21 décembre - Férie de l'Avent : semaine avant Noël
Commentaire de l’Évangile
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716)
prédicateur, fondateur de communautés religieuses
Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, §214 (Livre de Vie, éd. Seuil, 1996, p.162-163)
Vivre de foi, avec l'aide de Marie
La Sainte Vierge vous donnera part à sa foi, qui a été plus grande sur la terre que la foi de tous les patriarches, les prophètes, les apôtres et tous les saints. (...)
Plus donc vous gagnerez la bienveillance de cette auguste Princesse et Vierge fidèle, plus vous aurez de pure foi dans toute votre conduite : une foi pure, qui fera que vous ne vous soucierez guère du sensible et de l'extraordinaire ; une foi vive et animée par la charité, qui fera que vous ne ferez vos actions que par le motif du pur amour ; une foi ferme et inébranlable comme un rocher, qui fera que vous demeurerez ferme et constant au milieu des orages et des tourmentes ; une foi agissante et perçante, qui, comme un mystérieux passe-partout, vous donnera entrée dans tous les mystères de Jésus-Christ, dans les fins dernières de l'homme et dans le cœur de Dieu même ; une foi courageuse, qui vous fera entreprendre et venir à bout de grandes choses pour Dieu et le salut des âmes, sans hésiter ; enfin, une foi qui sera votre flambeau enflammé, votre vie divine, votre trésor caché de la divine Sagesse, et votre arme toute-puissante dont vous vous servirez pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et l'ombre de la mort, pour embraser ceux qui sont tièdes et qui ont besoin de l'or embrasé de la charité, pour donner la vie à ceux qui sont morts par le péché, pour toucher et renverser, par vos paroles douces et puissantes, les cœurs de marbre et les cèdres du Liban, et enfin pour résister au diable et à tous les ennemis du salut.
ou
Pape François
Encyclique « Lumen fidei / La Lumière de la foi », §39 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Marie se mit en route rapidement » : la foi tend à inviter les autres à sa joie
Il est impossible de croire seul. La foi n’est pas seulement une option individuelle que le croyant prendrait dans son intériorité ; elle n’est pas une relation isolée entre le moi du fidèle et le toi divin, entre un individu autonome et Dieu. Par nature, elle s’ouvre au « nous » ; elle advient toujours dans la communion de l’Église. La forme dialoguée du Credo, utilisée dans la liturgie baptismale, nous le rappelle.
L’acte de croire s’exprime comme une réponse à une invitation, à une parole qui doit être écoutée. Il ne procède pas de moi, mais il s’inscrit dans un dialogue… Il est possible de répondre à la première personne, « je crois », seulement dans la mesure où l’on appartient à une large communion, seulement parce que l’on dit aussi « nous croyons ». Cette ouverture au « nous » ecclésial se produit selon l’ouverture même de l’amour de Dieu, qui n’est pas seulement relation entre Père et Fils, entre « moi » et « toi », mais qui est aussi dans l’Esprit un « nous », une communion de personnes. Voilà pourquoi celui qui croit n’est jamais seul, et pourquoi la foi tend à se diffuser, à inviter les autres à sa joie... Tertullien (v. 155-v. 220)…parle du catéchumène qui, après le baptême, « le bain de la nouvelle naissance », est accueilli dans la maison de la Mère pour élever les mains et prier, avec ses frères, le Notre Père.
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, II,19s ; SC 45 (trad. SC, p. 81s rev.)
« Marie se leva et partit en hâte pour la montagne »
Il est normal que tous ceux qui veulent qu'on les croie donnent des raisons de croire. C'est pourquoi l'ange...a annoncé à Marie, la vierge, qu'une femme âgée et stérile devenait mère, montrant ainsi que Dieu peut faire tout ce qui lui plaît. Dès que Marie l'a appris, elle est partie vers les montagnes -- non par manque de foi en la prophétie, ni par incertitude devant cette annonce, ni par doute..., mais dans l'allégresse de son désir, pour remplir un devoir religieux, dans l'empressement de la joie. Désormais remplie de Dieu, comment pouvait-elle ne pas s'élever en hâte vers les hauteurs ? Des raisonnements lents sont étrangers à la grâce de l'Esprit Saint.
Jusque-là Marie vivait seule, retirée du monde extérieur : elle n'a pas été retenue par sa pudeur de partir en public, ni par les escarpements des montagnes de réaliser son dessein, ni par la longueur du chemin du service à rendre. Cette vierge se hâte vers les hauteurs, une vierge qui pense à servir et qui oublie sa peine ; la charité fait sa force... ; elle quitte sa maison et elle part... Vous avez appris la délicatesse de Marie ; apprenez aussi son humilité. La cadette vient vers l'aînée..., ce qui est supérieur vient à ce qui est inférieure : Marie à Élisabeth, le Christ à Jean, comme plus tard le Seigneur viendra se faire baptiser par Jean pour consacrer le baptême. Et tout de suite se manifestent les bienfaits de l'arrivée de Marie et de la présence du Seigneur, car « dès qu'Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein et elle fut remplie de l'Esprit Saint »... Les deux femmes parlent de la grâce qui leur est faite ; les deux enfants réalisent cette grâce et entraînent leurs mères dans ce mystère de la miséricorde.
ou
Liturgie byzantine
Hymne acathiste à la Mère de Dieu (7e siècle)
« L'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi »
Portant le Seigneur dans son sein, Marie partit en hâte chez Élizabeth. Lorsqu'il reconnut la salutation de Marie, l'enfant se réjouit aussitôt, bondissant d'allégresse comme pour chanter à la Mère de Dieu :
Réjouis-toi, bourgeon qui donne la fleur immortelle
Réjouis-toi, verger qui porte un fruit de vie
Réjouis-toi, jardin du Seigneur, ami des hommes (Sg 1,6)
Réjouis-toi, semis de la croissance de notre vie
Réjouis-toi, champ qui produis l'abondance du rachat
Réjouis-toi, table sainte de la réconciliation pour le péché
Réjouis-toi, car tu plantes pour nous un jardin de beauté
Réjouis-toi, car tu prépares pour nos âmes un havre de paix
Réjouis-toi, encens d'une offrande qui plaît à Dieu (Gn 8,21)
Réjouis-toi, en qui tout l'univers est réconcilié
Réjouis-toi, grâce de Dieu pour tous les hommes
Réjouis-toi, notre avocate auprès du Seigneur
Réjouis-toi, Épouse inépousée
L'âme secouée par une tempête de pensées, Joseph le prudent se troubla profondément, car il connaissant ta virginité et te soupçonne maintenant, ô mère immaculée. Mais apprenant que ce qui avait été engendré en toi venait de l'Esprit Saint (Mt 1,20), il s'écria : « Alléluia, alléluia, alléluia ».
Les bergers, entendant les anges qui chantaient l'incarnation du Christ, coururent vers leur Bon Pasteur pour contempler l'Agneau nouveau-né reposant sur le sein de Marie. Ils exultèrent en chantant :
Réjouis-toi, mère de l'Agneau et du Bon Pasteur (Jn 1,29 ; 10,14)
Réjouis-toi, bercail des brebis rassemblées (Jn 10,16)
Réjouis-toi, protection contre les loups ravisseurs (v. 12)
Réjouis-toi, tu ouvres les portes du paradis
Réjouis-toi, puisque les cieux se réjouissent avec la terre (Lc 2,14)
Réjouis-toi, puisque les hommes exultent avec les anges
Réjouis-toi, tu donnes l'assurance à la parole des apôtres
Réjouis-toi, tu donnes la force au témoignage des martyrs
Réjouis-toi, colonne inébranlable qui soutiens notre foi
Réjouis-toi, tu sais la splendeur de la grâce
Réjouis-toi, par qui l'enfer est dépouillé
Réjouis-toi, par qui nous sommes revêtus de gloire
Réjouis-toi, Épouse inépousée...
Quand nous contemplons cet enfantement inhabituel, nous devenons étrangers à notre monde habituel et notre esprit se tourne vers les réalités d'en haut, car le Très-Haut s'est révélé aux hommes dans l'abaissement pour élever tous ceux qui lui chantent : « Alléluia, alléluia, alléluia ».
ou
Origène (vers 185-253), prêtre et théologien
Commentaire sur le Cantique des Cantiques, III, 11, 10s (trad. cf SC 376, p. 603)
« Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée »
« Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes » (Ct 2, 8). Le Christ ne s'est fait d'abord connaître à l'Église que par sa voix. Il a commencé par lancer sa voix devant lui par l'intermédiaire des prophètes ; sans se laisser voir, il se faisait entendre. Sa voix portait dans les messages que l'on annonçait de lui, et pendant tout ce temps l'Église-Épouse rassemblée depuis l'origine du monde, l'entendait seulement. Mais un jour elle l'a vu de ses yeux et a dit : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes ! »...
