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34e SEMAINE. VENDREDI

69. La parole éternelle

— La lecture de l’Évangile.

— Dieu nous parle dans la Sainte Écriture.

— Comment en tirer du fruit.


I. Au moment d’achever l’année liturgique, nous lisons cette expression du Seigneur dans l’Évangile de la Messe : Le ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pas01. Les paroles de Jésus sont des paroles éternelles, elles nous font connaître l’intimité du Père et le chemin que nous devons suivre pour arriver à Lui. Elles resteront parce qu’elles ont été prononcées par Dieu pour chaque homme, pour chaque femme qui vient au monde. Plusieurs fois et de plusieurs manières, Dieu a parlé autrefois à nos pères par les prophètes ; mais, en ces derniers temps, Il nous a parlé, à nous, par son Fils 02. « Ces jours » ce sont aussi les nôtres. Jésus continue à parler et ses paroles, parce qu’elles sont divines, sont toujours actuelles.

Toute l’Écriture antérieure au Christ acquiert son sens exact à la lumière de la figure et de la prédication du Seigneur. Saint Augustin écrit, avec une très forte expression, que « la Loi était fécondée par le Christ 03 ». Et ailleurs le saint Docteur affirme : « Lisez les livres prophétiques sans y voir le Christ : il n’y a rien de plus insipide, de plus fade. Mais découvrez-y le Christ, et ce que vous lisez non seulement devient savoureux mais enivrant. 04 » C’est Lui qui découvre le sens profond caché dans la révélation antérieure : Alors Il leur ouvrit l’intelligence et leur fit comprendre les Écritures 05. Les juifs qui refusèrent d’accepter l’Évangile se sont trouvés comme devant un grand coffre contenant un grand trésor mais sans clé pour l’ouvrir. Leur esprit, écrit saint Paul, devint aveugle. Jusqu’à ce jour, le même voile demeure quand ils lisent l’Ancienne Alliance. Il n’est point levé, attendu que c’est par le Christ seul qu’il est détruit 06, car « le but principal de l’économie ancienne était de préparer la venue du Christ, rédempteur universel, et de son royaume messianique (...) Dieu, inspirateur et auteur des livres des deux Testaments, s'y est pris si sagement que le Nouveau Testament était caché dans l'Ancien, et que l'Ancien devenait clair dans le Nouveau.07 ». Le dialogue de Philippe et de l’Éthiopien, ministre de Candace qui lisait le prophète Isaïe est émouvant en ce sens. Comprends-tu par hasard ce que tu lis ? demande Philippe. Comment vais-je comprendre si personne ne me guide ? Alors, en commençant par l’Écriture il lui annonça Jésus 8. Jésus était la clé pour comprendre.

Saint Jean Chrysostome commente ainsi ce passage des Actes des Apôtres : « Vois comme il est important de ne pas négliger la lecture de l’Écriture même en voyage. (...) Qu’ils réfléchissent à cela ceux qui ne la lisent même pas chez eux et ceux qui, parce qu’ils sont avec leur femme, ou à l’armée, ou qu’ils ont des soucis familiaux et des occupations ailleurs croient qu’ils sont dispensés de faire un effort pour lire la Sainte Écriture (...). Ce barbare éthiopien est un exemple pour nous : pour ceux qui ont une vie privée, pour les militaires, pour les autorités et aussi pour les femmes, encore plus celles qui restent chez elles, et pour ceux qui ont choisi la vie monastique. Que tous apprennent qu’aucune circonstance n’est un empêchement pour la lecture divine, qu’il est possible de la faire non seulement chez soi mais sur la place publique, en voyage, au milieu de beaucoup de gens ou d’une occupation. Ne négligeons pas, je vous en prie, la lecture des Écritures. 09 »

L’Église a depuis toujours recommandé leur lecture et leur méditation surtout celle du Nouveau Testament où nous rencontrons constamment le Christ qui vient à nous. Quelques minutes quotidiennes nous aident à mieux connaître Jésus, à L’aimer davantage, car on aime seulement ce qu’on connaît bien.

II. Toutes les Écritures avaient tracé le chemin que le Christ devait parcourir 10, toutes annonçaient en quelque sorte le Messie. Les prophètes avaient décrit ce jour et désiré le voir 11. Les disciples reconnaîtront dans le Christ Celui qu’ils avaient annoncé et prêché si souvent et sous tant de formes12. Quand Paul doit se défendre des menaces du roi Agrippa son argument sera simplement qu’il se limite à annoncer l’accomplissement de ce qui avait été prédit par les Prophètes 13. Cependant, ce n’est pas le Christ qui regarde les Prophètes et Moïse et leur obéit.

