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25 décembre : Solennité de la Nativité du Seigneur (messe du jour)
Commentaire de l’Évangile
Saint Grégoire de Nazianze (330-390)
évêque et docteur de l'Église
Oraison 7,23 ; 38,16-18 (Le corps mystique du Christ, E. Mersch, Desclée de Brouwer, 1936, p. 441-442)
Honore la petite Bethléem, qui t’a conduit au ciel
Il faut que je sois enseveli avec le Christ, que je ressuscite avec lui, que j’hérite avec lui du ciel, que je devienne fils de Dieu. Voilà ce qu’est pour nous le grand mystère, voilà ce qu’est pour nous le Dieu incarné, devenu pauvre pour nous.
Il est venu relever la chair, sauver son image, réparer l’homme. Il est venu nous faire parfaitement un dans le Christ, dans le Christ qui est venu parfaitement et complètement en nous, pour mettre en nous tout ce qu’il est. Il n’y a plus ni juif ni païen, il n’y a plus ni esclave n homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, caractéristiques de la chair : il n’y a plus que la divine image que nous portons tous en nous, selon laquelle nous avons été créés, qu’il faut former et imprimer en nous, si fort qu’elle suffise à nous faire connaître.
Que de fêtes pour moi, en chacun des mystères du Christ ! Leur résumé à tous, c’est ma perfection, ma restauration, mon retour à l’innocence du premier Adam. Célèbre donc la nativité, qui a délié les liens de ta nativité ; honore la petite Bethléem, qui t’a conduit au ciel ; adore la crèche, par laquelle, privé de raison que tu étais, tu as été nourri par le Verbe. Cours avec l’étoile ; avec les mages, offre tes présents : l’or, l’encens, la myrrhe, au roi, au Dieu et à l’homme qui est mort pour toi. Glorifie Dieu avec les pasteurs ; avec les anges, chante des hymnes, et mêle-toi au chœur des archanges.
ou
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)
moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale III, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, éd. du Cerf, Paris 1960, p. 93-95, rev.)
« Et le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14)
Le Christ est venu du Père, il est venu du Verbe, il est venu de l’Esprit Saint, puisque toute la Trinité a opéré sa conception et son incarnation. Car venir du sommet de la Trinité, ce ne fut rien d’autre qu’être conçu et incarné sous l’action de cette même Trinité. C’est pourquoi il est dit : « Du sommet du ciel il prend son départ. » (cf. Ps 18,7)
Le Fils unique, (...) engendré du Père dans l’éternité, est sorti de sa mère engendré dans le temps ; demeurant invisible auprès du Père, il a vécu visible parmi les hommes. Pour lui, sortir du Père, ce fut entrer dans notre histoire, apparaître visiblement, et devenir ce qu’il n’était pas naturellement du fait de sa relation avec le Père. Mais chose admirable ! il est venu de celui dont il ne s’éloignait pas, sortant de celui en qui il demeurait, de sorte qu’il demeurait également aussi entier dans l’éternité qu’entier dans le temps. On le trouvait entier dans le Père en même temps qu’entier dans la Vierge, entier dans sa majesté et dans celle de son Père en même temps qu’entier dans notre humanité.
Si tu recherches comment, une comparaison te fera comprendre la vérité. La parole d’abord engendrée par le cœur passe toute entière dans la voix, de telle sorte qu’elle arrive parfaitement aux autres et qu’elle demeure néanmoins entière dans le cœur. De même, le Verbe de bonté, jailli du cœur du Père, est sorti au-dehors sans quitter le Père.
ou
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159), moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale IV, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, éd. du Cerf, Paris 1960, p. 111-113, rev.)
Le Fils de Dieu a visité les fils d’Adam
Par une admirable condescendance, par un amour étonnant et incroyable, Dieu est descendu dans un corps et ayant pris chair il a visité les fils d’Adam. (...)