Et chaque âme, si du moins l'amour du Verbe de Dieu l'étreint..., est heureuse et consolée quand elle sent la présence de l'Époux, alors qu'elle se trouvait devant des paroles difficiles de la Loi et des prophètes. À mesure qu'il s'approche de ses pensées pour l'éclairer en sa foi, elle le voit bondir sur montagnes et collines..., et elle peut bien dire : « Le voici qui vient ! »... Certes l'Époux a promis à son Épouse, c'est-à-dire à ses disciples : « Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20). Mais cela ne l'empêche pas de dire aussi qu'il part prendre possession de son Royaume (Lc 19, 12); alors, de nouveau en pleine nuit, s'élève le cri : « Voici l'Époux qui vient » (Mt 25, 6). Tantôt donc l'Époux est présent et il enseigne ; tantôt il est dit absent et on le désire... Ainsi, quand l'âme cherche à comprendre et n'arrive pas, pour elle le Verbe de Dieu est absent. Mais quand elle trouve ce qu'elle cherche, il est présent sans aucun doute et l'illumine de sa lumière... Si donc nous aussi nous voulons voir le Verbe de Dieu, l'Époux de l'âme, « bondissant sur les collines », écoutons d'abord sa voix, et nous aussi nous pourrons le voir.
ou
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus (1873-1897), carmélite, docteur de l'Église
Poésie « Pourquoi je t'aime, ô Marie », strophes 4-7 (OC, Cerf DDB 1992, p. 751)
« Le Puissant fit pour moi des merveilles » (Lc 1, 49)
Oh ! Je t'aime, Marie, te disant la servante
Du Dieu que tu ravis par ton humilité (Lc 1, 38)
Cette vertu cachée te rend toute-puissante
Elle attire en ton cœur la Sainte Trinité
Alors l'Esprit d'Amour te couvrant de son ombre (Lc 1, 35)
Le Fils égal au Père en toi s'est incarné
De ses frères pécheurs bien grand sera le nombre
Puisqu'on doit l'appeler : Jésus, ton premier-né ! (Lc 2, 7)
Ô Mère bien-aimée, malgré ma petitesse
Comme toi je possède en moi le Tout-Puissant
Mais je ne tremble pas en voyant ma faiblesse :
Le trésor de la mère appartient à l'enfant
Et je suis ton enfant, ô ma Mère chérie.
Tes vertus, ton amour, ne sont-ils pas à moi ?
Aussi lorsqu'en mon cœur descend la blanche hostie
Jésus, ton Doux Agneau, croit reposer en toi !
Tu me le fais sentir, ce n'est pas impossible
De marcher sur tes pas, ô Reine des élus.
L'étroit chemin du Ciel, tu l'as rendu visible
En pratiquant toujours les plus humbles vertus.
Auprès de toi, Marie, j'aime à rester petite,
Des grandeurs d'ici-bas je vois la vanité,
Chez sainte Élisabeth, recevant ta visite,
J'apprends à pratiquer l'ardente charité.
Là j'écoute ravie, douce Reine des anges,
Le cantique sacré qui jaillit de ton cœur (Lc 1, 46s)
Tu m'apprends à chanter les divines louanges
À me glorifier en Jésus mon Sauveur.
Tes paroles d'amour sont de mystiques roses
Qui doivent embaumer les siècles à venir.
En toi le Tout-Puissant a fait de grandes choses
Je veux les méditer, afin de l'en bénir.
ou
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité
Jesus, the Word to Be Spoken (trad. Jésus, celui qu'on invoque, Nouvelle Cité 1988, ch. 12 rev).
« Marie se mit en route rapidement »
La gaieté et la joie étaient la force de Notre Dame. C'est ce qui a fait d'elle la servante empressée de Dieu, son fils, car dès qu'il est venu à elle, elle « est partie en toute hâte ». Seule la joie pouvait lui donner la force de partir en toute hâte au-delà des collines de Judée pour devenir la servante de sa cousine. Il en est de même pour nous ; comme elle, nous devons être les vraies servantes du Seigneur et chaque jour après la sainte communion nous hâter par-delà les montagnes de difficultés que nous rencontrons en offrant de tout notre cœur notre service aux pauvres. Donnez Jésus aux pauvres en tant que servante du Seigneur
La joie c'est la prière, la joie c'est la force, la joie c'est l'amour, c'est un filet d'amour grâce auquel vous pouvez attraper les âmes. « Dieu aime celui qui donne avec joie. » (2Co 9,7) Celui qui donne avec joie donne davantage. Si dans le travail vous rencontrez des difficultés et que vous les acceptez avec joie, avec un large sourire, en cela comme en bien d'autres choses, on constatera que vos œuvres sont bonnes et le Père en sera glorifié. La meilleure manière de montrer votre gratitude à Dieu et aux hommes c'est de tout accepter avec joie. Un cœur joyeux provient d'un cœur brûlant d'amour.
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon pour l'octave de l'Assomption, Sur les douze prérogatives de Marie
« Heureuse, celle qui a cru »
Marie est bienheureuse, comme sa cousine Élisabeth le lui a dit, non seulement parce que Dieu l'a regardée, mais parce qu'elle a cru. Sa foi est le plus beau fruit de la bonté divine. Mais il a fallu l'art ineffable du Saint Esprit survenant en elle pour qu'une telle grandeur d'âme s'unisse à une telle humilité, dans le secret de son cœur virginal. L'humilité et la grandeur d'âme de Marie, comme sa virginité et sa fécondité, sont pareilles à deux étoiles qui s'éclairent mutuellement, car en Marie la profondeur de l'humilité ne nuit en rien à la générosité d'âme et réciproquement. Alors que Marie se jugeait si humblement elle-même, elle n'en a été pas moins généreuse dans sa foi en la promesse qui lui était faite par l'ange. Elle qui se regardait uniquement comme une pauvre petite servante, elle n'a nullement douté qu'elle soit appelée à ce mystère incompréhensible, à cette union prodigieuse, à ce secret insondable. Et elle a cru tout de suite qu'elle allait vraiment devenir la mère de Dieu-fait-homme.
C'est la grâce de Dieu qui produit cette merveille dans le cœur des élus ; l'humilité ne les rend pas craintifs et timorés, pas plus que la générosité de leur âme ne les rend orgueilleux. Au contraire, chez les saints, ces deux vertus se renforcent l'une l'autre. La grandeur d'âme non seulement n'ouvre la porte à aucun orgueil, mais c'est elle surtout qui fait pénétrer plus avant dans le mystère de l'humilité. En effet, les plus généreux au service de Dieu sont aussi les plus pénétrés de la crainte du Seigneur et les plus reconnaissants pour les dons reçus. Réciproquement, quand l'humilité est en jeu, aucune lâcheté ne se glisse dans l'âme. Moins une personne a coutume de présumer de ses propres forces, même dans les plus petites choses, plus elle se confie dans la puissance de Dieu, même dans les plus grandes.
ou
Saint Jean de Damas (v. 675-749), moine, théologien, docteur de l'Église
1er sermon sur la Dormition (trad. SC 80, p. 101s)
« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? »
« Tu es bénie entre les femmes et le fruit de ton sein est béni... » Voici, en effet, que les générations te disent bienheureuse comme tu l'as déclaré (Lc 1,48). Les filles de Jérusalem, c'est-à-dire de l'Église, t'ont vue et ont proclamé ton bonheur... Tu es, en effet, le trône royal près duquel se tenaient les anges contemplant leur Maître et Créateur qui y était assis (Dn 7,9). Tu es devenue l'Éden spirituel, plus sacré et plus divin que l'ancien. Dans le premier habitait l'Adam terrestre ; en toi, c'est le Seigneur venu du ciel (1Co 15,47). L'arche de Noé t'a préfigurée, elle qui a sauvé le germe de la seconde création, car tu as enfanté le Christ, le salut du monde, qui a submergé le péché et apaisé les flots.
D'avance, c'est toi que le buisson ardent a dépeinte, que les tables écrites par Dieu ont dessinée (Ex 31,18), que l'arche de l'alliance a racontée ; c'est toi que l'urne d'or, le candélabre..., et le rameau d'Aaron qui avait fleuri (Nb 17,23) ont manifestement préfigurée... J'allais omettre l'échelle de Jacob. Comme Jacob a vu le ciel réuni à la terre par les extrémités de l'échelle, et par elle les anges descendre et monter, et celui qui est réellement le fort et l'invincible engager avec lui une lutte symbolique, ainsi toi-même tu es devenue la médiatrice et l'échelle par laquelle Dieu est descendu vers nous et a pris sur lui la faiblesse de notre substance, l'embrassant et se l'unissant étroitement.
ou
Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906), carmélite
Le Ciel dans la foi (Première retraite), dixième jour (OC, Cerf 1979-80, p. 124)
« Marie se mit en route »
Il me semble que l'attitude de la Vierge durant les mois qui s'écoulèrent entre l'Annonciation et la Nativité est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre au-dedans, au fond de l'abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle ! Car à travers tout la Vierge restait l'adorante du don de Dieu ! Cela ne l'empêchait pas de se dépenser au-dehors lorsqu'il s'agissait d'exercer la charité.
L'Évangile nous dit que « Marie parcourut en toute diligence les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Élisabeth ». Jamais la vision ineffable qu'elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure car, dit un pieux auteur [Ruusbroeck], si la contemplation « s'en va vers la louange, et vers l'éternité de son Seigneur, elle possède l'unité et ne la perdra pas. Qu'un ordre du ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu'elle pleure et qu'elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le ciel ce qu'elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève et reprend, brûlante de son feu le chemin de la hauteur ».
22 décembre - Férie de l'Avent : semaine avant Noël
Commentaire de l’Évangile
Adam de Perseigne ( ? -1221), abbé cistercien
Lettre à André, chanoine de Tours, 13-15 (trad. Orval ; cf SC 66, p.62)
« Le Puissant fit pour moi des merveilles »
« Mon âme magnifie le Seigneur. » Comment le magnifies-tu ? Rendrais-tu donc plus grand celui dont la grandeur est infinie ? « Le Seigneur est grand, dit le psalmiste, et louable infiniment » (Ps 144,3). Il est grand, et si grand que sa grandeur ne supporte ni comparaison ni mesure. Comment donc le magnifies-tu, puisque tu ne le rends pas plus grand ?
Tu le magnifies parce que tu le loues. Tu le magnifies parce que, au milieu des ténèbres de ce monde, plus lumineuse que le soleil, plus belle que la lune, plus odorante que la rose, plus blanche que la neige, tu fais connaître davantage la splendeur de Dieu. Tu le magnifies non pas en donnant un accroissement à sa grandeur sans mesure, mais en apportant, parmi les ténèbres du monde, la lumière de la vraie divinité... Tu le magnifies lorsque tu es élevée à une dignité si haute que tu reçois la grâce en plénitude (Lc 1,28), que tu mérites la visite de l'Esprit Saint, et que, devenue Mère de Dieu tout en restant vierge inviolée, tu enfantes un Sauveur pour le monde qui se perd.