Ce sont eux qui, dans leurs descriptions, se sont soumis par inspiration divine à ce que serait l’existence du Fils de Dieu sur la terre. Moïse écrivit à son sujet 14. Et votre père Abraham a tressailli de joie à la pensée qu’il verrait mon jour ; il l’a vu et il s’est réjoui 15.

Jésus s’applique à Lui-même les anciennes figures : le temple 16, la manne 17, le rocher 18, le serpent de bronze 19. C’est pourquoi Il dira un jour : Scrutez les Écritures : ce sont elles qui me rendront témoignage 20. Quand nous lisons dans l’Évangile de la Messe aujourd’hui que le ciel et la terre passeront, mais pas ses paroles, Il nous signale pour ainsi dire qu’en elles est contenue toute la révélation de Dieu aux hommes ; celle antérieure à sa venue, parce qu’elle est valable dans la mesure où elle fait référence à Lui qui l’accomplit et la rend claire ; et la nouvelle qu’Il apporte aux hommes, en indiquant clairement le chemin qu’ils doivent suivre. Jésus-Christ est la plénitude de la Révélation de Dieu aux hommes. « En nous donnant, comme Il l’a fait, son Fils qui est sa Parole, car Il n’en a pas d’autre, Il nous dit tout, en même temps et d’un seul coup, dans cette seule Parole et Il n’a plus à parler. 21 »

La Lettre aux Hébreux 22 enseigne que la parole de Dieu est vivante, efficace et plus affilée qu’un glaive à deux tranchants ; elle pénètre jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moëlles ; elle sait discerner les pensées et les sentiments du cœur. Elle est tous les jours nouvelle, elle s’adresse expressément à chacun si nous savons la lire avec foi. « Dans les Livres saints, le Père qui est aux cieux s'avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils, engage conversation avec eux; une si grande force, une si grande puissance se trouve dans la Parole de Dieu, qu'elle se présente comme le soutien et la vigueur de l'Eglise, et, pour les fils de l'Eglise, comme la solidité de la foi, la nourriture de l'âme, la source pure et intarissable de la vie spirituelle. 23 »

Ils sont d’actualité, d’une certaine façon, le départ et le retour de l’enfant prodigue, le besoin de levure pour transformer la pâte du monde, les lépreux qui guérissent après avoir rencontré Jésus. Combien de fois avons-nous demandé à Jésus la lumière pour nos yeux avec les paroles — ut videam ! que je voie, Seigneur — de Bartimée ; ou avons-nous eu recours à sa miséricorde avec celles du publicain : Seigneur, aie pitié de moi car je suis un pécheur ! Comme nous sortons réconfortés après cette rencontre quotidienne avec Jésus dans l’Évangile !

III. Comme tes paroles sont douces à mon palais, plus que le miel dans ma bouche 24.

Parfois, écrit Ronald Knox, quand plusieurs personnes chantent sans accompagnement, le groupe a tendance à baisser le ton ; la voix baisse de plus en plus. C’est pourquoi si le chœur n’est pas habitué à chanter sans accompagnement musical, le chef a un diapason avec lequel il donne la note exacte.

Quand la vie chrétienne commence à baisser de ton, à languir, il faut aussi un diapason qui donne la note plus haute. Combien de fois la méditation d’un passage de l’Évangile, surtout de la Passion de Notre Seigneur, a été comme un appel énergique à revenir de cette vie moins héroïque à laquelle nous poussait un soin excessif de notre santé, un ton moins vibrant... ! Nous ne pouvons pas tourner les pages du Saint Évangile comme s’il s’agissait d’un livre quelconque. Comme on le gardait avec amour pendant tant de siècles où seulement quelques communautés chrétiennes avaient le privilège d’en posséder une copie ou seules quelques pages ! Comme on le lisait avec respect et piété ! « Sa lecture , écrit saint Cyprien à propos de la prière, est le ciment qui édifie l’espérance, le moyen de consolider la foi, l’aliment de la charité, le guide qui indique le chemin… 26 ». Saint Augustin signale que ses enseignements sont comme « des luminaires placés dans un lieu obscur 27 », qui éclairent toujours notre vie. Pour tirer du fruit de la lecture et de la méditation « songe que ce qui y est rapporté — les œuvres et les paroles du Christ —, tu ne dois pas seulement le savoir, mais le vivre. Tout, chacun des points relatés a été recueilli dans le moindre détail, pour que tu l’incarnes dans les circonstances concrètes de ton existence. « Le Seigneur nous a appelés, nous, catholiques, pour que nous Le suivions de près et, dans ce Texte Saint, tu découvriras la vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir ta propre vie.

