30e SEMAINE. JEUDI
34. L’amour de Jésus
— Notre refuge et notre protection se trouvent dans l’amour de Dieu. Rendre visite au Tabernacle.
— Jésus dans le Très Saint Sacrement nous donnera toute l’aide nécessaire.
— Près du Tabernacle nous gagnerons toutes les batailles. Âmes d’Eucharistie.
I. En chemin vers Jérusalem, voyage que saint Luc nous décrit avec tant de détails, Jésus laissa échapper du fond de son cœur cette plainte envers la Ville sainte qui refusa son message : Jérusalem, Jérusalem..., combien de fois J’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes...01 C’est ainsi que le Seigneur continue de nous protéger : comme la poule ses poussins sans défense. Du Tabernacle, Jésus veille sur notre marche et est attentif aux dangers qui nous guettent, soigne nos blessures et nous donne constamment sa Vie. Souvent nous Lui avons répété : Pie pellicane, Iesu Domine, me immundum munda tuo sanguine... Seigneur Jésus, pieux pélican, moi qui suis immonde, lave-moi avec ton sang, ce sang dont une seule goutte peut laver de tous ses crimes le monde entier02. En Lui se trouve notre salut et notre refuge.
L’image du juste qui cherche protection dans le Seigneur « comme les poussins s’abritent sous les ailes de leur mère » est souvent reprise dans la Sainte Écriture : Garde-moi comme la prunelle de l’œil ; à l’ombre de tes ailes mets-moi à couvert03, car Tu es pour moi un refuge, une tour puissante contre l’ennemi. Je voudrais être à jamais l’hôte de ta tente, me réfugier à l’abri de tes ailes04. Le Prophète Isaïe a recours à cette image pour assurer au Peuple choisi que Dieu le défendra contre les assiégeants. Comme des oiseaux déployant leurs ailes, ainsi Yahweh des armées couvrira Jérusalem05.
A la fin de notre vie, Jésus sera notre Juge et notre Ami. Tant qu’Il vivait ici sur terre, et aussi tant que dure notre pèlerinage terrestre, sa mission est de nous sauver, en nous donnant toute l’aide dont nous avons besoin. Du Tabernacle Jésus nous protège de mille façons. Comment pouvons-nous avoir l’image de Jésus éloigné de nos difficultés, indifférent à ce qui nous préoccupe ?
Il a voulu rester dans tous les coins du monde pour que nous le rencontrions facilement et trouvions remède et aide auprès de la chaleur de son amitié. « Si nous souffrons des peines et des soucis, Il nous soulage et nous console. Si nous tombons malades, ou bien Il sera notre remède, ou bien Il nous donnera les forces pour souffrir, afin que nous méritions le Ciel. Si le démon et les passions nous font la guerre, Il nous donnera des armes pour lutter, pour résister et pour sortir victorieux. Si nous sommes pauvres, Il nous enrichira avec toutes sortes de biens dans le temps et dans l’éternité. 06 » Ne manquons pas d’aller Le voir chaque jour. Ces courtes minutes consacrées à la Visite au Saint Sacrement seront les moments les plus profitables de la journée. « Mais que ferons-nous, demandez-vous parfois, en présence de Dieu dans le Saint Sacrement ? L’aimer, Le louer, Le remercier et Lui demander. Que fait un pauvre en présence d’un riche ? Que fait un malade devant le médecin ? Que fait un assoiffé à la vue d’une source cristalline ? 07 »
II. Notre confiance malgré toutes les épreuves, les dangers et les souffrances, n’est pas une confiance en nos forces, peu abondantes, mais en Dieu, qui nous a aimés de toute éternité et a livré son Fils pour notre salut. Jésus Lui-même est resté près de nous, dans le Tabernacle, peut-être à deux pas de chez nous, pour nous aider, soigner les blessures et nous donner à nouveau du courage dans ce chemin qui doit s’achever au Ciel. Il suffit que nous nous approchions de Lui, qui attend toujours. Rien de ce qui peut nous arriver ne pourra nous séparer de Dieu, comme l’enseigne saint Paul dans une des lectures de la Messe08, car si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas refusé son propre Fils, Il L’a livré pour nous tous : comment pourrait-Il avec Lui ne pas nous donner tout ?... Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le supplice ? Rien ne pourra nous séparer de Lui, si nous ne nous en éloignons pas.
