31e SEMAINE. VENDREDI
44. Prier pour les défunts
— L’aide aux âmes du Purgatoire, une vérité vécue dans l’Église depuis les premiers temps.
— Écourter leur attente d’entrer au Ciel par notre prière et nos bonnes œuvres.
— Les indulgences.
I. En ce mois de novembre, l’Église, en bonne Mère, multiplie les suffrages pour les âmes du Purgatoire et nous invite à méditer le sens de la vie à la lumière de notre fin dernière : la vie éternelle, vers laquelle nous cheminons rapidement.
La liturgie nous rappelle qu’aux âmes qui se purifient dans le Purgatoire arrive l’amour de leurs frères de la terre, qui peut mériter pour elles et écourter leur attente du Ciel. La mort ne détruit pas la communauté fondée par le Seigneur, mais la perfectionne. L’union au Christ est plus forte que la séparation corporelle, parce que le Saint Esprit est un lien puissant d’union entre les chrétiens. Jusqu’à eux s’écoulent l’amour et la fidélité de ceux qui pérégrinent sur la terre en leur portant de la joie et en écourtant la petite distance qui les sépare encore du bonheur éternel ; et cela même si l’on n’essaye pas de l’obtenir expressément. Si on le veut consciemment, ce courant d’amour et de joie jusqu’à eux est encore plus grand01.
Dans la Liturgie des Heures02 nous lisons aujourd’hui le récit d’une bataille que les israélites gagnèrent avec l’aide divine. Le lendemain de la victoire, lorsque Judas Machabée ordonna de ramasser les corps des soldats tombés pendant la lutte, on découvrit qu’étaient morts ceux qui portaient entre leurs vêtements des objets consacrés aux idoles des peuples voisins. En voyant cela, tous bénirent la conduite du Seigneur, le juste juge qui rend manifestes les choses cachées. Judas Machabée ordonna alors de faire une collecte, et on recueillit deux mille drachmes, qu’il envoya à Jérusalem pour être employés à un sacrifice pour le péché. Parce que, conclut l’auteur sacré, prier pour les défunts, c’est là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché.
D’innombrables épitaphes et beaucoup de textes témoignent que l’Église, dès les premiers temps, « a honoré avec une grande piété la mémoire des défunts et (…) a même offert pour eux des suffrages 03 », avec la pleine conviction qu’elle pouvait soulager les peines des âmes du Purgatoire. Car « si les hommes de Mathathias expièrent par des oblations les crimes de ceux qui tombèrent dans le combat après avoir agi d’une manière impie, commente saint Éphrem, bien davantage les prêtres du Fils expient, par de saintes offrandes et la prière de leur bouche, les péchés des défunts ! 04 »
La coutume de prier pour les défunts s’enracina tellement parmi les premiers chrétiens, que très tôt on établit un moment fixe dans la Messe pour les recommander à Dieu, même par leurs noms : Souviens-toi de tes serviteurs (de N. et N.) qui nous ont précédés, marqués du signe de la foi, et qui dorment dans la paix. Pour eux et pour tous ceux qui reposent dans le Christ, nous implorons ta bonté : qu’ils entrent dans la joie, la paix et la lumière. Et dans une autre Prière eucharistique nous pouvons lire : Souviens-toi aussi de nos frères qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection, et de tous les hommes qui ont quitté cette vie : reçois-les dans ta lumière, auprès de toi05. Ces mots employés dans la liturgie de la Messe proviennent très probablement des épitaphes des sépulcres des catacombes : « avec le signe de la foi », « avec le sommeil des justes », « lieu de soulagement », sont des formules qui se trouvent dans les cimetières romains des premiers siècles et dans les Actes des Martyrs06.
La vérité de pouvoir intercéder pour ceux qui nous ont précédés, admise depuis toujours par le peuple chrétien, a été déclarée solennellement comme vérité de foi07.
Pendant que nous faisons ce moment de méditation, nous pouvons nous souvenir de ces personnes qui sont déjà mortes et qui continuent d’être unies à nous par des liens solides. Faisons aujourd’hui un examen de conscience pour voir ce qu’est notre prière pour eux. N’oublions pas qu’il s’agit d’une grande œuvre de miséricorde très agréable au Seigneur.