Toi aussi, tu apprendras à demander, plein d’Amour comme l’Apôtre : « Seigneur, que veux-Tu que je fasse ?… » — La volonté de Dieu ! c’est ce que tu entends de façon très nette au fond de ton âme.

« Eh bien, prends l’Évangile tous les jours, et lis-le, vis-le comme une norme à suivre.— C’est ainsi qu’ont procédé les saints. 28 »

Nous pourrons dire alors avec le psalmiste : Ta parole est la lampe qui éclaire ma marche, la lumière de ma route29.


01. Lc 21, 33.– 02. He 1, 1.– 03. SAINT AUGUSTIN, Sermon 196, 1.– 04. Idem, Commentaire de l’Évangile de saint Jean 9, 3.– 05. Lc 24, 45.– 06. 2 Co 3, 14.– 07. CONC ; VATICAN II Const Dei Verbum, 15 ss.– 08. Cf. Ac 8, 27-35.– 09. SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Homélie sur la Genèse, 35.– 10. Cf. Lc 22, 37.– 11. Cf. Lc 10, 24.– 12. Cf 1, 41-45.– 13. Cf Ac 26, 2.– 14. Jn 5, 46.– 15. Jn 8, 56. – 16. Jn 2, 19.– 17. Cf. Jn 6, 32. – 18. Cf Jn 7, 8.– 19. Cf Jn 3, 14.– 20. Jn 5, 39.– 21. SAINT JEAN DE LA CROIX, La montée du Carmel, II, 22.– 22. He 4, 12.– 23. CONC. VAT. II Const. Dei Verbum, 21.– 24. Ps 118, 103.– 25. R. KNOX, Une retraite pour laïcs.– 26. Cf SAINT CYPRIEN, Traité sur la prière.– 27. SAINT AUGUSTIN, Commentaire sur les Psaumes, 128.– 28. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Forge, n. 754.– 29. Ps 118, 105.

 



34e SEMAINE. SAMEDI

70. Vers la maison du Père

— Le désir du Ciel.

— La « divinisation » de l’âme, de ses puissances et du corps glorieux.

— La gloire accidentelle. Nous devons être vigilants.


I. Un ange m’a montré l’eau de la vie : un fleuve resplendissant comme du cristal, qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place de la ville, entre les deux bras du fleuve, il y a un arbre de vie qui donne son fruit douze fois. (...) Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la ville, et les serviteurs de Dieu Lui rendront un culte : ils verront son visage, et son nom sera écrit sur leur front 01. La Sainte Écriture finit là où elle a commencé : au Paradis. Les lectures de ce dernier jour de l’année liturgique nous montrent le terme de notre chemin sur la terre : la Maison du Père, notre demeure définitive.

L’Apocalypse nous apprend, à travers des symboles, la réalité de la vie éternelle où se verront satisfaites les aspirations de l’homme : la vision de Dieu et le bonheur sans fin. Saint Jean nous présente dans cette lecture la rencontre de ceux qui ont été fidèles dans cette vie : l’eau est le symbole de l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils, représenté par le fleuve qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. Le nom de Dieu sur le front des élus marque leur appartenance au Seigneur 02. Au Ciel il n’y aura plus de nuit ; plus besoin de la lumière de la lampe, ni de la lumière du soleil ; car le Seigneur brille sur eux, et ce sera pour eux le Royaume sans fin 3.

La mort des enfants de Dieu sera seulement le passage préalable, la condition indispensable pour être réuni à Dieu le Père et rester avec Lui toute l’Éternité. à côté de Lui, il n’y a pas de nuit. Dans la mesure où le sens de la filiation divine grandit en nous, nous avons moins peur de la mort, parce que nous ressentons fortement le désir de rencontrer notre Père qui nous attend. Cette vie est seulement un chemin vers Lui ; « c’est pourquoi il est nécessaire de vivre et de travailler dans le temps avec la nostalgie du Ciel dans notre cœur. 04 »

Un grand nombre d’hommes n’ont cependant pas « cette nostalgie du Ciel » dans leur cœur, car ils sont satisfaits de la prospérité et du confort matériel qu’ils ont ici et ils se trouvent comme dans leur demeure définitive, en oubliant que nous n’avons pas ici-bas de demeure permanente 05 et que notre cœur est fait pour les biens éternels. Ils ont rétréci leur cœur et l’ont rempli de choses sans valeur, qu’ils laisseront pour toujours d’ici peu.