« Revêtus de la grâce, nous franchirons les montagnes (cf. Ps 103, 10) et nous gravirons, sans nous arrêter, les pentes raides de notre devoir chrétien. Si nous utilisons vraiment ces ressources, si nous prions aussi le Seigneur de nous accorder une espérance qui grandisse de jour en jour, nous posséderons la joie contagieuse de ceux qui se savent enfants de Dieu : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? (Rom 8, 31). 09 »
Bien que le Seigneur permette des tentations très fortes ou des difficultés familiales, ou la maladie ou un chemin plus dur..., aucune épreuve en elle-même n’est suffisamment forte pour nous séparer de Jésus. Dans ces moments, allons rendre visite au Tabernacle le plus proche, prions convenablement et nous rencontrerons la main puissante de Dieu et nous pourrons dire : Omnia possum in eo qui me confortat10. Je peux tout en celui qui me rend fort. J’en ai la certitude, continue saint Paul dans la première lecture de la Messe, ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur. C’est un chant de confiance et d’optimisme que nous pouvons faire nôtre aujourd’hui.
Saint Jean Chrysostome nous rappelle que « Paul lui-même dut lutter contre de nombreux ennemis. Les barbares l’attaquaient, ses propres gardiens lui tendaient des pièges, même les fidèles, parfois en grand nombre, se levèrent contre lui, et cependant Paul triompha de tout. N’oublions pas que le chrétien fidèle aux lois de son Dieu vaincra aussi bien les hommes que Satan lui-même 11 ». Si nous restons très proches de Jésus, présent dans l’Eucharistie, nous gagnerons toutes les batailles, bien que parfois il nous semble que nous perdions... Le Tabernacle sera notre force, car Jésus a voulu rester pour nous protéger, pour nous aider en tout. Venez à Moi..., Il nous appelle chacun, tous les jours.
III. La sérénité ne vient pas en fermant les yeux à la réalité ou en pensant que nous n’avons pas de misères ni de difficultés, mais du fait de regarder le présent et le futur avec optimisme, parce que le Seigneur a voulu rester pour nous secourir.
Nous sortirons grandis des épreuves mêmes de la vie, et nous ne serons jamais seuls dans les circonstances les plus difficiles. Si dans ces circonstances on est tellement reconnaissant à un ami qui nous aide, quelle paix atteindrons-nous près de l’Ami, dans le Tabernacle le plus proche ? C’est là que nous trouverons tout de suite la consolation, la paix et les forces nécessaires. « Que voulons-nous de plus à notre côté qu’un si bon Ami, qui ne nous abandonnera pas dans les travaux et tribulations, comme le font ceux du monde ? 12 » écrit sainte Thérèse de Jésus.
Lorsqu’il entrevoyait déjà qu’il allait être persécuté, saint Thomas More fut appelé à comparaître devant le tribunal de Lambeth. Il prit congé des siens, mais il ne voulut pas qu’on l’accompagne, comme c’était l’habitude, jusqu’à l’embarcadère. Seuls étaient avec lui William Roper, époux de sa fille aînée et préférée, Margareth, et quelques serviteurs. Personne dans le canot n’osait rompre le silence. Au bout d’un moment, et à l’improviste, Thomas murmura à l’oreille de Roper : Son Roper, I thank our Lord the field is won : « Mon fils Roper, je rends grâce à Dieu, parce que la bataille est gagnée ». Roper confessera par la suite ne pas avoir bien compris la signification de ces paroles. Plus tard il comprendra que l’amour de More avait tellement grandi qu’il lui donnait cette sûreté de triompher de tout obstacle13. C’était la certitude de celui qui, sachant que son dernier combat s’approchait, espérait que le Seigneur ne l’abandonnerait pas au moment suprême. Si nous restons proches de Jésus, si nous sommes des âmes d’Eucharistie, Lui nous abritera, comme les oiseaux leurs poussins, et, devant les plus grands obstacles, nous pourrons toujours dire d’avance : la bataille est gagnée.
