2e SEMAINE DE L’AVENT. LUNDI
9. L’APOSTOLAT DE LA CONFESSION
— L’un des plus grands biens que l’on puisse faire à un ami.
— Foi et confiance dans le Seigneur : le paralytique de
Capharnaüm.
— Le pouvoir de pardonner les péchés mérite respect, reconnaissance et vénération.
I. Déploie, Seigneur, ta puissance, soutiens-nous de ta force, afin que le salut retardé par nos fautes soit hâté par l’intelligence de ta grâce[01]. Cette oraison liturgique, si propre à ouvrir notre conversation avec Dieu, nous invite à annoncer la venue de Jésus en demandant d’abord pardon pour nos péchés.
Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : Prenez courage, ne craignez pas. (…) Voici votre Dieu. Il vient lui-même et va nous sauver. Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. L’eau jaillira dans le désert, des torrents dans des terres arides. Le pays torride se changera en lac, la terre de la soif en eaux jaillissantes[02]. Avec le Seigneur tous les biens surnaturels nous arrivent.
Le Messie est proche ! En ces jours de l’Avent préparons-nous à le recevoir d’une manière nouvelle. Noël arrive : Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent. Dites aux gens qui s’affolent : Prenez courage, ne craignez pas… ! Justement, nous fréquentons tous les jours des amis, des collègues, des parents, souvent désorientés au sujet du vrai sens de la vie, parfois incapables d’aller vers le Seigneur, marchant un peu comme des paralytiques sur les chemins de la vie, faute d’espérance. Nous pouvons les guider vers l’humble grotte de Bethléem. Là ils trouveront le sens de la vie, celui que nous avons découvert sans doute grâce à la vie intérieure, aux relations avec Jésus, en progressant nous-mêmes sur ces points que nos amis peuvent améliorer, avec une espérance inébranlable dans les moyens surnaturels, ceux-là mêmes que le Christ institua.
La prière, la mortification et l’exemple sont la base de l’apostolat chrétien. Cette prière pour les autres, est d’autant plus écoutée qu’elle s’appuie sur le désir de sainteté de celui qui demande. Et l’apostolat naît tout naturellement de l’amour pour le Christ. Rapprocher ses amis du Christ ce sera, souvent, les inviter à recevoir le sacrement de Pénitence, l’un des plus grands biens que le Seigneur ait laissé à son Église. Rendre facile et attirant le chemin vers la confession est peut-être l’aide la plus grande que nous puissions apporter. On peut aider quelquefois, avec délicatesse, à faire l’examen de conscience ; ou bien accompagner quelqu’un, ou encore l’encourager affectueusement grâce à une brève catéchèse sur la nature et les biens de ce sacrement. Quelle joie ce sera d’approcher un parent, un collègue, un ami de ce sacrement de la Miséricorde divine ! Une joie totalement partagée au Ciel[03] par Dieu notre Père et par tous les bienheureux.
II. Dans l’Évangile de la messe d’aujourd’hui, saint Marc raconte que Jésus arriva à Capharnaüm et que, tout de suite, on apprit qu’il était à la maison. Aussitôt il s’y rassembla tant de monde qu’il n’y avait plus de place même devant la porte[04].
Quatre amis se dirigent également vers la maison en portant un paralytique, mais sans pouvoir arriver jusqu’à Jésus à cause de la foule. Alors, par un escalier extérieur, ils montent sur le toit avec le paralytique ; ils défirent le toit au-dessus de l’endroit où se trouvait le Seigneur ; après avoir fait un trou, ils font descendre le grabat sur lequel gisait le paralytique. Ils laissèrent le grabat au milieu, devant Jésus[05].
Voilà à quoi ressemble l’apostolat, et d’une façon particulière l’apostolat de la confession : placer les personnes face à Jésus, malgré les inévitables difficultés que cela peut comporter. Ils laissent leur ami devant Jésus, et le Seigneur fait le reste, ce qui est vraiment important.