II. O Dieu, Tu es mon Dieu ; je Te cherche de toutes mes forces. Mon âme a soif de Toi, ma chair languit après Toi, comme une terre aride et assoiffée, faute d’eau08. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant ; quand irai-je contempler la face de Dieu ?09 On peut appliquer aux âmes du Purgatoire avec une force spéciale ce besoin et ce désir de l’auteur sacré.
Les péchés impliquent un double désordre. En premier lieu, il y a l’offense à Dieu qui occasionne pour l’âme ce que les théologiens appellent, l’inimitié et l’éloignement de Dieu qui, s’il s’agit d’un péché mortel, suppose une déviation radicale de l’âme en ce qui concerne le but pour lequel elle a été créée, et elle mérite alors la privation éternelle de Dieu. Cette faute, dans le cas des péchés commis après le Baptême, se pardonne dans la Confession sacramentelle.
En plus, et dans la mesure où le péché signifie une conversion aux créatures, il provoque un désordre qui atteint le pécheur lui-même, qui tronque sa réalisation personnelle, et les autres fidèles, auxquels il est intimement uni par la Communion des Saints, et auxquels il porte préjudice et offense, car, certainement, « le péché amoindrit l’homme lui-même en l’empêchant d’atteindre sa plénitude 10 » ; mais, en plus, « l’âme qui s’abaisse par le péché abaisse avec elle l’Église et, d’une certaine façon, le monde entier 11 ». Cette conséquence du péché personnel est ce qui s’appelle reste de peine, qui subsiste d’habitude même après l’absolution sacramentelle, et qui doit être réparée en cette vie par l’accomplissement de la pénitence imposée dans la Confession, d’autres bonnes œuvres, ou par les indulgences concédées par l’Église. L’âme qui sort de ce monde sans la réparation suffisante, ou avec des péchés véniels et des manques d’amour de Dieu, devra se purifier dans le Purgatoire12, car rien de sale n’entrera13 au Ciel. Là ils réparent pour leurs fautes et taches, sans aucun mérite — car avec la mort se termine le temps de mériter —, sans augmentation de leur amour de Dieu.
Dans le Purgatoire, en même temps qu’une douleur inimaginable, il y a aussi une grande joie, car les âmes qui y sont détenues savent qu’elles sont confirmées en grâce, et, par conséquent, destinées au bonheur éternel. Quant à nous, nous pouvons mériter et aider les âmes qui se préparent à entrer au Ciel, principalement avec la Sainte Messe, qui est ce qu’il y a de plus grand, qu’unis au Christ nous pouvons offrir à Dieu le Père en ce monde. L’Église, en commémorant chaque année tous les fidèles défunts, se souvient, spécialement tout au long de ce mois de novembre, de ses enfants qui ne peuvent pas encore participer pleinement au bonheur éternel, et encourage à offrir fréquemment le Saint Sacrifice pour eux, elle concède des indulgences spéciales applicables à ces âmes et pousse tout le monde à collaborer à une œuvre de miséricorde qui donne ses fruits au-delà du monde terrestre. Le Seigneur a voulu que toute bonne œuvre réalisée en état de grâce puisse aider les défunts et atteindre une récompense devant Lui ; et ces mérites peuvent être appliqués pour les défunts du Purgatoire, en manière de suffrage, d’aide. Ainsi la réception des sacrements, spécialement de la Communion, le saint Rosaire, l’offrande de la maladie, de la douleur, des contrariétés de chaque jour. Parmi ces œuvres, nous disposons chaque jour d’un grand instrument d’aide à nos frères défunts : le travail ou l’étude, faits consciencieusement, avec perfection humaine et sens surnaturel.
