PÂQUES. 6° SEMAINE. MARDI
37. MAI, LE MOIS DE MARIE
— La dévotion mariale remonte aux origines et attire la miséricorde divine.
— Le mois de mai.
— La vocation pénitentielle et apostolique des pèlerinages.
I. « Mai, mois de soleil et de fleurs (...), mois de Marie qui couronne le temps pascal. Depuis le temps de l’Avent la liturgie était centrée sur Jésus ; maintenant que la grande paix de la Résurrection a envahi notre âme, comment résister à nous tourner vers celle qui nous l’a donné ?
« Marie apparaît sur la terre pour préparer sa venue ; elle a vécu tellement à son ombre que nous ne la voyons intervenir dans l’Évangile qu’au titre de Mère de Jésus, qui suit son fils, veille sur lui et disparaît après son ascension.
« Elle disparaît, mais elle reste dans la mémoire des peuples, parce que nous lui devons Jésus... [01] »
Comme bien d’autres fois, nous retrouvons Jésus en train de parler des mystères du royaume de Dieu. Les foules l’entourent, le regardent et gardent un profond silence. Soudain, une femme crie de toutes ses forces : Heureux le sein qui t’a porté et la poitrine qui t’a allaité ![02]
La prophétie du Magnificat commence à s’accomplir :... toutes les générations me diront bienheureuse [03], avait proclamé la Vierge, sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Et ce jour-là, une femme, avec une spontanéité déconcertante, inaugure ce courant d’affection filiale qui n’aura pas de fin. Ces mots de Sainte Marie dans le Magnificat au début de sa vocation, s’accompliront toujours davantage à travers les siècles. Poètes, intellectuels, rois et guerriers, artisans, mères de famille, hommes et femmes, personnes mûres et enfants qui savent à peine parler ; à la campagne, en ville, au sommet des montagnes, dans les usines et sur les chemins ; dans la peine et dans la joie, dans les moments de grâce, ou simplement en apercevant au coin de la rue une image de Notre Dame ; en de si nombreuses et si diverses situations, des milliers de voix, en toutes langues, ont chanté les louanges de la Mère de Dieu. Clameur ininterrompue sur toute la terre, qui attire chaque jour la miséricorde de Dieu sur le monde, et qui ne s’explique que par la volonté de Dieu.
« Déjà, depuis les temps les plus reculés, rappelle le Concile Vatican II, la bienheureuse Vierge est vénérée sous le titre de Mère de Dieu, et les fidèles, en leurs prières, se réfugient sous sa protection au milieu de tous les périls et des difficultés qu’ils rencontrent.[04] »
Par Marie on arrive toujours à Dieu. La dévotion populaire faite de l’expérience constante de ses grâces et de ses faveurs, l’a justement appelée la Toute Puissance suppliante, et a trouvé en elle le raccourci (sentier par où on abrège le chemin) qui mène à Dieu. L’amour, qui est imaginatif, la salue et l’honore de multiples façons. En outre, l’Église bénit et encourage constamment cette dévotion à Sainte Marie comme chemin sûr pour aller au Seigneur, « parce que Marie est toujours le chemin qui conduit au Christ. Toute rencontre avec elle ne peut s’achever que par une rencontre avec le Christ lui-même. Quel sens y a-t-il a recourir à Marie si ce n’est pour chercher en elle, par elle et avec elle le Christ notre Sauveur, vers lequel les hommes — dans les découragements et les dangers d’ici-bas — ont le devoir et ressentent le besoin de se diriger comme vers un port de salut, vers la source transcendante de la vie ?[05] »
II. En ce mois de mai, les chrétiens offrent à Marie de quotidiennes manifestations d’affection filiale. Nous pourrions suivre, nous aussi, cette suggestion des Pères conciliaires d’adresser « avec insistance des prières à la Mère de Dieu et à la Mère des hommes, elle qui entoura de ses prières les débuts de l’Église, et qui, maintenant, est exaltée au-dessus de tous les bienheureux et de tous les anges. Oui, qu’ils la prient d’intercéder, en union avec tous les saints, auprès de son Fils[06] » ; et qu’ils tiennent « en grande estime les pratiques et les exercices de dévotion de caractère mariai que le Magistère de l’Église recommande depuis des siècles[07] ».
