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17e SEMAINE. JEUDI

43. JÉSUS PRÉSENT DANS LE TABERNACLE

— La Sainte Trinité a sa demeure parmi nous.

— La présence du Christ dans le Tabernacle.

— Le culte et la dévotion au très Saint Sacrement. L’hymne Adoro te devote.

I. Tout au long de l’Ancien Testament Dieu avait révélé son intention d’habiter pour toujours parmi les hommes. Ce que l’on appelait la Tente de la réunion fut comme le premier temple de Dieu dans le désert, et sur elle se posait une nuée qui était le symbole de la gloire de Dieu et de sa présence : La Nuée couvrit la tente de la Rencontre, et la gloire du Seigneur emplit la Demeure01. Cette nuée était le signe de la présence divine02.

Plus tard le Temple de Jérusalem sera le lieu où les Israélites rencontraient Dieu03 ; c’était le lieu dont ils avaient la nostalgie en exil, en se rappelant le temps où ils allaient à la maison de Dieu avec des chants de joie et de louange : De quel amour j’aime ta demeure, Dieu de l’univers // Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ; mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant !04 Être loins du sanctuaire signifiait être privés du vrai bonheur : Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant ; quand irai-je contempler la face de Dieu ? 05

À la plénitude des temps, le Verbe s’est fait chair. Au moment de l’Incarnation le pouvoir du Très-Haut couvre de son ombre Notre-Dame06. Et une fois que le Saint-Esprit est descendu sur Marie, la Vierge devient le nouveau Tabernacle de Dieu : le Verbe de Dieu habita parmi nous07. Le mot grec correspondant à habiter, que saint Jean emploie, « signifie étymologiquement “planter la tente de campagne” et, de ce fait, habiter en un lieu. Le lecteur attentif de l’Écriture se rappelle spontanément le tabernacle des temps de la sortie d’Égypte, dans lequel Yahweh montrait sa présence au milieu du peuple d’Israël par certains signes de sa gloire, comme la nuée posée sur la tente. En de nombreux passages de l’Ancien Testament on annonce que Dieu habitera au milieu du peuple (cf. par exemple Jer 7, 3). Il y eut d’abord les signes de la présence de Dieu dans la Tente du sanctuaire en voyage dans le désert, puis dans le Temple de Jérusalem, et enfin la prodigieuse présence de Dieu parmi nous : Jésus, Dieu parfait et Homme parfait, en qui s’accomplit l’ancienne promesse au-delà de ce que les hommes pouvaient espérer. De même la promesse faite par Isaïe au sujet de l’Emmanuel ou “Dieu avec nous” (Is 7, 14) s’accomplit pleinement dans le fait que le Fils de Dieu Incarné habite parmi les hommes. » 08 Depuis lors nous pouvons dire avec exactitude que Dieu vit parmi nous. Chaque jour nous pouvons être près de lui, d’une proximité à laquelle jamais aucun homme n’avait pu songer. Combien nous sommes proches du Seigneur ! Dieu est avec nous !

II. Depuis le moment de l’Incarnation nous pouvons dire au sens propre que Dieu se trouve avec nous, avec une présence personnelle, réelle, et d’une façon qui est exclusive à Jésus-Christ : Jésus-Christ, vrai Homme et vrai Dieu, a avec nous une proximité plus grande que tout autre à qui l’on puisse penser. Jésus est Dieu-avec-nous. Avant, les Israélites disaient que Dieu était avec eux ; maintenant nous pouvons le dire d’une façon exacte, comme lorsqu’on affirme que quelque chose que nous sentons ou que nous voyons par les sens est plus près ou plus loin. En Palestine, le Christ cheminait, s’approchait d’une ville, sortait pour prêcher en d’autres lieux... Jésus acheva de proposer des paraboles, puis il s’éloigna de là09, lisons-nous dans l’Évangile de la Messe.

Et Dieu abandonna ce lieu pour rencontrer d’autres personnes. Le prêtre, lorsqu’il consacre l’hostie dans la sainte Messe, nous apporte le Christ, Dieu et Homme, sur l’autel. C’est une présence spéciale qui n’existe que dans l’Eucharistie et qui continue, tant que durent les espèces consacrées. Dans le Tabernacle se trouve le Christ réellement présent, avec son Corps, avec son Sang, avec son Âme et avec sa Divinité. Il est donc juste de dire : « Dieu est ici » , près de moi : je crois, Seigneur, fermement que tu es ici, que tu me vois, que tu m’entends...