Ces quatre amis connaissaient sans aucun doute déjà le Maître, et leur espérance est si grande que le miracle aura lieu grâce à leur confiance. Leur foi supplée celle du paralytique. L’Évangile nous dit bien que Jésus en voyant leur foi, fit le miracle. On ne mentionne pas explicitement la foi du malade, on insiste sur celle de ses amis. Ils ont vaincu pas mal d’obstacles qui paraissaient insurmontables : ils ont dû probablement convaincre d’abord le malade ! Leur confiance en Jésus devait être grande, car seul convainc celui qui est déjà convaincu. Quand ils arrivèrent à la maison, elle était tellement bondée de gens qu’on ne pouvait apparemment rien faire cette fois. Mais ils ne reculent pas. Ils surmontent l’obstacle par leur esprit de décision et leur imagination. Ce qui était important, c’était la rencontre entre Jésus et leur ami : ils mettent en œuvre tous les moyens à leur portée pour que cette rencontre se réalise.
Quelle leçon pour l’apostolat que nous devons faire ! Nous aussi nous rencontrons, sans doute, des résistances plus ou moins grandes. Notre mission consiste fondamentalement à mettre nos amis en face du Christ, à les laisser à côté de Jésus… et à nous effacer. Qui peut transformer l’intérieur d’une personne sinon le Seigneur ?
Parfois nous sommes coupables peut-être de ce que d’autres ne s’approchent pas de Dieu, incapables d’aller d’eux-mêmes jusqu’au Seigneur. « Ce paralytique, explique saint Thomas, symbolise le pécheur qui gît dans le péché ; de même que le paralytique ne peut bouger, de même le pécheur ne peut agir de lui-même. Ceux qui conduisent le paralytique représentent ceux qui, par leurs conseils, conduisent le pécheur à Dieu.[06] »
Si nous avons vraiment confiance dans le Christ, si nous le fréquentons assidûment, nous surmonterons, par des initiatives humaines aussi, les obstacles qui se présentent facilement dans le travail apostolique. Le Seigneur est agréablement impressionné par l’audace, le fruit de l’espérance apostolique de ces quatre amis qui ne reculent pas devant les premières difficultés, qui n’attendent pas une occasion plus favorable, car ils ne savent pas quand Jésus passera de nouveau et si près…
Interrogeons-nous, aujourd’hui, dans notre méditation et demandons-nous si nous agissons ainsi avec nos amis, nos parents, nos connaissances : nous sommes-nous arrêtés aux premières difficultés quand nous avons décidé de les aider à connaître, comprendre la confession et à s’en approcher ? C’est bien là que le Seigneur les attend, au plus intime d’eux-mêmes.
III. Le Seigneur regarde ce malade avec une pitié infinie : Aie confiance, mon fils ! lui dit-il. Et viennent alors des paroles qui stupéfient tout le monde : tes péchés te sont pardonnés !
Quand David, par exemple, commit un grave péché et qu’il alla se prosterner aux pieds de Nathan, celui-ci lui dit : Yahvé t’a pardonné[07]. C’était Dieu qui avait pardonné ; Nathan se contenta de transmettre le message qui rendit à David la joie et le sens de sa vie. Mais Jésus, lui, pardonne en son propre nom, et cela scandalise les scribes présents : Il blasphème ! Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ?
Il est possible que le paralytique ait eu conscience, dans un moment de lucidité exceptionnelle, de son indignité. Peut-être comprit-il à ce moment, comme jamais jusqu’alors il ne l’avait fait, le besoin d’être pur devant le regard très pur de Jésus qui le pénétrait jusqu’au fond de l’âme avec une profonde miséricorde. Il reçut alors la grâce du pardon, il fut récompensé de s’être laissé aider, et immédiatement il fut rempli d’une joie inimaginable, la joie de toute confession contrite et sincère. Sa paralysie ne comptait plus, il avait rencontré Jésus ! Et le Seigneur, qui lit les pensées de tous, voulut montrer à ceux aussi qui méditeraient cette scène au long des siècles qu’il a tout pouvoir au ciel et sur terre puisqu’il est Dieu. Le pouvoir, aussi, de pardonner les péchés. Il le prouve par le miracle de la guérison complète de cet homme.