Le Fils de Dieu est donc devenu le Fils de l’homme, si bien que dans l’unité de la personne il était à la fois Dieu et homme : Dieu engendré de la substance du Père avant les siècles, et homme né de la substance de sa mère au cours des siècles. Il a bondi, géant à la double nature, pour chanter en paroles mélodieuses et en accents très harmonieux sur la cithare de notre corps, pour produire des sons très doux sur l’instrument formé par notre chair, pour faire retentir comme une musique d’une ineffable harmonie afin de faire se dresser les pierres, d’ébranler les arbres, d’entraîner les bêtes sauvages et de conduire dans les hauteurs les hommes délivrés de leur chair. En effet, par la douceur de cette musique admirable, des pierres il a suscité des fils d’Abraham, et les arbres des forêts, c'est-à-dire les cœurs des païens, il les a mis en mouvement vers la foi. Les bêtes féroces aussi, c'est-à-dire les passions sauvages et la rude barbarie, il les a dressées selon les bonnes mœurs ; et des hommes tirés d’entre les hommes, il les a établis au rang des dieux.
C’est donc à bon droit que (...) les chants retentissent jusqu’aux extrémités de la terre.
ou
Vénérable Pie XII, pape de 1939 à 1958
Encyclique « Mystici Corporis Christi » (trad. © Libreria Editrice Vaticana, rev.)
Et le Verbe s'est fait chair
C’est dès avant l’origine du monde que le Fils unique de Dieu nous a embrassés de sa connaissance éternelle et infinie et de son amour sans fin. Et c’est afin de manifester cet amour d’une manière visible et vraiment admirable qu’il s’est uni notre nature dans l’unité de sa personne ; faisant ainsi - comme le remarquait avec une certaine candeur Maxime de Turin - que « dans le Christ, c’est notre propre chair qui nous aime ».
Une telle connaissance toute aimante dont le divin Sauveur nous a poursuivis dès le premier instant de son Incarnation dépasse l’effort le plus ardent de tout esprit humain : par la vision bienheureuse dont Il jouissait déjà, à peine conçu dans le sein de sa divine Mère, Il se rend constamment et perpétuellement présents tous les membres de son Corps mystique et il les embrasse de son amour rédempteur.
Ô admirable condescendance envers nous de la divine tendresse ! Et dessein inconcevable de l’immense charité ! Dans la crèche, sur la Croix, dans la gloire éternelle du Père, le Christ connaît et se tient unis tous les membres de son Église, d’une façon infiniment plus claire et plus aimante qu’une mère ne fait de son enfant pressé sur son sein, et que chacun ne se connaît et ne s’aime soi-même.
ou
Saint Ephrem (v. 306-373), diacre en Syrie, docteur de l'Église
Hymnes 5 et 6 sur la Nativité ; SC 459 (trad. cf SC p. 124s)
« Marie retenait tous ces événements et les méditait en son cœur » (Lc 2,19)
En des paroles sublimes,
Brûlante d’amour,
Marie le berçait elle aussi :
« Qui donc m’a donné, à moi la solitaire,
De concevoir et d’enfanter
Celui qui est l’unique et le multiple,
Le tout-petit et le Très-Grand ?
Il est tout entier près de moi,
Et tout entier près de tout l’univers.
Le jour où Gabriel lui-même
Est entré dans ma pauvre maison,
Il m’a rendue soudain
Noble dame autant que servante :
Car j’étais la servante de ta divinité (Lc 1,38),
Mais je suis la mère aussi
De ton humanité,
Mon Seigneur et mon fils !
La servante tout à coup
Est devenue fille de roi,
Par toi, Fils de roi !
À cause de toi, fils de David,
Voici que la plus humble
Dans la maison de David,
Voici qu’une fille de la terre
Parvient jusqu’au ciel,
Par celui qui est du ciel !
Quelle merveille pour moi !
Près de moi repose
Ce nouveau-né, l’Ancien des jours ! (Dn 7,9)
Il fixe son regard sur le ciel tout entier,
Alors que sans répit
Ses lèvres balbutient.
Comme il me ressemble !
Alors qu’avec Dieu
Il parle en silence !
Qui a jamais vu
Un nouveau-né regarder
En tout lieu toutes choses ?
Son regard fait comprendre
Que c’est lui qui dirige
Toute la création de haut en bas.
