Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

TEMPS DE NOËL. 27 DÉCEMBRE

33. SAINT JEAN APÔTRE, LE DISCIPLE AIMÉ DU SEIGNEUR

— La vocation de l’Apôtre, fidèle jusqu’au bout.

— Le Seigneur lui manifeste particulièrement sa prédilection et le charge de prendre soin de Sainte Marie.

— La pêche dans le lac, après la Résurrection. La foi et l’amour lui font deviner le Christ dans le lointain.

I. L’apôtre saint Jean était originaire de Bethsaïde, en Galilée, sur la rive nord du lac de Tibériade. Ses parents étaient Zébédée et Salomé, et son frère Jacques le Majeur. C’était une famille de pêcheurs aisés, qui, lorsqu’ils connurent le Seigneur, n’hésitèrent pas à se mettre à sa disposition : Jacques et Jean, à l’appel de Jésus, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, le suivirent[01]. Leur mère Salomé suivit aussi le Seigneur en mettant ses biens à son service, de la Galilée jusqu’à Jérusalem, et en l’accompagnant avec Marie jusqu’au Calvaire[02].

Jean avait d’abord été disciple de Jean-Baptiste quand il enseignait les foules sur les rives du Jourdain. Un jour Jésus passa, et le Précurseur le montra : Voici l’Agneau de Dieu. L’entendant parler ainsi ils suivirent Jésus et ils restèrent auprès de lui ce jour-là[03]. Jean n’oublia jamais cette rencontre. Il ne voulut rien nous dire de sa conversation avec le Maître, mais nous savons que depuis lors il ne l’abandonna jamais ; dans sa vieillesse, quand il écrit l’Évangile, il se souvient encore de l’heure de sa rencontre avec Jésus : c’était environ la dixième heure[04], quatre heures de l’après-midi.

Après cette première rencontre, le jeune homme retourna pêcher chez lui à Bethsaïde. Un peu plus tard quelques jours ou quelques semaines — le Seigneur, après l’avoir préparé lors de cette première rencontre, l’appelle définitivement à faire partie du groupe des Douze. Saint Jean était, de loin, le plus jeune des Apôtres ; il n’avait sans doute pas encore vingt ans quand il répondit à l’appel[05], d’un cœur entier, d’un amour exclusif et sans partage.

Chez quiconque tout autant que chez saint Jean, la vocation est ce qui donne un sens à tout dans la vie, jusqu’au plus petit détail, car c’est la vie entière qui est concernée par les plans du Seigneur. « La découverte de la vocation personnelle est le point le plus important de toute existence. Elle modifie tout sans rien changer ; de même qu’un paysage, sans changer, diffère avant et après le coucher du soleil, sous l’éclairage de la lune, ou quand il est plongé dans les ténèbres de la nuit. Chaque découverte ajoute de la beauté aux choses, et une lumière nouvelle engendre de nouvelles ombres ; une découverte prélude à la découverte de lumières nouvelles et à encore plus de beauté.[06] »

Tout d’un coup, la vie de Jean commence à dépendre exclusivement de son Seigneur et il trouve tout le sens de sa vie dans sa fidélité. Il n’oppose aucune résistance à l’appel, et il saura rester au Calvaire, alors que tous les autres ont disparu. Telle doit être notre vie, car, même si le Seigneur lance parfois des appels particuliers, toute sa prédication comporte une vocation, une invitation à le suivre dans une vie nouvelle, dont il possède le secret : si quelqu’un veut venir à ma suite…[07].

Oui, le Seigneur nous a tous choisis[08], parfois avec une vocation spécifique, pour le suivre, l’imiter et continuer l’œuvre de sa Rédemption. Que peut-il attendre de plus qu’une fidélité joyeuse et ferme, comme celle de Jean, même dans les moments les plus difficiles ?

II. Nous fêtons aujourd’hui saint Jean, celui qui reposa sur la poitrine du Seigneur au cours de la dernière Cène. Heureux l’apôtre à qui furent révélés les secrets du Royaume et qui transmit la parole de vie à toute la terre ![09]

Tout autant que saint Pierre, saint Jean reçut du Seigneur des marques particulières d’amitié et de confiance. L’évangéliste se cite discrètement lui-même comme le disciple que Jésus aimait[10]. Cela montre bien que Jésus éprouva une affection spéciale pour lui. Il raconte aussi, quand Jésus leur annonçait, au moment solennel de la dernière Cène, la trahison de l’un d’eux, qu’il n’hésite pas à lui demander, la tête appuyée contre sa poitrine, qui va le trahir[11]. La marque suprême de confiance dans le disciple aimé, ce sera lorsque, du haut de la Croix, le Seigneur lui confiera l’amour le plus grand qu’il eut sur la terre : sa très sainte Mère. Dans la vie de Jean, le moment où Jésus l’appela pour le suivre en quittant tout fut important, mais maintenant, au Calvaire, il reçoit la mission la plus délicate et la plus précieuse : prendre soin de la Mère de Dieu.

