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SEMAINE APRÈS L’ÉPIPHANIE. VENDREDI

49. L'OBÉISSANCE DE JÉSUS

— Jésus, modèle d’obéissance à la volonté du Père.

— Les fruits de l’obéissance.

— Obéissance, liberté, amour.

I. Après l’épisode du Temple, où il a été retrouvé au bout de trois jours au milieu des docteurs de la Loi, Jésus retourne en Galilée avec Marie et Joseph. Et il redescendit avec eux, et il vint à Nazareth, et il leur était soumis[01]. L’Esprit Saint a voulu consigner dans l’Évangile ce fait dont la source ne peut être que la vierge Marie, témoin privilégié de l’obéissance silencieuse de son Fils. C’est l’une des rares précisions qui nous sont parvenues de ces années de vie cachée : « Le Christ à qui l’univers est soumis, écrit saint Augustin, est soumis aux siens.[02] » Par obéissance au Père, Jésus se soumet à ceux qui sont investis de l’autorité pendant sa vie sur terre.

Notre Dame dut réfléchir souvent à l’obéissance de Jésus, extrêmement délicate, simple et en même temps pleine de naturel. Saint Luc le confirme : sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur[03].

Toute la vie de Jésus est un acte d’obéissance à la volonté du Père : Je fais toujours ce qui lui plaît[04] affirmera-t-il, ou encore : ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre[05]. Si l’aliment est ce qui donne des énergies pour vivre, Jésus nous dit que l’obéissance à la volonté de Dieu — qui se manifeste de multiples façons — est ce qui nourrit et donne un sens à la vie. Sans obéissance, pas de croissance dans la vie intérieure ni de véritable développement de la personne humaine, car l’obéissance, « loin de diminuer la dignité humaine, la conduit, dans la plus grande liberté des enfants de Dieu, à la maturité [06] ». Il n’y a pas dans la vie de situation, aussi compliquée qu’elle soit, indifférente à Dieu, car à chaque instant il attend une sage réponse de nous : celle de notre fidélité, qui coïncide avec sa gloire et avec notre bonheur. On est heureux quand on obéit, parce que l’on fait ce que le Seigneur désire pour nous. Lui, qui permet tous les événements, heureux ou douloureux, sait ce qui nous convient, même si cela nous fait souffrir ou nous coûte.

Comment connaître la volonté de Dieu ? Elle se manifeste d’abord à travers les commandements, dans la voix de l’Église, dans les événements, dans la conscience et aussi à travers l’intervention des personnes à qui nous devons obéissance.

II. Pourquoi l’obéissance est-elle une vertu si agréable au Seigneur ? L’Écriture raconte la désobéissance de Saul à un ordre reçu de Yahvé. Malgré sa victoire sur les Amalécites et les sacrifices offerts par le roi lui-même, le Seigneur se repent de l’avoir fait roi, et il lui dit par la bouche du prophète Samuel : Mieux vaut l’obéissance que le sacrifice[07]. Saint Grégoire commente : « C’est à juste titre qu’on place l’obéissance avant le sacrifice, parce que par l’obéissance, on immole sa propre volonté.[08] » En effet l’obéissance montre que l’on préfère la volonté de Dieu à n’importe quel avantage personnel.

L’Évangile montre bien l’obéissance de Sainte Marie, notre Mère, celle qui s’appelle elle-même l’esclave du Seigneur[09]. Saint Joseph, lui aussi, obéit toujours promptement aux ordres du Seigneur[10]. Une des qualités de la véritable obéissance, c’est bien cette rapidité aimante à réaliser ce qui est prescrit.

Les Apôtres, malgré leurs misères, savent obéir parce qu’ils ont confiance dans le Seigneur ; aussi jettent-ils le filet à droite de la barque[11], là où leur dit Jésus, et ils font une pêche abondante, malgré l’heure inappropriée et après avoir constaté qu’il n’y avait, semblait-il, pas un seul poisson dans tout le lac. Oui, l’obéissance et la foi dans la parole du Seigneur font des miracles !

