ; à tous ceux qui se sentent unis au Christ, Verbe de Dieu incarné. Nous devons tous être solidaires : c'est la dignité humaine qui est en jeu. Il n'existe qu'une seule famille humaine.
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Saint Jean Paul II, Homélie pour la canonisation de Ste Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein), 11/10/98 (trad. DC n° 2192, p. 955 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Une philosophe découvre la vérité
L'amour du Christ a été le feu qui a embrasé la vie de Thérèse Bénédicte de la Croix. Avant même de s'en rendre compte, elle en a été totalement consumée. Au début, son idéal a été la liberté. Pendant longtemps, Edith Stein a vécu l'expérience de la recherche. Son esprit ne se lassait pas de chercher et son cœur d'espérer. Elle a parcouru le chemin difficile de la philosophie avec une ardeur passionnée et, à la fin, elle a été récompensée : elle a conquis la vérité, ou plutôt, elle a été conquise. En effet, elle a découvert que la vérité portait un nom : Jésus Christ. À partir de ce moment, le Verbe incarné a été tout pour elle. Considérant cette période de sa vie d'un point de vue de carmélite, elle écrivait à une bénédictine : « Consciemment ou inconsciemment, qui cherche la vérité cherche Dieu ».
Bien qu'elle ait été élevée dans la religion juive de sa mère, Edith Stein, à quatorze ans, « avait librement décidé d'abandonner la prière ». Elle ne voulait compter que sur elle-même, soucieuse d'affirmer sa propre liberté dans ses choix de vie. À la fin d'un long chemin, il lui a été donné de parvenir à une constatation surprenante : seul celui qui se lie à l'amour du Christ devient vraiment libre. L'expérience de cette femme, qui a affronté les défis d'un siècle tourmenté comme le nôtre, représente un exemple pour nous : le monde moderne invite à franchir la porte attrayante de la permissivité, ignorant la porte étroite du discernement et du renoncement. C’est pourquoi je m’adresse spécialement à vous, jeunes chrétiens…: méfiez-vous, gardez-vous de concevoir votre vie comme une porte ouverte à tous les choix ! Écoutez la voix de votre cœur ! Ne soyez pas superficiels, mais allez au fond des choses. Et lorsque le moment sera venu, ayez le courage de vous décider. Le Seigneur attend que vous placiez votre liberté entre ses mains miséricordieuses.
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Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
La Femme et sa destinée (trad. Amiot-Dumont 1956, p. 124, rev.)
« Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre »
L'union de l'âme avec le Christ est autre chose que la communion entre deux personnes terrestres : commencée par le baptême et constamment renforcée par les autres sacrements, elle est une intégration et une poussée de sève – comme nous le dit déjà le symbole de la vigne et du cep (Jn 15). Cet acte d'union avec le Christ entraîne un rapprochement de membre à membre entre tous les chrétiens. Ainsi l'Église prend la figure du corps mystique du Christ. Ce corps est un corps vivant et l'esprit qui l'anime est l'esprit du Christ qui, partant de la tête, s'écoule vers tous les membres ; l'esprit qui émane du Christ est le Saint-Esprit et l'Église est donc le temple du Saint-Esprit (cf. 1Co 6,19).
Mais, malgré la réelle unité organique de la tête et du corps, l'Église se tient à côté du Christ comme une personne indépendante. En tant que Fils du Père éternel, le Christ vivait avant le commencement des temps et avant toute existence humaine. Par l'acte de la création, l'humanité vivait avant que le Christ ne prenne sa nature et ne soit intégré à elle. Par son incarnation, il lui a apporté sa vie divine. Par son œuvre de rédemption, il l'a rendu capable de recevoir la grâce... La cellule primitive de cette humanité rachetée, c'est Marie : c'est en elle que s'accomplit pour la première fois la purification et la sanctification par le Christ, c'est elle la première qui a été remplie de l'Esprit Saint. Avant que le Fils de Dieu soit né de la Sainte Vierge, il a créé cette Vierge pleine de grâce et, en elle et avec elle, l'Église. C'est pourquoi, créature distincte de lui, elle se tient à ses côtés bien qu'indissolublement liée à lui.
Toute âme purifiée par le baptême et élevée à l'état de grâce est, par là même, créée par le Christ et née pour le Christ. Mais elle est créée dans l'Église et elle naît par l'Église... Ainsi l'Église est la mère de tous ceux à qui s'adresse la rédemption. Elle l'est par son union intime avec le Christ, et parce qu'elle se tient à ses côtés en qualité de ‘Sponsa Christi’, Épouse du Christ, pour collaborer à son œuvre de rédemption.
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Saint Jean-Paul II
Homélie à l'ouverture du synode des évêques pour l'Europe, 1/10/99 (trad. DC 2213, p.932 © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Trois saintes, co-patronnes de l'Europe
L'Europe est déjà placée sous la protection céleste de trois grands saints : celle de Benoît de Nursie, père a du monachisme occidental, ainsi que celle des deux frères Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves. À ces témoins éminents du Christ, j'ai également voulu associer trois autres figures féminines, afin de souligner le grand rôle que les femmes ont joué et continuent à jouer dans l'histoire ecclésiale et civile du continent, jusqu'à nos jours.
Depuis ses tout débuts et bien que conditionnée par les cultures dans lesquelles elle était insérée, l'Église a toujours reconnu la pleine dignité spirituelle de la femme, à commencer par la vocation et la mission personnelle de Marie, Mère du Rédempteur. Dès le début, les chrétiens se sont adressés à ces femmes, telles que Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile et Anastasie -- comme l'atteste le Canon romain -- avec une ferveur non moins grande que celle qu'ils réservaient aux hommes saints.
Les trois saintes, choisies comme co-patronnes d'Europe, ont toutes un lien spécial avec l'histoire du continent. Ainsi, Édith Stein, qui provenait d'une famille juive ; elle quitta sa brillante carrière de chercheuse pour devenir religieuse carmélite, sous le nom de Thérèse Bénédicte de la Croix, et mourut dans le camp d'extermination d'Auschwitz. Elle est le symbole des drames de l'Europe de ce siècle. Quant à Brigitte de Suède et Catherine de Sienne, qui ont toutes deux vécu au XIVe siècle, elles travaillèrent inlassablement pour l'Église et se préoccupèrent de son sort au niveau européen...
Toutes les trois expriment admirablement la synthèse entre la contemplation et l'action. Leurs vies et leurs œuvres témoignent, avec une grande éloquence, de la force du Christ ressuscité, vivant dans son Église : la force d'un amour généreux pour Dieu et pour l'homme, la force d'un authentique renouveau moral et civil. Dans ces nouvelles patronnes, si riches de dons que ce soit au plan surnaturel ou humain, les chrétiens et les communautés ecclésiales de toute confession peuvent trouver leur inspiration, ainsi que les citoyens et les États européens, pourvu qu'ils soient sincèrement engagés dans la recherche de la vérité et du bien commun.