Or ce pouvoir de pardonner les péchés, le Seigneur le transmet à son Église en la personne des apôtres, pour qu’elle l’exerce jusqu’à la fin des temps à travers les prêtres : Recevez l’Esprit Saint ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez[08].
Ainsi les prêtres exercent-ils ce pouvoir non par eux-mêmes, mais au nom du Christ — in persona Christi — comme des instruments aux mains du Seigneur. Dieu seul peut pardonner les péchés, et il a voulu le faire dans le sacrement de Pénitence à travers les prêtres, ses ministres. Voilà certainement un thème de catéchèse des plus urgents pour ceux qui nous entourent…
Profitons de notre prière d’aujourd’hui pour remercier le Seigneur d’avoir laissé à son Église, notre Mère, un pouvoir tellement immense. Merci, Seigneur, de mettre si facilement à notre portée un si grand bienfait !
Ce moment de prière nous aide aussi — pourquoi pas ? — à faire un examen sérieux sur notre pratique de la confession. La préparons-nous par un examen de conscience profond ? Quel degré de contrition avons-nous ? Avec quelle fréquence nous confessons-nous ? Sommes-nous radicalement sincères avec le confesseur ? Mettons-nous en pratique les conseils reçus ? Qui de nos parents, de nos amis ou de nos collègues pouvons-nous encourager ces temps-ci à recevoir ce sacrement pour se préparer à Noël ? Beaucoup l’attendent du plus profond de leur âme — peut-être sans s’en rendre pleinement compte— et le Seigneur attend aussi qu’ils aillent à cette source de miséricorde. Nous-mêmes, n’y manquons pas. C’est le plus grand cadeau que nous puissions leur faire.
Notre Mère, Sainte Marie, Refugium peccatorum, aura pitié d’eux et de nous.
[01] Oraison du jeudi de la 1ère semaine de l’Avent.
[02] Première lecture, cf. Is 35, 1-10.
[03] Cf. Lc 15, 7.
[04] Mc 2, 1-13.
[05] Lc 5, 19.
[06] Saint Thomas, Commentaires sur saint Matthieu, 9. 2.
[07] 2 Sam 12, 13.
[08] Jn 20, 22-23.
2e SEMAINE DE L’AVENT. MARDI
10. POURQUOI SE CONFESSER ?
– Le sens de la confession individuelle.
– Devant Jésus-Christ lui-même.
– Une confession, c’est un bien pour toute l’Église et pour la Communion des saints.
I. Une voix crie : Frayez dans le désert le chemin de Yahvé, aplanissez dans la steppe une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit comblée, toute montagne et colline abaissées ; que le sol montueux se fasse plaine, et les escarpements des vallons ![01]
L’une des meilleures manières de préparer une âme pour le Seigneur qui arrive c’est de bien préparer sa confession. Le besoin de ce sacrement, source de grâce et de miséricorde au long de toute la vie, se manifeste particulièrement en ce temps où la liturgie nous encourage à attendre la Nativité : Dieu qui as envoyé ton Fils unique dans ce monde pour libérer l’homme de son péché, accorde à ceux qui t’appellent du fond du cœur d’être vraiment libres pour t’aimer[02].
La confession n’est-elle pas, avec l’Eucharistie, le sacrement qui prépare le mieux à la rencontre définitive avec le Christ à la fin de l’existence ? Toute la vie est un continuel Avent, une attente du dernier instant que l’on prépare jour après jour.
Quelle consolation de penser que c’est le Seigneur lui-même qui désire ardemment que nous soyons avec lui dans la terre nouvelle et le ciel nouveau qu’il nous a préparés[03].