Son regard fait comprendre
Qu’il commande en maître
À tout l’univers.
Comment ouvrirai-je
Une source de lait
Pour toi, la Source ?
Comment donnerai-je
De la nourriture
À toi qui nourris tout être
De ta table ?
Comment te couvrir de langes,
Toi qui es revêtu de splendeur ? (Ps 103,2)
Ma bouche ne sait pas
Comment te nommer,
Ô Fils du Dieu vivant ! (Mt 16,16)
Si j’ose t’appeler
Fils de Joseph,
Je tremble car tu n’es pas de sa semence…
Bien que tu sois le Fils de l’Unique
Désormais je t’appellerai
Le fils d’un grand nombre,
Car à toi ne suffisent pas
Des milliers de noms :
Tu es fils de Dieu, mais aussi fils de l’homme (Mc 1,1 ; 8,31)
Et puis, fils de Joseph (Lc 3,23)
Et fils de David (Lc 20,41)
Et fils de Marie (Mc 6,3).
ou
Pape Benoît XVI
Homélie du 25/12/05 (© Libreria Editrice Vaticana)
« Aujourd'hui je t'ai engendré »
En Jésus Christ, le Fils de Dieu, Dieu lui-même s'est fait homme. C'est à lui que le Père dit : « Tu es mon fils » (Ps 2,7). L'aujourd'hui éternel de Dieu est descendu dans l'aujourd'hui éphémère du monde et il entraîne notre aujourd'hui passager dans l'aujourd'hui éternel de Dieu.
Dieu est si grand qu'il peut se faire petit. Dieu est si puissant qu'il peut se faire faible et venir à notre rencontre comme un enfant sans défense, afin que nous puissions l'aimer. Dieu est bon au point de renoncer à sa splendeur divine et descendre dans l'étable, afin que nous puissions le trouver et pour que, ainsi, sa bonté nous touche aussi, qu'elle se communique à nous et continue à agir par notre intermédiaire.
C'est cela Noël : « Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ». Dieu est devenu l'un de nous, afin que nous puissions être avec lui, devenir semblables à lui. Il a choisi comme signe l'Enfant dans la crèche : Dieu, il est ainsi ; de cette façon nous apprenons à le connaître. Et sur chaque enfant resplendit quelque chose du rayon de cet aujourd'hui, de la proximité de Dieu que nous devons aimer et à laquelle nous devons nous soumettre –- sur chaque enfant, même sur celui qui n'est pas encore né.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Homélie pour la Nativité du Christ, 2,6 ; PG 31, 1459 (trad. cf Orval)
La naissance du sauveur, mort de la mort
Dieu sur terre, Dieu parmi les hommes ! Ce n'est plus celui qui donne sa Loi au milieu des éclairs, au son de la trompette sur la montagne fumante, au sein de l'obscurité d'un orage terrifiant (Ex 19,18), mais celui qui s'entretient avec douceur et bonté, dans un corps humain, avec ses frères. Dieu dans notre chair ! Ce n'est plus celui qui n'agit que par moments, comme chez les prophètes, mais celui qui assume pleinement la nature humaine et qui, par sa chair qui est notre chair, élève à lui toute l'humanité.
Comment la lumière est-elle venue en tous par un seul ? De quelle manière la divinité est-elle dans la chair ? Comme le feu dans le fer... : tout en demeurant à sa place, le feu communique au fer sa propre ardeur ; il n'est pas du tout diminué par cela mais il remplit entièrement le fer auquel il se communique. De la même manière Dieu, le Verbe qui « a demeuré parmi nous », n'est pas sorti hors de lui-même ; le Verbe qui s'est fait chair ne s'est pas soumis au changement ; le ciel n'a pas été privé de celui qui le contenait et la terre a accueilli celui qui est dans les cieux...
