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29e SEMAINE. JEUDI

25. Je suis venu apporter un feu sur la terre !

— Le désir divin de Jésus pour toutes les âmes.

— L’apostolat est comme un incendie de paix.

— La Sainte Messe et l’apostolat.


I. Le Seigneur confie à ses disciples, comme un vrai Ami, ses sentiments les plus intimes. Ainsi Il leur parle du zèle apostolique qui le consume, de son amour pour toutes les âmes : Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme Je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Et Il leur montre son impatience divine de voir se consommer au Calvaire son don au Père pour les hommes : Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !01 La Croix fut la plénitude de l’amour de Dieu pour tous, car personne n’a de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis02. Nous qui Le suivons, nous participons à cette prédilection.

Saint Augustin, commentant ce passage de l’Évangile de la Messe, dit : « les hommes qui ont cru en Lui commencèrent à brûler, reçurent la flamme de la charité. C’est la raison pour laquelle le Saint-Esprit apparut sous cette forme lorsqu’Il fut envoyé sur les Apôtres : Ils virent apparaître des langues séparées, pareilles à du feu, qui se posèrent sur chacun d’eux (Act 2, 3). Enflammés de ce feu, ils commencèrent à aller dans le monde entier et à enflammer à leur tour les ennemis qui étaient autour d’eux. Quels ennemis ? Ceux qui abandonnèrent Dieu qui les avait créés et adoraient les représentations qu’ils avaient faites (…). Leur foi était comme étouffée par la paille. Il fallait donc brûler dans ce feu saint, pour que, une fois la paille consumée, resplendisse cette réalité précieuse rachetée par le Christ. 03 » C’est nous qui devons aller maintenant de par le monde avec ce feu d’amour et de paix qui enflamme d’autres dans l’amour de Dieu et purifie leurs cœurs.

Nous irons avec ce feu dans les usines, dans les bureaux, à l’Université, dans les charges publiques, dans notre propre foyer… « Si dans une ville on met le feu à divers endroits, même si le feu est modeste, en peu de temps toute la ville est incendiée.

« Si dans une ville, en divers points, on allumait le feu que Jésus a porté sur terre et si ce feu résistait à la glace du monde, grâce à la bonne volonté des habitants, en peu de temps la ville serait incendiée par l’amour de Dieu.

« Le feu que Jésus a apporté sur terre, c’est Lui-même, c’est la Charité : cet amour qui unit non seulement l’âme à Dieu, mais aussi les âmes entre elles (…). Et dans chaque ville ces âmes peuvent surgir dans les familles : père et mère, enfant et père, mère et belle-mère ; elles peuvent aussi se trouver dans les paroisses, dans les associations, dans les sociétés humaines, dans les écoles, dans les bureaux, de toute part (…). Chaque petite cellule enflammée par Dieu en tout point de la terre se propagera nécessairement. Ensuite, la Providence distribue ces flammes, ces âmes-flammes, où bon lui semble, afin de restaurer la chaleur de l’amour de Dieu et l’espérance dans le monde.04 »

II. L’apostolat au cœur du monde se propage comme un incendie. Un chrétien qui vit sa foi se transforme en un point d’ignition au milieu des siens, dans son lieu de travail, parmi ses amis … Mais cette capacité n’est possible que lorsqu’on suit le conseil de saint Paul aux chrétiens de Philippes : Ayez entre vous les sentiments mêmes qui étaient ceux du Christ Jésus05. Cette recommandation de l’Apôtre « exige de tous les chrétiens d’avoir, autant que c’est possible pour un homme, ce sentiment qu’avait le Divin Rédempteur lorsqu’Il s’offrait en Sacrifice, c’est-à-dire d’imiter son humilité et d’élever à la suprême Majesté de Dieu, l’adoration, l’honneur, la louange et l’action de grâces. 06 » Cette oblation se réalise principalement dans la Sainte Messe, le renouvellement non sanglant du Sacrifice de la Croix, où le chrétien offre ses œuvres, ses prières et ses initiatives apostoliques, sa vie familiale, son travail de chaque jour, le repos ; et également les épreuves de la vie qui, si elles sont supportées patiemment, se transforment en moyen de sanctification07. A la fin du Sacrifice eucharistique, le chrétien va à la rencontre de la vie, comme le fit le Christ dans son existence terrestre : en s’oubliant lui-même et en se donnant aux autres pour les conduire à Dieu.