Le Magistère de l’Église, pour couper court à diverses erreurs, a rappelé et précisé la portée de cette présence eucharistique : c’est une présence réelle, c’est-à-dire ni symbolique ni simplement signifiée ou insinuée par une image ; vraie, non fictive, ni simplement mentale ou provenant de la foi ou de la bonne volonté de qui contemple les saintes espèces ; et substantielle, parce que, grâce au pouvoir de Dieu qu’ont les paroles du célébrant au moment de la Consécration, toute la substance du pain se transforme en la substance du Corps du Seigneur et toute la substance du vin en la substance de son Sang. Ainsi le Corps et le Sang adorables du Christ Jésus sont-ils substantiellement présents, et « dans la réalité même, indépendamment de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d’exister après la Consécration »10 ; « une fois réalisée la transubstantiation, les espèces de pain et de vin (...) contiennent une nouvelle “réalité”, que nous appelons avec raison ontologique, car sous ces espèces n’existe plus ce qu’il y avait avant, mais une chose complètement différente (...), et non seulement selon le jugement de foi de l’Église, mais selon la réalité objective.11 »

Jésus est présent dans nos Tabernacles indépendamment du fait que beaucoup ou peu de personnes bénéficient de sa présence ineffable. Il est là, avec son Corps, avec son Sang, avec son Âme, avec sa Divinité : peut-il exister plus grande proximité ? L’Église possède en son sein l’Auteur de toute grâce, la cause perpétuelle de toute sanctification. D’une certaine façon nous pouvons dire que la présence eucharistique du Christ est la prolongation sacramentelle de l’Incarnation.

Du Tabernacle Jésus nous invite à ce que là convergent nos affections, nos demandes. Durant les visites au Saint Sacrement et dans les actes de culte à la Sainte Eucharistie nous remercions le Seigneur pour ce don, dont nous ne sommes parfois pas suffisamment conscients. Allons au Tabernacle pour y chercher des forces, dire à Jésus combien nous pensons à lui, combien nous avons besoin de lui, car « l’Eucharistie est conservée dans les temples et les oratoires comme le centre spirituel de la communauté religieuse ou paroissiale ; plus encore, de l’Église universelle et de toute l’humanité, puisque sous le voile des saintes espèces elle contient le Christ, tête invisible de l’Église, Rédempteur du monde, centre de tous les cœurs, par qui sont toutes les choses et nous avec lui (1 Cor 8, 6).12 »

III. La pratique de l’Église d’adorer le Christ présent dans le Tabernacle a été constante. Si les Israélites montraient tant de révérence envers cette Tente de la rencontre dans le désert, et plus tard envers le Temple de Jérusalem, qui étaient des figures ou des images de la réalité, comment n’allons-nous pas honorer le Christ qui est resté avec nous pour toujours dans le Tabernacle ? Dans les premiers siècles, on gardait les saintes Espèces pour les apporter à ceux qui ne pouvaient pas aller à la Messe, en particulier les malades, les mourants, et ceux qui étaient en prison à cause de leur foi. Les saintes Espèces étaient portées avec respect et ferveur pour qu’ils puissent eux aussi communier. Plus tard, la foi vive en la présence du Christ conduisit les fidèles à visiter fréquemment le lieu où on le gardait, et fut aussi à l’origine du culte au très Saint Sacrement.

L’autorité de l’Église l’a ratifié et enrichi constamment : « Les chrétiens témoignent à ce très Saint Sacrement, lorsqu’ils l’adorent, le culte de latrie que l’on doit au vrai Dieu, selon la coutume toujours acceptée de l’Église catholique.13 »

Au treizième siècle, saint Thomas d’Aquin composa une hymne eucharistique qui, d’une façon fidèle et pieuse, contient toute la foi de l’Église. Nous pouvons le dire souvent pour manifester notre piété et honorer Jésus dans le très Saint Sacrement : Adoro te devote latens deitas... Je t’adore avec dévotion, Dieu caché, vraiment présent sous ces apparences. À toi mon cœur se soumet tout entier car à te contempler tout entier il défaille ; je me soumets à tout ce que nous enseigne la foi avec humilité et reconnaissance, ébloui devant le pouvoir de Dieu, stupéfait par sa miséricorde. Dieu lui-même se donne, désarmé, dans nos mains ; quelle leçon pour mon orgueil ! Et avec la confiance qui s’accroît par le fait de l’avoir là, si près, nous demandons au Seigneur sa grâce pour soumettre notre volonté à sa Volonté...