Les chrétiens aiment la vie et tout ce qu’ils trouvent de noble en elle : amitié, travail, joie, amour humain..., et nous ne devons pas nous étonner qu’à l’heure de laisser ce monde nous fassions l’expérience d’une certaine crainte et d’un certain malaise, car le corps et l’âme ont été créés par Dieu pour être unis à Dieu et nous n’avons que l’expérience de ce monde. Cependant la foi nous donnera la consolation ineffable que la vie n’est pas perdue mais elle est transformée ; et en quittant notre demeure terrestre, une demeure éternelle nous est préparée au Ciel 06. Après, la Vie nous attend.

Les enfants de Dieu seront émerveillés quand ils seront dans la gloire et qu’ils verront toutes les perfections de leur Père, dont ils ont eu seulement un avant-goût sur la terre. Ils se sentiront tout à fait chez eux, dans leur demeure définitive, au sein de la Très Sainte Trinité 07.

C’est pourquoi nous pouvons nous exclamer : « Nous ne mourons pas ! nous changeons de maison, rien de plus. Les chrétiens ont cette espérance avec la foi et l’amour ; une espérance absolument sûre. Ce n’est qu’un au-revoir. Nous devrions mourir en disant ainsi : au-revoir ! 08 »

II. Les saints du Très Haut recevront le royaume et le posséderont dans les siècles des siècles 09.

Tout, au Ciel, nous paraîtra entièrement jeune et nouveau. Cette nouveauté sera si impressionnante que le vieil univers aura disparu comme un volume qu’on roule 10 ; cependant, le Ciel ne nous sera pas étranger. Ce sera la demeure que même le cœur le plus dépravé a toujours désiré au fond de son être. Ce sera la nouvelle communauté des enfants de Dieu qui y atteindront la plénitude de leur adoption. Nous aurons des cœurs nouveaux et des volontés nouvelles, avec nos propres corps transfigurés après la résurrection. Ce bonheur en Dieu n’exclura pas les simples relations personnelles. Là il y a de la place pour tous les amours humains véritables, authentiquement personnels : l’amour des époux, l’amour entre parents et enfants, l’amitié, la parenté, la saine camaraderie...

Nous avançons dans la vie et, avec le passage des années, les êtres chers qui nous attendent de l’autre côté de la barrière de la mort sont de plus en plus nombreux. La mort devient quelque chose de moins effrayant, et même quelque chose de joyeux, quand nous devenons capables de comprendre qu’elle est la porte de notre véritable foyer où nous attendent ceux qui nous ont précédés marqués du signe de la foi. Notre foyer commun n’est pas la tombe froide ; c’est le sein de Dieu.

Ici nous ne pouvons nous faire qu’une pauvre idée de ce que sera notre vie au Ciel à côté de Dieu notre Père. L’Ancien Testament désigne la vie du Ciel quand il évoque la terre promise où l’on ne souffrira plus de la soif ni de la fatigue, et où, au contraire, il y a aura abondance de tous les biens. Ils n’auront ni faim ni soif, ils ne souffriront ni du vent ni du soleil, car Celui qui a eu pitié d’eux les guidera et Il les conduira à des sources d’eau vive 11. Jésus en qui a lieu la plénitude de la révélation insiste souvent sur ce bonheur parfait qui ne finit pas. Son message est un message de joie et d’espérance en ce monde et dans le monde à venir.

L’âme et ses puissances, le corps après la résurrection, seront comme divinisés, sans que soit supprimée la distance infinie entre la créature et le Créateur. Les bienheureux connaissent Dieu tel qu’Il est en lui-même et ils connaissent en Dieu de façon parfaite les créatures qui sont spécialement en relation avec eux, et ils tirent de cette connaissance une joie immense. Saint Thomas affirme que les bienheureux connaissent dans le Christ tout ce qui appartient à la beauté et à l’intégrité du monde, en tant qu’il fait partie de l’univers. Et parce qu’ils sont membres de la communauté humaine, ils connaissent ce qui a été l’objet de leur affection et de leur intérêt sur la terre ; en tant que créatures élevées à l’ordre de la grâce, ils ont une connaissance claire des vérités de la foi concernant le salut : l’incarnation du Seigneur, la maternité divine de Marie, l’Église, la grâce et les sacrements 12. « Songe comme Notre Seigneur aime l’encens qu’on brûle en son honneur. Songe aussi au peu de valeur des choses de la terre, qui à peine commencées finissent...