La vie chrétienne a pour modèle celle du Christ. Cela veut dire penser, regarder, sentir, agir et réagir comme Lui avec tout le monde. Jésus voyait les foules et avait pitié d’elles, parce qu’elles étaient comme des brebis sans pasteur08, dans une vie errant sans direction. Jésus avait pitié d’elles ; son amour était si grand qu’il ne se considéra pas satisfait jusqu’à ce qu’Il ait donné sa vie sur la Croix. Que cet amour remplisse nos cœurs : alors nous aurons pitié de tous ceux qui vivent éloignés du Seigneur et nous essaierons de nous mettre à leurs côtés pour que, avec l’aide de la grâce, ils connaissent le Maître.

Dans la Sainte Messe passe un courant d’amour divin du Fils qui s’offre au Père dans le Saint-Esprit. Le chrétien, incorporé au Christ, participe de cet amour, et par lui descend sur les réalités terrestres les plus insignifiantes, qui sont ainsi sanctifiées et purifiées et prêtes à être offertes au Père par le Fils, dans un nouveau Sacrifice eucharistique. L’apostolat est ainsi enraciné dans la Messe, d’où il reçoit son efficacité, car il n’est rien de plus que la réalisation de la Rédemption dans le temps à travers les chrétiens : « c’est pour racheter tous les hommes qu’Il (Jésus-Christ) est venu au monde, parce qu’Il veut que tous les hommes soient sauvés (1 Tim 2, 4). Il n’y a point d’âme qui n’intéresse le Christ. Chacune d’elles Lui a coûté le prix de son sang (cf. 1 P 1, 18-19). 09 » Si nous imitons le Seigneur, aucune âme ne nous sera indifférente.

III. À la Messe, pensons en premier lieu à nos frères dans la foi, avec qui nous nous sentirons de plus en plus unis, en partageant avec eux le pain de vie et le calice du salut éternel. Prions pour tout le monde et spécialement pour ceux qui en ont le plus besoin ; nous nous remplirons ainsi des sentiments de charité et de fraternité, « car si l’Eucharistie nous unit aux autres, il est logique que chacun traite les autres en frères. L’Eucharistie constitue la famille des enfants de Dieu, frères de Jésus et frères entre eux 10 ».

Après cette rencontre unique avec le Seigneur, il nous arrivera ce qui survint à ceux qui furent guéris de leurs maladies dans une ville ou sur un chemin de Palestine : ils étaient si joyeux qu’ils n’arrêtaient pas d’annoncer à haute voix de toutes parts ce qu’ils avaient vu et entendu, ce que le Maître avait fait dans leurs âmes et dans leurs corps. Lorsque le chrétien sort de la Messe où il a reçu la Communion, il sait qu’il ne peut plus être heureux seul, qu’il doit communiquer aux autres cette merveille qu’est le Christ. Chaque rencontre avec le Seigneur conduit à cette joie et au besoin de communiquer aux autres ce trésor. Ainsi, c’est avec cette foi profonde que le christianisme se propagea dans les premiers siècles : comme un incendie de paix et d’amour que personne ne put éteindre.

Si nous parvenons à faire tourner notre vie autour de la Sainte Messe, nous trouverons la sérénité et la paix dans chaque circonstance de la journée, avec un grand désir de faire connaître Jésus, car « si nous vivons bien la Messe, comment ne pas continuer ensuite, pendant le reste de la journée, à penser au Seigneur, en ayant soin de ne pas nous éloigner de Sa présence, pour travailler comme Il travaillait et aimer comme Il aimait ? Apprenons alors à remercier le Seigneur de sa délicatesse : ne pas avoir voulu limiter sa présence au seul moment du Sacrifice de l’autel, mais avoir voulu demeurer dans la sainte Hostie, présente dans le Tabernacle. 11 »