Une confession bien faite, c’est une impulsion que l’on reçoit du Seigneur pour aller de l’avant, sans découragement, sans tristesse, délivré de ses misères. C’est le Christ qui dit de nouveau : aie confiance, tes péchés te seront pardonnés[04], mon enfant, recommence… C’est lui-même qui pardonne après l’humble manifestation de nos fautes. Nous confessons nos péchés « à Dieu même, même si dans le confessionnal c’est l’homme-prêtre qui les écoute. Cet homme est le serviteur humble et fidèle de ce grand mystère qui s’est réalisé entre le fils qui revient et le Père[05] ».
« Les causes du mal ne doivent pas être cherchées à l’extérieur de l’homme, mais surtout à l’intérieur de son cœur. Leurs remèdes partent aussi du cœur. Par conséquent les chrétiens, moyennant la sincérité dans leur propre désir de conversion, doivent se révolter face à l’appauvrissement de l’homme, et proclamer avec leur propre vie la joie de la vraie libération du péché (…) moyennant un repentir sincère, une ferme résolution de changement, et une ferme confession de leurs fautes.[06] »
Pour ceux qui tomberaient dans le péché mortel après le baptême, ce sacrement est aussi nécessaire au salut que le baptême pour qui n’a pas encore été régénéré à la vie surnaturelle : « c’est le moyen de rassasier l’homme de cette justice qui vient du Rédempteur.[07] » Et il est d’une si grande importance pour l’Église que « les prêtres peuvent se voir dans l’obligation de remettre à plus tard ou même de cesser d’autres activités par manque de temps, mais jamais la confession[08] ».
L’Église enseigne que tout péché mortel commis après le baptême et les circonstances qui modifient son espèce, doivent passer par le tribunal de la Pénitence, dans une confession auriculaire et secrète et avec une absolution individuelle.
Le Saint Père demande fréquemment de faire tout ce qui est possible « pour aider la communauté ecclésiale à apprécier pleinement la valeur de la confession individuelle comme une rencontre personnelle avec le Sauveur miséricordieux qui nous aime, et à être fidèles aux directives de l’Église sur un point si important[09] ».
« Nous ne pouvons pas oublier que la conversion est un acte intérieur d’une profondeur particulière dans lequel l’homme ne peut être remplacé par autrui, il ne peut se faire remplacer par la communauté.[10] »
II. La confession doit être complète en ce qui concerne le nombre des péchés graves ; elle doit être aussi surnaturelle, nous rendre plus conscients que nous demandons pardon au Seigneur lui-même, que nous avons offensé : tout péché, même celui qui concerne nos frères, est une offense à Dieu.
Faire avec sens surnaturel une confession c’est donc faire un acte d’amour de Dieu, où l’on entend le Christ dire dans l’intimité de l’âme, comme à Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Et, avec les paroles mêmes de l’apôtre, nous dirons : Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime[11]…, malgré tout.
Je t’aime et je comprends qu’après le péché mortel, le plus grand malheur pour l’âme c’est vraiment le péché véniel, car il la prive de beaucoup de grâces actuelles ! Chaque petite infidélité est un trésor perdu : elle diminue la ferveur de la charité, elle augmente les difficultés pour pratiquer les vertus qui apparaissent sous un jour de moins en moins attirant et elle prédispose à tomber un jour ou l’autre dans un péché mortel. Cela n’arrivera pas si on réagit avec promptitude.
La communion et la confession fréquentes sont l’aide la plus grande pour éviter le péché, car on y obtient des grâces spécifiques pour éviter ces défauts et ces péchés dont on s’est accusé et repenti. L’amour de la confession se révèle comme un symptôme de la finesse de l’âme, un signe irrécusable d’amour de Dieu ; le mépris ou l’indifférence de ce sacrement dénote souvent un manque de délicatesse intérieure, voire un pénible endurcissement à l’égard du surnaturel.