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Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
La Prière de l'Église (trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 61s)
Grand prêtre de la nouvelle Alliance
Toute âme humaine est en elle-même un temple de Dieu : voilà ce qui nous ouvre une perspective vaste et toute nouvelle. La vie de prière de Jésus est la clé pour comprendre la prière de l'Église. Le Christ a participé au service divin de son peuple, accompli [au Temple] de manière publique et suivant les prescriptions de la Loi... Il a établi la plus étroite relation entre cette liturgie et l'offrande de sa propre personne, et il lui a ainsi donné son sens plénier et véritable, celui d'un hommage d'action de grâce de la création envers son Créateur. Par là même, il a mené la liturgie de l'ancienne Alliance à s'accomplir en celle de la nouvelle Alliance.
Mais Jésus n'a pas seulement pris part au service divin public prescrit par la Loi. Les évangiles font des références plus nombreuses encore à sa prière solitaire dans le silence de la nuit, sur les sommets sauvages des montagnes, dans les endroits déserts (Mt 14,23 ; Mc 1,35). Quarante jours et quarante nuits de prière ont précédé la vie publique de Jésus (Mt 4,1s). Il s'est retiré dans la solitude de la montagne pour prier avant de choisir ses douze apôtres (Lc 6,12) et de les envoyer en mission. À l'heure du mont des Oliviers, il s'est préparé à aller jusqu'au Golgotha. Le cri qu'il a poussé vers le Père en cette heure la plus pénible de sa vie nous est dévoilé en quelques brèves paroles. Là ses paroles...sont comme un éclair qui illumine pour nous un instant la vie la plus intime de l'âme de Jésus, le mystère insondable de son être d'homme-Dieu et de son dialogue avec le Père.
Ce dialogue a certainement duré toute sa vie, sans jamais s'interrompre. Le Christ priait intérieurement non seulement lorsqu'il se retirait à l'écart de la foule mais aussi lorsqu'il demeurait parmi les hommes.
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Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, copatronne de l'Europe
Poésie « Pax vobis », 13/04/1941 (trad. composite)
La paix du Christ
« La paix soit avec vous » (Lc 24,36) :
C’est la salutation pascale du Ressuscité : « Pax vobis. »
Pour apporter la paix au monde il s’est fait homme,
Elle a été annoncée par les anges sur la campagne de Bethléem.
La paix, abri très sûr dans le sein du Père éternel :
Tu l’avais, Seigneur, quand tu étais pèlerin sur la terre,
Et ta mère aussi, puisque son cœur ne faisait qu'un avec le tien.
Tu as glorifié ton Père au plus haut des cieux
Pour qu’il dirige à nouveau son regard vers la terre
Et que la paix advienne aussi pour ceux qui en sont dépourvus.
Mais cela s’est accompli seulement par ta mort.
Quand au prix de ton sang tu as accompli l’œuvre de la réconciliation
Et remis ton esprit dans les mains du Père,
Alors il s’est penché vers les tiens
Et les a emportés avec toi en son sein.
Le fleuve de paix jaillit, pour ne jamais tarir,
Son chemin passe par le cœur de ta mère :
Elle le dirige de ses douces mains vers les hommes.
C’est toi, Reine de la paix, qui as bâti notre maison
Pour qu'elle devienne un lieu de paix.
Les cœurs de tes enfants doivent devenir des coupes
Qui débordent de la rosée du ciel
Et donner fécondité aux terres arides.
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Saint Jean-Paul II
Lettre apostolique « Spes aedificandi » (1/10/99), § 9
« Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11,29)
La rencontre d'Édith Stein avec le christianisme ne la conduit pas à renier ses racines juives, mais les lui fait plutôt redécouvrir en plénitude... En réalité, tout son chemin de perfection chrétienne se déroule sous le signe non seulement de la solidarité humaine avec son peuple d'origine, mais aussi d'un vrai partage spirituel avec la vocation des fils d'Abraham, marqués par le mystère de l'appel et des « dons irrévocables » de Dieu (Rm 11,29).
En particulier, elle fit sienne la souffrance du peuple juif, à mesure que celle-ci s'exacerbait au cours de la féroce persécution nazie, qui demeure, à côté d'autres graves expressions du totalitarisme, l'une des taches les plus sombres et les plus honteuses de l'Europe de notre siècle. Elle ressentit alors, dans l'extermination systématique des juifs, que la croix du Christ était mise sur le dos de son peuple, et elle vécut comme une participation personnelle à la croix sa déportation et son exécution dans le tristement célèbre camp d'Auschwitz-Birkenau...
Nous nous tournons aujourd'hui vers sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, reconnaissant dans son témoignage de victime innocente, d'une part, l'imitation de l'Agneau immolé et la protestation élevée contre toutes les violations des droits fondamentaux de la personne ; d'autre part, le gage de la rencontre renouvelée entre juifs et chrétiens qui, dans la ligne voulue par le Concile Vatican II, connaît un temps prometteur d'ouverture réciproque. Déclarer aujourd'hui Édith Stein co-patronne de l'Europe signifie déployer sur l'horizon du vieux continent un étendard de respect, de tolérance, d'accueil, qui invite hommes et femmes à se comprendre et à s'accepter au-delà des diversités de race, de culture et de religion, afin de former une société vraiment fraternelle. Puisse donc l'Europe croître ! Puisse-t-elle croître comme Europe de l'esprit, dans la ligne du meilleur de son histoire, qui trouve précisément dans la sainteté son expression la plus haute.
Puisse donc l'Europe croître ! Puisse-t-elle croître comme Europe de l'esprit, dans la ligne du meilleur de son histoire, qui trouve précisément dans la sainteté son expression la plus haute.
10 août - Fête de St Laurent, diacre et martyr
Commentaire de l’Évangile
Saint Maxime de Turin (?-vers 420), évêque, Sermon 40 (trad. coll. Pères dans la foi, Migne 1996, p. 178 rev.)