« Sois donc une âme eucharistique !
« — Si le Tabernacle est au centre de tes pensées et de tes espérances, mon enfant, comme ils seront nombreux, les fruits de sainteté et d’apostolat que tu récolteras ! 14 »
Sainte Marie, qui si souvent parla avec Lui ici sur terre et qui maintenant Le contemple pour toujours dans le Ciel, mettra sur nos lèvres les paroles opportunes si nous ne savons pas très bien que Lui dire. Elle accourt toujours promptement pour porter remède à notre maladresse.
01. Lc 13, 34. – 02. Hymne Adoro te devote. – 03. Ps 17, 8. – 04. Ps 61, 4-5. – 05. Is 31, 5. – 06. Saint Curé d’Ars, Sermon sur le Jeudi Saint. – 07. Saint Alphonse de Liguori, Visites au Très Saint Sacrement, 1. – 08. Première lecture. Années impaires. Rom 8, 31-39. – 09. Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 219. – 10. Ph 4, 13. – 11. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l’Épître aux Romains, 15. – 12. Sainte Thérèse d’Avila, Vie, 22, 6-7. – 13. Cf. Saint Thomas More, La tristesse du Christ. – 14. Saint Josémaria Escriva, Forge, n. 835.
30e SEMAINE. VENDREDI
35. Sans respect humain
— La conduite de Jésus.
— Pas de respect humain pour celui qui a la foi.
— L’exemple des premiers chrétiens.
I. Les Juifs avaient la coutume d’inviter à un repas l’orateur de la synagogue. Un samedi, Jésus fut invité chez un des principaux pharisiens de la ville01. Et là on l’épiait, on le guettait pour voir si l’on pouvait l’accuser de quelque chose. Malgré cette situation peu agréable, le Seigneur, commente saint Cyrille, « acceptait leurs banquets pour être utile par ses paroles et ses miracles à ceux qui y assistaient 02 ». Le Maître profite de toutes les occasions pour racheter les âmes, et les banquets étaient une bonne opportunité pour parler du Royaume des Cieux.
Ce jour-là, pendant qu’ils étaient à table, un homme atteint d’hydropisie se mit devant Lui ; cet homme profita probablement d’une coutume qui permettait de faire entrer tout le monde dans la maison où l’accueil était chaleureux. Le malade ne dit rien, il ne demanda rien, tout simplement il se trouva devant le Médecin divin. « Cela pourrait bien être notre attitude intérieure : aller devant Jésus. Nous mettre ainsi, avec notre hydropisie, avec notre misère personnelle, avec nos péchés... Devant le regard compatissant de Dieu, nous pouvons être absolument sûrs qu’Il nous prendra par la main et nous guérira. 03 »
Jésus, en voyant le malade devant Lui, rempli de miséricorde, le guérit, malgré ceux qui Le guettaient pour voir s’Il guérirait un jour de sabbat. Il agit avec clarté et ne se laisse pas envahir par le respect humain, ou troubler par la médisance de ceux qui se considéraient les maîtres et interprètes de la Loi. Ensuite, le Seigneur leur montre que la miséricorde ne transgresse pas le sabbat, et Il leur donne un exemple plein de bon sens : si l’un de vous a son fils ou son bœuf qui tombe dans un puits, ne va-t-il pas l’en tirer aussitôt, le jour même du sabbat ? Et ils furent incapables de trouver une réponse, parce que tous se seraient empressés de l’en tirer.
Que notre attitude, lorsque nous vivons la foi chrétienne dans un milieu où il y a des méfiances ou de simples incompréhensions, soit la même que celle de Jésus. Ne soyons jamais opportunistes ; que notre attitude soit claire, conséquente avec la foi que nous professons. Souvent cette conduite, sans mystères ni craintes, aura une grande efficacité apostolique. En revanche « quel mal effrayant nous pouvons causer si nous nous laissons entraîner par la peur ou par la honte de montrer, dans la vie ordinaire, que nous sommes chrétiens ! 04 » Sachons manifester que nous sommes chrétiens, avec simplicité et naturel, lorsque la situation le requiert. Nous ne nous repentirons jamais de ce comportement conséquent avec notre être le plus intime. Et le Seigneur sera dans la joie en nous regardant.