Profitons de ce moment de prière pour renouveler nos résolutions de fréquenter toujours plus notre Mère et pour voir comment nous lui consacrerons plus spécialement chacune des journées de ce mois.
On a consacré le mois de mai à la Vierge Marie en réaction aux coutumes païennes qui célébraient ce "mois des fleurs", mais surtout parce que l’amour cherche toujours de nouvelles occasions de s’exprimer. Parmi les Cantigas (compositions lyriques destinées à être chantées) de Sainte Marie, il en existe une qui commence par les mots : « Bienvenu, mois de mai ! ... » Le roi Alphonse X de Castille y chante le retour du mois de mai, nouvelle invitation à honorer davantage Marie, pour qu’elle nous délivre du mal et nous comble de biens.
Ne pourrions-nous pas, aujourd’hui encore, lui offrir des petits cadeaux comme des pèlerinages qui peuvent se faire dans des églises proches de chez-nous, des visites à certains sanctuaires qui lui sont dédiés, des petits sacrifices en son honneur, l’offrande de l’étude ou du travail bien achevé, la récitation plus attentive du Rosaire... « C’est de manière spontanée, naturelle, que naît en nous le désir de vivre dans l’intimité de la Mère de Dieu, qui est aussi notre Mère ; d’avoir avec elle les rapports que nous aurions avec une personne vivante. En effet, la mort n’a pas eu raison de celle qui, au contraire, se trouve, corps et âme, aux côtés de Dieu le Père, de son Fils, du Saint Esprit. (...) Comment se conduit normalement un fils ou une fille avec sa mère ? De mille façons, mais toujours avec affection et confiance ; une affection qui revêt dans chaque cas des formes précises, nées de la vie même, jamais figées dans la froideur. Ce seront, au contraire, des coutumes familiales pleines de chaleur, de petites attentions quotidiennes, de celles que l’enfant se doit d’avoir à l’égard de sa mère, et qui manquent à celle-ci si d’aventure il les oublie : un baiser, une caresse en sortant ou en rentrant à la maison, un petit cadeau, quelques mots affectueux.
« Dans nos relations avec notre Mère du Ciel se retrouvent aussi ces gestes de piété filiale qui expriment notre attitude habituelle envers elle. Bien des chrétiens adoptent l’ancienne coutume du scapulaire, ou bien ils ont pris l’habitude de saluer — point n’est besoin de mots, une pensée suffit — les images de Marie qui se trouvent dans tout foyer chrétien ou qui décorent les rues de bien des villes ; ou encore ils récitent la merveilleuse prière qu’est le Rosaire, où l’âme ne se lasse point de redire toujours les mêmes choses, pas plus que ne se lassent les amoureux quand ils s’aiment, où elle apprend à revivre les moments dominants de la vie du Seigneur ; ou bien, enfin, ils s’habituent à consacrer à Notre Dame un jour de la semaine (le samedi) (...), en lui offrant une petite attention et en méditant plus particulièrement sur sa maternité.[08] »
III. Le pèlerinage est un moyen de prédilection pour honorer notre Mère, qu’il nous mène vers un grand sanctuaire ou à une chapelle isolée. Chaque pèlerinage comporte un aspect pénitentiel, exprimé peut-être par un petit sacrifice : on fait la route en marchant, on offre quelques détails de sobriété, ou une petite mortification... Mais il y a aussi un sens apostolique, en particulier quand on invite un ami pour qu’il se rapproche de Dieu et quand on prie avec une piété profonde les mystères du Rosaire.
