PÂQUES. 5° SEMAINE. SAMEDI
34. LE ROSAIRE
— Le Rosaire est la prière préférée de Notre Dame.
— Le Chapelet en famille.
— Les distractions quand on prie le Chapelet.
I. L’amour pour la Sainte Vierge se manifeste dans notre vie de manières très diverses. Dans le Rosaire, la prière mariale la plus recommandée par l’Église, la piété nous présente un résumé des principales vérités de la foi. À travers la considération de chacun des mystères, Notre Dame nous apprend à contempler la vie de son Fils. Intimement unie à Jésus, elle occupe parfois le premier rang ; d’autres fois, c’est le Christ lui-même qui attire notre attention. Marie nous parle toujours du Seigneur : de la joie de sa naissance, de sa mort sur la Croix, de sa Résurrection et de son Ascension glorieuse.
« En considérant les différents mystères, en répétant les Notre Père et les Je vous salue Marie, en chantant les louanges de la très Sainte Trinité, et en invoquant constamment la Mère de Dieu, (le Rosaire) représente un continuel acte de foi, d’espérance et d’amour, d’adoration et de réparation. [01] » Le Rosaire est la prière préférée de Notre Mère.
Selon son étymologie, le Rosaire « est une couronne de rosés, ravissante coutume qui représente dans tous les peuples une offrande d’amour et un symbole de joie[02] ». « C’est la forme de prière méditée par excellence, constituée comme une couronne mystique dans laquelle la salutation angélique, la prière dominicale et la doxologie à l’Auguste Trinité s’unissent à la considération des plus hauts mystères de notre foi : en lui, par de nombreuses scènes, l’esprit contemple le drame de l’Incarnation et de la Rédemption de Notre Seigneur. [03] » La méditation des mystères chrétiens est comme l’âme du Rosaire. Grâce à cette méditation reposée, chacun exprime, avec les mêmes mots, sa prière personnelle. S’introduire, comme un personnage de plus à l’intérieur des scènes que l’on considère aide à bien prier le Rosaire. Ainsi, « nous vivrons la vie de Jésus, de Marie et de Joseph.
« Chaque jour nous leur rendrons un nouveau service. Nous écouterons leurs conversations familiales. Nous verrons grandir le Messie. Nous admirerons ses trente ans de vie cachée... Nous serons présents à sa Passion et à sa Mort... Nous serons éblouis par la gloire de sa Résurrection... En un mot : fous d’Amour (il n’y a pas d’autre amour que l’Amour), nous contemplerons tous les instants de la vie de Jésus-Christ.[04] »
II. Grâce à la considération des mystères, la prière vocale, le Notre Père et les Je vous salue Marie, se trouve vivifiée ; la vie intérieure s’enrichit avec un profond contenu, qui est source de prière et de contemplation tout au long de la journée. Peu à peu, cela nous identifie aux sentiments du Christ et nous permet de vivre dans un climat d’intense piété. Nous nous réjouissons avec le Christ joyeux, nous souffrons avec le Christ souffrant, nous vivons dans l’espérance la gloire du Christ ressuscité. « Bien que ce soit à des niveaux essentiellement différents de la réalité, disait Paul VI, (la liturgie et le Rosaire) ont pour objet les mêmes événements de salut réalisés par le Christ. La première rend présents (...) les mystères les plus grands de notre rédemption ; le second, avec la pieuse affection de la contemplation, recommence à évoquer les mêmes mystères dans l’esprit de qui prie et stimule sa volonté pour en tirer des normes II. Le Concile Vatican II « exhorte tous les fils de l’Église à pratiquer généreusement le culte (...) à l’égard de la Bienheureuse Vierge ; à tenir en grande estime les pratiques et les exercices de dévotion de caractère mariai que le Magistère de l’Église recommande depuis des siècles.[06] » Nous savons bien avec quelle insistance l’Église a recommandé le Rosaire. Concrètement, c’est « une des plus excellentes et efficaces prières communes que la famille chrétienne est invitée à réciter[07] » et souvent , ce sera un objectif de vie chrétienne pour beaucoup de familles. Parfois il suffit de commencer à prier seulement un mystère, en profitant peut-être d’occasions aussi particulières que le mois de mai, la visite à un sanctuaire de la Vierge... On aura beaucoup gagné si les enfants apprennent à le réciter dès qu’ils sont petits.
