SEMAINE APRÈS L’ÉPIPHANIE. MARDI
46. LA VIE À NAZARETH
— Le Seigneur, qui travailla dans l’atelier de saint Joseph, est notre modèle, pour sanctifier notre devoir quotidien.
— Ce que fut le travail de Jésus. Et le nôtre ?
— Gagner le ciel avec son travail habituel.
I. Quand nous méditons, comme maintenant, la vie de Jésus, nous nous en rendons compte : il passa la plus grande partie de son existence dans l’obscurité d’un village, à peine connu dans sa propre patrie ! Nous comprenons mieux pourquoi des voisins lui disent : Sors d’ici, afin que tes disciples aussi voient les œuvres que tu fais : on n’agit pas en secret quand on veut être connu[01]. Voilà un grand mystère : la valeur des œuvres du Seigneur a toujours été infinie, et il rendait à son Père la même gloire quand il sciait du bois que lorsqu’il ressuscitait un mort, et que les foules le suivaient en louant Dieu…
Beaucoup d’événements majeurs arrivèrent dans le monde pendant ces trente ans de Jésus à Nazareth. La pax romana, la paix d’Auguste était déjà finie, les légions romaines se disposaient à contenir la poussée des barbares aux frontières de l’Empire… En Judée, Archelaus était exilé à cause de sa cruauté et de ses innombrables désordres… À Rome le Sénat avait divinisé Octave Auguste… Mais le Fils de Dieu se trouvait alors dans un petit village, à 140 kilomètres de Jérusalem. Il vivait dans une modeste maison, peut-être en briques comme les autres, avec sa Mère, Marie, car à cette époque Joseph avait déjà dû mourir. Que faisait là ce Dieu-Homme ? Il travaillait, comme les autres hommes du village ! Il ne se distinguait en rien d’eux, car il était l’un d’eux. Il était Dieu parfait et homme parfait. N’oublions pas qu’aussi bien sa vie cachée que sa vie apostolique sont l’existence temporelle du Fils de Dieu.
Quand Jésus retourne plus tard à Nazareth, ses concitoyens s’étonnent de sa sagesse et des faits prodigieux qu’on raconte de lui ; ils le connaissent par son métier et comme fils de Marie : Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ?… N’est-ce pas là l’artisan, le fils de Marie ?[02] Saint Matthieu nous dit aussi ailleurs ce qu’on pense du Christ dans son pays : n’est-ce pas là le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ?[03] Ils le virent travailler jour après jour de nombreuses années. C’est pourquoi ils mettent en relief ce travail.
De plus, on remarque dans la prédication du Seigneur qu’il connaît bien le monde du travail ; il le connaît comme quelqu’un qui en a fait l’expérience, c’est pourquoi il donne beaucoup d’exemples de gens qui travaillent dur et bien. Jésus, en ces années de vie cachée à Nazareth, nous révèle l’extraordinaire valeur de la vie ordinaire comme moyen de sanctification« car la vie courante et ordinaire, celle que vit un homme parmi les autres citoyens, ses égaux, n’est pas une petite chose sans relief. C’est précisément à travers les circonstances de cette vie que le Seigneur veut que l’immense majorité de ses fils se sanctifie [04] ».
Notre vie peut être sanctifiée si elle ressemble à celle de Jésus dans ces années de vie cachée et simple de Nazareth : si nous travaillons consciencieusement et si nous maintenons la présence de Dieu dans le travail, si nous vivons la charité avec ceux qui nous entourent, si nous savons accepter les contradictions en évitant de nous plaindre, si les relations professionnelles et sociales sont un motif de plus pour aider les autres et pour les approcher de Dieu.
II. Celui qui contemple la vie de Jésus pendant ces années sans relief extérieur, le voit travailler bien, sans imperfection, remplissant les heures d’un travail intense. Il l’imagine rangeant les instruments, laissant tout en ordre, recevant affablement le voisin qui va lui donner une affaire… celui qui est moins sympathique aussi, et celui qui a une conversation peu amène. Jésus devait avoir la réputation de faire les choses très bien, car il fit tout bien (Mc 7, 37), même les choses matérielles.