II. Toute la vie de Jésus est unité et fermeté. On ne Le voit jamais hésiter. « Déjà sa façon de parler, les expressions répétées : Je suis venu, Je ne suis pas venu, traduisent parfaitement ce oui et ce non, conscient et inébranlable, et cette soumission absolue à la volonté du Père, qui constitue la loi de sa vie (...). Jamais, dans tout son ministère, que ce soit en paroles ou par sa façon d’agir, on ne le voit hésiter, rester indécis, et moins encore faire machine arrière. 05 » Et Il nous demande, à nous qui Le suivons, cette volonté ferme en toute situation. Le respect humain est le propre de personnes dont la formation est superficielle, sans critères clairs, sans convictions profondes, ou faibles de caractère. Le respect humain vient de ce que l’on estime davantage l’opinion des autres que le jugement de Dieu, sans tenir compte des paroles de Jésus : De celui qui aura eu honte de Moi et de mes paroles... le Fils de l’homme aussi en aura honte, quand Il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges06.
Le respect humain peut venir aussi de la commodité, de la peur de passer un mauvais moment, car il est plus facile d’être de l’avis de tout le monde… ; ou de la crainte de perdre sa place, par exemple ; ou du désir de ne pas se distinguer des autres, de vivre dans l’anonymat. Suivre le Seigneur implique d’être comme les autres bons chrétiens et de s’engager envers le Christ et sa doctrine. « Que brille l’exemple de notre vie en ne faisant aucun cas des critiques », conseillait saint Jean Chrysostome. « Il n’est pas possible, ajoutait-il, que celui qui s’efforce vraiment d’être saint ne manque pas d’avoir beaucoup de monde qui ne l’aime pas. Mais cela importe peu, car la couronne de gloire augmente justement pour cette raison. Nous devons nous occuper d’une seule chose : d’ordonner avec perfection notre propre conduite. Si nous faisons cela, nous conduirons à la vie chrétienne ceux qui vivent dans les ténèbres 07 », et nous serons un ferme appui pour ceux qui hésitent. Une vie cohérente avec ses propres convictions attire beaucoup de monde et mérite le respect de tous. C’est souvent le chemin dont Dieu se sert pour attirer d’autres à la foi. Le bon exemple laisse toujours une bonne semence qui, plus tôt ou plus tard, donnera du fruit. « Et il arrive souvent, avertit sainte Thérèse d’Avila, que l’on fasse ce que l’on voit resplendir comme vertu en d’autres. C’est un bon avertissement, ne l’oubliez pas. 08 »
Il est vrai que l’on a tous tendance à repousser une conduite qui provoquerait un certain mépris ou la moquerie d’amis, de collègues de travail..., ou simplement l’inconfort d’aller à contre-courant. Mais il est bien vrai aussi que l’amour du Christ, à qui nous devons tant ! nous aide à surpasser cette tendance, pour atteindre la « liberté des enfants de Dieu » qui nous aide à nous conduire avec aisance et simplicité, en bons chrétiens, dans les milieux les plus hostiles.