La fréquence de la confession est déterminée par les besoins particuliers de l’âme ; une personne sérieusement décidée à accomplir la volonté de Dieu en tout, à être toute à Dieu, aura recours à ce sacrement avec plus de fréquence puisque « la confession renouvelée périodiquement, appelée de dévotion, a toujours accompagné dans l’Église le chemin de la sainteté[12] ».
III. La réconciliation de l’homme avec Dieu et l’Église est l’un des actes les plus intimes et les plus personnels de l’homme. Beaucoup de choses fondamentales changent peu à peu dans le sanctuaire de la conscience. Ce sacrement contient en outre une dimension sociale profonde et inséparable : beaucoup de choses changent aussi au sein de la famille, dans l’étude, dans le travail, dans les loisirs, avec les amis, etc.
Le péché, parce qu’il est la plus grande tragédie de l’homme, produit un profond désarroi chez celui qui le commet, et celui qui est troublé trouble aussi son entourage. Dans le sacrement de Pénitence, le Seigneur remet les choses à leur place : en plus de pardonner les péchés, il introduit dans l’âme l’ordre et l’harmonie perdus.
Une confession bien faite c’est donc un véritable cadeau pour ceux qui vivent et travaillent avec nous. Beaucoup de personnes avec qui nous sommes en relation vont en bénéficier, car on fait, on dit les choses bien différemment quand on a reçu la grâce de ce sacrement.
Un fidèle qui se confesse sérieusement fait aussi un bien incalculable à toute l’Église ! Elle se réjouit et s’enrichit mystérieusement chaque fois que le prêtre prononce les paroles de l’absolution : grâce à la Communion des Saints, chaque confession a des résonances bienfaisantes sur tout le Corps Mystique du Christ.
Car dans cette vie intime de l’Église, dont le Christ est la pierre angulaire, chaque fidèle soutient les autres par ses bonnes œuvres et ses mérites, en même temps qu’il est soutenu par eux. Nous avons tous besoin des biens spirituels communs et, en fait, nous en bénéficions tous : nos mérites aident nos frères les hommes, répartis sur toute la terre. Inversement le péché, la tiédeur, l’embourgeoisement spirituel sont une lourde charge pour tous les membres de l’Église en chemin :« qu’un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; qu’un membre soit à l’honneur, tous les membres partagent sa joie.[13] » « voilà l’autre face de cette solidarité qui, au plan religieux, se développe dans le mystère profond et magnifique de la communion des saints grâce auquel on peut dire : “ toute âme qui s’élève, élève le monde ”. À cette loi d’élévation correspond malheureusement la loi de la descente, de sorte qu’on peut parler d’une communion du péché, en raison de quoi une âme qui s’abaisse par le péché abaisse avec elle l’Église, et d’une certaine façon, le monde entier.
« En d’autres termes, il n’existe aucun péché, même le plus intime et le plus secret, le plus strictement individuel, qui affecte exclusivement celui qui le commet. Tout péché a sa répercussion, avec une plus ou moins grande intensité, avec plus ou moins de dommage, sur tout l’ensemble de l’Église et sur toute la famille humaine.[14] »
Quelqu’un, bien disposé, qui s’approche de la confession produit donc une profonde joie autant à lui-même qu’aux autres. « Quand elle trouve la drachme, elle appelle ses amis et ses voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi.[15] » Les bienheureux du Ciel, les âmes bénies du Purgatoire et l’Église qui chemine dans ce monde se réjouissent chaque fois qu’on accorde une absolution !
« Dénouer » les liens du péché, c’est en même temps nouer ceux de la fraternité. Allons-nous encore hésiter… ou recourir à ce sacrement avec plus de joie et de promptitude, ayant découvert à quel point on aide ainsi de nombreux chrétiens et spécialement ceux qui nous sont les plus proches, en se confessant bien ?
Demandons-le à Dieu avec toute l’Église : « que la présence au milieu de nous de celui qui doit venir, ton Fils bien-aimé, nous redonne courage et nous préserve de la dégradation du péché.[16] »
[01] Is 40, 1-11.
[02] Oraison de la messe, Samedi de la 1ère semaine de l’Avent.