Près du Tabernacle nous apprenons à aimer, nous trouvons les forces nécessaires pour être fidèles, la consolation dans les moments de douleur. Il nous attend toujours et se réjouit lorsque nous sommes près de lui, même si c’est pour un court instant. Dans le Tabernacle, Jésus attend les hommes les plus maltraités par la rudesse de la vie, et il les réconforte avec la chaleur de sa compréhension et de son amour. Près du Tabernacle, les paroles du Seigneur sont d’une très grande actualité : Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau : c’est moi qui vous soulagerai14. Ne manquons pas de lui rendre visite. Il nous attend, si nombreux sont les biens qu’il nous a réservés !

01. Première lecture. Années impaires. Ex 40, 34. — 02. Cf. Nm 12, 5 ; 1 Rg 8, 10-11.— 3. Cf. Is 1, 12 ; Ex 23, 15-17.— 4. Psaume responsoriel, Années impaires. Ps 83, 2-3.— 5. Ps 42, 3.— 6. Cf. Lc 1, 35.— 7. Jn 1, 14.— 8. Bible de Navarre, Les saints Évangiles— 9. Mt 13, 53.— 10. Paul VI, Credo du Peuple de Dieu, 25.— 11. Idem, Enc. Mysterium fidei, 3 septembre 1965.— 12. Idem, 69.— 13. Concile de Trente, Session XIII, cap. 5 ; Dz 1643.— 14. Mt 11, 28.



17e SEMAINE. VENDREDI

44. SANS RESPECT HUMAIN

— Le courage de suivre le Christ dans toutes les circonstances.

— La vertu de force aide à vaincre le respect humain.

— Les hommes ont besoin du témoignage clair d’une vie clairement chrétienne.

I. Lorsque Jésus commença sa vie publique, beaucoup de voisins et de parents pensèrent qu’il était devenu fou01, et dans sa première visite à Nazareth, que nous lisons dans l’Évangile de la Messe02, ses compatriotes refusent de voir en lui quoi que ce soit de surnaturel et d’extraordinaire. On sent dans leurs paroles une envie, à peine contenue. D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N’est-il pas le fils du charpentier ?... Et ils étaient profondément choqués à cause de lui.

Dès le début Jésus fut affronté à un courant de médisances et de mépris, né de la lâcheté et de l’égoïsme des hommes, car il proclamait la Vérité sans respect humain. Ces résistances augmentent au cours des années, jusqu’à la calomnie et à la persécution ouverte qui le conduira à la mort. Cependant même ses ennemis diront : Maître, nous savons que tu es sincère, que tu enseignes la voie de Dieu en toute vérité et que tu ne te soucies de personne, car tu ne regardes pas l’apparence des gens03.

Le Maître demande à ses disciples le même détachement face aux jugements favorables ou défavorables. Les chrétiens sont invités à faire tout leur possible pour mener une vie droite et réussir professionnellement et socialement, car cela fait partie de la dignité humaine et peut tellement aider leur apostolat dans le monde ! Mais ils n’oublieront pas que cette conduite peut heurter ceux qui s’opposent à la morale chrétienne ou tout simplement certains croyants embourgeoisés. Le Seigneur peut même demander, dans des circonstances extraordinaires, de renoncer à cette réussite humaine et à la vie même. Avec l’aide de la grâce, nous y serons disposés, puisque tout ce qui est à nous est au Seigneur.

Certes, il faut apprendre à repousser la crainte de paraître choquant si, parce qu’on vit comme disciple du Christ, sa conduite est mal interprétée ou même réprouvée. Celui qui par respect humain cacherait sa condition de chrétien dans un milieu réfractaire, mériterait ces paroles de Jésus : celui qui m’aura renié devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux04. Le Seigneur nous apprend ainsi que la confession de la foi, avec toutes ses conséquences et dans tous les milieux, est partie intégrante de la mission de ses disciples.