D'où vient cela ? De ce que le Seigneur est avec toi (Lc 1,28), le Seigneur qui a fait de ses dons tes mérites. Voilà pourquoi l'on dit que tu le magnifies : parce que toi-même tu es magnifiée en lui et par lui. Ton âme magnifie donc le Seigneur seulement en ce sens que toi-même tu es magnifiée par lui..., car tu es le réceptacle du Verbe, le cellier du vin nouveau qui enivre la sobriété des croyants. Tu es la Mère de Dieu.
ou
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, 1, 46 ; CCL 120,37 (trad. bréviaire 22/12)
« Il relève Israël son serviteur »
Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon sauveur » ; elle dit : « Le Seigneur m'a honorée d'une faveur si grande, si inouïe, qu'on ne peut l'expliquer dans aucun langage, mais c'est à peine si, même au plus profond du cœur, l'amour peut le saisir. C'est pourquoi je mets toutes les forces de mon âme à rendre grâce dans la louange... Le Seigneur fit pour moi des merveilles ; saint est son nom »... Elle seule, cette âme pour laquelle le Seigneur a daigné faire de grandes choses, peut l'exalter comme il convient et dire, en invitant à partager ses vœux et ses intentions : « Exaltez le Seigneur avec moi, glorifions-le ensemble » (Ps 33,4)...
« Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour. » Il est beau d'appeler Israël le serviteur du Seigneur, Israël que le Seigneur a relevé pour le sauver dans l'obéissance et l'humilité. C'est ainsi que parle Osée : « Quand Israël était enfant, je l'ai aimé » (3,1 ; cf 11,4). Celui qui refuse de s'humilier ne peut évidemment pas être sauvé..., mais « quiconque se fera comme un petit enfant sera le plus grand dans le Royaume des cieux » (Mt 18,4).
« Il se souvient de la promesse faite à nos pères en faveur d'Abraham et de sa race à jamais. » Il ne s'agit pas ici de la race charnelle d'Abraham, mais de sa race spirituelle. Autrement dit, il ne s'agit pas de ses descendants selon la chair, mais de ceux qui marchent sur les traces de sa foi... L'avènement du Sauveur est donc promis à Abraham et à sa race à jamais, c'est-à-dire aux fils de la promesse dont saint Paul déclare : « Si vous appartenez au Christ, vous êtes donc de la race d'Abraham, héritiers selon la promesse » (Ga 3,29).
Enfin il est heureux que la naissance du Seigneur et celle de Jean soient annoncées prophétiquement par leurs mères... La vie détruite par la défaillance d'une seule femme serait ainsi rendue au monde par ces deux femmes qui rivalisent de louanges.
ou
Une homélie grecque du 4ème siècle
Attribuée à tort à saint Grégoire de Néocésarée, dit le Thaumaturge, no. 2 ; PG 10, 1156 (trad. Luc commenté, DDB 1987, p. 39 rev)
« La promesse faite à nos pères »
Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur... Il a porté secours à Israël son enfant (Lc 1,54 grec), se souvenant de sa miséricorde et de l'alliance qu'il avait établie avec Abraham et sa descendance pour l'éternité ». Voyez-vous comment la Vierge surpasse la perfection du patriarche et confirme l'alliance que Dieu a établie avec Abraham, lorsqu'il lui dit : « Telle sera l'alliance entre moi et toi » ? (Gn 17,11)... C'est le chant de cette prophétie que la sainte Mère de Dieu adresse à Dieu lorsqu'elle dit : « Mon âme exalte le Seigneur..., car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses, saint est son nom. En me rendant la mère de Dieu, il préserve ma virginité. En mon sein se récapitule, pour y être sanctifiée, la plénitude de toutes les générations. Car il a béni tous les âges, hommes, femmes, jeunes gens, enfants, vieillards »...
« Il a renversé les puissants de leur trône et a élevé les humbles »... Les humbles, les peuples païens, qui étaient affamés de justice (Mt 5,6), ont été exaltés. En faisant paraître leur humilité et leur faim de Dieu, et en sollicitant la parole de Dieu comme la Cananéenne demande les miettes (Mt 15,27), ils ont été rassasiés des richesses que recèlent les mystères divins. Car tout le lot des faveurs divines, Jésus Christ notre Dieu, le fils de la Vierge, l'a distribué aux païens. « Il a relevé Israël son enfant », non un quelconque Israël, mais son enfant, dont il honore la haute naissance. Voilà pourquoi la Mère de Dieu appelle ce peuple son enfant et son héritier. Dieu trouvant ce peuple épuisé par la lettre, exténué par la Loi, l'appelle à sa grâce. En donnant ce nom à Israël, il le relève, « se souvenant de sa miséricorde, ainsi qu'il l'avait promis à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa descendance pour l'éternité ». Ces quelques paroles résument tout le mystère de notre salut. Voulant sauver l'humanité et sceller l'alliance établie avec nos pères, Jésus Christ alors « inclina les cieux et descendit » (Ps 17,10). Et ainsi il se manifeste à nous, se mettant à notre portée, afin que nous puissions le voir, le toucher et l'entendre parler.
ou
Pape Benoît XVI
Audience générale du 15/2/06 (trad. DC 19/3/06, n° 2354, p. 265 © Libreria Editrice Vaticana)
« Il élève les humbles »
Le Magnificat est un cantique qui révèle en filigrane la spiritualité des « anawim » bibliques, c'est-à-dire de ces fidèles qui se reconnaissent pauvres non seulement dans le détachement de toute idolâtrie de la richesse et du pouvoir, mais aussi dans l'humilité profonde du cœur, dépouillé de toute tentation de l'orgueil, ouvert à l'irruption de la grâce divine salvatrice. Tout le Magnificat est en effet marqué par cette situation d'humilité et de pauvreté concrètes...
L'âme de cette prière est la célébration de la grâce divine qui a fait irruption dans le cœur et l'existence de Marie, faisant d'elle la Mère du Seigneur...: la louange, l'action de grâce, la joie reconnaissante. Mais ce témoignage personnel n'est pas solitaire et intimiste, purement individualiste, car la Vierge Mère est consciente qu'elle a une mission à accomplir pour l'humanité et que son histoire personnelle s'insère dans l'histoire du salut... Par cette louange au Seigneur, la Vierge donne une voix à toutes les créatures rachetées qui, en son fiat, et ainsi dans la figure de Jésus né de la Vierge Marie, trouvent la miséricorde de Dieu... C'est comme si, à la voix de Marie, s'associait toute la communauté des fidèles qui célèbrent les choix surprenants de Dieu...
Le comportement du Seigneur de l'histoire est évident : il se range du côté des derniers. Son projet est un projet souvent caché sous le terrain opaque des affaires humaines, qui voient triompher « les superbes, les puissants, les riches ». Et pourtant sa force secrète est destinée à la fin à être dévoilée, pour montrer quels sont les vrais préférés de Dieu : « Ceux qui le craignent », fidèles à sa Parole ; « les humbles, les affamés, Israël son serviteur », c'est-à-dire la communauté du Peuple de Dieu qui, comme Marie, est constituée de ceux qui sont « pauvres », purs et simples de cœur.
ou
Ludolphe de Saxe (v. 1300-1378), dominicain puis chartreux à Strasbourg
La Vie de Jésus Christ (trad. Au commencement, Parole et Silence 2004, p. 81s rev.)
« Il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante » (Lc 1, 48)
La conception de notre Seigneur a été figurée par le buisson ardent qui brûlait sans perdre sa verdeur (Ex 3, 2), comme Marie a conçu son divin fils sans perdre sa virginité. Le Seigneur, qui demeurait dans ce buisson ardent, a habité aussi dans le sein de Marie. De même qu'il était descendu dans ce buisson pour délivrer les juifs en les tirant de l'Égypte, de même il est descendu en Marie pour racheter les hommes, en les arrachant à l'enfer.
Le choix que Dieu a fait de Marie parmi toutes les femmes pour se revêtir de notre chair, a été figuré par la toison de Gédéon (Jg 6, 36s). En effet, de même que cette toison a reçu seule la rosée céleste pendant que toutes les terres voisines restaient sèches, de même aussi Marie seule a été remplie de cette rosée divine dont aucune autre créature n'a été trouvée digne dans le monde entier... La Vierge Marie est cette toison dont Jésus Christ s'est formé une tunique. La toison de Gédéon a reçu la rosée du ciel sans qu'elle soit endommagée, et Marie a conçu l'Homme-Dieu sans que sa virginité soit altérée...
Ô Jésus, Fils du Dieu vivant, toi qui, par la volonté du Père céleste et avec la coopération de l'Esprit Saint, es sorti du sein de ton Père comme le fleuve sourd hors du Paradis de délices, toi qui, visitant les profondeurs de nos vallées et regardant l'humilité de ta servante, es descendu dans le sein d'une vierge où, par une conception ineffable, tu as revêtu ta chair mortelle. Je te supplie, Jésus miséricordieux, par les mérites de cette Vierge ta mère, de répandre ta grâce sur moi, serviteur très indigne, afin que je te désire ardemment, que par cet amour, je te conçoive en mon cœur, et qu'avec le secours de cette même grâce, je produis les fruits salutaires des bonnes œuvres. Amen.
ou
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Homélies sur l'Évangile, I, 4 ; CCL 122, 25s (Livre des jours – Office romain des lectures ; trad. P. Roguet; Le Cerf – Desclée de Brouwer – Desclée – Mame ; © AELF Paris 1976 ; 31 mai)
« Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur »
« Mon âme exalte le Seigneur ; exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. » Le sens premier de ces mots est certainement de confesser les dons que Dieu lui a accordés, à elle, Marie, spécialement ; mais elle rappelle ensuite les bienfaits universels dont Dieu ne cesse jamais d'entourer la race humaine.