[03] Apoc 21, 1.
[04] Mt 9, 2.
[05] Jean-Paul II, Hom. Paroisse St Ignace d’Antioche. Rome, 16-3-1980.
[06] Cf. Idem Homélie, Rome, 5-4-1979.
[07] Idem. Enc. Redemptor hominis, 20.
[08] Idem, Rome, 17-11-1978.
[09] Idem. Allocution, Tokyo, 23-2-1981.
[10] Idem. Enc. Redemptor hominis, 20.
[11] J n 21, 17.
[12] Jean-Paul II, Allocution, 30-1-1981.
[13] I Cor 12,
[14] Jean-Paul II Exhort. apost. Reconciliatio et Paenitentia, 2-12-1984, 16.
[15] Lc 15, 19.
[16] Oraison de la messe, Mardi de la 1ère semaine de l’Avent.
2e SEMAINE DE L’AVENT. MERCREDI
11. LE CHEMIN DE LA DOUCEUR.
– Jésus, parfait modèle de douceur.
– La douceur s’appuie sur la force d’âme.
– Les fruits de la douceur dans la convivialité et l’apostolat.
I. Le texte du prophète Isaïe dans la première lecture de la messe[01], tout comme le psaume responsoriel[02], nous invitent à contempler la grandeur de Dieu face à cette faiblesse engendrée par nos chutes. Et ils nous disent que Yahvé est miséricordieux et compatissant, lent à la colère et riche en bonté[03]. Ceux qui espèrent en lui renouvellent leurs forces ; il leur poussera des ailes comme aux aigles ; ils courront sans se fatiguer ; ils iront sans se lasser[04].
Le Messie ne cache pas qu’il apporte à l’humanité un joug et une charge. Mais ce joug est léger parce qu’il est libérateur, et la charge n’est pas pesante, parce qu’il en porte la part la plus lourde. Jamais le Seigneur n’accable de ses préceptes et de ses commandements : ils rendent l’homme, au contraire, plus libre et l’existence plus facile. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos, nous dit Jésus dans l’évangile de la messe. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école : je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du soulagement pour votre être, car mon joug est agréable et mon fardeau léger.[05] » Le Seigneur se propose lui-même comme modèle de douceur et d’humilité, deux vertus, deux attitudes du cœur qui vont de pair.
Le plus souvent Jésus s’adresse à des foules qui le suivent harassées et abattues comme des brebis sans berger[06], et il commence par gagner leur confiance grâce à la douceur de son cœur, toujours accueillant et compréhensif.
La liturgie de l’Avent se plaît à présenter ce Christ doux et humble pour que nous allions vers lui simplement, pour que nous essayions de l’imiter aussi… et ce sera la meilleure préparation à Noël ! C’est alors que l’on comprend les événements décisifs de Bethléem et c’est ainsi seulement que ceux qui marchent à nos côtés sentiront s’éveiller en eux le désir de nous accompagner jusqu’à l’Enfant-Dieu.
Aucune âme ne peut rester fermée à un cœur doux et humble, comme celui du Christ ! Là, dans ce cœur aimable, les foules trouvent refuge et repos, hier comme aujourd’hui. En lui elles trouveront la paix. Le Seigneur ne recommande-t-il pas de nous mettre à son école ? La fécondité de l’apostolat est liée à la vertu de la douceur.
Observons Jésus de près. Il est si patient devant les défauts de ses disciples ! Il n’hésite pas à répéter les mêmes enseignements, à les expliquer en détail pour que ses familiers, lents et distraits, assimilent bien la doctrine du salut. Il ne s’impatiente jamais devant leurs manières rudes ou leur manque de réponse. Vraiment, Jésus « notre Maître et Seigneur, doux et humble de cœur, attira et invita patiemment ses disciples[07] ».
