31e SEMAINE. MERCREDI
42. Les fruits de la Croix
— Sens de la douleur.
— Ses fruits dans la vie chrétienne.
— Avoir recours à Jésus et à Marie dans la maladie et dans la contradiction.
I. La Croix est le symbole et le signe du chrétien parce que sur elle s’est consommée la Rédemption du monde. Le Seigneur employa l’expression prendre sa croix en diverses occasions pour indiquer ce que devait être l’attitude de ses disciples face à la douleur et la contradiction. Dans l’Évangile de la Messe, Jésus nous dit : celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple01. Et une autre fois, en s’adressant à tous ceux qui étaient présents, Il les avertit : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive02.
La douleur, dans ses diverses manifestations, est un fait universel. Saint Paul compare la souffrance aux douleurs de la mère pendant l’accouchement : car nous le savons : en commun la création tout entière gémit et connaît les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce jour03, et l’expérience nous enseigne que toutes les créatures, pauvres et riches, jeunes et vieux, hommes et femmes, souffrent pour diverses raisons et causes. C’est pourquoi saint Pierre avertissait les premiers chrétiens : Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas de l’incendie qui s’est allumé chez vous pour vous éprouver, comme s’il vous arrivait quelque chose d’étrange04. C’est comme si la douleur dérivait de la nature même de l’homme. Cependant la foi nous enseigne que la souffrance pénétra dans le monde par le péché. Dieu avait préservé l’homme de la douleur par un acte d’une bonté infinie. Créé dans un endroit de délices, s’il avait été fidèle à Dieu, il aurait été transporté de ce paradis terrestre au Ciel pour jouir éternellement du bonheur le plus pur.
Le péché d’Adam, transmis à ses descendants, altéra les plans divins. Avec le péché, la douleur et la mort entrèrent dans le monde. Mais le Seigneur assuma la souffrance humaine à travers les privations d’une vie normale (Il eut faim et soif, Il se fatigua en travaillant…) et sa Passion et sa Mort sur la Croix, et ainsi Il transforma les douleurs et les peines de cette vie en un bien immense. Qui plus est, nous avons tous été appelés, avec la souffrance et la mortification volontaire, à compléter en notre corps la Passion de Jésus05.
La foi en cette participation mystérieuse de la Croix entraîne avec elle « la certitude intérieure de ce que l’homme qui souffre complète ce qui manque aux souffrances du Christ ; de ce que dans la dimension spirituelle de l’œuvre de la Rédemption il sert, comme le Christ, pour le salut de ses frères et sœurs. Par conséquent, non seulement il est utile aux autres, mais encore il réalise même un service irremplaçable. Dans le Corps du Christ (…) c’est précisément la souffrance (…) qui est la médiatrice irremplaçable et l’auteur des biens indispensables pour le salut du monde. La souffrance, plus que toute autre chose, est ce qui ouvre le chemin à la grâce qui transforme les âmes. La souffrance, plus que tout le reste, rend présent dans l’histoire de l’humanité la force de la Rédemption. 06 »
Nous avons dans nos mains la possibilité de collaborer généreusement avec le Christ en acceptant avec amour la douleur, les contrariétés, les difficultés normales de la vie, la maladie… que le Christ permet pour notre sanctification personnelle et celle de toute l’Église. La douleur a alors un sens et nous devenons de vrais collaborateurs du Seigneur dans l’œuvre du salut des âmes et, si nous participons de Ses souffrances sur terre, nous partagerons un jour Sa gloire et de cette façon l’œuvre de notre sanctification sera complète07.
II. L’arbre de la Croix est rempli de fruits. Les souffrances nous aident à être plus détachés des biens de la terre, de la santé… « Deus meus et omnia ! », «Mon Dieu et mon tout !08» , s’exclamait saint François d’Assise. Si nous avons Dieu, nous ne perdrons pas grand chose. Au contraire, « heureux qui peut dire de tout cœur : mon Jésus, Toi seul me suffis ! 09 »
Les tribulations sont une grande opportunité de mieux expier nos fautes et péchés de la vie passée. Saint Augustin enseigne que, spécialement en ces occasions, le Seigneur agit en médecin pour guérir les plaies que laissèrent les péchés et emploie le médicament des tribulations10. Les difficultés et les douleurs que nous souffrons nous poussent à avoir recours avec promptitude et constance à la miséricorde divine : Ils me chercheront dans leur angoisse11, dit le Seigneur par la bouche du Prophète Osée. Et Jésus nous invite à aller à Lui dans ces situations difficiles : Venez à Moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau : c’est Moi qui vous soulagerai12. Nous avons fait si souvent l’expérience de ce soulagement ! Il est vraiment notre refuge et notre force13 au milieu de toutes les tempêtes de la vie, Il est le port où nous devons accourir rapidement.