Le Chapelet en famille est une source de biens, car il attire la miséricorde du Seigneur sur le foyer. « Aussi bien la prière de l’Angélus comme celle du Rosaire, disait Jean Paul II, doivent être pour tout chrétien et plus encore pour les familles chrétiennes comme une oasis spirituelle au cours de la journée, pour reprendre force et confiance.[08] » Et peu de jours plus tard le Saint Père insistait à nouveau : « Conservez jalousement cet amour tendre et plein de confiance à la Sainte Vierge, qui vous caractérise. Ne le laissez jamais se refroidir (...). Soyez fidèles aux exercices de piété mariale traditionnels dans l’Église : la prière de l’Angélus, le mois de Marie et, d’une manière très spéciale, le Rosaire. Que puisse resurgir la belle coutume de prier le Rosaire en famille.[09] » Aujourd’hui nous pourrions considérer dans notre prière si nous avons recours au Rosaire comme à une « arme puissante » [10] pour obtenir de la Sainte Vierge les grâces et les faveurs dont nous avons tant besoin, si nous le récitons avec l’attention nécessaire, si nous approfondissons son très riche contenu, en méditant par exemple quelques instants chacun des mystères, si nous essayons de faire en sorte que les membres de notre famille et nos amis commencent à le réciter, à fréquenter et à aimer ainsi notre Mère du Ciel.
III. Il arrive que des gens en toute bonne foi, s’excusent de ne pas prier le Chapelet sous prétexte qu’ils se distraient fréquemment quand ils le récitent et que « si c’est pour mal le prier, il vaut mieux ne pas le faire », ou quelque chose de semblable. Le pape Jean XXIII avait déjà répondu que « le pire des rosaires est celui que l’on ne prie pas » . Au lieu de l’omettre, il est plus agréable à la Sainte Vierge d’essayer de le réciter le mieux possible, malgré les distractions. Il est bon de se rappeler, comme écrit saint Alphonse Marie de Liguori, « si tu as de nombreuses distractions pendant la prière, ce peut être que cette prière gêne beaucoup le diable[11] ».
On a comparé parfois le Rosaire à une chanson : la chanson de la Sainte Vierge. Ainsi, bien que parfois nous n’ayons pas entièrement "les paroles" à l’esprit, la mélodie nous mènera, presque sans nous en rendre compte, à mettre notre pensée et notre cœur en Notre Dame.
Les distractions involontaires n’annulent pas les fruits du Rosaire, ni des autres prières vocales, pourvu qu’on lutte pour les éviter.
Saint Thomas dit que dans la prière vocale il y a un triple effort : prononcer correctement tous les mots, fixer son attention davantage sur le sens de ces mots et considérer spécialement le but de la prière, c’est-à-dire, Dieu et ce pour quoi l’on prie. Cette dernière est la plus importante et nécessaire. Des personnes peu éduquées ou qui ne comprennent pas bien le sens des mots qu’elles prononcent peuvent y parvenir. Et « elle peut être si intense qu’elle transporte l’esprit à Dieu [12] ».