Entre pleinement dans ce mystère : Dieu est venu dans la chair afin de tuer la mort qui s'y cachait. De même que les médicaments nous guérissent lorsqu'ils sont assimilés par le corps, de même que l'obscurité qui règne dans une maison est dissipée quand la lumière y entre, ainsi la mort qui nous tenait en son pouvoir a été anéantie par la venue de notre Dieu. De même que la glace formée pendant la nuit fond sous la chaleur des rayons du soleil, ainsi la mort a régné jusqu'à l'avènement du Christ. Mais lorsque le Soleil de justice s'est levé (Ml 3,20), « la mort a été engloutie dans la victoire » (1 Co 15,54), elle ne pouvait pas supporter cette présence de la vraie vie... Rendons gloire avec les bergers, dansons en chœur avec les anges, « car aujourd'hui nous est né un Sauveur, qui est le Messie, le Seigneur » (Lc 2,11)... Fêtons le salut du monde, le jour de la naissance de toute l'humanité.
ou
Saint Grégoire de Nazianze (330-390), évêque, docteur de l'Église
Sermon n° 38, pour la Nativité ; PG 36, 311s (trad. coll. Icthus, vol 8, p. 143s rev.)
« Toi qui as merveilleusement créé l'homme, tu as plus merveilleusement encore rétabli sa dignité » (Collecte)
Jésus Christ est né, rendez-lui gloire ! Christ est descendu du ciel, courez vers lui ! Christ est sur la terre, exaltez-le ! « Chantez au Seigneur, terre entière. Joie dans le ciel ; terre, exulte de joie ! » (Ps 96, 1.11) Du ciel, il vient habiter parmi les hommes ; tressaillez de crainte et de joie : de crainte à cause du péché, de joie à cause de notre espérance. Aujourd'hui, les ombres se dissipent et la lumière se lève sur le monde ; comme autrefois dans l'Egypte frappée de ténèbres, aujourd'hui une colonne de feu illumine Israël. Ô peuple qui étais assis dans les ténèbres de l'ignorance, aujourd'hui contemple cette immense lumière de la vraie connaissance car « le monde ancien a disparu, toute chose est nouvelle » (2Co 5, 17). La lettre recule, l'esprit triomphe (Rm 7, 6) ; la préfiguration passe, la vérité apparaît (Col 2, 17).
Celui qui nous a donné l'existence veut aussi nous combler de bonheur ; ce bonheur que le péché nous avait fait perdre, l'incarnation du Fils nous le rend... Telle est cette solennité : nous saluons aujourd'hui l'avènement de Dieu parmi les hommes afin que nous puissions, non pas parvenir, mais revenir auprès de Dieu ; afin que nous nous dépouillions du vieil homme et que nous revêtions l'Homme nouveau (Col 3, 9); afin que, morts en Adam, nous vivions dans le Christ (1Co 15, 22)... Célébrons donc ce jour, remplis d'une joie divine, non pas mondaine, mais une vraie joie céleste. Quelle fête, ce mystère du Christ ! Il est mon achèvement, ma nouvelle naissance.
ou
Saint Léon le Grand ( ?-v. 461), pape et docteur de l'Église
1er sermon pour la Nativité du Seigneur ; PL 59,190 (trad. cf SC 22 bis, p. 67s, bréviaire et Orval)
« Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous »
Notre Sauveur, frères bien-aimés, est né aujourd'hui : réjouissons-nous ! Il n'est pas permis d'être triste en ce jour où naît la vie. Ce jour détruit la crainte de la mort et nous comble de la joie que donne la promesse de l'éternité. Personne n'est tenu à l'écart de cette allégresse ; un seul et même motif de joie est commun à tous. Car notre Seigneur, en venant détruire le péché et la mort..., est venu libérer tous les hommes. Que le saint exulte, car il approche de la victoire. Que le pécheur se réjouisse, car il est invité au pardon. Que le païen prenne courage, car il est appelé à la vie. En effet, quand est venue la plénitude des temps fixée par la profondeur insondable du plan divin, le Fils de Dieu a épousé notre nature humaine pour la réconcilier avec son Créateur...