Sans aucun doute ceux qui le fréquentèrent se sentirent poussés à devenir meilleurs, ils reçurent, au moins, les bienfaits de la prière silencieuse du Christ.
Ce travail du Seigneur fut sans éclat, peu facile, sans grandes perspectives humaines. Mais Jésus aima son travail quotidien, et nous apprend à aimer le nôtre, sans quoi il est impossible de le sanctifier, « car lorsqu’on n’aime pas son travail, il est impossible d’y trouver aucune sorte de satisfaction, même si on en change souvent[05] ».
Le Seigneur connut aussi la fatigue du travail quotidien, il fit l’expérience de la monotonie des jours sans relief, apparemment sans histoires. Voilà un grand bienfait pour nous car « la sueur et la fatigue, que le travail comporte nécessairement dans la condition actuelle de l’humanité, offrent au chrétien et à chaque homme qui a été appelé à suivre le Christ, la possibilité de participer dans l’amour à l’œuvre que le Christ est venu réaliser. Cette œuvre de salut s’est réalisée précisément à travers la souffrance et la mort sur la croix. En supportant la fatigue du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l’homme collabore en un sens avec le Fils de Dieu à la rédemption de l’humanité. Il se montre un vrai disciple de Jésus, en portant à son tour la croix de chaque jour dans l’activité qu’il a été appelé à réaliser.[06] »
Jésus, pendant ces trente années de vie cachée, est le seul et unique modèle parfait que nous devons imiter dans notre vie d’hommes ordinaires qui travaillent chaque jour. En contemplant la figure du Seigneur, nous comprenons plus profondément l’obligation de bien travailler, car il est impossible de sanctifier un travail mal fait. On apprend auprès de lui à trouver Dieu dans ses occupations humaines, à aider ses concitoyens et à contribuer à élever le niveau de la société entière et de la création[07]. Un homme qui travaille mal, un étudiant qui n’étudie pas tout ce qu’il pourrait… s’il ne change pas, s’il ne s’améliore pas, peut-il atteindre une authentique sainteté au milieu du monde ?
III. Si l’on désire gagner le Ciel avec le travail habituel, l’on essaiera d’imiter Jésus, « qui a donné au travail une dignité suréminente, en travaillant de ses propres mains.[08] »
Pour sanctifier le travail gardons présent à l’esprit que « tout travail humain honnête, intellectuel ou manuel, doit être exécuté par le chrétien avec la plus grande perfection possible : perfection humaine (compétence professionnelle) et perfection chrétienne (par amour pour la volonté de Dieu et au service des hommes). Car, accompli de la sorte, ce travail humain, pour humble et insignifiante que paraisse la tâche, contribue à ordonner chrétiennement les réalités temporelles — à manifester leur dimension divine— et il est assumé et intégré par et dans l’œuvre prodigieuse de la création et de la rédemption du monde. Le travail est ainsi élevé à l’ordre de la grâce, il est sanctifié, devient œuvre de Dieu.[09] »
Dans le travail sanctifié— comme celui de Jésus—se cache un champ abondant de petites mortifications… l’ attention à ce que l’on est en train de faire, le soin et à l’ordre des instruments que l’on utilise, la manière avec laquelle l’on traite les autres, la fatigue offerte, les contrariétés que, sans plaintes stériles, on supporte de la meilleure manière possible. Dans nos devoirs professionnels nous rencontrerons beaucoup d’occasions de rectifier l’intention pour que ce soit réellement une œuvre offerte à Dieu et non une occasion de nous chercher nous-mêmes. De cette manière, les échecs ne remplissent pas de pessimisme, les succès ne séparent pas de Dieu, la rectitude d’intention — travailler face à Dieu— donne cette stabilité d’esprit propre aux personnes habituellement près du Seigneur.