Comment réciter le Rosaire de mieux en mieux ? Voici quelques idées qui pourraient nous y aider : soigner la prononciation, les pauses, la concentration, s’arrêter quelques instants pour considérer le mystère que l’on va commencer, offrir les dix Je vous salue Marie pour une intention précise (l’Église universelle, le Souverain Pontife, les intentions de l’Évêque du diocèse, la famille, les vocations sacerdotales, l’apostolat, la paix et la justice dans un pays déterminé, une affaire qui nous préoccupe,...), essayer de faire que ces "rosés" offertes à la Sainte Vierge ne soient pas fanées par la routine ou par les distractions plus ou moins volontaires... Il est difficile d’éviter les distractions, parfois pratiquement impossible, mais Notre Dame le sait et elle accepte notre désir et notre effort.
Pour s’assurer que d’autres occupations ne prennent sa place, il sera bon de réserver quelques minutes de la journée à la récitation du Chapelet. « Voici une triste manière de ne pas réciter le chapelet : le laisser pour la dernière minute.
« Au moment de se coucher on le récite, pour le moins, de travers et sans méditer les mystères. Alors, on évite difficilement la routine qui étouffe la véritable, la seule piété. [13] » « Tu remets toujours ton chapelet à plus tard, et tu finis par l’omettre car tu as sommeil. — Si tu n’as pas d’autres moments, récite-le dans la rue et sans que personne ne s’en rende compte. En outre, cela entretiendra mieux la présence de Dieu en toi.
[14] » Le chapelet a l’avantage de pouvoir être récité n’importe où : dans l’église, dans la rue, en voiture... seul ou en famille, pendant que l’on attend dans la salle d’attente du médecin, ou même quand on fait la queue pour obtenir des imprimés. Peu de chrétiens peuvent dire avec sincérité qu’ils n’ont pas le temps de réciter "la prière la plus aimée et recommandée par l’Église".
Un jour, le Seigneur nous montrera les fruits du Chapelet récité avec dévotion : des désastres évités par l’intercession de la Vierge, des faveurs pour des personnes aimées, des conversions, des grâces ordinaires et extraordinaires pour nous et pour d’autres... grâce à cette prière.
Le Rosaire sera souvent le chemin le plus efficace pour demander et pour rendre grâces, pour réparer pour nos péchés : « Vierge Immaculée, je sais bien que je suis un pauvre misérable, que je ne fais qu’augmenter tous les jours le nombre de mes péchés... "Tu m’as dit que c’est ainsi que tu parlais à Notre Dame, l’autre jour."
« Et je t’ai conseillé, en toute certitude, de réciter le Saint Rosaire : merveilleuse monotonie des "Je vous salue" qui purifie la monotonie de tes péchés ! [15] »
NOTES
[01] Saint Josémaria Escriva, Saint Rosaire, "Au lecteur", p. 13.
[02] Pie XII, Allocution, 16 octobre 1940.
[03] Jean XXIII, Enc. Grata recordatio, 26 septembre 1959.
[04] Saint Josémaria Escriva, loc. cit., pp. 16-17.
[05] Paul VI, Enc. Marialis cultus, 48.
[06] Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 67.
[07] Paul VI, loc. cit., 54.
[08] Jean Paul II, Angélus à Otranto, 5 octobre 1980.
[09] Idem, Homélie, 12 octobre 1980.
[10] Saint Josémaria Escriva, loc. cit., p. 11.
[11] Saint Alphonse de Liguori, Traité de la prière.
[12] Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologiae, II-II, q. 83, a. 3.
[13] Saint Josémaria Escriva, Sillon, n. 476.
[14] Idem, n. 478.
[15] Idem, n. 475.
SIXIÈME DIMANCHE DE PÂQUES
35. L’ESPÉRANCE DU CIEL
— Nous avons été créés pour le Ciel.
— Qu’est ce que la vie éternelle ?
— La résurrection des corps. La pensée du Ciel doit nous aider à lutter.
I. Pendant les quarante jours qui séparent Pâques de l’Ascension du Seigneur, l’Église nous invite à fixer nos yeux au Ciel, notre Patrie définitive, à laquelle le Seigneur nous appelle. Cette invitation devient plus pressante à l’approche du jour où Jésus monte à la droite du Père.