Pour nous aussi le Tabernacle est toujours Béthanie, « cet endroit tranquille et paisible où se trouve le Christ, où nous pouvons Lui parler de nos préoccupations, de nos souffrances, de nos espérances et de nos joies, avec la simplicité et le naturel avec lesquels ses amis, Marthe, Marie et Lazare Lui parlaient 12 ». Lorsque nous rendrons visite au Saint Sacrement, nous trouverons auprès du Tabernacle les forces nécessaires pour vivre en tant que disciples de Jésus au milieu du monde. Nous aussi, comme certaines âmes qui furent très près de Dieu13, nous pourrons proclamer , avec le cœur plein de joie : Ignem veni mittere in terram… Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme Je voudrais qu’il soit déjà allumé ! C’est le feu de l’amour divin qui apporte la paix et le bonheur aux âmes, à la famille, à la société entière.


01. Lc 12, 49. – 02. Jn 15, 13. – 03. Saint Augustin, Commentaire au Psaume 96, 6. – 04. Ch. Lubich, Méditations, p. 59-60. – 05. Ph 2, 5. – 06. Pie XII, Enc. Mediator Dei, 20 novembre 1947, 22. – 07. Cf. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 34. – 08. Mt 9, 36. – 09. Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 256. – 10. Ch. Lubich, L’Eucharistie. – 11. Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 154. – 12. Idem. – 13. Cf. A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei.



29e SEMAINE. VENDREDI

26. Les signes et les temps

— Reconnaître le Christ qui passe dans notre vie.

— La foi et la pureté de l’âme.

— Trouver Jésus et Le faire connaître.


I. Depuis toujours les hommes ont été intéressés par le climat. Les cultivateurs et les marins ont étudié l’état du ciel, la direction du vent, la forme des nuages, pour essayer de faire des prévisions pour leurs travaux. Notre Seigneur, dans l’Évangile de la Messe01, le fait remarquer à ceux qui L’écoutent, la plupart pêcheurs et agriculteurs : Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera très chaud. Jésus s’étonne, car ils savent prévoir la pluie et le beau temps à travers les signes qui apparaissent à l’horizon, mais ils ne savent pas discerner les signes, si abondants et si clairs, que Dieu envoie pour vérifier et savoir que le Messie est déjà arrivé : mais le temps où nous sommes, leur dit-Il, pourquoi ne savez-vous pas le juger ? Certains manquaient de bonne volonté et de droiture d’intention, fermaient les yeux à la lumière de l’Évangile. Les signes de l’arrivée du Royaume de Dieu sont suffisamment clairs : la Parole de Dieu qu’ils reçoivent si directement, les miracles si abondants que le Seigneur réalisait, et la Personne même du Christ qu’ils avaient devant les yeux02. Malgré tant de signes, dont beaucoup avaient été annoncés par les Prophètes, ils ne surent pas juger la situation présente. Dieu était au milieu d’eux et beaucoup ne s’en rendirent pas compte.

Le Seigneur continue de passer dans notre vie, bien reconnaissable et pourtant souvent nous ne nous en rendons pas compte. Il est présent dans la maladie ou dans les soucis qui nous purifient si nous savons les accepter et les aimer ; Il se trouve, d’une façon cachée mais réelle, dans les personnes qui travaillent avec nous et qui ont besoin d’aide, dans ceux qui rendent notre foyer chaleureux, dans ceux que nous rencontrons chaque jour pour des motifs divers… Jésus est derrière une bonne nouvelle, et Il attend que nous allions Lui rendre grâce, pour nous en accorder d’autres. Nombreuses sont les occasions où Il se laisse trouver par nous… Quel dommage si nous ne savions pas Le reconnaître parce que nous sommes trop préoccupés ou distraits, ou par manque de piété, de présence de Dieu !