L'âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu ; quand, par sa soumission aux préceptes divins, elle montre qu'elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté. L'esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel. Ces mots, sans doute, expriment exactement ce que pensent tous les saints, mais il convenait tout spécialement qu'ils soient prononcés par la bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d'un privilège unique, brûlait d'un amour tout spirituel pour celui qu'elle avait eu la joie de concevoir en sa chair. Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d'exulter de joie en Jésus — c'est-à-dire en son Sauveur — car celui qu'elle reconnaissait pour l'auteur éternel de notre salut, elle savait qu'il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair et si véritablement qu'en une seule et même personne serait réellement présent son fils et son Dieu. (...)
Aussi est-ce un usage excellent et salutaire, dont le parfum embaume la Sainte Église, que celui de chanter tous les jours, à vêpres, le cantique de la Vierge. On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l'incarnation du Seigneur, s'enflamment d'une ferveur plus vive, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c'est bien le moment, aux vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand approche l'heure du repos, de se rassembler pour retrouver l'unité de son attention.
ou
Pape Benoît XVI
Encyclique « Deus caritas est », § 41 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« Marie rendit grâce au Seigneur »
Le Magnificat de Marie –- portrait, pour ainsi dire, de son âme –- est entièrement brodé de fils de l'Écriture Sainte, de fils tirés de la Parole de Dieu. On voit ainsi apparaître que, dans la Parole de Dieu, Marie est vraiment chez elle, elle en sort et elle y rentre avec un grand naturel. Elle parle et pense au moyen de la Parole de Dieu ; la Parole de Dieu devient sa parole, et sa parole naît de la Parole de Dieu. De plus, se manifeste ainsi que ses pensées sont au diapason des pensées de Dieu, que sa volonté consiste à vouloir avec Dieu. Étant profondément pénétrée par la Parole de Dieu, elle peut devenir la mère de la Parole incarnée.
Enfin, Marie est une femme qui aime. Comment pourrait-il en être autrement ? Comme croyante qui, dans la foi, pense avec les pensées de Dieu et veut avec la volonté de Dieu, elle ne peut qu'être une femme qui aime. Nous le percevons à travers ses gestes silencieux, auxquels se réfèrent les récits des évangiles de l'enfance. Nous le voyons à travers la délicatesse avec laquelle, à Cana, elle perçoit les besoins dans lesquels sont pris les époux et elle les présente à Jésus. Nous le voyons dans l'humilité avec laquelle elle accepte d'être délaissée durant la période de la vie publique de Jésus, sachant que son fils doit fonder une nouvelle famille et que l'heure de sa mère arrivera seulement au moment de la croix... À l'heure de la Pentecôte, ce seront les disciples qui se rassembleront autour d'elle dans l'attente de l'Esprit Saint (Ac 1,14).
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire de St Luc, 2, 26-27 (trad. SC 45, p.83 rev.)
« Exaltons tous ensemble son nom » (Ps 33,4)
Qu'en tous réside l'âme de Marie pour glorifier le Seigneur ; qu'en tous réside l'esprit de Marie pour exulter en Dieu. S'il n'y a physiquement qu'une seule Mère du Christ, par la foi le Christ est le fruit de tous, car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, à condition de rester sans tache, préservée du mal et du péché, gardant la chasteté dans une pureté inaltérée. Toute âme donc qui parvient à cet état exalte le Seigneur, comme l'âme de Marie a exalté le Seigneur et comme son esprit a tressailli dans le Dieu Sauveur.
Le Seigneur est en effet magnifié, ainsi que vous l'avez lu ailleurs : « Magnifiez le Seigneur avec moi » (Ps 33,4). Non que la parole humaine puisse ajouter quelque chose au Seigneur, mais parce qu'il grandit en nous. Car « le Christ est l'image de Dieu » (2Co 4,4), et alors l'âme qui fait quelque chose de juste et religieux magnifie cette image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée. Alors aussi, en la magnifiant, elle participe en quelque sorte à sa grandeur et s'en trouve élevée ; elle semble reproduire en elle cette image par les brillantes couleurs de ses bonnes œuvres et la copier en quelque sorte par ses vertus.
ou
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), prédicateur, fondateur de communautés religieuses
Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie, 1-6
« Il s'est penché sur son humble servante »
Marie a été très cachée dans sa vie ; c'est pourquoi elle est appelée par le Saint Esprit et l'Église « Alma Mater » : Mère cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu'elle n'a point eu sur la terre d'attrait plus puissant et plus continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n'être connue que de Dieu seul.
Dieu, pour l'exaucer dans les demandes qu'elle lui fit de la cacher, appauvrir et humilier, a pris plaisir à la cacher dans sa conception, dans sa naissance, dans sa vie, dans ses mystères, dans sa résurrection et assomption, à l'égard de presque toute créature humaine. Ses parents même ne la connaissaient pas ; et les anges se demandaient souvent les uns aux autres : « Quae est ista ? Qui est celle-là ? » (Ct 6,10) parce que le Très-Haut la leur cachait ; ou, s'il leur en découvrait quelque chose, il leur en cachait infiniment davantage...
Que de choses grandes et cachées ce Dieu puissant a faites en cette créature admirable, comme elle est elle-même obligée de le dire, malgré son humilité profonde : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ». Le monde ne les connaît pas, parce qu'il en est incapable et indigne.
ou
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), prédicateur, fondateur de communautés religieuses
Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, 2-6
« Le Puissant fit pour moi des merveilles »
Marie a été très cachée dans sa vie ; c'est pourquoi elle est appelée par le Saint Esprit et l'Église « Alma Mater » : Mère cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu'elle n'a point eu sur la terre d'attrait plus puissant et plus continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n'être connue que de Dieu seul... Dieu le Père a consenti qu'elle ne fasse point de miracle dans sa vie, du moins qui ait eu de l'éclat... Dieu le Fils a consenti qu'elle ne parle presque point, quoiqu'il lui ait communiqué sa sagesse. Dieu le Saint Esprit a consenti que ses apôtres et ses évangélistes n'en parlent que très peu et qu'autant qu'il était nécessaire pour faire connaître Jésus Christ, quoiqu'elle ait été son Épouse fidèle.
Marie est l'excellent chef-d'œuvre du Très-Haut, dont il s'est réservé la connaissance et la possession... Marie est la fontaine scellée et l'Épouse fidèle du Saint Esprit, où il n'y a que lui qui entre. Marie est le sanctuaire et le repos de la Sainte Trinité, où Dieu est plus magnifiquement et divinement qu'en aucun lieu de l'univers, sans excepter sa demeure sur les chérubins et les séraphins ; et il n'est pas permis à aucune créature, quelque pure qu'elle soit, d'y entrer sans un grand privilège.
Je dis avec les saints : Marie est le paradis terrestre du nouvel Adam... C'est le grand et le divin monde de Dieu, où il y a des beautés et des trésors ineffables. C'est la magnificence du Très-Haut, où il a caché, comme en son sein, son Fils unique, et en lui tout ce qu'il a de plus excellent et de plus précieux. Oh ! que de choses grandes et cachées ce Dieu puissant a faites en cette créature admirable, comme elle est elle-même obligée de le dire, malgré son humilité profonde : « Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. » Le monde ne les connaît pas, parce qu'il en est incapable et indigne.
ou
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), prédicateur, fondateur de communautés religieuses
Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie, 1-6
« Il s'est penché sur son humble servante »
Marie a été très cachée dans sa vie : c'est pourquoi elle est appelée par le Saint Esprit et l'Église « Alma Mater » : Mère cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu'elle n'a point eu sur la terre d'attrait plus puissant et plus continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n'être connue que de Dieu seul.
Dieu, pour l'exaucer dans les demandes qu'elle lui fit de la cacher, appauvrir et humilier, a pris plaisir à la cacher dans sa conception, dans sa naissance, dans sa vie, dans ses mystères, dans sa résurrection et assomption, à l'égard de presque toute créature humaine. Ses parents même ne la connaissaient pas ; et les anges se demandaient souvent les uns aux autres : « Quae est ista ? Qui est celle-là ? » (Ct 6,10) parce que le Très-Haut la leur cachait ; ou, s'il leur en découvrait quelque chose, il leur en cachait infiniment davantage...
Que de choses grandes et cachées ce Dieu puissant a faites en cette créature admirable, comme elle est elle-même obligée de le dire, malgré son humilité profonde : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ». Le monde ne les connaît pas, parce qu'il en est incapable et indigne.
23 décembre - Férie de l'Avent : semaine avant Noël
Commentaire de l’Évangile
Saint Maxime de Turin ( ?-v. 420), évêque
Sermon 57, sur la naissance de Jean Baptiste, 1 ; PL 57, 647 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 488 rev.)
« Ta femme te donnera un fils... Tu seras dans la joie et l'allégresse, beaucoup d'hommes se réjouiront de sa naissance » (Lc 1,13-14)
D'avance Dieu avait destiné Jean Baptiste à venir proclamer la joie des hommes et l'allégresse des cieux. De sa bouche, le monde a entendu tomber les paroles admirables qui annonçaient la présence de notre Rédempteur, l'Agneau de Dieu (Jn 1,29). Alors que ses parents avaient perdu tout espoir d'obtenir une descendance, l'ange, messager d'un si grand mystère, l'a envoyé pour servir de témoin au Seigneur avant même de naître (Lc 1,41)...
Il a rempli d'une joie éternelle le sein de sa mère, quand elle le portait en elle... En effet, dans l'Évangile, on lit ces paroles qu'Élisabeth dit à Marie : « Lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » (Lc 1,43-44)... Tandis que, dans sa vieillesse, elle s'affligeait de ne pas avoir donné d'enfant à son mari, soudain elle a mis au monde un fils qui était aussi le messager du salut éternel pour le monde entier. Et un messager tel que, dès avant sa naissance, il a exercé le privilège de son ministère futur quand il a répandu son esprit prophétique par les paroles de sa mère.