Le Seigneur avait promis à ses disciples qu’il serait avec eux pour toujours. D’ici peu de temps le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez... [01] Le Seigneur a accompli sa promesse en ces jours où il reste près des siens ; mais cette présence ne se terminera pas quand il montera avec son Corps glorieux vers le Père, car avec sa Passion et sa Mort il nous a préparé un lieu dans la maison du Père, où il y a beaucoup de demeures [02]. Je reviendrai, leur dit-Il, et je vous prendrai auprès de moi, afin que là ou je serai, vous soyez, vous aussi [03].
Les Apôtres, attristés par la prédiction des reniements de Pierre, sont réconfortés par l’espérance du Ciel. Ce retour de Jésus fait allusion aussi à sa deuxième venue à la fin du monde[04] et à la rencontre avec chaque âme, séparée du corps. Notre mort sera cela : la rencontre avec le Christ. Il nous mènera à la plénitude de la gloire, à la rencontre avec son Père céleste qui est aussi notre Père. Dans le Ciel, où il nous a préparé une demeure, Jésus-Christ nous attend, lui qui est avec nous, à qui nous parlons dans la prière, avec qui nous avons parlé tant de fois.
La fréquentation habituelle de Jésus-Christ fait naître le désir de le retrouver. La foi enlève beaucoup d’aspérités de la mort. L’amour du Seigneur change complètement le sens de ce moment final qui arrive pour tous. « Ceux qui s’aiment tâchent de se voir. Les amoureux n’ont des yeux que pour leur amour. N’est-ce pas logique ? Ce sont les impératifs du cœur humain. Je mentirais si je niais combien j’ai envie de contempler le visage de Jésus-Christ ! Vultum tuum, Domine, requiram, je chercherai ton visage, Seigneur.[05] »
La pensée du Ciel aide à vivre le détachement des biens matériels et à surmonter les circonstances difficiles. Cette espérance théologale, unie à la foi et à l’amour, est très agréable à Dieu, et souvent nous en aurons spécialement, dans les moments où la douleur et la tribulation redoublent, quand la fidélité ou la persévérance dans le travail ou dans l’apostolat devient difficile. « À l’heure de la tentation, pense à l’Amour qui t’attend au ciel : ranime en toi la vertu d’espérance. Ce n’est pas manquer de générosité.[06] »
La méditation sur le Ciel nous stimule à être plus généreux dans la lutte quotidienne, « parce que l’espérance de la récompense réconforte l’âme pour réaliser les bonnes actions.[07] »
La pensée de cette rencontre d’amour définitive, à laquelle nous sommes appelés, aide à être vigilants dans les petites et les grandes choses en les accomplissant jusqu’au bout, comme si elles étaient les dernières avant d’aller vers le Père.
II. Il n’existe pas de mots pour exprimer ce que sera notre vie dans le Ciel que Dieu a promis à ses enfants. L’Église nous rappelle que « nous serons avec le Christ et nous verrons Dieu (cf. 1 Jn 3, 2) ; promesse et mystère admirables en quoi consiste essentiellement notre espérance. Si l’imagination ne peut en arriver là, le cœur y arrive instinctivement et profondément.[08] »
Maintenant nous entrevoyons par la révélation et nous pouvons à peine imaginer une réalité pleine d’une immense joie. Dans l’Ancien Testament on décrit le bonheur du Ciel en évoquant la terre promise après un long et dur chemin dans le désert. Là, dans la patrie nouvelle et définitive, se trouvent tous les biens[09], là se terminent les fatigues d’une longue et difficile pérégrination.
Le Seigneur a parlé de diverses manières de l’incomparable bonheur de ceux qui aiment vraiment Dieu. La béatitude éternelle est une des vérités que notre Seigneur prêcha avec le plus d’insistance : La volonté de celui qui m’a envoyé, déclare-t-il, est que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que Je le ressuscite au dernier jour. Telle est, en effet, la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi je le ressusciterai au dernier jour[10]. Ô Père, dira-t-il dans la Dernière Cène, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je serai, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils puissent voir ma gloire, dont tu m’as fait don, parce que tu m’as aimé avant la création du monde[11].