Saint Laurent, comme un grain jeté en terre
De prime abord, un grain de moutarde a l'air petit, commun et méprisable ; il n'a pas de goût, n'exhale pas de senteur, ne laisse pas présumer de douceur. Mais quand il a été broyé, il répand son odeur, il montre sa vigueur, il a un goût de flamme et il brûle d'une telle ardeur que l'on s'étonne de trouver un si grand feu lové en un si petit grain… De même, la foi chrétienne semble à première vue petite, commune et faible ; elle ne montre pas sa puissance, elle ne fait pas étalage de son influence. Mais quand elle a été broyée par différentes épreuves, elle montre sa vigueur, fait éclater son énergie, exhale la flamme de sa foi dans le Seigneur. Le feu divin la fait vibrer d'une telle ardeur que, tout en brûlant elle-même, elle réchauffe ceux qui la partagent, comme l'ont dit Cléophas et son compagnon dans le saint Évangile, tandis que le Seigneur s'entretenait avec eux après sa Passion : « Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24, 32)…
Nous pouvons comparer le saint martyr Laurent au grain de moutarde ; broyé par de multiples tortures, il a mérité devant la terre entière la grâce d'un martyre éclatant. Alors qu'il habitait encore son corps, il était humble, ignoré et commun ; après avoir été torturé, déchiré et brûlé, il a répandu sur tous les fidèles à travers le monde la bonne odeur de sa noblesse d’âme... Vu de l'extérieur, ce martyr brûlait dans les flammes d'un tyran cruel ; mais une plus grande flamme, celle de l'amour du Christ, le consumait à l'intérieur. Un roi impie a beau rajouter du bois et allumer des feux plus grands, saint Laurent, dans l'ardeur de sa foi, ne sent plus ces flammes… Aucune souffrance sur terre n'a plus prise sur lui : son âme demeure déjà au ciel.
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Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Des Offices des ministres I,84 ; II,28 ; PL 16,84 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 468)
« S'il meurt, il donne beaucoup de fruit »
Lorsque saint Laurent a vu que l'on conduisait l'évêque Sixte au martyre, il s'est mis à pleurer. Ce n'était pas la souffrance de son évêque qui lui arrachait des larmes, mais le fait qu'il parte au martyre sans lui. C'est pourquoi il s'est mis à l'interpeller en ces termes : « Où vas-tu, Père, sans ton fils ? Vers quoi te hâtes-tu, prêtre saint, sans ton diacre ? Tu avais pourtant l'habitude de ne jamais offrir le sacrifice sans ministre ! ... Fais donc la preuve que tu as choisi un bon diacre : celui à qui tu as commis le ministère du sang du Seigneur, celui avec lequel tu partages les sacrements, refuserais-tu de communier avec lui dans le sacrifice du sang ? »...
Le pape Sixte a répondu à Laurent : « Je ne t'oublie pas, mon fils, ni ne t'abandonne. Mais je te laisse des combats plus grands à soutenir. Je suis vieux et je ne peux soutenir qu'une lutte légère. Quant à toi, tu es jeune et il te reste un triomphe bien plus glorieux à obtenir contre le tyran. Tu viendras bientôt. Sèche tes larmes. Dans trois jours, tu me suivras... »
Trois jours après, Laurent est arrêté. On lui demande d'amener les biens et les trésors de l'Église. Il promet d'obéir. Le lendemain, il revient avec des pauvres. On lui demande où étaient ces trésors qu'il devait amener. Il a montré les pauvres en disant : « Voilà les trésors de l'Église. Quels trésors meilleurs aurait le Christ, que ceux dont il a dit : ' Ce que vous aurez fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait ' » (Mt 25,40) ? Laurent a montré ces trésors-là et a été vainqueur car le persécuteur n'a eu aucune envie de les lui ôter. Mais dans sa rage, il l'a fait brûler vif.
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 206 (attrib.)
« C'est l'ardeur de ton amour, Seigneur, qui a donné au diacre saint Laurent de se montrer fidèle » (Collecte)
L'exemple de saint Laurent nous encourage à donner notre vie, allume notre foi, attire notre dévotion. Ce ne sont pas les flammes du bûcher, mais celles d'une foi vive qui nous consument. Notre corps n'est pas brûlé pour la cause de Jésus Christ, mais notre âme est transportée des ardeurs de son amour..., notre cœur brûle d'amour pour Jésus. Le Sauveur lui-même n'a-t-il pas dit de ce feu sacré : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé » ? (Lc 12,49) Cléophas et son compagnon en éprouvaient les effets quand ils disaient : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait sur le chemin et qu'il nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24,32)
C'est aussi grâce à cet embrasement intérieur que saint Laurent demeure insensible aux flammes de son martyre ; il brûle du désir d'être avec Jésus et ne sent pas les tortures. Plus l'ardeur de la foi croit en lui, moins il souffre des tortures... La puissance du brasier divin allumé dans son cœur apaise les flammes du brasier attisé par le bourreau.
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 302, pour la fête de saint Laurent
« L'homme qui donne aux pauvres à pleines mains demeure juste pour toujours » (Ps 111,9)
Saint Laurent était diacre à Rome. Les persécuteurs de l'Église lui demandaient de livrer les trésors de l'Église ; c'est pour obtenir un vrai trésor dans le ciel qu'il a souffert des tourments dont on ne peut entendre le récit sans horreur : il a été étendu sur un gril sur un feu... Cependant, il a triomphé de toutes les douleurs physiques par la force extraordinaire qu'il puisait dans sa charité et dans le secours de Celui qui le rendait inébranlable : « C'est Dieu qui nous a faits, il nous a créés en Jésus Christ, pour que nos actes soient vraiment bons, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre » (Ep 2,10).
Voici ce qui a provoqué la colère des persécuteurs... Laurent a dit : « Faites venir avec moi des chariots sur lesquels je puisse vous apporter les trésors de l'Église. » On lui a donné des chariots ; il les a chargés de pauvres et les a fait revenir, en disant : « Voici les trésors de l'Église. »
Rien n'est plus vrai, mes frères ; dans les besoins des pauvres se trouvent les grandes richesses des chrétiens, si nous comprenons bien comment faire fructifier ce que nous possédons. Les pauvres sont toujours devant nous ; si nous leur confions nos trésors, nous ne les perdrons pas.
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 304 ; PL 38, 1385 (trad. cf bréviaire 10/08)
« Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s'en détache la garde pour la vie éternelle »
Dans l'Église de Rome, le bienheureux Laurent exerçait les fonctions de diacre. C'est là qu'il distribuait aux fidèles le sang sacré du Christ, et c'est là qu'il a versé son propre sang pour le nom du Christ... L'apôtre saint Jean a mis en pleine clarté le mystère de la Cène du Seigneur lorsqu'il a dit : « Jésus a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16). Saint Laurent a compris cela, mes frères, il l'a compris et il l'a fait ; il a préparé cette offrande par ce qu'il avait consommé à cette table. Il a aimé le Christ par sa vie ; il l'a imité par sa mort.
Et nous, mes frères, si nous l'aimons vraiment, nous devons l'imiter. La meilleure preuve que nous puissions lui donner de notre amour, c'est d'imiter ses exemples. « Le Christ a souffert pour nous et nous a laissé son exemple pour que nous suivions ses traces » (1P 2,21)... Dans le jardin du Seigneur il y a vraiment toutes sortes de fleurs : non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lys des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation : c'est pour tous que le Seigneur a souffert... Il faut donc comprendre comment, sans répandre notre sang, sans affronter les souffrances du martyre, le chrétien doit suivre le Christ.