III. Les chrétiens de la première heure agirent avec le courage propre à celui qui a construit sa vie sur de fermes fondations. Joseph d’Arimathie et Nicodème, qui avaient été des disciples moins connus de Jésus à l’heure des miracles, n’hésitèrent pas à se présenter devant le Procurateur romain et à prendre en charge le Corps mort du Seigneur : « à l’heure de la lâcheté ils montrentleur courage, en déclarant devant les autorités — “audacter” —avec audace, leur amour pour le Christ 09 ». Les Apôtres se comportèrent d’une façon semblable devant la contrainte du sanhédrin et devant les persécutions postérieures, bien convaincus de ce que le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est force divine10. N’oublions pas que beaucoup considèrent comme une folie la fidélité matrimoniale, le fait de ne pas participer à des affaires rentables mais peu honnêtes, la générosité dans le nombre d’enfants qui oblige à quelques privations, le jeûne, l’abstinence, la mortification corporelle (qui aide tant l’âme à comprendre Dieu !)... Saint Paul affirme qu’il n’a jamais eu honte de l’Évangile11, et c’est ainsi qu’il le recommande vivement à Timothée : Dieu, certes, ne nous a pas donné un esprit de timidité, mais de force, de charité et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, ni de moi, son prisonnier ; mais avec moi prends ta part de souffrances pour l’Évangile, à la mesure de la force de Dieu12.
Le Seigneur, lorsqu’Il rencontre cet homme malade chez le pharisien qui L’a invité, le guérit, bien que ce soit samedi et malgré les critiques. Face à cette possibilité il aurait été facile d’attendre un autre jour de la semaine. Il nous enseigne aujourd’hui à faire ce que nous devons faire, indépendamment du « qu’en dira-t-on », des commentaires hostiles que provoquent peut-être nos paroles ou notre conduite. Une chose doit nous importer avant tout : le jugement de Dieu. L’opinion des autres, vient en deuxième lieu. Si parfois nous devons nous taire ou omettre une action que ce soit parce qu’ainsi le veut la véritable prudence, mais pas la lâcheté ou la crainte des contrariétés. Que pouvons-nous souffrir de moins pour Celui qui souffrit pour nous la mort, sur la Croix ?
Quel bien nous pouvons faire par le simple fait d’une vie cohérente avec les principes chrétiens ! Quelle joie, pour le Seigneur, de nous voir agir en vrais disciples qui ne se cachent pas et qui n’ont pas honte de l’être !
Demandons à Notre-Dame de nous obtenir la fermeté qu’Elle a eue au pied de la Croix, près de son Fils, en des circonstances si hostiles et douloureuses.
01. Lc 14, 1-6. – 02. Saint Cyrille d’Alexandrie, dans Catena Aurea, vol. VI, p. 160. – 03. I. Dominguez, Le troisième Évangile. – 04. Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 36. – 05. K. Adam, Jésus-Christ. – 06. Mc 8, 38. – 07. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Matthieu, 15, 9. – 08. Sainte Thérèse, Chemin de perfection, 7, 8. – 09. Saint Josémaria Escriva, Chemin, n. 841. – 10. 1 Cor 1, 18. – 11. Cf. Rom 1, 16. – 12. 2 Tim 1, 7-8.
30e SEMAINE. SAMEDI
36. La meilleure place
— Les premières places.
— Humilité de Marie.
— Fruits de l’humilité.
I. Tous les jours sont bons pour faire un moment de prière auprès de la Vierge, mais en ce jour, le samedi, nombreux sont les chrétiens du monde entier, qui font en sorte que la journée se déroule très près de Marie. Nous nous approchons d’Elle pour qu’Elle nous enseigne à progresser en une vertu qui est le fondement de toutes les autres : l’humilité, car elle « est la porte par où passent les grâces que Dieu nous octroie ; elle est celle qui assaisonne tous nos actes, en leur communiquant tant de valeur, et en faisant qu’ils soient agréables à Dieu. Finalement, elle nous constitue en maîtres du cœur de Dieu, jusqu’à faire de Lui, pour ainsi dire, notre serviteur ; car Dieu n’a jamais pu résister à un cœur humble 01 ». Elle est si nécessaire pour le salut que Jésus profite de toute circonstance pour la louer.
L’Évangile de la Messe02 nous raconte que Jésus fut invité à un banquet. À table, comme de nos jours, il y avait des places d’honneur. Les invités, peut-être un peu précipitamment, se dirigeaient vers ces places. Jésus l’observait. Peut-être à la fin du repas, au moment où la conversation devient plus calme, le Seigneur leur dit : Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place... Au contraire..., va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé.