C’est ainsi que se sont comportés beaucoup de fidèles qui ont suivi Jésus. Joseph d’Arimathie et Nicodème, qui, tout en étant des disciples cachés du Seigneur, n’ont pas hésité à payer de leurs personnes alors que tout semblait perdu, car Jésus était mort crucifié. D’autres, en revanche, « à l’heure de la lâcheté étalent leur courage, en déclarant devant les autorités — “audacter” — avec audace, leur amour pour le Christ 05 » . Ainsi se comportèrent les Apôtres, qui se montrèrent si fermes face aux abus du Sanhédrin et aux persécutions des païens, convain­cus que la doctrine de la Croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, elle est force divine06. Saint Paul, qui n’eut jamais honte de l’Évangile, écrivait à son disciple Timothée : Dieu ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à Notre-Seigneur07. Paroles qui nous sont adressées aujourd’hui à nous, pour que nous soyons fidèles au Maître lorsque les circonstances ou l’entourage se montrent indifférents ou contraires.

II. La vie du chrétien est destinée à se développer en pleine normalité, là où il lui est donné de vivre, mais elle présente parfois un contraste avec des comportements tièdes, embourgeoisés ou indifférents, voire antichrétiens, même indignes d’un être humain. Il est logique alors que la différence de conduite se remarque davantage, et il n’est pas surprenant que ceux qui ignorent les enseignements du Christ jugent injustement les chrétiens ou se montrent ironiques, ou même offensants : cela n’est-il pas arrivé à Notre-Seigneur ?

D’ordinaire il ne s’agit pas de souffrir de grandes violences physiques pour la cause de l’Évangile, mais plutôt de supporter des médisances et des calomnies, des sourires moqueurs, des discriminations dans le travail, la perte d’avantages matériels ou d’amitiés plus ou moins superficielles... En famille ou avec les amis il faudra parfois peut-être une bonne dose de sérénité et de force surnaturelle pour maintenir une conduite cohérente avec la foi. Dans ces situations inconfortables la tentation se présente de choisir un chemin plus facile et d’éviter aux autres un mouvement de refus ou d’incompréhension, au prix de céder là où un chrétien ne peut pas céder. Il peut se glisser dans l’âme l’idée qu’il ne faut pas perdre d’amis, qu’il ne faut pas fermer des portes qu’il sera peut-être nécessaire d’ouvrir plus tard… C’est alors que la tentation se manifeste de se laisser aller au respect humain, de cacher sa propre identité…

Dans ces difficiles situations, le chrétien préférera non pas se demander ce qui sera bien ou mal accepté, mais ce qui est le mieux, ce que le Seigneur attend dans cette circonstance précise. Le respect humain est souvent une conséquence de la commodité, de ne pas vouloir passer un mauvais moment, du désir de toujours plaire ou de ne pas se distinguer à l’intérieur d’un groupe. Or le Seigneur attend justement peut-être que nous nous distinguions sans acrimonie, que nous soyons cohérents avec la foi et l’amour que nous portons dans le cœur, que nous exprimions nos convictions les plus profondes, par le silence, par quelques mots, par un geste ou par une attitude… Cette fermeté dans la foi manifestée dans la conduite devient presque sans s’en rendre compte, le meilleur moyen d’exprimer l’attrait de la foi chrétienne, et le début du retour à la maison du Père de celui qui doutait.

La crainte du qu’en-dira-t-on est un des principaux obstacles qui se présentent sur le chemin de celui qui commence à suivre le Christ. « Sais-tu, demande le saint Curé d’Ars, quelle est la première tentation que le démon présente à une personne qui a commencé à mieux servir Dieu ? C’est le respect humain 08 » , car toute personne normale possède un sens inné de honte qui la mène à repousser les situations qui la placent en évidence. Mais quelle joie de payer de sa personne pour Jésus-Christ, lorsque l’occasion s’en présente ! Nous ne regretterons jamais d’avoir été cohérents avec la foi chrétienne.

III. Beaucoup de personnes autour de nous attendent le témoignage d’une vie chrétienne. On peut faire tant de bien par sa conduite ! Le monde a besoin de chrétiens travailleurs, aimables, cordiaux et fermes dans leur foi ! Il arrive d’entendre parler d’un article de journal “courageux” parce qu’il attaque le magistère du Pape, parce qu’il défend l’avortement ou les contraceptifs… Mais, ce qui est courageux à notre époque, n’est-ce pas précisément de défendre l’autorité du Souverain Pontife, de défendre le droit à la vie depuis la conception, d’avoir, si telle est la volonté de Dieu, une famille nombreuse ou de défendre l’indissolubilité du mariage ? Combien de cœurs qui doutaient ont été fortifiés un jour par une conduite pleine de douceur et de fermeté !