Le Verbe, la Parole de Dieu, qui est Dieu, Fils de Dieu, « qui était auprès de Dieu au commencement, par qui tout a été fait et sans qui rien n'a été fait », est devenu homme pour délivrer l'homme d'une mort éternelle. Il s'est abaissé pour prendre notre humble condition sans que sa majesté en soit diminuée. Demeurant ce qu'il était et assumant ce qu'il n'était pas, il a uni notre condition d'esclave à sa condition d'égal de Dieu le Père... La majesté se revêt d'humilité, la force de faiblesse, l'éternité de mortalité : vrai Dieu et vrai homme, dans l'unité d'un seul Seigneur, « seul médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5)...
Rendons grâce donc, frères bien-aimés, à Dieu le Père, par son Fils, dans l'Esprit Saint. Car dans sa grande miséricorde et son amour pour nous, il nous a pris en pitié. « Alors que nous étions morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre par le Christ », voulant que nous soyons en lui une nouvelle création, une nouvelle œuvre de ses mains (Ep 2,4-5 ; 2Co 5,17)... Chrétien, prends conscience de ta dignité.
ou
Saint Basile (v. 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Homélie sur la naissance du Christ ; PG 31, 1471s (trad. Bouchet, Lectionnaire, p. 62)
« Nous avons vu sa gloire, la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique »
« En voyant l'étoile, les mages se sont réjouis d'une grande joie » (Mt 2,10). Aujourd'hui, nous aussi, accueillons cette grande joie en nos cœurs, joie que les anges annoncent aux bergers. Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd'hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu »...
Cette fête est commune à la création tout entière : les étoiles courent dans le ciel, les mages arrivent des pays païens, la terre reçoit dans une grotte. Il n'est rien qui ne contribue à cette fête, rien qui n'y vienne les mains pleines. Faisons éclater nous-mêmes un chant de joie... ; fêtons le salut du monde, le jour de la naissance de l'humanité. Aujourd'hui est abolie la condamnation qui frappait Adam. Que l'on ne dise plus jamais : « Tu es terre et tu retourneras à la terre » (Gn 3,19) mais : « Uni à celui qui descend du ciel, tu seras exalté dans le ciel »...
« Un enfant nous est né, un fils nous est donné, éternelle est sa puissance » (Is 9,5)... Quel abîme de bonté et d'amour pour les hommes ! Unis-toi donc à ceux qui, dans la joie, reçoivent leur Seigneur qui descend du ciel et qui adorent le Grand Dieu dans ce petit enfant. La puissance de Dieu se manifeste dans ce corps comme la lumière par les fenêtres, et resplendit aux yeux de ceux dont le cœur est pur (Mt 5,8). Avec eux, nous pourrons alors « le visage découvert, contempler comme en un miroir la gloire du Seigneur, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire » (2Co 3,18), par la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et son amour pour les hommes.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
1er sermon pour la Nativité (trad. Brésard, 2000 ans C ; cf SC 166, p. 167s)
« Voilà le signe qui vous est donné : un nouveau-né...couché dans une mangeoire » (Lc 2,12)
« Un petit enfant nous est né » (Is 9,5). Et le Dieu de majesté, s'anéantissant lui-même (Ph 2,7), s'est rendu semblable non seulement au corps terrestre d'un mortel, mais encore à l'âge tendre et faible des enfants... Ô sainte et douce enfance qui restitue à l'homme la véritable innocence ! Par toi tout âge peut revenir à une bienheureuse enfance (Mt 18,3) et devenir conforme à l'Enfant-Dieu, non par la petitesse de ses membres, mais par l'humilité du cœur et la douceur des mœurs...
Pour te servir d'exemple, Dieu a voulu, alors qu'il était le plus grand de tous, devenir le plus humble et le plus petit de tous. C'était peu pour lui de se rendre au-dessous des anges en prenant la condition de la nature mortelle ; il lui a fallu se faire plus petit que les hommes en prenant l'âge et la faiblesse d'un enfant. Que l'homme pieux et humble y prête attention, et qu'il s'en félicite. Que l'homme impie et orgueilleux y prête attention, et qu'il en soit confondu. Qu'ils voient le Dieu infini devenu enfant, un tout-petit qu'il faut adorer...