L'apôtre Paul dit, au sujet du Christ Seigneur : « Lui qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ». Quelle majesté ! « Mais au contraire, il se dépouilla lui-même, en prenant la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement » (Ph 2,6s). Quel abaissement ! Le Christ s'est abaissé : voilà, chrétien, ce qui est à ta disposition. « Le Christ s'est fait obéissant » (v. 8) : alors pourquoi être orgueilleux ?... Ensuite, après être allé jusqu'au bout de cet abaissement et avoir terrassé la mort, le Christ est monté au ciel : suivons-le.
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 305
« Là où je suis, là aussi sera mon serviteur »
Votre foi reconnaît, mes frères, ce grain tombé en terre, ce grain que la mort a multiplié. Votre foi le reconnaît parce qu'il habite en vos cœurs. Aucun chrétien n'hésite à croire ce que le Christ a dit de lui-même. Mais une fois que ce grain est mort et s'est multiplié, beaucoup de grains ont été jetés dans la terre. Saint Laurent est l'un d'entre eux, et nous célébrons aujourd'hui le jour où il a été semé. Nous voyons quelle moisson immense a surgi de tous ces grains répandus par toute la terre, et ce spectacle nous comble de joie, si toutefois, par la grâce de Dieu, nous appartenons à son grenier.
Car tout ce qui fait partie de la moisson n'entre pas dans le grenier : la même pluie, utile et féconde, fait croître le bon grain et la paille, mais on ne les engrange pas tous les deux dans le grenier. C'est maintenant pour nous le temps de choisir... Écoutez-moi donc, grains sacrés, car je ne doute pas qu'ils ne soient ici en grand nombre... Écoutez-moi, ou plutôt, écoutez en moi celui qui, le premier, s'est appelé le bon grain. N'aimez pas votre vie en ce monde. Si vous vous aimez vraiment, n'aimez pas votre vie ainsi, et alors vous sauverez votre vie... « Celui qui aime sa vie en ce monde la perdra. » C'est le bon grain qui le dit, le grain qui a été jeté en terre et qui est mort pour porter beaucoup de fruit. Écoutez-le, parce que ce qu'il dit il le fait. Il nous instruit, et il nous montre le chemin par son exemple.
Le Christ ne s'est pas attaché à la vie de ce monde ; il est venu en ce monde pour se dépouiller de lui-même, pour donner sa vie et la reprendre quand il le voudrait... Il est le vrai Dieu, ce vrai homme, homme sans péché pour ôter le péché du monde, revêtu d'une puissance si grande qu'il pouvait dire en vérité : « J'ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre. Personne ne peut me l'enlever : c'est moi qui la donne et moi qui la reprends » (Jn 10,18).
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Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 329, pour la fête des martyrs, 1-2 ; PL 38, 1454 (Livre des jours – Office romain des lectures ; Le Cerf – Desclée de Brouwer – Desclée – Mame; © AELF Paris 1976 ; commun d'un martyr, p.1771-1772, rev.)
« S'il meurt, il donne beaucoup de fruit »
Les exploits glorieux des martyrs, qui font en tout lieu la beauté de l'Église, nous permettent de comprendre par nous-mêmes la vérité de ce que nous avons chanté : « Aux yeux du Seigneur, la mort de ses saints a un grand prix » (Ps 115,15). En effet, elle a un grand prix à nos yeux, et aux yeux de celui pour qui ils sont morts.
Mais ce qui rend toutes ces morts si précieuses, c'est la mort d'un seul. Combien de morts a-t-il achetés, en mourant lui seul, puisque, s'il n'était pas mort, le grain de blé ne se serait pas multiplié ? Vous avez entendu ce qu'il disait lorsqu'il approchait de sa Passion, c'est-à-dire alors qu'il approchait de notre rédemption : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit ». (…) Quand son côté a été ouvert par la lance qui le frappait, ce qui en a jailli, c'est la rançon de l'univers entier (cf Jn 19,34).
Les fidèles et les martyrs ont été achetés ; mais la foi des martyrs a fait ses preuves, leur sang en est témoin. Ils ont rendu au Christ ce qu'il leur avait donné, accomplissant ce que dit saint Jean : « Le Christ a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1Jn 3,16). Il est dit ailleurs : « Lorsque tu t'assieds à une table magnifique, regarde bien ce que l'on te sert, car il faut que tu en prépares autant » (cf Pr 23,1). C'est une table magnifique, celle où le maître de la maison se donne lui-même en nourriture. Il est l'hôte qui invite et il est lui-même la nourriture et la boisson. Les martyrs ont donc fait attention à ce qu'ils mangeaient et buvaient, pour pouvoir en rendre autant. Mais comment auraient-ils pu en rendre autant, si celui qui les a comblés le premier de ses dons ne leur avait donné de quoi lui rendre ? Ainsi c'est ce que nous recommande le psaume où nous avons chanté cette parole : « Aux yeux du Seigneur, la mort de ses amis a un grand prix. »
15 août - Solennité de l'Assomption de la Vierge Marie, patronne principale de la France
Commentaire de l’Évangile
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)
moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale VI, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, Éd. du Cerf, Paris 1960, p. 173-181, rev.)
« Lève-toi, avance, mon amie » (Ct 2,10)
C’est lui ton Fils, ô Marie ! C’est lui qui, pour toi, est ressuscité des morts le troisième jour et, dans ta chair, est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir toutes choses. Tu es donc en possession de ta joie, ô bienheureuse, tu as reçu en partage l’objet de ton désir et la couronne de ta tête. Il t’apporte la souveraineté du ciel par la gloire, la royauté du monde par la miséricorde, la domination sur l’enfer par la puissance. Par des sentiments divers, toutes les créatures répondent donc à ta gloire si grande et si ineffable : les anges par l’honneur, les hommes par l’amour les démons par la crainte. Car tu es vénérable pour le ciel, aimable pour le monde, terrible pour l’enfer.
Réjouis-toi donc et sois heureuse, car il est ressuscité celui qui te reçoit, qui est ta gloire, qui exalte ta tête. Tu t’es réjouie dans sa conception, affligée dans sa passion. De nouveau, réjouis-toi dans sa résurrection, et personne ne t’enlèvera ta joie, car le Christ ressuscité des morts ne meurt plus, la mort n’a plus sur lui d’empire.
Aussi l’Esprit t’appelle-t-il et Dieu te dit : « Lève-toi, avance, mon amie, ma colombe, ma belle, et viens. Car déjà l’hiver est passé ; la pluie s’en va, elle a cessé ; les fleurs sont apparues sur notre terre, le temps de la taille est arrivé. » (Ct 2,10-12). (...) L’encensoir suit l’encens ; élevé par la main du Seigneur, il monte jusqu’au trône de Dieu. Il monte, entouré par l’escorte des esprits angéliques qui clament dans les hauteurs en disant : « Quelle est celle-ci qui monte à travers le désert, comme une colonne de fumée exhalée des parfums de myrrhe et d’encens, et de toute la poudre du parfumeur ? » (Ct 3,6)
ou
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)
moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale VII, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, Éd. du Cerf, Paris 1960, p. 197-199, rev.)