Y a-t-il meilleur moment pour faire un apostolat fécond avec ses amis ? Combien de milliers de personnes ont reçu des grâces ordinaires et extraordinaires de la Mère de Dieu dans ces sanctuaires et ces chapelles ! Combien ont commencé une vie nouvelle après avoir reçu le pardon de leurs péchés dans le sacrement de pénitence, abandonné peut-être depuis tant d’années ? Combien ont entendu l’appel du Seigneur à un don de soi plus complet au service de Dieu et des âmes ? Combien encore ont trouvé une aide pour surmonter de graves difficultés de l’âme ou du corps... ? Jamais personne n’a quitté la Vierge Marie les mains vides. Paul VI constatait que la Providence, « par des chemins fréquemment admirables, a distingué les sanctuaires mariaux d’un sceau particulier[09] ».
De fait, ces lieux petits ou grands où la Vierge est spécialement honorée attirent des personnes très diverses qui viennent rendre grâce, louer Marie, lui confier des causes urgentes avec beaucoup d’espoir, et même reprendre le chemin de Dieu. Car, rappelle Jean Paul II, l’héritage de la foi mariale de tant de générations n’est pas, en ces lieux mariaux, un simple souvenir du passé, mais un point de départ vers Dieu. « Les prières et les sacrifices offerts, le battement de cœur vital d’un peuple qui exprime devant Marie ses joies, ses tristesses et ses espérances séculaires, sont de nouvelles pierres qui élèvent la dimension sacrée d’une foi mariale. Car en cette continuité religieuse, la vertu engendre une nouvelle vertu. La grâce attire la grâce. [10] »
Ces lieux de pèlerinage, qui remontent aux premiers siècles, sont aujourd’hui innombrables sur toute la terre.
Ils sont le fruit de la piété et de l’amour des chrétiens pour leur Mère à travers les siècles. Unis à eux, et avant d’achever notre prière, préparons notre propre pèlerinage pour qu’il soit apostolique, nourri de la pénitence qui facilite la prière et l’élève vers Dieu, et mû par une authentique dévotion mariale exprimée par la récitation pleine de piété du Rosaire. Cela nous motivera de penser que nous sommes en train d’accomplir cette prophétie que fit un jour Notre Dame : Toutes les générations me diront bienheureuse...
N’oublions pas en ce mois de mai d’offrir, chaque jour, de sincères témoignages d’amour à Notre Dame.
NOTES
[01] J. Leclercq, En suivant l’année liturgique.
[02] Lc 11, 27.
[03] Lc 1, 48.
[04] Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 66.
[05] Paul VI, Enc. Mense maio, 29 avril 1965.
[06] Concile Vatican II, Const. Lumen gentium, 69.
[07] Idem, 67.
[08] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 142.
[09] Paul VI, Lettre aux Recteurs des sanctuaires mariaux, \" mai 1971.
[10] Jean-Paul II, Homélie à Saragosse, 6 novembre 1982.
PAQUES. 6° SEMAINE. MERCREDI
38. LES FRUITS DE L’APOSTOLAT
— Les Apôtres n’ont pas accommodé la doctrine de Jésus-Christ aux modes de leur temps. Et nous ?
— Persévérance : le Seigneur bénit toujours le travail accompli avec loyauté.
— La femme est un pilier de l’évangélisation de la famille.
I. L’épître de la Messe d’aujourd’hui décrit l’ardeur apostolique avec laquelle saint Paul annonce l’Évangile au monde païen. À Athènes, devant l’Aréopage, l’Apôtre prêche l’essence de la foi chrétienne en adaptant son discours à la mentalité et à l’ignorance de son auditoire, mais sans adapter les vérités fondamentales. Il sait bien que la doctrine qu’il prêche va heurter les Athéniens. Pourtant il ne l’accommode pas, ne la déforme pas sous prétexte de la rendre plus "compréhensible". De fait, en l’entendant parler de résurrection des morts, les uns se mettent à rire et d’autres s’en vont, le prenant peut-être pour un illuminé :
Sur cette question nous t’écouterons une autrefois... [01]. Cela veut tout dire !