La béatitude éternelle est comparée à un banquet que Dieu prépare pour tous les hommes, où tous les désirs de bonheur que l’être humain porte dans son cœur seront rassasiés[12].
Les apôtres parlent fréquemment de ce bonheur. Saint Paul enseigne que maintenant nous voyons Dieu comme dans un miroir, d’une manière obscure ; mais alors nous le verrons face à face[13], et que la joie et le bonheur qu’il y aura sont indescriptibles[14]. Le bonheur de la vie éternelle consiste avant tout en la vision directe et immédiate de Dieu. Cette vision n’est pas seulement une connaissance intellectuelle très parfaite, mais aussi une communion de vie avec Dieu, Un et Trine. Voir Dieu, se trouver avec Lui, être heureux en Lui. De la contemplation amoureuse des Trois Personnes divines surgira en nous une joie sans limite. Toutes les exigences de bonheur et d’amour de notre pauvre cœur seront comblées, éternellement. « Nous allons penser à ce que doit être le Ciel. Ce que l’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. Imaginez ce que doit être d’y arriver, de rencontrer Dieu, de contempler cette beauté, cet amour qui inonde nos cœurs, qui rassasie sans pourtant rassasier ? Je me demande souvent tous les jours : comment sera-ce lorsque toute la beauté, toute la bonté, toute la merveille infinie de Dieu inondera ce pauvre vase d’argile que je suis, que nous sommes tous ? Alors je comprends bien ce que dit l’Apôtre : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu... Cela vaut la peine, mes enfants, cela vaut la peine. [15] »
III. En plus de l’immense joie de contempler Dieu, de voir et d’être avec Jésus-Christ glorifié, il existe une béatitude accidentelle : nous jouirons des biens créés qui répondent à nos aspirations. La compagnie des personnes justes que nous avons aimées dans ce monde : famille, amis ; et aussi la gloire de notre corps ressuscité, car notre corps ressuscité sera numériquement et spécifiquement identique à notre corps terrestre : Il faut, indique saint Paul, que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité et que ce corps mortel revête l’immortalité[16]. "Ce" corps, le nôtre, non pas un semblable ou très ressemblant. « Il est très important, affirme le catéchisme romain, d’être persuadés de ce que ce même corps, et sans doute le même corps qui a été propre à chacun, bien qu’il se soit corrompu et soit réduit en poussière, doit cependant ressusciter. [17] » Saint Augustin affirme : « Ce qui ressuscitera, c’est cette chair, la même qui meurt et qui est enterrée (...). La chair qui maintenant tombe malade et souffre des douleurs, celle-là même doit ressusciter.
[18] » Notre personnalité sera la même, et nous aurons notre propre corps, mais revêtu de gloire et de splendeur, si nous avons été fidèles. Notre corps aura les qualités propres des corps glorieux : agilité et subtilité — il ne sera pas soumis aux limitations de l’espace et du temps —, l’impassibilité — la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil ni cri de souffrance ni douleur... ; ils n’auront plus faim ni soif..., Dieu essuiera toute larme de leurs yeux[19] — et enfin la clarté et la beauté.
« Je crois en la résurrection de la chair », confesse le symbole des Apôtres. Au Ciel notre corps aura des caractéristiques différentes des actuelles, mais il continuera d’être un corps et il occupera un lieu[20], comme maintenant le Corps glorieux du Christ et celui de la Vierge. Nous ne savons pas où se trouve ce lieu ni comment il se forme. La terre de maintenant sera transfigurée : Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu... Voici que je fais toutes les choses nouvelles[21]. Beaucoup de Pères et de Docteurs de l’Église, et bien des saints, pensent que la rénovation de toute la création peut être déduite de la révélation elle-même.