« Tu es bénie entre toutes les femmes » (Lc 1,42)
Qui célébrera dignement les louanges de sa très sainte assomption ? Qui pourra dire avec quel bonheur elle sortit de son corps, avec quel bonheur elle vit son Fils, avec quelle joie elle s’avança vers le Seigneur, entourée des chœurs des anges, portée par le zèle empressé des apôtres, alors qu’elle contemplait le Roi dans sa beauté et voyait son enfant l’attendre dans la gloire, libre de toute peine comme elle avait été exempte de toute tache ? Elle quitta la demeure de son corps pour demeurer éternellement avec le Christ. Elle passa dans la vision de Dieu, et son âme bienheureuse, plus brillante que le soleil, plus élevée que le ciel, plus noble que les anges, elle l’exhala vers le Seigneur. (...)
N’est-ce pas la vie, quand on va à la source de la vie ? et que, de la vie, on puise la vie éternelle dans un flux incessant ? Avant son départ, la Vierge mère a déjà bu à cette source inépuisable pour que, dans son passage même, elle ne fût pas touchée par le goût de la mort, même le plus léger. C’est pourquoi en sortant, elle a vu la vie, si bien qu’elle ne vit pas la mort. Elle a vu son Fils, si bien qu’elle ne souffrit pas de la séparation de la chair. S’élançant donc, libérée, dans une si bienheureuse vision et se désaltérant au visage, si désiré, de Dieu, elle trouve les vénérables habitants du ciel prêts à la servir et à la conduire.
ou
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)
moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale VIII, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, Éd. du Cerf, Paris 1960, p. 207-219, rev.)
L’humble Vierge monte jusqu’au trône de gloire
Honorons par un hommage assidu la reine du ciel, la mère de la vie, la source de la miséricorde, débordante de délices et appuyée sur son Bien-Aimé, et louons-la, si insuffisante que soit notre louange. (...)
Élevée au-dessus de tous les arbres du paradis et exaltée au-dessus des cimes extrêmes des plus hautes montagnes, elle pénétra donc les cieux mêmes avec une incroyable majesté, soutenue par les chœurs des hiérarchies célestes et entourée par les danses des vierges. (...) Heureux, Seigneur, ceux qui habitent dans ta maison ! Ils te loueront dans les siècles des siècles. En toi sera loué aussi, non pas Ève, qui a versé le poison, mais Marie qui a donné la vie, qui est mère et nourrice de tous, la vie des vivants. En toi sera louée ta mère.
Qu’ils entendent, les doux, et qu’ils se réjouissent ! (...) L’humble Vierge monte, couronnée, jusqu’au trône de la gloire ; qu’ils entendent, les humbles, et qu’ils se réjouissent ! Le premier s’effondre, lui qui s’était élevé en présumant grandement de lui-même. Marie est entrée dans les holocaustes en se livrant tout entière à la plénitude de la grâce. La toute bienheureuse Vierge, remarquable par son mérite sans égal, se tient donc en présence du Créateur, interpellant toujours en notre faveur par sa prière très puissante. (...)
Elle resplendira dans tout son éclat, celle dont le sein virginal, la porte close, a fait rayonner sur le monde Dieu, le Roi de gloire.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour l’Assomption, 1-4 ; SC 202 (trad. cf SC p. 415)
Marie, mère des vivants
« Viens, toi que j’ai choisie, en toi j’établirai mon trône » (liturgie latine)… « Heureux ceux que tu as choisis, Seigneur, ils habiteront en tes parvis » (Ps 65,5) ; bien plus, tu habiteras en eux, tu règneras en eux et tu placeras en eux le trône de ta royauté. Et, bien sûr, Marie est bienheureuse entre tous les bienheureux, elle qui a été choisie avant et plus que tous les autres saints. Le Seigneur l’a choisie pour demeure, en disant : « Voici pour toujours le lieu de mon repos ; c’est ici que j’habiterai, car je l’ai voulu » (Ps 131,14). Pendant neuf mois il a habité en elle ; pendant de nombreuses années il a habité avec elle et lui était soumis… Maintenant, habitant en elle et avec elle pour toujours, d’une façon qui dépasse notre compréhension, il la rassasie de la gloire que voient les bienheureux. Il lui donne extérieurement la gloire en son corps ; intérieurement, il imprime en elle la gloire du Verbe…
Cette unique Vierge mère, qui se glorifie d’avoir mis au monde le Fils unique du Père, étreint avec amour ce même Fils unique dans tous ses membres (Ep 5,30), et ne rougit pas d’être appelée la mère de tous ceux en qui elle voit le Christ déjà formé ou en formation. La première Ève…a été appelée « mère de tous les vivants » (Gn 3,20), mais en réalité elle a été…la mère de ceux qui meurent… Et parce que cette première Ève n’a pas pu réaliser fidèlement ce que signifie son nom, c’est Marie qui a réalisé ce mystère. Comme l’Église dont elle est le symbole, elle est la mère de tous ceux qui renaissent à la vie. Oui, elle est la mère de la Vie qui fait vivre tous les hommes (Jn 11,25 ; 5,25s). En mettant la Vie au monde, elle a fait naître d’une certaine manière à une vie nouvelle tous ceux qui devaient trouver leur vie dans cette Vie…
C’est pourquoi cette mère bienheureuse du Christ, se sachant mère des chrétiens par ce mystère, se montre aussi leur mère par sa sollicitude et sa tendre affection… Et maintenant nous « habitons à l’abri » de la Mère « du Très-Haut », nous « demeurons sous sa protection, à l’ombre de ses ailes » (Ps 90,1 ; 16,8). Plus tard, nous partagerons sa gloire et nous serons réchauffés sur son cœur…, puisque le Roi de gloire a mis en elle son trône.
ou
Liturgie latine
Séquence des XIVe – XVe siècles (trad. cf Guéranger et Tournay)
« Mon esprit exulte en Dieu mon sauveur »
Ô Vierge, Temple de la Trinité, le Dieu de bonté a vu ton humilité ; il t'envoie un messager pour t'apprendre qu'il veut naître de toi. L'ange t'apporte la salutation de la grâce..., il t'explique, et tu consens, et aussitôt le Roi de gloire s'incarne en toi. Par cette joie, nous t'en prions, rends-nous favorable ce grand Roi...
Ta seconde joie : quand tu as enfanté le Soleil, toi l'étoile..., cet enfantement ne produit en toi ni changement ni peine. Comme la fleur ne perd pas son éclat en donnant son parfum, ta virginité ne peut rien perdre quand le Créateur daigne naître de toi. Marie, mère de bonté, sois pour nous la voie droite qui nous conduit à ton Fils...