Demande-toi aujourd’hui dans ta prière si tu essaies d’imiter dans ton travail les années de vie cachée de Dieu. Ai-je la considération et le prestige professionnel que méritent mes capacités ? Suis-je compétent dans ma profession ? Est-ce que j’exerce les vertus humaines et surnaturelles dans mon travail de chaque jour ? Est-ce que mon travail sert à approcher mes amis de Dieu ? Est-ce que je leur parle, quand il le faut, de la doctrine de l’Église à propos de ces vérités sur lesquelles il y a tant d’ignorance et de confusion ? Est-ce que je remplis parfaitement mes devoirs professionnels ?
Regardons le travail de Jésus tout en examinant le nôtre ! « Seigneur, accorde-nous ta grâce. Ouvre-nous la porte de l’atelier de Nazareth afin que nous apprenions à te contempler, toi et ta mère sainte Marie, avec saint Joseph, le patriarche, que j’aime et que je vénère tant, tous les trois voués à une vie de travail sanctifié. Nos pauvres cœurs en seront émus. Nous te rechercherons et nous te trouverons dans notre travail journalier, que nous transformerons, selon ton désir, en œuvre de Dieu, en œuvre d’amour.[10] »
[01] Jn 7, 3-4.
[02] Cf. Mc 6, 2-3.
[03] Mt 13, 55.
[04] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 110.
[05] P. Suarez, José esposo de Maria, Rialp, Madrid 1982, p. 268.
[06] Jean-Paul II. Enc. Laborem exercens, 14-9-1981, 27.
[07] Cf. Conc. Vat. II, Const. Lumen gentium, 41.
[08] Idem, Const. Gaudium et spes,
[09] Entretiens avec Mgr Escriva, 10.
[10] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 72.
SEMAINE APRÈS L’ÉPIPHANIE. MERCREDI
47. TROUVER JÉSUS
— Jésus perdu et retrouvé au Temple. La douleur et la joie de Marie et de Joseph.
— La réalité du péché, l’éloignement du Christ, la tiédeur.
— Les moyens de ne pas perdre Jésus… et de le retrouver.
I. Jésus grandit dans un climat de piété et d’obéissance à la loi de Moïse. Les pèlerinages au Temple en étaient une partie importante. Trois fois par an vous célébrerez une fête importante en mon honneur… Trois fois par an, chaque homme comparaîtra devant Yahvé, son Dieu[01]. Ces fêtes étaient celles de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles, et même si elles n’obligeaient pas ceux qui en étaient éloignés à venir au Temple, de nombreux juifs de toute la Palestine allaient à Jérusalem à l’une de ces dates. La sainte Famille avait l’habitude d’y aller à Pâques : Tous les ans ses parents allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque[02]. Même si c’était seulement obligatoire pour les hommes à partir de douze ans, Jésus, d’après le récit de saint Luc, accompagnait Marie et Joseph.
Nazareth est éloigné de Jérusalem de plus de cent kilomètres en ligne droite. Au moment de la Pâque plusieurs familles se réunissaient pour faire le voyage ensemble, en quatre ou cinq jours.
L’Enfant ayant déjà douze ans monta à Jérusalem, comme on avait l’habitude de le faire pour cette fête[03]. Une fois les rites pascals terminés, on commençait à repartir pour Nazareth. Dans ces voyages, les familles se divisaient en deux groupes, l’un d’hommes et l’autre de femmes. Les enfants pouvaient aller avec l’un ou l’autre. Ceci explique que l’absence de Jésus pouvait passer inaperçue jusqu’à la fin de la première journée, au moment où tous se regroupaient pour camper.