Imiter Jésus dans sa douceur c’est le meilleur remède à nos bouderies, à nos impatiences, à nos manques de cordialité et de compréhension. L’esprit serein et accueillant naît et grandit dans la mesure où l’on vit dans la présence de Dieu et où l’on contemple souvent la vie de Notre Seigneur. « Comme j’aimerais que ton comportement et ta conversation fussent tels que l’on pût dire en te voyant ou en t’écoutant : voilà quelqu’un qui lit la vie du Christ.[08] » La contemplation de Jésus aide beaucoup à ne pas être hautains, à ne pas nous impatienter devant les contrariétés de la vie quotidienne.
C’est une erreur de penser que le “mauvais caractère” qui se manifeste régulièrement dans des occasions et des circonstances précises dépend de la manière d’être de ceux qui nous entourent. « La paix de notre esprit ne dépend pas du bon caractère et de la bienveillance des autres. Ce bon caractère et cette bonté de notre prochain ne sont en aucune manière soumis à notre pouvoir et à notre arbitraire. Ce serait absurde. La tranquillité de notre cœur dépend de nous-mêmes. Il dépend de nous d’éviter les défauts ridicules de la colère. Cela n’est pas subordonné à la manière d’être des autres. Pouvoir surmonter notre mauvais caractère ne doit pas dépendre de la perfection des autres, mais de notre vertu.[09] » La douceur est particulièrement précieuse dans les circonstances où la vie avec les autres devient plus difficile.
II. La douceur n’est pas le propre de mous ou d’amorphes ; elle s’appuie, au contraire, sur une grande force d’esprit. L’exercice de cette vertu implique, en effet, de continuels actes de force. De même que les pauvres sont les vrais riches selon l’Évangile, de même les doux sont les vrais forts. « Bienheureux les doux parce qu’eux, dans la guerre de ce monde, sont protégés contre le démon et contre les coups des persécutions du monde. Ils sont comme des vases en verre recouverts de paille ou de foin, qui ne se cassent pas en recevant des coups. La douceur est comme un bouclier très fort contre lequel se brisent et se cassent les coups de flèches aiguës de la colère. Ils sont revêtus d’un vêtement de coton très doux qui les défend sans déranger personne.[10] »
La matière de cette vertu, c’est la passion de la colère que l’on modère et que l’on rectifie, de sorte qu’elle ne s’enflamme que lorsque c’est nécessaire et dans la mesure où c’est vraiment nécessaire.
Apprenez de moi qui suis doux et humble de cœur ! En face de la majesté de Dieu qui se fait Enfant à Bethléem, tout ce qui nous concerne acquiert de justes proportions ; ce qui pourrait devenir une grande contrariété reprend sa place. La contemplation de la naissance de Jésus accentue l’élan de la prière, fait grandir la charité et protège la paix. À côté de lui, l’on apprend à être justes, à évaluer en sa présence les incidents de la vie ordinaire, à se taire parfois, à sourire, à bien traiter les autres, à attendre le moment opportun pour corriger une faute, à se manifester aussi pour défendre la vérité et les intérêts de Dieu et de nos frères avec toute la force nécessaire. Une sainte colère devant l’injustice n’est pas opposée à la douceur, elle-même si intimement liée à l’humilité car la douceur ne sert pas de bannière à la lâcheté !
Quand la colère est-elle, se demande-t-on, juste et sainte ? D’abord quand est en jeu le droit des autres, particulièrement la souveraineté ou la sainteté de Dieu. Jésus s’est saintement irrité devant les pharisiens et les marchands du Temple[11] quand il découvre le Temple transformé en caverne de voleurs ; profané, consacré à des choses qui n’avaient rien à voir avec l’adoration de Dieu. Alors le Seigneur se fâche, et il le montre par ses paroles et ses actes ! Peu de scènes sont aussi fortes que celle-là.