Une étoile t'annonce la troisième joie : celle que tu vois s'arrêter au-dessus de ton fils, pour que les mages l'adorent et lui offrent les richesses variées de la terre... Marie, étoile du monde, purifie-nous du péché !
La quatrième joie t'est donnée lorsque le Christ ressuscite d'entre les morts... : l'espérance renaît, la mort est chassée. Quelle part tu as à ces merveilles, ô pleine de grâce ! (Lc 1,28) L'ennemi est vaincu..., l'homme est libéré et il s'élève jusqu'aux cieux. Mère du Créateur, daigne prier assidûment : que par cette joie pascale, après le labeur de cette vie, nous soyons admis aux chœurs du ciel !
Ta cinquième joie : quand tu as vu ton fils monter au ciel, la gloire dont il était entouré te révélait plus que jamais celui dont tu étais la mère, ton propre Créateur. Montant aux cieux, il montrait la voie par où l'homme s'élève aux palais célestes... Par cette nouvelle joie, Marie, fais-nous monter au ciel pour jouir avec toi et ton fils du bonheur éternel !...
C'est le divin Paraclet qui, sous la forme de langues de feu, fortifiant...et enflammant les apôtres, t'apporte encore la sixième joie : pour guérir l'homme que la langue avait perdu et purifier son âme du péché. Par la joie de cette visite, prie ton fils, Vierge Marie, d'effacer en nous toute tache pour le jour du jugement.
Le Christ t'a conviée à la septième joie lorsqu'il t'a appelée de ce monde à son séjour céleste, lorsqu'il t'a élevée sur le trône où tu reçois des honneurs incomparables. Une gloire t'entoure plus qu'aucun autre habitant du ciel... Ô Vierge, mère de bonté, fais-nous sentir les effets de ta tendresse... Par ta joie, purifie-nous, conduis-nous à l'allégresse éternelle ! Emmène-nous avec toi dans la joie du paradis. Amen.
ou
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
2ème sermon pour l'Assomption, coll. de Durham (trad. Pain de Cîteaux, n°24, p. 118 rev.)
« Désormais tous les âges me diront bienheureuse »
Si sainte Marie-Madeleine –- qui a été pécheresse et de qui le Seigneur a expulsé sept démons –- a mérité d'être glorifiée par lui au point que sa louange demeure toujours dans l'assemblée des saints, qui pourra mesurer à quel point « les justes jubilent devant la face de Dieu et dansent de joie » au sujet de sainte Marie, qui n'a pas connu d'homme ?... Si l'apôtre saint Pierre –- qui non seulement n'a pas été capable de veiller une heure avec le Christ, mais qui est même allé jusqu'à le renier –- a obtenu par la suite une telle grâce que les clés du Royaume des cieux lui ont été confiées, de quels éloges sainte Marie n'est-elle pas digne, elle qui a porté dans son sein le roi des anges en personne, que les cieux ne peuvent contenir ? Si Saul, qui « ne respirait que menaces et carnages à l'égard des disciples du Seigneur »..., a été l'objet d'une telle miséricorde...qu'il a été ravi « jusqu'au troisième ciel, soit en son corps soit hors de son corps », il n'est pas étonnant que la sainte Mère de Dieu –- qui a demeuré avec son fils dans les épreuves qu'il a endurées dès le berceau –- ait été enlevée au ciel, même en son corps, et exaltée au-dessus des chœurs angéliques.
S'il y a de la « joie au ciel devant les anges pour un seul pécheur qui fait pénitence », qui dira quelle louange joyeuse et belle s'élève devant Dieu au sujet de sainte Marie, qui n'a jamais péché ?... Si vraiment ceux qui « jadis ont été ténèbres » et sont devenus par la suite « lumière dans le Seigneur » « brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père », qui sera en mesure de raconter « le poids éternel de gloire » de sainte Marie, qui est venue en ce monde « comme une aurore qui se lève, belle comme le lune, choisie comme le soleil », et de qui est née « la lumière véritable qui illumine tout homme venant en ce monde » ? Par ailleurs, puisque le Seigneur a dit : « Celui qui me sert, qu'il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur », où pensons-nous que soit sa mère, elle qui l'a servi avec tant d'empressement et de constance ? Si elle l'a suivi et lui a obéi jusqu'à la mort, nul ne s'étonnera qu'à présent, plus que quiconque, elle « suive l'Agneau partout où il va ».
(Références bibliques : Lc 8,2 ; Ps 149,1 ; Ps 67,4 ; Lc 1,34 ; Mt 26,40.70 ; Mt 16,19 ; Ac 9,1 ; 1Co 7,25 ; 2Co 12,2 ; Lc 22,28 ; Lc 15,7 ; Ep 5,8 ; Mt 13,43 ; 2Co 4,17 ; Ct 6,9 ; Jn 1,9 ; Jn 12,26 ; Ap 14,4)
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
1er sermon pour l'Assomption (trad. Pain de Cîteaux 32, p. 63 rev.)
« C'est dans le Christ que tous revivront, chacun à son rang » (1Co 15,22-23)
Aujourd'hui la Vierge Marie monte, glorieuse, dans le ciel. Elle met le comble à la joie des anges et des saints. C'est elle, en effet, dont la simple parole de salutation a fait exulter l'enfant encore enfermé dans le sein maternel (Lc 1,44). Quelle a dû être l'exultation des anges et des saints, lorsqu'ils ont pu entendre sa voix, voir son visage, et jouir de sa présence bénie ! Et pour nous, frères bien-aimés, quelle fête dans son Assomption glorieuse, quelle cause d'allégresse et quelle source de joie aujourd'hui ! La présence de Marie illumine le monde entier, tellement le ciel resplendit, irradié par l'éclat de la Vierge toute sainte. C'est donc à bon droit que résonne dans les cieux l'action de grâce et la louange.