Maintenant que la fête de l’Ascension du Seigneur est proche, la pensée du Ciel nous amène à une lutte décidée et joyeuse pour enlever les obstacles qui s’interposent entre nous et le Christ, et nous pousse à chercher surtout les biens qui durent éternellement.
Penser au Ciel donne une grande sérénité. Rien d’ici-bas n’est irréparable, rien n’est définitif, toutes les erreurs peuvent être réparées. Le seul échec définitif serait de ne pas trouver la porte qui mène à la Vie. La Très Sainte Vierge est aussi là, qui nous attend.
NOTES
[01] Jn 14, 19-20.
[02] Cf. Jn 14, 2.
[03] Jn 14, 3.
[04] Cf. 1 Cor 4, 5 ; 11, 26 ; 1 Jn 2, 28.
[05] Saint Josémaria Escriva, dans Bulletin d’information, n. 1, de son procès de béatification, p. 5.
[06] Idem, Chemin, n. 139.
[07] Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse, 348, 18, 1.
[08] Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre sur quelques questions concernant l’eschatologie, 17 mai 1979.
[09] Cf. Ex 3, 17.
[10] Jn 6, 39-40.
[11] Jn 17, 24.
[12] Cf. Lc 13, 29 ; 14, 15.
[13] 1 Cor 13, 12.
[14] Cf. 1 Cor 2, 9.
[15] Saint Josémaria Escriva, dans Bulletin d’information, n. 1, de son procès de béatification, p. 5.
[16] 1 Cor 15, 53.
[17] Catéchisme Romain, I, cap. XI, nn. 7-9 ; Cf. Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi, Déclaration sur la traduction de l’article "carnis resurrectionem" du Symbole Apostolique, 14 décembre 1983.
[18] Saint Augustin, Sermon 264, 6.
[19] Ap 21, 4.
[20] Cf. M. Schmaus, Théologie dogmatique, vol. VII : Les fins dernières.
[21] Cf. Ap 21, 1 et s.
PAQUES. 6° SEMAINE. LUNDI
36. LES DONS DU SAINT ESPRIT
— Les vertus surnaturelles et les dons du Saint Esprit.
— Les sept dons du Saint Esprit et la vie chrétienne.
— Dix jours de spéciale dévotion au Saint-Esprit.
I. Nous vivons entourés de cadeaux de Dieu. Tout ce qu’il y a de bon en nous, les qualités de l’âme et du corps..., tout est don du Seigneur destiné à nous aider à être heureux en cette vie et à obtenir le Ciel. C’est surtout au moment du Baptême que Dieu notre Père nous a remplis de biens innombrables. Il a effacé la tache du péché originel, il nous a enrichi de la grâce sanctifiante par laquelle il nous fait participer de sa vie divine et il fait de nous ses enfants. Il nous a fait aussi des membres de son Eglise.
Avec la grâce, Dieu a orné notre âme des vertus surnaturelles et des dons du Saint-Esprit. Les vertus nous donnent la capacité d’agir d’une manière surnaturelle, déjuger le monde et les événements d’un point de vue plus élevé, celui de la foi, et de nous comporter en vrais fils de Dieu. Elles nous permettent de connaître Dieu dans l’intimité, de l’aimer comme il s’aime, et de réaliser des œuvres méritoires pour la vie éternelle. Grâce à elles notre travail, quand bien même il aurait humainement peu d’importance, se transforme en un trésor de mérites pour le Ciel.
Les vertus surnaturelles nous donnent une capacité, tout comme les pieds nous permettent de marcher et les yeux de regarder. Néanmoins, il ne suffit pas d’avoir des pieds pour entreprendre un voyage, ni des yeux pour contempler un tableau. Il faut aussi la coopération de notre liberté et notre vouloir pour nous mettre en chemin ou pour prêter l’attention nécessaire à la beauté d’un tableau.