Quelque temps après, saint Paul quitte Athènes pour Corinthe, encore troublé par cet apparent échec apostolique auprès des « Athéniens, friands de nouvelles doctrines, mais qui n’y faisaient pas vraiment attention, pas plus qu’ils ne se préoccupaient de leur contenu : la seule chose qui les intéressait, c’était d’avoir de nouveaux sujets de conversation [02] ». Quel exemple ! Cela nous rappelle que le chrétien, disciple du Christ, transmet une doctrine qui ne lui appartient pas et le dépasse ; c’est la seule qui apporte le salut et il ne peut, par conséquent l’adapter aux modes du temps et aux goûts du moment sous prétexte d’être plus populaire ou d’avoir plus de succès. Cela reviendrait finalement à courir à l’échec.
Les Apôtres et l’Église le savaient bien et ils ont toujours prêché l’Évangile dans son intégrité. « Saint Paul enseigna toutes les vérités et tous les préceptes du Christ, même les plus exigeants, sans en taire et sans rien adoucir. Il parla d’humilité, d’abnégation, de chasteté, de détachement des choses terrestres, d’obéissance.
.. Et il ne craignit pas de dire clairement qu’il est nécessaire de choisir entre le service de Dieu et le service de Bélial (2 Co 6, 15), car il est impossible de servir les deux. Que tous, après la mort, devront se soumettre à un jugement. Que personne ne peut commercer avec Dieu. Que l’on ne peut espérer la vie éternelle que si l’on observe les lois divines. Que si l’on n’accomplit pas ces lois, en faisant des concessions aux plaisirs, l’on ne peut espérer que le feu éternel... Jamais le Prédicateur de la vérité pensa qu’il devait omettre ces sujets parce qu’ils pouvaient paraître trop durs pour qui l’écoutaient, étant donnée la corruption de ces temps-là.[03] »
Qui veut annoncer le Christ s’expose peut-être à une certaine impopularité. Il risque de ne pas avoir de "succès" au sens humain du terme, et d’aller à contre-courant s’il veut transmettre tous les aspects de la doctrine du Christ, même ceux qui sont les plus exigeants : le sens de la mortification, l’importance de l’honnêteté dans les affaires et dans le travail professionnel ; la vocation au mariage indissoluble, chaste et fécond ; la valeur de la pureté, de la virginité, du célibat choisi par amour du Christ... autant de vérités qui peuvent gêner le conformisme ambiant bien qu’elles soient des remèdes nécessaires à la guérison de ce monde malade : « Depuis quand un médecin donne-t-il des médicaments inutiles à ses malades, parce qu’il a peur de prescrire ceux qui sont utiles ?[04] »
Dans un monde éloigné de Dieu et étranger à la pensée chrétienne en bien des aspects, « la très belle tâche de travailler sans cesse pour faire connaître et accepter le message divin du salut par tous les hommes sur toute la terre incombe à tous les chrétiens [05] ». Il est juste de commencer cette tâche auprès de ceux que Dieu a mis sur notre chemin dans les rapports familiaux, amicaux ou professionnels, en profitant de chaque occasion de rendre aimable et attrayante la doctrine du Seigneur, en traitant les autres avec affection et patience, comme le Seigneur l’a fait avec nous.
II. Mes élus ne travailleront pas en vain[06], promît le Seigneur qui dît aussi : Je vous ai choisis, Je vous ai pris dans le monde afin que vous partiez, que vous donniez du fruit et que votre fruit demeure[07].
Aucun effort n’est inutile ; Dieu désire que ses enfants laissent leur empreinte dans le monde.
La mission apostolique peut être parfois semailles sans fruits visibles, ou récolte de ce que d’autres ont semé par leur parole, l’offrande de la douleur d’un malade ignoré de tous, ou le don d’une heure de travail caché et sans éclat. Dans les deux cas, le Seigneur aime que se réjouissent ensemble le semeur et le moissonneur[08], qui manifestent ainsi qu’ils ne font pas leur œuvre mais celle de Dieu leur Père.