Mais nous..., dans la mesure où le ciel exulte de la présence de Marie, n'est-il pas raisonnable que notre monde d'ici-bas pleure son absence ? Mais non, ne nous plaignons pas, car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente (He 13,14) ; nous cherchons celle où la Vierge Marie est parvenue aujourd'hui. Si nous sommes déjà inscrits au nombre des habitants de cette cité, il convient aujourd'hui de nous souvenir d'elle..., de partager sa joie, de participer à cette allégresse qui réjouit aujourd'hui la cité de Dieu ; elle retombe aujourd'hui en rosée sur notre terre. Oui, elle nous a précédés, notre reine, elle nous a précédés et elle a été reçue avec tant de gloire que nous pouvons, nous ses humbles serviteurs, suivre notre souveraine en toute confiance en criant [avec l'Épouse du Cantique des Cantiques] : « Entraîne-nous à ta suite. Nous courrons à l'odeur de tes parfums ! » (Ct 1,3-4 LXX) Voyageurs sur la terre, nous avons envoyé en avant notre avocate..., mère de miséricorde, pour plaider efficacement notre salut.
ou
Saint Germain de Constantinople ( ?-733), évêque
Homélie 1 pour la Dormition de la Mère de Dieu ; PG 98, 346 (trad. Orval)
« Montée jusqu'à la gloire du ciel, avec son âme et son corps » (Collecte de la fête)
Temple vivant de la divinité très sainte du Fils unique, Mère de Dieu, vraiment, je le redis avec action de grâces, ton assomption ne t'a nullement éloignée des chrétiens. Tu vis impérissable et pourtant tu ne demeures pas loin de ce monde périssable ; au contraire, tu es proche de ceux qui t'invoquent et ceux qui te cherchent avec foi te trouvent. Il convenait que ton esprit reste toujours fort et vivant et que ton corps soit immortel. En effet, comment la dissolution de la chair aurait-elle pu te réduire en cendre et en poussière, toi qui as délivré l'homme de la ruine de la mort par l'incarnation de ton Fils ? ...
Un enfant cherche et désire sa mère, et la mère aime vivre avec son enfant ; de même, puisque tu avais dans ton cœur un amour maternel pour ton Fils et pour ton Dieu, tu devais normalement pouvoir retourner auprès de lui, et Dieu, à cause de son amour filial envers toi devait très justement t'accorder de partager sa condition. Ainsi, morte aux choses qui finissent, tu as émigré vers les demeures impérissables de l'éternité où réside Dieu dont tu partages désormais la vie...
Tu as été corporellement sa demeure ; et maintenant c'est lui qui, en retour, est devenu le lieu de ton repos. « Voici, disait-il, mon repos pour les siècles des siècles » (Ps 131,14). Ce lieu de repos, c'est la chair qu'il a revêtue après l'avoir prise de toi, Mère de Dieu, la chair dans laquelle, nous le croyons, il s'est montré dans le monde présent et se manifestera dans le monde futur lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts. Puisque tu es la demeure de son éternel repos, il t'a retirée de la corruption et il t'a prise avec lui, voulant te garder en sa présence et son affection. Voilà pourquoi, tout ce que tu lui demandes il te l'accorde comme à une mère soucieuse de ses enfants ; et tout ce que tu souhaites, il l'accomplit avec sa divine puissance, lui qui est béni pour l'éternité.
ou
Nicolas Cabasilas (v. 1320-1363), théologien laïc grec, saint des Églises orthodoxes
Homélie sur la Dormition de la Mère de Dieu (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 510)
« Il élève les humbles »
Il fallait que la Vierge soit associée à son Fils en tout ce qui regarde notre salut. De même qu'elle lui a fait partager sa chair et son sang et qu'elle a été gratifiée en retour de ses bienfaits, de même elle a eu part à toutes ses souffrances et à toutes ses peines. Il a été attaché à la croix et a eu le côté percé par la lance ; elle a eu le cœur transpercé par une épée, comme le divin Syméon l'avait annoncé (Lc 2,35).
La première, elle a été rendue conforme à la mort du Sauveur par une mort semblable à la sienne (Rm 6,5). C'est pourquoi, avant tous les autres, elle a eu part à la résurrection. En effet, après que le Fils eut brisé la tyrannie de l'enfer, elle a eu le bonheur de le voir ressuscité et de recevoir sa salutation, et elle l'a accompagné autant qu'elle a pu jusqu'à son départ vers le ciel. Après son ascension, elle a pris la place que le Sauveur avait laissée libre parmi ses apôtres et ses autres disciples, ajoutant ainsi aux bienfaits que Dieu avait dispensés à l'humanité celui de compléter, beaucoup mieux que quiconque, ce qui manquait au Christ (Col 1,24). Cela ne convenait-il pas à sa mère plus qu'à tout autre ?
Mais il fallait que cette âme très sainte se détache de ce corps très sacré. Elle l'a quitté et s'est unie à l'âme de son Fils, elle, une lumière créée, à la lumière sans commencement. Et son corps, après être resté quelque temps sur la terre, a été lui aussi emporté au ciel. Il fallait, en effet, qu'il emprunte tous les chemins que le Sauveur avait parcourus, qu'il resplendisse pour les vivants et les morts, qu'il sanctifie en toutes choses la nature et qu'il reçoive ensuite la place qui lui convenait. Le tombeau l'a donc abrité quelque temps, puis le ciel a recueilli cette terre nouvelle, ce corps spirituel, ce trésor de notre vie, plus digne que les anges, plus saint que les archanges. Et le trône a été rendu au roi, le paradis à l'arbre de vie, le monde à la lumière, l'arbre à son fruit, la Mère au Fils : elle en était parfaitement digne puisqu'elle l'avait engendré.
Ô bienheureuse, qui trouvera les mots capables d'exprimer les bienfaits que tu as reçus du Seigneur et ceux que tu as prodigués à toute l'humanité ? ... Tes merveilles ne peuvent resplendir que là-haut, dans ce « ciel nouveau » et cette « terre nouvelle » (Ap 21,1), où luit le Soleil de justice (Ma 3,20) que les ténèbres ne suivent ni ne précèdent. Le Seigneur lui-même proclame tes merveilles tandis que les anges t'acclament.
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église « Lumen gentium », § 63, 65
Marie dans la lumière du Verbe fait homme
La bienheureuse Vierge, par le don et la charge de sa maternité qui l'unissent à son fils le Rédempteur et par les grâces et les fonctions singulières qui sont siennes, est liée intimement à l'Église. La Mère de Dieu est le symbole de l'Église...dans l'ordre de la foi, de la charité et de l'union parfaite au Christ. En effet, dans le mystère de l'Église, qui reçoit elle aussi à juste titre le nom de Mère et de Vierge, la bienheureuse Vierge Marie occupe la première place, offrant, à un titre éminent et singulier, le modèle de la vierge et de la mère. Car dans sa foi et dans son obéissance elle a engendré sur la terre le Fils du Père, sans connaître d'homme, enveloppée par l'Esprit Saint, comme une nouvelle Ève qui donne, non à l'antique serpent, mais au messager de Dieu, une foi que nul doute n'altère. Elle a enfanté son fils, dont Dieu a fait « le premier-né parmi beaucoup de frères » (Rm 8,29), c'est-à-dire des fidèles. C'est pourquoi dans son amour de mère, elle apporte sa coopération à les enfanter et à les éduquer...