Les dons du Saint-Esprit sont un nouveau cadeau que Dieu octroie à l’âme pour lui permettre de réaliser d’une manière parfaite et comme sans effort les bonnes œuvres, manifestation de l’amour de Dieu et de la sainteté [01] : présence de Dieu, charité, offrande du travail, petites mortifications... L’âme est investie « d’une augmentation de force, elle devient apte à obéir plus facilement et plus promptement à l’appel et aux impulsions de l’Esprit. L’efficacité de ces dons est telle qu’ils conduisent l’homme aux plus hautes cimes de la sainteté ; grâce à eux, le Saint-Esprit nous fait désirer et nous pousse à obtenir les béatitudes évangéliques, qui sont comme des fleurs ouvertes au printemps, comme un indice et un présage de la béatitude éternelle.[02] »
Les dons du Saint-Esprit configurent notre vie selon les manières et les façons propres à un enfant de Dieu. Ils nous donnent une finesse et une sensibilité plus grandes pour écouter et mettre en pratique les motions du Paraclet qui gouverne ainsi notre vie avec promptitude et facilité. Notre vie est alors guidée par le vouloir de Dieu, non par nos goûts et nos caprices.
Aujourd’hui nous demandons à l’Esprit Saint d’assouplir en nous ce qui est raide, en particulier la raideur de l’orgueil ; de réchauffer en nous ce qui est froid, la tiédeur dans les rapports avec Dieu ; de rendre droit ce qui est faussé [03], car nombreux sont les attachements terrestres, sans oublier le poids des péchés passés, la faiblesse de la volonté, l’ignorance de ce qui serait plus agréable à Dieu... De là proviennent les échecs et les faiblesses, les fatigues et les défaites. C’est pourquoi nous lui demandons d’arracher de notre âme « le poids mort, reliquat d’impuretés, qui la retient au sol (...) ; pour qu’elle s’élève jusqu’à la majesté de Dieu, pour se fondre dans cette flamme d’Amour qui est lui.[04] »
II. « Quand viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur[05]. » L’Évangile de la Messe recueille cette annonce du Seigneur, et la liturgie de l’Église invite de diverses manières à préparer notre âme à l’action du Saint-Esprit.
La lutte décidée contre le péché véniel délibéré dispose à recevoir la lumière et la protection du Paraclet à travers ses dons. La clarté fournie à notre intelligence nous fait connaître et comprendre les choses divines ; l’aide que notre volonté reçoit nous permet de profiter efficacement des occasions de réaliser le bien et de rejeter tout ce qui nous éloignerait de Dieu.
Le don d’intelligence nous fait découvrir avec une plus grande clarté les richesses de la foi ; le don de science nous porte à juger droitement des choses créées et à maintenir notre cœur en Dieu et dans les créatures dans la mesure où elles nous conduisent à lui ; le don de sagesse nous fait comprendre la merveille insondable de Dieu et nous pousse à le chercher par-dessus tout, au milieu de notre travail et de nos obligations ; le don de conseil nous indique les chemins de la sainteté, le vouloir de Dieu dans notre vie quotidienne, et nous encourage à suivre la solution qui répond le mieux à la gloire de Dieu et au bien d’autrui ; le don de piété nous pousse à fréquenter Dieu avec la confiance d’un enfant envers son père ; le don de force nous encourage et nous aide à surpasser les difficultés rencontrées sur le chemin qui conduit à Dieu ; le don de crainte nous mène à fuir les occasions de pécher, à ne pas céder à la tentation, à éviter tout mal qui puisse attrister le Saint Esprit[06], à craindre de nous séparer de celui que nous aimons et qui est notre raison d’être et de vivre.
En ces jours où nous nous préparons à célébrer la venue du Saint-Esprit sur l’Église représentée par les apôtres réunis au Cénacle, près de Sainte Marie, nous lui demandons d’être dociles à l’action du Paraclet dans notre âme, de ne pas cesser son action et ses inspirations sur les hommes de notre époque, « particulièrement assoiffée du Saint Esprit[07] » et qui a tant besoin de sa protection et de son aide.