Les contrariétés, la maladie, la douleur nous donnent l’occasion de pratiquer de nombreuses vertus (la foi, la force, la joie, l’humilité, l’identification avec la volonté divine…) et nous permettent de gagner de nombreux mérites. « Pense à tout ce qui, dans ta vie, sera dépourvu de valeur, parce que tu ne l’auras pas offert à Dieu, et tu devras te sentir avide, impatient de tout recueillir, avide aussi de ne négliger aucune douleur. — En effet, si la douleur est la compagne de la créature, pourquoi la laisser passer, sinon par sottise ? 14 » Et il y a des époques dans la vie où elle se présente abondamment… Ne la laissons pas passer sans qu’elle laisse des biens abondants dans l’âme.
La douleur supportée avec un sens chrétien est un grand moyen pour atteindre la sainteté. Notre vie intérieure a aussi besoin de contradictions et d’obstacles pour croître. Saint Alphonse Marie de Liguori affirmait que de même que la flamme s’avive au contact de l’air, de même l’âme se perfectionne au contact des tribulations15. Et même les tentations aident à progresser en amour du Seigneur. Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; en outre, avec la tentation, Il vous ménagera aussi la possibilité d’y échapper en ayant la force de la supporter16. Et l’épreuve supportée près du Seigneur nous attire de nouvelles grâces et bénédictions.
III. Lorsque nous sommes affligés, ayons recours à Jésus, en qui nous trouverons toujours consolation et aide. Comme le Psalmiste, nous aussi nous pouvons dire : Vers Yahweh, dans ma détresse, j’ai crié, et Il m’a exaucé17, car nous sommes sans force devant cette nombreuse multitude qui s’avance contre nous, et nous ne savons que faire, mais nos yeux sont tournés vers Toi18. Dans le Cœur miséricordieux de Jésus nous trouvons toujours la paix et l’aide nécessaire. C’est à Lui que nous devons avoir recours en premier lieu avec sérénité, pour ne pas avoir à écouter les paroles qu’un jour le Maître adressa à Pierre : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?19. « Oh grand Dieu ! s’exclamait sainte Thérèse. Lorsque Vous, Seigneur, vous voulez encourager, comme elles peuvent peu de chose, toutes les contradictions ! 20 » Demandons toujours cet « encouragement » à Jésus lorsque se présentent la douleur ou la tribulation.
Près du Seigneur, nous pouvons tout ; loin de Lui nous ne résisterons pas beaucoup. « Avec la présence d’un si bon ami — notre Seigneur Jésus-Christ —, avec un si bon capitaine, qui fut le premier à souffrir, l’on peut tout souffrir. Il aide et donne des forces, Il ne manque jamais, Il est un vrai ami. 21 » Avec Lui nous saurons nous comporter avec joie, et même avec bonne humeur, au milieu des difficultés, comme le firent les saints. Ils nous ont laissé d’abondants exemples.
Le Seigneur nous enseignera aussi à voir les épreuves et les peines avec plus d’objectivité, pour ne pas donner de l’importance à ce qui en fait n’en a pas et pour ne pas nous inventer des peines que l’imagination crée par manque d’humilité, ou bien les faire augmenter lorsque, avec un peu de bonne volonté, nous pouvons les supporter sans en faire un drame ou une tragédie.
A la fin de notre prière nous avons recours à Notre-Dame pour qu’Elle nous enseigne à tirer du fruit de toutes les difficultés que nous devrons souffrir, ou que nous souffrons ces jours-ci. « “Cor Mariæ perdolentis, miserere nobis !” Invoque sans crainte le Cœur de Sainte Marie, décidé à t’unir à sa douleur, en réparation pour tes péchés et pour ceux des hommes de tous les temps.