Beaucoup de grâces et de fruits spirituels sont unis à l’obéissance, comme le confirment les dix lépreux guéris parce qu’ils ont obéi aux paroles du Seigneur : Allez et montrez-vous aux prêtres. Et il arriva que, pendant qu’ils étaient en chemin, ils furent guéris[12]. Il arrive la même chose à cet aveugle à qui le Seigneur met de la boue sur les yeux et il lui dit : va, et lave-toi dans la piscine de Siloé, qui signifie Envoyé. L’aveugle alla donc et il se lava et il revint en voyant[13]. « Quelle sûreté exemplaire dans la foi de cet aveugle ! Une foi vive, opérante. Est-ce ainsi que tu réagis aux injonctions de Dieu, aux heures —nombreuses— où tu es aveugle, où les préoccupations de ton âme te cachent la lumière ? Quel pouvoir recelait donc cette eau pour que les yeux qui en étaient mouillés soient guéris ? Un mystérieux collyre, un remède extraordinaire, préparé dans l’officine d’un savant alchimiste, aurait mieux fait l’affaire. Mais cet homme croit ; il exécute ce que Dieu lui a demandé, et il revient les yeux pleins de lumière.[14] » Combien de fois trouverons-nous lumière et force auprès des personnes placées par Dieu pour nous guider et nous guérir, si nous sommes dociles. Dieu le Père donne l’Esprit Saint à ceux qui obéissent[15], lit-on dans les Actes des Apôtres.

L’Évangile donne d’innombrables exemples de personnes qui ont su obéir : les serviteurs de Cana de Galilée[16], les bergers de Bethléem[17], les Mages[18]… et ils reçoivent tous d’abondantes grâces de Dieu. « L’obéissance rend méritoires et nos actes et nos souffrances, à tel point que celles-ci, d’inutiles qu’elles paraissent peuvent devenir très fécondes. Une des merveilles accomplies par le Sauveur est d’avoir rendu très fructueuse la chose la plus inutile, la douleur ! Il l’a glorifiée par l’obéissance et l’amour. L’obéissance est grande, héroïque, quand on ne refuse pas la mort et ne fuit pas l’ignominie.[19] »

III. « Le Christ, pour accomplir la volonté du Père, inaugura le royaume des cieux sur terre en nous révélant son mystère et, par son obéissance, effectua la Rédemption.[20] » Et, précise saint Paul, il s’humilia, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix[21]. À Gethsémani, l’obéissance de Jésus atteint son point culminant, quand il renonce à sa volonté pour accepter le poids de tous les péchés du monde et nous racheter : Père, dit-il, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux[22]. Ne nous étonnons pas de trouver parfois la croix en embrassant l’obéissance, car elle peut exiger, par amour de Dieu, le renoncement à notre moi, à notre volonté la plus intime. Mais Jésus nous aide toujours et nous facilitera le chemin, si nous sommes humbles. « Le Seigneur me dit une fois, raconte sainte Thérèse d’Avila, que je ne saurais pas obéir tant que je ne serais pas décidée à souffrir ; tout me deviendrait facile si je considérais ce qu’il avait souffert lui-même.[23] »

Si le Christ obéit, c’est par amour. Voilà le sens de l’obéissance chrétienne, celle qui lie à Dieu et à ses commandements, à l’Église, aux parents, celle qui concerne l’intimité de notre âme. Dans tous les cas l’on obéit, plus ou moins directement à Dieu, à travers les diverses manifestations de l’autorité. Et le Seigneur ne veut pas des êtres passivement soumis, contraints, ou des serviteurs qui servent à contre-cœur, mais des enfants qui désirent s’unir à la volonté de Dieu.

L’obéissance, qui suppose que l’on accepte de se soumettre et de se donner, n’est pas un manque de liberté ni de maturité. Il y a des liens qui enchaînent et d’autres qui libèrent ! La corde qui unit l’alpiniste à ses compagnons d’escalade, est-elle une entrave, ou un lien qui assure la sécurité et évite la chute dans l’abîme ? Les ligaments qui unissent les parties du corps sont-ils des attaches qui empêchent les mouvements, ou la garantie qu’on les fait avec souplesse, harmonie et fermeté ?

La vraie liberté se trouve plutôt menacée par la sensualité désordonnée, par le manque d’ouverture de l’égoïsme, par une volonté individualiste. Justement ! Ces obstacles sont levés par l’obéissance intelligente et réfléchie qui élève et développe la personnalité.