Notre vie ne serait-elle pas bien différente si nous étions plus conscients de cette présence divine ? N’est-il pas vrai que routine, mauvaise humeur, peines et tristesses… disparaîtraient ? Que nous importerait alors de jouer un rôle ou un autre, si nous savons qu’il plaît à Dieu et que Dieu l’apprécie ? « Si nous vivions plus confiants en la Providence divine, sûrs, avec une foi forte ! de cette protection quotidienne qui ne nous fait jamais défaut, combien de préoccupations ou d’inquiétudes ne nous épargnerions-nous pas ? Tant de soucis disparaîtraient qui, selon le mot de Jésus, sont propres aux païens, aux hommes de ce monde (Lc 12, 30), aux personnes qui manquent de sens surnaturel 03 », à celles qui vivent comme si le Maître les avait quittées.

II. Plus la bonne volonté existe, plus la foi augmente. Si quelqu’un veut faire la volonté (de Dieu), il saura pour ce qui est de mon enseignement, s’il vient de Dieu, ou si je parle de mon propre chef04, dit Jésus aux Juifs. Lorsque l’on n’est pas disposé à couper court à une mauvaise situation, lorsque l’on ne cherche pas avec droiture d’intention la gloire de Dieu, la conscience peut s’obscurcir et ne plus comprendre même ce qui semble évident. « L’homme, conduit par ses préjugés, ou incité par ses passions et sa mauvaise volonté, non seulement peut nier l’évidence qu’il a devant lui, mais aussi résister et repousser les inspirations supérieures que Dieu infuse dans les âmes. 05 » Si la bonne volonté manque, si elle n’est pas orientée vers Dieu, l’intelligence trouvera alors beaucoup de difficultés sur le chemin de la foi, de l’obéissance ou du don de soi au Seigneur06. Combien de fois n’avons-nous pas fait l’expérience dans notre apostolat de voir les doutes de foi disparaître à l’occasion d’une Confession ! « Dieu se laisse voir à ceux qui sont capables de Le voir, parce qu’ils ont les yeux de l’esprit ouverts. Car tous ont des yeux, mais certains les ont baignés de ténèbres et ils ne peuvent pas voir la lumière du soleil. Et ce n’est pas parce que les aveugles ne la voient pas que la lumière solaire cesse de briller, mais il faut attribuer cette obscurité à leur défaut de vision. 07 »

Pour percevoir la clarté pénétrante de la foi, « nous avons besoin de l’humilité d’une âme chrétienne : c'est-à-dire ne pas vouloir réduire la grandeur de Dieu à nos pauvres concepts, à nos explications humaines, mais comprendre que ce mystère, dans son obscurité, est une lumière qui guide la vie des hommes (…). Si nous observons cette attitude de respect, nous saurons comprendre et aimer ; et le mystère deviendra pour nous un magnifique enseignement, plus convaincant que tous les raisonnements humains 08 ».

Il est difficile de voir la volonté de Dieu sans ces dispositions morales que sont la pureté du cœur, l’humilité, la droiture d’intention… Parfois l’obscurité devant la volonté de Dieu, la méconnaissance de notre propre vocation, les doutes de foi, et même la perte de cette vertu théologale, ont leur racine dans le rejet des exigences de la morale ou de la volonté divine09. Saint Augustin raconte son expérience alors qu’il était encore loin du Seigneur : « Je finis par me trouver sans aucun désir des aliments incorruptibles ; mais non pas parce que j’étais rempli d’eux, mais parce que plus je me trouvais vide, plus je les repoussais. 10 » Purifions notre regard, même de ces grains de poussière qui nuisent à la vision, même s’ils sont tout petits ; rectifions notre intention, que toute la gloire soit pour Dieu ! afin de voir Jésus qui nous rend si souvent visite.

