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DIMANCHE APRÈS L’ÉPIPHANIE

51. LE BAPTÊME DU SEIGNEUR

— Jésus a voulu être baptisé et a institué le baptême chrétien.

— Les effets du baptême : la purification du péché originel, une vie nouvelle, la filiation divine…

— L’incorporation à l’Église et l’appel à la sainteté.

I. Aussitôt baptisé, Jésus remonta de l’eau ; et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venue des cieux disait :« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur.[01] »

La fête d’aujourd’hui commémore le baptême de Jésus par saint Jean-Baptiste dans le Jourdain. Sans avoir une seule tache à purifier, le Seigneur a voulu se soumettre à ce rite, de même qu’il se soumit aux autres observances de la loi, qui ne l’obligeaient pas davantage. En se faisant homme, il s’est soumis aux lois qui régissent la vie humaine et à celles qui régissaient le peuple juif, choisi par Dieu pour préparer la venue du Rédempteur. Jean accomplit avec énergie sa mission de prophétiser et de susciter un grand mouvement de pénitence pour préparer le règne du Messie.

Le Seigneur désire être baptisé, dit saint Augustin, « pour proclamer par son humilité ce qui était pour nous une nécessité[02] ».

Par son baptême, Jésus prépare le baptême chrétien, qu’il a directement institué en déterminant progressivement ses éléments, et qu’il établit comme loi universelle le jour de son Ascension : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre, dira le Seigneur ; allez, donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit[03].

Nous avons reçu la foi et la grâce au baptême. Le jour de notre baptême fut certainement le jour le plus important de notre vie. De même que « la terre aride ne donne pas de fruit sans eau, de même nous aussi, qui étions comme du bois sec, nous n’aurions jamais donné de fruits de vie sans cette pluie gratuite venue d’en haut[04] ». Avant de recevoir le baptême, la porte du ciel est fermée ; il n’est donc pas possible de porter de fruit surnaturel.

Aujourd’hui, notre prière nous aide d’abord à dire merci d’avoir reçu ce don gratuit, immérité et à nous réjouir des innombrables biens que Dieu nous a donnés. « La gratitude est le premier sentiment qui doit naître en nous de la grâce baptismale ; le second est la joie. Nous ne devrions jamais penser à notre baptême sans un profond sentiment de joie intérieure.[05] »

Oui, dire merci pour la purification de la tache du péché originel dans l’âme, et de tout autre péché s’il y en a eu, au moment de recevoir le baptême. Car nous sommes tous membres de la famille humaine qui, à l’origine, a été blessée par le péché de nos premiers parents. « Ce péché originel se transmet en même temps que la nature humaine, par propagation, non par imitation, et se trouve être propre à chacun.[06] » Mais Jésus a doté le baptême d’une efficacité absolue pour purifier la nature humaine et la libérer de ce péché avec lequel nous sommes nés.

L’eau baptismale signifie et opère d’une manière réelle ce que l’eau naturelle évoque : la purification de toute tache et de toute impureté[07].

« Grâce au sacrement du baptême tu es devenu le temple de l’Esprit Saint : qu’il ne t’arrive pas, exhorte saint Léon le Grand, de chasser par tes mauvaises actions un hôte aussi noble, ni de te soumettre de nouveau à la servitude du démon : car tu vaux le sang du Christ.[08] »

II. Dieu éternel et tout-puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain, et que l’Esprit Saint reposa sur lui, tu l’as désigné comme ton Fils bien-aimé ; accorde à tes fils adoptifs, nés de l’eau et de l’Esprit, de se garder toujours dans ta sainte volonté[09].

Le baptême initie à la vie chrétienne, comme une véritable naissance à la vie surnaturelle, à la vie nouvelle que prêchèrent les Apôtres et dont parle Jésus à Nicodème : En vérité je te le dis que celui qui ne naît pas d’en haut ne pourra entrer dans le royaume de Dieu... Ce qui naît de la chair est chair ; mais ce qui naît de l’Esprit est esprit[10].

Le résultat de cette vie nouvelle, c’est une certaine divinisation de l’homme et aussi une capacité de produire des fruits surnaturels bien supérieurs au pouvoir humain. Malheureusement, la dignité du baptisé est souvent voilée dans l’existence ordinaire ;c’est pourquoi, comme les saints, chacun est appelé à s’efforcer de vivre conformément à cette dignité.

La plus grande dignité humaine, la condition d’enfants de Dieu communiquée dans le baptême, est une conséquence de cette nouvelle génération. Si la génération humaine a pour résultat la paternité et la filiation, de même ceux qui sont engendrés par Dieu sont réellement ses enfants : Voyez quel grand amour nous a donné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu —car nous le sommes —. Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté...[11].