III. Les indulgences, plénières ou partielles, qui peuvent s’appliquer comme un suffrage, ont une particulière importance dans l’aide que nous pouvons prêter aux âmes du Purgatoire ; et même certaines sont prévues exclusivement en faveur des défunts. L’Église concède une indulgence partielle pour beaucoup d’œuvres de piété (la prière mentale, la prière de l’Angélus ou du Regina Cœli ; l’utilisation d’un objet pieux — crucifix, croix, chapelet, scapulaire, médaille — béni par un prêtre, et s’il est béni par le Pontife Romain ou par un prélat, on gagne une indulgence plénière le jour de la fête de saint Pierre et saint Paul en réalisant un acte de foi ; lecture de la sainte Écriture ; prière du Souvenez-vous ; Communion spirituelle avec n’importe quelle formule ; toutes les litanies ; prière de l’Adoro te devote ; Salve ; prière pour le Pape ; retraite spirituelle ; etc…), et certaines sont encore plus enrichies par l’Église qui leur donne — avec les conditions habituelles de Confession, Communion, prière pour le Pontife Romain — le bénéfice de l’indulgence plénière, qui remet toute la peine temporelle due pour les péchés. C’est ce qui arrive par exemple avec la prière du Chapelet en famille, la pratique du Chemin de Croix, la demi-heure de prière devant le Très Saint Sacrement, la pieuse visite à un cimetière dans les huit premiers jours du mois de novembre, etc…
Selon ce qu’enseigne saint Thomas d’Aquin14 et de nombreux autres théologiens, les âmes du Purgatoire peuvent se rappeler des personnes chères qu’elles ont laissées sur terre et prier pour elles, bien qu’elles ignorent — sauf si Dieu veut le leur manifester — les besoins concrets de ceux qui vivent encore sur la terre. Elles intercèdent pour leurs êtres chers qu’elles laissèrent ici, comme nous prions pour elles sans savoir avec certitude si elles sont au Purgatoire ou jouissent déjà de Dieu dans le Ciel. Elles ne peuvent pas mériter, mais elles peuvent intercéder, en mettant devant le Seigneur les mérites acquis ici sur terre ; elles nous aident en de nombreux besoins quotidiens, « et spécialement ceux qui furent unis à elles durant cette vie 15 », ceux qui les aidèrent le plus à atteindre le salut, ceux pour qui elles avaient spécialement prié. Ne manquons pas d’avoir recours à elles… et soyons généreux dans les suffrages que la liturgie nous pousse à faire en ce mois-ci d’une façon très particulière.
01. Cf. M. SCHMAUS, Théologie dogmatique, Les fins dernières. – 02. Cf. Liturgie des Heures. Première lecture. 2 Mac 12, 32-46. – 03. Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 50. – 04. SAINT ÉPHREM, Testamentum, 78. – 05. Missel Romain, Prières eucharistiques I et II. – 06. Cf. F. SUAREZ, Le sacrifice de l’autel. – 07. II Concile de Lyon, Profession de foi de Miguel Paleologue, Dz 464 (858). – 08. Ps 62, 1-2. – 09. Ps 41, 3. – 10. Concile Vatican II, Const. Gaudium et spes, 13. – 11. JEAN-PAUL II, Exhort. Apost. Reconciliatio et pœnitentia, 2 décembre 1984, 16. – 12. S. C. pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux Évêques sur quelques questions en rapport avec l’eschatologie, 17 mai 1979, 7. – 13. Ap 21, 27. – 14. Cf. SAINT THOMAS, Summa Theologiæ, I, q. 89. – 15. M. SCHMAUS, o. c., p. 507.
31e SEMAINE. SAMEDI
45. Servir un seul Seigneur
— Nous appartenons entièrement à Dieu.
— Unité de vie.
— Rectifier l’intention.
I. Dans l’Antiquité, le serviteur se devait intégralement à son seigneur. Son activité comportait un don de soi si total et absorbant qu’il ne pouvait pas la partager avec un autre travail ou un autre maître. On comprend mieux ainsi les paroles de Jésus que nous lisons dans l’Évangile de la Messe01 : Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second, ou bien il s’attachera au premier, et méprisera le second. Et le Seigneur conclut : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent.