Nous Lui disons : « Viens, Esprit Saint, en nos cœurs, et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs. À tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle [08] ».
III. Comment augmenter la dévotion à l’Esprit Saint ? Commençons par pratiquer les vertus humaines et chrétiennes, dans le travail et dans les rapports quotidiens avec les autres. Si le chrétien « lutte pour acquérir ces vertus, son âme se dispose à recevoir efficacement la grâce de l’Esprit Saint (...). La Troisième Personne de la Très Sainte Trinité — doux hôte de l’âme — offre ses dons : don de sagesse, d’intelligence, de conseil, de force, de science, de piété, de crainte de Dieu (Cf. Is 11, 2).[09] »
L’Esprit Saint désire nous donner ses dons avec une telle abondance qu’ils puissent former un fleuve impétueux dans notre vie surnaturelle et produire ses fruits admirables. Il attend que nous enlevions les éventuels obstacles de notre âme, que nous lui demandions plus de désirs de purification, que nous lui disions du plus profond de notre être : Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles, et allume en eux le feu de ton Amour. Il ne désire que nous remplir de sa grâce et de ses dons. Si vous, disait le Seigneur, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner à vos enfants des choses qui sont bonnes, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demanderont ? [10]
Tout au long de ces jours où nous préparons la fête de la Pentecôte, prions avec humilité le Père des lumières[11] d’envoyer dans notre cœur l’Esprit de son Fils, qui nous fait crier : Abba ! Père ! [12].
Demandons au Christ d’envoyer, du sein du Père, celui qui est Consolateur, souverain, hôte très doux de notre âme, adoucissante fraîcheur.[13]
Les dix jours de préparation à la fête de la Pentecôte, qui commencent après la solennité de l’Ascension, nous permettent de penser davantage à l’Esprit Saint et d’être plus dociles aux grâces que le Paraclet nous octroie continuellement. Demandons-lui chacun de ses dons pour être de bons instruments à lui dans la famille, dans toutes nos occupations, dans la société. « Un chemin sûr d’humilité : méditer comment, tout en manquant de talent, de renom et de fortune, nous pouvons être des instruments efficaces, si nous avons recours à l’Esprit Saint pour qu’il nous dispense ses dons. Bien qu’ils aient été instruits par Jésus Lui-même, trois années durant, les Apôtres ont pris la fuite, épouvantés devant les ennemis du Christ. Néanmoins, après la Pentecôte, ils se sont laissés fouetter et emprisonner, et ils ont fini par donner leur vie en témoignage de leur foi.[14] » La fidélité aux inspirations et aux grâces que nous recevons de l’Esprit Saint se manifestera souvent par la docilité dans la direction spirituelle, pour mettre en pratique les objectifs et les suggestions que l’on nous y indique.
S’approcher de la Sainte Vierge, Épouse de Dieu le Saint-Esprit, est une manière sûre de disposer notre âme aux dons que le Paraclet voudra nous donner.
NOTES
[01] Cf. Saint Thomas, Summa Theologiœ, I-II, q. 68, a. 1.
[02] Léon XIII, enc. Divinum illud munus, 9 mai 1897, 12.
[03] Cf. Séquence du dimanche de Pentecôte.
[04] Cf. Saint Josémaria Escriva, Oiemm, n. 886.
[05] Jn 15, 26.
[06] Ep4, 30.
[07] Jean Paul II, Enc. Redemptor hominis, 4 mars 1979.
[08] Séquence de la Messe de Pentecôte.
[09] Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, 92.
[10] Lc 11, 13.
[11] Je 1, 17.
[12] Gal 4, 6.
[13] Séquence de la Messe de Pentecôte.
[14] Saint J. Escriva, Sillon, n. 283.