Au moment du baptême, l’effusion de l’Esprit Saint produit le miracle d’une nouvelle naissance. L’eau baptismale est bénie la nuit de Pâques, et on demande dans l’oraison : Comme l’Esprit Saint descendit sur Marie et produisit en elle la naissance du Christ, de même qu’il descende sur son Église et produise dans son sein maternel la renaissance des enfants de Dieu.

Voilà la réalité extraordinairement profonde qui correspond à cette expression imagée : le baptisé renaît à une vie nouvelle, à la vie de Dieu et c’est pourquoi il devient son enfant. Et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers avec le Christ[12].

Rendons grâces à Dieu notre Père qui a voulu pour chacun de nous des dons si incommensurables, qui dépassent toute mesure. Quel grand bien nous fera la considération fréquente de ces réalités ! « Père — me disait ce grand gaillard, bon étudiant de la “ Central ” (qu’est-il devenu ?) — en pensant à ce que vous m’avez dit... en pensant que je suis fils de Dieu ! Je me suis surpris, dans la rue, la tête haute et plein d’orgueil... Fils de Dieu !

« Je lui ai conseillé, en toute conscience, de cultiver l’“ orgueil ”.[13] »

III. Dans l’Église, personne n’est isolé : à partir du baptême, le chrétien fait partie d’un peuple, et l’Église se présente comme la vraie famille des enfants de Dieu. « Le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu au contraire en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté.[14] » Et le baptême est la porte par laquelle on entre dans l’Église[15].

« Et dans l’Église, précisément par le baptême, nous sommes tous appelés à la sainteté et à faire de l’apostolat »[16], chacun dans son propre état et sa condition. « L’appel à la sainteté et l’exigence de sanctification personnelle qui en découle est universel : tous, prêtres et laïcs, nous sommes appelés à la sainteté ; et nous avons tous reçu, par le baptême, les prémices de cette vie spirituelle qui, par sa nature même, tend à la plénitude.[17] »

Une autre vérité est intimement unie à cette condition de membre de l’Église, celle du caractère sacramentel, un certain signe spirituel et indélébile imprimé dans l’âme[18]. C’est comme la prise de possession du Christ sur l’âme du baptisé. Le Christ prend possession de notre âme au moment du baptême, lui qui nous a rachetés du péché par sa Passion et sa Mort.

Comment ne comprendrions-nous pas ce désir de l’Église que les enfants reçoivent vite ces dons de Dieu[19] ? Depuis toujours elle presse les parents de faire baptiser leurs enfants le plus tôt possible. C’est une preuve majeure de foi : on n’attente pas du tout à leur liberté, de même qu’on ne leur cause aucun dommage en leur donnant le jour, en les nourrissant, en les lavant, en les soignant, quand ils ne peuvent pas le demander. Au contraire, ils ont bien le droit de recevoir cette grâce. Quel apostolat ne convient-il pas de faire aujourd’hui à ce sujet, auprès des parents, des collègues, même des relations moins intimes !

Car dans le cas du baptême, quelque chose d’infiniment plus grand qu’aucun autre bien terrestre est en jeu : la grâce et la foi, peut-être même le salut éternel ! C’est seulement par ignorance ou à cause d’une foi endormie que beaucoup d’enfants sont privés par leurs parents eux-mêmes, chrétiens peut-être, du plus grand don de leur vie. Notre prière s’élève vers Dieu aujourd’hui justement, pour qu’il ne permette pas que cela arrive.

Ne sommes-nous pas reconnaissants à nos parents de nous avoir amenés un jour recevoir en famille ce sacrement, peu de temps sans doute après notre naissance ?

[01] Mt 3, 16-17.
[02] Saint Augustin, Sermon 51, 33.
[03] Mt 28, 13.
[04] Saint Irénée,
Traité contre les hérésies, 3, 17.
[05] Columba Marmion,
Le Christ vie de l’âme.
[06] Paul VI,
Credo du Peuple de Dieu, Rome 1967, 16.
[07] Cf. I Cor 6, 11 ; Jn 3, 3-6.
[08] Saint Léon le Grand, Homélie de Noël, 3.
[09] Collecte de la Messe.
[10] Jn 3, 3-6.
[11] Cf. 1 Jn 3, 1-9.
[12] Cf. Rom 8, 14-17.
[13] Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 274.
[14] Conc. Vat. II, Const. Lumen gentium, 9.
[15] Cf.
Ibidem. Const. Lumen gentium, 14 ; Decr. Ad Gentes, 7.
[16] Cf. Idem. Const.
Lumen gentium, 11 et
[17] A. del Portillo,
Vocation et mission du prêtre.
[18] Dz 852.

[19] Cf. S. C. Pour la Doctrine de la Foi. Instruction, 20-10-1980 ; Cf. Code de Droit Canonique, canon 867.