« — Et, pour chaque âme, demande-lui que sa douleur augmente en nous l’aversion du péché, que nous sachions aimer, à titre d’expiation, les contrariétés physiques ou morales de chaque jour. 22 »
01. Lc 14, 27. – 02. Lc 9, 23. – 03. Rom 8, 22. – 04. 1 P 4, 12. – 05. Cf. Col 1, 24. – 06. JEAN-PAUL II, Lettre Apost. Salvifici doloris, 11 février 1984, 27. – 07. Cf. A. TANQUEREY, La divinisation de la souffrance, pp. 20-21. – 08. SAINT FRANÇOIS D’ASSISE, Opuscules. – 09. SAINT ALPHONSE DE LIGUORI, Sermons abrégés, 43, 1. – 10. Cf. SAINT AUGUSTIN, Commentaire aux Psaumes, 21, 2, 4. – 11. Os 6, 1. – 12. Mt 11, 28. – 13. Ps 45, 2. – 14. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Sillon, n. 997. – 15. SAINT ALPHONSE DE LIGUORI, o. c., p. 823. – 16. 1 Cor 10, 13. – 17. Ps 119, 1. – 18. 2 Chr 20, 12. – 19. Mt 14, 31. – 20. SAINTE THÉRÈSE D’AVILA, Fondations, 3, 4. – 21. Idem, Vie, 22. – 22. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Sillon, n. 258.
31e SEMAINE. JEUDI
43. Ami des pécheurs
— Ce sont les malades qui ont besoin du médecin. Jésus est venu nous guérir.
— La brebis perdue. La joie de Dieu devant nos conversions quotidiennes.
— Jésus-Christ vient très souvent nous chercher.
I. Nous lisons dans l’Évangile de la Messe01 que des publicains et des pécheurs s’approchaient du Christ pour L’écouter. Mais les pharisiens et les scribes récriminaient contre Lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! ».
En méditant la vie du Seigneur nous pouvons voir avec clarté comment elle manifeste entièrement son absolue impeccabilité. Plus encore, Lui-même demandera à ceux qui L’accusent : Qui de vous peut établir que J’ai péché ?02, et « pendant toute sa vie, Il lutte contre le péché et tout ce qui engendre le péché, en commençant par Satan, qui est le père du mensonge… (cf. Jn 8, 44) 03 ».
Cette bataille de Jésus contre le péché et contre ses racines les plus profondes ne L’éloigne pas du pécheur. Bien au contraire, elle L’approche des hommes, de chaque homme. Pendant sa vie terrestre, Jésus avait l’habitude de se montrer particulièrement proche de ceux qui, aux yeux des autres, passaient pour des « pécheurs » ou l’étaient vraiment. C’est ainsi que l’Évangile nous Le montre en de nombreux passages ; à tel point que ses ennemis Lui donnèrent le titre d’ami des publicains et des pécheurs04. Sa vie est un rapprochement constant de celui qui a besoin de la santé de l’âme. Il va chercher ceux qui ont besoin d’aide, comme Zachée, chez qui Il s’invita Lui-même : Zachée, descends, lui dit-Il, car c’est chez toi qu’aujourd’hui il me faut m’arrêter05. Le Seigneur ne s’éloigne pas, et au contraire Il va à la recherche des plus éloignés. C’est pourquoi Il accepte les invitations et profite des circonstances de la vie sociale pour être avec ceux qui ne semblaient pas pouvoir espérer entrer dans le Royaume de Dieu. Saint Marc nous indique comment après avoir appelé Matthieu, beaucoup de publicains et de pécheurs étaient à table avec Jésus et avec ses disciples06. Et quand les pharisiens médisaient de cette attitude, Jésus répondait : Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades…07. Ici, assis avec ces hommes qui semblent très éloignés de Dieu, Jésus se montre à nous tendrement humain. Il ne se sépare pas d’eux ; au contraire, Il cherche leur fréquentation. La manifestation suprême de cet amour pour ceux qui se trouvent dans une situation des plus difficiles, eut lieu au moment de donner sa vie pour tous les hommes sur le Calvaire. Mais dans ce long parcours jusqu’à la Croix, son existence est une continuelle manifestation d’intérêt pour chacun, qui s’exprime dans ces émouvantes paroles : Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir…08. Servir tout le monde : ceux qui ont de la bonne volonté et sont préparés pour recevoir la doctrine du Royaume, et ceux qui semblent endurcis pour la Parole divine.