Si les fruits tardaient à venir ou si tu te décourageais devant le manque apparent de résultats, rappelle-toi que d’autres les récolteront. Semons dans la joie, forts de l’espérance par laquelle nous savons qu’un jour poussera la semence jetée dans le sillon. C’est le meilleur remède au découragement, symptôme, en général, du manque de droiture d’intention de qui ne travaille pas pour le Seigneur, mais pour affirmer son propre moi. Mes élus ne travailleront pas en vain ![09]
Patience. « N’abîmons pas la fleur en l’ouvrant avec nos doigts. La fleur s’ouvrira et le fruit mûrira à la saison et à l’heure que Dieu seul connaît. Nous, nous devons semer, arroser... et attendre. [10] » La constance et la patience sont des vertus essentielles de l’apôtre. Elles sont le fruit de la vertu de la force, et nous retiennent de cueillir le fruit avant qu’il soit mûr.
L’homme patient ressemble au semeur qui tient compte du rythme de la nature et travaille par étapes, choisissant le moment le plus opportun pour labourer, semer, arroser, mettre de l’engrais, sarcler, et enfin récolter. Sans l’accomplissement ordonné de chacune de ces tâches, jamais il ne verra la farine nécessaire à la fabrication du pain. L’impatient veut manger sans semer. De même, qui abandonne la lutte pour la sainteté et l’apostolat parce qu’il ne voit pas de résultats, montre qu’il a une vision trop humaine de la vie surnaturelle et qu’il a oublié la patience de Jésus, qui attend des jours, des semaines, des mois, des années peut-être, la conversion d’un pécheur. Les âmes ont besoin de temps, et l’on ne peut le leur mesurer. Semons avec magnanimité et prions autant pour l’abondance de la récolte que pour notre patience et notre persévérance.
III. De la prédication de saint Paul à Athènes est née la première communauté chrétienne de la ville : Cependant quelques hommes s’attachèrent à lui et devinrent croyants. Parmi eux il y avait Denis, membre de l’Aréopage, il y eut aussi une femme nommée Damans, et d’autres avec eux". Ils furent le premier fruit de la semence de l’Esprit Saint, et devinrent eux-mêmes semeurs du Christ.
Damaris, la nouvelle convertie est une des nombreuses femmes dont parlent les Actes des Apôtres pour montrer l’universalité de la mission évangélique. Les Apôtres ont imité le Seigneur en tout, et malgré les préjugés de l’époque, le Royaume de Dieu est annoncé aussi bien aux femmes qu’aux hommes.
Saint Luc, lui, rapporte que l’évangélisation de l’Europe a commencé grâce au travail de Lydie, une mère de famille qui se fit l’apôtre des siens et obtint de chacun qu’il reçoive le Baptême[12]. En Samarie c’est aussi une femme qui reçut la première le message du Christ, et qui le diffusa aux habitants de sa ville [13]. L’Évangile parle fréquemment de ces femmes qui suivent le Seigneur et le servent. Ce sont elles qui l’accompagnent jusqu’au pied de la Croix et qui sont les premiers témoins de la Résurrection. Jamais le moindre signe d’hypocrisie ou de lâcheté ne vient entacher leurs rapports avec le Seigneur.
Saint Paul fut l’apôtre de la vocation de la femme chrétienne et du rôle fondamental qu’elle devait jouer comme mère, épouse et sœur dans la propagation du christianisme. Sa prédication et ses lettres en témoignent jusque dans ces remerciements qu’il adresse à celles qui lui prêtèrent une aide généreuse à l’évangélisation.
À quelque époque que ce soit, la femme a un rôle primordial à jouer dans l’apostolat et la transmission de la foi. « Elle est appelée à donner à la famille, à la société civile, à l’Église, ce qui la caractérise et lui est propre, ce qu’elle est seule à pouvoir donner : sa tendresse délicate, sa générosité infatigable, son amour du concret, sa finesse d’esprit, sa faculté d’intuition, sa piété profonde et simple, sa ténacité... [14] » L’Église attend de la femme, de chacune de ses filles, qu’elle soit le témoignage vivant de tout ce qui constitue la dignité authentique de la personne humaine, de ce qui lui donne le bonheur vrai et durable.