Suivre le Christ signifie diriger vers Lui tous nos actes. Nous n’avons pas un temps pour Dieu et un autre pour l’étude, pour le travail, pour les affaires : tout vient de Dieu et doit être orienté vers Lui. Nous appartenons entièrement au Seigneur et nous Lui offrons notre activité, le repos, les amours nobles… Nous avons une seule vie, qui s’ordonne à Dieu avec tous les actes qui la composent. « La spiritualité ne peut jamais être comprise comme un ensemble de pratiques pieuses et ascétiques juxtaposées n’importe comment à l’ensemble de droits et devoirs déterminés par sa propre condition ; au contraire, les circonstances propres, en tant qu’elles répondent au vouloir de Dieu, doivent être assumées et vitalisées surnaturellement par une façon déterminée de développer la vie spirituelle, développement qui doit s’obtenir précisément dans et à travers ces circonstances. 02 »
Comme le fil retient les grains d’un collier, ainsi le désir d’aimer Dieu, la droiture d’intention, donnent de l’unité à tout ce que nous faisons. Par l’offrande d’œuvres toutes nos activités de la journée, les joies et les peines, appartiennent au Seigneur. Rien ne reste hors de l’amour. « Dans notre conduite ordinaire, nous avons besoin d’une vertu très supérieure à celle du légendaire roi Midas, lui qui convertissait en or tout ce qu’il touchait.
« — Nous autres, par amour, nous devons convertir, le travail humain, celui de notre journée habituelle, en œuvre de Dieu, d’une portée éternelle. 03 »
L’occupation de tous les jours, le soin des instruments que nous employons dans le travail, l’ordre, la sérénité devant les contradictions qui se présentent, la ponctualité, l’effort que suppose l’accomplissement du devoir… tout cela est la matière que nous devons transformer en or de l’amour de Dieu. Tout est dirigé vers le Seigneur, qui est Celui qui donne une valeur éternelle à nos actions les plus petites.
II. L’effort pour vivre en enfants de Dieu se réalise principalement dans le travail, que nous devons diriger vers Dieu ; dans le foyer, en le remplissant de paix et d’esprit de service ; et dans l’amitié, chemin pour que les autres s’approchent chaque fois plus du Seigneur. Malgré tout, à tout moment du jour ou de la nuit nous devons maintenir cet effort pour être, avec l’aide de la grâce, des hommes et des femmes tout d’une pièce, qui ne se comportent pas selon le vent qui court ou qui limitent la fréquentation du Seigneur aux moments où ils sont à l’église ou recueillis en prière. Dans la rue, dans le travail, dans le sport, dans une réunion sociale, nous sommes toujours les mêmes : des enfants de Dieu, qui reflètent avec amabilité qu’ils suivent le Christ en des situations bien diverses : Que vous mangiez, que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu04, conseillait saint Paul aux premiers chrétiens. « Lorsque tu te mets à table, commente saint Basile au sujet de ce verset, prie. Lorsque tu manges du pain, fais-le en rendant grâce à Celui qui est généreux. Si tu bois du vin, souviens-toi de Celui qui te l’a concédé pour la joie et le soulagement des maladies. Lorsque tu mets ton vêtement, rends grâce à Celui qui avec bienveillance te l’a donné. Lorsque tu contemples le ciel et la beauté des étoiles, jette-toi aux pieds de Dieu et adore Celui qui avec sa Sagesse a disposé toutes ces choses. De la même façon, lorsque sort le soleil et lorsqu’il se couche, tandis que tu dors et en étant réveillé, rends grâce à Dieu qui a créé et ordonné toutes ces choses à ton profit, pour que tu connaisses, aimes et loues le Créateur. 05 » Toutes les nobles réalités doivent nous conduire à Lui.
De la même façon que lorsqu’on aime une créature de la terre, on l’aime pendant les vingt-quatre heures de la journée, l’amour du Christ constitue l’essence la plus intime de notre être et ce qui configure notre conduite. Il est notre unique Seigneur, que nous essayons de servir au milieu des hommes, en étant exemplaires dans le travail, dans les affaires, au moment de vivre la doctrine sociale de l’Église dans les divers milieux de notre activité, en prenant soin de la nature, qui fait partie de la Création divine… Cela n’aurait aucun sens qu’une personne qui fréquente le Seigneur avec intimité ne s’efforce pas en même temps, et comme conséquence logique, d’être cordiale et optimiste, d’être ponctuelle dans son travail, de profiter du temps, de ne pas faire un travail bâclé…
L’amour de Dieu, s’il est authentique, se reflète dans tous les aspects de la vie. D’où le fait que, bien que les questions temporelles aient leur propre autonomie et qu’il n’existe pas une « solution catholique » aux problèmes sociaux, politiques, etc., il n’existe pas non plus de domaines de « neutralité », où le chrétien cesse de l’être et d’agir en tant que tel06. C’est pourquoi l’apostolat est spontané là où se trouve un disciple du Christ, parce qu’il est une conséquence immédiate de son amour de Dieu et des hommes.