Puis, par la puissance du nom que l'ange lui avait donné d'avance, il a ouvert la bouche de son père fermée par l'incrédulité (Lc 1,13.20). Lorsqu'en effet Zacharie était devenu muet, ce n'était pas pour le rester mais pour recouvrer divinement l'usage de la parole et confirmer par un signe venu du ciel que son fils était un prophète. Or, l'Évangile dit de Jean : « Cet homme n'était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage pour que tous croient par lui » (Jn 1,7-8). Il n'était certes pas la Lumière, mais il était tout entier dans la lumière, celui qui a mérité de rendre témoignage à la Lumière véritable.
ou
Liturgie byzantine
Lucernaire des Grandes Vêpres de la fête de la Nativité de Jean Baptiste (trad. Chevetogne)
« Il parlait et il bénissait Dieu »
Par sa naissance, saint Jean
mit fin au silence de Zacharie :
désormais ne pouvait plus se taire
celui qui engendra la Voix criant dans le désert (Mt 3, 3)
et annonçant d'avance la venue du Christ.
Mais comme l'incrédulité à son sujet
avait enchaîné la langue du père tout d'abord,
sa manifestation lui redonne la liberté ;
ainsi fut annoncée, puis enfantée
la Voix du Verbe, le Précurseur de la Clarté,
qui intercède pour nos âmes.
En ce jour la Voix du Verbe délie
la voix paternelle enchaînée par son manque de foi ;
de l'Église elle manifeste la fécondité,
faisant cesser la maternelle stérilité.
Devant la lumière s'avance le chandelier,
du Soleil de justice voici le reflet (Ml 3, 20),
le rayon qui annonce sa venue
pour l'universelle restauration
et le salut de nos âmes.
Voici que s'avance, d'un sein stérile,
le Messager du Verbe divin
qui lui-même devait naître d'un sein virginal,
de tous les fils de femme le plus grand (Mt 11, 11),
le Prophète qui n'a pas d'égal ;
car les choses divines ont besoin d'un début merveilleux,
que ce soit la fécondité d'un âge avancé (Lc 1, 7)
ou que sans semence s'opère la conception.
Dieu qui fais des merveilles pour notre salut, gloire à toi...
Apôtre universel,
objet de l'annonce de Gabriel (Lc 1, 36),
rejeton de la Stérile et plus beau fleuron du désert,
ami intime de l'Époux (Jn 3, 29),
prophète digne d'acclamation,
prie le Christ de prendre nos âmes en pitié.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Homélie à Kiev, 24/06/2001 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
« Son nom est Jean »
« Le Seigneur m'a appelé dès le sein maternel, dès les entrailles de ma mère il a prononcé mon nom » (Is 49,1). Nous célébrons aujourd'hui la naissance de saint Jean Baptiste. Les paroles du prophète Isaïe s'adaptent bien à cette grande figure biblique qui se situe entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Dans la longue file des prophètes et des justes d'Israël, Jean « le Baptiseur » a été placé par la Providence de Dieu immédiatement avant le Messie, pour lui préparer la voie à travers la prédication et le témoignage de vie…
« Tu m’as choisi dès le ventre de la mère » (Ps 70,6). Aujourd'hui, nous pouvons faire nôtre cette exclamation. Dieu nous a connus et aimés avant même que nos yeux puissent contempler les merveilles de la création. En naissant, chaque homme reçoit un nom humain. Mais avant même cela, il possède un nom divin : le nom par lequel Dieu le Père le connaît et l'aime depuis toujours et pour toujours. Il en est ainsi pour tous, sans exclusion. Aucun homme n'est anonyme pour Dieu ! Tous possèdent une valeur égale à ses yeux : ils sont tous différents, mais tous égaux, tous appelés à être des fils dans le Fils.
« Son nom est Jean. » Zacharie confirme à sa parenté émerveillée le nom de son fils, en l'écrivant sur une tablette. Dieu lui-même, par l'intermédiaire de son ange, avait indiqué ce nom, qui en hébreu signifie « Dieu est favorable ». Dieu est favorable à l'homme : il veut qu'il vive, il veut son salut. Dieu est favorable à son peuple : il veut en faire une bénédiction pour toutes les nations de la terre. Dieu est favorable à l'humanité : il la guide sur le chemin vers la terre où règnent la paix et la justice. Tout cela est inscrit dans ce nom : Jean.
ou
Homélie attribuée à saint Grégoire le Thaumaturge (v. 213 – v. 270), évêque
Homélie sur la sainte Théophanie, 4 ; PG 10, 1181 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 31)
« Il parlait et il bénissait Dieu »
[Jean Baptiste disait : ] En ta présence, Seigneur Jésus, je ne peux pas me taire, car « je suis la voix, et la voix de celui qui crie à travers le désert : préparez le chemin du Seigneur. C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » (Mt 3,3.14)
Moi, quand je suis né, j'ai effacé la stérilité de celle qui m'enfantait ; et quand j'étais un tout nouveau-né, j'ai porté remède au mutisme de mon père en recevant de toi la grâce de ce miracle. Mais toi, né de la Vierge Marie de la manière que tu as voulue et que tu es seul à connaître, tu n'as pas effacé sa virginité, tu l'as protégée en lui ajoutant le titre de mère ; ni sa virginité n'a empêché ton enfantement, ni ton enfantement n'a souillé sa virginité. Ces deux réalités incompatibles, l'enfantement et la virginité, se sont rejointes en une harmonie unique, ce qui est à la portée du Créateur de la nature.
Moi, qui suis un homme, je ne fais que participer à la grâce divine ; mais toi, tu es à la fois Dieu et homme, parce que tu es par nature l'ami des hommes (cf Sg 1,6).
ou
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les hérésies III, 10, 1 (trad. Cerf 1984, p. 301 ; cf SC 211)
« Sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu »
À propos de Jean le Baptiste, nous lisons chez Luc : « Il sera grand devant le Seigneur, et il ramènera beaucoup des fils d'Israël au Seigneur leur Dieu, et lui-même marchera devant lui dans l'esprit et la puissance d'Élie, afin de préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé » (1,15-17). Pour qui donc a-t-il préparé un peuple, et devant quel Seigneur a-t-il été grand ? Sans aucun doute devant Celui qui a dit que Jean avait quelque chose de « plus qu'un prophète » et que « personne d'entre les enfants des femmes n'était plus grand que Jean Baptiste » (Mt 11,9.11). Car il préparait un peuple en annonçant d'avance à ses compagnons de servitude la venue du Seigneur et en leur prêchant la pénitence, afin que, lorsque le Seigneur serait présent, ils soient tous en état de recevoir son pardon, pour être revenus à Celui auquel ils s'étaient rendus étrangers par leurs péchés...
Oui, « dans sa miséricorde », Dieu « nous a visités, Soleil levant venu d'en haut ; il a brillé pour ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort, et il a dirigé nos pas sur le chemin de la paix » (Lc 1,78-79). C'est en ces termes que Zacharie, délivré du mutisme qu'il s'était attiré par son incrédulité et rempli d'un Esprit nouveau, bénissait Dieu d'une manière nouvelle. Car tout était dorénavant nouveau, du fait que le Verbe, par un processus nouveau, venait d'accomplir 1e dessein de sa venue dans la chair, afin que l'homme, qui s'en était allé hors de Dieu, soit réintégré par lui dans l'amitié de Dieu. Et c'est pourquoi cet homme apprenait à honorer Dieu d'une manière nouvelle.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 293, 6ème pour la Nativité de Jean Baptiste, 1 (trad. cf bréviaire 24/06)
« Tous disaient : Que sera donc cet enfant ? »
Quelle sera la gloire du juge, si la gloire du héraut est si grande ? Quel sera celui qui doit venir comme la voie (Jn 14,6), si tel est celui qui prépare la voie ? (Mt 3,3)... L'Église considère la naissance de Jean comme particulièrement sacrée ; on ne trouve aucun des saints qui nous ont précédés dont nous célébrons solennellement la naissance, nous ne célébrons que celle de Jean et celle du Christ... Jean naît d'une vieille femme stérile ; le Christ naît d'une jeune fille vierge. L'âge des parents n'était plus favorable à la naissance de Jean ; la naissance du Christ a lieu sans l'union des sexes. L'un est prédit par un ange ; l'autre conçu par la voix de l'ange... La naissance de Jean rencontre l'incrédulité, et son père devient muet ; Marie croit à celle du Christ, et elle le conçoit par la foi...
Jean apparaît donc comme une frontière placée entre les deux Testaments, l'Ancien et le Nouveau. Qu'il forme une sorte de frontière, le Seigneur lui-même l'atteste lorsqu'il dit : « La Loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean » (Lc 16,16). Jean représente donc à la fois ce qui est ancien, comme ce qui est nouveau. Parce qu'il représente les temps anciens, il naît de deux vieillards ; parce qu'il représente les temps nouveaux, il se révèle prophète dès le sein de sa mère (Lc 1,41)... Il apparaît déjà comme le précurseur du Christ, avant même qu'ils se voient. Ces choses-là sont divines et elles dépassent la capacité de la faiblesse humaine.
Enfin sa naissance a lieu, il reçoit son nom, et la langue de son père est déliée. Il faut rattacher ces événements à leur symbolisme profond.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 293, 3 ; PL38, 1327
« Sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu »
Enfin Jean naît, il reçoit son nom, et voici que la langue de son père est déliée... Rapprochez cet événement de la réalité profonde qu'il symbolise et contemplez un grand mystère : Zacharie se tait et demeure muet jusqu'à la naissance de Jean, le précurseur du Seigneur, qui lui ouvre la bouche. Que signifie ce silence de Zacharie, sinon le voile qui s'étendait sur les prophéties et en quelque sorte les cachait et les scellait avant l'annonce de la Bonne Nouvelle du Christ ? À son avènement elles se découvrent ; elles deviennent claires lorsque vient celui dont elles parlaient.