Quand la femme lutte pour faire grandir ces qualités particulières dont Dieu l’a dotée « sa vie et son travail deviennent réellement constructifs, féconds et chargés de sens, qu’elle passe la journée à s’occuper de son mari et de ses enfants, ou qu’ayant renoncé au mariage pour un motif élevé, elle se consacre entièrement à d’autres tâches.
« Chacune selon son état, en étant fidèle à sa vocation humaine et divine, peut atteindre et atteint en fait l’épanouissement de la personnalité féminine. N’oublions pas que la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère des hommes, n’est pas seulement un modèle, mais encore la preuve de la valeur transcendantale que peut revêtir une vie apparemment sans relief. [15] » Prions la Vierge que Dieu bénisse toujours ce travail de la femme dans la famille, la société et l’Église, et qu’il envoie toujours de nombreux ouvriers à sa vigne.
NOTES
[01] Ac 17, 32.
[02] Saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes des Apôtres, 39.
[03] Benoît XV, Enc. Humanum genus.
[04] Idem.
[05] Concile Vatican II, Dec. Apostolicam actuositatem, 3.
[06] Is 65, 23.
[07] Jn 15, 16.
[08] Cf. Jn 4, 36.
[09] Is 65, 23.
[10] G. Chevrot, Le puits de Sychar.
[11] Ac 17, 34.
[12] Cf. Ac 16, 14.
[13] Cf. Jn 4, 1 et s.
[14] Entretiens avec Monseigneur Escriva de Balaguer, 87.
[15] Idem.
SOLENNITÉ DE L’ASCENSION DU SEIGNEUR
39. JÉSUS NOUS ATTEND DANS SON ROYAUME
— L’élévation du Christ glorieux atteint sa plénitude au jour de l’Ascension.
— L’Ascension du Seigneur ne nous encourage-t-elle pas à désirer le rejoindre au Ciel ?
— L’Ascension et la mission apostolique du chrétien.
I. Le dernier geste de Jésus sur la terre, témoigne saint Luc, fut une bénédiction. [01] Les Onze ont quitté la Galilée pour aller rejoindre Jésus au mont des Oliviers, où le Seigneur leur avait donné rendez-vous. Et là, ils adorèrent le ressuscité[02], se prosternèrent devant lui comme devant leur Maître et leur Dieu. Maintenant ils comprennent beaucoup plus profondément ce qu’autrefois ils sentaient intimement : leur Maître est bien le Messie[03]. Alors leur joie de le revoir renforce leur certitude et après ces quarante jours passés en sa compagnie, ils deviennent les témoins de ce qu’ils ont vu et entendu ; le Saint-Esprit les confirme dans la connaissance de la doctrine de Jésus, et leur en donne la pleine compréhension.
Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre[04]. Jésus confirme la foi de ceux qui l’adorent et leur explique que leur pouvoir procédera toujours de son propre pouvoir divin. La faculté de pardonner les péchés, de faire renaître à une vie nouvelle par le Baptême, d’offrir son Corps et son Sang, n’est que le prolongement du pouvoir du Christ dans son Église. Ils connaissent maintenant la mission de l’Église : elle doit continuer l’œuvre du Christ, enseigner aux hommes les vérités divines et leurs conséquences, les aider en leur donnant la grâce des sacrements.
Jésus leur dit : vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.
Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée[05].