III. L’Évangile de la Messe d’aujourd’hui se termine par ces paroles de Jésus : Quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, pendant que tu es en chemin efforce-toi de te libérer envers lui, pour éviter qu’il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre au percepteur des amendes, et que celui-ci ne te jette en prison… Nous marchons tous sur le chemin de la vie qui conduit au jugement. Profitons maintenant du fait qu’il nous reste encore du trajet à parcourir, pour oublier offenses et rancunes, aussi petites qu’elles soient. Découvrons les signes qui nous indiquent la présence de Dieu dans notre vie. Ensuite, lorsqu’arrivera l’heure du jugement, il sera déjà trop tard pour y porter remède. C’est celui-ci, le temps opportun pour rectifier, mériter, aimer, réparer. Le Seigneur nous invite aujourd’hui à découvrir le sens profond du temps, car il est possible que nous ayons encore des petites dettes en suspens : des dettes de gratitude, de pardon, et même de justice…

En même temps aidons les autres qui nous accompagnent sur le chemin de la vie à interpréter eux aussi ces traces qui indiquent le passage du Seigneur dans leur famille, leurs lieux de travail, … Il est fort possible que certains, peut-être les plus éloignés, ne suivent pas le Maître parce qu’ils Le voient comme un myope, comme beaucoup de ceux qui L’entouraient en Palestine, car « ce que beaucoup combattent, ce n’est pas le vrai Dieu, mais la fausse idée qu’ils se sont fait de Dieu : un Dieu qui protège les riches, qui ne fait que demander, qui est envieux de notre progrès, qui épie continuellement d’en haut nos péchés pour se donner le plaisir de les châtier (…). Dieu n’est pas ainsi : Il est juste et bon à la fois ; Père aussi des enfants prodigues, qu’Il désire voir non pas mesquins et misérables, mais grands, libres, créateurs de leur propre destin. Notre Dieu est si peu un rival de l’homme qu’Il a voulu en faire son ami, en l’appelant à participer à sa nature divine elle-même et à son éternel bonheur. Il n’est pas non plus vrai qu’Il nous demande trop ; au contraire Il se contente de peu, parce qu’Il sait très bien que nous n’avons pas grand chose (…). Ce Dieu se fera connaître et aimer de plus en plus fort ; et de tout le monde, même de ceux qui le repoussent aujourd’hui, non pas qu’ils soient mauvais (…), mais parce qu’ils Le regardent de façon erronée. Qu’ils continuent de ne pas croire en Lui ? Il leur répond : c’est Moi qui crois en vous. 11 » Dieu, comme tout bon Père, ne se décourage pas devant ses enfants. Ne perdons donc pas l’espérance : montrons aux autres tous les signes qu’Il laisse sur son passage. Si l’agriculteur connaît bien l’évolution du temps, nous, les chrétiens, sachons découvrir Jésus, Seigneur de l’histoire, présent dans le monde, au milieu des grands événements de l’humanité, et dans les petits événements d’une journée quelconque. Nous saurons alors Le faire connaître aux autres.


01. Lc 12, 54-59. – 02. Cf. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 5. – 03. Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 116. – 04. Jn 7, 17. – 05. Pie XII, Enc. Humani generis, 12 août 1950. – 06. Cf. J. Pieper, La foi aujourd’hui. – 07. Saint Théophile d’Antioche, Livre I, 2, 7. – 08. Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 13. – 09. Cf. J. Pieper, loc. cit. – 10. Saint Augustin, Confessions, 3, 1, 1. – 11. A. Luciani, Humblement vôtre, p. 18-19.



29e SEMAINE. SAMEDI

27. Le figuier stérile

— Donner du fruit. La patience de Dieu.

— Ce que Dieu attend de nous.

— Les mains pleines. Patients dans l’apostolat.


I. Dans les vignes de Palestine, on avait l’habitude de planter des arbres à côté des ceps. Ainsi lisons-nous dans l’Évangile de la Messe d’aujourd’hui01 la parabole suivante : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Cela était déjà arrivé : situé sur un bon terrain, bien soigné, le figuier, année après année, ne donnait pas de figues. Le propriétaire dit alors à son vigneron de le couper : à quoi bon le laisser épuiser le sol ?