En cette première manifestation aux mortels, Dieu préfère se montrer sous les traits d'un petit enfant, apparaître plus aimable que redoutable. Ainsi, puisqu'il vient sauver et non juger, il montre pour l'instant ce qui pourrait susciter l'amour, et remet à plus tard ce qui pourrait inspirer la crainte. Approchons-nous donc avec confiance du trône de sa grâce (He 4,16), nous qui ne pouvons même pas penser sans trembler au trône de sa gloire. Ici, rien de terrible ni de sévère à redouter. Au contraire, tout est bonté et douceur pour t'inspirer confiance. Vraiment, rien de plus facile à apaiser que le cœur de cet enfant ; il devance tes offrandes de paix et de satisfaction, et le premier, il t'envoie des messagers de paix pour t'encourager à une réconciliation, à toi le coupable. Il te suffit de le vouloir, et de le vouloir vraiment et parfaitement. Non seulement il t'accordera son pardon, mais il te comblera de sa grâce. Bien plus, estimant que ce n'est pas un gain négligeable que d'avoir retrouvé la brebis perdue, il célébrera une fête avec ses anges (Lc 15,7).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
3ème sermon pour la Nativité ; SC 166 (trad. SC p. 187 rev.)
« Et le Verbe s'est fait chair »
« Un enfant est né pour nous » (Is 9,5). Oui, vraiment pour nous, car ce n'est ni pour lui, ni pour les anges. Non pas pour lui : cette naissance en effet ne lui donnait ni l'existence ni une existence meilleure, puisque, avant de naître dans le temps, il était de toute éternité et était pour lui-même son bonheur parfait, Dieu parfait né du Dieu parfait (cf Credo)... Étant Dieu né de Dieu pour lui-même, il est né petit enfant pour nous. En quelque sorte, il se quittait lui-même et franchissait d'un bond les anges pour venir jusqu'à nous et devenir l'un de nous. « S'anéantissant lui-même » et s'abaissant au-dessous des anges (Ph 2,7 ; He 2,7), il se faisait notre égal. Alors que par sa naissance éternelle, il était son propre bonheur et celui des anges, par sa naissance en ce monde pour nous, il s'est fait notre rédemption, car il nous voyait peiner seuls sous le défaut originel de notre propre naissance.
Jésus enfant, ta naissance est notre bonheur : qu'elle est digne de notre amour ! Elle redresse notre naissance à tous, restaure notre condition, fait disparaître notre blessure, déchire la sentence qui condamnait notre nature (Col 2,14). Désormais ceux qui s'affligeaient d'une naissance qui leur présageait de la peine peuvent renaître comblés de bonheur. Car « à tous ceux qui t'ont reçu tu as donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12)... Par ta nativité, toi à la fois Dieu et fils de l'homme ! Par elle « nous avons accès à cette grâce en laquelle nous sommes établis, et nous mettons notre fierté dans l'espérance de la gloire » des enfants de Dieu  (Rm 5,2). Quel admirable échange ! Assumant notre chair, tu nous fais don de ta divinité... ; vidé de toi-même, tu nous as comblés.
ou
Saint Romanos le Mélode ( ?-v. 560), compositeur d'hymnes
Hymne 13, la Nativité (trad. SC 110, p.143s. rev)
« Le Verbe était Dieu... Le Verbe s'est fait chair »
Écoutez, bergers, le son des trompettes... Le Verbe est enfanté, Dieu est manifesté au monde ! Et vous, filles de rois, entrez dans la joie de la Mère de Dieu (cf Ps 44,10). Peuples, disons : « Béni sois-tu, notre Dieu nouveau-né, gloire à toi ! »
La Vierge, qui ne connaît pas d'homme (Lc 1,34), a mis au monde la joie, la tristesse ancestrale a cessé. Aujourd'hui l'Incréé est enfanté, celui que le monde ne peut contenir entre dans le monde. Aujourd'hui, la joie s'est manifestée aux hommes ; aujourd'hui l'erreur est jetée dans l'abîme. Peuples, disons : « Béni sois-tu, notre Dieu nouveau-né, gloire à toi ! »
Bergers..., chantez le Maître qui est né à Bethléem..., celui qui rachète le monde. Voici que la malédiction d'Ève est rompue, grâce à celui qui est né de la Vierge... « Battons des mains avec des acclamations » (Ps 46,2) ; formons un chœur avec les anges. Le Seigneur est né de la Vierge Marie pour « relever ceux qui sont tombés et redresser ceux qui sont abattus » (Ps 144,14), ceux qui crient avec foi : « Béni sois-tu, notre Dieu nouveau-né, gloire à toi ! »...