Voyant sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voici ta mère ». À partir de cette heure, le disciple la prit chez lui[12]. La vierge pourra parler à Jean comme à personne d’autre de tout ce qu’elle gardait dans son cœur[13].

Aujourd’hui, le jour de sa fête, nous contemplons le disciple que Jésus aimait, avec une sainte envie pour ce don immense qu’il reçut du Seigneur. Ne devons-nous pas le remercier d’avoir si affectueusement veillé sur Marie jusqu’à la fin de sa vie sur la terre ?

Nous tous, les chrétiens que Jean représente, nous sommes aussi les fils de Marie, et nous apprenons de lui à la traiter avec une confiance totale. « Le disciple bien-aimé de Jésus, reçoit Marie, l’introduit dans sa maison, dans sa vie. Les auteurs spirituels ont discerné dans ces paroles que nous rapporte le saint Évangile, une invitation adressée à tous les chrétiens, pour qu’eux aussi mettent Marie dans leur vie. En un sens, ces précisions sont presque superflues : il est bien évident que Marie désire que nous l’invoquions, que nous nous approchions d’elle avec confiance, que nous en appelions à son sens maternel, en la priant de se montrer notre Mère.[14] »

Il n’est pas difficile d’imaginer l’influence indescriptible que la vierge exerça sur l’âme du jeune apôtre. On s’en fait une idée en se rappelant par exemple ces périodes de notre vie — maintenant peut-être — où nous avons eu personnellement recours à la Mère de Dieu et où nous l’avons fréquentée de manière plus intense…

III. Peu de jours après la Résurrection, certains des disciples se trouvent près du lac de Tibériade, en Galilée, comme le leur a dit Jésus ressuscité[15], et ils s’adonnent de nouveau à leur métier de pêcheurs, Jean et Pierre parmi eux. Sans prévenir, le Seigneur va à la rencontre des siens. Le récit ne laisse rien dans l’ombre de cette scène intime, Jésus avec ses disciples qui, malgré tout, lui sont restés fidèles. « Il passe à côté de ses Apôtres, à côté de ces âmes qui se sont données à lui : et ils ne s’en rendent pas compte. Combien de fois le Christ se trouve-t-il, non pas près de nous, mais en nous ; et nous menons une vie si terrestre ! (…) Ce qu’ils ont entendu en tant d’occasions de la bouche même du Maître revient à l’esprit des disciples : pêcheurs d’hommes, apôtres. Et ils comprennent que tout est possible, parce que c’est lui qui dirige la pêche. »

« Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : c’est le Seigneur ! L’amour, l’amour le voit de loin ! L’amour est le premier à percevoir ces délicatesses. Et l’apôtre adolescent, de toute l’affection qu’il ressent pour Jésus qu’il aime de toute la pureté et la tendresse d’un cœur innocent, s’écrie : « c’est le Seigneur ! »

« À ces mots : C’est le Seigneur ! Simon-Pierre mit son vêtement — car il était nu — et se jeta à l’eau. Pierre, c’est la foi ! Et il se jette à la mer, plein d’une ardeur merveilleuse. Avec l’amour de Jean et la foi de Pierre, jusqu’où n’irons-nous pas ?[16] »

C’est le Seigneur ! Ce cri sortira aussi de nos cœurs au milieu du travail, dans le repos, dans la maladie, dans les relations avec ceux qui partagent notre existence. Saint Jean va nous apprendre à voir le visage de Jésus au milieu des innombrables réalités quotidiennes, car il est très près de nous, il est le seul qui puisse donner un sens plénier à ce que nous faisons.