Les Apôtres restent figés ; ils voient Jésus les bénir une dernière fois et disparaître dans cette nuée qui le cacha à leurs yeux. C’était la nuée qui manifestait la présence de Dieu[06], le signe de l’entrée de Jésus dans les cieux.[07]
La vie de Jésus sur la terre ne s’achève pas par sa mort sur la Croix, mais par son Ascension glorieuse dans les cieux. C’est le dernier mystère de sa vie terrestre que le Seigneur nous donne à contempler. Mystère rédempteur, qui, avec la Passion, la Mort et la Résurrection, donne sa plénitude au mystère pascal. Le Christ a voulu que ceux qui l’avaient vu mourir ignominieusement sur la Croix, couvert d’insultes et de mépris, fussent témoins de son élévation glorieuse, de l’accomplissement suprême de ce qu’il leur avait prédit : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu [08]. Maintenant les Apôtres se rappellent aussi ces autres paroles restées obscures jusqu’alors : Je ne serai plus dans le monde, mais eux seront dans le monde, alors que je vais vers toi, Père saint[09].
C’est dans le deuxième mystère glorieux du Rosaire que les chrétiens ont pris l’habitude de contempler l’Ascension du Seigneur aux Cieux. « Jésus est allé au Père. — Deux anges vêtus de blanc s’approchent pour nous dire : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? (Ac 1, 11). Pierre et les autres retournent à Jérusalem — cum gaudio magno — avec une grande joie (Lc 24, 52). — Il est juste que la sainte Humanité du Christ reçoive l’hommage, la louange et l’adoration de toutes les hiérarchies des Anges et de toutes les légions des bienheureux dans la Gloire. [10] »
II. « Aujourd’hui non seulement nous avons été constitués possesseurs du paradis, enseigne saint Léon le Grand, mais encore avec le Christ nous nous sommes élevés, mystiquement et réellement, au plus haut des cieux, et nous avons obtenu par le Christ une grâce plus ineffable que celle que nous avions perdue. [11] « La contemplation de l’Ascension du Seigneur ne fortifie-t-elle pas notre espérance d’atteindre le ciel ? Ne nous pousse-t-elle pas à lever constamment notre cœur vers Dieu, comme nous invite à le faire la préface de la Messe ? J’espère en toi, Seigneur, car tu es allé nous préparer une demeure[12].
Au Royaume des cieux, le Seigneur vit dans son Corps glorifié, marqué des traces de la Passion [13], des blessures que Thomas a pu contempler, et qui sont le signe de notre salut. La très sainte Humanité du Seigneur a déjà dans le Ciel son lieu naturel. Lui, qui a donné sa vie pour chacun, nous attend là-bas. « Le Christ nous attend. Nous vivons déjà comme des citoyens du ciel (Ph 3, 20), tout en étant pleinement citoyens de la terre, au milieu des difficultés, des injustices et des incompréhensions, mais aussi pleins de la joie et de la sérénité de qui se sait l’enfant bien-aimé de Dieu. (...)
« Si malgré tout, l’Ascension de Jésus au ciel nous laisse dans l’âme un arrière-goût d’amertume et de tristesse, accourons à sa Mère, comme le firent les Apôtres : ils retournèrent alors à Jérusalem... et ils priaient d’un seul cœur... avec Marie, Mère de Jésus (Ac 1, 12-14). [14] »
C’est l’espérance du Ciel qui illumine la vie quotidienne. Regarde les Apôtres : « ils tirèrent un si grand profit de la contemplation de l’Ascension du Seigneur que tout ce qui, avant, leur faisait peur devient la raison de leur joie. Désormais leur âme accompagne la divinité assise à la droite du Père ; la vision même de son corps ne les empêche plus de croire, pleins de foi, que le Christ ne s’est ni éloigné du Père en descendant sur terre, ni séparé de ses disciples en retournant au ciel. »
III. « Comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel [16]. « Nous aussi, comme les Apôtres, nous restons à la fois tristes et émerveillés de son départ. Il n’est pas facile, en réalité, de s’habituer à l’absence physique de Jésus. Je suis ému en pensant que — pur comble de l’amour ! — il est à la fois parti et resté. Il est allé au ciel, et il se donne à nous comme aliment dans l’Hostie sainte. Cependant, sa parole humaine, sa manière d’agir, de regarder, de sourire et de faire le bien nous manquent. Nous aimerions le contempler encore lorsqu’il s’assied à côté du puits, fatigué par l’âpreté du chemin, quand il pleure sur Lazare, quand il prie longuement, quand il a pitié de la foule.