L’obéissance, voilà une vertu morale qui suppose une véritable éducation du caractère, qui apporte une grande paix à l’âme, parce qu’elle choisit les biens les plus élevés. Deo Servire, regnare est. Servir Dieu c’est régner... Nous te demandons, Seigneur, que nous qui nous faisons gloire d’obéir au commandement du Christ, Roi de l’Univers, nous vivions éternellement avec lui dans le Royaume des Cieux[24].

Si nous nous plaçons tout près de la vierge, nous apprendrons plus facilement à obéir avec rapidité, joie, efficacité. « Efforçons-nous d’imiter son obéissance à la volonté de Dieu, obéissance où se mêlent harmonieusement noblesse et soumission. Chez Marie, rien ne rappelle l’attitude des vierges folles qui obéissent, il est vrai, mais sans réfléchir. Notre Dame écoute avec attention ce que Dieu veut d’elle ; elle médite ce qu’elle ne comprend pas ; elle interroge sur ce qu’elle ne sait pas. Ensuite, elle s’applique de tout son être à accomplir la volonté divine : je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! (Lc 1,38).[25] »

[01] Lc 2, 51.
[02] Saint Augustin, Sermon 51, 19.
[03] Lc 2, 51.
[04] Jn 8, 29.
[05] Jn 4, 34.
[06]Conc.
Vat. II, Decr. Perfectae caritatis, 14.
[07]I Sam 15, 22.
[08]Saint Grégoire le Grand,
Moralia, 14.
[09]Lc 1, 38.
[10]Cf. Mt 2, 13-15.

[11] Jn 21, 6.
[12]Lc 17,
14.
[13] Jn 9, 6-7.
[14] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 193.
[15] Act. 5, 32.
[16] Cf. Jn 2, 3 ss.
[17] Cf. Lc 2, 18.
[18] Cf. Mt 2, 1-12.
[19]R. Garrigou-Lagrange,
Les trois âges de la vie intérieure, Tome II, p. 170.
[20]Conc.
Vat. II, Const. Lumen gentium, 3.
[21]Phil 2, 8.
[22]Mc 14, 36.
[23]Sainte
Thérèse, Vie, 26.
[24]Oraison après la Communion.
[25]Saint
Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 173.

 

SEMAINE APRÈS L’ÉPIPHANIE. SAMEDI

50. JÉSUS CROISSAIT EN SAGESSE

— La croissance de Jésus selon sa sainte Humanité.

— La croissance surnaturelle des vertus théologales et morales.

— La maturité humaine accompagne la vraie vie intérieure.

I. Jésus grandissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes[01]. Voilà comment saint Luc résume ses années à Nazareth, car le Seigneur a voulu, parce qu’il était un homme parfait, que la suite des années s’accompagnât d’une croissance progressive et de la manifestation de sa sagesse et de sa grâce.

En suivant les lois de la nature humaine, Jésus grandissait donc comme l’un de nous. Croissance en sagesse : cela concerne les connaissances acquises à partir des choses qui l’entouraient, avec l’aide de ses maîtres, avec l’appui de l’expérience de la vie que tout être humain acquiert au fil des années. Il dut apprendre dans la petite école de Nazareth la sainte Écriture, avec les commentaires classiques qui l’accompagnaient. N’est-ce pas impressionnant de voir Jésus lire l’Ancien Testament, d’apprendre ce qu’on disait du Messie, c’est-à-dire de lui-même ? Il faisait sans doute des commentaires avec sa Mère et Joseph, l’homme de la maison, qui devait suivre ces conversations, avec une attention et un étonnement incomparables, en intervenant peut-être lui-même dans ces dialogues.

Jésus apprit ainsi beaucoup de Joseph. Entre autres, le métier avec lequel il gagna sa vie et celle de sa maison quand le saint Patriarche quitta ce monde. Quant à la vierge, n’a-t-elle pas marqué profondément son Fils par sa manière d’être, de parler, par les prières mêmes que tout juif apprenait de ses parents ?

Outre cette science expérimentale, qui grandit avec l’âge, Jésus posséda deux autres sortes de science : la science des bienheureux, c’est-à-dire la vision de l’essence divine, en raison de l’union de la nature humaine avec la nature divine dans la seule personne du Fils de Dieu, Seconde Personne de la Sainte Trinité. Cette science-là, propre à Dieu, ne peut grandir : il l’avait en plénitude.

Jésus possédait aussi la science infuse, qui perfectionnait son intelligence et par laquelle il connaissait toutes choses, même cachées, comme lire dans le cœur des hommes. Cette science ne pouvait pas non plus grandir[02].