Que ressentirent-ils et que pensèrent-ils alors ? Il semble bien inutile de le décrire. Ils crurent qu’ils avaient perdu Jésus, ou que Jésus les avait perdus et qu’il allait Dieu seul sait où. L’affluence à la sortie de la ville et par les chemins qui y conduisaient était très grande en ces jours. Cette nuit dut être terrible pour Marie et pour Joseph. Le matin, très tôt, ils rebroussèrent chemin et se dirigèrent de nouveau vers Jérusalem. Ils passèrent trois jours, fatigués, inquiets, demandant à tout le monde si on avait vu un enfant d’environ douze ans… En vain.
Marie et Joseph le perdirent sans que cela soit de leur faute. Nous, nous le perdons parfois par le péché, par la tiédeur, en raison d’un manque d’esprit de mortification et de sacrifice… Alors, notre vie sans Jésus devient peu à peu obscure, plus froide.
Si nous nous trouvons dans cette obscurité, réagissons tout de suite et cherchons-le en demandant à celui qui peut et qui doit le savoir : « Où est le Seigneur ? »
« La Mère de Dieu, qui a cherché anxieusement son Fils, perdu sans qu’elle y soit pour rien, qui a retrouvé la joie la plus grande à le retrouver, nous aidera à rebrousser chemin, à rectifier ce qu’il faudra quand, à cause de nos légèretés ou de nos péchés, nous ne réussirons pas à discerner le Christ. Nous pourrons ainsi avoir la joie de l’étreindre à nouveau et de lui dire que nous ne le perdrons plus jamais.
« Marie est Mère de la science, parce que l’on apprend d’elle la leçon la plus importante : que rien n’est estimable si nous ne sommes pas près du Seigneur ; que toutes les merveilles de la terre, toutes les ambitions satisfaites, ne servent à rien si dans notre cœur ne brûle la flamme d’amour vivant, la lumière de la sainte espérance, anticipation de l’amour sans fin dans notre Patrie définitive.[04] »
II. En fait, Marie et Joseph n’ont pas perdu Jésus, c’est lui qui est parti de son côté.
Avec nous, c’est différent ! Jésus ne nous abandonne jamais. C’est nous les hommes qui pouvons le rejeter par le péché, ou du moins l’éloigner par la tiédeur. Dans toute rencontre entre l’homme et le Christ, l’initiative a toujours appartenu à Jésus ; au contraire, dans toute situation de séparation, c’est nous qui avons l’initiative, lui, il ne nous abandonne jamais.
Quand l’homme pèche gravement, il se perd pour lui-même et pour le Christ. L’homme alors est déboussolé, car le péché, essentiellement, désoriente. Le péché est la plus grande tragédie qui puisse arriver à un chrétien. En quelques instants, il s’écarte radicalement de Dieu par la perte de la grâce sanctifiante, il perd les mérites acquis tout au long de sa vie, il reste soumis en quelque sorte à l’esclavage du démon et la tendance vers la vertu s’affaiblit en lui. L’éloignement de Dieu « entraîne toujours la ruine de celui qui le réalise[05] ».
Par malheur, le pire de tout c’est que pour beaucoup cela ne compte presque pas. C’est la tiédeur, le manque d’amour qui incite à n’accorder que peu ou pas du tout de valeur à la compagnie de Jésus. Lui, bien sûr, apprécie la nôtre : il est mort sur une croix pour nous racheter du démon et du péché, et pour être toujours avec chacun de nous dans ce monde et dans l’autre.