« Il m’a toujours paru logique que la très sainte Humanité de Jésus-Christ monte dans la gloire du Père, et cela m’a toujours rempli de joie, mais je pense aussi que cette tristesse, propre au jour de l’Ascension, est une marque de l’amour que nous ressentons pour Jésus notre Seigneur. Lui, qui étant Dieu parfait, s’est fait homme, homme parfait, chair de notre chair et sang de notre sang. Et il nous quitte pour aller au ciel. Comment ne nous manquerait-il pas ? [17] »
Les anges rappellent les Apôtres à l’immense tâche qui les attend. Ils n’ont pas de temps à perdre. L’Ascension achève la mission terrestre du Christ et marque le commencement de celle de ses disciples, de la nôtre. Nous nous rappelons alors cette prière du Seigneur à Dieu son Père : Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, de leur milieu, de leur travail, de leurs familles..., mais pour que tu les préserves du mal [18].
Le Seigneur laisse chacun à sa place avec la mission de sanctifier le monde, de travailler à son amélioration, afin que les âmes, les familles, les institutions... servent le dessein de Dieu sur l’homme ; et ainsi la dignité humaine sera respectée, la paix, la vraie paix, celle qui vient de l’union à Dieu, progressera .
« La fête d’aujourd’hui nous rappelle que le zèle pour les âmes est un commandement amoureux du Seigneur qui, en montant dans sa gloire, nous envoie répandre son témoignage dans le monde entier. Notre responsabilité est grande : car être témoin du Christ suppose, avant tout, d’essayer de vivre selon sa doctrine, de lutter pour que notre conduite rappelle Jésus, évoque sa figure très aimable. [19] »
Ceux que nous côtoyons doivent voir notre loyauté, notre désir d’être sincères et travailleurs, notre joie, notre lutte pour accomplir avec droiture nos devoirs quotidiens et accueillir les contrariétés de chaque jour avec la bonne humeur des enfants de Dieu.
Les règles ordinaires de la vie en commun que sont la courtoisie, l’amabilité, l’esprit de service... qui pour beaucoup ne sont que des nécessités de la vie sociale, ne sont-elles pas pour nous les fruits de la charité, de bonnes occasions de manifester notre intérêt pour les âmes ?
Jésus est parti, mais il reste près de chacun de nous. Nous pouvons lui rendre visite quand nous voulons dans le tabernacle le plus proche, qui est peut-être à quelques centaines de mètres de là où nous vivons. Pourquoi ne pas y aller très souvent et quand nous ne pouvons bouger, le saluer au moins avec le cœur, pour lui demander son aide dans le travail et dans la tâche apostolique, pour lui dire que nous voulons le faire connaître dans tous les milieux ?
Les Apôtres partirent pour Jérusalem en compagnie de Marie. Ils attendent avec elle la venue du Saint-Esprit. Préparons nous aussi la fête toute proche de la Pentecôte. Sainte Marie, Reine des apôtres, priez pour nous.
NOTES
[01] Lc 24, 51.
[02] Cf. Mt 28, 17.
[03] Cf. Mt 16, 18.
[04] Mt 28, 18.
[05] Première lecture de la Messe, Ac l, 7 et s.
[06] Cf. Ex 13, 22 ; Lc 9, 34 et s.
[07] Cf. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes des Apôtres, 2.
[08] Jn 20, 17.
[09] Jn 17, II. -10. Saint Josémaria Escriva, Saint Rosaire, Deuxième mystère glorieux.
[11] Saint Léon le Grand, Homélie I sur l’Ascension.
[12] Cf. Jn 14, 2.
[13] Cf. Ap 5, 6.
[14] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 126.
[15] Saint Léon le Grand, Sermon 74, 3.
[16] Ac 1, 11.
[17] Saint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 117.
[18] Jn 17, 15.
[19] Id., 122.