Le figuier symbolise Israël02, qui ne sut pas correspondre aux attentions que Yahweh, propriétaire de la vigne, manifesta constamment à son égard, et il représente aussi tout ce qui demeure improductif03 face à Dieu. Le Seigneur nous a placés dans le meilleur endroit, où nous pouvons donner le plus de fruit selon nos conditions et les grâces que nous avons reçues, et nous avons été l’objet des plus grands soins du vigneron le plus expert dès le moment de notre conception : Il nous a donné un Ange Gardien pour nous protéger jusqu’à la fin de la vie, nous avons reçu, peut-être peu après la naissance, la grâce immense du Baptême, Il s’est donné Lui-même à nous comme aliment dans la Sainte Communion, nous avons reçu une formation chrétienne… Innombrables ont été les grâces et les faveurs du Saint-Esprit. Et cependant il est possible que le Seigneur trouve parfois peu de fruits dans notre vie, et, peut-être, en certaine occasion, y a-t-Il trouvé des fruits amers. Il est possible que, parfois, notre situation personnelle rappelle la triste parabole que raconte le Prophète Isaïe : Je veux chanter pour mon bien-aimé le chant de mon ami sur sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. Il la défonça, il l’épierra, il y planta un cépage exquis. Il y bâtit une tour, et il y creusa aussi un pressoir. Il attendait qu’elle donnât des raisins, mais elle donna des grappillons04, des fruits aigres. Pourquoi ces mauvais résultats, lorsque tout était prévu pour qu’ils soient bons ? Saint Ambroise dit que les causes de la stérilité sont, souvent, l’orgueil et la dureté de cœur05.

Pourtant, Dieu recommence à s’occuper de nous sans cesse : c’est la patience de Dieu06 envers l’âme. Il ne se décourage pas devant nos manques de correspondance à son amour, Il sait attendre, car Il connaît, en même temps que nos faiblesses, la capacité de bien qu’il y a en chaque homme, en chaque femme. Le Seigneur ne considère jamais personne comme perdu, Il a confiance en nous tous, bien que nous n’ayons pas toujours répondu à ses espoirs.

Lui-même a dit qu’il ne brisera pas le roseau à demi rompu, et il n’éteindra pas la mèche qui fume encore07. Et les pages de l’Évangile sont un témoin continuel de cette vérité consolante : les paraboles de l’enfant prodigue, de la brebis perdue…, la rencontre avec la samaritaine, avec Zachée…

II. Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir… Jésus intercède auprès de Dieu le Père pour nous, qui « sommes comme un figuier planté dans la vigne du Seigneur 08 ». « C’est le colon qui intercède ; il intercède lorsque la hache est déjà sur le point de tomber pour couper les racines stériles ; il intercède comme le fit Moïse auprès de Dieu… Celui qui voulait se montrer miséricordieux se montra médiateur 09 », commente saint Augustin. Seigneur, laisse-le encore cette année… Que de fois se sera répétée cette même scène ! Seigneur, laisse-le encore un an… ! « Savoir que Tu m’aimes tant, mon Dieu, et… je n’en suis pas devenu fou ? 10 »

Chaque personne a une vocation particulière, et toute vie qui ne répond pas à ce dessein divin se perd. Le Seigneur attend de nous une réponse à tant de soins, à tant de grâces, même si la parité entre ce que nous donnons et ce que nous recevons n’existe pas, « car l’homme ne peut jamais aimer Dieu autant qu’Il doit être aimé 11 » ; cependant, avec la grâce nous pouvons Lui offrir chaque jour de nombreux fruits : l’amour, la charité, l’apostolat, le travail bien fait… Chaque soir, durant l’examen de conscience, sachons trouver ces fruits, même petits, mais qui ont fait grandir l’amour et le désir de correspondre à tant de sollicitude divine. Lorsque nous quitterons ce monde « nous devrons avoir laissé des traces, en rendant la terre un peu plus belle et le monde un peu meilleur 12 », une famille plus en paix, un travail qui ait entraîné un progrès pour la société, des amis fortifiés par notre amitié…

Examinons notre conscience dans la prière : si nous devions nous présenter maintenant devant le Seigneur, serions-nous joyeux, les mains pleines de fruits à offrir à Dieu notre Père ? Et hier…, la semaine dernière…, avons-nous agi par amour du Seigneur, ou au contraire, avons-nous été durs, égoïstes ? Avons-nous donné au Seigneur ce qu’Il attendait de nous ? Nous savons bien que, lorsque nous ne glorifions pas Dieu, l’existence devient stérile. Tout ce qui ne se fait pas en Dieu périra. Profitons d’aujourd’hui pour prendre de fermes résolutions. « Dieu nous accorde peut-être une année de plus pour Le servir. Ne pense pas à cinq années, ni à deux. Ne regarde que celle-ci : une année que nous venons d’entamer… 13 », ou qui va peut-être se terminer.