La méditation d’aujourd’hui doit nous mener à augmenter notre confiance en Jésus d’autant plus si nous avons de plus grands besoins ; spécialement si parfois nous sentons avec force notre propre faiblesse : le Christ aussi est alors proche. De même, nous prierons avec confiance pour ceux qui sont éloignés du Seigneur, qui ne répondent pas à nos efforts pour les approcher de Dieu et qui semblent même s’éloigner davantage. « Oh, quelle dure chose je vous demande, mon vrai Dieu, s’exclame sainte Thérèse : que vous aimiez qui ne vous aime pas, que vous ouvriez à qui ne vous appelle pas, que vous donniez la santé à qui aime être malade et essaye d’attraper la maladie ! 09 »
II. Jésus-Christ était constamment parmi la foule, en se laissant littéralement assiéger par elle, même après la tombée de la nuit10, et très souvent elle ne Lui permettait pas de se reposer11. Sa vie fut totalement un don de soi à ses frères les hommes12, avec un si grand amour qu’Il en arriva à donner sa vie pour tous13. Il ressuscita pour notre justification14 ; Il monta aux Cieux pour nous préparer une place15 ; Il nous envoie son Esprit pour ne pas nous laisser orphelins16. Plus nous nous trouvons dans le besoin, plus Il a d’attentions envers nous. Cette miséricorde dépasse tout calcul et mesure humaine ; elle est « ce qui est propre à Dieu, et en elle sa toute-puissance se manifeste d’une façon extrême 17 ».
L’Évangile de la Messe continue avec cette très belle parabole qui explique les soins de la miséricorde divine envers le pécheur : Si l’un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue ! ». « La suprême miséricorde, commente saint Grégoire le Grand, ne nous abandonne pas même lorsque nous l’abandonnons. 18 » Il est le Bon Pasteur qui ne donne jamais comme définitivement perdue aucune de ses brebis.
Ici le Seigneur veut aussi exprimer son immense joie, la joie de Dieu, devant la conversion du pécheur. Un plaisir divin qui est par-dessus toute logique humaine : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion, de la même façon qu’un capitaine estime davantage un soldat qui, en guerre, revient après avoir fui, et attaque avec plus de valeur l’ennemi, que celui qui n’a jamais fui mais n’a jamais non plus démontré de la valeur, commente saint Grégoire le Grand ; également, le laboureur préfère de loin la terre qui, après avoir produit des ronces, donne une moisson abondante, que celle qui n’a jamais eu de ronces, mais n’a jamais donné de moisson abondante19. C’est la joie de Dieu lorsque nous recommençons à suivre le chemin, peut-être après de petits échecs dans notre lutte pour atteindre des buts pour lesquels nous avons besoin de conversion : lutter pour surpasser les aspérités du caractère ; optimisme en toute circonstance, sans nous laisser décourager, car nous sommes enfants de Dieu ; profit du temps dans l’étude, dans le travail, en commençant et en terminant à l’heure prévue, en laissant de côté des coups de téléphone inutiles ou moins nécessaires ; effort pour déraciner un défaut ; générosité dans la petite mortification habituelle… C’est l’effort quotidien pour éviter des « égarements » qui, bien que pas gravement, nous éloignent du Seigneur.
Chaque fois que nous recommençons, chaque jour, notre cœur se remplit de joie, ainsi que celui du Maître. Chaque fois que nous Le laissons nous trouver nous sommes la joie de Dieu dans le monde. Le Cœur de Jésus « déborde de joie lorsqu’il retrouve l’âme qui s’était échappée. Tout le monde doit participer à son bonheur : les anges et les élus du Ciel, et aussi les justes de la terre doivent se réjouir pour l’heureux retour d’un seul pécheur 20 ». Réjouissez-vous avec Moi…, nous dit-Il. Il existe aussi une joie très particulière lorsque nous approchons un ami ou un parent du sacrement du pardon, où Jésus-Christ l’attendait les bras ouverts.
Seigneur, chante un ancien hymne de l’Église, Tu as été exténué de me chercher : // Qu’une telle fatigue ne soit pas vaine !21.
III. Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules…
Jésus-Christ va très souvent nous chercher. Lui, qui peut mesurer dans toute sa profondeur la méchanceté et l’essence de l’offense à Dieu, s’approche de nous ; Il connaît bien la laideur du péché et sa malice, et cependant, « Il ne vient pas en colère : le Juste nous offre l’image la plus émouvante de la miséricorde (…). A la Samaritaine, la femme avec six maris, Il dit simplement, à elle et à tous les pécheurs : Donne-moi à boire (Jn 3, 4-7). Le Christ voit ce que cette âme peut devenir, que de beauté — l’image de Dieu ici-même —, que de possibilités, et même que de “reste de bonté” dans la vie de péché, comme une trace ineffable, mais très réelle, de ce que Dieu veut d’elle. 22 »
Jésus-Christ s’approche du pécheur avec respect, avec délicatesse. Ses paroles sont toujours une expression de son amour pour chaque âme. Va et ne pèche plus23, dira-t-Il seulement à la femme adultère qui allait être lapidée. Mon enfant, aie confiance, tes péchés te sont pardonnés24, dira-t-Il au paralytique qui, après d’innombrables efforts, avait été porté par ses amis en présence de Jésus. Sur le point de mourir, Il parlera ainsi au Bon Larron : En vérité Je te le dis, tu seras aujourd’hui avec Moi au Paradis25. Ce sont des paroles de pardon, de joie et de récompense. Si nous savions avec quel amour le Christ nous attend dans chaque Confession ! Si nous pouvions comprendre son intérêt à ce que nous revenions !
L’impatience du Bon Pasteur est telle qu’Il n’attend pas de voir si la brebis égarée revient au bercail d’elle-même, mais qu’Il va Lui-même la chercher. Une fois trouvée, aucune autre ne recevra tant d’attentions que celle qui s’était perdue, car elle aura l’honneur d’aller sur les épaules du pasteur. De retour au bercail et « une fois la surprise passée, sont bien réels le plus de chaleur apporté au troupeau, le repos bien gagné du pasteur, même le calme du chien de garde qui, seulement parfois en songes, sursaute et certifie, une fois réveillé, que la brebis dort plus blottie encore si c’était possible, parmi les autres 26 ». Les soins et les attentions de la miséricorde divine sur le pécheur repenti sont impressionnants.
Son pardon ne consiste pas seulement à pardonner et oublier pour toujours nos péchés. Ce serait beaucoup ; mais avec la rémission des fautes l’âme renaît en plus à une vie nouvelle, ou bien celle qui existait déjà s’accroît et se fortifie. Ce qui était mort se transforme en source de vie ; ce qui était terre dure est maintenant un verger de fruits impérissables.
Le Seigneur nous montre dans ce passage de l’Évangile la valeur qu’a pour Lui une seule âme, car Il est disposé à mettre en œuvre tant de moyens pour qu’elle ne se perde pas, et sa joie est si grande lorsque quelqu’un revient à son amitié et sous sa protection. Et cet intérêt est celui que nous devons avoir pour que les autres ne se perdent pas et, s’ils sont loin de Dieu, pour qu’ils reviennent.
01. Lc 15, 1-10. – 02. Jn 8, 46. – 03. JEAN-PAUL II, Audience générale, 10 février 1988. – 04. Cf. Mt 11, 18-19. – 05. Cf. Lc 19, 1-10. – 06. Cf. Mc 2, 13-15. – 07. Cf. Mc 2, 17. – 08. Mc 10, 45. – 09. SAINTE THÉRÈSE D’AVILA, Exclamations, n. 8. – 10. Cf. Mc 3, 20. – 11. Cf. Idem. – 12. Cf. Gal 2, 20. – 13. Cf. Jn 13, 1. – 14. Cf. Rom 4, 25. – 15. Cf. Jn 14, 2. – 16. Cf. Jn 14, 18. – 17. SAINT THOMAS, Summa Theologiæ, II-II, q. 30, a. 4. – 18. SAINT GRÉGOIRE LE GRAND, Homélie 36 sur les Évangiles. – 19. Cf. Idem, Homélie 34 sur les Évangiles, 4. – 20. G. CHEVROT, L’Évangile à l’air libre. – 21. Hymne Dies irae. – 22. F. SOPENA, La Confession, p. 28-29. – 23. Jn 8, 11. – 24. Mt 9, 2. – 25. Lc 24, 43. – 26. F. SOPENA, o. c., p. 36.