Jésus parfois pose des questions : Quel est ton nom ?[03] Depuis combien de temps souffres-tu ?[04] Combien de pains avez-vous ?[05] D’autres fois, il s’étonne, et il est dans l’admiration[06]. C’est que, tout en possédant une science divine avec une connaissance absolument parfaite, il voulait vivre une existence pleinement humaine. Il ne simule pas quand il admire ou qu’il s’étonne : ce sont des réactions intimes et profondes, propres à l’être humain.

Et nous ? Grandissons-nous dans la connaissance de Dieu et de ses desseins salvifiques ? Préférons-nous stagner mollement dans notre formation chrétienne, dans nos connaissances de la doctrine révélée ? En connaissant mieux le Seigneur, nous le fréquentons plus facilement, et de ces relations surgissent un amour de plus en plus fécond… Pourquoi tarder ou traîner ?

II. Saint Cyrille écrit, à propos de la croissance de Jésus, que la sagesse divine a tout disposé pour que le Rédempteur nous ressemble en tout[07]. Notre maturité physique et intellectuelle doit s’accompagner d’une croissance des vertus humaines et de la vie surnaturelle.

Croissance toute particulière, car au lieu de laisser notre jeunesse derrière nous, comme cela arrive dans la vie naturelle, elle la rend plus éclatante et plus fraîche. Dans la vie physique arrive un moment où le pas encore de la jeunesse laisse la place au pas plus de la vieillesse. Or, il arrive exactement l’inverse dans la vie surnaturelle : la vie chrétienne ne s’épuise jamais, on peut constamment s’adresser à Dieu, à ce Dieu qui réjouit ma jeunesse[08]. Même dans la vieillesse, Dieu rend jeune la personne qu’il aime.

Qui n’a eu l’expérience des ces personnes saintes, déjà âgées, d’une inépuisable jeunesse intérieure, née de leurs relations fidèles avec le Christ et qui se manifeste dans tout leur comportement. Comme tout ce qui est vivant, la vie intérieure croît, et cette croissance s’alimente de la grâce, tout spécialement de celle des sacrements, de l’exercice des vertus. La grâce a été déposée par le baptême dans le cœur humain comme une semence[09] en vue de le faire grandir et de nous amener à la plénitude[10]. Le seul véritable obstacle est le péché, qui, en définitive, « amoindrit l’homme lui-même en l’empêchant d’atteindre sa plénitude[11] ».

L’homme spirituel se développe par l’action de l’Esprit[12], moyennant l’exercice des vertus ; il atteint sa plénitude — l’exercice harmonieux de ses capacités spirituelles — sous l’influence discrète et omniprésente des dons de l’Esprit Saint. Leur mission est de perfectionner la vie surnaturelle insufflée par les vertus théologales. Ces dons se trouvent dans toute âme en état de grâce. Certes, la maturité humaine et surnaturelle n’est pas affaire d’un instant. C’est bien plutôt une tâche quotidienne, une somme de petites victoires sur soi-même, une foule de réponses aux inspirations de la grâce dans les plus petites choses. Nous efforçons-nous d’exercer maintes fois des actes concrets ? Nous exerçons-nous à peaufiner les détails dans la pratique des vertus, pour nous forger un caractère plus vigoureux, un instrument docile et efficace à l’action de l’Esprit Saint, une volonté joyeuse et ferme à réaliser tout ce qui se rapporte à Dieu, et aux autres pour Dieu ?

III. Jésus croissait en sagesse… parce qu’il a voulu nous montrer comment toute croissance surnaturelle harmonieuse s’accompagne de la maturité humaine. Les vertus naturelles sont le fondement des vertus surnaturelles, et il n’échappe à personne qu’un chrétien authentique ne peut être en même temps qu’un bon père, un bon citoyen, un bon camarade. La vocation humaine est en quelque sorte assumée par la vocation chrétienne surnaturelle :« Quand une âme s’efforce de cultiver les vertus humaines, son cœur est déjà très près du Christ. Et le chrétien se rend compte que les vertus théologales — la foi, l’espérance, la charité— et toutes les autres vertus que la grâce de Dieu amène avec elle, le poussent à ne jamais négliger ces qualités qu’il partage avec tant d’hommes.[13] »

C’est que la grâce n’agit pas le dos tourné à la nature, elle ne se surajoute pas à la réalité — physique, psychologique et morale — sur laquelle elle repose. La vie intérieure acquiert normalement sa plénitude pendant que la personne se développe humainement : l’amour de Dieu facilite et fortifie les vertus naturelles.