À côté de ses écrits inspirés par Dieu, nous connaissons par la tradition des détails qui confirment le souci de Jean de maintenir la pureté de la foi et la fidélité au commandement de l’amour fraternel[17]. Saint Jérôme le raconte : quand il était très vieux, il répétait continuellement aux disciples qui le conduisaient aux réunions :

« Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres ». On l’interrogea un jour sur cette insistance à répéter toujours la même chose… et saint Jean répondit : « C’est le commandement du Seigneur et, si on lui obéit, cela suffit.[18] »

Nous demandons aujourd’hui à saint Jean beaucoup de choses, et d’abord que les jeunes cherchent le Christ, qu’ils le trouvent et qu’ils aient la générosité de suivre son appel.

Quelle meilleure demande que son intercession pour être fidèles au Seigneur comme lui l’a été. Que nous ayons pour le successeur de Pierre, l’évêque de Rome, le Souverain Pontife, l’amour et le respect qu’il a manifesté, lui, au premier vicaire du Christ sur la terre. Qu’il nous apprenne à traiter Marie, Mère de Dieu et notre Mère, avec davantage d’affection et de confiance. Nous lui demandons que ceux qui nous entourent découvrent eux aussi que nous sommes des disciples de Jésus par la manière dont nous les traitons…

Dieu qui as dévoilé pour nous les mystères de ton Verbe grâce à ton apôtre saint Jean, rends-nous capables de comprendre et d’aimer les merveilles qu’il nous a fait connaître[19].

[01] Mc 1, 20.
[02] Mc 15, 40-41.
[03] Jn 1, 35-39.
[04] J n 1, 3 9.
[05] Cf. Saints Évangiles, Université de Navarre, 1983, p. 1094.
[06]
F. Suarez, Marie de Nazareth, p. 61.
[07] Mt 16, 24.
[08] Cf. Rom 1, 7 ; 2 Cor 1, 1.
[09] Antienne de la messe.
[10] Cf. Jn 13, 23 ; 19, 26 ; etc.
[11] Jn 13, 23.
[12]
Jn 19, 26-27.
[13]
Cf. Lc 2, 51.
[14] Saint Josémaria Escriva,
Quand le Christ passe, 140.
[15] Cf. Mt 28, 7.
[16] Saint Josémaria Escriva,
Amis de Dieu, 265-266.
[17] Cf. Saints Évangiles, Université de Navarre,
1983, p. 1101.
[18] Saint Jérôme, Commentaire aux Galates, 3, 6 .
[19]Collecte de la messe.

 

TEMPS DE NOËL. 28 DÉCEMBRE

34. LE MARTYRE DES INNOCENTS

— La douleur, une réalité dans la vie. Peut-on la sanctifier ?

— La croix de chaque jour, pourquoi ?

— Compatir aux difficultés et aux souffrances de nos frères, les aider à les supporter.

I. Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, fut pris d’une violente fureur et envoya tuer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages[01].

Il n’y a pas d’explication à la souffrance, et encore moins à celle des innocents. Le récit de saint Matthieu que nous lisons dans l’Évangile de la messe d’aujourd’hui, présente justement une souffrance, à première vue inutile et injuste, celle d’enfants, de tout petits en plus, qui donnent leurs vies pour une Personne et pour une vérité qu’ils ne connaissent même pas ! La plupart du temps la souffrance scandalise, elle se dresse comme un mur immense qui empêche de voir Dieu et son amour infini pour les hommes. Pourquoi ce Dieu tout-puissant n’empêche-t-il pas tant de souffrance apparemment inutile ?

La douleur est un mystère. Et cependant, la foi fait découvrir dans l’obscurité de la souffrance, personnelle ou d’autrui, une intention divine, la main amoureuse et sage de Dieu. Ce Père en sait davantage que nous, il voit plus loin que nous. Essayons aujourd’hui de comprendre les paroles de saint Paul aux premiers chrétiens de Rome : toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu[02], même celles qui nous sont douloureusement inexplicables ou incompréhensibles…

D’abord, il faut du temps pour comprendre que le bonheur et le bien authentiques ne résident pas toujours dans ce dont nous rêvons et que nous souhaitons. Il est difficile de voir les événements dans leur perspective réelle. Nous voyons une très petite partie de la vraie réalité, nous ne voyons que la réalité d’ici-bas, immédiate, sensible, matérielle. L’homme a spontanément tendance à considérer l’existence sur terre comme l’existence définitive, et le temps ici-bas comme le moment où les désirs de bonheur éternel du cœur devraient être assouvis, rassasiés.