La naissance de Jean donc délie la langue de Zacharie. Cet événement a le même sens que le déchirement du voile du Temple au moment de la mort du Christ en croix (Mt 27,51). Si Jean n'avait pas annoncé la venue d'un autre, la bouche de Zacharie ne se serait pas ouverte ; sa langue se délie parce que la naissance de son fils est la naissance de la voix. Jean ne dira-t-il pas plus tard : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert » ? (Jn 1,23)
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Homélie pour la nativité de Jean Baptiste ; Sermon 293,3 (trad. bréviaire)
« Sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia : ... il bénissait Dieu »
Zacharie se tait et perd la parole jusqu'à la naissance de Jean, précurseur du Seigneur, qui lui rend la parole. Que signifie le silence de Zacharie sinon que la prophétie a disparu, et qu'avant l'annonce du Christ, elle est comme cachée et close ? Elle s'ouvre à son avènement, elle devient claire pour l'arrivée de celui qui était prophétisé. La parole rendue à Zacharie à la naissance de Jean correspond au voile déchiré à la mort de Jésus sur la croix (Mt 27,51). Si Jean s'était annoncé lui-même, la bouche de Zacharie ne se serait pas rouverte.
La parole lui est rendue à cause de la naissance de celui qui est la voix ; car on demandait à Jean, qui annonçait déjà le Seigneur : « Toi, qui es-tu ? » Et il répondit : « Je suis la voix qui crie dans le désert ». La voix, c'est Jean, tandis que le Seigneur est la Parole : « Au commencement était le Verbe ». Jean, c'est la voix pour un temps ; le Christ, c'est le Verbe au commencement, c'est le Verbe éternel.
ou
Saint Augustin (354-430)
évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon pour la naissance de Jean Baptiste ; PLS 2, 497 (Le mystère de Noël, coll. Icthus, Lettres chrétiennes, t. 8; trad. F. Quéré-Jaulmes; éd. Le Centurion-Grasset 1963, p. 47-49)
« Que sera donc cet enfant ? »
Quelle merveille ! Le messager naît avant celui qui le fait venir au monde. Jean est bien la voix, et Jésus le Verbe, la Parole de Dieu (Mt 3,3 ; Jn 1,1). (…) La parole naît d'abord dans l'esprit, puis elle suscite la voix qui l'énonce ; la voix s'exprime par les lèvres et fait connaître la parole à ceux qui l'écoutent. Ainsi le Christ est resté en son Père, par qui Jean a été créé comme toute chose, mais Jean est sorti d'une mère et a donné à tous les hommes de connaître le Christ. Celui-ci était le Verbe, dès le commencement, avant que le monde existe ; Jean a été, à la fin, la voix qui a précédé la venue du Verbe. La parole naît de la pensée ; la voix sort du silence.
Ainsi en enfantant le Christ, Marie croit, tandis qu'avant d'engendrer Jean, Zacharie est frappé de mutisme. L'un sort d'une jeunesse en fleur, l'autre naît d'une vieille femme affaiblie. La Parole habite le cœur de celui qui pense ; la voix expire dans l'oreille de celui qui écoute. Peut-être même est-ce le sens de ce mot de Jean : « Il faut qu'il grandisse et que moi je diminue » (Jn 3,30). Car les prédictions de la Loi et des prophètes, parues avant le Christ comme une voix avant le Verbe, ont continué jusqu'à Jean, en qui cessent les dernières préfigurations. Ensuite, la grâce de l'Évangile et l'annonce du Royaume des cieux qui ne connaîtra pas de fin portent du fruit et croissent sur la terre entière.
24 décembre : Nativité du Seigneur Jésus-Christ (messe de la nuit)
Commentaire de l’Évangile
Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906), carmélite
Poésie 86 (Œuvres Complètes; Éd. Le Cerf 1996; p.1014)
J'ai vu briller l'étoile lumineuse
J'ai vu briller l'étoile lumineuse
Qui m'indiquait le berceau de mon Roi
Et dans la nuit calme et mystérieuse
Elle semblait s'orienter vers moi.
Puis j'entendis, pleine de charme,
La voix de l'Ange qui me dit :
« Recueille-toi, c'est en ton âme
Que le mystère est accompli.
Jésus, Splendeur du Père,
En toi s'est incarné.
Avec la Vierge Mère
Étreins ton Bien Aimé,
Il est à toi. »
ou
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159), moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale IV, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, éd. du Cerf, Paris 1960, p. 127-129, rev.)
La lumière a lui dans les ténèbres
Dans l’enfantement de Marie, les cieux se sont réjouis et la terre a exulté ; l’enfer même, ébranlé, fut épouvanté. Dans leur joie, les cieux ont donné l’étoile étincelante et la glorieuse armée des anges qui chante cette louange : « Gloire à Dieu dans les hauteurs, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » (Lc 2,14) Dans son allégresse, la terre a donné les bergers qui glorifient et les mages qui adorent en offrant leurs présents : l’or, l’encens et la myrrhe. (...)
Songe que la nuit a répandu la lumière dans les ténèbres et que, au lieu d’obscurité, elle a fourni une lumière éclatante. Cette nuit a donné la lumière avant que le soleil ne se lève, lumière qui, par son éclat extraordinaire, éclipse la splendeur du soleil. C’est de cette nuit que le psalmiste dit : « la nuit sera pour moi lumière dans mes délices. » Puis, tourné vers le Seigneur, il poursuit en disant : « Pour toi, les ténèbres ne seront pas obscures, et la nuit sera lumineuse comme le jour. Pour lui, les ténèbres sont comme la lumière. » (Ps 138(139),11-12 LXX) (...)
Recevant l’Emmanuel nouveau-né, Marie contempla une lumière incomparablement plus belle que le soleil, elle ressentit un feu que les eaux ne pouvaient éteindre. Elle reçut dans l’enveloppe du corps qu’elle avait enfanté la splendeur qui illumine toutes choses, et elle mérita de porter dans ses bras le Verbe qui porte l’univers.
ou
Saint Bonaventure (1221-1274)
franciscain, docteur de l'Église
L'Arbre de Vie, ch I, §4 (Œuvres spirituelles, t. III, Sté S. François d'Assise, 1932, pp.70-71)
Jésus né de Marie
Sous le règne de César Auguste, tandis que le silencieux repos d'une paix universelle rassérénait les temps jusqu’alors troublés, et permettait à ce prince d'édicter le dénombrement de l'univers entier, il arriva par les soins de la divine Providence que Joseph, l'époux de la Vierge, conduisit la jeune femme de race royale, qui allait devenir mère, en la ville de Bethléem. Et voici que neuf mois après sa conception, le « roi pacifique » (cf 1 Ch 22,9), mis au jour sans aucune altération de sa mère comme il avait été conçu sans qu'aucune part fût laissée à la volupté, s'avança hors du sein virginal, comme « l'époux sortant de la chambre nuptiale » (Ps 18,6). Bien que puissant et riche, il choisit par amour pour nous de devenir petit et pauvre (cf 2 Co 8,9), de naître hors de sa maison dans une hôtellerie, d'être enveloppé de pauvres langes, nourri de lait virginal et couché dans une crèche entre un bœuf et un âne. C'est alors que se leva pour nous le jour de la rédemption nouvelle, de la réparation des anciens jours et de la félicité éternelle : c'est alors que par le monde entier les cieux devinrent doux comme le miel.
Aussi, embrasse maintenant, ô mon âme, cette divine crèche, afin d'appliquer tes lèvres sur les pieds de l'Enfant et de redoubler tes baisers. Puis repasse en ton esprit la veille des bergers, admire l'armée des Anges qui accourt, prends part aux mélodies célestes et chante de bouche et de cœur : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre, paix, bienveillance aux hommes ».
ou
Saint Raphaël Arnaiz Baron (1911-1938), moine trappiste espagnol
Écrits spirituels, 27/12/1936 (trad. Cerf 2008, p. 278)
« Je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple »
Il fait très froid sur terre. Les cieux sont brodés d’étoiles qui se devinent seulement sur le fond bleu foncé de la voûte céleste inondée de ténèbres. Sur la terre, une des plus petites étoiles de l’immense système planétaire, sont en train de se produire cette nuit des prodiges qui étonnent les anges… : un Dieu qui, par amour pour l’homme, descend humilié dans la chair mortelle, et naît d’une femme dans une des étoiles les plus petites, une des plus froides, sur la terre…
Les hommes ont aussi de la glace dans leur cœur. Personne n’accourt assister au miracle de la naissance de Dieu. Le monde entier se réduit seulement à une femme appelée Marie, à un homme aux yeux bleus, qui s’appelle Joseph, et à un enfant nouveau-né, qui, enveloppé dans des langes, ouvre ses yeux pour la première fois sous le souffle chaud d’un âne et d’un bœuf, reposant sur une poignée de paille que la pauvreté de Joseph, la sollicitude et l’amour de Marie lui ont procurée. Le monde entier dort, inconscient, dans le lourd sommeil de la chair. Il fait très froid cette nuit-là sur la terre de Juda. Les étoiles brodées dans les cieux sont les yeux des anges qui chantent « Gloire à Dieu dans les hauteurs ! », chant entonné pour Dieu, et entendu par quelques bergers qui surveillent leurs troupeaux et accourent adorer, avec leur âme d’enfant, Jésus qui vient de naître. C’est la première leçon de l’amour de Dieu…
Bien que mon âme n’ait ni la chasteté de Joseph ni l’amour de Marie, j’ai offert au Seigneur mon absolue pauvreté de tout, mon âme vide. Si je ne lui ai pas entonné des hymnes comme les anges, j’ai essayé de lui chanter quelques refrains de bergers, la chanson du pauvre, de celui qui n’a rien ; la chanson de celui qui ne peut offrir à Dieu que misères et faiblesses. Mais qu’importe, car les misères et les faiblesses offertes à Jésus avec un cœur vraiment amoureux sont acceptées par lui comme si elles étaient des vertus. Grande, immense est la miséricorde de Dieu ! Ma chair mortelle n’entend pas les louanges du ciel, mais mon âme devine que, aujourd’hui aussi comme alors, les anges regardent étonnés la terre, et entonnent le « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur terre aux hommes de bonne volonté ! »
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Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Premier sermon pour la Vigile de Noël
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime »
Cieux, prêtez l'oreille ! Terre, écoute avec attention ! Que toute créature, que l'homme surtout soit transporté d'admiration et éclate en louanges : « Jésus Christ, le Fils de Dieu, naît à Bethléem de Juda »... Quelle plus douce nouvelle pourrait-on annoncer à la terre ?... A-t-on jamais rien entendu de pareil, le monde a-t-il jamais rien appris de semblable ? « À Bethléem de Juda naît Jésus Christ, le Fils de Dieu. » Quelques petites paroles pour exprimer l'abaissement du Verbe, la Parole de Dieu devenue un tout-petit, mais quelle douceur dans ces paroles !... « Jésus Christ, le Fils de Dieu, naît à Bethléem. » Naissance d'une sainteté incomparable : honneur du monde entier, réjouissance de tous les hommes à cause du bien immense qu'elle leur apporte, étonnement des anges à cause de la profondeur de ce mystère d'une nouveauté sans pareil (cf Ep 3,10)...