L'auteur de la Loi s'est incarné sous la Loi (Ga 4,4), le Fils intemporel est né de la Vierge, le Créateur de l'univers est couché dans la crèche. Celui que le Père engendre éternellement, sans mère dans les cieux, est né de la Vierge, sans père sur la terre. Peuples, disons : « Béni sois-tu, notre Dieu nouveau-né, gloire à toi ! »
En vérité, la joie vient de naître dans l'étable. Aujourd'hui les chœurs angéliques se réjouissent ; toutes les nations célèbrent la Vierge immaculée ; notre ancêtre Adam danse de joie, car aujourd'hui est né le Sauveur. Peuples, disons : « Béni sois-tu, notre Dieu nouveau-né, gloire à toi ! »
ou
Saint Basile (v. 330-379)
moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église
Homélie sur la sainte génération du Christ, 2.6 ; PG 31, 1459s (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 172 rev.)
« Il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu »
Dieu sur terre, Dieu parmi les hommes ! Cette fois il ne promulgue pas sa Loi au milieu des éclairs, au son de la trompette, sur la montagne fumante, dans l'obscurité d'un orage terrifiant (Ex 19,16s), mais il s'entretient d'une façon douce et paisible, dans un corps humain, avec ses frères de race. Dieu dans la chair !... Comment la divinité peut-elle habiter la chair ? Comme le feu habite le fer, non pas en quittant le lieu où il brûle, mais en se communiquant. En effet, le feu ne se jette pas sur le fer, mais en demeurant à sa place, il lui communique sa puissance. En cela il n'est nullement diminué, mais il remplit entièrement le fer auquel il se communique. De la même manière, Dieu, le Verbe, qui « a habité parmi nous », n'est pas sorti de lui-même. « Le Verbe qui s'est fait chair » n'a pas été soumis au changement ; le ciel n'a pas été dépouillé de celui qu'il contenait, et pourtant la terre a accueilli dans son sein celui qui est dans les cieux.
Pénètre-toi de ce mystère : Dieu est dans la chair afin de tuer la mort qui s'y cache... « Quand la grâce de Dieu s'est manifestée pour notre salut » (Tt 2,11), quand « s'est levé le Soleil de justice » (Ml 3,20), « la mort a été engloutie dans la victoire » (1Co 15,54) parce qu'elle ne pouvait pas coexister avec la vie véritable. Ô profondeur de la bonté et de l'amour de Dieu pour les hommes ! Rendons gloire avec les bergers, dansons avec les chœurs des anges, car « aujourd'hui est né un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur » (Lc 2,11-12).
« Dieu, le Seigneur, nous illumine » (Ps 117,27), non sous son aspect de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous son aspect de serviteur, afin de conférer la liberté à ceux qui étaient condamnés à la servitude. Qui aurait le cœur assez endormi et assez indifférent pour ne pas se réjouir, exulter d'allégresse, rayonner de joie devant cet évènement ? C'est une fête commune à toute la création. Tous doivent y contribuer, nul ne doit se montrer ingrat. Nous aussi, élevons la voix pour chanter notre allégresse !
ou
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
2e sermon pour Noël, 2 ; PL 195, 226 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 322)
Le Sauveur du monde, couché dans une mangeoire
« Aujourd'hui nous est né le Sauveur du monde, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David » (Lc 2,11-12), qui est Bethléem. Nous devons donc y accourir comme les bergers l'ont fait lorsqu'ils ont entendu cette nouvelle... « Et ceci, dit l'ange, sera pour vous un signe : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et déposé dans une mangeoire » (Lc 2,12-13). Or, voici ce que je vous dis : vous devez aimer. Vous craignez le Seigneur des anges, mais aimez le petit enfant ; vous craignez le Seigneur de majesté, mais aimez ce petit emmailloté ; vous craignez celui qui règne dans le ciel, mais aimez celui qui est couché dans une mangeoire...