À côté de cette sainte colère de Jésus contre ceux qui prostituent le lieu saint, il montre sa miséricorde illimitée pour ceux qui en ont besoin : « En même temps des aveugles et des boiteux s’approchèrent de lui dans le Temple et il les guérit.[12] »
III. La douceur s’oppose aux manifestations stériles de la violence, qui ne sont au fond que des signes de faiblesse, l’impatience, l’irritation, la mauvaise humeur, la haine… Elle s’oppose aux inutiles dépenses de force dans des colères sans raison d’être, ni par l’origine (souvent des petitesses qui peuvent être surmontées par un sourire ou le silence), ni par les résultats (elles n’arrangent rien).
L’absence de cette vertu provoque des explosions de mauvaise humeur entre les époux qui rongent peu à peu le véritable amour ; l’irascibilité aux conséquences funestes dans l’éducation des enfants ; le manque de paix dans la prière (au lieu de parler avec Dieu on rumine les offenses). Qui n’a fait l’expérience d’une conversation où la colère affaiblit les arguments les plus solides ? La maîtrise de soi, qui fait partie de la véritable douceur, est l’arme des forts, qui les retient de parler trop tôt, de dire des paroles blessantes (que l’on regrette tant, par la suite). La douceur sait attendre le moment opportun, elle aime la nuance des jugements. C’est par là qu’elle acquiert toute sa force.
L’absence habituelle de douceur dénote, dans le fond, la redoutable présence, même cachée, de l’orgueil. Que peut-on attendre d’autre, alors, que la solitude et la stérilité autour de soi ? « Ton mauvais caractère, tes manières abruptes, tes attitudes qui manquent d’affabilité, ta rigidité (si peu chrétienne !) sont la cause que tu te trouves seul, dans la solitude de l’égoïste. Tu te sens amer, constamment insatisfait, rongé par quelque rancune et tu te plains de sentir autour de toi un climat d’indifférence, de froideur, de méfiance.
« Il te faut un bon caractère, une grande compréhension, beaucoup d’affabilité. Amalgame à ta vie la douceur du Christ, sois heureux et rends heureux tous ceux qui te rencontrent sur le chemin de la vie.[13] »
Les doux posséderont la terre… D’abord ils seront maîtres d’eux-mêmes, ils ne seront pas esclaves de leurs impatiences et de leur mauvais caractère et ils posséderont Dieu parce que leur âme est disposée en permanence à la prière, dans un climat de présence de Dieu. Ils posséderont aussi l’affection de tous ceux qui les entourent, parce que de tels cœurs se gagnent facilement l’amitié et l’affection, indispensables à la vie quotidienne et à l’apostolat. La bonne odeur du Christ[14] lors de notre passage dans le monde c’est le sourire habituel, le calme, la joie, la bonne humeur, la charité, la compréhension…
Pour y parvenir, examinons nos dispositions au sacrifice sans lequel il est bien difficile de rendre la vie agréable aux autres. Sommes-nous capables d’abandonner nos propres jugements, de ne pas prétendre avoir toujours raison ? Savons-nous dominer notre caractère et passer par dessus les frottements que comporte la vie avec les autres ? Ce temps de l’Avent est une merveilleuse occasion pour renforcer cette attitude du cœur. Nous y arriverons sûrement si nous fréquentons davantage Jésus, Marie et Joseph, si nous luttons chaque jour pour être plus compréhensifs avec ceux qui nous entourent, si nous essayons de limer nos propres aspérités, si nous savons aller au Tabernacle pour parler au Seigneur de tout ce qui nous préoccupe.
[01] Cf Is 40, 25-31.
[02] . Ps 102, 1-2, 8-10.
[03] Ps 102, 8.
[04] Is 40-31.
[05] Mt 11, 28-30.
[06] Mt 9, 36.
[07] Conc. Vat. II, Décl. Dignitatis humanae, 11.
[08] Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 2.
[09] Cassien, Constitutiones, 8.
[10] F. de Osuna, Troisième abécédaire spirituel, III, 4.
[11] Cf. Jn 2, 13-17.
[12] Mt 21, 14.
[13]Canals, Dieu est parmi nous, p. 55.
[14] Cf. 2 Cor 2, 15.