Il est urgent de demander à Dieu “l’audace propre aux enfants de Dieu” pour vaincre la crainte, pour ne pas permettre sans réagir que dans la vie sociale on ignore le Seigneur, que des hommes sectaires le rejettent dans le domaine de la conscience individuelle… à cause de l’inefficacité de ceux qui auraient peur.

Ressentir la tentation de passer inaperçus dans des situations conflictuelles à cause de l’Évangile ? Saint Pierre lui-même, après avoir été confirmé à la tête de l’Église, et avoir reçu le Saint-Esprit, est tombé de haut à cause du respect humain, de concessions indues à un environnement adverse. Saint Paul le lui reprochera avec fermeté et loyauté09. Cet épisode, loin de ternir la sainteté et l’unité de l’Église, démontre l’union des Apôtres, l’estime de saint Paul envers la Tête visible de l’Église et l’humilité de saint Pierre qui sut rectifier. Nous aussi aidons-nous les uns les autres avec force et affection, si nécessaire grâce à la correction fraternelle, comme les premiers chrétiens.

Le Seigneur nous donne l’exemple de la conduite à suivre, puisqu’il savait, depuis ce jour à Nazareth, que beaucoup ne seraient pas d’accord avec lui. Il n’a jamais agi par respect humain ; car une seule chose était importante pour lui : accomplir la volonté du Père. Par exemple il n’a jamais cessé de guérir le samedi, tout en sachant qu’on le surveillait pour voir s’il guérissait ce jour-là 10. Jésus sait ce qu’il veut dès le début de sa vie. Dans tout son ministère, que ce soit dans ses paroles ou dans sa manière d’agir, on ne le voit jamais hésiter, rester indécis, et moins encore, revenir sur ses pas. Et il attend des siens cette même fermeté de la volonté. « Il communique ainsi à ses disciples sa manière d’être. La précipitation et l’indécision, les abandons et les manquements aux engagements pris sont très loin de lui. Tout son être et sa vie sont un “oui” ou un “non”. Jésus est toujours le même, toujours bien disposé, car lorsqu’il parle et lorsqu’il agit, il le fait toujours avec une pleine lucidité de conscience et avec toute sa volonté.11 »

Demandons aujourd’hui à Jésus cette fermeté pour nous guider toujours et en toute circonstance par la volonté de Dieu et non par la volonté des hommes, si souvent changeante et capricieuse.

01. Mc 3, 21. — 02. Mt 13, 54-58. — 03. Mt 22, 16. — 04. Mt 10, 33. — 05. Cf. SAINT J. ESCRIVA, Chemin, n.841. — 06. 1 Cor 1, 18. — 07. 2 Tim 1, 7-8. — 08. Saint Curé d’Ars, Sermon sur les tentations. — 09. Gal 2, 11-14. — 10. Mc 3, 2. — 11. K. ADAM, Jésus-Christ.



17e SEMAINE. SAMEDI

45. SAVOIR SE TAIRE, SAVOIR PARLER

— Le silence de Jésus n’est jamais vide.

— Parler si c’est nécessaire, avec charité et fermeté, parce que le silence est parfois coupable.

— Le courage et la force dans le quotidien forgent la cohérence de la foi et de la vocation.

I. Pendant trente ans, Jésus mena une vie de silence ; seuls Marie et Joseph connaissaient le mystère du Fils de Dieu. Lorsqu’il revient de nouveau au village où il avait vécu, ses compatriotes s’étonnent de sa sagesse et de ses miracles, car ils n’avaient vu en lui qu’une vie exemplaire de travail.