Jésus se serait probablement assis à une place discrète ou bien là où celui qui L’avait invité le Lui aurait indiqué. Il sait se comporter, et en même temps Il se rend compte de l’attitude peu élégante d’un point de vue humain, qu’adoptent les invités. Ceux-ci, d’autre part, se trompèrent radicalement parce qu’ils ne surent pas se rendre compte que la meilleure place se trouve toujours à côté de Jésus. C’est pour être là, près du Seigneur, qu’ils auraient dû se disputer. Dans la vie des hommes on observe souvent une attitude semblable à celle de ces invités : que d’effort pour être considérés et admirés, et bien peu pour être près de Dieu ! Aujourd’hui nous demandons à Marie, dans ce moment de prière et tout au long de la journée, de nous apprendre à être humbles, ce qui est la seule façon de croître dans l’amour de son Fils, de se trouver près de Lui. L’humilité gagne le Cœur de Dieu. « “Quia respexit humilitatem ancillæ suæ” — parce qu’Il a vu l’humilité de sa servante...
« — Chaque jour, je suis davantage convaincu que l’humilité authentique est le fondement surnaturel de toutes les vertus ! Parles-en à Notre Dame, pour qu’Elle nous entraîne à marcher sur ce sentier. 03 »
II. La Vierge nous enseigne le chemin de l’humilité. Cette vertu ne consiste pas essentiellement à réprimer les impulsions de l’orgueil, de l’ambition, de l’égoïsme, de la vanité..., car Notre-Dame n’eut jamais aucune de ces impulsions et a été parée par Dieu de cette vertu de façon éminente. Le mot humilité vient du latin humus, terre, et signifie, selon son étymologie, s’incliner vers la terre. La vertu de l’humilité consiste essentiellement à s’incliner devant Dieu et devant tout ce qu’il y a de Dieu dans les créatures04, reconnaître notre petitesse et notre indigence devant la grandeur du Seigneur. Les âmes saintes « sentent une très grande joie à s’anéantir devant Dieu, et reconnaître pratiquement que Lui seul est grand, et qu’en comparaison de la sienne, toutes les grandeurs humaines sont vides de vérité, et ne sont que mensonges 05 ». Cet anéantissement ne rapetisse pas, ne réduit pas les vraies aspirations de la créature, mais les ennoblit et leur ouvre des horizons plus larges.
Quand Notre-Dame est choisie pour être Mère de Dieu, Elle se proclame tout de suite sa servante06. Et au moment où Elle écoute la louange d’être bénie entre toutes les femmes07, Elle se dispose à servir sa cousine Élisabeth. Elle est pleine de grâce08, mais Elle garde dans son intimité la grandeur qui Lui a été révélée. Elle ne dévoile même pas le mystère à Joseph ; Elle laisse la Providence le faire au moment opportun. Pleine d’une joie immense Elle chante les merveilles qui Lui sont arrivées, mais Elle les attribue au Tout-Puissant. Pour sa part, Elle n’a offert que sa petitesse et sa volonté09. « Elle s’ignorait Elle-même. C’est pourquoi Elle ne comptait pas à ses propres yeux. Elle ne vécut pas attentive à Elle-même, mais attentive à Dieu, à sa volonté. C’est pourquoi Elle pouvait mesurer la portée de sa propre bassesse, de sa condition de créature abandonnée et en même temps sûre, en se sentant incapable de tout, mais soutenue par Dieu. La conséquence fut le don de soi, ne vivre que pour Dieu. 10 » Elle ne chercha jamais sa propre gloire, ni à se faire remarquer, ni les premières places dans les banquets, ni à être considérée, ni à recevoir des flatteries parce qu’Elle était la Mère de Jésus. Elle ne chercha que la gloire de Dieu.