Marie et Joseph aimaient profondément Jésus ; c’est pourquoi ils le cherchèrent sans trêve, c’est pourquoi ils souffrirent d’une manière que nous ne pouvons pas comprendre, c’est pourquoi ils se réjouirent tant quand ils le retrouvèrent. « Aujourd’hui il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de gens qui souffrent de son absence ; il y a des chrétiens pour qui la présence ou l’absence du Christ dans leur âme ne signifie pratiquement rien. Ils passent de l’état de grâce au péché et ils ne ressentent aucune souffrance ni aucune douleur, ni affliction ni angoisse. Ils passent du péché à l’état de grâce et ils ne donnent pas l’impression d’hommes qui sont revenus de l’enfer, qui sont passés de la mort à la vie : on ne voit pas chez eux le soulagement, la joie, la paix et la sérénité de celui qui a récupéré Jésus.[06] »
Demandons aujourd’hui à Marie et à Joseph de savoir apprécier la compagnie de Jésus, d’être disposés à tout plutôt que de le perdre. Comme le monde, notre monde serait obscur sans Jésus ! Quelle grâce de nous en rendre compte ! « Jésus : que jamais plus je ne te perde…[07] ». Nous mettrons tous les moyens, surnaturels et humains, pour ne pas tomber dans le péché mortel et même dans le péché véniel délibéré. Si nous ne nous efforçons pas de détester le péché véniel, sous prétexte qu’il n’est pas grave, nous n’arriverons pas à avoir des rapports intimes avec le Seigneur.
Le Temple de Jérusalem avait une série de dépendances destinées au culte et à l’enseignement des Écritures. Marie et Joseph entrèrent dans l’une de ces dépendances, probablement l’atrium du Temple où on écoutait les explications des docteurs et où on pouvait intervenir par des questions et des réponses. Jésus se trouvait là ! Ses questions attirent l’attention des docteurs par leur sagesse et leur science. Il est comme les autres auditeurs, assis sur le sol, et il intervient aussi comme les autres, mais les questions découvrent sa sagesse merveilleuse. En fait, c’est un mode d’enseignement adapté à son âge.
Marie et Joseph s’émerveillent en contemplant cette scène et Marie s’adresse à lui pleine de joie de l’avoir trouvé. Saint Augustin trouve dans ses paroles une merveilleuse preuve d’humilité et de déférence envers Joseph.
« Car, bien qu’elle ait mérité de donner le jour au Fils du Très Haut, elle était très humble, et en se nommant elle ne se place pas devant son époux, en disant : Moi et ton père, mais : Ton père et moi. Elle ne tint pas compte de la dignité de son sein, mais de la hiérarchie conjugale. L’humilité du Christ, en effet, ne devait pas être pour sa mère une école d’orgueil.[08] »
La perte de Jésus ne fut pas volontaire de sa part. Ayant pleinement conscience de ce qu’il était et de la mission qu’il avait, il voulut commencer à la remplir. Comme il le fera par la suite, il cherche maintenant à accomplir la volonté du Père céleste sans que celle de ses parents de la terre soit un obstacle. Pour eux, ce dut être une épreuve douloureuse mais aussi un rayon de lumière, qui leur découvre le mystère de la vie de Jésus. Un épisode de la vie de Jésus qu’ils ne devaient jamais oublier…
La conscience que Jésus a de sa mission et de sa nature de Fils de Dieu est claire. Pour pénétrer un peu plus dans sa réponse, il faudrait avoir entendu l’intonation de la voix de Jésus s’adressant à ses parents. De toute façon, il nous fait voir que les plans de Dieu passent toujours par dessus les plans de la terre, et s’il y a parfois un conflit entre les deux, il faut toujours obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes[09].
Si nous perdons Jésus un jour, souvenons-nous de ce conseil du Seigneur lui-même : Cherchez et vous trouverez[10]. Nous le trouvons toujours dans le Tabernacle, dans ces personnes que Dieu lui-même a placées pour nous montrer le chemin, et si nous l’avions offensé gravement, il nous attend toujours dans le sacrement de pénitence. Nous nous disposons à purifier dans ce sacrement nos yeux tachés par nos manques d’amour et par les péchés véniels.
Peut-être qu’aujourd’hui cela peut nous faire beaucoup de bien, spécialement devant le Tabernacle ou en voyant les murs d’une église, de dire comme oraison jaculatoire, de répéter dans l’intimité de notre cœur : « Jésus : que jamais plus je ne te perde…[11] » Marie et Joseph nous aideront à ne pas perdre de vue notre Jésus dans la journée, ni dans toute notre vie.