« Aujourd’hui, vingt siècles après, nous continuons à nous émouvoir en pensant à ces enfants égorgés et à leurs parents. Le passage de ces enfants sur la terre ne fut pas long ; ils connurent tout de suite dans l’autre monde celui pour qui ils étaient morts, comment ils l’avaient sauvé, et la gloire qui les attendait. La douleur des parents dura plus longtemps, mais quand ils moururent, ils comprirent aussi que Dieu, qui avait des dettes envers eux, les paie généreusement. Les uns et les autres souffrirent pour sauver Dieu de la mort…[03] »

La douleur se présente sous des aspects bien différents et personne ne l’aime spontanément. Bien au contraire, la nature fuit sans délibérer tout ce qui l’altère. Cependant, Jésus proclame bienheureux[04] ceux qui pleurent, c’est-à-dire ceux qui rencontrent la croix : celle de la maladie, de l’incapacité, de la douleur physique, de la pauvreté, de la diffamation, de l’injustice… Car la foi est une lumière qui transforme la douleur ; à côté du Christ, elle devient même une caresse de Dieu, elle acquiert une grande valeur et une mystérieuse fécondité.

Les enfants de Bethléem ont été rachetés d’entre les hommes comme prémices pour Dieu et pour l’Agneau. Tel est leur secret : ils suivent l’Agneau partout où il va[05].

II. Quelles que soient les tentatives pour évacuer du christianisme la présence de la Croix et le réduire à une religion facile, sans complications, il demeure toujours un point essentiel : la Croix, la douleur et la souffrance, furent les moyens dont le Seigneur se servit librement pour nous racheter. Bien sûr, il aurait pu se servir d’autres moyens ! Or il a voulu nous racheter précisément par la Croix. Depuis lors, la douleur prend un sens nouveau, que l’on ne peut comprendre qu’à côté de lui…

Le Fils de Dieu, en effet, n’a pas modifié les lois de la création : il a voulu être un homme comme nous. Alors qu’il aurait pu supprimer la souffrance, il ne se l’épargna pas à lui-même. Il nourrit miraculeusement des foules entières, mais lui accepta de connaître la faim. Il partagea nos fatigues et nos peines. L’âme de Jésus connut même toutes les amertumes : l’indifférence, l’ingratitude, la trahison, la calomnie, la douleur morale à un degré extrême en se chargeant des péchés de l’humanité, la mort infamante sur la croix. Ses adversaires étaient étonnés de cette conduite incompréhensible : il en a sauvé d’autres, disaient-ils sur un ton railleur, et il ne peut se sauver lui-même[06].

Après la Résurrection, les apôtres seront envoyés au monde entier pour faire connaître les bienfaits de la Croix. Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ?[07] explique le Seigneur lui-même aux disciples d’Emmaüs.

Le Seigneur qui guérit, nourrit et ressuscite les morts, veut que nous évitions la douleur inutile, que nous luttions contre la maladie, que nous employions toutes les ressources possibles de la médecine ; mais il veut aussi que nous donnions un sens rédempteur et de purification à la souffrance et à la douleur. Même à celles qui nous paraissent injustes ou disproportionnées. Cette doctrine remplira de joie saint Paul dans sa prison, et il le dira aux premiers chrétiens d’Asie Mineure : En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église[08].

Celui qui souffre en cette vie à cause de son orgueil blessé, de l’envie, de la jalousie…, ne peut guère se sanctifier par la douleur. Que de souffrances inventées par soi-même ! Il y a des croix qui ne sont pas celle de Jésus, celles qui apparaissent justement quand nous nous éloignons de lui. Des croix lourdes et stériles. Demandons-nous donc aujourd’hui dans notre prière si c’est vraiment la Croix du Seigneur que nous portons avec générosité, si ce n’est pas une croix subjective, imaginaire, exagérée…

Une Croix authentique sera souvent faite de petites contrariétés dans le travail, dans les rapports avec les autres, d’imprévus, d’incompatibilités de caractère, de plans qu’il faut changer à la dernière minute, d’instruments de travail qui s’abîment au moment où nous en avons le plus besoin, de difficultés nées du froid, de la chaleur, de malaises physiques… voilà un chapelet de douleurs, petites ou grandes, qui peut-être accepté, offert au Seigneur, et qui alors apporte la paix et la sérénité. Quand on ne l’accepte pas, l’âme perd son harmonie, elle passe par des révoltes intimes qui se manifestent à l’extérieur par la tristesse ou la mauvaise humeur.