« Jésus Christ, le Fils de Dieu, naît à Bethléem de Judée. » Vous qui êtes couchés dans la poussière, réveillez-vous et louez Dieu ! Voici le Seigneur qui vient avec le salut, voici la venue de l'Oint du Seigneur, son Messie, le voici qui vient dans sa gloire... Heureux celui qui se sent attiré par lui et qui « court à l'odeur de ses parfums » (Ct 1,4 LXX) : il verra « la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique » (Jn 1,14).
Vous donc qui êtes perdus, respirez ! Jésus vient sauver ce qui avait péri. Vous les malades, revenez à la santé : le Christ vient étendre le baume de sa miséricorde sur la plaie de vos cœurs. Tressaillez de joie, vous tous qui éprouvez de grands désirs : le Fils de Dieu descend vers vous pour faire de vous des cohéritiers de son Royaume (Rm 8,17). Oui, Seigneur, je t'en prie, guéris-moi et je serai guéri ; sauve-moi et je serai sauvé (Jr 7,14) ; glorifie-moi et je serai vraiment dans la gloire. Oui, « que mon âme bénisse le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom » (Ps 102,1)... Le Fils de Dieu se fait homme pour faire des hommes des enfants de Dieu.
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Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque
Sermon sur la Nativité, passim ; PG 46, 1128 (trad. coll. Icthus, vol. 8, p. 163s)
« Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David »
Frères, avertis du miracle, comme Moïse allons voir cette chose extraordinaire (Ex 3, 3) : en Marie, le buisson embrasé ne se consume pas ; la Vierge enfante la Lumière sans subir d'atteinte... Courons donc à Bethléem, le bourg de la Bonne Nouvelle ! Si nous sommes de vrais bergers, si nous demeurons éveillés en notre garde, c'est à nous que s'adresse la voix des anges qui annoncent une grande joie... : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, car la paix descend sur la terre ! » Là où, hier, il n'y avait plus que malédiction, théâtres de guerre et exil, voici que la terre reçoit la paix, car aujourd'hui « la vérité sort de la terre et la justice vient du ciel » (Ps 85, 12). Voilà le fruit que la terre donne aux hommes, en récompense de la bonne volonté qui règne chez les hommes (Lc 2, 14). Dieu s'unit à l'homme pour élever l'homme jusqu'à la hauteur de Dieu.
À cette nouvelle, frères, partons pour Bethléem afin de contempler... le mystère de la crèche : un petit enfant enveloppé de langes repose dans une mangeoire. Vierge après son enfantement, la Mère incorruptible embrasse son fils. Avec les bergers répétons la parole du prophète : « Ce qu'on nous avait annoncé, nous l'avons vu dans la cité de notre Dieu » (Ps 47, 9).
Mais pourquoi est-ce que le Seigneur cherche refuge dans cette grotte de Bethléem ? Pourquoi dormir dans une mangeoire ? Pourquoi se mêler au recensement d'Israël ? Frères, celui qui apporte au monde la libération vient naître dans notre esclavage à la mort. Il naît dans cette grotte pour se montrer aux hommes plongés dans les ténèbres et l'ombre de la mort. Il est couché dans une mangeoire parce que il est Celui qui fait croître l'herbe pour le bétail (Ps 103, 14), c'est lui le Pain de Vie qui nourrit l'homme d'un aliment spirituel pour qu'il vive lui aussi dans l'Esprit... Quelle fête plus heureuse que celle d'aujourd'hui ? Christ, Soleil de justice (Ml 3, 20), vient éclairer notre nuit. Ce qui était tombé se relève, ce qui était vaincu est libéré..., ce qui était mort revient à la vie... Aujourd'hui, chantons tous d'une seule voix, sur toute la terre : « Par un homme, Adam, était venu la mort ; par l'homme, aujourd'hui vient le salut » (cf Rm 5, 17).
ou
Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque et docteur de l'Église
Discours pour la neuvaine de Noël, n° 10 (trad. Eds. Saint Paul 1993, p. 133s rev.)
« Je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple »
« Je vous annonce une grande joie. » Telles sont les paroles de l'ange aux bergers de Bethléem. Je vous les redis aujourd'hui, âmes fidèles : je vous apporte une nouvelle qui doit vous causer une grande joie. Pour de pauvres exilés, condamnés à mort, peut-il y avoir plus heureuse nouvelle que celle de l'apparition de leur Sauveur, venu non seulement les délivrer de la mort, mais leur obtenir le retour dans la patrie ? C'est précisément ce que je vous annonce : « Un Sauveur vous est né »...
Quand un monarque fait sa première entrée dans une ville de son royaume, on lui rend les plus grands honneurs ; que de décors, que d'arcs de triomphe ! Prépare-toi donc, ô heureuse Bethléem, à recevoir dignement ton Roi... Sache, te dit le prophète (Mi 5,1), que parmi toutes les cités de la terre, tu es la plus favorisée, puisque c'est toi que le Roi du ciel a choisie pour lieu de sa naissance ici-bas, afin de régner ensuite non pas seulement sur la Judée, mais sur les cœurs des hommes en tous lieux... Qu'auront dit les anges en voyant la Mère de Dieu entrer dans une grotte pour y enfanter le Roi des rois ! Les enfants des princes viennent au monde dans des appartements étincelants d'or... ; ils sont entourés des plus hauts dignitaires du royaume. Le Roi du ciel, lui, veut naître dans une étable froide et sans feu ; pour se couvrir, il n'a que de pauvres lambeaux ; pour reposer ses membres, qu'une mangeoire misérable avec un peu de paille...
Ah ! La seule considération de la naissance de Jésus Christ et des circonstances qui l'accompagnèrent, devrait nous embraser d'amour ; et les seuls mots de grotte, de mangeoire, de paille, de lait, de vagissements, replaçant devant nos yeux l'Enfant de Bethléem, devraient être pour nous autant de flèches enflammées blessant d'amour tous nos cœurs. Heureuse grotte, mangeoire, paille ! Mais bien plus heureuses les âmes qui chérissent avec ferveur et tendresse ce Seigneur tant digne d'amour et qui, brûlant de charité ardente, le reçoivent dans la sainte communion. Avec quel élan, avec quelle joie Jésus vient reposer dans l'âme qui l'aime vraiment !
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Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
5e Sermon pour la Vigile de Noël
« La gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière »
La nuit enveloppait le monde entier avant que se lève la lumière véritable, avant la naissance du Christ ; la nuit régnait aussi en chacun de nous, avant notre conversion et notre régénération intérieure. N'était-ce pas la nuit la plus profonde, les ténèbres les plus épaisses sur la face de la terre quand nos pères honoraient des faux dieux ? ... Et une autre nuit sombre n'était-t-elle pas en nous quand nous vivions sans Dieu en ce monde, suivant nos passions et les attraits de ce monde, faisant des choses dont nous rougissons aujourd'hui comme d'autant d'œuvres de ténèbres ? ...
Mais maintenant vous êtes sortis de votre sommeil, vous vous êtes sanctifiés, devenus enfants de la lumière, enfants du jour, et non plus des ténèbres et de la nuit (1Th 5,5)... « Demain vous verrez la majesté de Dieu en vous. » Aujourd'hui, le Fils s'est fait pour nous justice venue de Dieu ; demain, il se manifestera comme notre vie, pour que nous paraissions avec lui dans la gloire. Aujourd'hui un petit enfant est né pour nous, pour nous empêcher de nous élever dans la vaine gloire et, en nous convertissant, pour devenir comme de petits enfants (Mt 18,3). Demain il va se montrer en sa grandeur pour nous pousser à la louange et pour que nous aussi nous puissions être glorifiés et loués lorsque Dieu décernera à chacun sa gloire... « Nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est » (1Jn 3,2). Aujourd'hui, en effet, nous ne le voyons pas en lui-même, mais comme en un miroir (1Co 13,12) ; maintenant il reçoit ce qui relève de nous. Mais demain nous le verrons en nous, lorsqu'il nous donnera ce qui relève de lui, quand il se montrera tel qu'il est en lui-même et nous prendra pour nous élever jusqu'à lui.
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Julien de Vézelay (v. 1080-v. 1160), moine bénédictin
1er sermon pour Noël (trad. SC 192, p. 45s ; cf Delhougne, Le Pères commentent)
« Tu as fait resplendir cette nuit des clartés de la vraie lumière » (Prière d'ouverture de la messe)
« Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit était au milieu de son cours rapide. Alors ta Parole toute-puissante, Seigneur, est venue de ton trône royal » (Sg 18,14-15). Ce texte de l'Écriture désigne le temps très saint où la Parole toute-puissante de Dieu est venue jusqu'à nous pour nous parler de notre salut. Partant du secret le plus intime du Père, elle est descendue dans le sein d'une mère... La Parole de Dieu vient donc à nous de son trône royal ; elle s'abaisse pour nous élever ; elle s'appauvrit pour nous enrichir ; elle se fait homme pour nous diviniser.