[01] Ex 23, 14-17 ; cf. Dt 16, 18.
[02] Lc 2, 41.
[03] Lc 2, 42.
[04]Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 278.
[05] Conc. Vat II, Const. Gaudium et Spes, 13.
[06] F. Suarez, José, el esposo de Maria.
[07] Saint Josémaria Escriva, Saint Rosaire, cinquième mystère joyeux.
[08] Saint Augustin, Sermon 51, 18.
[09] Act. 5,
[10] Lc 11, 9.
[11] Saint Josémaria Escriva, o. c.
SEMAINE APRÈS L’ÉPIPHANIE. JEUDI
48. JÉSUS-CHRIST, NOTRE SEIGNEUR
— Le Seigneur est le Maître de tous les hommes, notre seul Maître.
— Mettons-nous à son école, en méditant l’Évangile.
— Jésus nous instruit à travers les événements et les personnes qui nous entourent et, surtout, à travers l’Église.
I. Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant[01].
Les rabbins avaient l’habitude de commenter la sainte Écriture dans le Temple et, pour ceux qui n’étaient pas de Jérusalem, c’était la seule occasion de voir et d’entendre les maîtres les plus réputés d’Israël. Les auditeurs s’asseyaient sur des nattes autour du maître et pouvaient intervenir, ou être interrogés sur le texte expliqué. Les questions et les réponses de Jésus, bien qu’en accord avec son âge, attirèrent puissamment l’attention. Tous ceux qui l’entendaient étaient dans l’admiration de sa sagesse et de ses réponses.
Quand il commencera sa vie publique, l’évangéliste nous dira que les gens s’émerveillaient de sa doctrine, car il enseignait comme celui qui a autorité et non pas comme les scribes[02]. En l’écoutant les foules oublient la faim et le froid. Le Seigneur ne s’opposera jamais à ce que le peuple l’appelle prophète et maître[03], il dira à ses disciples : Vous m’appelez maître et seigneur, et vous faites bien car je le suis[04].
Il utilise souvent l’expression : Mais moi je vous dis… et il signale ainsi discrètement que sa doctrine a une force toute spéciale : c’est le Fils de Dieu qui parle. Et l’on entendit une voix du ciel qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le[05]. Depuis lors, il est inutile, insensé même, de se chercher d’autres maîtres.
Moïse vous a dit... mais moi je vous dis… Les anciens prophètes se présentaient en effet comme les porte-paroles de Dieu : Ainsi parle Yahvé, déclaraient-ils après chacun de leurs grands discours. Jésus parle en son nom propre (ce que n’avait jamais fait aucun prophète), et il donne un enseignement divin. Il précise le sens et la portée de ces commandements que Moïse a reçus de Dieu sur le mont Sinaï, il en corrige les fausses interprétations. Or ses préceptes, tout en suivant la révélation de l’Ancien Testament, sont cependant absolument nouveaux ! Personne ne montre comme lui la majestueuse souveraineté de Dieu et, en même temps, sa qualité de Père, amoureusement attentif aux choses de ce monde et, surtout, à ce qui touche ses enfants, les hommes. Personne comme lui ne montre la vérité fondamentale de l’homme : sa liberté intérieure et sa dignité intouchable.