III. Les pharisiens qui écoutaient le Seigneur aimaient l’argent et essayaient de rendre compatible leur amour des richesses et de Dieu, qu’ils prétendaient servir. C’est pourquoi ils se moquaient de Jésus. Aujourd’hui aussi les hommes essayent, parfois, de ridiculiser le service total à Dieu et le détachement des biens matériels, parce que —comme les pharisiens — non seulement ils ne sont pas disposés à le vivre eux-mêmes, mais encore ils ne conçoivent même pas que d’autres puissent avoir cette générosité : ils pensent, peut-être, que peuvent exister des intérêts cachés en ceux qui ont vraiment choisi, au milieu du monde ou hors de lui, le Christ comme unique Seigneur07.
Jésus met à découvert la fausseté de cette apparente bonté des pharisiens : Vous êtes, vous, leur dit-Il, ceux qui se présentent comme des justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs, car ce qui est prestigieux chez les hommes est une chose abominable aux yeux de Dieu. Le Seigneur indique avec un mot très fort —abominable — la conduite de ces hommes qui manquent d’unité de vie et qui, avec l’apparence d’être de fidèles serviteurs de Dieu, étaient très loin de Lui comme cela se reflétait dans leurs œuvres : ils se plaisent à circuler en robes longues et aiment à recevoir des salutations sur les places publiques, à avoir les sièges d’honneur dans les synagogues et les premières places dans les repas, et ils dévorent les biens des veuves, tout en affectant de faire de longues prières…08. En réalité, ils aimaient peu ou pas du tout Dieu ; ils s’aimaient eux-mêmes.
Dieu connaît vos cœurs. Ces mots du Seigneur doivent nous remplir de consolation, et en même temps ils nous pousseront à rectifier très souvent l’intention pour repousser les mouvements de vanité et de gloriole, de telle façon que notre vie entière soit orientée vers la gloire de Dieu. Plaire au Seigneur doit être le grand objectif de toutes nos actions. Le Pape Jean-Paul Ier, lorsqu’il était encore Patriarche de Venise, écrivit ce petit conte, plein d’enseignements. Les chiens étaient couchés à l’entrée de la cuisine. Jean, le cuisinier, tua un veau et jeta les viscères dans la cour. Les chiens les mangèrent, et dirent : « c’est un bon cuisinier, il cuisine très bien ».
Peu de temps après, Jean écossait les petits pois et épluchait les oignons, et il lança les épluchures dans la cour. Les chiens se jetèrent sur elles, mais détournant leurs museaux vers l’autre côté ils dirent : « Le cuisinier s’est gâché, il ne vaut plus rien. »
Cependant Jean ne s’émut pas le moins du monde à cause de ce jugement, et il dit : « C’est le maître qui doit manger et apprécier mes repas, et pas les chiens. Il me suffit d’être apprécié par mon maître. 09» Si nous agissons face à Dieu, il nous sera peu important que les hommes ne comprennent pas ou qu’ils critiquent notre action. C’est Dieu que nous voulons servir en premier lieu et par-dessus tout. Ensuite, il se trouve que cet amour de Dieu prouvé par des faits est, en même temps, ce qu’il y a de mieux en faveur de nos frères les hommes.
Notre Mère Sainte Marie nous enseignera à diriger nos jours et nos heures pour que notre vie soit un vrai service de Dieu. « Ne perds jamais de vue le point de vue surnaturel. Rectifie ton intention, tout comme l’on rectifie le cap en haute mer : en regardant l’étoile, en regardant Marie. Et tu auras la certitude de parvenir toujours à bon port. 10 »
01. Lc 16, 13-14. – 02. A. DEL PORTILLO, Vocation et mission du prêtre. – 03. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Forge, n. 742. – 04. 1 Cor 10, 31. – 05. SAINT BASILE, Homélie in Julittam martirem. – 06. Cf. I. CELAYA, Unité de vie et plénitude chrétienne. – 07. Cf. Bible de Navarre. Saints Évangiles, note à Lc 16, 13-14. – 08. Cf. Lc 20, 45-47. – 09. Cf. A. LUCIANI, Humblement vôtre. – 10. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Forge, n. 749.