Cette maturité humaine « se manifeste, surtout, dans une certaine stabilité d’esprit, dans la capacité de prendre des décisions pondérées et dans la manière droite de juger les événements et les hommes[14] ».

À quoi se reconnaîtra donc l’homme adulte ? C’est celui qui se fait de lui-même une idée réaliste et objective, capable de distinguer les conquêtes effectives de ce qui est encore projet ou pur désir, capable surtout d’accepter ses limites. Si l’on s’engage dans ce chemin, il donne un sentiment de sécurité qui permet d’agir de façon cohérente, responsable et libre. On y apprend à s’adapter aux circonstances, sans rigidité et sans faiblesse, en concédant ou en exigeant selon les nécessités. Qui manque de maturité se trompe souvent soi-même dans ses plans et ses projets, parce qu’il méconnaît ses possibilités réelles, vit dans l’incertitude, fuit facilement, par la mise en cause d’autrui, la responsabilité de ses actes, et n’accepte pas facilement non plus les défaites et les erreurs.

Qui se surprendra des effets d’un tel climat, des comportements hautains et arrogants, des entêtements injustifiés, des refus de rectifier les erreurs, des attitudes qui ne correspondent ni à la situation, ni à l’âge, des imaginations débridées, qui se délectent de rêves irréels et fantastiques ?

En revanche, une personne sereine, comme l’a été le Seigneur, ne perd pas contenance dans les circonstances difficiles, elle ne se laisse pas emporter par des accès de mauvaise humeur, par des réactions intempestives et disproportionnées dans des situations dont on peut se tirer avec un sourire et un peu de patience.

L’homme pondéré possède une confiance prudente en lui-même, une estime de soi mesurée, parce qu’il sait bien qu’il a des pieds d’argile et qu’il peut défaillir et se tromper. Dans les cas complexes, il sait demander conseil, tout en décidant par lui-même, ensuite, et en assumant la responsabilité de ses actes.

Parmi les faiblesses liées au manque de maturité, les plus dommageables sont sans doute l’indécision, l’incapacité de supporter un revers sans chercher la consolation de la compassion d’autrui, la peur de l’effort, les plaintes devant les contradictions et les ennuis qui existent dans toute vie humaine, la commodité, le goût excessif du confort matériel, l’embourgeoisement, le manque d’intensité dans l’étude ou dans le travail.

La personne mûre possède réalisme et objectivité : « Un rêveur est rarement un homme qui lutte ; il est plus facile et plus distrayant de se réfugier dans un monde fabriqué par l’imagination à sa juste mesure et dont on est toujours le protagoniste, que de s’en tenir à la réalité, de la comprendre, et de la dominer ou d’en tirer parti. C’est pourquoi le rêveur finit par être un aboulique.[15] » Ce personnage peut-il être longtemps un disciple de Jésus ?

La maturité exige beaucoup de ténacité dans les travaux commencés pour les mener à bien ; il faudra souvent dire non ! à la tentation de l’abandon devant les obstacles qui se dressent toujours en travers du chemin.

Qui mieux que notre Mère Sainte Marie, « modèle et école vivante de toutes les vertus[16] », des vertus humaines aussi, nous aidera à atteindre l’âge parfait selon le Christ[17] ?

[01] Lc 2, 52.
[02]Cf. Saints Évangiles, saint Luc, note à Lc 2, 52.
[03]Mc 5, 9.
[04]Mc 9, 20.
[05]Mc 6, 38.
[06]Cf. Mt 8, 10.
[07]Cf. Saint Cyrille d’Alexandrie, Sermon Quod unus sit Christus, PL, 75, 1332.
[08]Ps 42, 4.
[09]I Jn 3, 9.
[10]Eph 4, 13.
[11]Conc. Vat. II, Const. Gaudium et spes, 13.
[12]Eph 4, 13.
[13]Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 91.
[14]Conc. Vat. II, Decr. Optatam totius, 11.
[15]F. Suarez, El sacerdocio y su ministerio.
[16]Saint Ambroise, Traité sur la virginité, 2.
[17]Cf. Eph 4, 13.

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