« En revanche, un grand Amour t’attend au Ciel : là ni déceptions, ni tromperies ; mais tout l’amour, toute la beauté, toute la grandeur, toute la science du monde... ! Et sans le moindre écœurement : Il te rassasiera sans te rassasier. 13 »

III. Au Ciel nous verrons Dieu et nous jouirons de Lui d’une joie infinie, selon la sainteté et les mérites acquis ici sur la terre. Mais la miséricorde de Dieu et sa libéralité sont si grandes qu’Il a voulu que ses élus trouvent également un motif de bonheur au Ciel à travers les biens créés légitimes auxquels l’homme aspire : c’est ce que les théologiens appellent la gloire accidentelle. C’est à ce bonheur qu’appartiennent la compagnie de Jésus-Christ que nous verrons glorieux, que nous reconnaîtrons après tant de moments de conversation avec Lui, après L’avoir reçu tant de fois dans la Sainte Communion..., la compagnie de la Sainte Vierge, de Saint Joseph, des Anges, en particulier de notre Ange Gardien et de tous les saints. Nous serons spécialement heureux de rencontrer ceux que nous avons le plus aimés sur la terre : parents, amis, frères..., personnes qui ont une influence décisive sur notre salut.

De plus, comme chaque homme, chaque femme, conserve sa propre individualité et ses facultés intellectuelles, au Ciel aussi, on sera capable d’acquérir de nouvelles connaissances en utilisant nos puissances 14. C’est pourquoi l’arrivée de nouvelles âmes au Ciel sera un motif de joie ainsi que le progrès spirituel des personnes aimées qui sont restées sur la terre, le fruit de nos travaux apostoliques dans le temps, la fécondité surnaturelle des contrariétés et des difficultés rencontrées pour servir le Maître... S’ajoutera à cela, après le jugement universel, la possession de notre propre corps, ressuscité et glorieux pour lequel l’âme fut créée. Cette gloire accidentelle augmentera jusqu’au jour du jugement universel 15.

Il est bon et nécessaire de susciter l’espérance du Ciel ; elle console dans les moments les plus durs, elle aide à maintenir fermement la vertu de fidélité. Ce qui nous attend dans peu de temps est si grand que l’on comprend très bien les appels continuels du Seigneur à être vigilants et à ne pas nous laisser prendre par les affaires de la terre au point d’en oublier le Ciel. Dans l’Évangile de la Messe d’aujourd’hui 16, le dernier de l’année liturgique, Jésus nous prévient : Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste... Restez éveillés et maintenez-vous debout devant le Fils de l’homme.

Pensons souvent à ces paroles de Jésus : Je vais vous préparer une place 17. Là, au Ciel, nous avons notre maison définitive, très près de Lui et de Sa Très Sainte Mère. Ici-bas nous sommes seulement de passage. « Quand le moment arrivera de rendre notre âme à Dieu, nous n’aurons pas peur de la mort. La mort sera pour nous un changement de maison. Elle viendra quand Dieu voudra, mais elle sera une libération, le début de la Vie avec majuscule. Vita mutatur, non tollitur (Préface des Défunts) (...) la vie change, elle ne nous est pas enlevée. Nous commencerons à vivre différemment, très unis à la Très Sainte Vierge, pour adorer éternellement la Sainte Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; c’est la récompense qui nous est réservée. 18 »

Demain commence l’Avent, temps d’attente et d’espérance : attendons Jésus tout près de Marie.


01. Première lecture, Année paire, Ap 22, 1-6.– 02. Cf. Sainte Bible Ap.– 03. Ap 22, 5.– 04. JEAN-PAUL II, Allocution 22 octobre 1985.– 05. He 13, 14.– 06. MISSEL ROMAIN, Préface des défunts.– 07. Cf. B. PERQUIN, Abba, Père.– 08. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, dans Feuille informative sur le procès de béatification.– 09. Première lecture, Année impaire Dn 7, 18.– 10. Ap 6, 14.– 11. Is 49, 10.– 12. Cf. SAINT THOMAS, Somme théologique I, q. 89, a. 8.– 13. SAINT JOSÉMARIA ESCRIVA, Forge, n. 995.– 14. Cf. SAINT THOMAS, o. c. I, q. 89, ad I ad 3 a. 5 et 6 ; 3 q. 67, a. 2.– 15. Cf. Catéchisme romain, I, 13, n. 8.– 16. Lc 21, 34-36.– 17. Jn 14, 2.– 18. A. DEL PORTILLO, Homélie 15 août 1989, dans Romana, n. 9, VII, décembre 89, p. 243.