La vie de Jésus, c’est une prédication incessante. Il parle inlassablement dans les synagogues[06], au bord du lac[07], dans le Temple[08], sur les routes[09], dans les maisons… partout ! Cette doctrine nous a été transmise fidèlement et substantiellement complète, à travers les Évangiles. Jésus a accompli encore bien d’autres actions. Si on les relatait en détail, le monde même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait[10], s’exclame saint Jean en terminant son Évangile. Mais nous en connaissons heureusement l’essentiel, tel que cela arriva, tel que le Maître l’a enseigné. Ainsi, à côté de ce maître, sommes-nous pleinement en sécurité. Il dit toujours à chacun ce qu’il a besoin d’entendre. En lisant l’Évangile tous les jours avec un cœur loyal, en le méditant lentement, nous ressentirons l’envie de répéter avec saint Pierre : Seigneur, toi seul as les paroles de la vie éternelle[11]. Toi seul, Seigneur… voyons un peu comment, et avec quelle attention, nous lisons l’Évangile…
II. Un seul est votre Maître, le Christ[12]. Certes, il y a eu par la suite des maîtres et des docteurs dans son Église[13], mais c’est parce qu’ils ont été établis par lui[14], subordonnés à lui, établis porte-paroles et témoins de ce qu’ils ont vu et entendu[15]. Ainsi la Bonne Nouvelle du Christ nous arrive-t-elle comme par un canal, à travers l’Évangile, tel qu’il est lu dans l’Église et en Église.
Celui qui se ferme volontairement à l’Église court un grand risque de ne plus comprendre du tout la parole du Christ. Tout homme peut la comprendre, car cette doctrine sublime se rend accessible aux esprits simples, humbles, ceux qui se font petits comme les enfants. L’Esprit Saint ne donne pas sa lumière aux sages qui se laissent mener par leur orgueil et qui restent dans l’obscurité parce qu’ils déforment la vérité salvatrice : tu as caché cela aux sages et aux habiles et tu l’as révélé aux tout petits[16].
Jésus est le Maître, notre Maître, car il sait bien ce qu’il y a dans l’homme[17], il ne se trompe pas sur nos misères et nos faiblesses : il connaît bien l’abîme de méchanceté qui peut se nicher dans le cœur humain. Mais il connaît aussi, mieux que nous-mêmes, les élans de générosité, de sacrifice, de grandeur qui existent aussi dans tout cœur, et lui, il peut les réveiller de sa Parole vivante.
Son enseignement atteint l’homme entier, au plus profond de son être car « il est Maître d’une science que lui seul possède : celle de l’amour sans limites de Dieu et, en Dieu, de tous les hommes. On apprend à l’école du Christ que notre existence ne nous appartient pas… [18] ».
Prendre Jésus comme Maître, c’est le prendre pour guide, chercher sa volonté sur nous sans jamais se laisser décourager par nos défaites. Il nous en relève et il les change en victoire. Le prendre pour Maître, c’est vouloir lui ressembler de plus en plus afin que les autres, en voyant notre travail, notre comportement en famille, avec les étrangers, surtout avec ceux qui sont le plus dans le besoin, puissent reconnaître Jésus. De même que nous finissons par adopter non seulement la manière de penser, mais les expressions et les gestes d’une personne que nous aimons beaucoup, ainsi, en faisant de Jésus notre Maître inséparable, en le fréquentant tous les jours dans la prière, en méditant le saint Évangile, nous lui ressemblerons presque sans nous en rendre compte : « Comme j’aimerais que ton comportement et ta conversation fussent tels que l’on pût dire en te voyant ou en t’écoutant : voilà quelqu’un qui lit la vie du Christ ! [19] »
III. Pour saint Paul, la parole de Dieu est vivante et efficace (Cf. Heb 4,12), la doctrine du Christ toujours actuelle, toujours nouvelle pour l’homme, son enseignement personnel, car il est destiné à chacun. Il n’est pas difficile de se reconnaître dans tel personnage d’une parabole, ou de comprendre que certaines paroles de Jésus, il y a vingt siècles, ont été prononcées pour nous, comme si nous en étions les seuls destinataires. Après avoir,à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu en ces jours a parlé par son Fils (Cf. Heb 1,1). Ces jours sont aussi les nôtres, ses paroles, parce qu’elles sont divines et éternelles, sont toujours actuelles.