Si l'Église en la personne de la bienheureuse Vierge a déjà atteint à la perfection qui la fait « sans tache ni ride » (Ep 5,27), les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché. C'est pourquoi ils lèvent leurs yeux vers Marie comme modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus. En se recueillant avec piété dans la pensée de Marie, qu'elle contemple dans la lumière du Verbe fait homme, l'Église pénètre avec respect plus avant dans le mystère suprême de l'Incarnation et devient sans cesse plus conforme à son Époux. Intimement présente en effet à l'histoire du salut, Marie rassemble et reflète en elle-même d'une certaine façon les données de la foi et elle appelle les fidèles à son fils et à son sacrifice, ainsi qu'à l'amour du Père, lorsqu'elle est l'objet de la prédication et de la vénération. L'Église, à son tour, recherchant la gloire du Christ, se fait de plus en plus semblable à son grand modèle, en progressant continuellement dans la foi, l'espérance et la charité, en recherchant et accomplissant en tout la volonté de Dieu.
ou
Concile Vatican II
Constitution sur l'Église « Lumen gentium », § 68-69
Marie, signe d'espérance certaine et de consolation pour le Peuple de Dieu en marche
La Vierge Immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle, au terme de sa vie terrestre, a été élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps, et elle a été exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils, Seigneur des seigneurs (Ap 19,16) et vainqueur du péché et de la mort... Tout comme la Mère de Jésus, déjà glorifiée au ciel en son corps et en son âme, est l'image et le commencement de ce que sera l'Église en sa forme achevée dans le monde à venir, de même sur cette terre, jusqu'à l'avènement du jour du Seigneur (2P 3,10), Marie brille comme un signe d'espérance certaine et de consolation devant le Peuple de Dieu en marche.
C'est une grande joie et une grande consolation pour ce saint Concile de voir, parmi les frères séparés aussi, qu'il n'en manque pas qui rendent à la Mère du Seigneur et Sauveur l'honneur qui lui est dû, en particulier chez les Orientaux, qui dans un élan fervent et d'une âme pleine de dévotion, se montrent unis dans le culte rendu à la Mère de Dieu toujours Vierge. Que tous les chrétiens adressent avec instance des prières à la Mère de Dieu et à la Mère des hommes, afin que celle qui a entouré de ses prières les débuts de l'Église (Ac 1,14), maintenant qu'elle est exaltée au-dessus de tous les bienheureux et de tous les anges, intercède encore auprès de son Fils, dans la communion de tous les saints, jusqu'à ce que toutes les familles des peuples, qu'elles soient marquées du nom chrétien ou qu'elles ignorent encore leur Sauveur, aient le bonheur de se rassembler dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu pour la gloire de la très sainte et indivisible Trinité.
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
Homélie 1 sur la Dormition, 11-14 (trad. SC 80, p. 111s)
La Vierge Marie « image de l'Église à venir...qui guide et soutient l'espérance de ton peuple » (Préface)
Ô Mère de Dieu, toujours vierge, ton saint départ de ce monde est vraiment un passage, une entrée dans la demeure de Dieu. Sortant de ce monde matériel, tu entres dans « une patrie meilleure » (He 11,16). Le ciel a accueilli avec joie ton âme : « Quelle est celle-là qui monte dans tout son éclat comme l'aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil ? » (Ct 8,5 ;6,10)... « Le roi t'a introduite dans ses appartements » (Ct 1,4) et les anges glorifient celle qui est la mère de leur propre maître, par nature et en vérité selon le plan de Dieu...
Les apôtres ont porté ton corps sans tache, toi l'arche d'alliance véritable, et l'ont déposé à son saint tombeau. Et là, comme par un autre Jourdain, tu es parvenue à la vraie Terre promise, je veux dire à la « Jérusalem d'en haut », mère de tous les croyants (Ga 4,26), dont Dieu est l'architecte et le constructeur. Car ton âme assurément « n'est pas descendue dans le séjour des morts, bien plus ta chair elle-même n'a pas connu la corruption » (Ps 15,10 ;Ac 2,31). Ton corps très pur, sans souillure, n'a pas été abandonné à la terre, mais tu as été emportée aux demeures du Royaume des Cieux, toi la reine, la souveraine, la dame, la Mère de Dieu, la véritable Theotokos...
Aujourd'hui nous nous approchons de toi, notre reine, Mère de Dieu et Vierge ; nous tournons nos âmes vers l'espérance que tu es pour nous... Nous voulons t'honorer par « des psaumes, des hymnes, des cantiques inspirés » (Ep 5,19). En honorant la servante, nous disons notre attachement à notre propre Maître commun... Jette tes yeux sur nous, ô reine, mère de notre bon Souverain ; guide notre route jusqu'au port sans orages du bon désir de Dieu.
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
2ème homélie pour la Dormition, 2, 3 : PG 96, 723s (trad. Orval rev. ; cf SC 80, p. 127)
L'arche de la Nouvelle Alliance entre dans le Temple céleste (1R 8 ; Ap 11,19)
Aujourd'hui l'arche sainte et vivante du Dieu vivant, celle dont le sein avait porté son propre Créateur, repose dans le temple du Seigneur, temple non bâti de main d'homme. David, son ancêtre et parent de Dieu, danse de joie (2S 7,14) ; les anges dansent en chœur, les archanges applaudissent, et les puissances des cieux chantent sa gloire...
Celle qui pour tous a fait jaillir la vraie vie, comment pourrait-elle tomber au pouvoir de la mort ? Certes, comme fille du vieil Adam, elle se soumet à la sentence portée contre lui, car son Fils qui est la Vie même ne s'y est pas dérobé ; mais comme mère du Dieu vivant, il est juste qu'elle soit élevée jusqu'à lui... Comment celle qui a reçu en elle la Vie même, sans commencement ni fin, ne serait-elle pas vivante pour l'éternité ? Jadis, les premiers parents de notre race mortelle, enivrés du vin de la désobéissance..., l'esprit alourdi par l'intempérance du péché, s'étaient endormis dans le sommeil de la mort ; le Seigneur les avait chassés et exilés du paradis d'Éden. Maintenant, celle qui n'a pas commis de péché et qui a mis au monde l'enfant de l'obéissance à Dieu et au Père, comment le Paradis pourrait-il ne pas la recevoir, ne pas lui ouvrir joyeusement ses portes ? ... Puisque le Christ qui est la Vie et la Vérité a dit : « Là où je suis, là sera aussi mon serviteur » (Jn 12,26), comment, à plus forte raison, sa mère ne partagerait-elle pas sa demeure ? ...
Maintenant donc « que les cieux se réjouissent », que tous les anges l'acclament. « Que la terre exulte » (Ps 95,11), que les hommes tressaillent de joie. Que les airs retentissent de chants d'allégresse ; que la nuit rejette ses ténèbres et son manteau de deuil... Car la cité vivante du Seigneur, Dieu des puissances, est exaltée. Du sanctuaire de Sion des rois apportent le présent inestimable (Ps 67,30) ; ceux que le Christ a établis princes de toute la terre, les apôtres, escortent la Mère de Dieu, toujours vierge, dans la Jérusalem d'en haut, qui est libre et notre mère (Ga 4,26).