Pendant les trois ans de son ministère public, il se recueille dans le silence de la prière, seul à seul avec Dieu son Père. Il s’écarte de la clameur et de la ferveur parfois superficielle de la foule qui prétend le faire roi, il réalise ses miracles sans ostentation et recommande fréquemment à ceux qui ont été guéris de ne pas le proclamer…

Pendant la Passion, le silence de Jésus face aux voix de ses ennemis est émouvant : Il resta en silence et ne répondit rien01. Face à tant de fausses accusations, il apparaît sans défense. « Dieu notre Sauveur, écrit saint Jérôme, qui a racheté le monde poussé par sa miséricorde, se laisse conduire à la mort comme un agneau, sans dire un mot ; il ne se plaint ni ne se défend. Le silence de Jésus obtient le pardon de la protestation et de l’excuse d’Adam. 02 » Jésus se tait pendant le procès devant Hérode et Pilate ; nous le contemplons debout, sans dire un mot, devant Barrabbas et devant des ennemis bruyants, excités, à l’affût, qui se servent de faux témoignages pour déformer ses paroles. Il est debout devant le Procureur. Il ne répondit rien aux accusations portées contre lui par les grands prêtres et les Anciens. Alors Pilate lui dit : Tu n’entends pas tout ce dont ils te chargent ? Mais il ne lui répondit sur aucun point, si bien que le gouverneur était grandement étonné03.

Le silence de Dieu devant les passions humaines, devant les péchés que commet l’humanité, n’est pas un silence de colère ou de mépris, mais un silence débordant de patience et d’amour. Le silence du Calvaire est celui d’un Dieu qui vient racheter tous les hommes par sa souffrance sur la Croix. Le silence de Jésus dans le Tabernacle est celui de l’amour qui attend une réponse d’amour ; c’est un silence patient qui regrette que nous ne lui rendions pas visite ou que nous le fassions un peu distraitement.

Le silence du Christ pendant sa vie terrestre n’est pas un vide intérieur, il est rempli de force et de plénitude. Ceux qui se plaignent continuellement des contrariétés (ordinaires) dont ils souffrent ou du mauvais sort, ceux qui racontent en permanence leurs problèmes, ceux qui ne savent pas supporter une injure en silence, ceux qui se sentent obligés de donner continuellement des explications de ce qu’ils font ou ne font pas, ceux qui ont toujours besoin d’exposer les raisons et les motifs de leurs actes, quêtant avec anxiété la louange ou l’approbation des autres… ceux-là devraient regarder plus souvent le Christ qui se tait.

Nous l’imitons lorsque nous apprenons à porter les charges et les incertitudes que toute vie comporte sans plaintes stériles, sans y faire participer le monde entier, lorsque nous affrontons nos problèmes personnels sans les décharger inutilement sur les épaules des autres. Cherchons plutôt à répondre de nos propres actes sans excuses, sans justifications, à réaliser notre travail en cherchant la perfection de la tâche réalisée et la gloire de Dieu, sans quêter des louanges...04

Iesus autem tacebat. Jésus se taisait. Savoir nous taire. Parfois un orgueil quasi-enfantin, la vanité, font sortir ce qui devait rester à l’intérieur de l’âme, des paroles qui n’auraient jamais dû être prononcées. La figure du Christ qui se tait sera un modèle qui nous protège des paroles vides et inutiles. Son exemple est un motif et un stimulant pour nous taire face à la calomnie ou à la médisance. In silentio et in spe erit fortitudo vestra, c’est dans le silence et dans l’espoir que sera fondée votre force, dit le Saint-Esprit par la bouche du Prophète Isaïe05.

II. Mais Jésus ne se tait pas toujours. Il existe aussi un silence qui peut-être le collaborateur du mensonge, un silence fait de complicités et de grandes ou petites lâchetés ; un silence qui naît parfois de la peur des conséquences, de la crainte de s’engager, de l’amour de sa petite tranquillité, et qui ferme les yeux à ce qui gêne pour ne pas avoir à l’affronter : des problèmes qu’on laisse de côté, des situations qui devaient être dénouées à un moment donné parce qu’il y a beaucoup de choses que le temps n’arrange pas, des corrections fraternelles que nous n’aurions jamais dû manquer de faire… dans notre propre famille, dans notre travail, au supérieur ou au subordonné, à l’ami et à celui dont la fréquentation nous est moins agréable.

La Parole de Jésus est pleine d’autorité, et aussi de force devant l’injustice et l’abus. Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui dévorez les biens des veuves, tout en affectant de faire de longues prières...06 Jésus n’hésitait pas à aller à contre courant lorsqu’il s’agissait de proclamer la vérité.