Lire l’Évangile avec foi, c’est croire d’abord que tout ce qui y est dit est, d’une certaine manière, en train d’arriver maintenant. Qu’ils sont actuels, le départ et le retour de l’enfant prodigue, la brebis qui se perd et le pasteur qui part à sa recherche, le besoin de levure pour transformer la pâte, la lumière qui doit éclairer l’obscurité enveloppant trop souvent l’homme et le monde. « Dans les livres sacrés, le Père qui est aux cieux, sort amoureusement à la rencontre de ses enfants pour converser avec eux. Et le pouvoir et la force de la parole de Dieu sont si grands, qu’elle est soutien et force de l’Église, fermeté dans la foi pour ses enfants, aliment de l’âme, source limpide et intarissable de vie spirituelle.[20] »
Apprenons donc à entendre le Christ dans notre vie, dans notre âme, sous les mille formes et circonstances dans lesquelles il nous parle…
III. Un jour, Jésus était chez un pharisien appelé Simon. Jésus prenant la parole lui dit : Simon, j’ai quelque chose à te dire[21]. Voilà : le Christ a toujours quelque chose à nous dire, à chacun, personnellement. L’entend un cœur qui sait écouter, un cœur attentif aux choses de Dieu. Lui, le Maître de toujours, il était le Maître hier et il le sera demain : Jésus-Christ est le même, hier, aujourd’hui et toujours[22]. Et il s’adresse à chaque homme en particulier, à chaque homme qui veut l’écouter. Quiconque cherche avec sincérité une boussole pour sa vie la trouvera : le Seigneur ne refuse jamais sa grâce à qui le cherche vraiment.
Quand Salomon, qui aimait Yahvé, était encore jeune, Yahvé lui apparut la nuit en songe, et lui dit : Demande-moi tout ce que tu veux. Or voilà que le jeune roi ne demanda pas la richesse, le pouvoir, une longue vie… mais la sagesse pour gouverner le peuple de Dieu. Cela fut si agréable au Seigneur qu’il lui donna un cœur immensément sage et intelligent, un cœur capable de comprendre[23].
Et nous ? Pourquoi ne pas demander un cœur capable de bien écouter, de comprendre ces motions intérieures du Paraclet dans notre âme, ce langage de Dieu qui parle à travers le Magistère de l’Église, cette doctrine qui nous arrive avec clarté, du Pape et des évêques en communion avec lui ? Revoyons maintenant, dans notre méditation, quel effort et quels moyens nous servent à bien connaître la doctrine du Magistère ; et de surcroît à la vivre aussi et la diffuser parmi les catholiques et tous les hommes de bonne volonté. C’est le Maître, Jésus lui-même, qui nous parle à travers cette doctrine.
Et, dans un autre ordre de réalités, apprenons aussi le mystérieux et suave langage de Dieu qui nous parle à travers les événements et les personnes qui nous entourent. C’est lui qui est présent dans ces suggestions discrètes et précises qui nous viennent à travers la direction spirituelle.
Que Notre-Dame nous obtienne d’être attentifs à la voix de Dieu qui nous parle aujourd’hui comme il y a vingt siècles, même s’il se sert souvent d’intermédiaires.
[01] Lc 2, 46-47.
[02]Mc 1, 22.
[03]Mt 21, 11.
[04]Jn 13, 13.
[05] Mc 9, 7.
[06] Mt 4, 23 ss.
[07] Mc 3, 9.
[08] Mt 21, 22-23.
[09] Jn 4, 5 ss.
[10]Jn 21, 25.
[11] Jn 6, 68.
[12]Mt 23, 10.
[13] Cf. Act 13, 1 ; I Cor 12, 28-29.
[14]Eph 4, 11.
[15]Cf. Act 10, 39.
[16] Mt 11, 25.
[17] Jn 2, 24.
[18] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 93.
[19] Ibidem, Chemin, n. 2.
[20] Conc. Vat II, Const. Dei Verbum, 21.
[21] Lc 7, 40.
[22] Héb 13, 8.
[23] Cf. I Roi 3, 4 ss.