III. C’est la gloire de mon Père que vous donniez du fruit en abondance et que vous deveniez ainsi mes disciples14. C’est ce que Dieu veut pour tout le monde : non pas une apparence de fruits, mais des réalités qui resteront au-delà de ce monde : des personnes que nous aurons rapprochées du sacrement de la Pénitence, des heures de travail terminées avec sérieux et droiture d’intention, de petites mortifications dans les repas et la maîtrise du corps par amour du Seigneur, des victoires sur les états d’âme, l’ordre dans les livres, dans la maison, dans les instruments de travail, l’effort pour que la fatigue d’un jour intense n’ait pas d’influence mauvaise autour de nous, de petits services à ceux qui avaient besoin d’aide… Ne nous contentons pas des apparences ; faisons un examen de conscience pour voir si nos œuvres résistent au regard pénétrant de Jésus, grâce à l’amour que nous avons mis en elles et la droiture d’intention. Mes œuvres sont-elles en ce moment le fruit qui correspond aux grâces que je reçois ?

Si saint Luc suit réellement un ordre temporel dans les événements qu’il raconte, « cette parabole fut dite immédiatement après la question posée au sujet des galiléens dont Pilate mélangea le sang à leurs sacrifices, et des dix-huit hommes tués par la chute de la tour de Siloé (Lc 13, 4). Ces hommes étaient-ils spécialement pécheurs pour mériter un tel sort ? Notre Seigneur répond que non, et Il ajoute : si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. Ce n’est pas la mort corporelle qui importe, c’est la disposition de l’âme qui la reçoit, et le pécheur qui a eu le temps de se repentir, mais n’utilise pas cette opportunité, ne sera pas libéré. La parabole du figuier apparaît à ce moment-là pour nous avertir que la longue patience de Dieu Tout-Puissant a ses limites. Mais il semble, d’après ce que dit le vigneron, qu’une intervention est possible pour prolonger le délai de la tolérance divine. Il n’y a pas de doute que c’est important. Nos prières peuvent-elles servir à gagner pour le pécheur un délai qui lui permette de se repentir ?

« Bien sûr que oui.15 » Nous pouvons intercéder auprès du Seigneur pour que se prolonge cette patience divine avec des personnes que nous voudrions approcher de Jésus depuis des années. « Par conséquent ne nous empressons pas de couper, mais laissons croître miséricordieusement, de peur que nous arrachions le figuier qui peut encore donner beaucoup de fruit. 16 » Ayons de la patience et essayons de mettre en pratique davantage de moyens, humains et surnaturels, dans nos rapports avec les personnes qui semblent tarder à parcourir le chemin qui mène à Jésus.

Notre Mère Sainte Marie nous obtiendra, en ce samedi du mois d’octobre, la grâce abondante pour que nos âmes donnent plus de fruits et que nos parents et amis accélèrent le pas vers son Fils qui les attend.


01. Lc 13, 6-9. – 02. Cf. Os 9, 10. – 03. Cf. Jr 8, 13. – 04. Is 5, 1-3. – 05. Cf. Saint Ambroise, Traité sur l’Évangile de saint Luc, in loc. – 06. Cf. 2 P 3, 9. – 07. Mt 12, 20. – 08. Théophilacte, dans Catena Aurea, vol. VI, p. 134. – 09. Saint Augustin, Sermon 254, 3. – 10. Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 425. – 11. Saint Thomas, Summa Theologiæ, I-II, q. 6, a. 4. – 12. G. Chevrot, L’Évangile à l’air libre. – 13. Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 47. – 14. Jn 15, 8. – 15. R. A. Knox, Sermons pastoraux. – 16. Saint Grégoire de Naziance, Prière 26, dans Catena Aurea, vol. VI, p. 135.


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