Saint Jean-Baptiste, dont le martyre est relaté dans l’Évangile de la Messe07, était la voix qui crie dans le désert. Et il nous enseigne à dire tout ce qui doit être dit, même s’il semble parfois que l’on parle dans le désert, car le Seigneur ne permet jamais que la parole de ses disciples soit inutile ; il faut faire ce que l’on doit, sans toujours se préoccuper des fruits immédiats : si chaque chrétien parlait selon sa foi, le monde changerait.

Nous ne pouvons pas nous taire face aux crimes comme l’avortement, la dégradation du mariage et de la famille, ou face à un enseignement qui relègue Dieu dans un coin oublié de la conscience des jeunes. Nous taire face aux critiques acerbes contre le Pape, contre Notre-Dame, les institutions de l’Église dont nous connaissons trop bien la vérité et la droiture ? Nous taire, au lieu de nous engager, en raison de notre situation dans la société, dans l’entreprise ou dans la famille, ou tout simplement en raison de notre condition de chrétien, collaborer avec le mal, laisser croire que “qui ne dit mot consent” ? Si les catholiques parlent lorsqu’ils doivent le faire, s’ils ne contribuent pas par leur argent à la diffusion d’une presse, des médias, ou de la littérature qui font des ravages dans les âmes, ces entreprises pourraient-elles prospérer ?

Que d’occasions favorables pour parler dans le groupe dans lequel nous vivons, dans la réunion qui s’organise spontanément à la sortie d’une classe, avec des amis ou des voisins qui viennent nous rendre visite, entre amis, avec des clients…, face à une vidéo déplacée dans un vol charter…, ou depuis une tribune devant un micro si c’est notre place ; écrire des lettres pour encourager ou remercier d’un bon article de journal, manifester son désaccord avec tel éditorial ou tel écrit doctrinalement erroné, toujours avec charité compatible avec la force, avec politesse, sans agressivité, sans grossièreté, impropres de quelqu’un qui suit Jésus-Christ…, mais aussi avec sa force.

III. Si, au moment où Jean le Baptiste voyait sa vie en danger il s’était tu ou s’était retiré, il ne serait pas mort décapité dans la prison d’Hérode. Mais Jean n’était pas ainsi ; il n’était pas comme un roseau qui se balance à tout vent. Il a été cohérent avec sa vocation et avec ses principes jusqu’à la fin. S’il s’était tu, il aurait vécu quelques années de plus, mais ses disciples n’auraient peut-être pas été les premiers à suivre Jésus ; il n’aurait pas été celui qui prépara et aplanit le chemin du Seigneur, comme l’avait prophétisé Isaïe. Il n’aurait pas suivi sa vocation jusqu’au bout et sa vie n’aurait pas eu de sens.

Très probablement, Jésus ne va pas nous demander un martyre violent. Mais le courage et la force dans les situations banales de la vie ordinaire : pour arrêter un programme de télévision déplorable, pour ne pas remettre à plus tard une conversation apostolique… Il ne s’agit pas de tout critiquer, cela ne sert à rien, mais de proposer des solutions positives, en gardant l’optimisme face à ce monde qui a aussi tant de bonnes choses. Mieux vaut parler, par exemple, de la joie que procure une famille nombreuse, de faire le bien, ou de la pureté de l’amour qui le rend toujours vivant…

Il existe aussi un silence lâche, le silence de celui qui reste muet devant celui que Dieu a placé à ses côtés pour l’aider et le fortifier dans son chemin. Comment être courageux dans la vie sans l’être en premier lieu envers soi-même, en étant sincère avec celui qui oriente son âme ?

Beaucoup d’amis, lorsqu’ils verront que nous sommes cohérents avec la foi, que nous ne la dissimulons ni ne la cachons, seront attirés par ce témoignage serein, comme ceux qui se convertissaient en contemplant le martyre, témoignage de foi, des premiers chrétiens.

Demandons aujourd’hui, samedi, en ce jour consacré spécialement à Notre-Dame, qu’Elle nous enseigne à nous taire quand nous devons le faire et à parler chaque fois qu’il le faudra.

01. Mc 14, 61. — 02. Saint Jérôme, Commentaire sur l’Évangile de saint Marc, in loc. — 03. Mt 27, 12-14. — 04. F. Suarez, Les deux visages du silence. — 05. Is 30, 15. — 06. Mt 23, 14. — 07. Mt 14, 1-12.


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