L’humilité est fondée sur la vérité, sur la réalité ; surtout sur cette certitude : la distance qui existe entre la créature et son Créateur est infinie. Plus on comprend cette distance et le rapprochement de Dieu avec ses dons à la créature, plus l’âme, avec l’aide de la grâce, devient humble et reconnaissante. Plus une créature est élevée, plus elle comprend cet abîme : c’est pourquoi la Vierge fut si humble. Elle, la Servante du Seigneur, est aujourd’hui la reine de l’Univers. En Elle se sont accomplies d’une façon éminente les paroles de Jésus à la fin de la parabole : qui s’abaisse, qui occupe sa place devant Dieu et devant les hommes, sera élevé. Celui qui est humble écoute toujours Jésus qui lui dit : mon ami, avance plus haut. « Que nous sachions nous mettre au service de Dieu sans conditions et nous serons élevés à une hauteur incroyable ; nous participerons à la vie intime de Dieu, nous serons comme des dieux ! mais par le droit chemin : celui de l’humilité et de la docilité à la volonté de notre Seigneur. 11 »
III. L’humilité nous fera découvrir que tout ce qu’il y a de bon en nous vient de Dieu, aussi bien dans l’ordre de la nature que dans celui de la grâce : Ma vie est comme un rien devant Toi, Seigneur12, dit le Psalmiste. Ce qui nous est propre, c’est la faiblesse et l’erreur. En même temps, cette vertu n’a rien à voir avec la timidité, avec la pusillanimité ou la médiocrité. Loin de s’effrayer, l’âme humble se met dans les mains de Dieu, et se remplit de joie et de reconnaissance lorsque Dieu veut faire de grandes choses à travers elle. Les saints ont été des hommes magnanimes, capables d’entreprendre de grandes choses pour la gloire de Dieu. L’humble est audacieux parce qu’il compte sur la grâce du Seigneur, qui peut tout : il a toujours recours à la prière — il est très quémandeur —parce qu’il est convaincu du besoin absolu de l’aide divine ; il est reconnaissant, envers Dieu et envers ses semblables, parce qu’il est conscient de toute l’aide qu’il reçoit ; il se lie facilement d’amitié et il fait de l’apostolat... Et bien que l’humilité soit le fondement de toutes les vertus, elle l’est d’une façon très particulière de la charité : dans la mesure où nous nous oublions nous-mêmes, nous pouvons nous préoccuper des autres et nous occuper de leurs besoins. « Humilité et charité sont les vertus mères, affirme saint François de Sales ; les autres les suivent comme les poussins leur couveuse. 13 » L’orgueil, au contraire, est « la racine et la mère » de tous les péchés, même des capitaux14, et le plus grand obstacle que l’homme puisse mettre à la grâce.
L’orgueil et la tristesse vont souvent de paire15, tandis que la joie est le propre de l’âme humble. « Regardez Marie. Aucune créature ne s’est jamais abandonnée avec plus d’humilité aux desseins de Dieu. L’humilité de l’ancilla Domini (Lc 1, 38), de la servante du Seigneur, est la raison pour laquelle nous l’invoquons comme causa nostræ laetitiæ, cause de notre joie. Ève, après avoir commis le péché insensé de vouloir être l’égale de Dieu, se cachait du Seigneur toute honteuse : elle était triste. Marie, parce qu’Elle s’avoue la servante du Seigneur, devient Mère du Verbe divin et se remplit de joie. Que son allégresse de bonne Mère se communique à nous tous : imitons totalement Sainte Marie en cela, pour ainsi ressembler davantage au Christ. 16 »
01. Saint Curé d’Ars, Sermon pour le dixième Dimanche après la Pentecôte. – 02. Lc 14, 1; 7-11. – 03. Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 289. – 04. Cf. R. Garrigou-Lagrange, Les trois âges de la vie intérieure, vol. II, p. 670. – 05. Idem. – 06. Cf. Lc 1, 38. – 07. Lc 1, 42. – 08. Lc 1, 28. – 09. Cf. Lc 1, 47-49. – 10. F. SUAREZ, Marie de Nazareth . – 11. A. OROZCO, Regarder Marie. – 12. Ps 38, 6. – 13. Saint François de Sales, Recueil de lettres, fragm. 17, dans Œuvres choisies de..., p. 651. – 14. Saint Thomas, Summa Theologiæ, II-II, q. 162, a. 7-8. – 15. Cf. CASSIEN, Collationes, 16. – 16. Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 109.