Il y a un autre chemin, une voie royale : porter avec décision la petite Croix de chaque jour, voir la douleur comme un moyen envoyé par Dieu pour purifier la vie passée, pour développer les vertus, pour s’unir aux souffrances du Christ Rédempteur, lui qui, alors qu’il était innocent, fut châtié à cause de nos péchés.

Puisqu’en ce jour, Seigneur, les saints Innocents ont annoncé ta gloire, non point par la parole, mais par leur seule mort : fais que notre vie tout entière témoigne de la foi que notre bouche proclame[09].

III. Pour le Christ, les saints Innocents furent mis à mort : compagnons de l’Agneau sans tache, ils chantent sans fin dans le ciel : Gloire à toi, Seigneur[10]. Telle est la promesse que ce jour nous apporte : ceux qui souffrent avec le Christ seront récompensés et consolés par Dieu en cette vie. Ensuite, ils jouiront de la vie éternelle. Très bien, serviteur bon et fidèle…, entre dans la joie de ton maître[11], voilà ce que dira Jésus à la fin de notre vie si nous savons tout vivre à côté de lui, les joies et les peines, le succès et l’échec, la santé et la maladie…

Dieu essuiera toute larme des yeux des bienheureux ; de mort il n’y en aura plus, de pleurs, de cris et de peines, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé[12]. L’espérance du ciel n’est pas du tout la fuite du présent, mais une source inépuisable de patience et d’énergie quand on souffre durement. Cela nous aidera aussi de savoir que nos douleurs et nos peines aident énormément nos frères ; ce sera une manière de les porter avec nous, dans notre cœur, avec une plus grande générosité. Car, en comparaison avec ce que Dieu nous a préparé, le poids des souffrances se révèle léger[13], puisque ceux qui acceptent d’offrir leur douleur deviennent des corédempteurs avec le Christ, et Dieu le Père leur envoie des grâces ineffables pour les soutenir, des consolations abondantes qui leur rendent la paix. De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, de même, par le Christ, abonde notre consolation[14]. Saint Paul se sent consolé par la miséricorde divine, et cela lui permet de consoler et de soutenir les autres. Dieu, notre Père, est toujours proche de ses enfants, les hommes, mais spécialement quand ils souffrent.

C’est pourquoi le premier devoir de la fraternité entre les hommes c’est de nous aider et de nous consoler les uns les autres : Consolez-vous mutuellement[15], demande saint Paul. Mille choses en effet tendent à nous séparer, mais combien la douleur rapproche et soude !

Parfois l’on ne sait pas très bien comment réagir devant une situation douloureuse. Alors peut-être, si nous nous recueillons un instant dans la prière, si nous nous demandons ce que le Seigneur ferait dans ces circonstances, nous y verrons plus clair. Il suffit parfois de bien peu de choses : tenir compagnie, sans impatience, à la personne qui souffre, la distraire, parler avec elle sur un ton positif, l’encourager à offrir sa douleur pour des intentions concrètes, l’aider à prier simplement, l’écouter, lui faciliter les nécessités de la vie quotidienne…

Ces jours-ci beaucoup de gens oublient le sens chrétien de ces fêtes ! Pour y remédier, apportons la lumière et le sel des petits sacrifices discrets, des petites mortifications, certains de réjouir ainsi le Seigneur et de contribuer à approcher beaucoup d’autres âmes de Bethléem.

C’est la contemplation fréquente de Marie au pied de la Croix de son Fils qui nous apprend le mieux à ne pas rejeter ou haïr, mais plutôt à offrir la douleur et la souffrance, à avoir surtout une grande compassion pour ceux qui souffrent. Demandons-lui, aujourd’hui de nous apprendre à sanctifier la douleur, en l’unissant à celle de son Fils Jésus. Que les saints Innocents nous aident à aimer la mortification et le sacrifice volontaire, à offrir la douleur et à compatir avec ceux qui souffrent, ceux que le Seigneur aime le plus.

[01] Mt 2, 16.
[02] Rom 8, 28.
[03] F. J. Sheed, Connaître Jésus-Christ, p. 73.
[04] Mt 5, 5.
[05] Antienne de la communion, Apoc 14, 4.
[06] Mt 27, 42.
[07] Cf. Lc 24, 26.
[08] Col 1, 24.
[09] Collecte de la messe.
[10] Antienne d’entrée.
[11] Cf. Mt 25, 3.
[12] Apoc 21, 3-4.
[13] Cf. 2 Cor 4, 17.
[14] 2 Cor 1, 5.
[15] Cf. 1 Thes 4, 8.

suivant