Mais qu'y a-t-il de remarquable à être emmailloté et couché dans une mangeoire ? Est-ce que les autres enfants ne sont pas emmaillotés aussi ? En quoi consiste donc ce signe ?... On pourrait dire bien des choses sur ce signe, mais...brièvement, Bethléem, qui veut dire « la maison du pain », c'est la sainte Église, où l'on distribue le corps du Christ, le vrai pain. La mangeoire de Bethléem, dans l'Église, c'est l'autel. C'est là que se nourrissent les familiers du Christ. Cet enveloppement de langes, c'est l'aspect extérieur des sacrements. Dans cette mangeoire, sous l'apparence du pain et du vin, il y a le vrai corps et le sang du Christ. Là, nous voyons qu'il y a le Christ en personne, mais enveloppé de langes, c'est-à-dire présent de façon invisible sous les sacrements. Nous n'avons pas de signe aussi grand et aussi évident de la naissance du Christ que le fait de consommer quotidiennement son corps et son sang au saint autel, et le fait que lui, qui est né pour nous d'une vierge une seule fois, nous le voyons chaque jour s'immoler pour nous.
Donc, mes frères, hâtons-nous vers la crèche du Seigneur. Autant que nous le pouvons, préparons-nous à cette approche par sa grâce, en tant qu'associés aux anges, « avec un cœur pur, une bonne conscience et une foi sincère » (2Co 6,6). Et nous chanterons au Seigneur par toute notre vie et notre comportement : « Gloire à Dieu dans les hauteurs, et sur la terre paix aux hommes, objet de sa bienveillance » (Lc 2,14).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
5e sermon pour Noël (trad. cf SC 166, p. 223-235)
« Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire »
Aujourd'hui, mes frères, c'est pour entendre la Parole de Dieu faite homme que vous vous êtes réunis. Voici que Dieu nous prépare mieux : aujourd'hui, il nous est donné non seulement d'entendre mais de voir la Parole de Dieu. Nous la verrons, si nous allons à Bethléem voir cette parole, cette nouvelle que le Seigneur a accomplie et qu'il nous montre... Il est plus difficile de croire ce qu'on entend sans le voir... Ainsi Dieu, qui s'accommode à notre faiblesse, après avoir rendu la Parole audible, la rend visible et même palpable aujourd'hui. Ainsi les premiers témoins du mystère ont pu affirmer : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, nous vous l'annonçons » (1Jn 1,1)...
S'il y a parmi nous quelque frère qui soit encore lent à croire, je ne veux pas lui fatiguer les oreilles plus longtemps de ma parole sans valeur. Qu'il aille lui aussi à Bethléem ! Qu'il contemple de ses yeux celui que les anges désirent voir (1P 1,12) : le Verbe de Dieu que le Seigneur nous montre. La Parole de Dieu « vivante et efficace » (He 4,12) repose dans une mangeoire. Si la foi éclaire l'œil qui contemple, y a-t-il un spectacle plus admirable ?... C'est une parole « fidèle et digne de toute confiance » (1Tm 1,15) que ta Parole toute-puissante, Seigneur. Descendue en une telle profondeur de silence, du haut de ta demeure royale (Sg 18,14-15), jusque dans une mangeoire, ta Parole nous parle mieux pour l'instant par son silence même...
Frères, vous aussi, vous trouverez aujourd'hui l'enfant, la Parole silencieuse, enveloppée de langes, posée sur la crèche de l'autel. Que la banalité de l'enveloppe ne trouble pas le regard de votre foi lorsque vous contemplerez le corps adorable sous les espèces du sacrement. Tout comme Marie l'a langé autrefois, la grâce et la sagesse de Dieu enveloppent encore aujourd'hui la majesté cachée de la Parole de Dieu.

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