Cette Parole avait dit : Que le monde soit, et le monde a été fait ; elle avait dit : Que l'homme soit, et l'homme a été fait. Mais ce qu'elle avait créé, la Parole ne l'a pas recréé aussi facilement. Elle a créé par son commandement, mais elle a recréé par sa mort. Elle a créé en commandant, mais elle a recréé en souffrant. « Vous m'avez donné bien de la peine », dit-elle (cf Ml 2,17). L'univers, dans toute sa complexité, ne m'a donné aucune peine pour l'organiser et le gouverner, car « je déploie ma vigueur d'un bout du monde à l'autre et je gouverne l'univers avec douceur » (Sg 8,1). Seul l'homme, violateur de ma loi, m'a donné de la peine, avec ses péchés. C'est pourquoi, venant du trône céleste, je n'ai pas refusé de me renfermer dans le sein d'une vierge et de m'unir en une seule personne avec l'humanité déchue. Dès ma naissance on m'enveloppe de langes, on me couche dans une mangeoire parce qu'il n'y a pas de place à l'auberge pour le Créateur du monde...
Toutes choses étaient plongées au milieu du silence, c'est-à-dire entre les prophètes qui ne parlaient plus et les apôtres qui parleront plus tard... Que la parole du Seigneur vienne encore maintenant vers ceux qui font silence. Écoutons ce que le Seigneur nous dit au fond de nous-mêmes. Que les mouvements et les cris malencontreux de notre chair se taisent, que les images désordonnées de notre spectacle intérieur fassent silence, pour que nos oreilles attentives écoutent librement ce que dit l'Esprit, pour qu'elles écoutent la voix qui est au-dessus du firmament.
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Saint Jean XXIII (1881-1963), pape
Journal de l'âme (trad. Cerf 1964, p. 191-192)
« Couché dans une mangeoire »
Demain doit être un jour de grand recueillement et de grande ferveur. Jésus est proche, il est sur le point de sortir du sein maternel. Il a déjà fait entendre sa voix pleine d'amour : « Voici que je viens ! » (Ap 16,15) Et moi, je dois me préparer avec une attention spéciale à sa venue, car j'en espère des avantages immenses. J'ai de grandes choses à lui communiquer, et il a, lui, de grands et innombrables bienfaits à me donner. Demain, mon esprit et mon cœur doivent rester au calme toute la journée devant le tabernacle, transformé ces jours-ci en étable de Bethléem. « Viens, bon Jésus, viens et ne tarde pas ! »...
La nuit est déjà avancée, les étoiles scintillent dans le froid du ciel. De la ville, des voix bruyantes et des cris parviennent à mes oreilles. Ce sont les jouisseurs de ce monde qui fêtent dans les excès la pauvreté du Sauveur. Et moi, je veille, en pensant au mystère de Bethléem. Viens, Seigneur Jésus, je t'attends.
Marie et Joseph, repoussés par les habitants et sentant le moment arrivé, partent dans la campagne à la recherche d'un abri. Moi, je ne suis qu'un pauvre berger, je n'ai qu'une pauvre étable, une petite mangeoire et un peu de paille. Je vous offre tout, ayez la bonté d'accepter cette pauvre cabane. Hâte-toi, Jésus, voici mon cœur pour toi. Mon âme est pauvre et vide de vertus, la paille de mes nombreuses imperfections te piquera... ; mais que veux-tu, Seigneur ? C'est tout ce que je possède. Ta pauvreté m'émeut, m'attendrit, m'arrache des larmes. Mais je ne vois rien de mieux à t'offrir. Jésus, orne mon âme de ta présence, de tes grâces, brûle la paille et change-la en une couche sous ton corps très saint...
Jésus, je t'attends... Ils te laissent geler ; viens dans mon cœur. Je ne suis qu'un petit pauvre, je te réchaufferai de mon mieux ; au moins, je veux que tu te réjouisses du désir que j'ai de t'aimer beaucoup.
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Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
4ème sermon pour la nuit de Noël, §6
Le trésor caché
Aujourd'hui, les merveilles abondent, les richesses se multiplient, car le trésor est ouvert : celle qui enfante est mère et vierge, celui qui est enfanté est Dieu et homme... Ce trésor, il faut le cacher dans un champ (Mt 13,44) : que le mariage de la mère cache aux yeux du monde sa conception virginale, que les pleurs du nouveau-né dérobent aux regards des hommes cet enfantement sans douleur. Cachez, ô Marie, oui, cachez la splendeur de ce soleil levant ! (Lc 1,78) Couchez votre enfant dans une mangeoire ; enveloppez-le de langes, car ces langes sont toute notre richesse. Les langes du Sauveur sont plus précieux que la pourpre ; sa crèche est plus glorieuse que les trônes dorés des rois ; la pauvreté du Christ surpasse en valeur toute fortune et tout trésor.
Y a-t-il en effet richesse plus précieuse que cette humilité qui nous permet de gagner le Royaume des cieux et d'acquérir la grâce divine ? Il est écrit : « Heureux les pauvres en esprit car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,3) et l'apôtre affirme : « Dieu résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles » (Jc 4,6). Voyez combien l'humilité nous est recommandée dans la naissance de ce Sauveur. En venant dans le monde, il s'est anéanti lui-même ; il a pris la forme de serviteur, et son apparence est celle d'un homme (Ph 2,7).
Mais voulez-vous voir des richesses encore plus précieuses et une gloire plus grande encore ? ... « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). Les richesses de notre salut et de sa gloire, ce sont le sang précieux qui nous rachète et la croix du Seigneur.
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Thomas de Celano (v. 1190-v. 1260), biographe de St François et de Ste Claire
Vita prima, 84-86
Saint François à la première crèche de Noël
Une quinzaine de jours avant Noël, François dit ... : « Je veux évoquer le souvenir de l'Enfant qui est né à Bethléem et de tous les désagréments qu'il a enduré dès son enfance. Je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu'il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un bœuf et un âne »...
Le jour de joie arriva ... On convoqua les frères de plusieurs couvents des environs. L'âme en fête, les gens du pays, hommes et femmes, préparèrent, chacun selon ses possibilités, des torches et des cierges pour rendre lumineuse cette nuit qui vit se lever l'Étoile étincelante qui éclaire tous les siècles. En arrivant, le saint vit que tout était prêt et se réjouit beaucoup. On avait apporté une mangeoire et du foin ; on avait amené un âne et un bœuf. Là vraiment la simplicité était à l'honneur, c'était le triomphe de la pauvreté, la meilleure leçon d'humilité ; Greccio était devenu un nouveau Bethléem. La nuit se fit aussi lumineuse que le jour (Ps 138,12) et aussi délicieuse pour les animaux que pour les hommes. Les foules accoururent, et ce renouvellement du mystère raviva leur joie. Les bois retentissaient de chants ; les montagnes en répercutaient les échos. Les frères chantaient les louanges du Seigneur, et toute la nuit se passa dans la joie. Le saint passa la veillée debout devant la crèche, brisé de compassion, rempli d'une joie indicible. Enfin on célébra la messe sur la mangeoire comme autel, et le prêtre ressentit une piété jamais éprouvée jusqu'alors.
François revêtit la dalmatique, car il était diacre, et chanta l'Évangile d'une voix sonore... Il prêcha ensuite au peuple et trouva des mots doux comme le miel pour parler de la naissance du pauvre Roi et de la petite ville de Bethléem.
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Liturgie byzantine
Vêpres du 20 décembre (trad. cf Guéranger, L'Année liturgique, 3e mardi Avent)
Bethléem, prépare-toi, il vient !
Bethléem, prépare-toi : les portes de l'Éden s'ouvrent pour tous. Réjouis-toi, Éphrata (Mi 5,1), car dans la grotte la Vierge fait fleurir l'arbre de vie... Le Christ s'approche pour nous servir ; il prend, lui, le Créateur, la forme de l'œuvre de ses mains. Riche de sa divinité et plein de miséricorde, il apporte au malheureux Adam une création et une naissance nouvelles. Il incline les cieux, et du sein de la Vierge il s'approche de nous, revêtu de notre chair. Il va naître dans la grotte de Bethléem, selon les Écritures ; il va paraître comme un enfant, lui qui donne la vie aux enfants dans le sein de leur mère.
Allons à sa rencontre ; allons à Bethléem dans la joie et l'âme en fête. Le Seigneur...vient chez lui comme un étranger ; accueillons-le afin de devenir les hôtes de son paradis et d'y demeurer par la miséricorde de celui qui naît dans l'étable. Déjà s'ouvrent à nous les portiques de l'Incarnation du Verbe de Dieu.
Cieux, soyez dans la joie ! Anges, tressaillez d'allégresse ! Que la terre et ceux qui l'habitent se livrent à la joie avec les bergers et les mages ! La Vierge Marie s'avance, portant un vase d'albâtre plein de parfum ; elle l'apporte dans la grotte, afin d'embaumer nos âmes de son parfum dans l'Esprit Saint. Accourez, puissances des anges ! Vous qui habitez Bethléem, préparez la crèche, car le Christ est en chemin, la Sagesse s'avance. Fidèles, recevez donc nos vœux ; peuples, disons pour réjouir la Mère de Dieu : « Béni soit celui qui vient, notre Dieu ! » (Mt 21,9) Le Christ notre Dieu va paraître au grand jour ; il ne tardera pas. Il va naître d'une Vierge immaculée ; bientôt il reposera dans la grotte... Mène le chœur, Isaïe, annonce le Verbe de Dieu, prophétise-nous comment le buisson de la Vierge est en feu sans se consumer (Ex 3,2)... L'astre mystérieux qui s'arrête au-dessus de l'étable désigne l'Auteur de la vie, le Seigneur qui vient sauver tous les hommes.